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LIMINAIRE
Vendredi 02 Juillet 2010


For many men that stumble at the threshold are well foretold that danger lurks within.

W. Shakespeare

Au seuil d’un jour qui ne finit pas, avec dans la voix tout le dépôt de la journée, je serais bien blotti dans ma propre gorge pour ne pas avoir à entrer là où on me le demande : le jour suivant, tout le reste qui s’ensuit.

C’est là, devant le grand théâtre, que je me tiens appuyé le front contre toute cette fatigue - jamais de répit, jamais d’arrêt : il le faudrait pourtant ! Car comment, de l’avant, basculer dans l’après, sans perdre dans le mouvement ce qui la produit. Mais je refuse : je refuse - je n’ai pas assez de souvenir pour vieillir.

Aux liminaires, façade bleuie par le couchant - la fin de toutes choses recommencées, bientôt : si recommencées, tellement - on se coucherait en travers du seuil pour s’empêcher de passer, et on verrait ainsi son ombre basculer ?

Je garde la position — coûte que coûte, et dussé-je voir la façade s’écrouler sur moi : ni dehors ni dedans, jamais, mais sur le seuil : et plutôt, sous le seuil des bâtiments élevés pour qu’on les franchisse en levant la tête - j’ai le poing fermé dans les poches, prêt à frapper sur la première colonne des Babels de peu.

Tu me dis que ça ne suffira pas — qu’un seuil doit être passé ou dépassé, une porte fermée ou ouverte, et franchie d’un côté ou de l’autre et qu’importe : qu’on n’est jamais que d’un côté ou de l’autre, dehors ou dedans, et je te croirais bien si je ne me tenais pas, chaque soir que dieu défait, ici où je suis, à me tenir devant les nouvelles du monde aussi démuni qu’un enfant, aussi croyant qu’un vieillard, aussi endormie qu’une femme dans le jour pressé sous les cris du nouveau né ; c’est là où je suis qui ne dit pas son nom, le linteau fendu par le poids qui le surmonte, et moi les deux mains au-dessus de la tête, prêt à tout recevoir.

Je serai prêt — en attendant, au seuil d’un jour qui n’en finira pas, liminaires qui laissent voir de la poudre de pierre descendre comme de l’encens en volutes de prières, ô présages, je reste dans l’embrasure, un pas de part et d’autre du monde renversé sur ses hémisphères, dans la terreur et la pitié tout ensemble : aux portes du sommeil quand on se réveille en lui, aux portes du réel quand tout s’effondre sous lui, et qu’après le nuage de poussière, on aperçoit les autels défoncés, les corps écrasés, et les vitraux intacts.



 

 

 

 

 

 

 

Texte écrit par Arnaud Maïsetti, qui invite chez lui mon texte extrait de l’ouvrage Les lignes de désir en cours d’écriture, dans le cadre du projet de vases communicants  : ’’Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.’’

THE THRESHOLD
Publié le 2 juillet 2010
- Dans la rubrique VASES COMMUNICANTS
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