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Mon beau souci #2

« Faire ressortir l’âme sous l’esprit, la passion derrière la machination, faire prévaloir le cœur sur l’intelligence en détruisant la notion d’espace au profit de celle du temps. »

Montage, mon beau souci, Jean-Luc Godard


Je m’occupe étranger aux sensations de l’extérieur.
J’agis sous le poids d’innombrables fatigues.
Je regarde ses très longs cils qui mettent une ombre légère sur ses pommettes grises.
Je déchire l’édredon rouge, pour m’y perdre et me fondre dans la nuit.
Je sais que cela peut arriver à tout instant.
Je sens le léger frisson quand on arrive à la nuque.
Je suscite en toi une honte rétrospective.
Je porte en moi un rêve jamais réalisé.
Je regarde fixement droit devant moi.

Je dissipe une sensation qui correspond exactement à ce que l’habitude recherche et attend.
Je travaille presque sans surprise.
J’ose seul dans la nuit.
Je remue les formes concrètes du rythme.
Je traverse la fatigue et le silence.
J’agis dans l’obscurité parce qu’on entend mieux.
Je joue des notes pour combler un trou.
J’entrevois le vertige qui rampe.
J’avoue que c’est la seule façon d’en finir.

Je veux flotter dans l’air.
Je pense à l’instant même où ça m’arrive là-bas.
Je me remémore ma jeunesse s’écouler, s’effeuiller lentement comme une triste couronne.
Je sens un déchirement doux, supportable.
Je décèle comme un éclat phosphorescent dans ses yeux clairs.
Je sème une fantaisie soudaine sur mon chemin.
Je comprends l’erreur grotesque de ma mère.
Je recherche de la tendresse, une brusque et nécessaire tendresse.
Je me souviens de la difficulté de se situer dans le présent.


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