| Accueil
Au lieu de se souvenir

Chaque jour, un film d’une minute environ, chaque lundi, la compilation du journal vidéo de la semaine précédente, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” »

Jorge Borges, Fictions

Les matins seront froids, les soirs aussi. Dans le bois l’oiseau siffle de manière répétée : qui es-tu ? qui es-tu ? Tenter de s’éblouir à fixer le soleil. Se faufiler dans un de ce temps morts, à l’heure qui précède l’ouverture. Friction des temporalités. L’écriture comme questionnement. Passer d’un côté à l’autre. Envisager les circulations. C’est partie de cette idée.

Mais on n’arriverait jamais quelque part. Dans l’ombre on perdrait même l’idée d’y aller. Tourner en rond dans la fatigue d’un chemin déjà emprunté qu’on reprend à l’identique comme pour vérifier qu’on ne s’est pas perdu tout ce temps là. La loi des séries dont je ne suis pas dupe. Le genou qui tire, qui boite, ralentit l’allure. Je vais finir à genoux. J’attends qu’il arrête de faire beau lorsque chaque matin on m’annonce la pluie.

Vibrations à l’horizon, la ligne menant au point de fuite. Ombres comme reflets soulignent le dédoublement de la mise en scène, de cette saisie oblique de soi. Une coïncidence cette proximité. Le temps fait effraction. Jusqu’ici l’opération est un succès.

Le lieu de tout ce qui n’est pas là. Se chercher, se résoudre, se perdre, le temps pris, revenir sur ses pas. Douter encore. Ce ne doit pas être un hasard. Dans un ensemble discontinu d’éclats. Et si, à force d’en parler, on cessait de le regarder ?

Nous sommes des évidences. La narration de notre propre présence inhérente à une perpétuelle mouvance. Soulagements de corps, un dernier essoufflement. Parfois notre présence persiste même si notre empreinte semble invisible. J’attends un regard comme on espère une invitation. L’envie est au recommencement.

Délier les lieux, voilà ce qu’il faudrait. On n’écrit pas le lieu d’où l’on vient mais du lieu où l’on est, l’endroit où l’on n’est plus. Il faut revenir sur nos pas en effaçant nos traces. Un souvenir, un écran. Détails et dédales. Les espaces comme des points sont reliés par l’horizon. Je voudrais être avec toi.

Pourquoi persistes-tu à chercher l’épiphanie dans la vacuité ? Ce sera autant d’indices pour la suite. Pour tout vous dire je ne suis pas d’ici. L’image impossible qui « a lieu » devant moi. Une échelle de distance. Tout ira bien à la fin, et si ça ne va pas c’est que ce n’est pas encore la fin.


LIMINAIRE le 20/10/2019 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
Flux RSS Liminaire - Pierre Ménard sur Publie.net - Administration - contact / @ / liminaire.fr - Facebook - Twitter - Instagram - Youtube