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Au jour le jour #23

XXIII

Cimetière de Montparnasse avec Alice. Les ombres des feuilles des arbres tremblent au-dessus des lettres M.D. gravées dans la pierre. Les tickets de métro usagés jonchent la tombe de Julio Cortázar et Carol Dunlop. La tombe cachée de Delphine Seyrig. Une feuille avec le portrait de l’actrice s’est envolée derrière la pierre tombale. Ces mots manuscrits : Je vous aimais l’année dernière et je vous aimerais toujours.

Prise de sang. Finalisation d’une proposition de création sonore pour L’aiR Nu. La beauté des images du film Les Années super-8, d’Annie Ernaux et David Ernaux-Briot. L’écrivaine y dit le sentiment d’étouffement qui la gagne dans sa vie de couple tandis que les images laissent percevoir, derrière les formes lisses et trompeuses que revêt parfois l’illusion d’un bonheur en partage, la réalité de ce malaise.

Fenêtres ouvertes pour faire entrer un peu de fraîcheur. On ferme au moment d’allumer les lumières. Fatigue des yeux. Cake aux olives devant Friends. Souvenir d’enfance des filles le midi il y a quelques années déjà. Pas envie de sortir, besoin de trouver des moments à soi sans y parvenir avec les beaux jours. Tension passagère. Douche réparatrice. Se coucher plus tard que prévu.

Commission CNL Poésie. Toujours bonne ambiance des échanges, mais de nombreux dossiers qui exigent de discuter, d’argumenter, de chercher l’assentiment des autres. Dans l’envers du décor, mieux comprendre l’édition. Restaurant Les Antiquaires, rue du Bac. Brouhaha. Les oiseaux dans les arbres du jardin à la maison. Leurs chants en écho, avec la chaleur, quelque chose de tropical.

Une journée entière consacrée à une dernière lecture de Rien que les heures. Je pense envoyer le manuscrit aux éditeurs d’ici l’été. Volets baissés pour éviter que la chaleur entre. Les parfums des arbustes en fleurs se diffuse dans la tiédeur de l’air. Les oiseaux cherchent un peu de fraîcheur sous les feuilles des arbres. Nina présente son travail de fin d’année à la Villa Arson. Installation de patchworks avec de beaux jeux de matières, d’entrelacements de tissus, de crochets, de photos. Je n’allume pas la télé ce soir, je continue de travailler. L’amour de près.

Impressionnante chaleur en sortant de la maison. La semaine prochaine les mêmes températures prévues, largement supérieures au moyennes estivales en cette période. Un homme à la rue peine à tenir debout contre le socle de béton surmontée d’une figure d’acier inoxydable en hommage à Camus. Il croit se cacher pour pisser. À la fin de l’initiation sur la sécurité sur Internet une des participantes oublie son portable dans la salle.

Réveil en descente de lit. Le cou en sueur. Les collègues que tu cernes du premier coup d’œil. Rien ne va. Toujours à se plaindre. Une ombre sur l’asphalte. Taches de vert sombre d’un pot de peinture renversé la veille. Orages en soirée. Le temps se couvre. La température baisse. Le ciel frissonne. Respiration passagère. Encore seul ce soir à la maison.

Au jour le jour : bloc-notes quotidien

Strasbourg, le 8 juin 2019

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