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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>LIMINAIRE</title>
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		<title>Dans l'&#233;paisseur des mots</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un concours de circonstances &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelque chose d'&#233;trange et de d&#233;plac&#233; dans le fait de donner des pr&#233;noms aux temp&#234;tes. Une temp&#234;te n'arrive plus seulement avec son cort&#232;ge de pr&#233;cipitations, de vent, de branches arrach&#233;es, d'impressionnants d&#233;g&#226;ts. J'imagine que c'est avec l'intention de rendre l'&#233;v&#233;nement plus proche de la population, de permettre d'identifier plus facilement le ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, mais il associe ainsi le drame aux personnes qui portent ce pr&#233;nom. La temp&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_7_1_-08915.png?1779606376' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un concours de circonstances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'&#233;trange et de d&#233;plac&#233; dans le fait de donner des pr&#233;noms aux temp&#234;tes. Une temp&#234;te n'arrive plus seulement avec son cort&#232;ge de pr&#233;cipitations, de vent, de branches arrach&#233;es, d'impressionnants d&#233;g&#226;ts. J'imagine que c'est avec l'intention de rendre l'&#233;v&#233;nement plus proche de la population, de permettre d'identifier plus facilement le ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, mais il associe ainsi le drame aux personnes qui portent ce pr&#233;nom. La temp&#234;te s'approche. On redoute ses effets. On suit avec crainte son parcours sur les cartes. On prononce son nom &#224; la t&#233;l&#233;vision avec une forme de proximit&#233; troublante. Le pr&#233;nom change la nature des temp&#234;tes. Elles cessent d'&#234;tre neutres, et si elles restent uniques, difficile sans cela &#224; les diff&#233;rencier. C'est tout un ensemble d'images qui nous parvient dans son sillage. Des routes inond&#233;es, des fen&#234;tres qui claquent, des personnes qui regardent le ciel s'assombrir. Certains pr&#233;noms semblent soudain impossibles &#224; porter sans que revienne le souvenir dramatique. Tout le monde se souvient des temp&#234;tes de fin d&#233;cembre 1999 en Europe. Leurs pr&#233;noms r&#233;sonnent encore dans nos m&#233;moires. Lothar et Martin. Il y a cependant des moyens moins raccoleurs qu'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/quel-nom-choisiriez-vous-pour-une-tempete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un concours pour choisir les prochains noms de temp&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55262998201_4463f40bf0_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55262998201_4463f40bf0_k-96e33.jpg?1779606376' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Exposition &lt;i&gt;Curiosit&#233;&lt;/i&gt; (objets de Ma&#239;ssa Toulet), Cent, 100 rue de Charenton, Paris 12&#232;me, 11 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon temps mon demain mes toujours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme s'est juch&#233;e sur le rebord de la fen&#234;tre aux volets m&#233;talliques ferm&#233;s, au rez-de-chauss&#233;e de cette maison devant laquelle je passe quotidiennement. Elle n'est pas chez elle, mais elle s'y sent &#224; l'aise, l'air d&#233;tendu, joyeuse et insouciante. Elle est assise, son dos contre le montant b&#233;tonn&#233; du cadre de la fen&#234;tre, son corps recroquevill&#233; pour se lover dans cet espace r&#233;duit, plus large que long, genou relev&#233; vers sa poitrine pour s'y maintenir en entier et ne pas risquer de tomber, ce qui lui permet de maintenir en &#233;quilibre son smartphone sur ses genoux pour discuter en vid&#233;o avec un ami. Elle ne pr&#234;te pas attention aux pi&#233;tons qui marchent sur le trottoir et passent &#224; sa hauteur. Sans un regard, ni un sourire. Concentr&#233;e dans sa conversation qui prend toute la place comme son corps dans cet espace incongru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le moment fragile o&#249; ce sentiment appara&#238;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez l'actrice Renate Reinsve quelque chose qui &#233;chappe imm&#233;diatement aux cat&#233;gories habituelles de la beaut&#233;. Son visage semble toujours travers&#233; par une pens&#233;e, une inqui&#233;tude, un tremblement int&#233;rieur. Sa beaut&#233; tient dans la mani&#232;re qu'elle a de laisser appara&#238;tre le doute, d'accueillir la fatigue, l'ironie, d'exprimer la g&#234;ne ou le d&#233;sir sans jamais vraiment les souligner. Dans &lt;i&gt;Julie (en 12 chapitres)&lt;/i&gt;, elle incarne un personnage qui change sans cesse de forme. Julie h&#233;site, fuit, recommence, d&#233;truit ce qu'elle aime, cherche sa place dans sa propre vie. Beaucoup d'acteurs jouent les contradictions. Renate Reinsve les laisse coexister en elle. Elle peut &#234;tre lumineuse dans une sc&#232;ne de f&#234;te, puis soudain totalement ferm&#233;e, presque absente, comme si une autre pens&#233;e traversait son esprit. Son jeu repose moins sur la d&#233;monstration psychologique que sur des micro-d&#233;placements. Une mani&#232;re de regarder quelqu'un trop longtemps, de sourire avant de se refermer, de ralentir l&#233;g&#232;rement au milieu d'une phrase. Dans &lt;i&gt;La Convocation&lt;/i&gt;, son visage devient plus inqui&#233;tant. Le film repose largement sur sa capacit&#233; &#224; maintenir une ambigu&#239;t&#233; permanente. Elle parait &#224; la fois fragile et capable d'une violence exag&#233;r&#233;e. Elle ne cherche pas &#224; rendre son personnage sympathique. Elle laisse des zones de silence, des moments o&#249; l'on ne sait plus si elle souffre, si elle manipule ou se prot&#232;ge. C'est cette opacit&#233; qui la rend troublante. Dans &lt;i&gt;Valeur sentimentale&lt;/i&gt;, cette qualit&#233; devient plus sensible encore. Son personnage existe &#224; travers un simple mouvement de t&#234;te ou une respiration suspendue. Elle accepte les contradictions, les moments embarrassants, les silences. Son corps lui-m&#234;me semble toujours l&#233;g&#232;rement en d&#233;calage sur son &#233;motion. C'est ce qui produit sur nous une impression de v&#233;rit&#233; tr&#232;s rare. Jouer ne consiste pas &#224; montrer un sentiment, mais &#224; laisser voir le moment fragile o&#249; ce sentiment appara&#238;t, se transforme ou dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/49077899932_43572f5e68_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/49077899932_43572f5e68_k-4dfc7.jpg?1779606376' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Yomise-dori, Yanaka, Tokyo, Japon, 17 novembre 2019&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce temps du dehors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le brouhaha des conversations s'entrechoque &#224; contretemps avec la musique pouss&#233;e trop fort dans le caf&#233;, une rythmique s&#232;che et cadenc&#233;e dont on distingue &#224; peine la voix f&#233;minine, noy&#233;e sous une batterie omnipr&#233;sente. Dans la vitre de la porte-fen&#234;tre, &#224; c&#244;t&#233; de moi, plusieurs reflets vibrent et se diffractent, se surimpriment aux silhouettes &#233;vasives des passants qui traversent la rue d'un pas rapide dans la lumi&#232;re de fin de journ&#233;e. Lorsqu'on d&#233;tache l&#233;g&#232;rement le regard de ce mirage tremblotant, c'est alors l'ensemble du carrefour qui appara&#238;t, toute la sc&#232;ne et sa m&#233;canique visible. Le passage r&#233;gulier des voitures, toujours &#224; la m&#234;me allure, l'alternance presque hypnotique des feux, les croisements de pi&#233;tons qui s'engagent chacun son tour sur les bandes blanches des passages-pi&#233;tons. Il y a dans cette effervescence quelque chose d'entra&#238;nant et d'artificiel &#224; la fois. Une dynamique fabriqu&#233;e. Cin&#233;matographique. Comme ces sc&#232;nes de foule o&#249;, soudain, le regard cesse de croire &#224; l'illusion et commence &#224; voir ce qu'elle contient r&#233;ellement. Des figurants qui r&#233;p&#232;tent plusieurs fois les m&#234;mes gestes, pour produire un effet de r&#233;el qui finit, au contraire, par r&#233;v&#233;ler la mise en sc&#232;ne. Un couple s'arr&#234;te devant le caf&#233;, comme s'ils attendaient quelqu'un avant d'entrer. Ils se rapprochent, s'embrassent. Leurs corps glissent l'un contre l'autre, s'agrippent doucement, cherchent encore un peu plus de proximit&#233;, tout en conservant entre eux une distance infime, presque invisible, avant l'&#233;treinte. La femme commence, sans y penser, &#224; faire basculer son corps d'avant en arri&#232;re. Un mouvement lent, presque imperceptible, qui se transmet aussit&#244;t au corps de son compagnon. Ils se mettent &#224; danser. Ils semblent oublier toute l'agitation qui les entoure. Mieux encore, ils l'effacent. Pour ceux qui les regardent, la rue dispara&#238;t &#224; son tour, les voitures, les feux, les passants. Il ne reste plus qu'eux et leur chor&#233;graphie discr&#232;te, vacillante, renversante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la lumi&#232;re et des bruits</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/de-la-lumiere-et-des-bruits</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/de-la-lumiere-et-des-bruits</guid>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Anne Savelli</dc:subject>
		<dc:subject>L'espace d'un instant</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce recel dans l'&#233;paisseur des mots [[Ces nouveaux mots entrent dans les nouvelles &#233;ditions 2027 des dictionnaires Le Robert et Larousse : &lt;br class='autobr' /&gt;
Aquafaba : Eau de cuisson des l&#233;gumineuses, utilis&#233;e en cuisine comme substitut au blanc d'&#339;uf. &lt;br class='autobr' /&gt;
Assertivit&#233; : Capacit&#233; &#224; s'affirmer dans le respect d'autrui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Banger : Chanson qui met tout le monde d'accord d&#232;s les premi&#232;res notes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bouilloire thermique :Logement qui devient invivable en p&#233;riode de fortes chaleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bouiner : Passer son temps &#224; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/anne-savelli" rel="tag"&gt;Anne Savelli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/l-espace-d-un-instant" rel="tag"&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_6_1_-408f9.png?1779001337' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce recel dans l'&#233;paisseur des mots&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces nouveaux mots entrent dans les nouvelles &#233;ditions 2027 des dictionnaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une bouilloire thermique du Sud-Ouest o&#249; il fait gav&#233; chaud, un instavid&#233;aste neuroatypique passe ses journ&#233;es &#224; bouiner devant son proxy profitant de la d&#233;couvrabilit&#233; des contenus en ligne. Il prompte des intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives capables de matrixer n'importe qui jusqu'au suicide forc&#233;. Son dernier crush ? Une femme qui a d&#233;cid&#233; de marrainer une association d'&#233;quith&#233;rapie prot&#233;geant une esp&#232;ce parapluie menac&#233;e par la fast-fashion. Chaque soir, il pr&#233;pare un bibimbap accompagn&#233; d'onigiris et d'une mousse mont&#233;e &#224; l'aquafaba, pendant qu'un banger tourne en boucle dans son appartement devenu une v&#233;ritable dinguerie climatique. Son voisin, un charo miskine persuad&#233; d'&#234;tre victime du syst&#232;me comme tous les incels, parce qu'on l'accuse de pornodivulgation, passe son temps &#224; publier des vid&#233;os confuses sur la guerre hybride, avec une assertivit&#233; aussi fragile qu'une pistole oubli&#233;e au soleil.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55257073383_a486877d0a_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55257073383_a486877d0a_k-d3fb2.jpg?1779001337' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#206;le Panchout, Bords de l'Yerres, Yerres, Essonne, 8 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un espace qui a perdu l'empreinte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veil en sursaut, en plein milieu d'un r&#234;ve. Je mets du temps &#224; &#233;merger, ce qui m'arrive rarement. Pas l'habitude de sortir le lundi. Il pleut. J'ai regard&#233; la veille l'itin&#233;raire sur une carte pour pr&#233;parer le rendez-vous &#224; venir, un lieu que je connais cependant, o&#249; je suis d&#233;j&#224; venu plusieurs fois. En sortant du m&#233;tro, mes rep&#232;res sont troubl&#233;s. Je me pr&#233;cipite dans une direction qui n'est pas la bonne. J'anticipe sur le rendez-vous suivant. La rue Saint-Sabin forme un arc de cercle. Je sens bien que je m'&#233;loigne du but &#224; atteindre, mais je ne vois pas comment revenir sur mes pas. Tout me semble invers&#233; comme si je regardais le plan se refl&#233;ter sur un miroir. J'ai beau regarder sur mon smartphone, rien n'y fait. Ma g&#233;olocalisation me joue des tours et me d&#233;place &#224; sa guise. Ce n'est plus un rep&#232;re, c'est un leurre qui me perd. Le temps presse, je ne veux pas arriver trop en retard. Anne envoie un message auquel je ne r&#233;ponds pas, concentr&#233; sur mon plan. Je suis si peu souvent d&#233;boussol&#233; &#224; ce point, moi qui me targue d'avoir un excellent sens de l'orientation. En revenant vers le boulevard Richard-Lenoir, j'aper&#231;ois une silhouette famili&#232;re. Je souris. Anne cherche son chemin elle aussi. Je partage avec elle mon d&#233;sarroi, avant de r&#233;aliser que nous allons tous deux &#224; contre-courant du chemin &#224; emprunter. Nous finissons par rejoindre Eric qui nous attend au caf&#233; de l'Industrie. Ce caf&#233; est lui-m&#234;me assez trompeur avec ses deux entr&#233;es, dans deux rues parall&#232;les. Bien s&#251;r, avec Anne, nous entrons par la porte &#224; l'oppos&#233;e de la salle principale. Apr&#232;s ce rendez-vous, je mets plusieurs heures &#224; retrouver mes esprits, &#224; sentir mes pieds &#224; nouveau toucher le sol. Ce n'est pas li&#233; &#224; ce que nous nous sommes dits au caf&#233;, bien au contraire. La conversation a &#233;t&#233; plaisante et tr&#232;s constructive. Mais, depuis mon r&#233;veil pr&#233;cipit&#233; ce matin, j'ai la t&#234;te &#224; l'envers. Apr&#232;s avoir mang&#233; avec Caroline et Alice et avoir visit&#233; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://100ecs.fr/exposition-curiosite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'exposition &lt;i&gt;Curiosit&#233;&lt;/i&gt; au Cent&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, je d&#233;cide de rentrer &#224; pied &#224; la maison. Le temps s'est lev&#233;, quelques belles &#233;claircies. La sensation de fatigue &#224; l'arriv&#233;e me fait oublier les absences du matin. Comme si, t&#234;te en l'air, il m'avait fallu m'&#233;puiser &#224; marcher, traverser la ville d'un pas soutenu, et cette activit&#233; physique pour me remettre dans le bon sens, la t&#234;te &#224; l'endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir argentique des mots&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Savelli m'a fait remarquer qu'il y avait dans plusieurs de mes textes, et dans le dernier tout particuli&#232;rement, de la suspension, l&#224; o&#249; elle, de son c&#244;t&#233;, travaille plut&#244;t la tension. Qu'est-ce qui me fascine tant, m'attire &#224; ce point dans cette situation momentan&#233;e, cette interruption ? Dans ce qui ne dure qu'un moment, qui est &#233;ph&#233;m&#232;re. J'ai toujours &#233;t&#233; proche de l'image dans l'&#233;criture, de ce qui se fixe en un instant, mais reste fragile, &#233;vanescent, dans cette technique de la photographie que je pratique au quotidien, parall&#232;lement &#224; l'&#233;criture. Pour expliquer &#224; Anne ce qui se jouait pour moi dans la fugacit&#233; de chaque sc&#232;ne situ&#233;e au m&#234;me instant dans diff&#233;rents endroits du monde, j'ai utilis&#233; l'image d'une allumette qu'on craque dans l'obscurit&#233;. Le temps qu'elle reste allum&#233;e, on peut percevoir tout ce qui nous entoure. Ce qui nous oblige, dans ce temps r&#233;duit, &#224; nous concentrer pour enregistrer le plus de d&#233;tails possibles, avec l'ensemble de nos sens. Avant que la p&#233;nombre recouvre tout &#224; nouveau et qu'on ne voie plus rien d'autre que ce qu'il nous en reste en m&#233;moire. Cela se r&#233;p&#232;te plus de 400 fois en fonction du nombre de lieux et de sc&#232;nes dans le livre. Bien s&#251;r, en choisissant cette image de l'allumette, je me suis souvenu des s&#233;ances de d&#233;veloppement photo avec mon ami Damien. J'en garde un souvenir puissant, initiatique, celui du bain r&#233;v&#233;lateur. Nous attendions tous deux, f&#233;brilement, dans l'espace confin&#233; de la pi&#232;ce, que l'image surgisse &#224; la surface du papier blanc qu'il agitait dans le bac, avant de l'extirper pour la faire s&#233;cher. Chaque d&#233;tail de l'image photographi&#233;e apparaissait lentement, dans ce laps de temps o&#249; tout devient possible. Le dispositif d'&#233;criture de ce texte explique ce processus proche de la r&#233;v&#233;lation photographique. Ce que Servanne Monjour d&#233;crit tr&#232;s justement dans son texte &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://phlit.org/press/?post_type=articlerevue&amp;p=2872&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;v&#233;lation : arch&#233;ologie d'une m&#233;taphore photolitt&#233;raire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Au d&#233;part de chaque texte du livre, il y a une photographie. C'est ce que l'on peut retrouver dans la premi&#232;re version du texte, dans le projet de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-ne-ressemble-a-ce-dont-je-ne-me-souviens-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. L'appropriation iconique se trouve au c&#339;ur de mon dispositif d'&#233;criture, selon Corentin Lahouste, qui insiste sur la fa&#231;on dont &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/elfe/7210&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les d&#233;placements qui sont inh&#233;rents &#224; ce geste d'appropriation font &#233;clore de singuli&#232;res exp&#233;rienciations verbo-visuelles&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Cette photographie n'existe pas. C'est un arr&#234;t sur image. La capture d'une image anim&#233;e, en provenance d'un film. Pour ce livre, j'ai repris l'ensemble des sc&#232;nes initiales, pour les r&#233;&#233;crire, sans avoir l'image sous les yeux. En les convoquant dans ma m&#233;moire, comme avec l'allumette. Le texte d&#233;crit souvent ce qui se passe &#224; un endroit, mais il peut aussi bien raconter ce qui se passe avant ou apr&#232;s, et parfois m&#234;me dans l'envers de ce lieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/9242010380_35f4ee3e02_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9242010380_35f4ee3e02_k-61624.jpg?1779001337' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Passage Lhomme, Paris 11&#232;me, 8 juillet 2013&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pluie d'&#233;clats est sans issue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pleut sur les boulevards, les vitrines, les balcons charg&#233;s de g&#233;raniums, les auvents des caf&#233;s, les scooters b&#226;ch&#233;s, les grilles des jardins publics, les platanes, les bancs mouill&#233;s du boulevard de la Villette, les statues, les palissades des chantiers, les journaux abandonn&#233;s par terre, les caniveaux o&#249; tournent des p&#233;tales d&#233;tremp&#233;s, les chaussures blanches d&#233;j&#224; tach&#233;es, les parapluies retourn&#233;s par le vent, les trottinettes, les feux rouges, les fa&#231;ades haussmanniennes grises sous l'averse, les chiens qui s'&#233;bouent, les livreurs press&#233;s, les colonnes Morris couvertes d'affiches bariol&#233;es, les goutti&#232;res qui d&#233;bordent, les pav&#233;s luisants, les ponts, les p&#233;niches, les cadenas, les silhouettes qui courent d'un abri &#224; l'autre, les fen&#234;tres malencontreusement rest&#233;es ouvertes, les m&#233;gots coll&#233;s au sol, les serveurs qui empilent les chaises en catastrophe, les taxis, les bus embu&#233;, les parkings souterrains, les bo&#238;tes aux lettres, les toits d'ardoise luisants, les verri&#232;res des passages couverts, les cours int&#233;rieures o&#249; l'eau tombe en cascade le long des descentes de zinc, les pigeons immobiles sous les corniches, les joggeurs du canal qui pressent l'allure, t&#234;te basse, les couples serr&#233;s sous un m&#234;me parapluie, les fils &#233;lectriques, les gyrophares de la police dans la circulation ralentie, les fontaines, les terrains de basket vides, les squares d&#233;sert&#233;s, les sir&#232;nes lointaines, les halls d'immeubles o&#249; l'on attend que &#231;a passe, les cheveux qui frisent sous l'humidit&#233;, fluffy, les flaques o&#249; le ciel se renverse, puis soudain les nuages se d&#233;chirent, les premi&#232;res ombres r&#233;apparaissent sur les murs, le sol, la vapeur monte du bitume, les oiseaux traversent le ciel, les enfants sautent de joie dans les flaques, les gouttes suspendues aux feuilles des arbres, les odeurs de pierre et de bitume ti&#232;des, les reflets bleus sur les vitres, dans la lumi&#232;re revenue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces nouveaux mots entrent dans les nouvelles &#233;ditions 2027 des dictionnaires Le Robert et Larousse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aquafaba : Eau de cuisson des l&#233;gumineuses, utilis&#233;e en cuisine comme substitut au blanc d'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assertivit&#233; : Capacit&#233; &#224; s'affirmer dans le respect d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banger : Chanson qui met tout le monde d'accord d&#232;s les premi&#232;res notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouilloire thermique :Logement qui devient invivable en p&#233;riode de fortes chaleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouiner : Passer son temps &#224; de vagues occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibimbap : Plat cor&#233;en &#224; base de riz, de l&#233;gumes saut&#233;s, d'un &#339;uf et de viande marin&#233;e, relev&#233; de p&#226;te de piment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charo : Homme &#224; la recherche de multiples aventures amoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crush : Penchant amoureux soudain pour quelqu'un ; coup de c&#339;ur pour quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couvrabilit&#233; : Capacit&#233; &#224; rendre une information ou un service facilement accessible sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dinguerie : Action ou parole insens&#233;e, extravagante, loufoquerie. Chose extraordinaire, grandiose, propre &#224; susciter l'&#233;merveillement, l'admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Equith&#233;rapie&lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;rapie utilisant le cheval comme m&#233;diateur pour soigner, appartenant aux zooth&#233;rapies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#232;ce parapluie : Esp&#232;ce dont la protection assure celle des autres esp&#232;ces d'un m&#234;me &#233;cosyst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fast-fashion : Mod&#232;le &#233;conomique du pr&#234;t-&#224;-porter qui consiste &#224; proposer un renouvellement rapide de collections &#224; petit prix et de moindre qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gav&#233; : Tr&#232;s usit&#233; dans le Sud-Ouest et qui signifie &#171; beaucoup de, plein de &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre hybride : Conflit combinant des modes d'action militaires et non militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incel : Mouvance masculiniste compos&#233;e d'hommes c&#233;libataires qui se pr&#233;tendent rejet&#233;s par les femmes, qu'ils jugent responsables de leur c&#233;libat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instavid&#233;aste : Personne qui diffuse un flux vid&#233;o en direct sur internet, g&#233;n&#233;ralement en interaction avec sa communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marrainer : Accorder son soutien moral &#224; un projet, une cause, en parlant d'une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matrixer : manipuler ou conditionner. &#171; Faire une impression profonde et durable sur (quelqu'un) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miskine : Qui inspire de la piti&#233; ; faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Narchomicide : Meurtre li&#233; au trafic de drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuroatypique, neurodivergent : Se dit d'une personne dont le fonctionnement neurologique diff&#232;re de celui du plus grand nombre et, sp&#233;cialement, qui pr&#233;sente un trouble du neurod&#233;veloppement (TSA, TDAH, DYS, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onigiri : Mot japonais, boulette de riz assaisonn&#233;e et recouverte d'une algue nori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pistole : Pastille de chocolat plate, ronde ou ovale utilis&#233;e en p&#226;tisserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pornodivulgation : Divulgation de photos ou de vid&#233;os &#224; caract&#232;re sexuel sans le consentement de la personne expos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prompter : Envoyer un prompt, une instruction &#224; un algorithme d'intelligence artificielle g&#233;n&#233;rative pour obtenir une r&#233;ponse cibl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proxy : Dispositif informatique servant d'interm&#233;diaire entre les ordinateurs d'un r&#233;seau priv&#233; et Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suicide forc&#233; : Le geste fatal r&#233;sultant du harc&#232;lement moral exerc&#233; par un conjoint ou ex-conjoint.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marginalia Woolf, de Christine Jeanney</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/marginalia-woolf-de-christine-jeanney</link>
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		<dc:date>2026-05-08T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>Londres</dc:subject>
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		<dc:subject>Mort</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (Les vagues, Des fant&#244;mes dans les arbres), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/londres" rel="tag"&gt;Londres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/mort" rel="tag"&gt;Mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_1_-c19f6.png?1778223624' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L89xH120/capture_d_e_cran_2026-04-20_a_10.37_23-d5e55.png?1777020379' width='89' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (&lt;i&gt;Les vagues&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Des fant&#244;mes dans les arbres&lt;/i&gt;), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont c&#244;toy&#233;. Les r&#233;flexions de Christine Jeanney sur l'autrice et sur l'&#233;criture. Cette accumulation de fragments permet de s'approcher au plus pr&#232;s de Virginia Woolf &#171; et de la voir en papillon qui refuse de rester &#233;pingl&#233; dans sa boite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8745 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/7jknCvDgBJdsdqsLbLXGPy?si=ZhLbWo1ZQY680IUcOqv7Dg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH430/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12-92d79.png?1778223625' width='500' height='430' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH396/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00-d02d0.png?1778223625' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH380/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12-5e61c.png?1778223626' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH435/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25-28fc0.png?1778223626' width='500' height='435' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH417/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40-4d6fd.png?1778223626' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH370/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51-17637.png?1778223626' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un chien arrive, de Camille Ruiz</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/un-chien-arrive-de-camille-ruiz</link>
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		<dc:date>2026-04-10T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Animal</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>R&#234;ve</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/animal" rel="tag"&gt;Animal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_36_2_-395bf.png?1775804419' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH119/ruiz_zig-couv_web-new-800x_2_-bcf6b.jpg?1772450588' width='75' height='119' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est &#233;trange. &#187; Un livre &#171; dessinant une carte de rencontres, d'anecdotes, de lieux se mettant &#224; jour, creusant le sens du verbe tenir : dans le monde, se tenir, tenir au monde, montrer comme nous y tenons - autant que possible &#224; l'&#233;coute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8702 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8702&#034; data-id=&#034;54ea2539b8aa04d87dcad5ed99ab84ad&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:950}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_36_-82dc6.png?1773083776&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_un_chien_arrive_camille_ruiz.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_36_-82dc6-c5a35.png?1775804419' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Ts44DVzIhfgwPo4aXGwt5?si=_bQDhAhMQ8S1aa5SHTEWjw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Se souvenir d'avoir &#233;t&#233; un chien (1)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiens vivent tout pr&#232;s de nous, mais en marge du monde des mots, et c'est quelque chose qu'ils ont en commun avec les tr&#232;s jeunes enfants. D'ailleurs, le langage que nous employons pour nous adresser aux b&#233;b&#233;s ressemble beaucoup &#224; celui que nous destinons aux chiens, et aux animaux domestiques en g&#233;n&#233;ral. Il semblerait que, dans toutes les soci&#233;t&#233;s, et &#224; toutes les &#233;poques, nous ayons modul&#233; nos voix pour leur faire chanter la langue imaginaire des nourrissons et des b&#234;tes, comme si leurs mondes &#233;taient voisins, et qu'il fallait emprunter un m&#234;me itin&#233;raire et un m&#234;me v&#233;hicule pour leur rendre visite. Comme l'observe Charles St&#233;panoff dans &lt;i&gt;Attachements&lt;/i&gt;, nous adoptons un ton plus aigu, nos intonations se font chantantes, nos phrases sont simplifi&#233;es et se terminent souvent sur le mode interrogatif, et nous avons tendance &#224; &#171; remplir les blancs &#187; en simulant la r&#233;ponse du nourrisson ou de l'animal. Ainsi, nous les exposons &#224; la m&#234;me musique compensatoire, qui pr&#233;pare l'acquisition du langage ou affirme le lien existant malgr&#233; tout, comme si nous devions le r&#233;v&#233;ler &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leur silence, sous-titrant et rejouant pour nous- m&#234;mes la langue muette que nous croyons entendre dans leurs voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;panoff formule l'hypoth&#232;se selon laquelle les b&#233;b&#233;s humains seraient si diff&#233;rents des adultes, &#224; la fois physiquement et dans leur mani&#232;re d'appr&#233;hender le monde, que nous pourrions dire qu'ils sont &#171; extrahumains &#187;, presque qu'ils appartiennent &#224; une autre esp&#232;ce. Ainsi, nous devons &#171; anthropomorphiser &#187; nos b&#233;b&#233;s jusqu'&#224; ce qu'ils deviennent nos semblables, et notre parentalit&#233; serait assimilable &#224; une &#171; relation inter-esp&#232;ce &#187;. Cette exception dans le monde animal, coupl&#233;e &#224; notre maternage ouvert et coop&#233;ratif ainsi qu'&#224; une capacit&#233; &#224; se projeter dans d'autres mondes que les n&#244;tres, notamment &#224; des fins de pr&#233;dation et de chasse, aurait favoris&#233; chez nous une dis- position &#224; adopter d'autres animaux, en les apprivoisant, ou en les domestiquant. Edward O. Wilson fait remarquer, dans &lt;i&gt;Biophilie&lt;/i&gt;, que les loups pr&#233;sentent une caract&#233;ristique commune avec l'esp&#232;ce humaine : nous sommes, &#224; l'origine, deux types de &#171; pr&#233;dateurs empathiques &#187;, sensibles par n&#233;cessit&#233; aux humeurs et aux milieux d'autres animaux. C'est &#224; travers cette br&#232;che que leurs descendants les chiens se seraient infiltr&#233;s dans nos soci&#233;t&#233;s, profitant de la propension humaine &#224; soigner des &#234;tres diff&#233;rents, et &#224; former avec eux de v&#233;ritables relations d'attachements, voire de parent&#233; et d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens quand moi aussi j'&#233;tais tr&#232;s muette, avant de devenir humaine. J'imagine que j'&#233;tais un b&#233;b&#233; triste. Mon p&#232;re avait un chien qui lui suffisait, et ma m&#232;re ne voulait pas de fille. J'&#233;tais une petite fille d&#233;j&#224; secr&#232;te. Je craignais d'avoir d&#233;rang&#233; le monde. Pour me bercer mes parents faisaient le tour du quartier en voiture, mais je me r&#233;veillais d&#232;s qu'ils coupaient le moteur. Sentir encore la tranche des vibrations nocturnes, les variantes de nuit bleue qui d&#233;filent dans les rues du petit village, le champ magn&#233;tique des bras de ma m&#232;re, ceux de mon p&#232;re, leur d&#233;votion ordinaire - tendresse m&#233;canique de la voiture qui m'&#233;loigne et me berce hors de la continuit&#233; de ces bras. Gaspard nous attendait derri&#232;re la porte d'entr&#233;e, et se demandait pourquoi tous partaient en balade, et lui ne partait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, il me semble qu'un mutisme et une m&#233;lancolie ancienne nous entourent, Ziggy et moi, comme un berceau. Mais quand l'envie de pleurer monte, mon chien ne peut rien faire, et je ne peux rien lui dire. Aussi, la suppos&#233;e tristesse dans son regard, quand je referme sur lui la porte, entra&#238;n&#233;e dans une part de monde o&#249; il ne peut pas m'accompagner, o&#249; nous sommes diminu&#233; es l'un e de l'autre, moi dans ma vie, lui dans sa vie qui m'attend. Ziggy ne peut pas m'expliquer s'il est triste ou non. Je ne peux pas lui expliquer que je reviens. J'esp&#232;re qu'il y a un endroit en lui o&#249; je reviens toujours, une partie solide et ronde comme une certitude. Partout o&#249; l'apprivoisement a &#233;t&#233; pratiqu&#233;, rel&#232;ve Charles St&#233;panoff, sa r&#233;ussite d&#233;pendait toujours d'un peu de contrainte, et d'un peu d'affection. Car en usant de l'affection seule, on prendrait le risque que l'animal reste trop ind&#233;pendant, attach&#233; &#224; sa vie sauvage. Au contraire, l'exercice d'une contrainte que ne viendraient pas compenser des gestes affectueux pourrait le faire mourir de tristesse. Je pense souvent &#224; la contrainte que nous exer&#231;ons les uns sur les autres. Petit &#224; petit elle devient habituelle, supportable, se fond dans le soin. Souvent c'est comme s nous &#233;tions soulag&#233;es, apr&#232;s une longue promenade dehors, de n'avoir pas d'autre choix que de rentrer &#224; la maison, et d'&#234;tre berc&#233;&#183;es par quelqu'un qui nous parle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai laiss&#233; Ziggy, il avait environ six mois. Piero et moi avions pr&#233;vu de partir hors de Bras&#237;lia pour quelques jours, dans une maison perdue au milieu du &lt;i&gt;cerrado&lt;/i&gt;, o&#249; il n'&#233;tait pas tr&#232;s pratique d'emmener un jeune chiot fou. Le jour du voyage, sur la route pour le d&#233;poser dans une pension canine, je fus envahie par l'angoisse de n'&#234;tre pas en mesure de lui expliquer pourquoi, ni combien de temps nous allions nous absenter. Quand la voiture s'&#233;loigne et que mon chien reste, un trou se creuse entre mon ventre et ma poitrine. &#192; l'int&#233;rieur, il y a l'image d'un tout petit b&#233;b&#233; dans un lit &#224; barreaux. Pendant les trois heures qui nous s&#233;parent de notre destination, je pleure de grosses larmes incontr&#244;lables, berc&#233;e par le mouvement de la route. J'&#233;tais dans le trou face &#224; l'image du b&#233;b&#233;, celui qui ne comprend pas. Je pleurais pour Ziggy, qui certainement ne comprenait pas. Sans explication, tout d&#233;part me semble un abandon. Bien s&#251;r, ce n'&#233;tait pas exactement cet abandon-l&#224;, celui que je commettais, qui me partageait le c&#339;ur, bien s&#251;r bien s&#251;r que le trou &#233;tait ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Deux r&#234;ves&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Je prom&#232;ne Ulysse, qui est mort il y a quatre ans, et Ziggy, je les prom&#232;ne dans la mer, mais comme ils sont tous deux tr&#232;s gros et un peu dangereux, chacun &#224; leur mani&#232;re, j'en prends un sous chaque bras et je nage comme &#231;a, avec mes deux chiens comme des bou&#233;es. Je dois faire tr&#232;s attention car dans la mer il y a plein d'enfants, et les chiens ont quand m&#234;me de grosses pattes. Dans la foule des baigneurs je croise une des &#233;ditrices de mon recueil de po&#233;sie, elle flotte dans l'eau et tient un nourrisson dans ses bras, elle a l'air impressionn&#233;e que je nage avec deux chiens si grands, je lui dis &lt;i&gt;oh &#231;a ne doit pas &#234;tre aussi difficile que de s'occuper d'un b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. J'ai l'&#226;ge d'&#234;tre au coll&#232;ge ou au lyc&#233;e, je suis avec d'autres &#233;l&#232;ves dans la grande salle du cin&#233;ma pr&#232;s de la rivi&#232;re, dans la petite ville de mon enfance. Le cin&#233;ma s'appelle L'&#201;den. Nous suivons une sorte de cours magistral, assis es dans les strapontins rouges. La salle est pleine, je me trouve dans une des rang&#233;es du milieu, une professeure est sur l'estrade : elle va nous demander de faire des gestes tr&#232;s r&#233;p&#233;titifs, et la plupart de ces gestes produiront un son. Nous sommes organis&#233;&#183;es &#224; la mani&#232;re d'un orchestre. Il y a une peur diffuse, une tension traverse les corps. Je comprends qu'un geste va bient&#244;t m'&#234;tre assign&#233;, et lorsque ce sera fait, je ne pourrai pas m'arr&#234;ter. Si jamais je cesse de faire le geste, quelque chose d'ind&#233;fini et de grave m'arrivera. La professeure passe dans les rang&#233;es, elle me donne mon geste : il s'agit de souffler dans un petit bec de fl&#251;te et de produire un son aigu. Le bec en question est tout ab&#238;m&#233;, presque m&#226;ch&#233;, mordu, comme si d'autres personnes l'avaient d&#233;j&#224; port&#233; &#224; la bouche. Je commence &#224; souffler, le son est tr&#232;s aga&#231;ant. Les rideaux autour de l'&#233;cran s'&#233;cartent doucement, et une phrase s'affiche, toute seule, en caract&#232;res noirs sur l'&#233;cran blanc : &lt;i&gt;This is your typical Adam and Eve story and yet you don't find the exit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Zones interm&#233;diaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les personnages du &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt; d'Andrei Tarkovski arrivent dans la Zone, il y r&#232;gne un grand silence, jusqu'&#224; ce que retentissent au loin des aboiements de chiens, ou hurlements de loups, interrompant les conversations humaines. Le plan suivant s'ouvre au ras du sol : on entend les pas lents du Stalker rest&#233; hors champ, la cam&#233;ra se redresse lentement vers un arbre couvert de toiles d'araign&#233;es. Puis le Stalker s'agenouille parmi les fleurs et les herbes hautes, dans un geste qui semble &#234;tre de soulagement et de recueillement. Nous sentons qu'il est quelque part de connu, sans parvenir &#224; d&#233;terminer si cette familiarit&#233; est un attachement choisi, ou une contrainte. La Zone est un lieu s&#233;par&#233; du monde, sous surveillance militaire, dont l'entr&#233;e est interdite. On dit qu'au milieu se trouverait une &#171; Chambre &#187; &#187; qui permettrait d'exaucer le d&#233;sir le plus cher de ses visiteurs. &#192; l'int&#233;rieur de la Zone, la r&#233;alit&#233; est suspendue. Elle ob&#233;it &#224; des lois propres, que personne ne semble comprendre tout &#224; fait, mais que certains ont appris &#224; apprivoiser : les Stalkers sont des guides vivant un pied dans le monde r&#233;el et un pied dans la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chien traverse le film et me trouble, comme tous les chiens. Au cours d'une c&#233;l&#232;bre s&#233;quence, presque &#224; l'exact milieu du film, il fait sa premi&#232;re apparition. Nous l'observons trottiner dans l'eau et se diriger vers les trois hommes allong&#233;s, en inclinant l&#233;g&#232;rement la t&#234;te, comme s'il &#233;tait interpell&#233; par le son de leur voix. Le chien approche, mais les, personnages ne semblent pas le voir ; ils n'apparaissent d'ailleurs jamais dans le m&#234;me plan. Puis nous basculons dans un encha&#238;nement de s&#233;quences dont la coloration s&#233;pia, coupl&#233;e &#224; l'entr&#233;e de la musique, semble indiquer qu'elles correspondent &#224; un r&#234;ve ou une image mentale du Stalker. La courte dur&#233;e des plans contraste avec l'&#233;tirement qui pr&#233;c&#232;de et installe un inconfort. Le Stalker est allong&#233; dans l'eau, le chien s'approche de lui. Peut-il le voir, ou est-il comme les autres ? Ou le chien existe-t-il seulement comme souvenir, sensation, hallucination ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long du film, rien ne prouve que la Zone - qui appara&#238;t comme un environnement &#224; la fois bucolique et inqui&#233;tant, o&#249; la v&#233;g&#233;tation et les ruines s'entrem&#234;lent, couv&#233;es par la brume - poss&#232;de les pouvoirs qu'on lui pr&#234;te. Et l'image du chien de &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt;, aux possibles allures de loup, sans savoir s'il est mena&#231;ant ou amical, cr&#233;ature entre deux mondes, attise notre h&#233;sitation et renforce nos questionnements sur la nature du lieu : la Zone est-elle revenue &#224; l'&#233;tat sauvage, au point qu'elle soit devenue hors de contr&#244;le, si naturelle qu'elle deviendrait surnaturelle ? Ou est-elle au contraire un environnement d&#233;grad&#233;, le r&#233;sultat d'une technologie humaine ? Et le chien, est-il le chien d'une des personnes disparues dans la Zone ? Est-ce le cadavre de son ma&#238;tre qu'il garde quand, pr&#232;s de la Chambre, nous le voyons couch&#233; et g&#233;missant aupr&#232;s d'ossements humains ? En tout cas, il semble r&#233;agir aux voix et intonations des personnages, plus que ces derniers ne r&#233;agissent &#224; lui. Il semble ouvert au monde des hommes, de la m&#234;me mani&#232;re que le Stalker est ouvert &#224; la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai souvent pens&#233; que la Zone ressemblait &#224; l'aire transitionnelle de Winnicott : il est impossible de dire si elle rel&#232;ve du monde ext&#233;rieur ou d'un monde int&#233;rieur, de ce qui est per&#231;u ou projet&#233;. Les ph&#233;nom&#232;nes transitionnels d&#233;passent ce que l'on associe au c&#233;l&#232;bre objet transitionnel : un doudou, une mascotte, un jouet, que l'enfant &#233;lit. Pour &#234;tre transitionnel, cet objet doit &#234;tre porteur du paradoxe non r&#233;solu : il est impossible de d&#233;terminer s'il a &#233;t&#233; &#171; trouv&#233; ou cr&#233;&#233; &#187;, et cette ambigu&#239;t&#233; n'est jamais questionn&#233;e, ni par l'enfant, ni par son entourage. &#192; l'&#226;ge o&#249; le b&#233;b&#233; prend petit &#224; petit conscience des limites entre son corps et celui de sa m&#232;re, et par l&#224; m&#234;me de l'existence d'un environnement hors de son contr&#244;le, l'aire transitionnelle offre un espace o&#249; les deux r&#233;alit&#233;s, int&#233;rieure et ext&#233;rieure, peuvent coexister sans conflit, et o&#249; il peut faire l'exp&#233;rience de sa propre cr&#233;ativit&#233;. Peut-&#234;tre que la Zone existe parce que nous la cr&#233;ons, comme l'affirme le Stalker : &#171; C'est &#231;a la Zone, &#224; chaque instant, elle est telle que nous l'avons faite, (...) par notre propre &#233;tat d'esprit. (...) Tout ce qui se passe ici d&#233;pend non de la Zone, mais de nous &#187;. Mais nous ne l'aurions pas cr&#233;&#233;e si elle n'avait pas &#233;t&#233; d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;rement parce que je doute moi-m&#234;me de ma propre existence, de ma r&#233;alit&#233;, que mes s&#233;parations d'avec Ziggy sont v&#233;cues comme des discontinuit&#233;s. J'ai de lui des photos, des poils qui s'accrochent aux v&#234;tements, des amulettes, des petites statuettes de chien que j'emm&#232;ne partout. Si je les oublie, quelque chose de grave arrivera. Pourtant, je sais bien que Ziggy continue. Le fait de parler tout le temps de lui tisse un r&#233;seau d'affection dans lequel mes proches sont comme pris au pi&#232;ge. Mais c'est moi qui m'effrite et me d&#233;sint&#232;gre. Sans langage commun, comment puis-je survivre en Ziggy quand je m'absente ? Et m&#234;me si j'&#233;tais parvenue &#224; lui dire, est-on jamais certain que l'autre revient ? Je ne peux pas savoir ce que ressent mon chien, dans sa pension pour chiens. Je peux deviner qu'il attend, mais je peux aussi deviner qu'il n'attend pas. J'ai lu un article, je ne sais plus o&#249;, qui disait que contrairement au lieu commun, les chiens poss&#232;dent bien une certaine notion du temps. Ils sentent les fluctuations dans l'air, les modulations du jour et des saisons. Je ne saurais dire ce que j'esp&#232;re le plus : qu'il sente, ou qu'il ne sente pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Stalker sort de la Zone accompagn&#233; du chien noir. On se demande si c'&#233;tait l&#224; son souhait le plus cher : avoir un compagnon capable, comme lui, de naviguer dans la Zone ? Dans l'appartement de Marseille, &#224; chaque fois que l'homme avec qui je vivais n'obtenait pas ce qu'il voulait, je voyais son visage se fermer. Je n'&#233;tais pas arm&#233;e pour n&#233;gocier le monde avec un visage qui se ferme. Quand la crise s'annonce, je me concentre sur Pompidog, que je fais bouger, parler, que j'installe comme un personnage du quotidien, au point que mes parents, mes fr&#232;res, me demandent de ses nouvelles, et que je leur envoie des photos. Parfois je suis prise d'un grand amour et d'une grande piti&#233; pour cet objet avec lequel je communique secr&#232;tement. Je trouve &#231;a triste pour un chien, d'&#234;tre enferm&#233; dans un corps de peluche, de ne pas pouvoir vivre sa vraie vie. Je ne me rends pas compte que j'ai de la peine pour moi-m&#234;me. J'ai tra&#238;n&#233; Pompidog comme un tr&#233;sor ramolli pendant des ann&#233;es, longtemps apr&#232;s Marseille. Ce n'est qu'avec Ziggy que je l'oublie &#224; sa juste mesure. Ou qu'il trouve enfin son corps, et que je trouve le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ziggy &#233;coute la radio&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, je suis perdue face &#224; Ziggy. Je comprends mal ses besoins, ses demandes, et lui ne comprend pas la mani&#232;re dont j'essaye de r&#233;pondre &#224; ce que je ne comprends pas. Il me suit partout, me mordille les mains, essaye de capturer mon attention. Je lui demande &lt;i&gt;mais qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ?&lt;/i&gt; Puisqu'il m'observe en silence, l'espace s'ouvre pour que je le comble, et je commence &#224; commenter tout ce qu'il fait et tout ce que je fais, lui disant qu'on va bient&#244;t sortir, que je sais qu'il a faim, qu'il mangera plus tard, qu'il est un bon chien, que le temps est chaud, que je dois travailler, qu'il ne faut rien manger par terre, que je l'aime, qu'il est le plus beau. Une &#233;ducatrice canine m'avait fait la remarque : il faudrait que j'arr&#234;te de parler autant &#224; mon chien. Si je veux vraiment m'adresser &#224; lui, il est primordial de condenser mon usage de la parole en mots choisis, que j'aurais fait en sorte de lui apprendre. Sinon, ma voix se noie dans les bruits ext&#233;rieurs, elle devient pour lui &#171; comme la radio &#187;. Ce bourdonnement l'emp&#234;che de m'&#233;couter vraiment, de pr&#234;ter attention &#224; ce que je vais lui demander, lorsque je lui demande quelque chose. Il faudrait tendre vers son silence, faire preuve de coh&#233;rence : dans nos interpellations, mais aussi dans nos gestes muets, nos postures. Nos communications humaines sont telle- ment tourn&#233;es vers le mot, vers la capacit&#233; &#224; dire, que nous oublions souvent que tout parle : nos attitudes, nos regards, m&#234;me nos odeurs. Les chiens nous lisent en continu, nous devinent et nous doublent. C'est une autre forme d'astuce, une habilet&#233; plus g&#233;niale encore que celle de savoir former des sons qui sont des mots. Lire le fant&#244;me du geste avant le geste, la parole avant la parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, pr&#232;s de la place de la Nation o&#249; je marchais avec Ziggy, une jeune femme d'une vingtaine d'ann&#233;es m'interpelle pour me parler de chiens, ce qui est une chose plut&#244;t commune. Sa voix assur&#233;e et son aplomb me laissent penser qu'elle poss&#232;de une autorit&#233; en la mati&#232;re. Je me dis qu'elle est peut-&#234;tre une professionnelle des comportements canins, ou en tout cas, passionn&#233;e par la question. Apr&#232;s une s&#233;rie d'affirmations dans lesquelles je ne d&#233;c&#232;le rien d'&#233;trange ni de particuli&#232;rement int&#233;ressant, elle me dit &lt;i&gt;et surtout, il faut beaucoup, mais alors beaucoup leur parler&lt;/i&gt;. Je repense &#224; ce que m'avait dit l'&#233;ducatrice, et je l'interromps : &lt;i&gt;ah bon, vous croyez ? J'ai justement entendu le contraire... &lt;/i&gt; J'esp&#233;rais secr&#232;tement que quelqu'un de qualifi&#233; vienne contredire cette affirmation. J'esp&#233;rais qu'elle me dise qu'en fait, depuis le d&#233;but, ce que je fais avec Ziggy est exactement juste, qu'il faut l'inonder de parole. C'est alors que mes yeux croisent les siens. Il y a &#224; l'int&#233;rieur ce l&#233;ger d&#233;calage, une rondeur trop ronde, une excitation bizarre qui vient percer l'enveloppe contenant ma honte, et la honte se r&#233;pand dans mon corps. Le ton de sa voix reste neutre et pos&#233; : &lt;i&gt;Ah mais oui. Il faut beaucoup leur parler. Vous avez d&#233;j&#224; vu Beethoven, le film ? Les enfants dedans, ils parlent tout le temps &#224; leur chien. Et c'est pour &#231;a qu'il devient tr&#232;s intelligent. Vous avez vu quand il sauve le petit dans la piscine ?&lt;/i&gt; Je l'&#233;coute pendant un moment, en hochant la t&#234;te, puis je la remercie. En m'&#233;loignant, je vois qu'elle entre dans une tente fix&#233;e de mani&#232;re pr&#233;caire entre une barri&#232;re et la chauss&#233;e, et qu'elle marche pieds nus.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'apprends malgr&#233; moi &#224; rester longtemps silencieuse aupr&#232;s de Ziggy. Lors de nos escapades, quand je trouve un lieu suffisamment vide, un temps suffisamment seul, il m'arrive de ressentir une forme d'ivresse de silence, de pl&#233;nitude amniotique, comme si j'&#233;tais dans un environnement absolument bon, un environnement &#224; notre exacte mesure. Nous marchons parfois c&#244;te &#224; c&#244;te, parfois le chien me devance. J'ai l'image de cette promenade &#224; Sao&#251;, quand nous montons Ziggy et moi parmi les gen&#234;ts, et que les montagnes se d&#233;coupent dans le soir, que le vent gr&#233;sille. Alors je sens diminuer l'intensit&#233; que j'accorde &#224; la langue, et par vases communicants, se renforcer l'attention &#224; d'autres d&#233;tails, comme une c&#233;cit&#233; temporaire renforcerait notre ou&#239;e et notre odorat. Le corps de Ziggy parle : les oreilles se d&#233;placent l&#233;g&#232;rement, il a entendu quelque chose. Il s'immobilise, et seule sa truffe bouge : une odeur passe pr&#232;s de nous. Il est debout, il me regarde avec insistance, les oreilles rel&#226;ch&#233;es, la gueule entrouverte : il veut jouer, et attend un geste de ma part. Il s'immobilise, son dos se h&#233;risse, sa queue est dans le prolongement de son dos : il est en alerte, quelque chose l'inqui&#232;te. Il s'assoit pr&#232;s de moi, et regarde dans la m&#234;me direction, en appuyant l&#233;g&#232;rement son &#233;paule contre ma jambe repli&#233;e : il se repose, et voudrait bien que je lui passe la main derri&#232;re les oreilles, pendant que nous observons la lisi&#232;re de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout le monde quelque chose, de Corinne Lovera Vitali</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
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		<dc:subject>Temps</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du langage, utilisant la libre association pour traduire une forme d'ali&#233;nation ordinaire. C'est une &#339;uvre exigeante sur la difficult&#233; d'exister au-del&#224; de ses propres &#233;garements. Une invitation &#224; devenir &lt;i&gt;quelque chose d'autre que soi seul&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/4jgnzGm2rWpzYa4RadulI3?si=DKus5nE8So2USQv7dbNlpQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/4jgnzGm2rWpzYa4RadulI3?si=DKus5nE8So2USQv7dbNlpQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br /&gt;&#8212; In&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi je mange la nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand c'est fini c'est fini, j'ai souvent entendu des personnes le dire. En g&#233;n&#233;ral c'&#233;tait Moi quand c'est fini c'est fini. Dans Moi quand c'est fini c'est fini le Moi compte. Pourtant ces personnes comme toutes les personnes &#233;taient toutes diff&#233;rentes mais elle reprenaient cette m&#234;me phrase qui sonne en mot d'ordre au m&#233;gaphone. On ne peut pas dire qu'il y aurait un groupe de personnes pour qui quand c'est fini c'est fini, et pourtant le Moi plac&#233; devant semble bizarrement indiquer un Nous. Nous les pour qui quand c'est fini c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je ne suis ni ce Moi ni dans ce Nous. Moi quand c'est fini c'est pas fini. Pas que je fasse durer la fin je ne crois pas non. Mais quand c'est fini &#231;a peut recommencer. C'est la logique m&#234;me. C'est la nature. Mon Moi quand c'est fini c'est pas fini ne va pas contre la nature il dit sa d&#233;cision ne pas. Qui est une impossibilit&#233; une inaptitude un rejet un refus, tous les mots pouvant s'enquiller pour dire que d'un non quelque chose d&#233;coule une non fin. Je n'ai pas de doctorat en logique math&#233;matique non. Tout ce que je n'ai pas ! Tout ce que je n'ai pas fait que je ne peux pas ne pas. Voil&#224; comment je suis faite. Voil&#224; comment est fait mon cerveau-c&#339;ur il per&#231;oit tout ouvert. Et dans une fermeture &#224; double tour per&#231;oit l'ouverture possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y puis-je ? La soir&#233;e est finie je la recommence. J'ai sommeil &#224; l'heure du repas j'ai faim au moment de m'endormir. Et je c&#232;de aux deux. Voil&#224; bien ce que je fais le mieux. Moi je mange la nuit. J'emp&#234;che toute d&#233;cision de venir s'y enkyster. Le cerveau-c&#339;ur est &#233;videmment aux r&#234;ves. Je ne le dis &#224; personne et jusqu'&#224; ce que je vous en parle je n'en avais pas connaissance. Faire tout &#224; l'envers aller toujours contre, quoi de moins d&#233;cisif quoi de plus sisyphe. C'est que j'ai quelques morts avec moi qui n'ont rien fini et certainement pas de vivre, alors vos petites grandes d&#233;cisions l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Robin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le coup de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est-&#224;-dire qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ce puzzle &#233;puisant et pendant si longtemps on aurait pu croire que toutes mes pi&#232;ces se sont aimant&#233;es par leurs formes tordues et qu'elles se sont assembl&#233;es en un clin d'&#339;il. Parfaitement. Le puzzle et le clin d'&#339;il ce sont des images, comme &#231;a vous voyez mieux. Vous voyez tout est embo&#238;t&#233;, toutes les bonnes pi&#232;ces &#224; tous les bons endroits, et si vous clignez des yeux vous ne voyez m&#234;me plus les joints. La jointure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que &#231;a se passe vraiment comme &#231;a un puzzle, d'abord il y a un ensemble tout &#224; fait assembl&#233; puis il y a la machine. La machinerie &#224; emporte-pi&#232;ces. Elle se place au-dessus, elle descend, et elle fait imploser l'ensemble. Et c'&#233;tait pas qu'il &#233;tait plus rond que le O de Giotto c'est que c'&#233;tait un ensemble. Et c'&#233;tait le v&#244;tre. C'&#233;tait le mien. Je ne suis pas venu au monde en pi&#232;ces tout de m&#234;me. Ni vous ni personne, sauf les pauvres malheureux &#224; qui il manquait d&#232;s le d&#233;part une case ou un bras ou alors ils &#233;taient soud&#233;s &#224; leur siamois et on a d&#251; leur passer la scie &#224; d&#233;couper, mais &#224; nous non. On &#233;tait un ensemble tout bien fonctionnel on avait z&#233;ro d&#233;faut. Nickel chrome. Chrom&#233; vanadium m&#234;me. Puis il y a eu la dislocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant &#233;videmment c'est &#233;vident. Tout est puzzle partout il n'y a plus aucun ensemble, alors m&#234;me vous vous voyez ce que je dis l&#224;. Comme c'est la v&#233;rit&#233;. Mais c'est pas mon sujet. Mon sijet c'est comment je me suis rassembl&#233; moi seul, en un pr&#233;tendu clin d'oeil et pr&#233;cis&#233;ment au milieu de ce chaos de pi&#232;ces grandes et petites et volant de toutes parts et m&#234;me pour la plupart abso-lument disparues, comme des esp&#232;ces. Autant dire juste avant la fin du monde. De justesse, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je clignais beaucoup des yeux depuis des mois parce que j'ai mauvaise vue et que la dictature du chaos emp&#234;chait mes habitudes de faire r&#233;guli&#232;rement le point. Il n'y avait plus aucune r&#233;gularit&#233; ni dans le monde ni dans ma vie et faire le point devenait toute une affaire sans que je puisse non plus sauter &#224; pieds joints dans le bazar et me dire Allez boule bastre, aussi m&#234;me en pointill&#233;s et m&#234;me &#224; des heures indues je clignais je clignais, je t&#226;chais de tenir ma ligne on peut dire &#231;a de sa vie quand on s'y accroche. Puis on aurait pu dire qu'en un clin d'&#339;il je n'ai plus eu besoin de cligner des yeux. Le flou s'&#233;tait install&#233; et tant pis s'il apportait avec lui son lot d'algies, tant pis tant pis. Parce que je dois l'admettre &#231;a avait fini par me plaire de ne plus tr&#232;s bien voir. Contrairement &#224; ce qu'on aurait pu croire ce flout&#233; &#231;a vous fouette l'&#226;me, &#231;a vous secoue la mollesse de vivre. Parce qu'alors il n'y a vraiment plus que vous enfin. Vous ne pouvez plus regarder au-dehors avec votre compas dans l'oeil et vous dire Ah tiens, comme trop souvent je me l'&#233;tais dit puis je tra&#231;ais droit dans les pay- sages en croyant que c'&#233;taient ceux des autres, Ah tiens, sans voir que c'&#233;taient les miens et sans comprendre que c'est bien commode les paysages des autres quand on est par vautr&#233; dans sa vie molle, c'est bien commode pour ne rien savoir et finir &#233;tourdi de se puzzler &#224; l'infini dans l'inconnu, assomm&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; et tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais ainsi totalement d&#233;go&#251;t&#233; quand le flou est venu &#224; ma rescousse. Je commen&#231;ais enfin &#224; regarder et &#224; voir r&#233;ellement au-dedans. Il n'y avait aucun flou l&#224;. Plut&#244;t tout au fluo se voyait mon tout intact si durement ballott&#233; des ann&#233;es et des humains mais qui avait r&#233;sist&#233;. Fi&#232;rement je l'ai visit&#233; et je l'ai reconnu et je l'ai ch&#233;ri. Je n'avais m&#234;me plus besoin de me souvenir, tout &#233;tait l&#224;. Plus de pi&#232;ces. Je ne peux mieux vous dire. Imaginez une sorte d'unit&#233; finie mais se renouvelant &#224; chaque respiration sans souci de morcellement, sans devoir d'inspection &#224; chaque instant, sans autre battement que celui de son c&#339;ur. Imaginez la fin du disloqu&#233;. Qui n'a plus ni &#224; se recoudre ni &#224; en d&#233;coudre avec ses sentiments. Imaginez de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez. Si vous le coup voulez aller faire un tour j'attends, pas de probl&#232;me. J'ai tout mon temps maintenant je suis bien r&#233;uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On est r&#233;guli&#232;rement tenu de dire des choses comme &#231;a, En un clin d'&#339;il. D'abord &#224; part si on est horloger ou si on est soi-m&#234;me un chrono ou un p&#232;se-personne ou une petite machine bien huil&#233;e, il y en a oui ils sont tic-tac tout le temps ils savent tout bien compter m&#234;me ce qui ne se mesure pas, mais si on n'est pas &#231;a, qu'est-ce qu'on fait ? Si on n'est vraiment mais vraiment pas &#231;a ? On ne sait pas signifier le temps autrement qu'en images, et on a toujours besoin d'&#234;tre rassur&#233; par les images comme quand on avait la chance de lire des livres d'images ou de dessiner toute la journ&#233;e parce qu'on &#233;tait des enfants. On dit En un clin d'&#339;il. Et si on n'est pas s&#251;r de son image on part vite en chercher une autre comme En un &#233;clair, sinon on dit &#192; la vitesse de la lumi&#232;re, &#231;a n'a pas d'importance si on ne conna&#238;t pas la vitesse de la lumi&#232;re. Parfois on l&#228;che Le coup de foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous savez c'est seulement pour se consoler les images qu'on met dans les mots, il ne faudrait pas les hair comme vous vous &#234;tes mis &#224; le faire. Et il ne faudrait pas non plus les utiliser de trop pour les publicit&#233;s. Il faudrait arr&#234;ter parce que &#231;a nous vide &#224; force. On a eu le coup de foudre c'est beau. &#199;a s'est pass&#233; en un clin d'&#339;il aussi. On ne peut pas se passer des images quand on parle, on ne peut pas se passer de tout, comme les images les rimes la scanse, on ne peut pas se passer de tout et parler ne serait qu'une sorte de jeu sans plus jamais de chanson ce serait un jeu tr&#232;s s&#233;rieux, ce serait vraiment un jeu de cons. Il y en a beaucoup qui y jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait le droit de chanter aussi alors. On ne faisait que &#231;a toute la journ&#233;e les ann&#233;es d'avant la dislocation y compris &#224; l'&#233;cole, surtout &#224; l'&#233;cole on dessinait on jouait on courait on chantait, on avait des &#233;ducateurs form&#233;s &#224; &#231;a. On nous chantait des berceuses aussi. Vous ne croyez pas qu'on en aurait encore besoin ? Qui a d&#233;cid&#233; que &#231;a devait s'arr&#234;ter ? L'&#226;ge de raison nous a tous ravag&#233;s et on n'a m&#234;me pas gagn&#233; en raison on est tous devenus des disloqu&#233;s on s'est retrouv&#233;s en loques &#224; ne plus pou- voir entendre le soir des rimes douces comme &#224; ne plus pouvoir sucer son pouce. Ceux qui n'ont pas eu le choix sont entr&#233;s dans la dislocation en se faisant une raison, j'imagine. Mais il y en a des comme nous ils n'ont pas pu, ils ont vraiment &#233;t&#233; disloqu&#233;s. On a dit de nous Ils sont perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait perdus c'est vrai, et c'est faux on n'&#233;tait rien perdus du tout on nageait comme les t&#234;tards qu'on &#233;tait rest&#233;s on surnageait comme on pouvait en pensant &#224; quand nos orteils sortaient de nos chaussettes ou quand la fille &#224; la peau un peu violette nous avait d&#233;clar&#233; son amour, ou on avait des musiques tout le temps dans la t&#234;te ou on voyait des dessins dans la tapisserie ou on croyait se marier avec un vieux bout de rideau sur la t&#234;te, et parfois on ne faisait m&#234;me que l'imaginer justement. Et en m&#234;me temps qu'on subissait la dislocation g&#233;n&#233;rale on devait aussi se disloquer de ceux qui nous disloquaient. On a eu beaucoup de travail pour rester agripp&#233;s &#224; notre pan de tapisserie derri&#232;re le pan de double rideau, et on ne se connaissait pas alors et on n'&#233;tait pas en hordes non plus, on &#233;tait radicalement seuls. Avec au m&#234;me endroit, c'est-&#224;-dire en nous, au-dedans de notre petit corps et de notre petite bo&#238;te cr&#226;nienne et de nos petits organes g&#233;nitaux, enfin tout partout en nous on &#233;tait avec ce puzzle incompr&#233;hensible et avec notre d&#233;sir, qu'on n'a jamais l&#226;ch&#233; sans jamais chercher &#224; le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nietzsche au piano, de Fr&#233;d&#233;ric Pajak</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>Jeu</dc:subject>

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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Pajak explore la relation fusionnelle et tourment&#233;e de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la consid&#233;rait comme l'essence m&#234;me de sa pens&#233;e. Nietzsche s'est per&#231;u toute sa vie comme un compositeur, s'adonnant au piano et &#224; la cr&#233;ation d'&#339;uvres souvent jug&#233;es maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amiti&#233; passionn&#233;e puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un d&#233;chirement n&#233; de divergences esth&#233;tiques et id&#233;ologiques profondes. Le philosophe a fini par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_33_1_-87b92.png?1772179268' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Pajak explore la relation fusionnelle et tourment&#233;e de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la consid&#233;rait comme l'essence m&#234;me de sa pens&#233;e. Nietzsche s'est per&#231;u toute sa vie comme un compositeur, s'adonnant au piano et &#224; la cr&#233;ation d'&#339;uvres souvent jug&#233;es maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amiti&#233; passionn&#233;e puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un d&#233;chirement n&#233; de divergences esth&#233;tiques et id&#233;ologiques profondes. Le philosophe a fini par rejeter le romantisme allemand au profit d'une musique &#171; m&#233;diterran&#233;enne &#187;, plus solaire et l&#233;g&#232;re. &#192; travers ce prisme, la vie de Nietzsche appara&#238;t comme une qu&#234;te de r&#233;demption esth&#233;tique face &#224; la solitude et &#224; la maladie. Cette biographie illustr&#233;e d&#233;montre finalement que, pour lui, chaque phrase &#233;crite poss&#233;dait sa propre rythmique symphonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslibretto.fr/catalogue/nietzsche-au-piano/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nietzsche au piano&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Pajak, &#201;ditions Libretto, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8662 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/46YLfpgQBS1arEPt0tAAof?si=2U61rPxISHmW_Iwp1Ae8Wg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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Un an plus tard, &#224; l'&#233;t&#233; 1877, Nietzsche reprend une composition commenc&#233;e en f&#233;vrier 1875 et intitul&#233;e &lt;i&gt;Hymne &#224; la solitude&lt;/i&gt;, dans laquelle il veut &#171; saisir celle-ci dans toute sa terrible beaut&#233; &#187;. La solitude ? Elle l'&#233;trangle, comme un lacet lui serrant le cou. Elle est pour lui &#224; la fois une souffrance et un salut. Sa solitude est la condition m&#234;me de son m&#233;tier de philosophe. Il se tient seul, debout &#224; la proue d'un vaisseau imaginaire. Le voil&#224; filant vers l'avenir, sur des flots froiss&#233;s par la temp&#234;te qui s'annonce, tandis que la c&#244;te dispara&#238;t, laissant derri&#232;re lui un pass&#233; toujours plus lointain. Mais, avenir et pass&#233; ne font qu'un, vus depuis le milieu de la mer ; ils forment une m&#234;me cicatrice sur le ventre et le dos de l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nietzsche r&#233;p&#232;te maintes fois cette musique, la chante de pr&#233;f&#233;rence &#224; tue-t&#234;te, sinon au fond de lui-m&#234;me, mais il n'en &#233;tablit pas la partition, comme de nombreux morceaux qu'il &#233;bauche avec passion, sans les retranscrire. Ainsi, son r&#234;ve d'une musique dionysiaque reste pour nous un myst&#232;re. &#192; quoi devait-elle ressembler ? Nul ne le sait. Peut-&#234;tre &#224; du free-jazz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il renonce d&#233;finitivement &#224; l'enseignement scolaire. Il donnera encore des cours &#224; l'universit&#233;, jusqu'&#224; sa d&#233;mission, le 14 juin 1879. Professeur de langue et de civilisation grecques depuis l'&#226;ge de vingt-cinq ans, il aura enseign&#233; dix ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, il ne supporte plus &lt;i&gt;physiquement&lt;/i&gt; la musique de Wagner ; elle lui d&#233;truit les nerfs. Il rejette &#233;galement la musique romantique allemande, Brahms en t&#234;te : &#171; En v&#233;rit&#233;, toute bonne musique doit pouvoir se siffler ; mais les Allemands n'ont jamais su chanter et tra&#238;nent toujours leur piano derri&#232;re eux d'o&#249; leur passion pour l'harmonie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La rupture avec Wagner est pour lui, sans conteste, l'&#233;v&#233;nement le plus douloureux de sa vie d'adulte. Dans une lettre &#224; K&#246;selitz, il confesse : &#171; Que de fois je r&#234;ve encore de lui, et toujours dans le style de notre confiante intimit&#233; d'autrefois ! Jamais une parole m&#233;chante n'a &#233;t&#233; &#233;chang&#233;e entre nous, pas m&#234;me dans mes r&#234;ves, pour combien de paroles r&#233;jouissantes et encourageantes ! Jamais, peut-&#234;tre, n'ai-je autant ri qu'en compagnie de Wagner. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; sa s&#339;ur, il &#233;crit : &#171; J'ai &#233;t&#233; indescriptiblement heureux le jour o&#249; j'ai rencontr&#233; Wagner ! J'avais si longtemps cherch&#233; l'homme qui f&#251;t plus haut que moi, et me domin&#226;t vraiment ! Je croyais l'avoir trouv&#233; en lui. C'&#233;tait une erreur. Maintenant je ne peux m&#234;me plus me comparer &#224; lui &#8211; je suis d'un autre rang. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien plus tard, il ajoutera : &#171; Je l'ai aim&#233;, et n'ai aim&#233; que lui. C'&#233;tait un homme selon mon c&#339;ur, si immoral, si ath&#233;e, si antinomique..... &#187; Le &#171; vieux sorcier &#187;, tel qu'il le surnommait, l'a s&#233;duit plus que quiconque. Il l'a ensorcel&#233;. Et il l'admirait, il le v&#233;n&#233;rait, ne sachant comment le qualifier : po&#232;te, artiste plastique ou musicien &#187; ? Que d'&#233;loge dans ces mots : &#171; Faire de son &#339;uvre [...] un d&#233;p&#244;t sacr&#233;, faire du v&#233;ritable fruit de son existence la propri&#233;t&#233; de l'humanit&#233;, d&#233;pos&#233;e pour une post&#233;rit&#233; au jugement meilleur : tel fut le but qu'il poursuivit, celui qui passe &lt;i&gt;avant tous les autres&lt;/i&gt;, et pour lequel il porte la couronne d'&#233;pines qui se changera un jour en couronne de lauriers. &#187; Combien fut dure cette s&#233;paration, apr&#232;s six ans de complicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pr&#233;sent, il r&#234;ve d'une musique l&#233;g&#232;re, m&#233;lodique. Son v&#339;u est exauc&#233; : par hasard, le 27 novembre 1881, au th&#233;&#226;tre Politeama de G&#234;nes, il assiste &#224; une repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Carmen&lt;/i&gt;, l'op&#233;ra de Bizet il avait &#233;t&#233; tr&#232;s attrist&#233; &#224; l'annonce de la mort du musicien, en 1875, &#224; l'&#226;ge de trente-six ans. Cette musique est pour lui une &#171; antith&#232;se ironique &#187; &#224; celle de Wagner : elle fait appel ouvertement &#224; la passion. Malgr&#233; les effets pittoresques, c'est une musique m&#233;ridionale, un v&#233;ritable voyage dans le pays et les m&#339;urs de l'Espagne : S&#233;ville, ses cigari&#232;res, ses rivaux amoureux, brigadier et tor&#233;ador... Quelques jours plus tard, il &#233;crit &#224; K&#246;selitz : &#171; Hier me croiriez-vous ? &#8211; j'ai entendu pour la vingti&#232;me fois le chef-d'&#339;uvre de Bizet. &#187; Il y discerne nettement la coloration de chaque instrument, d&#233;licatement orchestr&#233;, &#224; l'inverse de cette &#171; stimulation obscure et souterraine des instincts &#187;, propre &#224; Wagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un an plus tard, il &#233;crira &#224; sa m&#232;re : &#171; Puis la musique de &lt;i&gt;Carmen&lt;/i&gt; a commenc&#233; et j'ai succomb&#233; pendant une demi-heure aux larmes et aux battements de mon c&#339;ur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; K&#246;selitz, il confie redouter de perdre la raison. Il a connu r&#233;cemment une tr&#232;s longue fi&#232;vre nerveuse, pr&#233;figurant de fa&#231;on alarmante une crise de folie. Cette m&#234;me folie, il l'&#233;prouve parfois en improvisant ses chants dionysiaques, dans lesquels il prend la libert&#233; d'exprimer quelque chose d'&#171; effroyable et risible &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin 1882, Nietzsche est en proie &#224; de terribles insomnies ; son humeur est &#224; la d&#233;pression. Il consomme de fortes doses de chloral et d'opium, se confie &#224; Lou Salom&#233; et Paul R&#233;e : &#171; M&#234;me si quelque &#233;tat d'&#226;me devait &#224; l'occasion me pousser &#224; m'&#244;ter la vie, il n'y aurait pas grand-chose &#224; regretter. Que vous importent mes chim&#232;res ! (M&#234;me mes &#034;v&#233;rit&#233;s&#034; ne vous ont pas import&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent.) Surtout dites-vous bien tous les deux que je suis finalement un homme &#224; moiti&#233; fou qui souffre de la t&#234;te et que la solitude a d&#233;finitivement &#233;gar&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 f&#233;vrier 1883, il est &#224; G&#234;nes ; il apprend par le journal la mort de Richard Wagner. Il est en larmes, &#224; tel point choqu&#233; qu'il tombe gravement malade et reste alit&#233; plusieurs jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'assister &#224; chacun des op&#233;ras du &#171; vieux sorcier &#187;, Nietzsche s'&#233;tait procur&#233; la partition de sa r&#233;duction pour piano et l'avait jou&#233;e scrupuleusement. Il connaissait cette musique par c&#339;ur et, avec sa politesse excessive, ne manquait pas de faire part de son admiration au maestro, qui ne put qu'en &#234;tre flatt&#233;. De son propre aveu, il avait glorifi&#233; &lt;i&gt;Parsifal&lt;/i&gt;, notamment son pr&#233;lude. Il y avait trouv&#233; l'expression la plus vive d'un christianisme qu'il aurait r&#234;v&#233; de mettre lui-m&#234;me en sc&#232;ne, lorsqu'il &#233;tait enfant. &#171; J'admire cette &#339;uvre, &#233;crira-t-il dans &lt;i&gt;Le Cas Wagner&lt;/i&gt;. Je voudrais l'avoir faite. &#192; d&#233;faut, je la comprends. &#187; Quant &#224; &lt;i&gt;Tristan&lt;/i&gt;, il n'en voit pas d'&#233;quivalent. Aucune &#339;uvre n'a exerc&#233; sur lui pareille fascination, qu'il qualifie d'&#171; effrayante et suave infinitude &#187;. Il avoue : &#171; Tout bien consid&#233;r&#233;, ma jeunesse n'aurait pas &#233;t&#233; supportable sans la musique de Wagner. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il se reprendra bient&#244;t : &#171; Apr&#232;s le crime de &lt;i&gt;Parsifal&lt;/i&gt;, Wagner n'aurait pas d&#251; mourir &#224; Venise, mais au bagne. &#187; Ou : &#171; Wagner est-il un &#234;tre humain ? N'est-il pas plut&#244;t une maladie ? Il rend malade tout ce qu'il touche, &#8211; &lt;i&gt;il a rendu la musique malade.&lt;/i&gt; &#187; Ou encore : &#171; Wagner est une n&#233;vrose. &#187; Cette musique, il l'a aim&#233;e, pourrait-on dire, jusqu'&#224; la naus&#233;e. Il y voit &#224; pr&#233;sent quelque chose de narcotique et se d&#233;sole de ce que les jeunes gens soient condamn&#233;s &#224; d&#233;p&#233;rir sous son influence : &#171; Ils s'oublient, ils se d&#233;barrassent d'eux-m&#234;mes pendant un instant... Que dis-je ! &lt;i&gt;pendant cinq &#224; six heures ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche emm&#232;ne Lou Salom&#233; &#224; Tribschen, en une sorte de p&#232;lerinage. Elle se souvient : &#171; Longtemps, longtemps, il resta assis en silence au bord du lac, plong&#233; dans de lourds souvenirs ; puis, dessinant du bout de sa canne dans le sable humide, il me parla, d'une voix sourde, de ces temps r&#233;volus. Et quand il leva les yeux, je vis qu'il pleurait. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lib&#233;r&#233; de Wagner, Nietzsche ressent soudain l'avenir de musique avec effroi ; dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le christianisme et la bi&#232;re sont les deux grandes drogues du peuple, celle-ci n'a plus pour mission que d'exciter les nerfs fatigu&#233;s ou de d&#233;tendre le spectateur paresseux. L'esclavage, aux yeux du philosophe, a &#233;t&#233; aboli pour mieux se g&#233;n&#233;raliser. La musique ne requiert plus la moindre exigence l'&#232;re du binaire n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-01-19_a_23.10_22-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH696/capture_d_e_cran_2026-01-19_a_23.10_22-2-d0970.jpg?1772179268' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle se met au service du plus grand nombre pour ne devenir qu'un divertissement, une recherche du plaisir pour le plaisir, au m&#234;me titre que les voyages touristiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, lui qui ne fr&#233;quente gu&#232;re les gens du peuple n'est pas un ennemi du peuple. Il voit en lui l'&#226;me profonde de l'art, d'o&#249; surgissent des &#339;uvres qui s'en retournent &#224; lui. Il avait acclam&#233; Wagner lorsque celui-ci d&#233;signait l'unique artiste existant : &#171; le peuple po&#233;tiquement cr&#233;ateur &#187;. L'artiste individuel n'est jamais qu'une &#233;manation du peuple - ce que pensait &#233;galement Ernest Renan, qui voyait dans la peinture et la sculpture italiennes l'&#339;uvre du peuple lui-m&#234;me. Mais Nietzsche se d&#233;sole de ce que le peuple soit r&#233;duit &#224; ne s'accomplir que dans le labeur du travailleur moderne, toujours plus soumis, plus pauvre, plus &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me. C'est pourtant lui le &#171; vrai et unique artiste &#187;, qui prodigue g&#233;n&#233;reusement &#171; ses m&#233;lodies, ses danses, son bonheur d'expression &#187;, afin d'&#233;chapper un peu &#224; l'accablement et &#224; la r&#233;p&#233;tition des gestes du travail manuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste individuel, le &#171; professionnel &#187;, recherche dans le peuple un &#234;tre id&#233;al avec qui partager une m&#234;me d&#233;tresse et une volont&#233; de cr&#233;er un art commun, fond&#233; sur le mythe. Mais le monde moderne bafoue les mythes ; il les rel&#232;gue &#224; l'&#233;tat de contes pour enfants. Wagner a retrouv&#233; certains mythes et les a fait chanter dans ses op&#233;ras, il les a d&#233;livr&#233;s. Plus tard, Nietzsche, toujours &#224; la recherche d'un cr&#233;ateur id&#233;al &#8211; le dramaturge dithyrambique - s'en d&#233;solera, &#233;pouvant&#233; par les l&#233;gendes et les h&#233;ros de son propre pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, il va s'en prendre &#224; la musique elle-m&#234;me. Il ne compose plus. Il ne fait qu'&#233;crire ses livres, et toujours plus brillamment. Ses phrases virevoltent, sautillent ; il s'est d&#233;barrass&#233; des lourdeurs de la pens&#233;e allemande : il aime Leopardi, Stendhal, Dosto&#239;evski, Chamfort, Voltaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aime l'aphorisme, qui surgit comme l'on d&#233;coche une fl&#232;che. Par ailleurs, il ne cesse et ne cessera jamais d'&#234;tre po&#232;te, accumulant vers rim&#233;s et vers libres. Toutefois, il reproche aux po&#232;tes ce qu'il reproche &#224; la religion : &#171; Ils donnent des apaisements provisoires &#187;, et, &#171; parce qu'ils all&#232;gent la vie, ils d&#233;tournent leurs regards du pr&#233;sent ou le font appara&#238;tre dans une lumi&#232;re chatoyante &#187;. Nietzsche se d&#233;fie de tout ce qui &#233;tourdit sous couvert de vouloir gu&#233;rir : non seulement les stup&#233;fiants de toutes sortes, mais encore la religion et l'art qui s'apparentent aux stup&#233;fiants. Ces derniers sont des &#233;chappatoires destin&#233;es &#224; consoler ou gu&#233;rir les douleurs morales. Il per&#231;oit tr&#232;s lucidement o&#249; va l'art de son temps, qui sert &#224; &#233;tourdir, &#224; enivrer, &#224; anesth&#233;sier, &#224; &#171; amener la conscience, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; l'inconscience ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslibretto.fr/catalogue/nietzsche-au-piano/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nietzsche au piano&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Pajak, &#201;ditions Libretto, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>On ne verra pas les fleurs le long de la route, d'&#201;ric Pessan</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/on-ne-verra-pas-les-fleurs-le-long-de-la-route-d-eric-pessan</link>
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		<dc:date>2026-01-30T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Voix</dc:subject>
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		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Voyage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un couple roule de nuit dans un paysage ravag&#233; par les incendies, sans certitude d'arriver quelque part. Dans un monde o&#249; &#233;crire et lire deviennent suspects, l'amour et la po&#233;sie restent des gestes de r&#233;sistance fragiles mais essentiels. Le roman, parsem&#233; d'un millier de fragments de livres ins&#233;r&#233; &#224; l'int&#233;rieur des pages, &#224; la mani&#232;re du roman-collage de Yak Rivais, Les Demoiselles d'A. ou du centon Les mille et une phrases, d'&#201;ric Simon, m&#234;le errance et r&#233;flexion sur la catastrophe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/politique" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_29_1_-f2446.png?1769760596' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH175/eric-pessan-face-a-l-effondrement-plongee-dans-un-roman-qui-brule-avec-notre-epoque-694a9bdfdbe79096331346_2_-e478d.jpg?1766589175' width='120' height='175' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Un couple roule de nuit dans un paysage ravag&#233; par les incendies, sans certitude d'arriver quelque part. Dans un monde o&#249; &#233;crire et lire deviennent suspects, l'amour et la po&#233;sie restent des gestes de r&#233;sistance fragiles mais essentiels. Le roman, parsem&#233; d'un millier de fragments de livres ins&#233;r&#233; &#224; l'int&#233;rieur des pages, &#224; la mani&#232;re du roman-collage de Yak Rivais, &lt;i&gt;Les Demoiselles d'A.&lt;/i&gt; ou du centon &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/les-mille-et-une-phrases-d-eric-simon-contre-mur-editions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les mille et une phrases&lt;/i&gt;, d'&#201;ric Simon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, m&#234;le errance et r&#233;flexion sur la catastrophe &#233;cologique et l'effondrement culturel. Une forme de r&#233;volte cr&#233;ative face &#224; l'effacement programm&#233;. Une m&#233;moire de secours, une biblioth&#232;que secr&#232;te prot&#233;g&#233;e des menaces ext&#233;rieures qui rappelle &#171; tout ce que la litt&#233;rature peut nous offrir. Tout ce qu'elle mettait en partage. Les communaut&#233;s d'affinit&#233;s qu'elle engendrait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://auxforgesdevulcain.fr/a/eric-pessan/on-ne-verra-pas-les-fleurs-le-long-de-la-route&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;On ne verra pas les fleurs le long de la route&lt;/i&gt;, &#201;ric Pessan, &#201;ditions Aux forges de Vulcain, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8623 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8623&#034; data-id=&#034;974930182cea9fce084d7e5f4f683db5&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:845}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_29_-d3a84.png?1767637795&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_on_ne_verra_pas_les_fleurs_le_long_de_la_route_eric_pessan.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_29_-d3a84-12c81.png?1769760597' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/7gHsAtdSEuxQJJoZuMpUFT?si=QHZo09mlQIOyVvt-oAkUew&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il y a cette sc&#232;ne c&#233;l&#232;bre, &#224; la fin de &lt;i&gt;Fahrenheit 451&lt;/i&gt; o&#249; Montag, le narrateur, rencontre des gens qui ont m&#233;moris&#233; les contenus des livres, interdits par la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le mieux, c'est de tout garder dans sa cervelle o&#249; personne n'ira chercher. Nous sommes tous constitu&#233;s de morceaux, d'extraits d'histoire, de litt&#233;rature, de droit international, Byron, Tom Paine, Machiavel, le Christ...&lt;/i&gt; 373. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e est belle, tr&#232;s romanesque, mais je n'ai jamais pu y croire. La soci&#233;t&#233; d&#233;crite par Bradbury est totalitaire, c'est la grande diff&#233;rence avec notre &#233;poque ; &lt;i&gt;le plus suffoquant&lt;/i&gt; 374. c'est que nous ne vivons pas en dictature quoi qu'en disent les opposants, nous vivons dans une fragile abondance, en &#233;tant dirig&#233;s par des gens que nous avons &#233;lus, en ayant conscience qu'autour de nous les autres mod&#232;les de soci&#233;t&#233; sont souvent bien pires. &lt;i&gt;Simplement, notre monde est ainsi. Et dans notre monde l'homme est ainsi&lt;/i&gt; 375. Pas une dictature, non. &lt;i&gt;La crise climatique est un r&#233;v&#233;lateur d'absurdit&#233;s en cascade : non seulement il est plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ; il est aussi plus facile, du moins pour certains, d'imaginer apprendre &#224; mourir qu'apprendre &#224; se battre&lt;/i&gt;. 376. Nous ne vivons pas dans le monde des auteurs de dystopie, nous vivons dans un r&#233;el bien plus confus et contradictoire. &lt;i&gt;Nous sommes des p&#233;tards et nous n'attendons qu'une allumette.&lt;/i&gt; 377. Et &#8212; pour en revenir &#224; Bradbury &#8212; la fin de sa fiction ne m'a jamais plu : si chaque homme devient un livre, le livre mourra avec chaque homme, sans parler des erreurs que la m&#233;moire peut produire, &lt;i&gt;la m&#233;moire est une notion si complexe que, m&#234;me si nous &#233;num&#233;rions toutes ses facettes, nous serions encore loin de la r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; 378. Nous avons besoin d'&#233;crits. &lt;i&gt;Les ann&#233;es s'assemblent en si&#232;cles et pendant ce temps, ici&lt;/i&gt;, 379. nous devons &#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part, je n'ai rien trouv&#233; de mieux que tenir journal du quotidien et de puiser au hasard dans divers auteurs de nos biblioth&#232;ques, sans grand profit par manque d'art, d'ordre, de m&#233;moire, de jugement. 380.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connais la chanson : &lt;i&gt;Se m&#233;fier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne qu'&#224; partir d'une citation&lt;/i&gt;. 381. Je m'en fous un peu, je n'ai plus assez d'&#233;nergie pour &#234;tre th&#233;orique, j'agis. &lt;i&gt;Je ne tiens &#224; r&#233;soudre qu'assez peu d'&#233;nigmes. 382. Je m'en tiens &#224; mes &#233;motions et mon sens de l'observation, 383.ma col&#232;re aussi, pour le reste il faut toujours faire confiance au g&#233;nie cr&#233;atif&lt;/i&gt;. 384.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pour quelques jours en banlieue d'une ville, &lt;i&gt;il a tellement plu qu'il n'y a plus de berges d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre du fleuve, quelques canards piquent du bec&lt;/i&gt;, 385. &lt;i&gt;la lumi&#232;re de ce d&#233;but d'apr&#232;s-midi &#233;tincelait comme un banc de poissons rouges pris dans les mailles d'un filet bleu&lt;/i&gt;. 386. Nous avons trouv&#233; une maison, un peu &#224; l'&#233;cart d'une zone industrielle, inoccup&#233;e, les propri&#233;taires sont encore en vacances, le privil&#232;ge des retrait&#233;s, la porte d'entr&#233;e &#233;tait rest&#233;e ouverte, 387. l'eau, l'&#233;lectricit&#233; et le gaz fonctionnent, le courrier s'entasse dans la bo&#238;te aux lettres, pas de chiens ni de chat qu'un voisin viendrait nourrir. Le couple qui vit ici dont les photos partout s'&#233;talent a m&#234;me eu la pr&#233;venance de noter sur un calendrier mural le jour de leur retour des Canaries. Squatter et taper dans le frigo d'usagers de vols low-cost tranquillise tout &#224; fait mes &#233;ventuels remords. La maison est confortable et - cerise sur le g&#226;teau - une grande biblioth&#232;que est &#224; notre disposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu veux &#233;crire des po&#232;mes, &lt;i&gt;on pourrait aller dehors au soleil, tu sais&lt;/i&gt;, 388. mais je te laisse seule. &lt;i&gt;Je me retrouve &#224; errer dans la ville comme un zombie&lt;/i&gt;, 389. autour de moi des hommes et des femmes tiennent par la main de petits corps instables, 390. j'&#233;vite les parcs, toute une marmaille mal mouch&#233;e, d&#233;braill&#233;e, se bousculait, se tra&#238;nait par terre, au milieu de piaulements, de rires et de pleurs. 391. C'est mercredi apr&#232;s-midi, la pluie a cess&#233;, les familles sont de sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma famille n'&#233;tait ni belle, ni laide, simplement li&#233;e &#224; un seuil, une fronti&#232;re&lt;/i&gt;. 392. Mes parents n'ont jamais boug&#233;, jamais d&#233;m&#233;nag&#233;, jamais chang&#233; d'emplois. L'id&#233;al pour mon p&#232;re &#233;tait que rien jamais ne change jusqu'&#224; la retraite tant attendue, depuis &lt;i&gt;il pouvait veiller sur son monde. Sa place sur la terrasse. Sa chaise grise en plastique. Son cendrier. Le ciel. La porte&lt;/i&gt;. 393. Ils vivent dans un quartier pauvre, surpeupl&#233;, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville dont je ne vois pas la beaut&#233;. 394. Ma m&#232;re et lui n'ont jamais compris pourquoi je m'&#233;tais inscrit aux Beaux-Arts, j'&#233;tais un &#233;l&#232;ve s&#233;rieux, appliqu&#233;, j'obtenais de bons r&#233;sultats scolaires, ils m'auraient bien imagin&#233; devenir magistrat ou - pire - banquier. Comment faire comprendre &#224; des parents qui pensent avant tout au bonheur &#233;conomique et mat&#233;riel de leur enfant qu'il faudrait le laisser &lt;i&gt;suivre la science pour laquelle il montre le plus d'inclination. Et m&#234;me si celle de la po&#233;sie est moins utile qu'agr&#233;able, elle n'est pas de celles qui d&#233;shonorent ceux qui la poss&#232;dent&lt;/i&gt;. 395. Le d&#233;bat a beau &#234;tre vieux comme le monde, mes parents n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; avoir un fils qui veut devenir artiste ou &#233;crivain. Comment faire comprendre &#224; des non-lecteurs que &lt;i&gt;lire n'est pas une vertu, mais bien lire est un art&lt;/i&gt;. 396. Ils ne m'ont pourtant pas interdit de suivre ma voie, mon p&#232;re n'a sans doute pas approuv&#233; ce que je voulais faire, je n'ai gu&#232;re d'illusion &#224; ce sujet, 397. il n'a rien dit parce qu'agir aurait risqu&#233; de provoquer du d&#233;sordre, des ondes de choc dans une vie qu'il souhaitait par-dessus-tout lisse comme un lac gel&#233;. Je soup&#231;onne ma m&#232;re de lui avoir cach&#233; l'inqui&#233;tude que lui causait mon &#233;tat 398, j'&#233;tais exalt&#233;, je voulais d'un art qui m&#234;le beaut&#233; et r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le veux toujours, &lt;i&gt;il me semble&lt;/i&gt;. 399. &lt;i&gt;Mais rien, jamais n'abolit notre enfance&lt;/i&gt;. 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ville est un &lt;i&gt;espace in&#233;puisable, un labyrinthe de pas infinis&lt;/i&gt;. 401. &lt;i&gt;Le monde tout entier est devenu une sc&#232;ne anim&#233;e, affair&#233;e, indiff&#233;rente&lt;/i&gt;. 402. Je progresse, &#224; la recherche d'une action &#224; mener, je traverse une d&#233;primante zone industrielle, p&#233;n&#232;tre dans une cit&#233; ; le plan d'urbanisme est &lt;i&gt;quelque chose de triste qui accro&#238;t le n&#233;ant, humilie la lumi&#232;re et endurcit les c&#339;urs&lt;/i&gt; 403. &lt;i&gt;Les villes sont pareilles &#224; ces ch&#226;teaux du Moyen &#194;ge que les seigneurs abandonnaient quand ils les avaient assez souill&#233;es du fumier de leurs tripes&lt;/i&gt;. 404. Partout le b&#233;ton est couvert de tags color&#233;s ne comportant jamais l'offrande d'une phrase ou d'un mot. Je tente de &lt;i&gt;trouver de l'int&#233;r&#234;t et m&#234;me de la beaut&#233; aux fissures dans les murs&lt;/i&gt;. 405. Enfin, &#224; l'angle d'une rue, je d&#233;couvre un graffiti, &#233;crit &#224; la bombe jaune, &lt;i&gt;Va-t'en enculer la Lune&lt;/i&gt;, 406. je pourrais presque pleurer de joie &#224; la lecture de cette grossi&#232;ret&#233; ; au moins quelqu'un a pris la peine de tracer des lettres, d'&#233;crire sans fautes, en respectant la typographie, ce qui est de plus en plus rare. Tout autour de moi passent des gens occup&#233;s &#224; parler tout seuls, ils bombardent les r&#233;seaux sociaux de leurs paroles, leurs id&#233;es, leurs ranc&#339;urs ; leur voix &lt;i&gt;est stock&#233;e sur un disque durs dans la banlieue de Montr&#233;al au Canada ou aux environs de Covilh&#227; au Portugal, &#224; c&#244;t&#233; de milliers d'autres disques durs, dans un data center &#224; la capacit&#233; de 30 p&#233;taoctets, consommant autant d'&#233;nergie qu'une ville de 100 000 habitants&lt;/i&gt;. 407. Chaque publication vient accro&#238;tre la demande &#233;nerg&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Une jeune femme en trench-coat avec des tennis &#224; lacets miteuses&lt;/i&gt;, 408. tourne une vid&#233;o pour alimenter son r&#233;seau social, elle n'a soign&#233; l'apparence que de ce qui sera &#224; l'image. Des gens la suivent, elle est peut-&#234;tre connue, l'une de ces c&#233;l&#233;brit&#233;s &#233;ph&#233;m&#232;res produites par internet. &lt;i&gt;Je me mets &#224; marcher &#224; quelques m&#232;tres derri&#232;re le groupe&lt;/i&gt;, 409. je n'arrive pas &#224; entendre ce qu'elle dit. &lt;i&gt;Le spectacle est l'autre face de l'argent&lt;/i&gt;. 410. L'attroupement grandit autour pause entre deux prises. Soudain, j'ai une id&#233;e, les d'elle, les gens applaudissent lorsqu'elle fait une pluies de ces derniers jours ont enti&#232;rement d&#233;nud&#233; les arbres : les feuilles dess&#233;ch&#233;es par la canicule &#233;taient d&#233;j&#224; mortes, ce d&#233;but septembre ressemble &#224; un mois de d&#233;cembre. Les trottoirs et les all&#233;es du quartier sont recouverts de &lt;i&gt;feuilles qui sont lentement en train de se muer en terre&lt;/i&gt;. 411. Elles forment &lt;i&gt;une &#233;paisse couche glissante&lt;/i&gt;, 412. les services municipaux n'ont pas encore eu le temps de les faire dispara&#238;tre. J'en ramasse une pleine brass&#233;e, les fibres sont gluantes, gorg&#233;es d'eau et de boue, une grande place s'ouvre sur ma droite ; la mort de ces feuilles est une pi&#232;ce &#224; change que je veux porter au dossier de l'accusation. &#192; l'aide des feuilles, je forme un grand T au sol, des gens se retournent, m'observent ; &lt;i&gt;au-dessus de nos t&#234;tes, les branches nues se transformaient en ombres effil&#233;es&lt;/i&gt;. 413. Je ramasse de grandes brass&#233;es, l'eau d&#233;gouline, la boue macule mes v&#234;tements, je ne m'arr&#234;te pas, E, puis R et R encore et E, la jeune femme s'est approch&#233;e, elle pointe son t&#233;l&#233;phone vers moi, il se passe quelque chose, elle ne veut pas passer &#224; c&#244;t&#233;. Je m'approche, &lt;i&gt;je suis debout &#224; c&#244;t&#233; d'elle, elle ne bouge plus, elle semble si calme et si tranquille&lt;/i&gt;, 414. elle filme. &lt;i&gt;Les biens de la terre sont communs &#224; tous les hommes&lt;/i&gt;, 415. &lt;i&gt;je dis, chacun y a un droit &#233;gal&lt;/i&gt; 416. Et je reprends mon action, quelques personnes d&#233;j&#224; m'aident &#224; recueillir des feuilles. Sous la premi&#232;re ligne, je trace un grand S, un A, une dizaine de jeunes gens m'assistent dor&#233;navant, j'entends des badauds tenter d'&#233;peler ce que j'&#233;cris, ils ont du mal, s'entraident, deux femmes plus &#226;g&#233;es - des femmes de mon &#226;ge, en v&#233;rit&#233; - &lt;i&gt;plac&#233;es au premier rang des spectateurs&lt;/i&gt;, 417. expliquent &#224; des enfants ce que je suis en train d'&#233;crire, je vois des visages s'illuminer, certains &#233;clatent de rire en d&#233;couvrant qu'ils sont encore capables de lire. Je place un accent aigu sur le dernier E et j'ai fini, &lt;i&gt;mission accomplie, tout s'est bien pass&#233;&lt;/i&gt;. 418. La jeune femme n'a pas arr&#234;t&#233; de filmer, j'ignore si elle est en direct, une bonne trentaine de personnes sont occup&#233;es &#224; lire des mots &#233;crits au sol. TERRE SACCAG&#201;E. Le message via les r&#233;seaux sociaux touchera d'autres personnes. &lt;i&gt;Chacun de nous a ses petites vanit&#233;s ridicules. C'est l&#224; le propre de la nature humaine&lt;/i&gt;. 419. Je n'ai pas perdu mon temps &lt;i&gt;m&#234;me si je ne suis pas certain qu'une telle approche suffise &#224; transmettre &#224; tout le monde ma perception de la dignit&#233;&lt;/i&gt;. 420. Fin du happening, je m'&#233;loigne lentement, reprends le chemin qui m&#232;ne jusqu'&#224; toi. &lt;i&gt;Toutes les raisons de faire une r&#233;volution sont l&#224;. Il n'en manque aucune&lt;/i&gt;. 421. Toutes les raisons sont r&#233;unies, mais ce ne sont pas les raisons qui font les r&#233;volutions, ce sont les corps. 422. Incorrigible, je ne peux m'emp&#234;cher de r&#234;ver &#224; ce que l'on finisse par massacrer l'ultralib&#233;ralisme et le capitalisme meurtrier, afin d'utiliser leurs cadavres comme engrais pour les plantes. 423.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
373. Ray Bradbury, op. cit., p.176&lt;br class='autobr' /&gt;
374. David Christoffel, &lt;i&gt;Litt&#233;ralicismes&lt;/i&gt;, L'Attente, p.38&lt;br class='autobr' /&gt;
375. Arkadi et Boris Strougatski, op. cit., p.142&lt;br class='autobr' /&gt;
376. Andreas Malm, op. cit., p.169-170&lt;br class='autobr' /&gt;
377. Carrie Snyder, &lt;i&gt;Invisible sous la lumi&#232;re&lt;/i&gt;, trad. Karine Lalech&#232;re, Gallimard, p.190&lt;br class='autobr' /&gt;
378. Andrei Tarkovski, &lt;i&gt;Le temps scell&#233;&lt;/i&gt;, trad. Anne Kichilov et Charles H. de Brantes, Philippe Rey, p.68&lt;br class='autobr' /&gt;
379. J&#243;n Kalman Stef&#225;nsson, &lt;i&gt;La tristesse des anges&lt;/i&gt;, trad. &#201;ric Boury, Gallimard, p.164&lt;br class='autobr' /&gt;
380. Richard Burton, Anatomie de la m&#233;lancolie, trad. Gis&#232;le Venet, Folio, Gallimard, p.66&lt;br class='autobr' /&gt;
381. Emil Cioran, &#171; Aveux et anath&#232;mes &#187;, in &#338;uvres, Quarto, Gallimard, p.1703&lt;br class='autobr' /&gt;
382. Patrick Cloux, &lt;i&gt;Trois ruches bleues&lt;/i&gt;, La Fosse aux ours, p.13&lt;br class='autobr' /&gt;
383. Franck Herbert, &lt;i&gt;L'empereur-dieu de Dune&lt;/i&gt;, trad. Guy Abadia, Presses Pocket, p.221&lt;br class='autobr' /&gt;
384. Franck Herbert, Ibid., p.326&lt;br class='autobr' /&gt;
385. Marie Cosnay, &lt;i&gt;Cordelia la guerre&lt;/i&gt;, L'Ogre, p.171&lt;br class='autobr' /&gt;
386. Stephen King, &lt;i&gt;Shining&lt;/i&gt;, trad. Joan Bernard, J'ai lu, p.89&lt;br class='autobr' /&gt;
387. Guillaume Apollinaire, &lt;i&gt;Les onze mille verge&lt;/i&gt;s, J'ai lu, p.29&lt;br class='autobr' /&gt;
388. Malcolm Lowry, &lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt;, trad. Stephen Spriel&lt;br class='autobr' /&gt;
389. Lucie Rico, &lt;i&gt;GPS&lt;/i&gt;, POL, p.47&lt;br class='autobr' /&gt;
390. Fr&#233;d&#233;rique Cosnier, &lt;i&gt;Pacemaker&lt;/i&gt;, Le Rouergue, p.28&lt;br class='autobr' /&gt;
391. &#201;mile Zola, &lt;i&gt;L'Assommoir&lt;/i&gt;, Presses Pocket, p.22&lt;br class='autobr' /&gt;
392. V&#233;ronique Pittolo, &lt;i&gt;Monom&#232;re &amp; maxiplace&lt;/i&gt;, L'Attente, p.89&lt;br class='autobr' /&gt;
393. Thomas Vinau, &lt;i&gt;La part des nuages&lt;/i&gt;, Alma, p.12&lt;br class='autobr' /&gt;
394. Le&#239;la Sebbar, &lt;i&gt;Je ne parle pas la langue de mon p&#232;re&lt;/i&gt;, Julliard, p.80&lt;br class='autobr' /&gt;
395. Miguel de Cervantes, &lt;i&gt;Don Quichotte&lt;/i&gt;, tome II, trad. Jean-Raymond Fanlo, Le Livre de Poche, p.155&lt;br class='autobr' /&gt;
396. Edith Wharton, &lt;i&gt;Le vice de la lecture&lt;/i&gt;, trad. Sha&#239;ne Cassim, Les &#233;ditions du Sonneur, p.13&lt;br class='autobr' /&gt;
397. Arthur Adamov, &lt;i&gt;La parodie&lt;/i&gt;, Folio Th&#233;&#226;tre, Gallimard, p.89&lt;br class='autobr' /&gt;
398. Florence Seyvos, &lt;i&gt;Une b&#234;te aux aguets&lt;/i&gt;, L'Olivier, p.51&lt;br class='autobr' /&gt;
399. Isaac Asimov, &lt;i&gt;Les robots&lt;/i&gt;, trad. Pierre Billon, J'ai lu, p.260&lt;br class='autobr' /&gt;
400. Simone de Beauvoir, Une mort tr&#232;s douce, Gallimard, p.51&lt;br class='autobr' /&gt;
401. Paul Auster, &lt;i&gt;Trilogie New-yorkaise&lt;/i&gt;, trad. Pierre Furlan, Babel, p.16&lt;br class='autobr' /&gt;
402. Fran&#231;ois Bon, &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt;, Fayard, p.339&lt;br class='autobr' /&gt;
403. Lydie Salvayre, &lt;i&gt;Passage &#224; l'ennemie&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, p.16&lt;br class='autobr' /&gt;
404. R&#233;gis Jauffret, &lt;i&gt;Microfictions&lt;/i&gt;, Folio, Gallimard, p.549&lt;br class='autobr' /&gt;
405. Philippe Rahmy, &lt;i&gt;Pardon pour l'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, La Table ronde, p.147&lt;br class='autobr' /&gt;
406. Kurt Vonnegut,&lt;i&gt; Abattoir 5&lt;/i&gt;, trad. Lucienne Lotringer, J'ai lu, p.214&lt;br class='autobr' /&gt;
407. Eric Arlix, Golden Hello, Jou, p.21&lt;br class='autobr' /&gt;
408. Nina Allan, &lt;i&gt;La fracture&lt;/i&gt;, trad. Bernard Sigaud, Tristram, P.103&lt;br class='autobr' /&gt;
409. Niviaq Korneliussen, &lt;i&gt;La vall&#233;e des fleurs&lt;/i&gt;, trad. In&#232;s Jorgensen, La Peuplade, p.83&lt;br class='autobr' /&gt;
410. Guy Debord, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, Folio, p.44&lt;br class='autobr' /&gt;
411. Angela Carter, &lt;i&gt;La compagnie des loups&lt;/i&gt;, trad. Christine Jordis, Points, p.162&lt;br class='autobr' /&gt;
412. Arto Paasilinna, &lt;i&gt;Prisonniers du paradis&lt;/i&gt;, trad. Antoine Chalvin, Folio, Gallimard, p.95&lt;br class='autobr' /&gt;
413. Justin Torres, &lt;i&gt;Vie animale&lt;/i&gt;, trad. Laetitia Devaux, L'Olivier, p.96&lt;br class='autobr' /&gt;
414. Emmanuel Darley, &lt;i&gt;Un des malheurs&lt;/i&gt;, Verdier, p.166&lt;br class='autobr' /&gt;
415 Voltaire, Candide, Le Livre de Poche, p.43]], je dis, &lt;i&gt;chacun y a un droit &#233;gal&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
416. Voltaire, Ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
417. Victor Hugo, &lt;i&gt;Notre-Dame de Paris&lt;/i&gt;, Le Livre de poche, p.25&lt;br class='autobr' /&gt;
418 Karin Serres, Monde sans oiseaux, Stock, p.48&lt;br class='autobr' /&gt;
419. Virginia Woolf, &lt;i&gt;Une chambre &#224; soi&lt;/i&gt;, trad. Clara Malraux, 10/18&lt;br class='autobr' /&gt;
420. Kenzabur&#244; &#212;&#233;, &lt;i&gt;Notes de Hiroshima&lt;/i&gt;, trad. Dominique Palm&#233;, Arcades Gallimard, p.132&lt;br class='autobr' /&gt;
421. Comit&#233; invisible, &lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt;, La Fabrique, p.7&lt;br class='autobr' /&gt;
422. Comit&#233; invisible, Ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
423. Natsume S&#244;seki, &lt;i&gt;Oreiller d'herbes&lt;/i&gt;, trad. Ren&#233; de Ceccatty et Ryoji Nakamura, Rivages poche, p.122&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://auxforgesdevulcain.fr/a/eric-pessan/on-ne-verra-pas-les-fleurs-le-long-de-la-route&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;On ne verra pas les fleurs le long de la route&lt;/i&gt;, &#201;ric Pessan, &#201;ditions Aux forges de Vulcain, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout ce qui nous relie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
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		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#234;ve</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Toute trace du temps s'efface &lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#234;ve : Dans l'attente du d&#233;but d'un concert, j'entends mes voisins discuter entre eux. L'un d'eux les interrompt brusquement par une suite de pourquoi. Il r&#233;p&#232;te syst&#233;matiquement ce mot alors qu'ils parlent ensemble. Les autres essaient de lui r&#233;pondre, sans bien savoir ce qu'il attend d'eux. Quelle r&#233;action avoir. Pourquoi. Pourquoi. Ces mots, par leur impr&#233;visibilit&#233; d&#233;concertante, perturbent, parfois prononc&#233;s tr&#232;s vite l'un apr&#232;s l'autre puis plus rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_56_1_-5c97b.png?1769328498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute trace du temps s'efface&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve : Dans l'attente du d&#233;but d'un concert, j'entends mes voisins discuter entre eux. L'un d'eux les interrompt brusquement par une suite de pourquoi. Il r&#233;p&#232;te syst&#233;matiquement ce mot alors qu'ils parlent ensemble. Les autres essaient de lui r&#233;pondre, sans bien savoir ce qu'il attend d'eux. Quelle r&#233;action avoir. Pourquoi. Pourquoi. Ces mots, par leur impr&#233;visibilit&#233; d&#233;concertante, perturbent, parfois prononc&#233;s tr&#232;s vite l'un apr&#232;s l'autre puis plus rien pendant quelques secondes, pourquoi. On respire, on va se reprendre, on ne peut pas laisser passer cela, lorsqu'il tombe avec l'effet d'un couperet qui nous interrompt &#224; nouveau, pourquoi, nous emp&#234;che de r&#233;agir, de r&#233;fl&#233;chir, de trouver la parade. Une r&#233;ponse, n'importe laquelle fera l'affaire mais rien ne vient, ne peut venir, pourquoi. Leur inexplicabilit&#233; finit par interrompre les autres &#224; nos c&#244;t&#233;s qui se taisent soudain, les yeux baiss&#233;s. On n'entend plus qu'une suite de pourquoi asynchrones qui interpellent et qui troublent par cet inattendue r&#233;p&#233;tition, pourquoi, pourquoi, pourquoi, et qui finit par tout emporter sur son passage. Pourquoi. Ce qui passe autour n'a plus aucun int&#233;r&#234;t. Pourquoi. Ces questions incongrues qui n'attendent aucune r&#233;ponse envahissent et saturent tout l'espace. Il ne reste plus qu'elles. Pourquoi. Pourquoi. Sans qu'on ne sache jamais : Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55046177948_c744347d5f_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55046177948_c744347d5f_k_1_-98890.jpg?1769328498' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Coupole de l'Institut de France, Place Justin Godart, Paris 6&#232;me, 17 janvier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hospitalit&#233; du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est n&#233;e il y a quelques mois, Anh Mat et moi nous souhaitions retrouver la complicit&#233; que nous avions d&#233;velopp&#233; en travaillant ensemble il y a quatre ans en nous engageant dans un nouvel &#233;change de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/vases-communicants/article/une-image-inversee-de-la-ville-au-lieu-de-l-autre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vases communicants en vid&#233;o&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Ce qui est particuli&#232;rement excitant dans cette exp&#233;rience, c'est de ne pas savoir &#224; l'avance ce que l'autre va &#233;crire sur nos propres images sur chaque plan, ce qu'elles vont d&#233;clencher en lui, m&#234;me si c'est &#224; lui qu'on s'adresse en les filmant, &#224; lui qu'on pense, dans les lieux qu'on choisit de montrer, le parcours qu'on emprunte, les lumi&#232;res dans le montage et le travail du son, ce qui s'&#233;crit en images, qu'on esp&#232;re qu'il comprendra, qu'il saura lire entre les lignes. Et bien s&#251;r, dans ce qu'on imagine, il y a aussi ce qu'on est incapable de pr&#233;voir, de deviner, d'anticiper, et m&#234;me de comprendre dans ses propres images que l'autre va tout de m&#234;me d&#233;celer, accueillir et comprendre &#224; sa mani&#232;re. Ce dialogue qui s'instaure &#224; distance, renforce nos liens, nos points communs, ce qui nous rapproche, mais aussi ce qui nous diff&#233;rencie. Quand on regarde les deux films et les voix qui les accompagnent, la connivence est perceptible. Comme l'&#233;crit si justement Anh Mat : &#171; Naviguer d'un film &#224; l'autre, c'est &#233;prouver ce lieu o&#249; la solitude ne s'efface pas, mais s'offre comme un espace habitable pour l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'incroyable profusion de possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'on s'arr&#234;te et qu'on se met &#224; r&#233;fl&#233;chir, sans id&#233;e pr&#233;cise, si ce n'est qu'on ne peut s'en emp&#234;cher, et que cela nous ent&#234;te, l'objet m&#234;me de ce qui nous intrigue nous &#233;chappe, nous stoppe dans notre &#233;lan, et d&#232;s qu'on commence &#224; interrompre la dynamique quotidienne, ce qui nous permet d'avancer chaque jour, malgr&#233; le travail, les projets, la fatigue, notre pens&#233;e se fige et les doutes nous assaillent, nous laissant dans un &#233;tat d'h&#233;b&#233;tude. Pour &#233;crire, c'est pareil, il faut lire, &#233;crire sans arr&#234;t. C'est dans le mouvement que tout se d&#233;veloppe, sans cela le repli nous guette. L'autre jour, je me suis mis &#224; douter. Ce n'&#233;tais pas li&#233; &#224; l'&#233;criture, ni m&#234;me au travail. C'&#233;tait plus fort que moi. Je ne savais plus quoi penser, j'&#233;tais d&#233;pass&#233; par les &#233;v&#233;nements. Je me sentais tout &#224; coup impuissant. Je me suis rendu compte qu'une nouvelle m'avait fait perdre pied, je ne savais plus quoi faire, ni comment r&#233;agir. Je n'arrivais plus du tout &#224; r&#233;fl&#233;chir. Mis &#224; l'arr&#234;t. Je sentais un poids sur mes &#233;paules. Il fallait r&#233;agir rapidement, pour ne pas sombrer. J'ai pris une d&#233;cision. J'ai envoy&#233; un message. La r&#233;ponse m'a lib&#233;r&#233; d'un poids, bien s&#251;r elle ne solutionnait pas tout, mais elle a permis d'enclencher une forme de reprise en mains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/28228791671_b2497d6c32_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/28228791671_b2497d6c32_k-ba008.jpg?1769328498' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Place de la R&#233;publique, Lyon, 14 juillet 2016&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout au fond debout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la pr&#233;paration de mon &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/101484/atelier-d-ecriture-poetique-et-creation-d-un-carnet-relier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atelier d'&#233;criture po&#233;tique et la cr&#233;ation d'un carnet qui a lieu &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, &#224; Paris, samedi 31 janvier&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, je suis en train de lire &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsducommun.org/products/mais-cette-vie-la-demande-toujours-plus-de-lumiere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le livre de Sabrina Calvo, &lt;i&gt;Mais cette vie-l&#224; demande. toujours. plus. de . lumi&#232;re&lt;/i&gt;, paru aux &#201;ditions du Commun, en 2025&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Ce r&#233;cit sur son exp&#233;rience combine les gestes d'&#233;criture et de couture dans une structure o&#249; les motifs se manifestent graduellement, ils rappellent ceux d'un tissu &#233;mergeant du m&#233;tier &#224; tisser. L'&#233;criture s'apparente &#224; la couture, au tissage, avec ses imperfections, ses reprises, ses pauses et ses &#233;clats. L'autrice partage ses craintes, ses espoirs. L'&#233;criture y est &#224; la fois dense et fragment&#233;e, sinc&#232;re, sensible et sensuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bruits, d'Anne Savelli</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
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		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
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		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
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		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bruits d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/gare" rel="tag"&gt;Gare&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/enfance" rel="tag"&gt;Enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/silence" rel="tag"&gt;Silence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/violence" rel="tag"&gt;Violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_27_1_-9642d.png?1768550484' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH163/9782330215484-177c1.jpg?1768550455' width='120' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une exploration polyphonique de l'environnement sonore urbain et de son impact psychologique sur les personnages qui, pour s'en sortir, doivent faire preuve d'imagination, inventer des r&#233;cits. L'&#233;criture fragment&#233;e de ce roman propose une cartographie &#233;clat&#233;e d'un monde surcharg&#233; d'informations et de stimuli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8583 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Photographie de Matteo Mervoyer&lt;/center&gt;
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&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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[08:38] [h&#244;pital] [cham&#173;bre] [bo&#238;te cr&#226;nienne de la patiente] Il y a trop de monde dans cette t&#234;te, trop de voix et de personnages, &#231;a s'entrem&#234;le, je m'&#233;puise. La fatigue part du ventre, elle est immense alors, elle fait bloc et remonte, elle irrigue la poitrine. Je la sens se fixer partout. Trop de monde, dans ce corps. F suffirait pour raconter la ville. Pourquoi faut-il aussi ces flics, ces d&#233;tenus, ces &#233;tudiants qui n'ont pas de rapport entre eux ? Il y a, dans le d&#233;sordre, celui qui apprend la m&#233;decine, vivant dans la r&#233;serve de la biblioth&#232;que. Kelly, l'employ&#233;e du supermarch&#233; qui aligne les p&#226;tes, l'homme dont elle a peur et que je n'entends pas. Il y a cette doctorante en lettres, qui d&#233;boule &#224; peine, prend d&#233;j&#224; de la place. Son directeur de recherches et l'&#233;crivaine interview&#233;e. Il y a Bernex, le flic errant apr&#232;s une nuit de garde. Le chat de la cit&#233;. Les corneilles qui nidifient. Le gar&#231;on aux cheveux rouges et au dr&#244;le de pseudo, Orion. Il y a l'argot de son p&#232;re. L'inspecteur &#233;nerv&#233;, &#224; la tasse de caf&#233;. Il y a le gard&#233; &#224; vue du 3B, difficile &#224; d&#233;crire, ang&#233;lique, muet ou gueulard. Les parents inconnus de F. Il y a l'appart squatt&#233; et le voisin qui jacte, et le gardien d'immeuble. Il y a l'homme qui filme, suit la horde au complet. La star entraper&#231;ue, son fan veilleur de nuit, son chauffeur, son manager. Il y a le VRP en pi&#232;ges pour oiseaux en route vers l'a&#233;roport, croisant peut-&#234;tre, sans la voir, la Rolls. Il y a le personnel des &#233;coles. Les chattes Doris et Dodue. Il y a le r&#233;fugi&#233; des quais, tremp&#233; par la pluie, et celui qui dort sous sa tente. Il y a des &#233;boueurs et des femmes de m&#233;nage, des mariniers et des dealers, des sportifs, des conducteurs de scoots, de bus, de berlines. Ici m&#234;me : des m&#233;decins, des patients, des infirmi&#232;res. Il y a mille personnes que je ne connais pas. Et ce petit bruit de fuite pr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:39] Grincement de la porte de la chambre. Pas qui se succ&#232;dent, au galop, puis &#224; l'arr&#234;t devant le lit. Brouhaha du couloir. Fermez la porte deux secondes, on ne s'entend plus. Bon. Inerte depuis&#8230; ? Six heures, dit quelqu'un. On ne sait rien d'elle, ni son nom, ni rien d'autre ? (&lt;i&gt;nnnnn&lt;/i&gt;, murmure des &#233;tudiants de m&#233;decine) On peut deviner son &#226;ge, remarquez, il suffit de la foutre &#224; poil (rire gras du professeur non repris par les &#233;tudiants). Bon. Vous notez ? Arriv&#233;e propre, avec des traces de coups plus ou moins r&#233;centes. On remarque des ecchymoses sur les bras et les jambes et, surtout, un h&#233;matome sous-dural (il d&#233;signe la radio d'un scanner c&#233;r&#233;bral). Est-ce qu'elle est tomb&#233;e et s'est cogn&#233; la t&#234;te ? Est-ce qu'elle a &#233;t&#233; frapp&#233;e ? Dans une s&#233;rie t&#233;l&#233;, un confr&#232;re l&#233;giste le dirait dans la seconde. Mais nous ne sommes pas dans&#8230; Ne notez pas, voyons. On reprend. &#192; votre avis, en dehors de l'aspect m&#233;dical, qu'est-ce qu'on peut dire d'elle ? Je vous &#233;coute. Pas de rides marqu&#233;es, pas de boursoufflures du visage. Par contre, plusieurs cicatrices, ici, l&#224; et l&#224;. Notez-les. Quoi d'autre ? Ongles courts, dents soign&#233;es, oui, et encore ? (marmonnement indistinct) Disons qu'elle n'est pas &#224; la rue, ou alors qu'elle se prot&#232;ge : pas ou peu d'alcool, douches r&#233;guli&#232;res, manche destin&#233;e &#224; la nourriture et au lavomatic (remarque d'une cons&#339;ur dans le fond de la pi&#232;ce, dont la voix est jeune). Comment je le sais ? Je ne sais pas, ma petite, j'extrapole. Je fais de la fiction. Temp&#233;rature ? 32, 34 ? Allez, on surveille, on suit le protocole, au suivant, vous avez vu l'heure ? Grincement de la porte, bruits de pas qui s'&#233;loignent. Voix de la cons&#339;ur, rest&#233;e l&#224;. Elle se pr&#233;sente, mais on n'entend pas grand-chose de plus que : www. Appelons-la Docteur W.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:40] [square] [faux-acacia] [fourche] Le couple de corneilles n'en est qu'au d&#233;but de la construction, &#224; l'assise, &#224; la premi&#232;re des quatre couches qui formeront le nid. En face, au commissariat, le calme est revenu apr&#232;s un moment de panique. Au d&#233;part, la poubelle semblait tentante, source de revenus toute trouv&#233;e, mais faut-il vraiment s'installer ici, dans cet arbre ? Entre le square et l'entr&#233;e du commissariat, malgr&#233; les insectes et les chiens, le trottoir reste l'apanage de &lt;i&gt;sapiens&lt;/i&gt;, le pollueur. En voil&#224; un qui sort, tiens, bonnet enfonc&#233; sur cheveux rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:41] [trottoir] Une minute d'inspection des lieux, d'introspection chancelante selon le point de vue, c'est long, c'est court, c'est comment ? &#199;a rapproche du sol celui qui voudrait s'&#233;loigner, rester droit, retrouver sa dignit&#233; apr&#232;s avoir, au fil des heures, donn&#233; des noms. Une minute de vertige, de naus&#233;e, d'oubli de ce qui vient de passer, de d&#233;ni de la trahison, &#231;a se ramasse, pour finir, en une acc&#233;l&#233;ration des pas, en un all&#232;gement, une d&#233;charge de toute pesanteur. Comme si le gar&#231;on sentait, sous ses pieds, un tapis roulant. On te l'avait bien dit, que tu ne valais rien. Oui, voil&#224;. C'est la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Biiiiiiiiiiii &lt;/i&gt; [08:43]&lt;i&gt; iiiiiip &lt;/i&gt; [gare] [salle des pas perdus] [borne] qui bipe, train qui grince, une voix au micro pr&#233;vient d'un &lt;i&gt;Attention&lt;/i&gt; &#224; [foule des voyageurs] &lt;i&gt;la fermeture&lt;/i&gt; des corps &lt;i&gt;des portes&lt;/i&gt; travers&#233;s par le biiiip avancent, &lt;i&gt;retard d'environ dix minutes&lt;/i&gt;, badgent, se pressent, entrent et sortent des wagons [borne] d&#233;j&#224; [08:44] dix minutes de perdues c'est l'enfer cette gare [couloir] ah [&#233;couteurs] basse bo&#238;te &#224; rythmes [foule] merci pour le coup de [couloir] [bifurcation] vous pourriez dire &lt;i&gt;biiip &lt;/i&gt; quoi merde &#224; la fin [08:45] et puis &#224; quoi &#231;a sert [salle des pas perdus] [boulangerie] [file d'attente] d'arriver pile &#224; l'heure pour &#234;tre dans cet &#233;tat [sortie] [esplanade] [bar] oui je vais prendre un caf&#233; je crois bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:46] [rue] [boulangerie] F comme farine, fermentation, fourn&#233;e : des boulangeries, il y en a des centaines dans cette ville, voil&#224; ce que tu es en train de d&#233;couvrir. Certaines ont des rideaux de fer, d'autres, des grilles &#224; losanges. Certaines font tinter une cloche &#224; l'entr&#233;e. Certaines sentent le pain alors qu'il est dans le four. Certaines ont une porte qui coulisse, d'autres deux, d'autres non, fa&#231;on d'attirer le client sans qu'il n'ait, la main sur la poign&#233;e, le temps de changer d'avis. Certaines ont des vitrines de grand magasin, leurs moelleux, g&#226;teaux secs, plats ou triangulaires align&#233;s par couleurs &#8211; celles-l&#224;, tu ne les connais pas. Au fond d'une d'entre elles, situ&#233;e pr&#232;s de la gare, une dame en blouse qui te para&#238;t tr&#232;s grande attend la monnaie. Mais, &#224; [08:47], quelle monnaie ? Quel argent dans ton sac &#224; dos ? Rien, il n'y a ni pi&#232;ces ni billets, rien &#224; troquer qui int&#233;resse les boulang&#232;res, juste un bonbon trouv&#233; dans une poche. Tu te demandes ce qu'il faut en faire. Le manger maintenant le plus lentement possible ? Tu ne peux pas entrer dans la boutique, avec sa patronne qui guette. Qu'est-ce que tu r&#233;pondras, quand elle cherchera &#224; savoir ce que tu veux ? Quel r&#244;le jouer ? Celui de la petite fille perdue ? Tu ne sais pas si tu es perdue. Personne n'a pris le temps, jusqu'ici, de t'expliquer la marche &#224; suivre. Tu ne pleures pas. Tu ne demandes pas, en reniflant, o&#249; sont tes parents, o&#249; se trouve ta maison. Tu ne dis pas le mot maison. Tu ne donnes aucun nom, tu n'ouvres pas la bouche. Sous tes doigts, le bonbon roule dans son emballage, entre le pouce et l'index. Il brille dans ta paume devant la grande aiguille de l'horloge derri&#232;re la vitre, au fond de la boulangerie. L'aiguille fl&#232;che le 9, il n'est pas loin de [08:50] maintenant, ici comme partout en ville, &#224; la [gare], par exemple, situ&#233;e &#224; deux minutes. Ici, la boulang&#232;re l&#232;ve la t&#234;te. L&#224;-bas, deux ados fur&#232;tent, guettent quelque chose, un bagage perdu, un sac d&#233;zipp&#233; peut-&#234;tre, tout en se faisant remarquer. Ils trimbalent une enceinte qui diffuse, tonitruant, un son aussit&#244;t brouill&#233; par la masse des voyageurs &#8211; leurs corps qui se d&#233;placent, leurs voix qui s'interpellent ou parlent au t&#233;l&#233;phone ; un son noy&#233;, amplifi&#233; par le micro des annonces, la friction des roulettes de valise en valise, les rebonds sur le plafond de verre. Les ados sont aussi voyants qu'ils ont des yeux partout. Est-ce que tu les entends, &#224; deux minutes &#224; peine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[centre commercial] Bernex, surveill&#233; par le vigile qui lui a, cependant, ouvert la porte, parcourt les lieux sans savoir ce qu'il cherche. Qu'est-ce qu'il fout l&#224; encore, dans cet espace ferm&#233;, au lieu de rentrer chez lui ? Tra&#238;ner sans &#234;tre en service, c'est jeter un &#339;il aux flyers laiss&#233;s devant la m&#233;diath&#232;que ferm&#233;e, situ&#233;e &#8211; strat&#233;giquement ? &#8211; devant une enseigne de fast-food. Se dire que le centre com&#173;mercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quel&#173; qu'un, suppose-t&#8209;il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'au&#173;&#173; jour&#173; d'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'au&#173;&#173; tre ; jambes de fem&#173;mes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bou&#173; ches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser personne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour com&#173;mercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'au&#173;&#173;trement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; travers la grille, un caf&#233; &#224; la main, quelques formes color&#233;es, une &#233;charpe, une bague. Se demander, l'espace d'un instant, si ce qu'on voit, on le trouve beau. S'il faut, d'avance, savoir tout &#233;valuer. Tra&#238;ner, pour Bernex qui ne regarde plus l'heure &#8211; cheville ouvri&#232;re de l'errance, son t&#233;l&#233;phone &#233;teint &#8211; c'est lentement comprendre qu'il n'est plus [08:16], plut&#244;t [08:50]. Le gardien lui fait signe. Le centre va ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:51] [gare] Ces gars qui d&#233;rangent, avec leur enceinte pouss&#233;e &#224; fond dans la salle des pas perdus, leurs yeux, c'est sur toi qu'ils les posent, F, pendant qu'ils appuient sur stop. Ici, les boulangeries semblent coll&#233;es aux murs, quasi plates. En passant, on fr&#244;le les &#233;tals. Ni une ni deux, le pain au chocolat juste sorti du four, petit pain sur la plaque que la vendeuse, d&#233;j&#224;, doit vite d&#233;barrasser, petit pain pr&#232;s du bord, si pr&#232;s qu'il pourrait en tomber, doit tomber, va tomber, devenant ainsi invendable, viennoiserie que la vendeuse ignore, dont elle ne s'occupe pas car il lui faut trancher, tendre, vendre, rendre la monnaie &#224; une cliente qui conteste, r&#233;clame, ce petit pain passe de la paume de l'un &#224; la paume de l'autre et bient&#244;t dans la tienne, qui n'a rien demand&#233;. Les deux gars disparaissent, rieurs. Tu n'as le temps de rien dire et la vendeuse non plus, qui de toute fa&#231;on n'a rien vu, accapar&#233;e par la cliente, puis par la file qui se forme, proteste, conteste, alors, &#231;a vient ? Tu te d&#233;cales, cherches l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:52] Oh, F, est-ce une initiative ? Est-ce que tu as su observer, voir les gar&#231;ons, te placer dans le bon que le centre commercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quelqu'un, suppose-t-il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'aujourd'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'autre ; jambes de femmes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bouches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser per- sonne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;- m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour commercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'autrement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; axe, attraper le cadeau ? Un auvent te cache de la foule qui s'allonge, veut son pain et son train dans ce quartier de gares. Je ne te vois pas, bien s&#251;r, mais je r&#233;ussis &#224; t'entendre. J'entends ton c&#339;ur, ton souffle. Je me demande dans quelle mesure la ville elle-m&#234;me pourvoit &#224; tes besoins, te nourrit, te surveille. Intarissable, voil&#224; comment peut-&#234;tre elle se pr&#233;sentera, maintenant que tu traces ta ligne. C'est du moins ce que j'esp&#232;re. Je voudrais &#234;tre celle qui pourrait te bercer, te dire que les bottes de sept lieues existent. Je voudrais t'assurer que tu vas t'en sortir, que tout le monde t'aidera, &#224; commencer par moi. Mais je suis bloqu&#233;e dans cette chambre, immobile dans ce lit, inerte, selon le mot des m&#233;decins. Je suis en train de penser, tandis que la trotteuse fait basculer l'aiguille vers la minute suivante, que je n'arriverai pas &#224; t'envoyer ma force. Que je te laisserai l&#224;, face &#224; tous les dangers. Fille toujours plus petite. Isol&#233;e la plus isol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:53] Punaise, foutaises, fournaise, putain, je t'en foutrais, de ces conneries, braille alors quelqu'un dans la gare. F &lt;i&gt;comme fournaise&lt;/i&gt;, tu ne sais pas ce que &#231;a veut dire mais tu sens qu'on n'est pas loin de &lt;i&gt;braise&lt;/i&gt;, et de braise &#224; incendie, il n'y a plus qu'un pas. On l'a retrouv&#233;e dans les braises, il n'en restait plus rien, tu l'entends, cette phrase ? Pas le temps d'y penser, tu files. Tu traverses la gare et tu reprends ta course, sans rien &#233;couter d'autre, sans r&#233;aliser que te voil&#224; maintenant dans le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[d&#233;dale]. Devant toi, des murs pouilleux, des tessons de bouteilles, des porches pissoti&#232;res et des voiles sur les vitres, X scotch&#233;s ou peints pour barrer les entr&#233;es, pr&#233;venir des effondrements. En quelques secondes tout devient opaque. &#199;a ne fait pas de bruit, cette mis&#232;re de la matin&#233;e, mais tu continues de courir pour &#233;chapper &#224; ce qui, dans le d&#233;cor, va t'attaquer crois-tu. Peur qu'un homme sorte de l'ombre et t'attrape par le bras. Peur de tomber, de t'&#233;corcher, de t'&#233;vanouir, de ne plus r&#233;ussir &#224; te remettre debout. Peur que tout se renverse, que le sol se d&#233;robe. Fuir ce qui pue en changeant de trottoir, en tournant aux intersections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>F comme Fugue : Polyphonie de voix au milieu du fracas</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Bruits, le roman d'Anne Savelli est une lecture immersive. Une exp&#233;rience sensorielle intense, une travers&#233;e litt&#233;raire qui nous fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le texte nous plonge, minute par minute, dans un tumulte o&#249; le fracas du monde ext&#233;rieur se confond avec le vacarme int&#233;rieur de ses habitants. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers la fugue d'une tr&#232;s jeune enfant nomm&#233;e F, le roman tisse une polyphonie de voix qui luttent pour exister au milieu du chaos. La fugue de F comme fil narratif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_30_1_-bc20b.png?1767945921' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, le roman d'Anne Savelli est une lecture immersive. Une exp&#233;rience sensorielle intense, une travers&#233;e litt&#233;raire qui nous fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le texte nous plonge, minute par minute, dans un tumulte o&#249; le fracas du monde ext&#233;rieur se confond avec le vacarme int&#233;rieur de ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers la fugue d'une tr&#232;s jeune enfant nomm&#233;e F, le roman tisse une polyphonie de voix qui luttent pour exister au milieu du chaos. La fugue de F comme fil narratif d'une qu&#234;te de silence, la ville en tant que personnage sonore et oppressant, et la conqu&#234;te du langage comme un acte de survie qui, d'individuel, deviendra finalement collectif.&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La structure narrative de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; s'articule autour de la fuite de son personnage principal, F, une enfant dont l'errance devient le point de convergence de toutes les tensions du roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur une sc&#232;ne d'une brutalit&#233; assourdissante : une descente de police dans l'immeuble de F. Cet &#233;v&#233;nement, marqu&#233; par la confusion et la violence, est le d&#233;clencheur de sa fuite. L'intrusion fracasse non seulement une porte, mais aussi le fragile &#233;quilibre de l'enfant, la projetant hors de chez elle. La description de la sc&#232;ne est s&#232;che, factuelle, et n'en est que plus percutante : &#171; Une matraque, un b&#233;lier ? C'est all&#233; en avant, en arri&#232;re, &#231;a a fait une bascule, a fracass&#233; la porte et la masse est entr&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de F est celui d'une tr&#232;s jeune fille dont la fuite n'est pas une aventure, mais une recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e de silence. Elle fuit une agression sonore constante, que ce soit la violence polici&#232;re, les disputes des voisins ou le grondement incessant de la circulation. Face &#224; ce vacarme, son premier refuge est son imagination, un espace int&#233;rieur o&#249; elle peut construire des abris et inventer des r&#233;cits pour &#233;chapper au r&#233;el. Depuis le placard o&#249; elle tente de se cacher, elle se raconte d&#233;j&#224; une autre vie, loin du bruit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, je partirai en for&#234;t, racontes-tu depuis le placard. J'entrerai dans une grotte, j'apprendrai le feu, la cueillette. Plus loin, plus tard peut-&#234;tre, je trouverai un chalet, inhabit&#233; bien s&#251;r, avec volets aux fen&#234;tres et bo&#238;tes de conserve align&#233;es sur des &#233;tag&#232;res. Et s'il n'y a rien de tout &#231;a, je fabriquerai une cabane au fond d'une clairi&#232;re, dans un arbre, en hauteur, sans mulots ni rats ni chasseurs ni ogres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, la ville n'est pas un simple d&#233;cor. Elle est une entit&#233; vivante, un personnage &#224; part enti&#232;re dont la voix est une cacophonie constante qui agresse et fa&#231;onne l'existence de ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/49403919118_cf74ee353c_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/49403919118_cf74ee353c_k_1_-9e6d5.jpg?1767945921' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Casque anti-bruit d'Anne Savelli&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Anne Savelli cartographie un paysage urbain satur&#233; de stimuli, mais le &#171; bruit &#187; y rev&#234;t des formes multiples et complexes. Il y a bien s&#251;r la cacophonie du quotidien (circulation, travaux, commerces) qui constitue une &#171; &#233;preuve permanente &#187;. Mais aussi, paradoxalement, un silence oppressant, comme celui qui d&#233;soriente le voisin dans le v&#233;hicule de police, un vide sonore plus angoissant que le vacarme familier. Le bruit peut &#233;galement &#234;tre une technologie, un son activement militaris&#233;, comme la musique et les lumi&#232;res assourdissantes du flex office, con&#231;ues pour &#171; am&#233;liorer l'exp&#233;rience &#187; mais v&#233;cues comme une v&#233;ritable &#171; torture &#187;. Enfin, le bruit s'int&#233;riorise jusqu'&#224; devenir organique, &#224; l'image du &#171; pchit-pchit-pchit &#187; acouph&#233;nique du battement de c&#339;ur dans l'oreille, &#233;tudi&#233; par un jeune m&#233;decin. La ville d'Anne Savelli est une machine hostile qui agresse les sens de toutes les mani&#232;res possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retranscrire ce chaos, le roman adopte une structure polyphonique. La narration ne se limite pas au point de vue de F, mais s'infiltre dans de multiples &#171; bo&#238;tes cr&#226;niennes &#187;. Bien que ces consciences soient isol&#233;es, leurs luttes parall&#232;les contre l'agression acoustique forment un r&#233;seau implicite, une communaut&#233; fragment&#233;e par la souffrance partag&#233;e. Parmi ces voix, on retrouve notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kelly, la caissi&#232;re et ancienne danseuse, qui lutte contre le bruit du supermarch&#233;. Dans sa t&#234;te, ses gestes de mise en rayon redeviennent une &#171; chor&#233;graphie &#187;, son imagination agissant comme un ultime rempart.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voisin, arr&#234;t&#233; lors de la descente de police. Dans le silence de la voiture, il n'est pas seulement d&#233;sorient&#233; ; il tente activement d'&#171; anticiper les questions qui viendront &#187;, pr&#233;parant le r&#233;cit qu'il devra livrer, illustrant parfaitement la th&#233;matique de la narration comme survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux locataire, dont l'obsession matinale est le vacarme du camion-poubelle qui le r&#233;veille chaque jour sans espoir de r&#233;pit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernex (Le policier). Officier de police hant&#233; par les images de violence et le bruit incessant de son travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cin&#233;aste, une femme brune &#224; m&#232;che blanche qui, de retour de voyage, r&#233;fl&#233;chit &#224; la difficult&#233; de raconter les autres, les invisibles, et se demande comment r&#233;aliser un autoportrait quand son regard est toujours tourn&#233; vers l'ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elisa Day / Sybille (La patiente X), une femme hospitalis&#233;e, initialement inconsciente et sans identit&#233;. &#171; Cette femme qui parle dans ses r&#234;ves. &#187; Elle est renomm&#233;e Elisa Day par le Docteur W en r&#233;f&#233;rence &#224; la chanson de Nick Cave qui la fait r&#233;agir. Elle per&#231;oit le monde par une &lt;i&gt;&#233;coute panoramique&lt;/i&gt; depuis son lit et finit par s'&#233;veiller sous le nom de Sybille pour quitter l'h&#244;pital avec F.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/lDpnjE1LUvE&#034; title=&#034;Nick Cave &amp; The Bad Seeds ft. Kylie Minogue - Where The Wild Roses Grow (Official HD Video)&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un r&#233;el insupportable et &#224; un monde satur&#233; de bruits, l'imagination, la narration et les mots deviennent des outils de r&#233;sistance. C'est par le langage que les personnages, et F en particulier, trouvent une voie d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnages de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, survivre signifie &#171; inventer des r&#233;cits &#187;. Que ce soit F qui r&#234;ve d'une cabane en for&#234;t, Kelly qui transpose son travail en ballet, ou le voisin qui &#233;labore une narration pr&#233;ventive pour son interrogatoire, la cr&#233;ation est une strat&#233;gie pour donner un sens au chaos, pour se construire un espace mental o&#249; le r&#233;el peut &#234;tre ma&#238;tris&#233;, ou du moins, support&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je le r&#233;p&#232;te : imaginez que vous ne puissiez plus ni parler, ni jouer, ni lire, ni apprendre, ni regarder un film. Que vous n'ayez plus acc&#232;s aux r&#233;cits d&#233;j&#224; formul&#233;s de vos semblables. Que votre seule possibilit&#233; soit d'attendre, allong&#233;e, inchang&#233;e, sans aucune certitude sur la suite &#224; venir. Sachant que vous &#234;tes capable d'entendre ce qui vous entoure, que feriez-vous, alors, pour ne pas devenir folle ? Comment, je vous le demande, penser par soi-m&#234;me &#224; nouveau et retrouver un fil pour d&#233;crypter le monde ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/frise_9-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/frise_9-10-a4242.jpg?1767945921' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Frise de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, photographie d'Anne Savelli prise &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, Paris 10&#232;me&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La fugue de F qui grandit et devient une femme au fil du r&#233;cit, se double d'un parcours initiatique vers l'autonomie par le langage. Une &#233;tape cl&#233; de son &#233;mancipation est le moment o&#249;, pour la premi&#232;re fois, elle parvient &#224; d&#233;chiffrer l'heure sur une horloge num&#233;rique. Ce n'est plus un simple clignotement de chiffres, mais un message qu'elle peut lire et nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est marqu&#233; [09:09]. [09:09] &#231;a clignote, [09:09] &#231;a insiste. Il est [09:09] pour tout le monde sauf pour toi, et soudain, toujours &#224; [09:09], [09:09] devient neuf-heures-neuf. Tu r&#233;p&#232;tes &#224; voix haute : NEUF HEURES NEUF. Voil&#224;, tu sais lire [09:09]. Victoire. Si ce n'est que d&#233;j&#224;, &#224; peine le temps de le dire, il est [09:10]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re victoire sur le chaos est fondamentale. Elle est un microcosme de la d&#233;marche m&#234;me du roman : imposer un ordre linguistique &#224; un tumulte insens&#233;. Plus tard, cette conqu&#234;te s'&#233;tendra &#224; la lecture des murs de la ville, o&#249; elle d&#233;chiffre les fant&#244;mes d'anciennes inscriptions (&#171; Chi-ffo-nnier, Mar-chan-d'vin, Foi-ra-nnuelle &#187;). Elle n'y voit pas des messages secrets, mais apprend &#224; lire les strates temporelles de la cit&#233;, son histoire. En apprenant &#224; lire le monde qui l'entoure, F cesse d'en &#234;tre seulement la victime ; elle commence &#224; se l'approprier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_244.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH280/media_file_244-41c0c.jpg?1767945922' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Stanza, Multi-Composition de Catherine Gfeller&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La forme m&#234;me du roman d'Anne Savelli est une r&#233;flexion sur son sujet. La structure &#233;clat&#233;e du texte sous forme d'ondes successives qui se d&#233;ploient dans le temps, est la transcription litt&#233;raire de l'exp&#233;rience du bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est un texte fragment&#233;. Chaque extrait est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un horodatage et d'indications de lieu ([06:02] [cit&#233;] [troisi&#232;me &#233;tage] [palier]). La narration saute d'une conscience &#224; une autre, m&#234;lant dialogues, pens&#233;es et descriptions en un flux continu et saccad&#233;. Cette &#233;criture imite le bombardement de stimuli du monde contemporain et la perception psychologique d'un environnement satur&#233;. La fragmentation n'est pas synonyme de d&#233;sordre, elle est au contraire la forme la plus juste pour dire un monde qui a perdu son centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne sais pas ce que nous faisons l&#224;, toi et moi, ce que le bruit fait l&#224;, entre nous, dans nos corps, ni com&#173;ment il entre dedans et transforme le monde, et nous transforme, nous. Je ne sais pas si ce que je vis, ce sont des images mentales, une forme r&#234;v&#233;e, mouvante, tourbillonnante, un cauchemar, si je d&#233;r&#233;alise, si je per&#231;ois au plus pr&#232;s, au contraire, si je suis tout enti&#232;re fix&#233;e dans la mati&#232;re, un corps ou le frottement d'un drap, de la peau et des os ou un rideau qui flotte &#224; la fen&#234;tre entrav&#233;e. Je ne sais pas si mon corps se d&#233;forme, &#224; quoi il ressemble, quel est son &#226;ge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8612 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_266.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH125/media_file_266-dc03e.jpg?1767945922' width='500' height='125' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle ne sait pas o&#249; la ville s'arr&#234;te&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_265.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH161/media_file_265-1af9d.jpg?1767945922' width='500' height='161' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle garde en elle toutes ces voix diff&#233;rentes &lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_267.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH131/media_file_267-297be.jpg?1767945922' width='500' height='131' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle r&#234;ve sur ce qui n'a pas eu lieu&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Visages de villes, de Catherine Gfeller&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le texte poss&#232;de une forte dimension m&#233;ta-litt&#233;raire, r&#233;fl&#233;chissant &#224; ses propres r&#232;gles au moment m&#234;me o&#249; il les met en &#339;uvre. Cette conscience de soi se manifeste &#224; plusieurs niveaux. D'abord, par une ironie formelle, lorsqu'une voix &#233;nonce des consignes narratives classiques avant de les dynamiter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consigne : Respecter le niveau de lan&#173;gue des personnages. Une caissi&#232;re ne d&#233;clame pas de vers dans le vestiaire d'un supermarch&#233;. Une fillette ne parle pas en po&#232;te, pas plus qu'un vieux de cit&#233; qui jacte. Au mieux, elle conna&#238;t des comptines. Au pire, il &#233;ructe, se plaint, balance des phrases probl&#233;matiques. On se m&#233;fiera du style oralis&#233;, qui devra de&#173;meurer fluide, et des questions pos&#233;es. On ne m&#234;lera pas les voix, les bruits, les sons, les formes, les noms, les onomatop&#233;es. | Ah | F comme fuck. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transgression est l'acte de naissance du roman, qui s'arroge le droit de forger ses propres r&#232;gles pour dire le chaos. &#171; Briser les habitudes. D&#233;tourner les r&#232;gles. Quitter la m&#233;canique des r&#233;flexes conditionn&#233;s. &#187; Mais cette autor&#233;flexion va plus loin en int&#233;grant la figure de Constance, la doctorante qui analyse, dans une sc&#232;ne saisissante, la vid&#233;o d'une rencontre litt&#233;raire. Son monologue int&#233;rieur d&#233;cortique avec une lucidit&#233; f&#233;roce les dynamiques de pouvoir &#224; l'&#339;uvre. L'universitaire homme qui monopolise la parole, l'&#233;crivaine femme contrainte au sourire, les marqueurs de classe dans le langage. Le roman int&#232;gre ainsi sa propre critique, se pensant non seulement comme objet litt&#233;raire mais aussi comme acteur au sein d'un champ culturel et social. La conqu&#234;te des mots par F trouve ici son &#233;cho critique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande force de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est de ne pas &#234;tre seulement le r&#233;cit d'une oppression sonore. C'est avant tout celui d'une &#233;mancipation par le langage, qui passe de la survie individuelle &#224; la possibilit&#233; d'une action collective. Le parcours de F, de sa victoire solitaire sur les chiffres, &#224; sa lecture des strates de la ville, est la graine d'une conscience qui germe. Cette &#233;mancipation individuelle trouve son aboutissement dans les derni&#232;res pages du roman, qui d&#233;laissent les &#171; bo&#238;tes cr&#226;niennes &#187; isol&#233;es pour mettre en sc&#232;ne un rassemblement. Dans un geste coordonn&#233;, des femmes sont &#171; &#233;veill&#233;es &#187; par des signaux sonores et sortent dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [20:25] Elles sont toutes hors de chez elles, maintenant. Gr&#226;ce &#224; celles qui &#233;clairent les abords des gares, les recoins, les ruelles en allumant, dans un geste coordonn&#233;, leurs guirlandes &#233;lectriques et leurs lampes de po&#173;&#173;che, la ville peut s'&#233;tendre, enfin. Ne plus avoir peur de la nuit, ne plus s'inqui&#233;ter de la rue dont les dangers s'&#233;loignent, des trottoirs qu'elles arpentent &#224; coups de talon, com&#173;me dans les films de la brune &#224; m&#232;che blanche, ou en baskets, &#224; petites foul&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles reprennent possession de l'espace nocturne, transformant le bruit subi en un langage choisi, en une pr&#233;sence collective. &#192; partir du chaos, de la fragmentation et de la violence, Anne Savelli ne fait pas seulement &#233;merger une voix singuli&#232;re, elle tisse les fils d'un ch&#339;ur et rend &#224; la litt&#233;rature sa puissance politique : celle de construire, au c&#339;ur m&#234;me du tumulte, un refuge et un avenir communs.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour accompagner l'&#233;criture de son livre, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://annesavelli.fr/bruits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anne Savelli&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; a &#233;labor&#233;, avec Joachim S&#233;n&#233; pour la cr&#233;ation du site web et Jean-Marc Montera pour la musique, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lairnu.net/bruits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une cr&#233;ation propos&#233;e sur le site de L'aiR Nu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, en partenariat avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/663-anne-savelli-a-marseille.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Marelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/bruits-d-anne-savelli&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lecture d'un extrait du texte dans le podcast &lt;i&gt;en lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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