Dimanche 1er mars 2026
Le frontispice de la ruine
Contacts successifs #144

L’impossible désir de fixer une image dans sa mémoire

Avec Caroline, nous traversons le RER, remontons vers l’avant à la recherche d’une place. Le train est comble. Nous trouvons finalement une place. Sur le siège en face de moi, une jeune femme voilée. Ses traits sont d’une très grande finesse, sa peau claire a l’air douce, ses yeux dessinés en amande regardent droit devant elle, semblant fixer le lointain pour accommoder le regard, ce qui donne à ses yeux une allure profonde et mystérieuse. Arrivés à Saint-Denis, nous prenons une direction opposée à celle des panneaux qui indiquent un chemin passant par le centre-ville et la basilique, pour rejoindre le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard. Les rues de la ville sont remplies de monde. Les bâtiments de l’ancien Carmel abritent, depuis 1981, le musée d’art et d’histoire Paul Éluard. Nous y visitons une exposition sur les boîtes de nonnes fabriquées par les religieuses à travers les siècles, à l’occasion des 400 ans du Carmel. Dans une autre salle, des photographies d’Hélène Mastrandréas, en immersion dans le quotidien des carmélites de Montmartre. Je retrouve dans les traits des religieuses la douce sérénité du visage de la jeune femme dans le RER.

Avenue Jean Lolive, Pantin, 18 février 2026

La lutte des contraires

Moins d’embouteillages depuis la fin du chantier de la place du Colonel Fabien. Les voitures sont plus rares ce soir dans la rue de la Grange-aux-Belles. Il a fait très chaud aujourd’hui en cette fin février. De nuit le ciel est d’un bleu profond. Les branches des arbres encore nues se détachent de la toile de fond du ciel. J’entends très distinctement le chant des oiseaux. Leurs sons sont clairs, puissants. On n’entend qu’eux, ils envahissent l’espace. Des jeunes femmes marchent d’un bon pas dans ma direction, leurs tenues me laissent penser qu’elles se rendent à une soirée. À leur hauteur, j’entends des bribes de leur conversation, enceinte... Gare du Nord... et je comprends qu’elles parlent des oiseaux qu’on entend comme rarement dans la rue. En effet, à la gare du Nord, un dispositif acoustique diffuse en continu le chant d’oiseaux sur les quais du RER, donnant l’impression qu’ils sont autour de nous. Comme si on avait cherché à créer, avec ce dispositif acoustique, une continuité entre l’intérieur et l’extérieur, à faciliter la transition, pour éviter l’impression d’enfermement, mais c’est l’opposé qu’on ressent, un trouble passager. Ce soir les oiseaux retrouvent leur liberté, à l’air libre.

Faire se tenir ensemble les paroles et le temps

Il y a cet homme, vietnamien d’origine, qui participe très régulièrement aux ateliers d’écriture et de création à la bibliothèque. Nous nous entendons bien. Je le trouve très créatif, toujours souriant, enjoué. Il a souvent de bonnes idées et s’implique dans les ateliers que je propose. À chaque fois que je le vois, je pense à Anh Mat. Et ce n’est pas seulement son origine qui m’y fait penser, bien entendu, mais sa gentillesse, sa créativité et son ouverture d’esprit. Je garde un excellent souvenir, par exemple, de sa participation à l’atelier de création sonore autour de la place du Colonel Fabien. Il s’était emparé de l’enregistreur numérique et s’était mis à interviewer tous les passants qu’il rencontrait sur place avec une aisance étonnante. Ses questions mettaient à l’aise les personnes qu’il interrogeait. Aujourd’hui, nous avons un peu discuté, comme moi, il est un peu déçu du résultat du chantier de la place, surtout de la dimension "forêt urbaine" qu’il trouve exagérée. Avant que l’atelier montage vidéo ne commence, il m’a parlé de son projet de podcast (il a participé à l’un de mes ateliers sur la lecture à voix haute et le podcast). Il a l’intention d’interroger des personnes de son entourage mais également des gens qu’il croise mais qu’il ne connaît pas, et de leur demander : pour toi c’est quoi le Vietnam ? Je trouve son idée très belle. J’aimerais bien qu’il m’enregistre. Je crois que je lui parlerais de mon rapport aux paysages et à la langue de ce pays à partir de ce que j’ai pu en découvrir par l’intermédiaire d’Anh Mat, justement.

Villa Jovis, Capri, Italie, 24 avril 2014

Ce qui fait autorité

Cela faisait des années qu’on me confondait avec d’autres Pierre Ménard sur le net. Cela m’apprendra à utiliser comme pseudo un célèbre personnage fictif. Plusieurs fois sur Babelio notamment, j’ai dû préciser que tel ou tel livre n’était pas de moi. C’est qu’il existe de nombreux autres auteurs qui portent le même nom que moi. J’en compte au moins quatre ou cinq. Je ne voyais pas d’où venait le problème jusqu’à présent. J’ai longtemps pensé que les informations figurant sur la notice BnF de ma fiche auteur provenaient de ce qui était mentionné sur Wikipédia. En fait, je viens de réaliser que les éditions Contre-mur était à l’origine de ma bio, lorsque j’ai publié avec eux Les accolades en 2014 : Animateur d’ateliers d’écriture et de création multimédia – maître de conférences à Sciences Po. Une dessinatrice de presse m’appelle aujourd’hui, car une de mes collègues à la bibliothèque l’a aidée récemment à corriger sa fiche Wikipédia. Il y avait une erreur sur sa ville de naissance. Elle avait accepté de dire, à l’occasion d’un entretien, qu’elle était née dans un village qui n’est pas le sien pour un article autour de son travail lié à cet endroit. Depuis, l’antériorité de cette information fait foi, elle peine à rétablir l’exactitude sur son lieu de naissance. Je lui explique comment faire.

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