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Récit poétique à partir d’images créés par procuration

Créer à partir de textes des images conçues par le biais de l’artefact génératif DALL-E, écrire un texte en regard de ces images.


Anima Sola #23

J’arrive parmi les rires et les plaisanteries. Qui sait comment les choses tourneront ? Je m’habitue à ce qui se dit à voix basse près de la fenêtre. Je veux préciser en quoi consistait son erreur. Je dis ce sont des choses qu’on arrange avec des mots. Je pense avec effroi aux distances incalculables. Les formes se confondent avec les signes. Je cherche les liaisons, comment les rétablir. Une sensation ancienne, le souvenir d’une caresse pressante sur mon bras. La pression de ses doigts. Les traces blanches à la surface de ma peau qui s’effacent très vite après avoir desserré leur étreinte. Leur bref surgissement rappellent ces corps célestes qui traversent le ciel la nuit et qui, malgré la brièveté de leur passage, sont d’une nature éternelle, car ils forment le tissu du monde. Si ces traces s’effacent en surface difficile d’oublier leur empreinte sur le bras comme les marques qu’ils laissent en profondeur, invisibles à l’œil nu. C’est la forme des branches des arbres s’élevant dans le blanc de ce ciel d’hiver, dans l’air translucide et froid, qui strient le paysage en lignes entrelacées. C’est la concordance de ces lignes avec les veines sous la peau, dont le sang irrigue notre corps sans qu’on le voit, à peine le devine-t-on filer sous la peau diaphane, ou peut-on le sentir en posant son pouce et son index autour de la partie la plus fine de notre poignet, le pouls qui bat la mesure dont le rythme répété s’empare de notre corps et s’y diffuse pour tout envahir. Ce sont nos mains se cherchant, nos doigts se croisant, s’enlaçant et se tenaillant, se serrant et s’épousant qui éveillent en nous le souvenir de ces arbres, leurs tiges et leurs branches en couronne tressée au-dessus de nos têtes. Ce sont les images qui se mêlent comme nos sensations se confondent pour en créer de nouvelles, dans la juxtaposition des jeux de lumières, des échos et correspondances des couleurs et des matières. Ce sont les tissus des mousses et des feuilles, leur douce humidité, dans l’anfractuosité desquelles je crois lire ce que je dois faire, qui je suis et comment cela me transforme peu à peu. C’est aussi l’apprentissage de la délicatesse. J’entrevois des coïncidences visibles. Je savoure mon café avec un trop évident plaisir. Je découvre du sang sur mon mouchoir. Je me rappelle comme on souffre quand on est incapable de regarder dans les yeux une petite fille qui se moque de vous. J’évite ce miroir aveugle d’une tension insupportable. J’espère le destin d’un inconnu mort. Je me réfugie parmi les livres et les fleurs. Je tourne sur le fond rouge et or de la fanfare. Les formes se confondent avec les signes.Je me perds avec des cris de désespoir. Je cherche les liaisons, comment les rétablir. La raison est remplacée par l’émotion, la conscience du temps est remplacée par la dictature de l’instantanée. J’écoute sans surprise une voix qui est sa voix d’enfant. Je me présente tout nue sous la lumière du réflecteur. Un visage qui apparaît. J’arrive au terminus. J’avais l’impression confuse que l’on ne pouvait plus s’entendre. D’un mouvement de la main, je pars, je suis parti.

« L’IA est une étape aussi importante que l’apparition de la photographie parce qu’elle modifie en profondeur la relation entre les formes, la mémoire et la production du réalisme. Elle n’est pas seulement un problème culturel ou technique, mais elle est le symptôme d’un changement dans l’ontologie même, c’est-à-dire dans la manière dont nous faisons tenir de l’altérité devant nous. C’est pourquoi il faut la lier avec les nouveaux régimes de discours, la contrefactualité généralisée dont le destin est ambivalent, inextricablement anti-scientifique et néo-artistique, pouvant provoquer des politiques fascistes ou une affirmation radicale des simulacres. »

La doublure / The lining, Grégory Chatonsky


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