Vase communicant : Face Terres...
En savoir plus sur les Vases communicants
... ruines que nous trouvions régulièrement sous les monceaux de verdure qui
s’étaient chargés de faire disparaître rapidement les dernières traces de nos
villes, de toutes nos vies d’avant, du monde tombé sur ses genoux et puis à terre et
dont, il faut l’avouer, nous avions largement précipité la chute, peut-être parce
que nous savions que c’était finalement là le seul espoir, la seule manière que nous
avions de redevenir un peu les hommes que nous avions été ; ruines dont nous
n’approchions jamais, nous contentant de les regarder, les examiner à distance, en
chuchotant dans ces langues apparues depuis que tout avait changé, et dont certains
prétendaient qu’elles étaient celles qui avaient été les premières parlées en ces
temps-là, mais bien avant, où quelques singes trouvèrent à se lever ; ruines dont
nous ne savions pas, à dire vrai, ce qu’elles étaient, à quel usage leurs
constructeurs les destinaient (nous n’avions plus besoin que de quelques cabanes, un
rond de feu autour duquel nous racontions des histoires sans fin, des contes à
dormir debout qui se voulaient mémoires du monde mais n’étaient rien que l’invention
de nous encore et puis toujours, légendes dont nous nous enivrions dans les draps
gris des fumées qui, de loin en loin sur la planète verte, témoignaient de nos
existences - et rien de plus, vraiment, plus rien de plus).