| Accueil
Que pouvons-nous apprendre des endroits dangereux en écoutant leurs sons ?

Peter Cusack est un artiste, musicien, compositeur et improvisateur anglais qui s’intéresse plus particulièrement aux sons dans l’environnement. Il conduit parallèlement à son activité de musicien, des travaux assidus sur notre relation au sonore, en réalisant par le biais de son travail d’enregistrement de terrain, l’empreinte acoustique de lieux, naturels ou industriels, frappés par des catastrophes.

JPEG - 587.3 ko
Photo de Peter Cusack enregistrant des sons à Tchernobyl en 2007

En 1998, Cusack a lancé le projet Your Favorite London Sound, dont l’objectif était de demander aux londoniens les sons de la ville qu’ils jugeaient les plus attrayants. Ce projet a rencontré un tel succès qu’il l’a répété à Chicago, Pékin et dans d’autres villes.

Kenneth Goldsmith écrit à propos de ce disque, dans un article paru dans le New York Press en 2002 : « Un nouveau disque de l’infatigable Collectif des musiciens de Londres se lance dans un voyage sonore dans leur propre ville, demandant aux Londoniens : « Quel est votre son londonien préféré et pourquoi ? Ils ont reçu des centaines de réponses, et le musicien Peter Cusack s’est chargé de traquer et d’enregistrer ces sons, dont 40 apparaissent ici. » »

PNG - 1.8 Mo
Favourite Sounds, de Peter Cusack

Un site de cartographie sonore (Favourite Sounds), basé sur Google Maps, a été créé pour géolocaliser les sons choisis par les habitants en fonction des lieux où ils ont été enregistrés.

Sounds From Dangerous Places est un projet de collecte de sons provenant de lieux ayant subi d’importants dommages environnementaux comme Tchernobyl, la mer d’Aral au Kazakhstan ou les champs de pétrole d’Azerbaïdjan.

Cusack s’intéresse aux propriétés sonores de ces endroits, à la façon dont les sons changent à mesure que les gens migrent et que la technologie évolue. Bien que la plupart des lieux de ce projet a déjà été le sujet de nombreux articles, nous ne savons pas à quoi ressemble une journée dans l’un de ces endroits isolés, en nous faisant entendre le son d’un radiomètre avec un coucou en arrière-plan à Pripyat, ou celui du vent qui siffle dans les centrales nucléaires de Sizewell en Angleterre. Ces enregistrements de terrain appartiennent à une pratique que l’artiste appelle le journalisme sonore, l’équivalent sonore du photojournalisme.

Peter Cusack décrit ainsi ses enregistrements : « Des voyages récents m’ont mis en contact avec des endroits difficiles et potentiellement dangereux. La plupart sont des zones où l’environnement et l’écologie sont gravement endommagés, mais d’autres sont des sites nucléaires ou des lieux en bordure de zones militaires. (...) Les endroits dangereux peuvent être à la fois sonores et visuels, voire magnifiques et atmosphériques. Il existe souvent une dichotomie extrême entre une réponse esthétique et la connaissance du danger, qu’il s’agisse de pollution, d’injustice sociale, militaire ou géopolitique. »






Bibi Heybat, Champs de pétrole, Azerbaïdjan




Le coucou du radiomètre, Tchernobyl




Craquement d’un câble d’alimentation électrique, Tchernobyl

Conférence de Peter Cusack sur Sounds From Dangerous Places donnée le 22 septembre 2015 à l’Université du Wisconsin-Madison.

Ce coffret de deux disques est accompagné d’un très beau livre relié, accompagné d’informations de fond sur les lieux de prise de sons, d’interviews, de poèmes de Tsalko Svetlana [1] d’un grand nombre de photographies couleur originales [2] et d’une documentation détaillée des enregistrements, de leur collecte, de l’histoire des environnements enregistrés et de la relation inverse curieuse et involontaire entre le danger humain et le rétablissement environnemental plus large. Un document essentiel et saisissant.

[1Svetlana Tsalko a passé la majeure partie de sa vie dans le village de Lychmany, dans la zone de Tchernobyl. Sa connaissance du folklore local, des traditions et des cycles saisonniers est immense. Sa réponse à la catastrophe de Tchernobyl a été de commencer à composer des poèmes à partir d’observations aiguës sur la façon dont les anciennes relations entre l’homme et la nature ont été brusquement rompues. Les poèmes n’ont pas été écrits, elle les a mémorisés.

[2À noter au passage, sur l’une des photos on peut apercevoir les peintures de Zoo Project

JPEG - 147.1 ko
Bateau abandonné, Mer d’Aral, Kazakhstan

LIMINAIRE le 17/11/2019 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
Flux RSS Liminaire - Pierre Ménard sur Publie.net - Administration - contact / @ / liminaire.fr - Facebook - Twitter - Instagram - Youtube