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Au lieu de se souvenir (Semaine 22 à 26)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions


Parfois, un coup de vent me soulève lourdement, et alors je me mets à battre contre le mur. Et de l’autre côté les couleurs, les lumières, le bruit, toute la variation du monde, accident de parcours et rencontre improbable compris. Le risque de s’y prendre. Je ne pense pas à l’aube impossible. La pensée d’une main consolante sur l’épaule nue. Je me retiens de respirer. J’attends. Lancer nos plus beaux assauts vers le ciel et poursuivre jusqu’au renversement des grammaires et au départ en exil. Rien qu’à la main, j’arrive sans trop de peine à redresser l’essentiel. Le désert étouffe par son trop plein du même. Dans le sens ancien du mot silence. Mais j’en suis loin, très loin.

Au moment d’ouvrir la porte, il sait déjà qu’il ne pourra pas la franchir, même si ce qu’il cherche guette de l’autre côté, que quelque chose ou quelqu’un l’incite à faire demi-tour. Sa présence change tout en moi, c’est insupportable et attirant. Quelqu’un va et vient comme un dément de l’autre côté des portes, je l’entends. L’intention est du reste de sortir de l’impasse. De temps à autre, un panneau de bois s’ouvre à la volée, inondant le couloir d’une lumière blessante, trop vive après ces longues minutes d’angoisse en pleine obscurité. Dans une mécanique parfaite, se met en place l’intraitable jeu de la fiction et du hasard. C’est l’heure de partir.

Un moment a-t-il une histoire ? La réponse est non, je viens d’ailleurs. Côte à côte nous lisons le même livre et quand tombant sur un mot ou sur une phrase nos yeux s’attendent et se retrouvent. Quand j’ai une idée dans la tête, elle déforme ce que je regarde. Comme une ombre portée. Le chien qui aboie dans le fond. Un chien ça peut pas être ici un chien. Alors je le mets sur un cercle extérieur. C’est une question de distance, il faut savoir s’approcher de plus près. Quelqu’un de masqué. Un chien aboie, un masque. C’est un signe comme un autre c’est quoi ? L’histoire de cette ville qui nous traverse autant que nous la traversons. Le chien aboie. Contre qui, comment, contre quoi ?

Une vie dans le présent, dans l’instant. Un miroir ciselé d’ombres imparfaites. Tu ignores comment nommer les instants où ton cœur cesse de cogner contre tes côtes. Il faut évacuer le personnage au profit de la personne. Allongé dans l’herbe caché derrière un arbre dans le jardin d’une maison d’enfance quand la brise vient rafraîchir mes joues rouges. L’événement est survenu et ne se reproduira sans doute pas. Qu’est ce qui se passe après ? J’étais là, je lève la tête, tout à coup j’ai peur. Une manière de signifier ce que peut recouvrir d’incertain, de flou un instantané. Sa ligne de fuite, c’est l’irréel. Inspire, ce n’est rien.


LIMINAIRE le 19/09/2021 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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