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Assemblage (texte et vidéo) de Pierre Ménard

La forme détournée de l’abécédaire est un genre voué à la célébration de l’acte créateur (le livre des livres). Cette année j’ai décidé d’aborder l’abécédaire par la vidéo. Deux fois par mois, je diffuserai sur mon site, un montage d’extraits de films (à partir d’une sélection d’une centaine de mes films préférés : fiction, documentaire, art vidéo) assemblés autour d’un thème. Ces films d’une quinzaine de minutes seront accompagnés sur le site par l’écriture d’un texte de fiction.

Ce projet est un dispositif à double entrée : un livre et un film. Le film est un livre. Le livre est un film. Ce livre dit qu’il est à voir, ce film montre qu’il est à lire.

L comme Lumière : la vidéo



La réalité abandonne ses fantômes

Lumière du soleil qui fait tâche sur la pierre ancestrale de l’église, lumière du flash de l’appareil quand tu te prends en photo dans la vitre d’un miroir ou d’une fenêtre, lumière sur l’adret de la colline qui plonge l’autre versant dans l’ombre, lumière qui danse dans le feuillage des arbres en contre-jour, lumière du matin qui aveugle au moment d’ouvrir la fenêtre, faux gazon doux sous mes pas, retourner la lumière et parler de ces paysages fuyants, de ces changements brutaux de lumière les jours d’orage et c’est toute la ville qui se trouve métamorphosée, lumière qui fixe l’image des choses sur une surface sensible, lumière tamisée par les arbres et cette soudaine fraîcheur humide qui apaise l’endroit, lumière des phares de la voiture, la nuit, dont la trace fantomatique perdure un instant sous forme de réminiscences rétiniennes, les images, le visible, ces yeux-là les avalent en bloc, lumière du ciel et gestes qui continuent à exister comme un refus du passé, quelque chose fait de sursauts de lumière, au hasard des rencontres et du chemin que l’on a parcouru, qui est la seule distance qui importe, un silence, trouver un trésor inattendu, dans un recoin d’ombre et de lumière, leur dialogue fécond, lumière des néons qui transforme la ville nocturne en illusion diurne, laisser la lumière allumée, car ces jours-ci il ne peut plus s’endormir sans la lumière, et s’il se réveille dans le noir, il aura peur, un faux contact fait clignoter la lumière tamisée pour l’occasion, le filament de l’ampoule vacille avant de s’éteindre, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, lumière virevoltante des vagues sur l’eau, lumière qui brille dans tes yeux quand tu es fatiguée, émue, mon mur d’ombre et de lumière, miroir que mémoire déplie moins par analogie que par dérives, de proche en proche apprêtant tes territoires et tes cadences, temps griffé que tes mots rejouent autant qu’ils comblent, enveloppé de belle lumière changeante, un cheminement personnel vers la lumière d’un sens retrouvé qui nous donne à voir un autre monde, le doute et ses mirages s’effacent, espoir minuscule, grain de lumière dans les recoins sombres de mes doutes, je tire mon ombre à la lumière qui fait de mon corps un surplus, un rajout à mesurer, on parle trop peu de la capacité qu’ont les corps à épuiser la lumière et à chasser les bruits du jour par la sonorité nocturne, lumière qui me fixe et m’aveugle, lumière qui ne prend reflet que sur le translucide, lumière contrainte à la géométrie, lumière ferme, décidée, sérieuse du soleil, dans sa vibration sensuelle, lumière du projecteur dans la pénombre de la salle de cinéma, sa myriade de minuscules grains de poussière, étoiles dans le ciel, lumière des étoiles dont la brillance ne nous atteint que lorsque celles-ci sont déjà éteintes depuis longtemps, avancer dans la nuit, à la lumière du jour des écrans géants, lumière rasante du couchant sur les murs des immeubles, la lumière peut se permettre de venir raser le sol, elle remonte le long des buildings, elle écarte les choses, les fait trembler, lumignons sur la place du village c’est la fête, vieux mur croulant de lierre, effondré doucement sous l’afflux de lumière, feuilles lentement qui cèdent, silencieuses et poudrées, ultime coquetterie de ce jour automnal, un chavirement de l’étendue dans la lumière, lumière qui glisse et redessine ton corps, se coince dans ta chevelure, illumine ton regard, lumière du soir au moment du coucher de soleil, et ce rayon vert dont tu ne manques aucune apparition, comme autant de promesses, une trouée dans le ciel lourd, la douceur de la lumière et un horizon ouvert sur le large, en voyage, dans un temps sans chronologie où défilent paysage, portraits traversés comme un mirage où la précision, la rigueur de la sensation, toujours cernée au plus juste, nous emporte ébloui par la lumière, tombée du haut, la lumière complice pose quelques taches luisantes sur vitres rosées, le possible reflet d’une vitre, mais non, peut-être n’est-ce qu’un imperceptible bougé du regard, jeux de reflets irisés de la mer et du ciel changeants avec les heures, lumière, plus que les ombres, qui baigne ce paysage lointain, lumière qui fait mal aux yeux mais qui est celle que tu préfères, entre chien et loup, lumière qui décline, qui s’éteint, lieux sous ces nuées de lumières inattendues où la laisser jouer et toutes ces images ainsi révélées dont tu gardes mémoire, ce silence qui était lumière, dire l’ombre plutôt que la lumière, voir dans la lumière entre les choses, dans l’ombre, venir ce plein, ce blanc, la solitude rêche ou les deux à la fois, toutes choses comme hors du temps, de cette lumière qui s’aplatit et égare.

Notre chemin se dessine entre l’ombre et la lumière. Il faut du contraste, un minimum de contraste. De l’obscure autant que du lumineux. Une fraction de seconde. Aux limites de la pénombre et de l’obscure.

Le lendemain, la lumière est éblouissante. Elle choisit son moment, elle est partout. De l’étendue dans la lumière. Elle éclabousse les feuilles, les troncs, les visages. Les feuilles en transparence jouent avec les ombres, les contre-jours. Que fais-tu là ? te demandes-tu. Est-ce vrai, tout cela. Est-ce bien moi qui suis ici, parmi ces entrelacs ? Je voudrais partir, je ne le peux pas.

Comment te rejoindre ?


LIMINAIRE le 22/11/2019 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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