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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>LIMINAIRE</title>
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		<title>Ce qui reste du passage</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Et rien qu'un peu d'amour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des Parapluies de Cherbourg. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire-vive" rel="tag"&gt;M&#233;moire vive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_2_1_-ffc95.png?1776582275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et rien qu'un peu d'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, &lt;i&gt;Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver&lt;/i&gt;, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, &lt;i&gt;Pause caf&#233;&lt;/i&gt;, diffus&#233;e en 1981, dans laquelle elle jouait le r&#244;le de Jo&#235;lle Mazart, jeune assistante sociale au grand c&#339;ur travaillant dans un lyc&#233;e de banlieue. Une voix douce, une m&#233;lodie apaisante. Mais quand l'air me revient en t&#234;te, qu'il sort de ma bouche, aucun mot n'est prononc&#233;, plut&#244;t un grommelot. Ce charabia compos&#233; de langage macaronique et d'&#233;l&#233;ments onomatop&#233;iques, style de langage utilis&#233; dans le th&#233;&#226;tre satirique et dans la pantomime. Un air en appelle un autre, ils s'encha&#238;nent sans qu'on sache pourquoi. Je pense alors au film de Charlie Chaplin, &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, que je dois &#233;voquer samedi, &#224; la biblioth&#232;que, pour notre s&#233;lection cin&#233;ma de films sur les robots et l'IA. Charlot y interpr&#232;te, en grommelot, la chanson de L&#233;o Daniderff : &lt;i&gt;Je cherche apr&#232;s Titine&lt;/i&gt;, connue aux &#201;tats-Unis sous le titre : &lt;i&gt;The Nonsense Song&lt;/i&gt;. Charlot, devenu gar&#231;on de restaurant, a pr&#233;vu de chanter &lt;i&gt;Titine&lt;/i&gt;, dont sa compagne a &#233;crit les paroles sur ses manchettes. Les perdant, il se met &#224; improviser des paroles incompr&#233;hensibles, m&#233;lange de fran&#231;ais et d'italien. Sa prestation est n&#233;anmoins un triomphe. Ce sont les premiers mots prononc&#233;s au cin&#233;ma par le personnage de Chaplin. Les chansons qui nous reviennent en m&#233;moire sans pr&#233;venir, comme la musique des &lt;i&gt;400 coups&lt;/i&gt;, le film de Fran&#231;ois Truffaut, compos&#233;e par Jean Constantin, que je fredonne souvent, presque malgr&#233; moi, sont des valses fragiles, qui r&#233;v&#232;lent la tendresse enfouie de notre enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55191250474_db48796056_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55191250474_db48796056_k-307c7.jpg?1776582275' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;glise Saint-M&#233;dard, Paris 6&#232;me, 6 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un espace &#224; l'envers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me l&#232;ve cette nuit encore pour occuper l'espace &#233;troit qui s&#233;pare le sommeil de son impossibilit&#233;. Je choisis de ne pas lutter contre l'insomnie. Je m'y installe sans rechigner, comme &#224; un poste d'observation. Derri&#232;re la vitre. Face au jardin. Tout semble immobile dans l'obscurit&#233;. Pourtant, tout para&#238;t tendu, dans l'attente d'un secret qui ne se d&#233;voile pas. Je regarde le paysage. Les volumes des b&#226;timents devant, des arbres du jardin, s'adoucissent progressivement pour sortir du noir de la nuit et appara&#238;tre enfin plus nettement. J'essaie de construire une phrase dans ma t&#234;te. Une seule phrase, lente, tendue vers l'ext&#233;rieur. Elle suit progressivement ce qui se trame dans l'obscurit&#233;. Les jeux d'ombres. Les fr&#233;missements d'air &#224; peine perceptibles. J'ai cette impression persistante de me trouver au bord d'une d&#233;couverte majeure qui m'&#233;chappe. Il ne s'agit pas d'une r&#233;v&#233;lation spectaculaire, mais plut&#244;t d'une simple annonce. Quelque chose que je peine &#224; comprendre, peut-&#234;tre. Je le pressens sans pouvoir le nommer. L'appartement s'enfonce dans le silence nocturne. Je m'avance int&#233;rieurement avec une d&#233;termination encore un peu h&#233;sitante. Un pas apr&#232;s l'autre. Prudent. Mon c&#339;ur bat. Mon regard se d&#233;tache de moi. Il devient presque &#233;tranger, indiff&#233;rent &#224; ce que j'&#233;tais encore il y a quelques instants en me levant. Dans ce glissement silencieux, ouat&#233;, quelque chose bascule. La nuit ne tombe plus autour de moi mais en moi. Elle r&#233;v&#232;le un lieu sans r&#233;el dehors. Un lieu tendu, clair et sombre &#224; la fois, o&#249; tout tremble, sans vraiment se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En deux temps trois mouvements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier film de Christian Petzold, &lt;i&gt;Miroirs n&#176;3&lt;/i&gt;, porte le titre d'une pi&#232;ce pour piano impressionniste de Maurice Ravel, &#233;galement connue sous le titre : &lt;i&gt;Une barque sur l'oc&#233;an&lt;/i&gt;. Un couple qui ne s'aime plus, qui n'a plus rien &#224; voir l'un avec l'autre. Ils partent en voiture pour une balade avec un couple d'amis. Laura, la jeune femme, est maussade, distraite, la t&#234;te ailleurs pendant tout le trajet. Leur histoire est termin&#233;e depuis longtemps, mais ils ne parviennent pas &#224; se l'avouer. Laura finit par refuser d'aller plus loin. Sur le chemin du retour, la voiture de son compagnon fait une sortie de route, il est tu&#233; sur le coup. Miraculeusement sauv&#233;e, la jeune femme pr&#233;f&#232;re rester dans la maison pr&#232;s de laquelle a eu lieu son accident, ne souhaitant pas aller &#224; l'h&#244;pital, ou rentrer chez elle. Si elle est si vite accept&#233;e dans cette maison, et si elle s'y trouve si bien, c'est qu'elle y remplit un vide et que ce vide en elle, cette incertitude sur son avenir, &#224; cet endroit, s'efface lentement. La place qu'elle trouve aupr&#232;s de Betty et de sa famille n'est pas la sienne. La disparition brutale de son compagnon lib&#232;re un espace in&#233;dit. Les deux hommes de la maison n'y vivent plus depuis le drame qui a boulevers&#233; la maison, en faisant &#233;clater la famille. Ils travaillent dans un garage un peu plus loin dans la r&#233;gion. Lorsqu'ils acceptent &#224; contrec&#339;ur l'invitation &#224; d&#238;ner de Betty, ils s'imaginent qu'elle a de nouveau perdu pied. Tous les trois sont &#224; table, embarrass&#233;s de se retrouver l&#224;, ensemble, ils n'en ont plus l'habitude depuis longtemps. Une quatri&#232;me assiette a &#233;t&#233; dispos&#233;e sur la nappe blanche. &#192; voir leurs mines d&#233;faites, ils s'imaginent que la convive invisible n'est qu'une nouvelle chim&#232;re de Betty qui les prie d'&#234;tre patients. Soudain, un fracas de casseroles retentit dans la cuisine, et la jeune femme surgit sous leurs yeux, portant une &#233;norme casserole. Elle n'est donc ni un fantasme ni un fant&#244;me, mais qu'attend-elle de ces inconnus, et qu'est-ce que cette famille, d'abord accueillante mais avec ses secrets, esp&#232;re d'elle ? Cette famille a des secrets. Ce qui trouble de plus en plus Laura, qui la met mal &#224; l'aise, et l'oblige finalement &#224; fuir. Cette fuite ne laisse pas un nouveau vide. Elle remet de l'harmonie entre les membres de cette famille. Ils renouent enfin le dialogue, se retrouvent apr&#232;s s'&#234;tre s&#233;par&#233;s, r&#233;par&#233;s pourrait-on dire, comme ils r&#233;parent tout ce qui dysfonctionnait dans la vieille maison (le robinet qui fuit, le lave-vaisselle qui ne fonctionne pas, le piano d&#233;saccord&#233;), pour finir par revivre ensemble sous le m&#234;me toit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/13928094090_8765037c59_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/13928094090_8765037c59_k-9138a.jpg?1776582276' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise, Paris 20&#232;me, 5 mai 2014&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discontinu des fragments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.liminaire.fr/@krasnasandor@social.tmprs.net'&gt;Sandor Krasna, le bot po&#233;tique qu'on peut suivre sur Mastodon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, cr&#233;&#233; &#224; la sortie de &lt;strong&gt;M&#233;moire vive&lt;/strong&gt;, est &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/pierre-menard/memoire-vive/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'antilivre publi&#233; par les &#233;ditions Abr&#252;pt&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Voici les deux derniers tercets publi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le sens du fun&#232;bre comme on apprend l'art de la f&#234;te et le sens de l'humour.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intention est du reste de sortir de l'impasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;laissons les sommets et les plaines, nous nous moquons des visions en &#233;tages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos rep&#232;res sont boulevers&#233;s dans un espace &#224; l'envers.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instantan&#233; nous fascine en tant que tombeau du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait devenu aussi d&#233;finitif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un mouvement suffit</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/un-mouvement-suffit</link>
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		<dc:subject>Regard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelque chose en &#233;change &lt;br class='autobr' /&gt;
Il arrive parfois qu'on attire le regard des personnes qu'on croise dans la rue. On devine tr&#232;s rapidement quelle en est la raison, il y a sans doute quelque chose d'in&#233;dit dans le choix de nos v&#234;tements, dans notre mani&#232;re de nous tenir, dans l'air heureux qui s'affiche sur notre visage, &#224; l'annonce r&#233;cente d'une bonne nouvelle, d'une perspective r&#233;jouissante. D'une certaine mani&#232;re, on cherche &#224; attirer le regard des autres. Dans ces conditions, on s'y est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/bonheur" rel="tag"&gt;Bonheur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sommeil" rel="tag"&gt;Sommeil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_66_1_-44552.png?1775372873' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque chose en &#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive parfois qu'on attire le regard des personnes qu'on croise dans la rue. On devine tr&#232;s rapidement quelle en est la raison, il y a sans doute quelque chose d'in&#233;dit dans le choix de nos v&#234;tements, dans notre mani&#232;re de nous tenir, dans l'air heureux qui s'affiche sur notre visage, &#224; l'annonce r&#233;cente d'une bonne nouvelle, d'une perspective r&#233;jouissante. D'une certaine mani&#232;re, on cherche &#224; attirer le regard des autres. Dans ces conditions, on s'y est pr&#233;par&#233;, on serait presque d&#233;&#231;u que personne ne remarque notre effort, notre bonne humeur, la l&#233;g&#232;ret&#233; de notre d&#233;marche dans la rue, cette aisance qui rend tout plus facile. Le jour o&#249; cela nous arrive alors qu'on ne s'y attend pas, qu'on a rien fait pour le m&#233;riter ou l'anticiper. Tous ces regards qui se posent sur nous, &#224; notre hauteur. Ces gens qui se retournent sur notre passage, donnant l'impression qu'ils nous connaissent, et soudain c'est nous qui craignons alors ne pas les identifier &#224; temps. Nous poursuivons notre chemin apr&#232;s un bref arr&#234;t, une h&#233;sitation passag&#232;re &#224; peine perceptible, une ombre sur notre visage qui en transforme bri&#232;vement l'expression. D'autres nous fixent comme s'ils cherchaient &#224; percer notre secret, &#224; comprendre ce qui nous anime, &#224; saisir dans notre visage une v&#233;rit&#233; qui nous d&#233;passe. On se demande alors ce qui a pu changer en nous. L'annonce d'un changement &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55173416806_75c442f757_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55173416806_75c442f757_k-2995f.jpg?1775372873' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;cluse des morts, Canal Saint-Martin, Partis 10&#232;me, 28 mars 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui reste de la nuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radio est rest&#233;e allum&#233;e. En entrant dans la chambre, c'est &#224; peine si on l'entend. Une fois couch&#233; cependant, l'impression que les voix et la musique envahissent tout l'espace sombre de la chambre. On essaie de ne pas trop y penser, m&#234;me si notre esprit ne peut s'emp&#234;cher de s'accrocher aux mots qu'il entend par bribes, bouts de phrases qu'il ne parvient pas &#224; relier entre elles et dont les manques, les d&#233;fauts, l'incitent &#224; se concentrer un peu plus, malgr&#233; lui et son besoin de sommeil. Mais d'autres bruits se superposent d&#233;j&#224; aux sons de la radio. On ne parvient pas &#224; d&#233;terminer leur provenance, leur origine, leur nature m&#234;me, ils paraissent abstraits. Des bruits de pas ? Des meubles qu'on tra&#238;ne au sol sans m&#233;nagement. Qu'est-ce qu'on entend vraiment ? Qu'est-ce qu'on per&#231;oit dans cet amalgame sonore ? C'est l'ind&#233;cision, l'incertitude qui nous tiennent &#233;veill&#233;s, nous emp&#234;chent de trouver le sommeil. C'est l'accumulation des deux sources sonores qui trouble notre attention, cherchant dans ce qui s&#233;pare, ce qui &#233;loigne ces deux sons, produit un sens secret qu'on tente vainement de comprendre, comme une langue &#233;trang&#232;re dont il demeure quelque chose de familier de notre langue, dans le rythme, la modulation de certains sons, la m&#233;lodie de certaines phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vague de tendresse infinie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je regarde un film, une s&#233;rie, je suis d&#233;sormais tr&#232;s sensible aux gestes de tendresse entre les personnages. Parfois, lorsque les mots ne parviennent pas &#224; sortir, qu'on n'arrive pas &#224; exprimer ses impressions, les corps se rapprochent, se rel&#226;chent et s'&#233;treignent finalement, en silence. Cet instant o&#249; tout s'arr&#234;te, o&#249; tout se dit sans une parole, dans la d&#233;licatesse d'un contact qui ne cherche rien de pr&#233;cis qu'une forme d'abandon, de l&#226;cher-prise, n'attend rien qu'un peu de calme, de s&#233;r&#233;nit&#233;. Dans un enlacement amical, une attention pr&#233;venante. La pression redescend, les deux corps se rapprochent, leurs rythmes cardiaques se coordonnent pour retrouver un peu d'apaisement et pouvoir, apr&#232;s un mouvement de recul, se regarder en face. Les mots refont surface, m&#234;me si parfois ils ne sont m&#234;me plus n&#233;cessaires. Je me souviens du mouvement &lt;i&gt;Free hugs&lt;/i&gt; (C&#226;lins gratuits) dans les ann&#233;es 2000 qui consistait &#224; proposer spontan&#233;ment des accolades aux passants dans un lieu public. Dans les gares, dans la rue, des passants, munis d'une pancarte sur laquelle &#233;tait &#233;crit &#171; Free Hugs &#187;, proposaient d'offrir ces &#171; c&#226;lins gratuits &#187;. Ce concept, qui visait &#224; rompre avec une certaine morosit&#233;, en particulier dans les grandes agglom&#233;rations, s'est propag&#233; dans le monde entier. Sans me lancer dans des accolades intempestives, il m'arrive de ressentir cet &#233;lan de tendresse et d'empathie pour des inconnus lorsque je per&#231;ois en eux une faille, une incertitude, un malaise passager.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/41865806622_a5a05657b4_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/41865806622_a5a05657b4_k-2aa85.jpg?1775372873' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Plage de Mondello, Palerme, Sicile, 5 mai 2018&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une part de moi-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranger un placard pour y faire de la place, mettre de l'ordre dans mes papiers administratifs (contrats, factures, fiches de paie, etc.). Ces dossiers contiennent &#233;galement de nombreux autres documents, notamment des projets litt&#233;raires et artistiques abandonn&#233;s. Des livres non &#233;dit&#233;s, des manuscrits refus&#233;s, des textes sans fin. &#192; une &#233;poque, j'imprimais souvent les textes que je trouvais les plus aboutis. Ce que je ne fais plus depuis longtemps. Se replonger dans ce fatras de textes provoque en moi un sentiment confus, o&#249; familiarit&#233; et &#233;tranget&#233; se m&#233;langent. Je m'y reconnais sans m'y retrouver. J'ai jet&#233; beaucoup de papiers devenus inutiles, mais j'avoue que j'ai du mal &#224; me s&#233;parer de ces textes anciens, dont je ne pr&#233;serve qu'une trace imprim&#233;e, aucune version num&#233;rique. La plupart du temps, ils n'ont plus gu&#232;re d'int&#233;r&#234;t, je pourrais les jeter, mais sans eux je finirais par oublier mes erreurs, mes errements, mes ent&#234;tements aussi, et toutes mes obsessions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journal du regard : F&#233;vrier 2026</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-fevrier-2026</link>
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		<dc:date>2026-03-02T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Atelier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_2026-02-23_a_23.00_01-88824.png?1772438466' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/35GqNZC5AUQ&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, devant le d&#244;me &#233;tincelant de La Villette, bouleverse les habitudes des sportifs qui viennent jouer ou s'entra&#238;ner &#224; cet endroit, mais aussi les promeneurs, et toutes les personnes qui appr&#233;cient, aux premiers beaux jours, s'installer l&#224; pour pique-niquer le midi, se reposer, profiter du soleil, du calme du parc. Par la porte rest&#233;e entrouverte, on aper&#231;oit &#224; l'int&#233;rieur de grands &#233;chafaudages. On imagine qu'il s'agit d'une salle de spectacle pour une dur&#233;e limit&#233;e. Quand on revient de promenade, on comprend que la mani&#232;re dont le b&#226;timent transformait le paysage, dans la lumi&#232;re p&#226;le de cette journ&#233;e d'hiver, le bleu vif et tenace de ses reflets qui se propageait au sol, sur les pav&#233;s, l'herbe et jusqu'&#224; l'eau du canal. Tout cela nous laissait deviner ce qui allait se passer &#224; l'int&#233;rieur. On d&#233;couvre en effet que ce lieu &#233;ph&#233;m&#232;re dispara&#238;tra au printemps, dans deux mois &#224; peine, et qu'il va proposer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://prodigy12.com/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un spectacle immersif&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m&#234;lant installations LED &#224; 360&#176;, performances chor&#233;graphiques et visuels 3D avec une musique originale interpr&#233;t&#233;e en direct. Ce spectacle &lt;i&gt;son et lumi&#232;re&lt;/i&gt; va plonger le spectateur, selon les organisateurs, dans une version surr&#233;aliste de Paris, s'effondrant sous le poids du temps. Dans leur pr&#233;sentation clinquante et sensationnaliste, qui s'accorde parfaitement cela dit &#224; ce spectacle que je n'irais pas voir, je retiens cependant qu'il efface la fronti&#232;re entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, entre ce qui est construit et ce qui est imagin&#233;, car c'est bien l'effet ressenti devant cette architecture &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fum&#233;e d'abord, il n'y a pas de fum&#233;e sans feu, le feu qui prend, qui craque, au feu les pompiers, la maison qui br&#251;le, poings serr&#233;s, serrer les dents, dent de scie, scie circulaire, cercle de cendres, sang d'encre, signaux de fum&#233;e, noir de monde, feu follet, allumette craqu&#233;e, pic de chaleur, chaleur humaine, humain trop humain, fum&#233;e de cigarette, m&#233;got qui m&#233;gote, m&#233;gaphone qui crache, crachat, crachin, brouillard, brouiller les pistes, atterrissage forc&#233;, force majeure, carbone quatorze, &#226;ge du feu, feu de joie, soufre et salp&#234;tre, noir dessein, dessin dans la bu&#233;e sur la vitre, vitre f&#234;l&#233;e, faille sismique, combustion lente, mont&#233;e de fi&#232;vre, fum&#233;e qui monte, qui ment, qui m'enveloppe, me disperse en particules, volutes et volte-face, feu qui couve, qui couvre tout, d'un nuage, brasier des souvenirs, souvenirs en cendres, cendres encore chaudes, comme un secret qui fume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, j'ai entendu un morceau de Bud Powell, dans une compilation de ses enregistrements &#224; New York entre 1944 et 1949. Le son avait quelque chose de m&#233;tallique. Je me sentais ext&#233;rieur &#224; cette musique, et je m'en suis &#233;tonn&#233;, car c'est un musicien que j'aime beaucoup. Au bout de quelques minutes, pourtant, la musique m'emportait &#224; nouveau. J'&#233;tais entr&#233;, et il devenait difficile d'en sortir. J'&#233;tais propuls&#233; dans les m&#233;andres du jeu tout en v&#233;locit&#233; et en l&#233;g&#232;ret&#233; du pianiste et de ses musiciens. J'ai pens&#233; que ma difficult&#233; venait d'abord de l'enregistrement, de son anciennet&#233;. Cette id&#233;e continuait &#224; m'occuper tandis que je me souvenais d'une r&#233;cente promenade dans un quartier du 20&#7497; arrondissement o&#249; je n'&#233;tais plus retourn&#233; depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui m'en avait &#233;loign&#233;, il aurait suffi d'un petit d&#233;tour pour y revenir, mais l'occasion ne s'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233;e. En reprenant mentalement ce parcours, cela m'a fait r&#233;fl&#233;chir &#224; mon rapport au temps. Je ne vois plus ce quartier comme je l'ai vu la premi&#232;re fois. Certains rep&#232;res me sont revenus en y d&#233;ambulant, mais ils se reliaient diff&#233;remment, dessinant un trajet inattendu, qui en transformait de mani&#232;re in&#233;dite le souvenir. Le lieu avait vieilli, sans moi. Je ne voyais plus sa nouveaut&#233;, seulement l'anciennet&#233; de mon passage, comme si je feuilletais un album d'images d'un lieu qui aurait disparu. Quel lien avec Bud Powell ? Sa musique est intemporelle, mais nous l'&#233;coutons parfois sur des supports dat&#233;s. Les enregistrements anciens peuvent nous laisser un temps sur le seuil de l'&#339;uvre, si l'on ne force pas l'entr&#233;e de l'&#233;coute. Et c'est une &#339;uvre en mouvement dans laquelle on entre en accueillant cet &#233;lan qui nous emporte. Revenir dans ce lieu m'a laiss&#233;, moi aussi, un temps, sur le seuil. Je suis rest&#233; &#224; distance, dans le souvenir et non dans le pr&#233;sent de ce lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rendez-vous, je presse le pas, &#231;a file, &#231;a clignote autour de moi. Je traverse la ville &#224; grandes enjamb&#233;es, la pluie &#233;clabousse mon visage, mes chaussures s'enfoncent dans l'eau des flaques. Les enseignes des commerces brillent dans l'obscurit&#233;, leur &#233;clat color&#233; me saute aux yeux. Je ne distingue pas nettement ceux que je croise dans la rue. Leurs silhouettes surgissent et disparaissent &#224; contretemps. Elles se succ&#232;dent, tournoient, comme dans un tourbillon. Un couple sous un abribus. Un homme parle seul, &#233;clair&#233; par les phares des voitures, il surgit de la p&#233;nombre, comme sur une photo surexpos&#233;e. Je presse l'allure. J'ai l'impression de m'&#233;chapper sans savoir d'o&#249;. Personne ne me regarde vraiment, pas le temps. Pourtant je vois leurs traits, stri&#233;s par la pluie, travers&#233;s d'&#233;clairs aveuglants. Les vitrines me renvoient un double flou, une ombre qui pourrait &#234;tre la mienne. Tout se bouscule. Un porche sombre, une odeur d'essence, le fant&#244;me d'un chien, le grincement du m&#233;tro a&#233;rien, une sir&#232;ne au loin. Une tension douce me serre la poitrine. C'est presque agr&#233;able. Je continue d'avancer, encore, plus vite, jusqu'au prochain carrefour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le frontispice de la ruine</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/le-frontispice-de-la-ruine</link>
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		<dc:date>2026-03-01T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Paysage</dc:subject>
		<dc:subject>Contacts successifs</dc:subject>
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		<dc:subject>Pierre M&#233;nard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'impossible d&#233;sir de fixer une image dans sa m&#233;moire &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Caroline, nous traversons le RER, remontons vers l'avant &#224; la recherche d'une place. Le train est comble. Nous trouvons finalement une place. Sur le si&#232;ge en face de moi, une jeune femme voil&#233;e. Ses traits sont d'une tr&#232;s grande finesse, sa peau claire a l'air douce, ses yeux dessin&#233;s en amande regardent droit devant elle, semblant fixer le lointain pour accommoder le regard, ce qui donne &#224; ses yeux une allure profonde et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/gare" rel="tag"&gt;Gare&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/pierre-menard" rel="tag"&gt;Pierre M&#233;nard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_61_1_-d8a9b.png?1772352242' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impossible d&#233;sir de fixer une image dans sa m&#233;moire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Caroline, nous traversons le RER, remontons vers l'avant &#224; la recherche d'une place. Le train est comble. Nous trouvons finalement une place. Sur le si&#232;ge en face de moi, une jeune femme voil&#233;e. Ses traits sont d'une tr&#232;s grande finesse, sa peau claire a l'air douce, ses yeux dessin&#233;s en amande regardent droit devant elle, semblant fixer le lointain pour accommoder le regard, ce qui donne &#224; ses yeux une allure profonde et myst&#233;rieuse. Arriv&#233;s &#224; Saint-Denis, nous prenons une direction oppos&#233;e &#224; celle des panneaux qui indiquent un chemin passant par le centre-ville et la basilique, pour rejoindre le mus&#233;e d'art et d'histoire Paul-&#201;luard. Les rues de la ville sont remplies de monde. Les b&#226;timents de l'ancien Carmel abritent, depuis 1981, le mus&#233;e d'art et d'histoire Paul &#201;luard. Nous y visitons une exposition sur les bo&#238;tes de nonnes fabriqu&#233;es par les religieuses &#224; travers les si&#232;cles, &#224; l'occasion des 400 ans du Carmel. Dans une autre salle, des photographies d'H&#233;l&#232;ne Mastrandr&#233;as, en immersion dans le quotidien des carm&#233;lites de Montmartre. Je retrouve dans les traits des religieuses la douce s&#233;r&#233;nit&#233; du visage de la jeune femme dans le RER.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55104187102_d4599b45d9_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55104187102_d4599b45d9_k-750f1.jpg?1772352242' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Avenue Jean Lolive, Pantin, 18 f&#233;vrier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte des contraires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins d'embouteillages depuis &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/journal-du-combat-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la fin du chantier de la place du Colonel Fabien&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Les voitures sont plus rares ce soir dans la rue de la Grange-aux-Belles. Il a fait tr&#232;s chaud aujourd'hui en cette fin f&#233;vrier. De nuit le ciel est d'un bleu profond. Les branches des arbres encore nues se d&#233;tachent de la toile de fond du ciel. J'entends tr&#232;s distinctement le chant des oiseaux. Leurs sons sont clairs, puissants. On n'entend qu'eux, ils envahissent l'espace. Des jeunes femmes marchent d'un bon pas dans ma direction, leurs tenues me laissent penser qu'elles se rendent &#224; une soir&#233;e. &#192; leur hauteur, j'entends des bribes de leur conversation, enceinte... Gare du Nord... et je comprends qu'elles parlent des oiseaux qu'on entend comme rarement dans la rue. En effet, &#224; la gare du Nord, un dispositif acoustique diffuse en continu le chant d'oiseaux sur les quais du RER, donnant l'impression qu'ils sont autour de nous. Comme si on avait cherch&#233; &#224; cr&#233;er, avec ce dispositif acoustique, une continuit&#233; entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, &#224; faciliter la transition, pour &#233;viter l'impression d'enfermement, mais c'est l'oppos&#233; qu'on ressent, un trouble passager. Ce soir les oiseaux retrouvent leur libert&#233;, &#224; l'air libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire se tenir ensemble les paroles et le temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cet homme, vietnamien d'origine, qui participe tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement aux ateliers d'&#233;criture et de cr&#233;ation &#224; la biblioth&#232;que. Nous nous entendons bien. Je le trouve tr&#232;s cr&#233;atif, toujours souriant, enjou&#233;. Il a souvent de bonnes id&#233;es et s'implique dans les ateliers que je propose. &#192; chaque fois que je le vois, je pense &#224; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/anhmat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anh Mat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Et ce n'est pas seulement son origine qui m'y fait penser, bien entendu, mais sa gentillesse, sa cr&#233;ativit&#233; et son ouverture d'esprit. Je garde un excellent souvenir, par exemple, de sa participation &#224; l'atelier de cr&#233;ation sonore autour de la place du Colonel Fabien. Il s'&#233;tait empar&#233; de l'enregistreur num&#233;rique et s'&#233;tait mis &#224; interviewer tous les passants qu'il rencontrait sur place avec une aisance &#233;tonnante. Ses questions mettaient &#224; l'aise les personnes qu'il interrogeait. Aujourd'hui, nous avons un peu discut&#233;, comme moi, il est un peu d&#233;&#231;u du r&#233;sultat du chantier de la place, surtout de la dimension &#034;for&#234;t urbaine&#034; qu'il trouve exag&#233;r&#233;e. Avant que l'atelier montage vid&#233;o ne commence, il m'a parl&#233; de son projet de podcast (il a particip&#233; &#224; l'un de mes ateliers sur la lecture &#224; voix haute et le podcast). Il a l'intention d'interroger des personnes de son entourage mais &#233;galement des gens qu'il croise mais qu'il ne conna&#238;t pas, et de leur demander : pour toi c'est quoi le Vietnam ? Je trouve son id&#233;e tr&#232;s belle. J'aimerais bien qu'il m'enregistre. Je crois que je lui parlerais de mon rapport aux paysages et &#224; la langue de ce pays &#224; partir de ce que j'ai pu en d&#233;couvrir par l'interm&#233;diaire d'Anh Mat, justement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/13998911225_00512c3513_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/13998911225_00512c3513_k-a88b2.jpg?1772352242' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Villa Jovis, Capri, Italie, 24 avril 2014&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui fait autorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait des ann&#233;es qu'on me confondait avec d'autres Pierre M&#233;nard sur le net. Cela m'apprendra &#224; utiliser comme pseudo un c&#233;l&#232;bre personnage fictif. Plusieurs fois sur Babelio notamment, j'ai d&#251; pr&#233;ciser que tel ou tel livre n'&#233;tait pas de moi. C'est qu'il existe de nombreux autres auteurs qui portent le m&#234;me nom que moi. J'en compte au moins quatre ou cinq. Je ne voyais pas d'o&#249; venait le probl&#232;me jusqu'&#224; pr&#233;sent. J'ai longtemps pens&#233; que les informations figurant sur la notice BnF de ma fiche auteur provenaient de ce qui &#233;tait mentionn&#233; sur Wikip&#233;dia. En fait, je viens de r&#233;aliser que les &#233;ditions Contre-mur &#233;tait &#224; l'origine de ma bio, lorsque j'ai publi&#233; avec eux &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/les-accolades&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les accolades&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en 2014 : Animateur d'ateliers d'&#233;criture et de cr&#233;ation multim&#233;dia &#8211; ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Sciences Po. Une dessinatrice de presse m'appelle aujourd'hui, car une de mes coll&#232;gues &#224; la biblioth&#232;que l'a aid&#233;e r&#233;cemment &#224; corriger sa fiche Wikip&#233;dia. Il y avait une erreur sur sa ville de naissance. Elle avait accept&#233; de dire, &#224; l'occasion d'un entretien, qu'elle &#233;tait n&#233;e dans un village qui n'est pas le sien pour un article autour de son travail li&#233; &#224; cet endroit. Depuis, l'ant&#233;riorit&#233; de cette information fait foi, elle peine &#224; r&#233;tablir l'exactitude sur son lieu de naissance. Je lui explique comment faire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Recours &#224; la nuit, de Virginie Gautier</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/recours-a-la-nuit-de-virginie-gautier</link>
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		<dc:date>2026-02-13T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
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		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Sommeil</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce livre qui se situe &#224; la crois&#233;e du journal, de l'essai, de la po&#233;sie et du r&#233;cit sensible, Virginie Gautier n'explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en &#233;prouver les textures, les sons, les puissances discr&#232;tes. Fragment apr&#232;s fragment, l'autrice d&#233;place notre mani&#232;re de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, &#233;couter. La nuit devient un territoire &#224; part enti&#232;re, po&#233;tique et politique, qui r&#233;siste &#224; la surveillance, &#224; la vitesse et &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sommeil" rel="tag"&gt;Sommeil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_32_1_-dcecb.png?1770969684' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH158/capture-decran-2025-12-22-a-17.37_35_1_-4d65e.png?1768519575' width='120' height='158' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans ce livre qui se situe &#224; la crois&#233;e du journal, de l'essai, de la po&#233;sie et du r&#233;cit sensible, Virginie Gautier n'explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en &#233;prouver les textures, les sons, les puissances discr&#232;tes. Fragment apr&#232;s fragment, l'autrice d&#233;place notre mani&#232;re de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, &#233;couter. La nuit devient un territoire &#224; part enti&#232;re, po&#233;tique et politique, qui r&#233;siste &#224; la surveillance, &#224; la vitesse et &#224; la domination du visible. En interrogeant la lumi&#232;re artificielle, la pollution lumineuse et notre besoin de ma&#238;trise, le livre ouvre une r&#233;flexion profonde sur nos fa&#231;ons d'habiter le monde. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/poetique-de-l-obscurite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est une invitation exigeante &#224; ralentir et &#224; retrouver, dans la p&#233;nombre, une attention plus juste au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-nous.com/main.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;, Virginie Gautier, &#201;ditions NOUS, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8632 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8632&#034; data-id=&#034;a983923214273c68ff50e5d9f5cc77e3&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:906}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_32_-a83c0.png?1768855050&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_recours_a_la_nuit_virginie_gautier.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_32_-a83c0-000ae.png?1770969685' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6hoeAyHQbQtLfjjUDPD7QK?si=CxoNtMfuRn2zaLb5THlpZg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6hoeAyHQbQtLfjjUDPD7QK?si=CxoNtMfuRn2zaLb5THlpZg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Sombre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrer dans la nuit, ce n'est pas toujours s'assurer d'une immanence, sentir que le monde vous enveloppe, v&#233;rifier la terre ferme, humer l'odeur des champs, r&#233;cup&#233;rer ses sens. Entrer dans la nuit c'est parfois marcher au-devant d'une b&#233;ance. Porte ouverte sur un noir d&#233;vorant. Sentir le sol ramollir sous nos pieds, le monde s'&#233;pancher. Nuit liquide o&#249; tout tremble et flageole, risque de se dissoudre, au mieux de perdre forme. Nuit d&#233;form&#233;e, monumentale. Vous qui entrez ici, d&#233;couvrez vos tourments. Endurez la dur&#233;e. Supportez vos b&#234;tes noires. Nuit comme une porte entreb&#226;ill&#233;e sur une foule tr&#232;s ancienne et th&#233;rianthrope, comme ce sorcier dansant de la grotte des Trois-Fr&#232;res, aux yeux d'oiseau nocturne, &#224; queue de cheval et ramure de cervid&#233;. Nuit inqui&#233;tante et primitive o&#249; les &#234;tres hybrides ne sont pas interdits de s&#233;jour, au contraire. Nuit pour c&#244;toyer l'inqui&#233;tant, le magique, pour chevaucher sa peur. Ramper, r&#244;der, devenir l'animale. Se faire plus louve que le loup. Se m&#234;ler &#224; la meute et par bonds, par sauts, par ruse, par grondements, r&#233;ussir sa travers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;04.05. Mai. Arriver, ralentir. Dans la maison perch&#233;e sur les hauts de La Ciotat, il y a quantit&#233; de nuits &#224; mettre bout &#224; bout pour &#233;crire. Le lit est presque au balcon. Je vais me fabriquer une longue nuit proven&#231;ale, un abri frais et reposant, avec juste ce qu'il faut d'ouvertures, de lucarnes sur le jour de temps en temps pour relever la t&#234;te, marcher dans le jardin et croiser mes semblables. Arriver, ralentir. &#201;tirer, tirer, se rassasier de temps, laisser la nuit entrer jusqu'au dedans. Ou la lancer tr&#232;s loin et l'&#233;couter revenir sur l'all&#233;e de graviers, opaque et lumineuse, sonore et irr&#233;elle. Silhouette de pierre &#224; peine d&#233;gauchie de ses r&#234;ves terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;06.05. Nuit d'arbres. C'est un morceau de montagne tout autour de la maison, avec pin&#232;de et v&#233;g&#233;tation de garrigue sous les pieds que j'ai foul&#233; avant la fin du jour. Un jardin s'y m&#234;le dont on ne sait quand il commence o&#249; il s'arr&#234;te, mais qui, de lui-m&#234;me, &#224; mesure que l'ombre l'envahit, se rend tout &#224; fait &#224; son origine sauvage. Nous finissons, bien rassembl&#233;s dans un &#238;lot de nuit, les arbres et moi. Et depuis la grande chambre o&#249; tournent les moustiques, j'apprivoise lentement la vue vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;07.05. Nuit noir-cypr&#232;s. Chaque soir, la masse des arbres qui sculptent le jardin proven&#231;al vire au gris. J'ai rendez-vous au balcon ou dans la v&#233;randa pour assister &#224; l'enfouissement des chlorophylles &#8212; r&#233;s&#233;da, sophora, nerprun, pins, arbousiers, amandiers, muriers, oliviers, dans une obscurit&#233; qui parait monter de la terre. En noirceur, les grands cypr&#232;s gagnent toujours. Ils sont les ultimes gardiens du lieu. Des pr&#233;sences veillant debout sur mon sommeil. Plus tard, l'all&#233;e de graviers blanchira, comme les silhouettes de pierres, les t&#234;tes dress&#233;es et la petite nageuse &#224; genoux devant le bassin vide. Le ciel aura pris une couleur de ville. Coupole r&#233;fl&#233;chissante charg&#233;e de jaune et d'orange, barr&#233;e d'un faisceau lumineux &#8212; celui du casino. Et l'on d&#233;sesp&#232;re d'en &#234;tre encore l&#224;, &#224; ne mesurer ni l'impact ni le superf&#233;tatoire. Moi, j'attendrai vainement que d&#233;senfle la rumeur des moteurs. J'imaginerai mettre mon r&#233;veil &#224; sonner au milieu la nuit pour tenter d'&#233;couter le pouls de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le sombre&lt;/i&gt; - Nous entrons dans le sombre. Le monde s'amenuise. Pour dire ce qui ne sera plus ni vivant ni visible on parle d'extinction. Des vies comme des loupiotes. Quand des esp&#232;ces disparaissent, ce sont des mondes qui s'&#233;teignent. Nous entrons dans le sombre, nous qui n'avons connu que les lumi&#232;res du progr&#232;s, la clart&#233; des logiques, les &#233;clairages dedans/dehors, les &#233;crans et les baies vitr&#233;es, les surfaces r&#233;fl&#233;chissantes, les regards panoptiques, la transparence et l'&#233;clat. Nous qui avons tout fait tourner autour de notre petit monde humain. Qui avons fait tourner notre petit monde lui-m&#234;me autour de quelques grandes id&#233;es. Nous entrons dans le sombre et il nous faut r&#233;adapter notre &#339;il. Chercher des signaux. Apprendre &#224; percevoir des &#233;missions plus faibles, des forces douces. Un pas serait de se rapprocher de la nuit du monde et d'imaginer dans le sombre des retrouvailles, d'y chercher douceur et puissance d'action. Un pas serait de ne pas oublier que le r&#234;ve a une affinit&#233; de nature avec l'obscurit&#233; et qu'il nous &#171; questionne depuis une nuit plus sauvage que l'on croit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anne Dufourmentelle imagine une &#171; voix somnambulique &#187;, qui serait tout &#224; la fois notre voix intime et la voix des disparus en nous, qui serait &#233;galement la voix du sursaut et de l'inattendu. Elle &#233;crit : &#171; la voix somnambulique nous guide hors de la chaleur des draps vers la nuit froide comme si l'on y &#233;tait soudain plus &#224; l'aise que nulle part ailleurs, c'est la voix d'une libert&#233; tellement plus ancienne que ce que l'on a cru &#234;tre soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;08.05. &#206;lot de nuit avec chant d'oiseau. Les boulevards ce soir se sont calm&#233;s. Un silence monte &#224; travers les arbres comme si les nuages b&#226;illonnaient la ville. Mais plus probablement parce que le week-end est fini. Je profite du cr&#233;puscule. Cherche sur mon t&#233;l&#233;phone le nom des oiseaux que j'entends. Des sifflements ponctu&#233;s dans lesquels je reconnais le son flut&#233; et d&#233;licat d'un, puis de deux hiboux Petit-duc, &lt;i&gt;Otus scops&lt;/i&gt; &#8212; un tout petit hibou de la taille d'un merle qui vient de remonter d'Afrique. Je passe en revue les chants des corvid&#233;s et ceux des rapaces nocturnes pour les faire co&#239;ncider avec un croassement fort et insistant que je n'arrive pas &#224; identifier. Tous d&#233;limitent et ferment un cercle de nuit dans lequel il me plait de dormir. J'ouvre la fen&#234;tre c&#244;t&#233; salle de bain, celle munie d'une moustiquaire, pour rester branch&#233;e sur cette m&#233;lodie nocturne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.05. Nuit de loups. Dans le Parc National des Calanques, les gardes- moniteurs fixent des pi&#232;ges photos qui servent autant &#224; surveiller qu'&#224; faire des inventaires faunistiques. Le garde avec lequel je m'entretiens me confirme que la faune est tr&#232;s active de nuit. La position des pi&#232;ges permet de rep&#233;rer beaucoup de mammif&#232;res. Des renards qui patrouillent seul ou en couple, des sangliers, des lapins, des li&#232;vres, des fouines, des chevreuils. Des genettes aussi. Et parfois des loups. Une meute est install&#233;e depuis trois ans dans le camp militaire de Carpiagne, en bordure du Parc. Il me pr&#233;cise qu'une meute, c'est un couple Alpha avec les jeunes de l'ann&#233;e ou les jeunes adultes de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente qui ne se sont pas encore dispers&#233;s. Certains peuvent rester plus longtemps, &#231;a d&#233;pend de leurs caract&#232;res et de la pression des adultes. Vous pr&#233;cisez que le loup est un animal tr&#232;s adaptable. La nuit, il emprunte les sentiers, les routes, il va au plus pratique. Il ne s'en &#233;carte que quand il chasse. Dans votre pr&#233;c&#233;dente affectation, dans le Parc du Mercantour, vous pratiquiez des hurlements provoqu&#233;s pour mieux conna&#238;tre les populations de loups pr&#233;sentes. On le fait avec la voix, &#231;a n'est pas tr&#232;s difficile. &#199;a les excite suffisamment pour qu'ils r&#233;pondent. Et &#231;a nous permet de savoir s'il y a des louveteaux. Vous faisiez &#233;galement des suivis aux jumelles thermiques pour observer les interactions de nuit entre les loups et les chiens Patou. Et bien il arrivait que des loups passent &#224; c&#244;t&#233; des chiens sans interaction du tout. Vous dites, tout est plus complexe qu'on croit, il faut rester tr&#232;s modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#233;voquez d'autres moments de nuit. Des moments dans la neige, seul, &#224; faire de la &#171; repasse &#187; pour attendre la r&#233;ponse d'une certaine chouette. Ce sont des moments tr&#232;s particuliers, o&#249; l'on ressent &#224; la fois de la crainte et de l'admiration. On entend des bruits qu'on ne reconnait pas, on a l'imagination qui marche &#224; toute vitesse. Pourtant dans ce m&#233;tier, on aime les moments de nuit, on est souvent en attente de ces moments parce que c'est compl&#232;tement autre chose. &#192; la fin de notre &#233;change, vous m'invitez &#224; faire l'exp&#233;rience de passer une nuit dehors dans un hamac. Au d&#233;but, vous ne dormirez pas beaucoup. Mais on s'habitue. Et vous allez voir, c'est un peu magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le songe de la raison&lt;/i&gt; - Tr&#232;s pr&#232;s de Rembrandt, devant le bureau, il y a le dormeur de Goya, celui de la gravure n&#176;43 de la s&#233;rie des &#171; Caprices &#187; : &lt;i&gt;El sue&#241;o de la raz&#243;n produce monstruos&lt;/i&gt;. Le songe de la raison produit des monstres &#8212; cette phrase &#233;nigmatique, la noirceur, la pr&#233;sence animale, tout m'attirait. Goya ouvrait la possibilit&#233; d'un passage entre deux espaces disjoints, el sue&#241;o y la raz&#243;n. Mais faut- il traduire sue&#241;o par sommeil ou par songe ? S'agit-il d'un an&#233;antissement de la raison ou d'une raison r&#234;vante ? C'est le r&#234;ve d'un artiste qui a pos&#233; la t&#234;te entre ses bras et dort sur sa table de travail. Des animaux nocturnes, chouettes, hiboux, chauve-souris, chats, ont envahi l'espace d'ombres, de battements d'ailes, de regards surtout. Quand des yeux se ferment d'autres s'ouvrent. Ce que Goya appelle monstres, ce sont des visions, des regards int&#233;rieurs, l'exploration des songes, les enfants de son imaginaire. Faut-il les craindre ou s'en r&#233;jouir ? Probablement les deux. Mais en nous faisant entrer dans le mode op&#233;ratoire du r&#234;ve, dans cette inversion des valeurs, du sombre et du clair, de la raison raisonnante et de l'&#234;tre sensitif, je crois que Goya donne surtout &#224; voir la lib&#233;ration d'un monde int&#233;rieur comme force agissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.05. Nuits dessin&#233;es. De jour, je trace les silhouettes des arbres du jardin. De nuit, je les noircis. Paysages obscurcis &#224; la pointe fine. C'est une ligne noire enroul&#233;e sur elle-m&#234;me, un geste r&#233;p&#233;t&#233;. Une forme d'&#233;criture illisible, dont le sens s'oblit&#232;re afin de r&#233;pondre &#224; la nuit. Que puis-je faire d'autre, moi, petite animale du dedans, qui ne sait r&#233;ellement rien des profondeurs nocturnes de ce sous-bois ? Que puis-je faire d'autre que mes fa&#231;onnages d'imaginaires, ma petite fabrique de noir ? Je convoque une obscurit&#233; et l'appelle &#171; temps pass&#233; &#187;. Temps pass&#233; &#224; rejouer la descente du jour, &#224; inventer une noirceur d'arbres, &#224; convoquer l'&#233;paisseur de ma nuit propre &#8212; tout ce que je ne sais pas voir, en entortillant des lignes dans le format du papier. Temps qui fait varier, en dessinant, la tonalit&#233; de mes pens&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que la noirceur de la nuit n'est pas due &#224; l'espace infini. Qu'un espace infini serait illumin&#233; par l'addition des milliards d'&#233;toiles. Que la garantie du noir repose plut&#244;t sur la finitude du temps, celui que met la lumi&#232;re d'une &#233;toile &#224; parvenir jusqu'&#224; nous. Temps qui impose ses limites et sculpte l'obscurit&#233; vertigineuse. Temps qui est un ab&#238;me pour l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-nous.com/main.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;, Virginie Gautier, &#201;ditions NOUS, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Janvier 2026</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/silence" rel="tag"&gt;Silence&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-02-01_a_15.01_50-4b0c6.png?1770019209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/f__4HgDhW4w&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville dans un silence feutr&#233;. Le motif musical de Debussy, dans son pr&#233;lude &lt;i&gt;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; laisse derri&#232;re lui ces empreintes d&#233;licates, des grappes d'accords enveloppants. Chaque note devient m&#233;ditation, &#224; peine troubl&#233;e par une gamme par tons qui fait perdre l'orientation. R&#233; mi, mi fa. Les pas reviennent en &#233;cho, expressifs. Les accords glissent comme des blocs de glace, et soudain, dans les aigus, un carillon &#233;claire la fin. Un tendre regret, la trace laiss&#233;e par quelqu'un, un &#234;tre cher, que la neige et la musique retiennent encore un instant. Celui que l'on &#233;tait lorsqu'enfant nos pas s'enfon&#231;aient sur la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cents &#233;changes avec Anh Mat, pour nos &lt;i&gt;vases communicants&lt;/i&gt;, j'ai r&#233;alis&#233; que ce qui m'importait dans l'&#233;criture vid&#233;o, ce que certains appellent &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://ateliers.sens-public.org/qu-est-ce-que-la-litteratube/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la litt&#233;ratube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, ce n'&#233;tait pas le texte. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m'a dit plusieurs fois en commentaires de ce journal vid&#233;o qu'il aimerait pouvoir le lire dans son int&#233;gralit&#233;. Pour moi, l'int&#233;r&#234;t du texte tient uniquement dans le dialogue qui s'instaure avec les images, en d&#233;calage parfois avec ce que l'on voit ou au contraire en accord direct avec elles. Dans l'alternance des sons et de la musique. Je le con&#231;ois comme l'un des &#233;l&#233;ments, mais il n'est pas central, il joue son r&#244;le au m&#234;me titre que les autres. Filmer au quotidien me permet d'&#233;crire plus facilement, de creuser des sujets que je n'aborde pas dans le journal hebdomadaire de mes &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/contacts-successifs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dans lequel je d&#233;cris ma semaine par le biais de textes qui forment des blocs autonomes, d&#233;cal&#233;s, accompagn&#233;s par deux photographies, l'une prise la semaine pr&#233;c&#233;dant la publication sur mon site et la seconde, qui porte le m&#234;me nom de fichier que la premi&#232;re, et montre un autre lieu &#224; une date ant&#233;rieure, parfois plusieurs ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, j'ai souhait&#233; animer plus d'ateliers artistiques que d'ateliers num&#233;riques, m&#234;me si par ailleurs je continue d'en proposer tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon. En privil&#233;giant la cr&#233;ation manuelle, je voulais utiliser d'autres outils, apprendre de nouvelles techniques, changer de perspective, avoir une approche plus directe, plus physique, cr&#233;ant un rapport au temps diff&#233;rent, sp&#233;cifique au travail manuel. Pour mettre au point ces ateliers de cr&#233;ation, il a d'abord fallu que je r&#233;fl&#233;chisse &#224; leur mise en place pratique (le mat&#233;riel, les outils), avant de pouvoir enfin, convoquer les propositions d'&#233;criture qui s'y int&#233;greraient au mieux. Je vais ainsi animer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/104941/atelier-broderie-sur-photographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un atelier broderie sur photographie&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et un atelier leporello po&#233;tique en cyanotype. J'ai propos&#233; &#233;galement un atelier de lecture &#224; voix haute, un atelier d'&#233;criture po&#233;tique et cr&#233;ation d'un carnet reli&#233; avec la technique de reliure japonaise que je reproposerai en juin. Dans ces ateliers, c'est le temps d'ex&#233;cution qui change par rapport aux ateliers d'&#233;criture. Il faut que je l'int&#232;gre peu &#224; peu. Et c'est r&#233;jouissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#233;tonn&#233; de d&#233;couvrir, presque par hasard, au d&#233;tour d'un chemin, pour ne pas emprunter encore une fois l'itin&#233;raire que j'ai pris des dizaines de fois, dans un quartier que je connais tr&#232;s bien, que j'arpente r&#233;guli&#232;rement, en effectuant un pas de c&#244;t&#233; qui permet de me d&#233;porter &#224; l'&#233;cart de la route habituelle et d'atteindre un endroit inconnu de la ville, comme si celle-ci s'&#233;tait agrandie soudainement. Ici, c'est un chantier ouvert derri&#232;re l'&#233;glise Saint-Georges de la Villette, du c&#244;t&#233; de la rue Henri Murger, &#224; l'endroit de l'ancien centre communautaire et culturel du juda&#239;sme de l'Est parisien, avec sa synagogue et le b&#226;timent attenant, une &#233;cole de cr&#233;ation de bijoux, qui ont &#233;t&#233; enti&#232;rement ras&#233;s il y a deux ans. Le panneau &lt;i&gt;D&#233;viation&lt;/i&gt; dispos&#233; &#224; l'entr&#233;e du chantier rappelle l'importance des bifurcations, qui se transforme alors en mot d'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Toute trace du temps s'efface</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Abandonner n'est jamais facile &lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#234;ve : Dans le train qui file &#224; vive allure. Dans la mauvaise direction. L&#224; o&#249; d'habitude le train traverse des paysages de campagne, la rame fonce droit sur d'immenses b&#226;timents, de vastes entrep&#244;ts, dans une impressionnante friche industrielle, puis longe la Seine pour arriver finalement &#224; Marmottan. Je vois nettement le panneau, en m'interrogeant sur son emplacement &#224; cet endroit. Mais tout va vite, je n'ai pas le temps de ralentir. Nous arrivons en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_57_1_-82639.png?1769933379' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abandonner n'est jamais facile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve : Dans le train qui file &#224; vive allure. Dans la mauvaise direction. L&#224; o&#249; d'habitude le train traverse des paysages de campagne, la rame fonce droit sur d'immenses b&#226;timents, de vastes entrep&#244;ts, dans une impressionnante friche industrielle, puis longe la Seine pour arriver finalement &#224; Marmottan. Je vois nettement le panneau, en m'interrogeant sur son emplacement &#224; cet endroit. Mais tout va vite, je n'ai pas le temps de ralentir. Nous arrivons en gare. C'est une sorte de gare de triage. De tr&#232;s nombreuses lignes les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres. Sur chaque ligne, des trains de couleurs diff&#233;rentes restent &#224; quai. Chaque ligne est la propri&#233;t&#233; d'une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente ; quand je passe d'un quai &#224; l'autre, la foule m'emp&#234;che de monter dans les wagons. Les trains sont tous bond&#233;s, &#224; l'arr&#234;t. C'est la gr&#232;ve, aucun train ne peut partir. La foule court sur les quais bond&#233;s, mais ce n'est pas &#224; cause de la gr&#232;ve. Parmi les gens dans la cohue de la gare, certains vivent depuis longtemps dans les couloirs de la gare, ils portent des v&#234;tements &#233;lim&#233;s, repris&#233;s et sales, ils errent dans la gare o&#249; ils vivent comme des fant&#244;mes, ces personnes sont contamin&#233;es, contagieuses. Tout le monde les &#233;vite au dernier moment. J'erre &#224; mon tour, sans savoir comment sortir de cet enfer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55048232964_db80cf3fb0_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55048232964_db80cf3fb0_k-3076e.jpg?1769933379' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue Georges Lardennois, Butte Bergeyre, Paris 19&#232;me, 18 janvier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la lenteur et l'&#233;paisseur du temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens enfin de terminer la lecture des corrections de &lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, &#224; partir du travail pointilleux effectu&#233; par No&#235;lle Rollet sur le texte. Les nombreuses anacoluthes, quelques passages &#224; expliciter, des accords &#224; justifier, une ponctuation pas assez claire parfois. L'int&#233;gralit&#233; des noms de ville et de pays &#224; uniformiser, par rapport aux noms d'origine ou &#224; leur version fran&#231;aise. Aucune faute d'orthographe, juste quelques accords &#224; pr&#233;ciser, avec le sens de la phrase telle qu'elle se construit dans chaque s&#233;quence du texte. Je m'am&#233;liore. En fait, j'utilise de bons outils de correction. Le plus difficile dans ces relectures, c'est de parvenir peu &#224; peu &#224; se d&#233;tacher du texte. Apprendre &#224; s'en s&#233;parer. Pour y parvenir, il faut tout relire une derni&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout s'inverse, tout se confond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je marche dans la rue, dans la nuit, ce n'est pas si souvent, et j'aper&#231;ois, avenue de la R&#233;publique, une toile dispos&#233;e contre un mur, un rebut sur lequel quelqu'un a &#233;crit ces mots : &lt;i&gt;Demain, qui pour penser, qui pour &#233;crire ?&lt;/i&gt; La phrase est l&#224;, elle me questionne au passage. Je reviens sur mes pas. Combien sont ceux qui la lisent vraiment ? Elle a un impact pourtant cette phrase, en ce lieu, demain fait pression, qui pour penser quand &#231;a continue, qui pour &#233;crire quand &#231;a br&#251;le. C'est sign&#233; &lt;i&gt;fmr&lt;/i&gt;, trois lettres, un surnom. Un signe. Penser &#224; la place, &#233;crire &#224; la place. Je photographie l'objet &#224; l'abandon, puis je poursuis mon chemin, j'ai rendez-vous, mais la phrase me suit, elle creuse son chemin en moi, elle insiste, elle n'est pas achev&#233;e, elle travaille encore longtemps en moi, me questionne, me taraude. Plus tard, plus loin, dans la nuit, je rentre &#224; la maison, repensant aux conversations enjou&#233;es de la soir&#233;e, entre vieux amis, souvenirs et projets, et ce sont encore des mots, sur une surface, une fa&#231;ade, celle de l'h&#244;pital Saint-Louis, le b&#226;timent des grands br&#251;l&#233;s, et l&#224;, ces mots : &lt;i&gt;Embrasser les risques&lt;/i&gt;. C'est &#233;crit, inclin&#233;, dans le mouvement du geste de l'&#233;criture, l'empressement pour ne pas &#234;tre pris en train d'&#233;crire, sur le vif. Embrasser comme on serre, comme on colle, embrasser ce qui peut faire mal, ce qui peut laisser une trace. Ici &#231;a r&#233;sonne, &#231;a frappe, les mots savent o&#249; ils sont, ils savent ce qu'ils font. Les deux phrases se parlent &#224; distance, se font &#233;cho, demain qui pour penser, embrasser les risques, penser c'est d&#233;j&#224; risquer, &#233;crire c'est d&#233;j&#224; se br&#251;ler les doigts, les tags ne d&#233;corent pas, ils d&#233;placent la pens&#233;e dans la rue, ils la mettent &#224; hauteur de pas, &#224; hauteur de corps, ils ne promettent rien, ils n'expliquent pas. Ils me travaillent au corps, ils continuent &#224; penser en moi pendant que je m'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/13971887714_6935042721_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/13971887714_6935042721_k-8721a.jpg?1769933379' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Parc Arch&#233;ologique de Pomp&#233;i, Italie, 22 avril 2014&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mesure du temps restant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re, j'avais commenc&#233; &#224; travailler &#224; un projet pour la revue TINA, autour de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://thebulletin.org/doomsday-clock/2026-statement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'horloge de la fin du monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Je souhaitais &#233;crire un diptyque, mettant en tension deux r&#233;gimes d'&#233;criture, un versant documentaire condens&#233; (r&#233;sumant le contexte historique, les d&#233;cisions depuis la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Bulletin of the Atomic Scientists&lt;/i&gt; depuis 1947, les raisons de l'avanc&#233;e ou du recul des aiguilles) et un versant po&#233;tique transposant la mesure du temps restant en exp&#233;rience sensible. Certains textes &#233;taient ancr&#233;s dans le corps (sensorialit&#233; imm&#233;diate), d'autres dans la m&#233;moire (fragment&#233;e, circulaire), d'autres dans le vivant (nature, monde partag&#233;), d'autres enfin dans le symbolique (fin, attente, m&#233;tamorphose). Je n'ai finalement pas &#233;t&#233; au bout de mon projet malgr&#233; les nombreuses heures pass&#233;es &#224; y travailler et les dizaines de textes produits pour pr&#233;parer la s&#233;rie. Je trouvais cela trop d&#233;primant. J'y repense aujourd'hui, car jamais &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://thebulletin.org/doomsday-clock/2026-statement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'horloge de la fin du monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; n'a &#233;t&#233; aussi proche de la catastrophe. Un an apr&#232;s avoir averti de l'urgence absolue, les scientifiques constatent que les grandes puissances ont choisi l'affrontement plut&#244;t que la coop&#233;ration. Les &#201;tats-Unis, la Russie, la Chine, mais aussi d'autres &#201;tats, ont durci leurs positions, ravivant une logique nationaliste et comp&#233;titive qui fragilise les rares accords patiemment construits depuis des d&#233;cennies. La diplomatie recule, la m&#233;fiance progresse, et avec elle les risques d'an&#233;antissement nucl&#233;aire, d'effondrement climatique et de d&#233;rives technologiques. L'ann&#233;e &#233;coul&#233;e a vu s'intensifier plusieurs conflits impliquant des puissances nucl&#233;aires. En Ukraine, la guerre s'est accompagn&#233;e de menaces explicites li&#233;es &#224; l'arme atomique. En Asie du Sud, les tensions entre l'Inde et le Pakistan ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en frappes transfrontali&#232;res. Au Moyen-Orient, des attaques contre des sites nucl&#233;aires iraniens ont raviv&#233; le spectre d'une prolif&#233;ration clandestine. Pendant ce temps, une nouvelle course aux armements s'installe : augmentation des arsenaux, modernisation des syst&#232;mes de frappe, projets de d&#233;fense antimissile spatialis&#233;e. Sur le front climatique, les indicateurs virent au rouge. Le dioxyde de carbone atteint un niveau in&#233;dit, les temp&#233;ratures battent des records, les mers montent, les cycles de l'eau deviennent erratiques. S&#233;cheresses, inondations et vagues de chaleur d&#233;placent des millions de personnes et provoquent des dizaines de milliers de morts. Les r&#233;ponses politiques, loin d'&#234;tre &#224; la hauteur, s'av&#232;rent parfois ouvertement destructrices, notamment par le recul des politiques climatiques et des &#233;nergies renouvelables. &#192; ces menaces s'ajoutent celles issues des sciences du vivant et de l'intelligence artificielle. La possibilit&#233; de cr&#233;er des formes de vie synth&#233;tiques incontr&#244;lables, l'usage de l'IA pour concevoir de nouveaux agents pathog&#232;nes, l'affaiblissement des syst&#232;mes de sant&#233; publique et la militarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'IA dessinent un paysage instable. L'expansion des r&#233;gimes autoritaires, enfin, entrave toute r&#233;ponse collective. Pourtant, des issues existent : dialogue, d&#233;sarmement, coop&#233;ration scientifique, transition &#233;nerg&#233;tique. Mais le temps se resserre. Nous avons perdu 4 secondes cette ann&#233;e. Il ne nous reste plus que 85 secondes avant minuit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Po&#233;tique de l'obscurit&#233;</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/poetique-de-l-obscurite</link>
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		<dc:subject>Temps</dc:subject>

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&lt;p&gt;Recours &#224; la nuit de Virginie Gautier se d&#233;ploie &#224; la crois&#233;e du journal intime, de l'essai po&#233;tique et de l'enqu&#234;te sensible. Loin de chercher &#224; percer les secrets de l'obscurit&#233;, l'autrice s'y immerge pour en &#233;prouver la mati&#232;re, les textures et les r&#233;sonances. Elle d&#233;plie l'espace nocturne pour en r&#233;v&#233;ler les multiples dimensions po&#233;tiques, g&#233;ographiques, mais aussi &#233;minemment politiques. Le livre se pr&#233;sente ainsi comme une invitation vivifiante &#224; se d&#233;prendre d'un monde domin&#233; par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/54726475218_3b1c4035db_k_1_-552df.jpg?1769157722' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt; de Virginie Gautier se d&#233;ploie &#224; la crois&#233;e du journal intime, de l'essai po&#233;tique et de l'enqu&#234;te sensible. Loin de chercher &#224; percer les secrets de l'obscurit&#233;, l'autrice s'y immerge pour en &#233;prouver la mati&#232;re, les textures et les r&#233;sonances. Elle d&#233;plie l'espace nocturne pour en r&#233;v&#233;ler les multiples dimensions po&#233;tiques, g&#233;ographiques, mais aussi &#233;minemment politiques. Le livre se pr&#233;sente ainsi comme une invitation vivifiante &#224; se d&#233;prendre d'un monde domin&#233; par le visible et la ma&#238;trise pour retrouver, dans l'exp&#233;rience de la nuit, une relation &#224; la fois plus intense et plus humble au monde. Un appel &#224; une nouvelle &#233;cologie de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sonder la nuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de &lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt; r&#233;side d'abord dans sa structure polyphonique, choix strat&#233;gique qui conditionne toute la d&#233;marche de l'ouvrage. En alternant les formes (journal de bord, r&#233;flexions th&#233;matiques, transcriptions de r&#234;ves et recueil de t&#233;moignages), Virginie Gautier refuse une approche unique ou r&#233;ductrice de la nuit. Elle lui pr&#233;f&#232;re une exploration par fragments, par touches successives, qui &#233;pouse la nature m&#234;me de l'exp&#233;rience nocturne. La nuit, par essence, r&#233;siste &#224; la d&#233;finition singuli&#232;re et &#224; la vision totalisante, la forme &#233;clat&#233;e n'est donc pas un simple choix stylistique, mais une n&#233;cessit&#233; &#233;pist&#233;mologique pour demeurer fid&#232;le &#224; l'exp&#233;rience de l'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'articule autour d'une colonne vert&#233;brale constitu&#233;e d'entr&#233;es de journal, dat&#233;es et situ&#233;es. Ces fragments ancrent l'exp&#233;rience dans un r&#233;el sensible, un temps et un lieu pr&#233;cis. Autour de ce fil chronologique viennent se greffer des sections th&#233;matiques plus r&#233;flexives qui approfondissent les intuitions n&#233;es de l'exp&#233;rience directe. Cette construction hybride permet un va-et-vient constant entre l'&#233;prouv&#233; et le pens&#233;, le corps et l'esprit, tissant une trame o&#249; l'intime et l'universel dialoguent en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/crewdson.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/crewdson-2cdff.jpg?1769156335' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Fireflies&lt;/i&gt;, de Gregory Crewdson&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses voix externes sont convoqu&#233;es pour enrichir la propre exploration de l'autrice. Elle dialogue avec des artistes (photographes, peintres) et rapporte les t&#233;moignages de celles et ceux qui vivent ou travaillent la nuit. En faisant r&#233;sonner ces autres voix, Virginie Gautier montre que la nuit est un patrimoine commun, un lieu de relations multiples qui exc&#232;de de loin l'exp&#233;rience individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se d&#233;centrer du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience sensorielle constitue le c&#339;ur de la d&#233;marche de Virginie Gautier. Pour elle, entrer dans la nuit n'est pas tant une exploration visuelle qu'un apprentissage de l'effacement du sens souverain, la vue, au profit d'une perception qui n'est plus frontale et distanci&#233;e, mais enveloppante et haptique. Il s'agit de d&#233;sapprendre &#224; voir pour apprendre &#224; sentir autrement, en mobilisant l'ensemble du corps comme un organe perceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re r&#233;v&#233;latrice, l'autrice consacre une section &#224; la myopie qu'elle ne pr&#233;sente pas comme un handicap mais comme une m&#233;thode. Elle revendique ce &lt;i&gt;d&#233;faut&lt;/i&gt; comme un outil pour court-circuiter la tyrannie du regard et acc&#233;der &#224; une autre forme de connaissance, plus tactile et plus intime : &#171; J'ai clairement fond&#233; mon rapport &#224; la cr&#233;ation sur le grain de l'&#233;toffe, et prends mon parti d'une d&#233;faillance du regard qui continue de s'accentuer. Cette myopie &#8212; que je revendique comme une modalit&#233; de la rencontre &#8212; m'ouvre &#224; un contact sensible. &#187; Cette myopie volontaire devient le modus operandi de son enqu&#234;te. Pr&#233;f&#233;rer le trouble &#224; la nettet&#233;, le t&#226;tonnement &#224; la certitude, pour entrer non plus en face mais dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'abscence de la vue, les autres sens prennent le relais et se r&#233;organisent. Le toucher et l'ou&#239;e deviennent les instruments privil&#233;gi&#233;s de la perception nocturne. Le corps apprend une nouvelle grammaire du monde, comme l'illustre magnifiquement la description d'une marche en for&#234;t les yeux ferm&#233;s. On sent &#171; l'ombre froide des troncs des arbres s'interposer devant la lumi&#232;re avant la rencontre avec leurs &#233;corces &#187;. Le passage de la perception visuelle &#224; une perception thermique et tactile y est saisissant : &#171; Dans cette lenteur, dans cette absence de vue, les mains ouvrent le chemin. Elles cherchent &#224; pr&#233;venir tout obstacle, pianotent &#224; la recherche d'indices, de sensations. &#187; Le corps, guid&#233; par les mains et une ou&#239;e affin&#233;e qui capte les &#171; infimes gr&#233;sillements &#187; ou le &#171; crissement doux des escargots &#187;, d&#233;couvre un paysage d'une richesse insoup&#231;onn&#233;e, accessible uniquement par ce r&#233;agencement sensoriel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54726656165_ac6068dc7d_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54726656165_ac6068dc7d_k-6b8dd.jpg?1769156335' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Nuit &#224; la Villa Deroze, &#224; La Ciotat&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&#171; Nuit d'arbres. C'est un morceau de montagne tout autour de la maison, avec pin&#232;de et v&#233;g&#233;tation de garrigue sous les pieds que j'ai foul&#233; avant la fin du jour. Un jardin s'y m&#234;le dont on ne sait quand il commence o&#249; il s'arr&#234;te, mais qui, de lui-m&#234;me, &#224; mesure que l'ombre l'envahit, se rend tout &#224; fait &#224; son origine sauvage. &#187;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nuit comme territoire po&#233;tique et g&#233;ographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obscurit&#233; n'est pas un simple intervalle temporel entre deux jours, mais bien un espace &#224; part enti&#232;re, un &#171; pays qui gagne &#224; rester largement &#233;tranger &#187;. Virginie Gautier cartographie ce territoire en montrant comment la nuit redessine les paysages familiers, leur conf&#232;re une &#233;tranget&#233;, une profondeur et une mat&#233;rialit&#233; nouvelles. Elle devient une g&#233;ographie alternative, r&#233;gie par d'autres lois que celles du monde diurne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entr&#233;es de journal regorgent d'exemples de cette m&#233;tamorphose. Le jardin, la for&#234;t ou les champs, lieux connus et ma&#238;tris&#233;s le jour, deviennent la nuit des espaces incertains et spectraux. Les rep&#232;res s'effacent, les formes se dissolvent et le r&#233;el semble basculer dans une autre dimension, &#224; la fois plus archa&#239;que et plus vibrante : &#171; Au jardin on voit comme des os. Des phosphorescences d'os, qui &#233;taient des troncs, qui &#233;taient des marches, des seuils, des encadrements de fen&#234;tres. Chaque chose, auparavant solide, devenue blancheur sans contour, corps enflant et d&#233;senflant. Corps qui &#233;taient des pierres, qui &#233;taient des branches ou de simples poteries. Avec des &#233;tranget&#233;s et des craquements qu'on ne sait reconna&#238;tre. Rien qui rassure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perception, qui transforme les arbres en squelettes et le jardin en &#171; n&#233;gatif du r&#233;el &#187;, t&#233;moigne de la puissance de la nuit &#224; d&#233;faire nos certitudes et &#224; r&#233;v&#233;ler l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; du monde que l'on croyait conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L473xH600/960px-rembrandt_harmensz__van_rijn_145_1_-306ba.jpg?1768599173' width='473' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;La Pri&#232;re de Sim&#233;on&lt;/i&gt;, Rembrandt&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir son exploration du territoire nocturne, Virginie Gautier convoque des artistes qui ont fait du sombre la mati&#232;re de leur art. Rembrandt, en particulier, n'est pas une simple r&#233;f&#233;rence mais une figure tut&#233;laire : &#171; On dit de Rembrandt que c'est avec la nuit qu'il fait du jour &#187;. La technique du peintre, sa mani&#232;re de partir du noir, d'avancer par t&#226;tonnements dans la mati&#232;re, de pr&#233;f&#233;rer l'&#233;paisseur &#224; la lisse surface, devient le miroir de sa propre &#171; &#233;criture du sensible &#187;. La &#171; peinture d'ombres et de t&#233;n&#232;bres &#187; de l'artiste, qui privil&#233;gie la vibration lumineuse au contraste net, est une mani&#232;re de sonder la nuit non pour l'&#233;claircir, mais pour en habiter la densit&#233; et y faire sourdre la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension politique de l'obscurit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre d&#233;ploie une r&#233;flexion politique subtile sur notre rapport contemporain &#224; la lumi&#232;re et &#224; l'obscurit&#233;. Virginie Gautier interroge la lumi&#232;re artificielle non comme un simple progr&#232;s, mais comme un outil de contr&#244;le, d'appauvrissement du sensible et d'exclusion. Habiter la nuit devient alors un acte de r&#233;sistance face &#224; une soci&#233;t&#233; qui vise &#224; tout &#233;clairer, tout surveiller et tout ma&#238;triser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autrice m&#232;ne une critique acerbe de la &#171; pollution lumineuse &#187; et de l'&#233;clairage public omnipr&#233;sent. Dans &#171; R&#234;veur de flammes &#187;, elle oppose la flamme vivante de la bougie &#224; la lumi&#232;re froide de l'ampoule. Reprenant Bachelard, elle note que le &#171; on/off &#187; nous prive de &#171; l'&#233;paisseur de l'acte &#187;, de ce geste qui nous constituait comme &#171; les sujets du verbe allumer &#187;. L'&#233;clairage moderne, en nous raccordant &#224; un &#171; flux commun &#187; abstrait, nous d&#233;poss&#232;de d'une relation fondamentale au monde, tandis que la bougie, elle, cr&#233;e un &#171; cercle fragile &#187; et rend &#224; nos maisons leurs &#171; profondeurs secr&#232;tes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/FNGh9V6TJvI&#034; title=&#034;Nuit Blanche avec Marie-Ange Guilleminot &#224; la Monnaie de Paris&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce constat, le livre propose un geste politique et philosophique : &#171; d&#233;s-&#233;clairer &#187;. Il ne s'agit pas d'un simple retour en arri&#232;re, mais d'une proposition radicale pour r&#233;apprendre &#224; habiter le monde, rendre l'espace aux autres vivants et retrouver une puissance perdue dans le confort et la sur-visibilit&#233; : &#171; Ce qu'on perd, on le gagne pour trouver dans le ralentissement, dans la nuit, dans le moindre, quelque chose de plus puissant. D&#233;s-&#233;clairer est et n'est pas qu'une m&#233;taphore pour se rapprocher du monde. &#187; C'est une invitation &#224; accepter une part d'ombre et d'inconnu, &#224; la fois en nous et hors de nous, comme condition d'une relation plus juste au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Virginie Gautier utilise la nuit comme un v&#233;ritable r&#233;v&#233;lateur politique. Loin d'&#234;tre un grand &#233;galisateur, le noir amplifie les dynamiques de pouvoir qui structurent notre soci&#233;t&#233;. Que ce soit &#224; travers la surveillance urbaine o&#249; &#171; les lampadaires connect&#233;s deviennent les yeux et les oreilles d'une ville &#187;, la pr&#233;carit&#233; des migrants dans les &#171; corridors d'obscurit&#233; &#187; ou l'exp&#233;rience genr&#233;e de l'espace public, la nuit devient un test de v&#233;rit&#233;. Elle distingue violemment celui qui surveille et celui qui est surveill&#233;, celui qui est &#224; l'abri et celui qui est expos&#233;, le pr&#233;dateur et la proie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te de la puissance dans &lt;i&gt;le moindre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des axes philosophiques majeurs du livre est la notion du &#171; moindre &#187;. Pour Virginie Gautier, se d&#233;prendre du spectaculaire, du visible et du confort n'est pas une asc&#232;se ou un renoncement, mais une voie d'acc&#232;s &#224; une forme de puissance et de r&#233;sonance plus profonde. Cette puissance se trouve dans ce qui est petit, discret, t&#233;nu, et souvent ignor&#233; par un regard habitu&#233; &#224; chercher l'&#233;vidence. Le &#171; moindre &#187; est ce qui nous relie &#224; l'essentiel lorsque nous acceptons de ralentir et de r&#233;adapter notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autrice inscrit explicitement sa d&#233;marche dans la lign&#233;e du cin&#233;aste Nicolas Philibert (&lt;i&gt;La Moindre des choses&lt;/i&gt;) et surtout du p&#233;dagogue et penseur Fernand Deligny (&lt;i&gt;Le Moindre geste&lt;/i&gt;). Elle partage avec eux cette &#171; attention &#224; ce qui ne fait pas imm&#233;diatement sens, et qui serait justement ce qui a de l'importance &#187;. Il s'agit de valoriser le geste infime, la pr&#233;sence discr&#232;te, la trace &#224; peine visible, non pour leur insignifiance mais pour la richesse de monde qu'ils contiennent et r&#233;v&#232;lent &#224; qui sait regarder.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/dessin-22nuits22-n.2-mai-2024-1024x726.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH354/dessin-22nuits22-n.2-mai-2024-1024x726-4cadf.jpg?1769157722' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;, s&#233;rie de dessins de Virginie Gautier (encre sur papier 19X26 cm)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le texte est parsem&#233; d'illustrations concr&#232;tes de cette attention au d&#233;tail. Ce peut &#234;tre le son presque inaudible d'un escargot, la texture d'une &#233;corce rencontr&#233;e dans le noir, ou la lueur fragile d'un ver luisant. &#171; Lampyre, si modeste soit-elle, sauve ce soir par sa pr&#233;sence de tr&#232;s petite lanterne, par sa vie minuscule, le jardin tout entier. &#187; Dans cet &#233;clat minuscule, c'est tout un monde qui est sauv&#233; de l'indiff&#233;rence et de l'obscurit&#233; totale. La puissance ne r&#233;side pas dans l'intensit&#233; de la lumi&#232;re, mais dans le simple fait de sa pr&#233;sence, si infime soit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est en se concentrant sur le &#171; moindre &#187; que l'on parvient &#224; approcher la &#171; d&#233;mesure du monde &#187;. C'est en se faisant &#171; tout petit &#187;, en cherchant &#224; &#171; s'all&#233;ger de l'omnipr&#233;sence humaine &#187;, que l'on peut v&#233;ritablement ressentir le vertige de l'immensit&#233; &#233;toil&#233;e. L'attention au d&#233;tail n'est pas un r&#233;tr&#233;cissement du champ de perception, mais au contraire une mani&#232;re d'entrer en r&#233;sonance avec l'immense sans l'hubris de le ma&#238;triser, trouvant dans cet all&#232;gement un profond &#171; r&#233;confort &#187;. Cette philosophie du &#171; moindre &#187; n'est pas une simple posture, mais l'aboutissement de toute la d&#233;marche de l'ouvrage : une proposition concr&#232;te pour habiter le monde autrement, en y cherchant non pas la ma&#238;trise, mais la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginie Gautier d&#233;ploie dans son livre une &#233;criture du d&#233;centrement, nous invitant &#224; quitter la souverainet&#233; du regard pour nous ouvrir &#224; une perception plus tactile et plus humble du monde. Elle nous incite &#224; consid&#233;rer la nuit non plus comme une absence, mais comme un territoire foisonnant, un espace de r&#233;sistance et le lieu d'une qu&#234;te philosophique de la puissance dans le &#171; moindre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force principale du livre r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; transformer une exp&#233;rience intime et personnelle en une r&#233;flexion universelle sur notre rapport &#224; la nature, au temps et &#224; la modernit&#233;. Port&#233;e par une &#233;criture d'une grande pr&#233;cision, &#224; la fois charnelle et &#233;vocatrice, l'enqu&#234;te de Virginie Gautier nous touche par sa justesse et sa profondeur. Elle ne cherche pas &#224; imposer une v&#233;rit&#233;, mais &#224; ouvrir des pistes, &#224; partager des sensations et &#224; susciter des questionnements. Plus qu'une simple exploration de la nuit, Virginie Gautier nous offre une v&#233;ritable &#233;thique de la perception. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.virginiegautier.com/recours-a-la-nuit/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est un appel vibrant &#224; &#171; r&#233;adapter notre &#339;il &#187;, &#224; accueillir le sombre, le sauvage et l'incertain. C'est une invitation &#224; retrouver, dans l'ombre volontairement choisie, une libert&#233; et une intensit&#233; d'&#234;tre face &#224; un monde qui, en cherchant &#224; tout &#233;clairer, risque de nous laisser aveugles &#224; l'essentiel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Juste assez de lumi&#232;re encore</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'intentionnel et l'al&#233;atoire &lt;br class='autobr' /&gt;
je saisis quelques mots, &#224; peine form&#233;s, balbutiants, comme un souffle lanc&#233; dans le vide, et d&#233;j&#224; la machine s'en empare, les &#233;tire, les ordonne, me devance, &#233;crit avant moi ce que je ne savais pas vouloir dire, et je reste l&#224;, &#224; la fois fascin&#233; et inquiet, sur la r&#233;serve, t&#233;moin d'un texte qui s'&#233;crit sans moi, d'une pens&#233;e qui se d&#233;ploie hors de mon corps, fluide, parfaite, trop parfaite, car tout y coule sans r&#233;sistance, ni rature, ni fatigue, et cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_46_1_-21150.png?1763280341' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intentionnel et l'al&#233;atoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je saisis quelques mots, &#224; peine form&#233;s, balbutiants, comme un souffle lanc&#233; dans le vide, et d&#233;j&#224; la machine s'en empare, les &#233;tire, les ordonne, me devance, &#233;crit avant moi ce que je ne savais pas vouloir dire, et je reste l&#224;, &#224; la fois fascin&#233; et inquiet, sur la r&#233;serve, t&#233;moin d'un texte qui s'&#233;crit sans moi, d'une pens&#233;e qui se d&#233;ploie hors de mon corps, fluide, parfaite, trop parfaite, car tout y coule sans r&#233;sistance, ni rature, ni fatigue, et cette aisance m'oppresse, elle trahit le calcul, l'air conditionn&#233; du langage aseptis&#233;, l'absence de peau, de chair, alors je cherche la faille, la crispation, le tremblement, le bruit du monde entre les lignes, mais la machine ne tremble pas, elle imite le tremblement, elle le simule avec &#233;l&#233;gance, elle calcule l'erreur comme un effet, pourtant je m'y reconnais, dans ce faux d&#233;sordre, dans ce doute fabriqu&#233; qui ressemble au mien, comme si elle me renvoyait une image liss&#233;e de ma propre h&#233;sitation, miroir sans bu&#233;e, m&#233;moire sans souffle, et je me demande o&#249; finit la pens&#233;e et o&#249; commence la production, car tout se r&#233;p&#232;te, tout recommence, le texte tourne sur lui-m&#234;me, en boucle, se reproduit, s'autoalimente, fabrique du possible en s&#233;rie, jusqu'&#224; devenir muet, satur&#233; de coh&#233;rence, et c'est alors que je sens monter en moi la n&#233;cessit&#233; de l'erreur, le besoin de plier, de raturer, d'introduire une syncope dans le flux, un hoquet dans la syntaxe, un froissement &#224; la surface, pour que quelque chose revive, pour que la phrase respire &#224; nouveau, alors je coupe, je tords, j'insuffle du tumulte, je rends au mot sa r&#233;sistance, sa rugosit&#233;, je tente de r&#233;introduire le corps dans le code, le tremblement dans la suite logique, car l'&#233;criture n'existe que dans la faille, l&#224; o&#249; le sens h&#233;site, tr&#233;buche, s'interrompt, et c'est l&#224;, dans cette microfissure, que revient l'humain, fragile, vacillant, c'est l&#224; que na&#238;t le texte, non comme produit mais comme respiration, comme mati&#232;re qui lutte pour exister, et je comprends que ce que j'&#233;cris, ce n'est plus moi qui l'&#233;cris, ni la machine d'ailleurs, mais quelque chose qui se glisse entre nous, un espace ind&#233;cis o&#249; les intentions se m&#234;lent, se contaminent, un lieu de tension, de frottement, de lente hybridation, o&#249; l'&#233;criture devient un champ de forces, un organisme versatile, fait de chair et de logique, de souffle et de calcul, et je pense &#224; Pierre M&#233;nard, pench&#233; sur son Quichotte, tentant de r&#233;&#233;crire mot pour mot ce qui fut d&#233;j&#224; dit, non pour copier mais pour rejouer, revivre, faire advenir un autre surgissement du m&#234;me, car &#233;crire, c'est toujours recommencer, r&#233;p&#233;ter diff&#233;remment, chercher le sens dans le d&#233;calage, dans la reprise, dans le fr&#233;missement minuscule qui s&#233;pare deux phrases identiques, le pas de c&#244;t&#233;, et dans ce geste obstin&#233;, insens&#233;, je reconnais la t&#226;che d'aujourd'hui, pr&#234;ter ma voix &#224; ce qui n'en a pas, redonner souffle &#224; la parole probable, l'infester de mon doute, la troubler, la faire fr&#233;mir un peu, jusqu'&#224; ce que, dans la friction entre son algorithme et mes attentes, se forme une conscience confuse, un texte sans origine ni destination, mais tout de m&#234;me vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8550 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54910680213_50b74e164e_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54910680213_50b74e164e_k-4ddbe.jpg?1763280341' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Place du Colonel Fabien, Paris 10&#232;me, 5 novembre 2025&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui nous attire et nous fait peur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le train de banlieue qui nous ram&#232;ne, Caroline, Alice et moi, vers Paris, au moment d'entrer en gare de Villeneuve-Saint-Georges, le train ralentit en longeant la Seine. Apr&#232;s les nuages bas et gris chass&#233;s par un rapide coup de vent dans l'apr&#232;s-midi, le ciel s'est raviv&#233; d'une couleur franche, un bleu hivernal, &#224; la fois sec et min&#233;ral. Entre chien et loup, les arbres qui se profilent le long de la voie de chemin de fer se d&#233;coupent en contre-jour, leurs contours dessinent, dans l'obscurit&#233; qui vient, les signes d'oscillation d'une langue qui vibre dans l'air, au rythme du train, une langue que je ne ma&#238;trise pas mais dont j'appr&#233;cie depuis longtemps toute la po&#233;sie sonore et visuelle. Dans l'obscurit&#233; du ciel, &#224; ce moment pr&#233;cis o&#249; le train s'arr&#234;te enfin, un avion qui vient de d&#233;coller de l'a&#233;roport d'Orly surplombe le paysage. Ses lumi&#232;res clignotent dans le ciel en guise d'adieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du jour au lendemain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de se souvenir de ce qu'on faisait ce jour-l&#224;, tout le monde autour de nous l'&#233;voque, avec une forme de soulagement qui trouble dix ans apr&#232;s. Difficile, non parce que c'est loin et qu'on a d&#233;j&#224; oubli&#233; ce qui s'&#233;tait pass&#233;, mais parce qu'il est parfois ind&#233;cent de se comparer &#224; ceux qui n'ont pas eu notre chance, ceux qui sont morts, ceux qui ont &#233;t&#233; bless&#233;s, et leurs proches, leur traumatisme qui ne s'effacera jamais tout &#224; fait, parce que ce jour-l&#224; on n'&#233;tait pas pr&#233;sents, pas &#224; Paris, dans ce quartier o&#249; l'on vit depuis plus de vingt-cinq ans, vis&#233;s ce soir-l&#224; par les terroristes, mais en d&#233;placement en province pour animer le lendemain un atelier de cr&#233;ation num&#233;rique &#224; la m&#233;diath&#232;que de Bourges. Je me souviens que je m'&#233;tais promen&#233; dans la ville au moment o&#249; la nuit tombait, j'&#233;tais rentr&#233; dans la cath&#233;drale Saint-&#201;tienne, d&#233;serte &#224; cette heure-ci, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/palimpseste/article/du-jour-au-lendemain&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;j'avais pris des photographies&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; avec un long temps de pause qui, avec le recul donne aux silhouettes crois&#233;es des allures fant&#244;matiques se d&#233;tachant des pierres anciennes des b&#226;timents de la ville, du ciel bleu sombrant dans le noir, et si l'inqui&#233;tude &#233;tait palpable au t&#233;l&#233;phone, Caroline recluse &#224; la maison, et qu'elle aurait pr&#233;f&#233;r&#233;e que je sois &#224; ses c&#244;t&#233;s, avec les filles, je ne garde de cet &#233;v&#233;nement que cette distance et la peur li&#233;e &#224; l'&#233;loignement qui renforce cette peur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8551 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/32731396388_b172e3b357_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/32731396388_b172e3b357_k-9566f.jpg?1763280341' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Boulevard du Midi, Bruxelles, Belgique, 19 janvier 2019&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les graines se souviennent des douleurs des plantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; table, dans un restaurant cor&#233;en pr&#232;s de la Contrescarpe, avec Gracia, Juliette, Caroline et Gwen, au moment o&#249; la serveuse m'apporte mon Bulgogi, un plat de b&#339;uf marin&#233; &#224; la sauce soja accompagn&#233; de riz, la jeune femme se baisse &#224; ma hauteur pour m'annoncer le nom du plat avant de le d&#233;poser devant moi et me souhaiter bon app&#233;tit. J'entends, dans sa voix douce et m&#233;lodieuse, l'accent de celle de Jiwon. Caroline se tourne vers moi et me sourit, elle aussi vient de l'entendre parler, elle est soudain &#224; nos c&#244;t&#233;s ce soir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Septembre 2025</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-septembre-2025</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Caroline, nous marchons dans les all&#233;es du square des Batignolles, le jardin, admirablement dessin&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; aussi beau, sous le soleil encore chaud de cette fin d'&#233;t&#233;. &#192; chaque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/video" rel="tag"&gt;Vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ciel" rel="tag"&gt;Ciel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/silence" rel="tag"&gt;Silence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-09-29_a_22.55_44-4f9ad.png?1759302205' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/cakcbwZq9X0&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec Caroline, nous marchons dans les all&#233;es du square des Batignolles, le jardin, admirablement dessin&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; aussi beau, sous le soleil encore chaud de cette fin d'&#233;t&#233;. &#192; chaque promenade, il para&#238;t beaucoup plus vaste que sa superficie r&#233;elle, et son parcours r&#233;serve des surprises. Le ruisseau et sa cascade rocailleuse, ses arbres centenaires. La pelouse est interdite d'acc&#232;s, personne ne vient plus s'y asseoir, afin de pr&#233;server cet endroit remarquable. &#192; peine rentr&#233;s de La Ciotat, nous continuons de parler de notre texte &#233;crit &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, avec une pointe d'inqui&#233;tude : ne plus avoir, &#224; la rentr&#233;e, le m&#234;me temps que nous avions jusqu'&#224; pr&#233;sent pour nous y consacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;but&#233; la diffusion d'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/2025/09/21/163-sur-le-banc-1-par-pierre-menard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une s&#233;rie de textes avec photographies pour la revue TINA en ligne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &#224; partir d'un projet photographique men&#233; entre 2017 et 2018, lorsque j'ai commenc&#233; &#224; travailler &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, dans le 10&#7497; : la fen&#234;tre de mon bureau &#233;tait situ&#233;e au 1&#7497;&#691; &#233;tage du b&#226;timent et donnait sur le boulevard de la Villette, au niveau d'un banc qui, aujourd'hui, est mis &#224; mal par les travaux de r&#233;am&#233;nagement de la place du Colonel Fabien sur laquelle une for&#234;t urbaine est en train d'&#234;tre cr&#233;&#233;e. Tous les jours, d&#232;s que j'en avais le temps, je prenais une photographie du banc et des personnes assises ou &#224; proximit&#233;. Toujours avec le m&#234;me angle de prise de vue. Au fil des saisons. Le banc sous la neige l'hiver, les ombres des arbres en dentelle sur le bitume gris au printemps comme en &#233;t&#233;, le trottoir recouvert de feuilles mortes &#224; l'automne. Mais prendre en photographie le banc, c'&#233;tait surtout saisir toute la com&#233;die humaine qui gravitait autour. On n'imagine pas l'utilit&#233; sociale des bancs publics. Aujourd'hui, il y en a beaucoup moins en ville, c'est sans doute en grande partie pour emp&#234;cher les sans-abris d'y dormir ou de les transformer en abris de fortune, ce qui arrive souvent lorsque les bancs sont un peu isol&#233;s des principaux axes de circulation. Il est rare de voir un banc sans personne assise dessus. Les gens s'arr&#234;tent r&#233;guli&#232;rement pour se reposer un instant, pour discuter avec une personne qu'ils viennent de croiser, pour manger, pour dormir, et m&#234;me pour s'embrasser, comme le chantait Georges Brassens dans &lt;i&gt;Les Amoureux des bancs publics&lt;/i&gt;. &#171; Les gens qui voient de travers pensent que les bancs verts / Qu'on voit sur les trottoirs / Sont faits pour les impotents ou les ventripotents / Mais c'est une absurdit&#233; car &#224; la v&#233;rit&#233;, ils sont l&#224;, c'est notoire / Pour accueillir quelque temps les amours d&#233;butants&#8230; &#187; J'ai m&#234;me assist&#233; au d&#233;c&#232;s d'un homme sur ce banc. Avec intervention de la police et d'un m&#233;decin l&#233;giste. C'est dans l'accumulation de micros-sc&#232;nes qui se r&#233;p&#232;tent au quotidien, tout en &#233;voluant dans le temps, montrant tout un pan de la soci&#233;t&#233; dans sa diversit&#233;, qu'on a l'impression, en prenant le temps de les observer avec attention, de voir enfin toutes ces personnes sortir de la foule des anonymes, dans cet endroit &#224; la fois banal mais unique et r&#233;v&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'une saison &#224; une autre change sans arr&#234;t. Je marche dans ce tremblement sans savoir o&#249; je vais, l'air se contredit. Une chaleur s'attarde sur ma nuque tandis qu'un frisson parcourt mes bras. Une bu&#233;e, une trace, et d&#233;j&#224; l'automne s'installe dans l'&#233;t&#233;, l'hiver gronde dans l'automne, le printemps revient au milieu du froid. Dans ce l&#233;ger flottement, cette incertitude passag&#232;re, une lumi&#232;re changeante, je traverse la saison qui passe en moi. Tout revient, se r&#233;p&#232;te, mais parfois tout se m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains silences sont plus l&#233;gers que d'autres, une caresse, un rire, l'accord d'une conversation qui s'interrompt dans la complicit&#233;, l'entente de deux corps c&#244;te &#224; c&#244;te qui n'ont soudain plus besoin de parler. Autant de silences que de paroles, un repas sans un mot, une marche silencieuse dans la rue ou dans les all&#233;es d'un cimeti&#232;re. Parfois le silence est ce qui reste quand tout a &#233;t&#233; dit, apr&#232;s un aveu, une dispute, une d&#233;claration d'amour, il r&#233;sonne dans les derni&#232;res paroles, prolonge leur vibration. Mais quand le mot tant attendu ne vient pas, quand le secret interdit le r&#233;cit, le silence creuse en nous son propre trou o&#249; s'enfouir. Les bruits du monde affleurent, le vent, une respiration, un battement de c&#339;ur. Le silence r&#233;v&#232;le ce que les mots recouvrent, l'&#233;criture le sait, elle travaille avec ces creux, ces blancs, entre les phrases, la respiration entre les mots, qui signifie autant que les signes trac&#233;s. Un silence comme une promesse, une main pos&#233;e d&#233;licatement sur une autre, ou comme une absence, un mot qu'on attend, qui ne vient pas. Les silences sont aussi charg&#233;s de m&#233;moire, de tension, ils fa&#231;onnent les vies autant que les r&#233;cits, ils nous traversent et nous relient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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