Dimanche 15 mars 2026
Ce qu’il faut au jour
Contacts successifs #146

Un pas encore et tout disparaît

Je tombe malade, ma caméra tombe en panne. La plupart du temps, des événements concomitants n’ont cependant rien de commun, seule la simultanéité de leurs surgissements les associe mystérieusement. Et c’est ce qui m’arrive. Je ne parviens pas à séparer ces deux événements qui n’ont pourtant rien à voir. Dans les allées ensoleillées du parc Montsouris, après avoir mangé en famille à la terrasse d’un restaurant, nous cheminons un peu au hasard, sans but précis. Vers la fin du parcours, je cherche à filmer le lac, le bouton de ma caméra est devenu tout mou, il n’offre plus aucune résistance, il s’enfonce mais ne déclenche plus l’enregistrement vidéo. Je peux allumer et éteindre sans difficulté la caméra mais je ne parviens plus à filmer. Combien de fois ai-je fait ce rêve du déclencheur d’un appareil photo qui s’enrayait, du bouton d’une caméra qui ne répondait pas à la pression de mon doigt. Avec cette impression de perte et d’effacement, d’inachèvement et d’impuissance. Il y a quelques mois, j’avais déjà rencontré ce problème technique avec ma caméra. Quelques jours après, cependant, le bouton fonctionnait à nouveau sans que je comprenne comment cela s’était résolu. J’inspecte méticuleusement le mécanisme à la maison, mais rien n’y fait. Dans la nuit enfiévrée, les mots et les gestes se répètent en boucle dans mon esprit, dépassent l’ordinaire diurne, pour se transformer en leitmotiv incantatoire. Je formule les phrases que je vais prononcer au réveil pour dire la nuit détestable que je viens de passer, pour prévenir mes collègues que je ne viendrai pas travailler. Mais une fois debout, tout cela est passé, derrière moi. Bien sûr le manque de sommeil se fera sentir. La fatigue, les toux répétées, la difficulté à respirer, les frissons intempestifs. La journée de travail va être bien longue. Mais j’ai déjà commandé une nouvelle caméra. Et c’est un soulagement.

Autoportrait, Jardin du Luxembourg, Paris 6ème, 2 mars 2026

Le flou des retombées

Cette femme se rend à la bibliothèque avec sa jeune fille. Elle cherche un guide de voyage pour le Japon. Elle dit à son enfant qui sort des rayonnages un livre volumineux, non un livre pas trop gros. On va juste à Tokyo et à Kyoto ! Je souris lorsqu’elles passent devant moi. Je ne peux m’empêcher de leur dire c’est un beau voyage. La mère se retourne vers moi et je l’entends dire : Nous allons voir les cerisiers en fleurs au Japon. Je sais bien que je vais retourner une cinquième fois au Japon avec Caroline en octobre prochain, je suis donc mal placé a priori pour juger le voyage de cette inconnue, mais dans la légèreté de sa phrase que la joie de la perspective de ce voyage peut sans doute expliquer, je dénote une inconséquence déplacée.

Les évidences et les incertitudes

Caroline part quelques jours dans sa famille dans le sud. Je continue à travailler, mais nous allons nous retrouver dans quelques jours à Marseille afin de reprendre le travail sur Autour devenu depuis Nostos, le projet que nous avons mené pendant un mois l’été dernier à La Ciotat, à l’invitation de La Marelle. Avant son départ, nous avons un peu discuté de ce que nous souhaitions faire pendant cette semaine de travail. En effet, depuis notre retour de La Ciotat, nous n’avons pas réussi à reprendre le travail où nous l’avions laissé, un ensemble de textes conséquent qui correspondait à l’objectif que nous nous étions fixé : parvenir à construire autour de différents personnages et de leurs points de vue variés, dans des endroits répartis sur le pourtour méditerranéen, des histoires se déroulant en contrepoint d’un événement évoqué par bribes, en filigrane, entre chaque récit, l’errance d’un navire, le Nostos, ayant sauvé des migrants de la noyade, et qui erre sur la mer, aucun pays n’acceptant qu’il accoste sur son territoire. Depuis notre retour, pris par le travail et nos différents impératifs, le texte est resté inchangé. Il s’est reposé cependant. Nous avons pris un peu de distance avec lui, ce qui est toujours une bonne chose au moment de se remettre à l’écriture. J’ai commencé à le relire, pris dans un double mouvement de surprise et de questionnement. L’étonnement de réaliser l’ampleur du texte écrit à deux en un mois, la cohésion du projet et en même temps, des questions sur sa forme. Nous échafaudons ensemble, avant son départ, les points essentiels sur lesquels travailler pour tenter de réussir, dans ce court temps de vacances entièrement consacré à ce projet, à transmettre au texte la dynamique et l’élan que nous voulons lui insuffler.

Zoo du parc de la Tête d’Or, Lyon, 16 juillet 2016

Dans la poudre de leur évanescence

Je découvre par hasard un article sur un gigantesque cylindre en acier qui a mystérieusement surgi du sol au beau milieu d’Osaka au Japon. Il s’agit d’un tube en acier d’un diamètre d’environ quatre mètres, utilisé pour le soutènement des sols lors de la prévention des inondations, au niveau des égouts. Il a transpercé le sol, soulevant l’épais revêtement en bitume de la route. Il serait remonté face à la pression de l’eau en sous-sol, et s’est élevé à treize mètres dans les airs, juste en dessous de l’autoroute surélevée Shin-Midosuji qui traverse la ville. Des ouvriers se sont empressés de verser de l’eau à l’intérieur, ce qui a permis au cylindre de s’enfoncer de quelques mètres, évitant in extremis de buter contre le plateau métallique de la route suspendue. Les routes situées à proximité ont tout de même été fermées à la circulation depuis mercredi. En 2016, un énorme gouffre s’était ouvert sur une rue à cinq voies à Hakata. Ce gouffre avait provoqué des coupures d’électricité et des perturbations de la circulation, mais les équipes avaient travaillé sans relâche pour colmater cette brèche béante sur cette artère très fréquentée.

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