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LIMINAIRE
Maryse Hache


Portant ouvrant sur l'air, Maryse Hache

 

 

 

 

 

offrandes et libations miel pain fleurs et eau fraiche vers qui invite

splendeur émouvante de se sentir appelée

ça chante pinsons et merles ça s’agite abeilles et papillons ça pique en bouquet d’ortie

à moi la vivance de la langue à moi les grandes bêtes venez à la visite ça crie dedans avec livrées sauvages ça cavale muscles et foulées dans les hautes herbes

de grands pans pivotent ouvrent à de la vastitude nouvelle de grands portes métalliques s’élèvent et donnent sur rien mais l’horizon

ça tresse des courbures de panier ça cueille des fraises au bois



comment

ramez, disaient-elles

c’est la lumière de l’aube elle déborde soudain avec tendre assurance s’invite dans les ombres accroche ses couleurs aux arbres à la terre aux fenêtres jusqu’au clavier


*

il y avait

au long des côtes du monde

une île

où s’était formée une cité

sur les rives d’un fleuve

avec ses balcons

ses rinceaux et grilles

ses avenues et arbres

avec ses maisons serrées

ses fenêtres à carreaux

ses rideaux fins de tulle

ses femmes à corsage

et ses hommes à chapeaux

des petites filles se promenaient

à socquettes

des petits garçons se promenaient

à chaussettes

des grand-mères à boucles d’oreille

lisaient

le soir

des histoires

sous des lampes

près des lits


dans l’air du matin

des chevaux auburn

tireraient des grandes carrioles

à bouteilles de lait en verre

quelque fois

dans la nuit

une panthère noire

ferait visite


les réverbères projetaient

dans les chambres

leur lumière

de persiennes


chacun

chacune

était bientôt rangé

dans son lit

geignait

ronflait

criait mise à mort


dormait dans leurs rêves



s’était formée

une ville de toits

gris de zinc

une ville de chats

de quinquina

de dubonnet

une ville de charbonniers
une ville de décembre

en mandarines


et dans cette ville

de vies

de cris

de morts

et dans cette île

avec tous les autres

elle

était

 

Magnolia, Maryse Hache

 

 

 

 

*

en écho à michel butor, Illustrations II, Gallimard, 1969.

il y avait au large de l’Europe une île où s’était formée une cité

considérable, pendant quelque temps la plus importante de toute la terre,

sur les rives d’un fleuve large et lent,

avec ses places et ses fontaines,

ses grilles, ses balcons, ses stores,

ses enfilades de maisons monotonement élégantes avec leurs chaînes de

pierre et de briques alternées


Texte écrit par Maryse Hache, qui invite mon texte L’usure du temps chez elle, dans le cadre du projet de vases communicants : ’’le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.’’

2 commentaires
offrandes et libations
Publié le 4 juin 2010
- Dans la rubrique VASES COMMUNICANTS
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