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Le rythme éclaté de nos trajectoires inverses

Vivre est une chose, découvrir le langage afin d’exprimer la vie en est une autre. Cette merveille étonnante entre toute, douleur parfois. C’est encore de la disparition dont il est question. On ne peut s’empêcher de souligner, encore, l’absurdité du mot. On n’est pas seul dans sa tête. Lambeaux de pensée, expressions, bouts de phrases désordonnées en une polyphonie éclatée entremêlée de sons, de musiques, de chansons tronquées comme des souvenirs confus. Les mots rebondissent dans un jaillissement d’étincelles, tel un jouet mécanique soudain venu à la vie, cliquetant et tourbillonnant de bon sens. Puisque c’est l’oubli ramasser le mots dans ma bouche, rien du vent.

Je me frotte les yeux. Rien ne change. Se méfier des urgences sonores, de l’emballement des rythmes. Ce qui s’y dit s’impose sans éclat. Rien n’est brodé. C’est sauvage, violent. Il semble en effet qu’il n’y ait point d’autre issue. De temps à autre, le luxe d’un détail exprime une profusion de sens à la manière picturale. On est traversé par une parole insaisissable, énigmatique, qui ne nous appartient pas. Comme si le passé ça n’avait jamais eu lieu. Quelque chose nous échappe. Nous délaissons les sommets et les plaines, nous nous moquons des visions en étage. Le ciel est soutenu par lui-même mais grossièrement. Les nuages passent vifs et au-dessous sont des choses lasses. Je pense à la disparition comme à une équation, une chose sans surprise. Comment enchaîner ?

Ces poussières collent au pas. Les traces de l’anéantissement sont effacées, par conséquent le souvenir des anéantis est anéanti aussi, le temps de l’anéantissement est effacé, donc le souvenir des anéantisseurs aussi, donc aussi la résistance aux anéantisseurs de demain. Nous imprimerons le rythme éclaté de nos trajectoires inverses. L’époque et nous-mêmes fabriquons de l’oubli, nous le savons tous. Et puis, le désir d’en construire, plus loin, une réplique. Démonstration du jamais plus dans un monde du toujours encore et du toujours à nouveau. Le sol est instable. Dans l’air distant, les pas se forment d’eux-même. Nos paysages d’intentions. A pas précautionneux, je m’avance. Dans l’air distant, les pas se forment d’eux-même. Voilà tout ce que je sais faire.




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