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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>LIMINAIRE</title>
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		<title>Ce temps du dehors</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>Information</dc:subject>
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		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;La distance du possible &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai particip&#233; &#224; la marche organis&#233;e par Hortense Gauthier et la revue TINA en ligne, dont le principe consistait &#224; &#233;crire une phrase de 60 caract&#232;res par heure de marche, accompagn&#233;e d'une photographie. J'ai d&#233;couvert, en rentrant de promenade dans la for&#234;t de Carnelle avec Caroline et Nina, que l'endroit avait &#233;t&#233; le cadre des premiers essais du t&#233;l&#233;graphe de Chappe. Le 12 juillet 1793, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, 26 mots ont &#233;t&#233; transmis en 11 minutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/peinture" rel="tag"&gt;Peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/enfance" rel="tag"&gt;Enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_8_1_-ce3b8.png?1780210919' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La distance du possible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/2026/05/27/285-focus-30-marches-les-donnees/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marche organis&#233;e par Hortense Gauthier et la revue TINA en ligne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dont le principe consistait &#224; &#233;crire une phrase de 60 caract&#232;res par heure de marche, accompagn&#233;e d'une photographie. J'ai d&#233;couvert, en rentrant de promenade dans la for&#234;t de Carnelle avec Caroline et Nina, que l'endroit avait &#233;t&#233; le cadre des premiers essais du t&#233;l&#233;graphe de Chappe. Le 12 juillet 1793, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, 26 mots ont &#233;t&#233; transmis en 11 minutes de M&#233;nilmontant &#224; Saint-Martin-du-Tertre, soit une distance de 26 km &#224; vol d'oiseau. Le t&#233;l&#233;graphe Chappe &#233;tait un syst&#232;me de communication visuelle invent&#233; par Claude Chappe pendant la R&#233;volution fran&#231;aise. Il permettait de transmettre rapidement des messages &#224; grande distance gr&#226;ce &#224; une cha&#238;ne de tours &#233;quip&#233;es de bras articul&#233;s visibles &#224; la longue-vue depuis la station voisine. Chaque tour, espac&#233;e d'environ dix &#224; quinze kilom&#232;tres, relayait les signaux jusqu'&#224; destination. La premi&#232;re ligne relia Paris &#224; Lille en 1794 pour des usages militaires. Le syst&#232;me se d&#233;veloppa ensuite dans toute la France. Avec l'arriv&#233;e du t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique dans les ann&#233;es 1840, les tours Chappe furent progressivement abandonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55285243116_9841d761d1_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55285243116_9841d761d1_k-c1662.jpg?1780210919' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Bistro du Commerce, Avenue Ledru Rollin, Paris 11&#232;me, 21 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque jour se transforme en demain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains matins j'entends des voix. Ce ne sont pas exactement des voix, mais &#231;a vibre en moi, &#231;a r&#233;sonne dans ma t&#234;te. Difficile de ne pas les comparer &#224; des voix. C'est un tremblement qui se transmet par l'interm&#233;diaire des murs de ma chambre, me parvient en remontant jusqu'aux parois de mon cr&#226;ne. Je crois qu'il s'agit de paroles que j'entends dans un r&#234;ve que je ne parviens pas &#224; comprendre, dont je n'identifie pas explicitement les mots. Cela m'arrive parfois. Une forme de ligne de basse continue, tel un moteur qui gronde sous terre. J'entends parfois les v&#233;hicules sortant du parking de l'immeuble faire vibrer les murs du sous-sol, mais l&#224; ce n'est pas la m&#234;me chose. Le temps de me r&#233;veiller pour comprendre qu'il s'agit en fait de la radio des voisins. Je ne me trompais pas r&#233;ellement, ce sont bien des mots, un brouhaha de paroles incompr&#233;hensibles, de voix confuses, qui se r&#233;sument &#224; une bouillie de phon&#232;mes. Je sens vibrer le monde depuis mon lit, &#224; demi-r&#233;veill&#233;, troubl&#233; par ces &#233;chos lointains qui me rappellent les voix de la radio, programm&#233;e la veille, qui s'allume au moment du journal. Le son est inaudible tout d'abord, il monte progressivement. Il faut que je me presse de l'arr&#234;ter, sinon j'ai l'impression que les voix des journalistes vont se mettre &#224; crier leurs informations anxiog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mesure du d&#233;sastre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son intervention en cours d'installation sur le Pont-Neuf, JR fait directement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre r&#233;alis&#233;e par Christo et Jeanne-Claude en 1985 sur ce m&#234;me monument. Pourtant, derri&#232;re des points communs apparents (lieu d'intervention, gratuit&#233; de leurs projets, caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re et financement par la vente d'&#339;uvres pr&#233;paratoires), les deux d&#233;marches rel&#232;vent de conceptions tr&#232;s diff&#233;rentes de l'art dans l'espace public. Lorsque Christo et Jeanne-Claude emballent le Pont-Neuf, ils ne cherchent pas &#224; lui ajouter une image mais &#224; le transformer par la dissimulation. Recouvert d'un tissu couleur pierre, la toile drap&#233;e r&#233;fl&#233;chit la lumi&#232;re sur la Seine. Le pont prend une forme nouvelle, &#233;trange et presque abstraite. L'&#339;uvre invite les passants &#224; red&#233;couvrir physiquement un lieu familier. Pendant quinze jours, le monument se transforme en exp&#233;rience collective, v&#233;cue directement par ceux qui le traversent et l'observent. &#192; l'inverse, l'intervention de JR repose avant tout sur la production d'une image de marque. Un signe visuel, facilement identifiable, con&#231;u pour &#234;tre photographi&#233; puis largement diffus&#233;, partag&#233; et reproduit. Ce camouflage gonflable (montagne &#224; l'ext&#233;rieur, caverne &#224; l'int&#233;rieur) reproduit les codes esth&#233;tiques de JR (&#339;uvre monumentale, illusion d'optique, noir et blanc tr&#232;s contrast&#233;, proche de celui des photocopies) et se plaque de mani&#232;re spectaculaire sur ce monument historique de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/40153705890_1c59e11d14_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/40153705890_1c59e11d14_k-ec26e.jpg?1780210919' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Largo Landolina, Noto, Sicile, Italie, 8 mai 2018&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement irr&#233;sistible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des groupes de jeunes s'amuser et nager dans l'eau du canal Saint-Martin pour se rafra&#238;chir par les fortes chaleurs des derniers jours, feindre de ne pas comprendre l'interdiction de se baigner, de sauter depuis les passerelles tandis que d'autres filment leurs plongeons. Ces centaines de jeunes, torses nus, jouant, plaisantant, discutant, riant entre eux. Et leurs cris, leurs courses folles pour &#233;chapper &#224; la police les poursuivant en voiture comme des d&#233;linquants. La police d&#233;bord&#233;e, oblig&#233;e tr&#232;s vite de se cantonner, par manque d'effectif, &#224; fermer l'acc&#232;s &#224; deux ponts et &#224; surveiller, comme de simples ma&#238;tres nargueurs, cette foule juv&#233;nile. J'ai trouv&#233; rafra&#238;chissantes les r&#233;ponses faussement na&#239;ves de jeunes filles tremp&#233;es de la t&#234;te aux pieds, argumentant face aux policiers qu'elles ne s'&#233;taient pas baign&#233;es, qu'elles sortaient juste de chez elles apr&#232;s leur douche. Ces jeunes n'avaient qu'une intention, se rafra&#238;chir, s'amuser ensemble, mais en dehors des centres commerciaux, des piscines bond&#233;es et payantes ou des terrains de sport, des skateparks, o&#249; l'on pr&#233;f&#233;rait les voir rester sagement. Cette g&#233;n&#233;ration cherche des endroits o&#249; tra&#238;ner, se retrouver et vivre des moments collectifs dans une ville qui n'est pas faite pour elle. Sur les r&#233;seaux sociaux, les commentaires aux images de ces sauts de l'ange dans l'eau du canal r&#233;sument assez bien les clivages g&#233;n&#233;rationnels et sociologiques de notre soci&#233;t&#233; : &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'ils ne comprennent pas dans le mot interdit ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rien que les heures, de Pierre M&#233;nard</title>
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		<dc:date>2026-05-22T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre M&#233;nard</dc:subject>
		<dc:subject>L'espace d'un instant</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Paysage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce livre se d&#233;ploie, au fil des heures d'une journ&#233;e, sur la ligne du m&#233;ridien de Paris. &#192; chaque &#233;tape g&#233;olocalis&#233;e le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosa&#239;que de brefs r&#233;cits et de sc&#232;nes vari&#233;es se succ&#232;de dans diff&#233;rents lieux du monde, exactement au m&#234;me moment. La juxtaposition de ces fragments d'histoires, de ces arr&#234;ts sur image, permet d'explorer simultan&#233;ment diff&#233;rents points de vue. Le texte d&#233;tourne la chronologie d'une journ&#233;e pour la transformer en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/pierre-menard" rel="tag"&gt;Pierre M&#233;nard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/l-espace-d-un-instant" rel="tag"&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_2_1_-3ba46.png?1779433275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L76xH120/new_couv_rienque-69912.png?1776974272' width='76' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce livre se d&#233;ploie, au fil des heures d'une journ&#233;e, sur la ligne du m&#233;ridien de Paris. &#192; chaque &#233;tape g&#233;olocalis&#233;e le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosa&#239;que de brefs r&#233;cits et de sc&#232;nes vari&#233;es se succ&#232;de dans diff&#233;rents lieux du monde, exactement au m&#234;me moment. La juxtaposition de ces fragments d'histoires, de ces &lt;i&gt;arr&#234;ts sur image&lt;/i&gt;, permet d'explorer simultan&#233;ment diff&#233;rents points de vue. Le texte d&#233;tourne la chronologie d'une journ&#233;e pour la transformer en une topographie de l'omnipr&#233;sence des exp&#233;riences humaines. Un voyage immobile, une cartographie de l'intime et du collectif, pour observer le monde en l'espace d'un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, Pierre M&#233;nard, &#201;ditions JOU, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8747 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0qz35jgoGUWOrkBcZN9Li8?si=k0GobU-LTf-fcOj3rcmV6Q&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;13:10&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class='spip_document_8735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/13_10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/13_10-40656.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'25,5'' N &#8211; 2&#176; 20'11,7'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Zvenigorod, Russie : 14:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Varsovie, Pologne : 13:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Buenos Aires, Argentine : 08:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Paris, France : 13:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Douvres, Angleterre, Royaume-Uni : 12:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Mexico, Mexique : 06:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Moscazzano, Italie : 13:10&#8232;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le ciel &#233;toil&#233; s'&#233;tend au-dessus, confettis de lumi&#232;re dispers&#233;s sur la vo&#251;te sombre. Chaque nuit, il scrute ce panorama anim&#233;, cherchant des indices sur ce qui l'attend. Les &#233;toiles scintillantes conversent avec les algues ondulantes d'une rivi&#232;re peu profonde. Le souffle du vent caresse un champ tandis que le brouillard enveloppe le d&#233;cor. Des visages apparaissent et s'&#233;vanouissent dans la lumi&#232;re, tourment&#233;s par une anxi&#233;t&#233; diffuse. Les souvenirs, d&#233;licats et changeants, ne tiennent gu&#232;re, marques d'un pass&#233; en demi-teinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflet de son visage appara&#238;t dans la vitre obscure, fragment&#233; par les contours de son cou, l'arrondi des joues, les rides comme autant de sillons d'un atlas imaginaire. D'un doigt, elle esquisse un chemin, un parcours qui se replie sur lui-m&#234;me. Ce n'est pas une simple image, c'est un appel, une invention. Elle ferme les yeux, esp&#233;rant tracer un retour vers ce qui est perdu. Dans le silence et la p&#233;nombre, le premier mot qu'elle murmure l'immerge dans un tourbillon d'&#233;motions dispers&#233;es &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sentoir de moulins &#224; vent, &#233;clatants de couleurs, capte le regard de l'enfant assis sur le banc. Les pales h&#233;lico&#239;dales de plastique d&#233;fient l'immobilit&#233;. Il r&#234;ve de les faire tournoyer, comme autrefois son p&#232;re s'amusait &#224; construire des h&#233;lices de fortune avec des feuilles de laurier palme. Une brise douce aurait suffi pour r&#233;veiller ces souvenirs bricol&#233;s, pour rappeler la magie na&#239;ve d'un bruit qui imite celui du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re offre son sein &#224; l'enfant qui t&#232;te avidement. Bruits de succion. Tout son corps se consacre &#224; ce besoin primaire, mais c'est autre chose qui attire le regard. Le geste de la femme. Une gr&#226;ce ferme et douce &#233;mane de sa mani&#232;re de tenir le b&#233;b&#233;, de l'approcher, de lui offrir ce r&#233;confort. Ce geste simple, bienheureux, o&#249; le don et la s&#233;r&#233;nit&#233; s'unissent et s'accordent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie r&#233;v&#232;le une maison solitaire perch&#233;e sur une falaise de craie blanche, minuscule face &#224; l'horizon. Ce pass&#233;, toujours en embuscade, le frappe soudainement. L'image &#233;voque une soir&#233;e paisible. Un homme lisant pr&#232;s de la chemin&#233;e, une cigarette oubli&#233;e sur le rebord du cendrier. Une femme souriante, envo&#251;t&#233;e par la musique classique. Tout cela se dilate dans l'&#233;cho d'un temps o&#249; le pr&#233;sent et le futur n'&#233;taient que des promesses voil&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'obscurit&#233;, il avance &#224; t&#226;tons, les mains en avant, comme pour repousser un choc imminent. Chaque pas h&#233;sitant r&#233;sonne d'une vibration imperceptible. Ce qui semblait une rencontre in&#233;vitable n'&#233;tait qu'un mirage, une illusion. Les sens en alerte le trompent. Ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il per&#231;oit l'erreur, la n&#233;cessit&#233; de r&#233;&#233;valuer. L'amour aussi peut &#234;tre une fausse piste, une &#233;valuation mal ajust&#233;e dans l'obscurit&#233; du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'air devient une barri&#232;re, la peau un seuil. Des bruits distants filtrent &#224; travers une ampoule gratt&#233;e jusqu'au sang, la peau marqu&#233;e par les sillons blancs des ongles. Le ciel limpide s'&#233;tire sous un soleil impassible. Lever les bras dans cette lumi&#232;re devient un acte lib&#233;rateur. Un souffle, un d&#233;clic. Le vent qui joue dans les branches amplifie ce moment ondulatoire. Ombre et lumi&#232;re dansent ensemble, r&#233;sonnant avec ce qui, en lui, &#233;clate enfin dans un mouvement irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;14:02&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class='spip_document_8736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/14_02.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/14_02-f860c.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'22,6'' N &#8211; 2&#176; 20'11,8'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Shalkar, Kazakhstan : 17:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Clermont-Ferrand, France : 14:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Kutowinangun, Indon&#233;sie : 19:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;P&#233;kin, Chine : 20:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Montr&#233;al, Qu&#233;bec, Canada : 08:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Asan, R&#233;publique de Cor&#233;e : 21:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Manayaycuna, P&#233;rou : 07:02&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Discussions &#224; b&#226;tons rompus entre voisins, chacun derri&#232;re le grillage qui s&#233;pare leurs terrains. On parle jardin, r&#233;coltes, les fruits trop lents &#224; pousser, les l&#233;gumes &#224; planter. Les commer&#231;ants du village ? Ils vont fermer boutique. Les enfants ? Ce qu'ils deviennent. &#199;a lui fait quel &#226;ge, &#224; la petite ? demande l'un. Ils vont bient&#244;t se marier ? Avec le temps, les visites se rar&#233;fient, les relations s'espacent. Un jour, sans savoir pourquoi, les mots se brisent, remplac&#233;s par un silence &#233;crasant. Un mur invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brume, qui s'&#233;chappe des bosquets, rappelle les feux de bruy&#232;re. Une solitude immense enveloppe ces instants d'incertitude. Les vitres de la maison sont embu&#233;es, cercl&#233;es d'humidit&#233;. Il fait un th&#233;, r&#233;flexe instinctif, r&#233;confort imm&#233;diat. L'odeur de bergamote monte doucement. Orange am&#232;re, citron vert. Le temps se fige. La soir&#233;e s'&#233;tire langoureusement dans le murmure des souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en elle une fiert&#233; farouche, une combativit&#233; muette. Elle a le regard fixe, la nuque tendue, elle se tient droite et fait face &#224; la femme devant elle. Elle sait qu'elle ne pourra plus esquiver. Il faudra r&#233;pondre, affronter cette attente, cette v&#233;rit&#233; trop longtemps contenue. Se souvenir, oublier sont deux forces contraires. Son silence feint la r&#233;signation, mais son regard vacille l&#233;g&#232;rement, trahissant un vertige int&#233;rieur. Ce qui reste ? Un d&#233;tachement. Une v&#233;rit&#233; qui lui glisse entre les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bus s'&#233;branle, lentement d'abord, suivant la route qui relie l'a&#233;roport au centre-ville. Zones industrielles, entrep&#244;ts align&#233;s, ponts suspendus, parkings bond&#233;s. Un paysage monotone d&#233;file, r&#233;p&#233;titif, presque m&#233;canique. La banlieue s'efface peu &#224; peu, les tours apparaissent &#224; l'horizon. Le roulis r&#233;gulier du bus et le ronronnement de son moteur bercent les passagers. Dans cette fatigue partag&#233;e, certains sombrent dans le sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil naissant colore le fleuve d'un &#233;clat dor&#233;, alangui. Vivre, c'est habiter cet intervalle, entre aube et cr&#233;puscule, entre fatigue et beaut&#233;, agitation et solitude. Tout converge dans un geste anodin, presque imperceptible. Celui d'un pied qui s'avance, trouve le rebord du garde-fou au dernier &#233;tage d'un immeuble. Un frisson d'audace traverse l'air, une sensation d'un pouvoir inexplicable, insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cuisine, le repas mijote. Ce soir, elle a pr&#233;par&#233; un plat de son enfance : son galbi-jim, pot-au-feu cor&#233;en. Longuement mijot&#233;, le b&#339;uf se d&#233;tache tendrement, parfum&#233; d'aromates et de l&#233;gumes. Tandis qu'il go&#251;te la premi&#232;re bouch&#233;e, il ferme les yeux. Un instant &#224; part. Elle l'observe discr&#232;tement, le c&#339;ur battant. Les saveurs le bouleversent. Sans pr&#233;venir, il &#233;clate en sanglots, envahi par une &#233;motion qu'elle n'avait pas imagin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lueur tremblotante de la bougie, le visage de la jeune femme subit une transformation. Ses paupi&#232;res, l'arc de ses l&#232;vres, son menton, se modifient tour &#224; tour. Elle avance lentement et prot&#232;ge la flamme de sa main droite. Ses joues sont marqu&#233;es par des larmes factices, dessin&#233;es par l'ombre. Elle est capable de ressentir la compassion. Pour le malheur, la souffrance, pour ceux qui se rel&#232;vent difficilement. Son c&#339;ur se serre en pensant &#224; ceux qui ne savent pas comment y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;14:09&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/14_09.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/14_09-de247.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'16,1'' N &#8211; 2&#176; 20'12,7'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Qeqertarsuaq, Groenland : 10:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Grand d&#233;sert de Victoria, Australie : 20:54&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Ostende, Belgique : 14:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Morki, r&#233;publique des Maris, Russie : 15:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Nightmute, Alaska, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique : 04:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Ramallah, Palestine : 15:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Loznica, Serbie : 14:09&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans le port, les p&#234;cheurs attendent que les bateaux d&#233;chargent leur cargaison. Les conversations s'&#233;garent, sautant d'un sujet &#224; l'autre sans logique. L'un s'assied sur des palettes empil&#233;es. Un autre, absorb&#233;, fume lentement. Le soleil grimpe au-dessus des collines qui enserrent le village. Le clapotis de l'eau contre le quai remplit l'air. Une impatience diffuse les habite, celle d'entrevoir les bateaux rassembl&#233;s dans le port, tandis que le leur, toujours absent, retarde leur routine quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roues de la voiture s'enlisent dans le sable du d&#233;sert, secouant violemment l'habitacle. Sous la pression, le sol glisse et se d&#233;robe. Le chauffeur insiste, l'acc&#233;l&#233;ration creuse un vide o&#249; le pneu tourne en vain, patinant sur place. Le moteur gronde. La gomme se charge de chaleur et d&#233;gage une l&#233;g&#232;re fum&#233;e. Tout autour, un nuage rouge&#226;tre de poussi&#232;re se soul&#232;ve, masquant le paysage et tout espoir de progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assise sur le rebord de la fen&#234;tre, elle laisse son regard flotter. Dans la maison d'en face, les jeunes filles ne veulent pas la voir, ou feignent de l'ignorer. Elles &#233;changent des mimiques complices, rient &#224; voix basse. Leur th&#233;&#226;tre enfantin l'exclut, et chaque chuchotement amplifie sa solitude. Sur le verre de la fen&#234;tre ouverte, son propre reflet lui &#233;chappe, elle ne trouve pas sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tiges de bl&#233; et d'orge atteignent la taille du gar&#231;on, qui s'efface presque dans leur densit&#233;. Rien ne l'arr&#234;te. Il court, bras &#233;cart&#233;s, imaginant qu'&#224; cette vitesse, il pourrait voler. L'air caresse ses membres en sueur. Les poteaux &#233;lectriques, silencieux, marquent une direction rassurante. La baraque en bois devient son refuge, loin du regard des autres, o&#249; il r&#234;ve &#224; demi &#233;veill&#233; de ce qu'il pourrait &#234;tre, prot&#233;g&#233; par le silence apaisant des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit incompl&#232;te, le soleil effleure l'horizon sans jamais vraiment dispara&#238;tre. Rien ne l'avait pr&#233;par&#233; &#224; ce trouble, pas la lenteur &#233;crasante de la fatigue ni l'indiff&#233;rence au danger omnipr&#233;sent. La lumi&#232;re baigne la neige et les glaces, tandis que les aurores bor&#233;ales dansent dans le ciel iridescent. L'insomnie persiste. Il tente de noyer cette lumi&#232;re in&#233;puisable en pla&#231;ant d'&#233;pais tissus sur les fen&#234;tres, esp&#233;rant un r&#233;pit momentan&#233; dans l'ombre artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains cin&#233;astes dessinent leurs plans, d'autres explorent les lieux. Lui associe mots et images comme un artisan. Il feuillette ses dictionnaires, navigue entre logiciels de montage et livres ouverts. Chercher une phrase, retrouver une image. Tout cela se transforme en une qu&#234;te obstin&#233;e. Il enregistre, r&#233;&#233;coute, corrige sans rel&#226;che. Les jours s'effacent dans l'intensit&#233; de ce labeur, jusqu'&#224; ce que les fragments s'assemblent enfin, &#233;chos d'un autre temps, reflets d'une m&#233;moire presque tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu impose entre eux une tension sourde. Leurs mains restent en l'air, pr&#234;tes &#224; bondir, l'une en dessous, l'autre au-dessus. Les paumes basculent, frappent avec force de mani&#232;re impr&#233;visible. La surprise amplifie la douleur. Sous les coups qui s'acc&#233;l&#232;rent et gagnent en violence, les doigts rougissent. Chaque impact est une vengeance feutr&#233;e. Le geste, une r&#233;ponse muette &#224; l'affront pr&#233;c&#233;dent. Plus qu'un jeu, c'est un duel o&#249; l'anticipation et la ruse dominent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, Pierre M&#233;nard, &#201;ditions JOU, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marginalia Woolf, de Christine Jeanney</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (Les vagues, Des fant&#244;mes dans les arbres), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/londres" rel="tag"&gt;Londres&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/mort" rel="tag"&gt;Mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_1_-c19f6.png?1778223624' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L89xH120/capture_d_e_cran_2026-04-20_a_10.37_23-d5e55.png?1777020379' width='89' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (&lt;i&gt;Les vagues&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Des fant&#244;mes dans les arbres&lt;/i&gt;), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont c&#244;toy&#233;. Les r&#233;flexions de Christine Jeanney sur l'autrice et sur l'&#233;criture. Cette accumulation de fragments permet de s'approcher au plus pr&#232;s de Virginia Woolf &#171; et de la voir en papillon qui refuse de rester &#233;pingl&#233; dans sa boite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;div class=&#034;spip_document_8745 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8745&#034; data-id=&#034;70824915577912b76191c48b42316c95&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:852}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant-22-88006.png?1778223624&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_marginalia_woolf_christine_jeanney.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant-22-88006-6ce50.png?1778223625' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/7jknCvDgBJdsdqsLbLXGPy?si=ZhLbWo1ZQY680IUcOqv7Dg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH430/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12-92d79.png?1778223625' width='500' height='430' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH396/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00-d02d0.png?1778223625' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH380/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12-5e61c.png?1778223626' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH435/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25-28fc0.png?1778223626' width='500' height='435' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH417/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40-4d6fd.png?1778223626' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH370/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51-17637.png?1778223626' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les orphelins : Une histoire de Billy the Kid, d'&#201;ric Vuillard</title>
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		<dc:date>2026-04-24T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En s'emparant de la figure mythique de Billy the Kid, popularis&#233;es par le cin&#233;ma, &#201;ric Vuillard renverse la l&#233;gende du Far West. &#171; Le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l'histoire commence. &#187; L'auteur d&#233;crit un adolescent pauvre, pris dans la violence de l'Am&#233;rique de la fin du XIX&#7497; si&#232;cle. Fid&#232;le &#224; la m&#233;thode qui traverse ses livres, l'&#233;crivain fouille les marges de l'histoire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/etats-unis" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/violence" rel="tag"&gt;Violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/politique" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_37_1_-8c4a9.png?1777014053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L74xH140/9782330217556_1_-9edb1.jpg?1773175518' width='74' height='140' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En s'emparant de la figure mythique de Billy the Kid, popularis&#233;es par le cin&#233;ma, &#201;ric Vuillard renverse la l&#233;gende du Far West. &#171; Le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l'histoire commence. &#187; L'auteur d&#233;crit un adolescent pauvre, pris dans la violence de l'Am&#233;rique de la fin du XIX&#7497; si&#232;cle. Fid&#232;le &#224; la m&#233;thode qui traverse ses livres, l'&#233;crivain fouille les marges de l'histoire officielle pour en r&#233;v&#233;ler les m&#233;canismes cach&#233;s : colonisation brutale de l'Ouest, naissance de l'&#233;conomie de march&#233;, fabrication des r&#233;cits nationaux. Vuillard ouvre une br&#232;che dans la l&#233;gende pour redonner une voix aux oubli&#233;s de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/les-orphelins-021514&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les orphelins&lt;/i&gt;, &#201;ric Vuillard, &#201;ditions Actes Sud, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8720 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8720&#034; data-id=&#034;b00ccafa1a4ca9bba6a5aa0090c2b344&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:921}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_37_-e6dd8.png?1774880298&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_les_orphelins_eric_vuillard.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_37_-e6dd8-c837b.png?1777014054' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6DrQEnVmgLMSNZTm4YCeOZ?si=LNf7xAINRqWnl6ZwSRY_jA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6DrQEnVmgLMSNZTm4YCeOZ?si=LNf7xAINRqWnl6ZwSRY_jA&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/old_no._118_de_chelly_valley_arizona_apache_county._beautiful_large_trees_in_the_valley._1871_-_1878_-_nara_-_517766-1160x855.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH369/old_no._118_de_chelly_valley_arizona_apache_county._beautiful_large_trees_in_the_valley._1871_-_1878_-_nara_-_517766-1160x855-45281.jpg?1777014054' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;JOURNAL D'UN VOLEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE PREMIER CRIME de Billy aurait &#233;t&#233; le vol de quelques livres de beurre. Le beurre, c'est de la nourriture. Cela sent un peu la faim, la n&#233;cessit&#233;, le d&#233;nuement. Mais peut-&#234;tre pas. Il peut s'agir d'un petit larcin pour rire, pour rire bien jaune, se faire pincer. Un chapardage. Dix jours plus tard, il r&#233;cidive, on le coffre pour avoir cambriol&#233; une blanchisserie. Il a vol&#233; un paquet de fringues, du linge sale, il a revendu des draps, quelques mouchoirs. &#192; pr&#233;sent, le voici en taule. &#199;a y est. Pour la premi&#232;re fois de sa vie, il paie sa libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il s'enfuit. Il s'&#233;vade par la chemin&#233;e. Et il pousse un grand rire. Pendant quelque temps, on perd sa trace. Le vent se l&#232;ve, et Billy dispara&#238;t. Il remplit le d&#233;sert de son hurlement d&#233;chirant. Il s'efface, les d&#233;cors changent, il cuit au soleil, les rayons cr&#232;vent les yeux, rien ne manque dans la plaine immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le revit jamais. Il erra entre les montagnes et les plaines. Il louvoya parmi les cactus et leurs couronnes d'&#233;pines. Apr&#232;s le meurtre de Cahill, il quitta d&#233;finitivement l'Arizona pour le Nouveau-Mexique et son aire d'action se fixa lentement au hasard des rencontres. Lorsqu'on songe &#224; l'Ouest, au territoire o&#249; v&#233;cut Billy, on imagine une lande aride, infinie ; il n'en est rien. Toute la vie du petit vagabond tient entre deux bourgades perdues, son monde se r&#233;sume &#224; quelques rues de Lincoln ou de Las Tablas, il suffit d'un cercle d'une centaine de kilom&#232;tres autour de quelques ranchs, de suivre sa trace dans les montagnes d&#233;chiquet&#233;es, et l'on a tout. La vie de Billy tient dans une rondelle de sable. Mais c'est une rondelle grandiose. Les cr&#234;tes en lambeaux, les roches pulv&#233;ris&#233;es par le soleil, les buissons secs, terriblement secs, les gen&#233;vriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un enfant marche dans la poussi&#232;re. Il tra&#238;ne autour des fermes, r&#233;clame un bout de pain. Le plus souvent, il repart sans. Billy dut maudire bien des hommes. La main tendue apprend quelque chose, on ne l'oublie jamais. Billy &#233;tait un adolescent aussi tendre et fragile que les autres, il vagabondait, entrait dans les cours des fermes, silencieux, il ouvrait les remises, fouillait le r&#226;telier &#224; la recherche d'&#339;ufs, et les emportait dans la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus souvent, il avait faim. Il maudissait les hommes, leur vie simple, la famille. Il aurait voulu leur crever le ventre, puisque d&#233;cid&#233;ment ils ne comprenaient rien ; et lui-m&#234;me ignorait ce qu'ils devaient comprendre. Durant ses longues errances sans but, il s'acoquinait avec de pauvres bougres, des petites frappes, leur racontant le soir, autour du feu, des bribes plus ou moins arrang&#233;es de sa vie, dans un &#233;lan amical sinc&#232;re. Puis, au petit matin, il les abandonnait, apr&#232;s les avoir tout doucement d&#233;pouill&#233;s de leurs bottes et de leur cheval. Et tandis qu'il galopait seul, libre &#224; nouveau, poussant des cris de joie, le vent lui creusait des larmes dans les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a seize ans. Il dort dehors, sous un buisson, mendie un peu, inspire confiance, trahit ceux qui lui viennent en aide, ne sait s'en emp&#234;cher. D&#232;s qu'il inspire un peu d'affection, un peu d'amour, il d&#233;serte. Il veut se faire ha&#239;r. Nous ne savons rien de cette p&#233;riode de sa vie, mais nous ne savons presque rien de sa vie avant qu'il ne meure. Billy ne nous sera livr&#233; qu'une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. Mais le jeune Billy, l'adolescent, celui qui a &#233;t&#233; jet&#233; en prison pour avoir vol&#233; un peu de linge, on ne le conna&#238;t pas. On ne conna&#238;t jamais les adolescents. Ils nous &#233;vitent, nous mentent. Tout ce qui est correct, r&#233;gulier, nos lois, nos m&#339;urs, leur font horreur. Et Billy, du fond de son horreur pour nous, de son insondable malheur, de son honn&#234;tet&#233; endurcie, vola du linge et des v&#234;tements miteux. Il aimait prendre ce qui est aux autres, il voulait tout pour lui, essayer les v&#234;tements en vitesse, se regarder dans la glace, s'admirer, froisser le linge, briser le miroir &#224; coups de pied et jeter tout &#231;a dans un trou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos richesses sont faites pour g&#233;mir. Il n'y a rien de plus repoussant que l'abondance. Tout est &#224; nous. Les biens des autres nous appartiennent. Ce qui n'est pas &#224; nous nous appartient depuis toujours. Je suis ce paquet de linge qui tra&#238;ne chez le blanchisseur, cette jument est &#224; moi, ce beau costume m'appelle, ma main se tend, je veux d&#233;chirer quelque chose. D'ailleurs, ne faut-il pas les voler pour vraiment savoir ce que sont les choses ? Ne faut-il pas les prendre si l'on veut savoir &#224; qui elles appartiennent ? Ah ! Je veux sentir ce battement de c&#339;ur en p&#233;n&#233;trant chez quelqu'un d'autre, casser la vitre, forcer la porte. Je veux entrer sans que l'on m'invite. Les maisons sont vides, les mains nues. Tout sera d&#233;truit, et d&#233;truire c'est aimer. Et Billy aimait beaucoup. Il aimait le beau linge, les v&#234;tements bien taill&#233;s. Il n'aimait que l'argent des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi qu'il commen&#231;a et termina de vivre. Il se fit rapidement voleur de chevaux. La motte de beurre, le sac de linge, c'&#233;taient des vols pour appeler &#224; l'aide, &#234;tre puni. Mais &#224; pr&#233;sent, il voulait vivre ; et pour vivre, il volait des chevaux, leur fouettait les c&#244;tes, galopait en direction d'un ranch et marchandait sa proie. Et puisque la vie ne rapporte rien, il tirait un coup de r&#233;volver afin d'entendre claquer la poudre dans le n&#233;ant. La nuit, il s'endormait tout &#224; coup, seul, au bord des routes, sous une couverture sale, les pieds couverts d'ampoules. Il ne se lavait pas. Il veillait tard. Au matin, le visage bouffi par le sommeil, les membres lourds, il p&#233;n&#233;trait dans un corral, glissait sous la barri&#232;re et repartait &#224; cru, heureux. C'&#233;tait un voleur. Le plaisir de voler est consid&#233;rable. On ne sait o&#249; l'on va, ni ce que l'on fait. La soir&#233;e termine n'importe o&#249;. On discute avec un inconnu, on lui raconte sa vie. Tout le monde raconte sa vie. Billy aussi raconte sa vie, mais personne ne l'&#233;coute. Le mot &lt;i&gt;desperado&lt;/i&gt; est une d&#233;gradation du mot espagnol &lt;i&gt;desesperado&lt;/i&gt; qui signifie &#8220;d&#233;sesp&#233;r&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QU'EST-CE QUE LA LIBERT&#201; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L387xH536/jesse-161ba.png?1773250624' width='387' height='536' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;EN OCTOBRE 1877, un mois et demi apr&#232;s le meurtre de Cahill, en compagnie d'une vingtaine de brigands, Billy franchit le R&#237;o Grande. C'est alors qu'il atteignit le comt&#233; de Lincoln o&#249; son existence se heurta &#224; des int&#233;r&#234;ts plus grands que lui. La zone est perdue, sous-peupl&#233;e ; de petites communaut&#233;s blanches arri&#233;r&#233;es s'&#233;taient agglutin&#233;es au Nord, abandonnant pour le moment le Sud aux Mescaleros. C'est l&#224;, au bord du Pecos, autour de Fort Stanton, dans un rayon de quelques dizaines de kilom&#232;tres, que le Kid devait vivre et mourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un monde aussi tourment&#233;, o&#249; la d&#233;nivellation sociale est si raide, Billy chercha &#224; se m&#233;nager &#224; coups de colt, d'alliances instables, de vols de b&#233;tail, une marge, un tout petit intervalle, qui devait durer quelques br&#232;ves ann&#233;es et lui procurer on ne sait quelles joies et peines, avant de se terminer par une mort brutale, mais o&#249; malgr&#233; les n&#233;cessit&#233;s p&#233;nibles, le d&#233;nuement parfois, il put conna&#238;tre un &#233;largissement de son existence, s'&#233;tant affranchi en partie des contraintes du travail manuel, pour cet ersatz de libert&#233; que connaissent les voyous ou certains artistes, et qui est toujours cher pay&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'&#233;tonne que le Kid ne soit pas parti plus loin de chez lui. Les vagabonds restent le plus souvent &#224; deux pas de l'endroit qui les a vus na&#238;tre. Ils partent pr&#233;cipitamment, et tombent presque aussit&#244;t. Ils n'explorent pas le monde, ils le fuient. On ne fuit jamais assez loin. On tourne autour de quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dit que certains oiseaux volent ainsi, par milliers, dans la nuit ou dans le jour. Ils remontent les minces art&#232;res au flanc des falaises, survolent les grands pins, ne se posent jamais vraiment mais planent au-dessus des immenses troupeaux, jusqu'aux monts Sacramento, et l&#224;, face &#224; la paroi sombre de la vie, des murailles soudain poussent en dessous d'eux, dans le ciel ouvert, ils commencent &#224; se laisser tomber, lentement, volent et se cognent les uns aux autres, comme un nuage gronde et cr&#232;ve. Ainsi, Billy. Il r&#244;de parmi les r&#233;cifs de chardons, et rampe, allong&#233; &#224; midi, sous les mangeoires des b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le Kid se m&#234;la &#224; une bande de hors-la-loi qui &#233;cumait le Nouveau-Mexique. La bande avait pour chef Jesse Evans, un gamin de vingt ans, &#224; demi cherokee. On braconnait les bleds paum&#233;s, on pillait les fermes, on volait des chevaux. Tous les petits voyous de cette joyeuse bande avaient &#224; peu pr&#232;s v&#233;cu de la m&#234;me mani&#232;re, connu les m&#234;mes &#233;pisodes d'errance, de solitude. Et souvent, la nuit, sans pr&#233;venir, quelques-uns d'entre eux s'en allaient, comme si une blessure honteuse, une douleur d'enfant mal-aim&#233;, obscure, les obligeait malgr&#233; eux &#224; fuir. Ils partaient courir leur chance de leur c&#244;t&#233;, au hasard, rejoignant d'autres copains, bossant une saison dans un ranch, puis dans un autre. Cette errance &#233;tait leur mal&#233;diction, leur salut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Billy se sentit revivre. Il n'&#233;tait plus tout &#224; fait seul. Il s'entra&#238;nait &#224; tirer, &#224; monter &#224; cheval. Il devenait habile. C'est une grande satisfaction de savoir tirer, de disposer d'un tel outil, d'en avoir la ma&#238;trise. Et puis un r&#233;volver, ce n'est pas n'importe quel outil, c'est un outil qui vous lib&#232;re de tous les autres. Plus besoin de porter les ballots de paille, plus besoin de faucher, de clouer, de piocher, une arme &#224; feu lib&#232;re du travail manuel auquel on &#233;tait condamn&#233;. Billy est libre. &#192; la mani&#232;re des petits truands, il jouit d'une libert&#233; pr&#233;caire, fragile. Mais peu importe ! On d&#233;fonce les serrures pour entrer, on pi&#233;tine le travail des autres. La violence est indispensable &#224; la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe une photographie merveilleuse, une photographie de Jesse Evans, lacune parmi les lacunes. Au centre de la photographie, le jeune homme se tient assis, tandis qu'une jeune fille, debout derri&#232;re lui, tient n&#233;gligemment un r&#233;volver. Ils nous regardent sans respect. Ils nous narguent, ils sont jeunes, insolents, terriblement insolents. &#192; leur mani&#232;re, ils sont beaux. Elle, avec son petit nez rond, son sourire, son flingue. Lui, avec son allure n&#233;glig&#233;e, son air assur&#233; de fain&#233;ant et de fripouille que plus rien n'impressionne. Ils sont au-del&#224; du d&#233;contract&#233;, au-del&#224; du rel&#226;ch&#233;, au-del&#224; de tout ce que la d&#233;sob&#233;issance elle-m&#234;me autorise. Ils ont du charme. Tout est mise en sc&#232;ne ici, et tout est naturel. Ils posent d'instinct. Ils sont un r&#233;sum&#233; somptueux de l'Am&#233;rique. Ils sont libres, insolents et libres, et ils nous signifient notre cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire de leur vie se trouve cette effronterie gigantesque, vaine et gigantesque, cette hardiesse inutile. Ils sont une insulte &#224; l'ordre, &#224; la carri&#232;re, &#224; la famille, &#224; tout ce qui leur a manqu&#233;. Et depuis cette photographie merveilleuse, il lui murmure devant nous, &#224; elle, mena&#231;ante et jolie, qu'il faudrait faire &#233;clater les t&#234;tes de pipe, toutes les t&#234;tes de pipe, les petits ma&#238;tres, les grands, tous ! Et il ajoute en souriant qu'il faudrait aussi faire sauter toutes les banques, cambrioler le monde et buter tous les flics. Oui. Les orphelins savent &#231;a. Ils savent qu'il faut &#234;tre fou et mordre. Oui, Jesse Evans mordait. Il mordait. Il &#233;tait fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, Jesse Evans. Le produit d'une &#233;poque et d'un lieu o&#249; l'on put devenir riche, plus riche qu'on ne le fut jamais dans l'Histoire humaine, et en quelques instants. Et Jesse Evans, le petit voyou, n'est rien d'autre que l'instrument de base de cette accumulation prodigieuse, il n'est rien qu'un comparse secondaire, et il tire sa libert&#233; folle et factice d'une parenth&#232;se de temps o&#249; une forme violente de libert&#233; et de d&#233;sordre, qu'on n'avait jamais connue auparavant et qui n'est certes pas d&#233;pourvue de charme, fut n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tablissement brutal des plus durables in&#233;galit&#233;s. Et c'est cela que l'on voit sur la fabuleuse photographie. Dans le visage de Jesse, on aper&#231;oit la richesse, mais &#224; l'envers, dans le sourire impudent de la jeune femme, on aper&#231;oit la Constitution des &#201;tats-Unis, mais &#224; l'envers. C'est comme si nous nous entendions parler &#224; l'envers, promettre &#224; l'envers, pisser &#224; l'envers. Leurs visages sont ce dont les livres r&#234;vent. Mais les livres ne sont rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots ne veulent rien dire que merde. Et la jeune fille le sait, et c'est &#231;a qui la fait sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;desperado&lt;/i&gt; est la figure d&#233;prav&#233;e du &lt;i&gt;self made man&lt;/i&gt;, il en est l'illustration, mais inaccomplie. Il n'arrive &#224; rien. Il part de trop bas. Il est venu au monde trop tard. Il est l'homme r&#233;solument moderne, et c'est pourquoi il se livre tout entier, &#233;perdu. Et puisque la soci&#233;t&#233; n'est jamais rien d'autre que la contrefa&#231;on de ses principes, aussit&#244;t la concurrence d&#233;g&#233;n&#232;re en tueries, la libert&#233; se frelate en crimes, et l'Histoire de l'Am&#233;rique sera un sc&#233;nario de Frank Capra jou&#233; par des voleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarde la vie de travers. Attaque les banques, bute les flics, picole, casse les vitrines &#224; coups de r&#233;volver, pisse sur les pieds des cons. Ah ! Jesse Evans, po&#232;me, imb&#233;cile, tu es intraduisible en mots, comme ce petit tas de lumi&#232;re sur le plancher, comme cet urinoir &#224; l'envers ! Pauvre Jesse, on t'aime bien, tu nous invites, tu payes &#224; boire, et puis tu files sans r&#233;gler l'addition. Un an plus tard, te revoil&#224;, la gueule enfarin&#233;e, pauvre Jesse, tu as pris un coup de vieux, on dirait que tu as vingt-cinq ans, vieux clown, on s'embrasse et c'est reparti. Avec Rockefeller, &#233;videmment, c'est moins dr&#244;le, il ne pense qu'au p&#233;trole, &#224; standardiser son huile, ses gaz, pauvre Rockefeller. On raconte qu'&#224; la fin, il ne buvait plus que du lait de femme, on raconte encore qu'une fois ses invit&#233;s partis, les rares fois o&#249; il en avait, le milliardaire piochait dans les assiettes et terminait les restes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On raconte aussi qu'&#224; la mort de John Pierpont Morgan, le c&#233;l&#232;bre banquier, ton contemporain, la Bourse de New York aurait suspendu pendant deux heures son activit&#233; en signe de deuil, au passage du convoi fun&#232;bre. Mais toi, Jesse, pauvre con, on ignore si tu es n&#233; dans le Missouri ou au Texas, si tes parents &#233;taient de faux-monnayeurs ou d'honn&#234;tes fermiers, ni pourquoi tu as si mal tourn&#233;, toi qui aurais pu &#234;tre caissier &#224; la banque Morgan au lieu de buter tant de braves gens, pour finalement, en 1882, myst&#233;rieusement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, cette photo est merveilleuse. Elle est triste et merveilleuse. Ils nous regardent avec horreur. Ils sont le solde invisible de l'Histoire, les colonnes vides de la grande comptabilit&#233;. Mais ils se rebiffent. Ils veulent nous faire la peau, ils veulent nous piquer notre pognon et le flamber &#224; El Paso, ou dans n'importe quel autre bled. C'est qu'ils veulent tout, ils ne savent pas ce qu'ils veulent, ils ne veulent rien, ils vont mourir. Alors, ils profanent tout ce qu'ils touchent. Les victimes ont pour elles la piti&#233; du monde, l'identification de tous. Les petits criminels, eux, n'ont personne. Ils n'int&#233;ressent pas, leur sort est jou&#233;, leurs vies sont vaines, qu'ils disparaissent derri&#232;re les barreaux, qu'on les lynche, peu importe, ils sont vou&#233;s au n&#233;ant. Et c'est depuis ce n&#233;ant, justement, qu'ils nous regardent, Jesse Evans et sa copine fabuleuse. Elle, avec son petit sourire et son r&#233;volver, lui, l'homme d&#233;sarm&#233;, et encore plus inqui&#233;tant de l'&#234;tre et de lui avoir confi&#233;, &#224; elle, le colt, et lui tenant tendrement la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, les orphelins du monde se r&#233;veilleront au petit matin. Ils glisseront six balles dans le barillet et enfileront leur p&#233;toire dans leur froc, puis ils prendront le m&#233;tro sans payer et iront buter l'un le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, l'autre le directeur d'une multinationale, le troisi&#232;me le sh&#233;rif du comt&#233; ; et, vers dix heures du mat, ils auront braqu&#233; toutes les banques, cass&#233; toutes les vitrines et tu&#233; tous les cons. Il n'y aura plus un pr&#233;sident sur terre, plus un directeur de cabinet, plus un chef quelconque. Alors, Jesse Evans retournera dans son caboulot de Santa Fe, il fera un clin d'&#339;il &#224; la vieille rombi&#232;re qui tient la caisse, et il r&#233;glera l'addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/les-orphelins-021514&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les orphelins&lt;/i&gt;, &#201;ric Vuillard, &#201;ditions Actes Sud, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelque chose en &#233;change</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;R&#233;inventer en temps r&#233;el &lt;br class='autobr' /&gt;
En promenade dans le 13&#232;me, nous d&#233;butons notre parcours aux Gobelins, par le Square Ren&#233; Le Gall. Dans une petite portion &#224; l'entr&#233;e, un jardin partag&#233;, des jeunes y avancent t&#234;te baiss&#233;e. Ils cherchent des chocolats de P&#226;ques. Leur m&#232;re repasse derri&#232;re eux pour leur montrer ceux qu'ils ont oubli&#233; en chemin. En observant les plantes, les fleurs et les arbres du jardin, nous en trouvons &#224; notre tour, au milieu de l'herbe, en &#233;quilibre sur une branche, sous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/atelier" rel="tag"&gt;Atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_1_-2-d969e.png?1775977301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;inventer en temps r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En promenade dans le 13&#232;me, nous d&#233;butons notre parcours aux Gobelins, par le Square Ren&#233; Le Gall. Dans une petite portion &#224; l'entr&#233;e, un jardin partag&#233;, des jeunes y avancent t&#234;te baiss&#233;e. Ils cherchent des chocolats de P&#226;ques. Leur m&#232;re repasse derri&#232;re eux pour leur montrer ceux qu'ils ont oubli&#233; en chemin. En observant les plantes, les fleurs et les arbres du jardin, nous en trouvons &#224; notre tour, au milieu de l'herbe, en &#233;quilibre sur une branche, sous les feuilles des arbustes. Le charme de ce jardin vient de la diversit&#233; de ses espaces. Il y a la partie occup&#233;e par des bandes de gazon au centre desquelles se dresse un ob&#233;lisque encadr&#233; par quatre gloriettes. Au centre, le sous-bois divis&#233; en bosquets s'ordonne autour de l'all&#233;e m&#233;diane, plant&#233;e de diverses essences qui viennent s'ajouter aux charmes et aux c&#232;dres bleus plant&#233;s sur le pourtour du jardin. En avan&#231;ant dans le jardin, nous croisons deux femmes qui discutent. J'entends l'une d'elles prononcer cette phrase : &lt;i&gt;Je ne suis pas tr&#232;s virtuelle&lt;/i&gt;. Le jardin est situ&#233; &#224; l'emplacement de l'ancien potager des tapissiers de la Manufacture des Gobelins. Celui-ci se dressait sur une des nombreuses petites &#238;les que la Bi&#232;vre entourait autrefois. On l'appelait l'Ile aux Singes, les bateleurs avaient l'habitude d'y laisser leurs singes en toute libert&#233;. L'Ile de la Cit&#233; et l'Ile Saint-Louis voisinaient avec l'Ile Louviers et l'Ile Maquerelle. La vall&#233;e de la Bi&#232;vre &#233;tait alors un lieu tr&#232;s vivant, dynamique, malgr&#233; les odeurs putrides qui s'&#233;chappaient de la rivi&#232;re. Les Parisiens venaient s'encanailler dans les guinguettes, qui s'&#233;taient multipli&#233;es apr&#232;s la construction du mur des Fermiers G&#233;n&#233;raux, car le vin n'y &#233;tait pas tax&#233;. On y buvait une bi&#232;re r&#233;put&#233;e depuis que des ouvriers flamands, venus travailler &#224; la Manufacture des Gobelins, avaient ouvert sur place des brasseries. Traverser l'espace d'une ville c'est le parcourir &#224; travers le palimpseste d'un temps qu'on ne per&#231;oit que certaines strates.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55174108987_c4e54efdf5_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55174108987_c4e54efdf5_k-de70c.jpg?1775977302' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Bassin de l'Arsenal, Place de la Bastille, Partis 12&#232;me, 29 mars 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grand retard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous contactons un usager de la biblioth&#232;que &#224; propos d'un grand retard. Il devait rendre le 13 janvier 2026 l'ouvrage qu'il avait emprunt&#233;. Nous l'invitons &#224; le rapporter au plus vite &#224; la biblioth&#232;que, avant qu'il ne re&#231;oive une facture du Tr&#233;sor public. Je ne peux m'emp&#234;cher de sourire en d&#233;couvrant le titre du livre : &lt;i&gt;La procrastination : l'art de reporter au lendemain&lt;/i&gt;, de John Perry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutes les images du futur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En qu&#234;te d'info&lt;/i&gt; est le festival de d&#233;cryptage des m&#233;dias dans les biblioth&#232;ques de Paris. &#192; cette occasion, j'ai anim&#233; plusieurs ateliers autour de l'IA pour diff&#233;rents types de publics. Dans l'atelier sur la cr&#233;ation d'images, de vid&#233;os et de musique, nous avons tent&#233; de rep&#233;rer celles g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA pour questionner ces diff&#233;rents m&#233;dias, afin d'inviter le public &#224; d&#233;velopper son esprit critique, &#224; mieux s'informer et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la place qu'on accorde &#224; l'IA dans notre rapport aux images et &#224; l'information. Je me suis rendu compte que les images cr&#233;&#233;es r&#233;cemment avec l'IA &#233;taient devenues beaucoup plus difficiles &#224; diff&#233;rencier qu'auparavant. Les pr&#233;cautions d'usage pour rep&#233;rer ces images ne sont plus aussi efficaces. Les d&#233;tails anatomiques par exemple, comme les pupilles asym&#233;triques, les reflets identiques dans les deux yeux ou des regards &#171; vitreux &#187; qui &#233;taient caract&#233;ristiques jusqu'&#224; pr&#233;sent, ne le sont plus autant. Il en va de m&#234;me pour la coh&#233;rence physique. Les IA peinaient &#224; reproduire fid&#232;lement l'interaction de la lumi&#232;re avec les objets. Les ombres ne correspondaient pas toujours &#224; la source lumineuse apparente et les reflets pouvaient &#234;tre fauss&#233;s. C'est de moins en moins le cas. De m&#234;me pour les imperfections textuelles. Les mots sont moins d&#233;form&#233;s, illisibles. La tendance &#224; la perfection &#233;tait une particularit&#233; esth&#233;tique de cette technologie. Une image trop parfaite est suspecte. L'IA avait tendance &#224; cr&#233;er des surfaces anormalement lisses, une peau sans pores ni imperfections, et des couleurs trop satur&#233;es ou artificiellement att&#233;nu&#233;es. Dans la nature, les textures pr&#233;sentent toujours une certaine irr&#233;gularit&#233;, l'IA peinait &#224; les reproduire de mani&#232;re convaincante, m&#234;me si on assiste depuis peu &#224; des &#233;volutions remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/53210475789_35bada3a5c_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/53210475789_35bada3a5c_k-057f3.jpg?1775977302' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Atelier Lardeur, rue du Cherche-Midi, Paris 6&#232;me, 24 septembre 2023&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'attente patiente de ce moment pr&#233;cis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-que-les-heures&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rien que les heures&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est arriv&#233;. Un enchainement de circonstances m'emp&#234;che de trouver le temps de prendre le livre en main et de le parcourir. Je v&#233;rifie juste la derni&#232;re correction apport&#233; au texte, mais rest&#233;e sans r&#233;ponse, une coquille sur le nom de mon premier &#233;diteur. J'ouvre le livre, le soup&#232;se, tourne bri&#232;vement quelques pages. Je dois aller travailler. J'attends curieusement d'&#234;tre seul le soir avec le livre pour le consulter plus attentivement. J'aime la couleur et le graphisme de la couverture. La taille du livre. La qualit&#233; du papier, pas trop mince comme cela arrive de plus en plus souvent. La mise en page, qui est moins a&#233;r&#233;e que celle que j'avais imagin&#233;e en envoyant le texte il y a huit mois, mais dont &#201;ric m'a persuad&#233; de la pertinence, permet en effet une lecture plus fluide. Je lis quelques passages. Je me s&#233;pare du texte pour mieux le retrouver. Je ne le lis plus comme j'ai pu le faire pendant ces derniers mois de relecture, avec cette impression d'un texte mouvant, sans arr&#234;t changeant, aux multiples variations et d&#233;veloppements possibles. Les mots sont &#233;crits noirs sur blancs. Ils acqui&#232;rent une forme d'autonomie qui me permet un certain d&#233;tachement dans ma lecture. Je sais que je suis l'auteur de ce livre, mais avec sa publication, et l'objet clos que je tiens enfin entre mes mains, je deviens son premier lecteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F comme Fugue : Polyphonie de voix au milieu du fracas</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas</link>
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		<dc:date>2026-01-09T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Anne Savelli</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Bruits, le roman d'Anne Savelli est une lecture immersive. Une exp&#233;rience sensorielle intense, une travers&#233;e litt&#233;raire qui nous fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le texte nous plonge, minute par minute, dans un tumulte o&#249; le fracas du monde ext&#233;rieur se confond avec le vacarme int&#233;rieur de ses habitants. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers la fugue d'une tr&#232;s jeune enfant nomm&#233;e F, le roman tisse une polyphonie de voix qui luttent pour exister au milieu du chaos. La fugue de F comme fil narratif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_30_1_-bc20b.png?1767945921' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, le roman d'Anne Savelli est une lecture immersive. Une exp&#233;rience sensorielle intense, une travers&#233;e litt&#233;raire qui nous fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le texte nous plonge, minute par minute, dans un tumulte o&#249; le fracas du monde ext&#233;rieur se confond avec le vacarme int&#233;rieur de ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers la fugue d'une tr&#232;s jeune enfant nomm&#233;e F, le roman tisse une polyphonie de voix qui luttent pour exister au milieu du chaos. La fugue de F comme fil narratif d'une qu&#234;te de silence, la ville en tant que personnage sonore et oppressant, et la conqu&#234;te du langage comme un acte de survie qui, d'individuel, deviendra finalement collectif.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8625 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:100%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8625&#034; data-id=&#034;4d7976ba20cac008375c0d5a009c9225&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:65}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH585/bruits-29ea4.png?1767705531&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/bruits_vide_ofb-ok.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH457/bruits-29ea4-80257.png?1767945921' width='500' height='457' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La structure narrative de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; s'articule autour de la fuite de son personnage principal, F, une enfant dont l'errance devient le point de convergence de toutes les tensions du roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur une sc&#232;ne d'une brutalit&#233; assourdissante : une descente de police dans l'immeuble de F. Cet &#233;v&#233;nement, marqu&#233; par la confusion et la violence, est le d&#233;clencheur de sa fuite. L'intrusion fracasse non seulement une porte, mais aussi le fragile &#233;quilibre de l'enfant, la projetant hors de chez elle. La description de la sc&#232;ne est s&#232;che, factuelle, et n'en est que plus percutante : &#171; Une matraque, un b&#233;lier ? C'est all&#233; en avant, en arri&#232;re, &#231;a a fait une bascule, a fracass&#233; la porte et la masse est entr&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de F est celui d'une tr&#232;s jeune fille dont la fuite n'est pas une aventure, mais une recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e de silence. Elle fuit une agression sonore constante, que ce soit la violence polici&#232;re, les disputes des voisins ou le grondement incessant de la circulation. Face &#224; ce vacarme, son premier refuge est son imagination, un espace int&#233;rieur o&#249; elle peut construire des abris et inventer des r&#233;cits pour &#233;chapper au r&#233;el. Depuis le placard o&#249; elle tente de se cacher, elle se raconte d&#233;j&#224; une autre vie, loin du bruit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, je partirai en for&#234;t, racontes-tu depuis le placard. J'entrerai dans une grotte, j'apprendrai le feu, la cueillette. Plus loin, plus tard peut-&#234;tre, je trouverai un chalet, inhabit&#233; bien s&#251;r, avec volets aux fen&#234;tres et bo&#238;tes de conserve align&#233;es sur des &#233;tag&#232;res. Et s'il n'y a rien de tout &#231;a, je fabriquerai une cabane au fond d'une clairi&#232;re, dans un arbre, en hauteur, sans mulots ni rats ni chasseurs ni ogres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, la ville n'est pas un simple d&#233;cor. Elle est une entit&#233; vivante, un personnage &#224; part enti&#232;re dont la voix est une cacophonie constante qui agresse et fa&#231;onne l'existence de ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/49403919118_cf74ee353c_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/49403919118_cf74ee353c_k_1_-9e6d5.jpg?1767945921' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Casque anti-bruit d'Anne Savelli&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Anne Savelli cartographie un paysage urbain satur&#233; de stimuli, mais le &#171; bruit &#187; y rev&#234;t des formes multiples et complexes. Il y a bien s&#251;r la cacophonie du quotidien (circulation, travaux, commerces) qui constitue une &#171; &#233;preuve permanente &#187;. Mais aussi, paradoxalement, un silence oppressant, comme celui qui d&#233;soriente le voisin dans le v&#233;hicule de police, un vide sonore plus angoissant que le vacarme familier. Le bruit peut &#233;galement &#234;tre une technologie, un son activement militaris&#233;, comme la musique et les lumi&#232;res assourdissantes du flex office, con&#231;ues pour &#171; am&#233;liorer l'exp&#233;rience &#187; mais v&#233;cues comme une v&#233;ritable &#171; torture &#187;. Enfin, le bruit s'int&#233;riorise jusqu'&#224; devenir organique, &#224; l'image du &#171; pchit-pchit-pchit &#187; acouph&#233;nique du battement de c&#339;ur dans l'oreille, &#233;tudi&#233; par un jeune m&#233;decin. La ville d'Anne Savelli est une machine hostile qui agresse les sens de toutes les mani&#232;res possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retranscrire ce chaos, le roman adopte une structure polyphonique. La narration ne se limite pas au point de vue de F, mais s'infiltre dans de multiples &#171; bo&#238;tes cr&#226;niennes &#187;. Bien que ces consciences soient isol&#233;es, leurs luttes parall&#232;les contre l'agression acoustique forment un r&#233;seau implicite, une communaut&#233; fragment&#233;e par la souffrance partag&#233;e. Parmi ces voix, on retrouve notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kelly, la caissi&#232;re et ancienne danseuse, qui lutte contre le bruit du supermarch&#233;. Dans sa t&#234;te, ses gestes de mise en rayon redeviennent une &#171; chor&#233;graphie &#187;, son imagination agissant comme un ultime rempart.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voisin, arr&#234;t&#233; lors de la descente de police. Dans le silence de la voiture, il n'est pas seulement d&#233;sorient&#233; ; il tente activement d'&#171; anticiper les questions qui viendront &#187;, pr&#233;parant le r&#233;cit qu'il devra livrer, illustrant parfaitement la th&#233;matique de la narration comme survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieux locataire, dont l'obsession matinale est le vacarme du camion-poubelle qui le r&#233;veille chaque jour sans espoir de r&#233;pit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernex (Le policier). Officier de police hant&#233; par les images de violence et le bruit incessant de son travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cin&#233;aste, une femme brune &#224; m&#232;che blanche qui, de retour de voyage, r&#233;fl&#233;chit &#224; la difficult&#233; de raconter les autres, les invisibles, et se demande comment r&#233;aliser un autoportrait quand son regard est toujours tourn&#233; vers l'ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elisa Day / Sybille (La patiente X), une femme hospitalis&#233;e, initialement inconsciente et sans identit&#233;. &#171; Cette femme qui parle dans ses r&#234;ves. &#187; Elle est renomm&#233;e Elisa Day par le Docteur W en r&#233;f&#233;rence &#224; la chanson de Nick Cave qui la fait r&#233;agir. Elle per&#231;oit le monde par une &lt;i&gt;&#233;coute panoramique&lt;/i&gt; depuis son lit et finit par s'&#233;veiller sous le nom de Sybille pour quitter l'h&#244;pital avec F.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/lDpnjE1LUvE&#034; title=&#034;Nick Cave &amp; The Bad Seeds ft. Kylie Minogue - Where The Wild Roses Grow (Official HD Video)&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un r&#233;el insupportable et &#224; un monde satur&#233; de bruits, l'imagination, la narration et les mots deviennent des outils de r&#233;sistance. C'est par le langage que les personnages, et F en particulier, trouvent une voie d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnages de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, survivre signifie &#171; inventer des r&#233;cits &#187;. Que ce soit F qui r&#234;ve d'une cabane en for&#234;t, Kelly qui transpose son travail en ballet, ou le voisin qui &#233;labore une narration pr&#233;ventive pour son interrogatoire, la cr&#233;ation est une strat&#233;gie pour donner un sens au chaos, pour se construire un espace mental o&#249; le r&#233;el peut &#234;tre ma&#238;tris&#233;, ou du moins, support&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je le r&#233;p&#232;te : imaginez que vous ne puissiez plus ni parler, ni jouer, ni lire, ni apprendre, ni regarder un film. Que vous n'ayez plus acc&#232;s aux r&#233;cits d&#233;j&#224; formul&#233;s de vos semblables. Que votre seule possibilit&#233; soit d'attendre, allong&#233;e, inchang&#233;e, sans aucune certitude sur la suite &#224; venir. Sachant que vous &#234;tes capable d'entendre ce qui vous entoure, que feriez-vous, alors, pour ne pas devenir folle ? Comment, je vous le demande, penser par soi-m&#234;me &#224; nouveau et retrouver un fil pour d&#233;crypter le monde ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/frise_9-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/frise_9-10-a4242.jpg?1767945921' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Frise de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, photographie d'Anne Savelli prise &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, Paris 10&#232;me&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La fugue de F qui grandit et devient une femme au fil du r&#233;cit, se double d'un parcours initiatique vers l'autonomie par le langage. Une &#233;tape cl&#233; de son &#233;mancipation est le moment o&#249;, pour la premi&#232;re fois, elle parvient &#224; d&#233;chiffrer l'heure sur une horloge num&#233;rique. Ce n'est plus un simple clignotement de chiffres, mais un message qu'elle peut lire et nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est marqu&#233; [09:09]. [09:09] &#231;a clignote, [09:09] &#231;a insiste. Il est [09:09] pour tout le monde sauf pour toi, et soudain, toujours &#224; [09:09], [09:09] devient neuf-heures-neuf. Tu r&#233;p&#232;tes &#224; voix haute : NEUF HEURES NEUF. Voil&#224;, tu sais lire [09:09]. Victoire. Si ce n'est que d&#233;j&#224;, &#224; peine le temps de le dire, il est [09:10]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re victoire sur le chaos est fondamentale. Elle est un microcosme de la d&#233;marche m&#234;me du roman : imposer un ordre linguistique &#224; un tumulte insens&#233;. Plus tard, cette conqu&#234;te s'&#233;tendra &#224; la lecture des murs de la ville, o&#249; elle d&#233;chiffre les fant&#244;mes d'anciennes inscriptions (&#171; Chi-ffo-nnier, Mar-chan-d'vin, Foi-ra-nnuelle &#187;). Elle n'y voit pas des messages secrets, mais apprend &#224; lire les strates temporelles de la cit&#233;, son histoire. En apprenant &#224; lire le monde qui l'entoure, F cesse d'en &#234;tre seulement la victime ; elle commence &#224; se l'approprier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_244.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH280/media_file_244-41c0c.jpg?1767945922' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Stanza, Multi-Composition de Catherine Gfeller&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La forme m&#234;me du roman d'Anne Savelli est une r&#233;flexion sur son sujet. La structure &#233;clat&#233;e du texte sous forme d'ondes successives qui se d&#233;ploient dans le temps, est la transcription litt&#233;raire de l'exp&#233;rience du bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est un texte fragment&#233;. Chaque extrait est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un horodatage et d'indications de lieu ([06:02] [cit&#233;] [troisi&#232;me &#233;tage] [palier]). La narration saute d'une conscience &#224; une autre, m&#234;lant dialogues, pens&#233;es et descriptions en un flux continu et saccad&#233;. Cette &#233;criture imite le bombardement de stimuli du monde contemporain et la perception psychologique d'un environnement satur&#233;. La fragmentation n'est pas synonyme de d&#233;sordre, elle est au contraire la forme la plus juste pour dire un monde qui a perdu son centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne sais pas ce que nous faisons l&#224;, toi et moi, ce que le bruit fait l&#224;, entre nous, dans nos corps, ni com&#173;ment il entre dedans et transforme le monde, et nous transforme, nous. Je ne sais pas si ce que je vis, ce sont des images mentales, une forme r&#234;v&#233;e, mouvante, tourbillonnante, un cauchemar, si je d&#233;r&#233;alise, si je per&#231;ois au plus pr&#232;s, au contraire, si je suis tout enti&#232;re fix&#233;e dans la mati&#232;re, un corps ou le frottement d'un drap, de la peau et des os ou un rideau qui flotte &#224; la fen&#234;tre entrav&#233;e. Je ne sais pas si mon corps se d&#233;forme, &#224; quoi il ressemble, quel est son &#226;ge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8612 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_266.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH125/media_file_266-dc03e.jpg?1767945922' width='500' height='125' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle ne sait pas o&#249; la ville s'arr&#234;te&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_265.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH161/media_file_265-1af9d.jpg?1767945922' width='500' height='161' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle garde en elle toutes ces voix diff&#233;rentes &lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/media_file_267.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH131/media_file_267-297be.jpg?1767945922' width='500' height='131' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Elle r&#234;ve sur ce qui n'a pas eu lieu&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Visages de villes, de Catherine Gfeller&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le texte poss&#232;de une forte dimension m&#233;ta-litt&#233;raire, r&#233;fl&#233;chissant &#224; ses propres r&#232;gles au moment m&#234;me o&#249; il les met en &#339;uvre. Cette conscience de soi se manifeste &#224; plusieurs niveaux. D'abord, par une ironie formelle, lorsqu'une voix &#233;nonce des consignes narratives classiques avant de les dynamiter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consigne : Respecter le niveau de lan&#173;gue des personnages. Une caissi&#232;re ne d&#233;clame pas de vers dans le vestiaire d'un supermarch&#233;. Une fillette ne parle pas en po&#232;te, pas plus qu'un vieux de cit&#233; qui jacte. Au mieux, elle conna&#238;t des comptines. Au pire, il &#233;ructe, se plaint, balance des phrases probl&#233;matiques. On se m&#233;fiera du style oralis&#233;, qui devra de&#173;meurer fluide, et des questions pos&#233;es. On ne m&#234;lera pas les voix, les bruits, les sons, les formes, les noms, les onomatop&#233;es. | Ah | F comme fuck. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transgression est l'acte de naissance du roman, qui s'arroge le droit de forger ses propres r&#232;gles pour dire le chaos. &#171; Briser les habitudes. D&#233;tourner les r&#232;gles. Quitter la m&#233;canique des r&#233;flexes conditionn&#233;s. &#187; Mais cette autor&#233;flexion va plus loin en int&#233;grant la figure de Constance, la doctorante qui analyse, dans une sc&#232;ne saisissante, la vid&#233;o d'une rencontre litt&#233;raire. Son monologue int&#233;rieur d&#233;cortique avec une lucidit&#233; f&#233;roce les dynamiques de pouvoir &#224; l'&#339;uvre. L'universitaire homme qui monopolise la parole, l'&#233;crivaine femme contrainte au sourire, les marqueurs de classe dans le langage. Le roman int&#232;gre ainsi sa propre critique, se pensant non seulement comme objet litt&#233;raire mais aussi comme acteur au sein d'un champ culturel et social. La conqu&#234;te des mots par F trouve ici son &#233;cho critique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande force de &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est de ne pas &#234;tre seulement le r&#233;cit d'une oppression sonore. C'est avant tout celui d'une &#233;mancipation par le langage, qui passe de la survie individuelle &#224; la possibilit&#233; d'une action collective. Le parcours de F, de sa victoire solitaire sur les chiffres, &#224; sa lecture des strates de la ville, est la graine d'une conscience qui germe. Cette &#233;mancipation individuelle trouve son aboutissement dans les derni&#232;res pages du roman, qui d&#233;laissent les &#171; bo&#238;tes cr&#226;niennes &#187; isol&#233;es pour mettre en sc&#232;ne un rassemblement. Dans un geste coordonn&#233;, des femmes sont &#171; &#233;veill&#233;es &#187; par des signaux sonores et sortent dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [20:25] Elles sont toutes hors de chez elles, maintenant. Gr&#226;ce &#224; celles qui &#233;clairent les abords des gares, les recoins, les ruelles en allumant, dans un geste coordonn&#233;, leurs guirlandes &#233;lectriques et leurs lampes de po&#173;&#173;che, la ville peut s'&#233;tendre, enfin. Ne plus avoir peur de la nuit, ne plus s'inqui&#233;ter de la rue dont les dangers s'&#233;loignent, des trottoirs qu'elles arpentent &#224; coups de talon, com&#173;me dans les films de la brune &#224; m&#232;che blanche, ou en baskets, &#224; petites foul&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles reprennent possession de l'espace nocturne, transformant le bruit subi en un langage choisi, en une pr&#233;sence collective. &#192; partir du chaos, de la fragmentation et de la violence, Anne Savelli ne fait pas seulement &#233;merger une voix singuli&#232;re, elle tisse les fils d'un ch&#339;ur et rend &#224; la litt&#233;rature sa puissance politique : celle de construire, au c&#339;ur m&#234;me du tumulte, un refuge et un avenir communs.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour accompagner l'&#233;criture de son livre, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://annesavelli.fr/bruits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anne Savelli&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; a &#233;labor&#233;, avec Joachim S&#233;n&#233; pour la cr&#233;ation du site web et Jean-Marc Montera pour la musique, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lairnu.net/bruits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une cr&#233;ation propos&#233;e sur le site de L'aiR Nu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, en partenariat avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/663-anne-savelli-a-marseille.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Marelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/bruits-d-anne-savelli&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lecture d'un extrait du texte dans le podcast &lt;i&gt;en lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pays dont tu as march&#233; la terre, de Daniel Bourrion</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/le-pays-dont-tu-as-marche-la-terre-de-daniel-bourrion</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/le-pays-dont-tu-as-marche-la-terre-de-daniel-bourrion</guid>
		<dc:date>2026-01-02T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Silence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce roman en forme d'hommage, l'auteur revient sur la mort d'un camarade d'enfance rest&#233; toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce gar&#231;on discret, presque invisible, a gliss&#233; &#171; vers une absence progressive avant que d'&#234;tre permanente &#187;, disparaissant hors du monde sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Leur amiti&#233;, n&#233;e dans cette campagne, s'est dilu&#233;e quand leurs routes se sont s&#233;par&#233;es, &#171; chacun sur sa voie, sans croisements &#187;. Ce livre retrace (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/silence" rel="tag"&gt;Silence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_26_1_-c7029.png?1767341277' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH180/9782487819252_1_-85721.jpg?1763978300' width='120' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans ce roman en forme d'hommage, l'auteur revient sur la mort d'un camarade d'enfance rest&#233; toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce gar&#231;on discret, presque invisible, a gliss&#233; &#171; vers une absence progressive avant que d'&#234;tre permanente &#187;, disparaissant hors du monde sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Leur amiti&#233;, n&#233;e dans cette campagne, s'est dilu&#233;e quand leurs routes se sont s&#233;par&#233;es, &#171; chacun sur sa voie, sans croisements &#187;. Ce livre retrace leur parcours, interroge ce qui pousse certains &#224; s'effacer quand d'autres parviennent &#224; s'en sortir. Avec une langue sensible, Daniel Bourrion reconstitue le souvenir d'un homme que tout semblait condamner au silence et &#224; l'oubli. Un livre dense, &#233;mouvant, sur l'amiti&#233; et la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lisez.com/livres/le-pays-dont-tu-marche-la-terre/9782487819252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le pays dont tu as march&#233; la terre&lt;/i&gt;, Daniel Bourrion, &#201;ditions H&#233;lo&#239;se d'Ormesson, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8566 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8566&#034; data-id=&#034;896cc33960c19d100105f0da138329e0&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:859}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_26_-1b1b5.png?1767341230&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_le_pays_ou_tu_as_marche_la_terre_daniel_bourrion.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_26_-1b1b5-8f12a.png?1767341277' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0fTgditklrAIFawDvvhn17?si=8YE_2fu_T6qMc9-o5u7fIQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0fTgditklrAIFawDvvhn17?si=8YE_2fu_T6qMc9-o5u7fIQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARTANT, le vrai point de d&#233;part de l'histoire entre nous a eu lieu l&#224;-haut, dans la longue b&#226;tisse basse d&#233;pliant sa cour de bitume comme il se doit, &#224; l'exception du marronnier qu'il y a eu, les vieux le disent, je ne l'ai pas vu, je les crois. Cette cour d'ailleurs, elle demeure identique &#224; ce que j'ai connu, toi aussi, m&#234;me si l'&#233;cole n'est plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, elle a &#233;t&#233; ferm&#233;e quelques ann&#233;es apr&#232;s notre passage, un regroupement. C'&#233;tait cette &#233;poque, on commen&#231;ait &#224; parler de rationaliser ce saupoudrage d'&#233;tablissements dans des villages o&#249; la natalit&#233; ne suffisait plus &#224; remplir les classes. Dans le m&#234;me temps, il devenait inconvenant de regrouper dans une unique salle des enfants d'&#226;ges divers, glanant ce que le ma&#238;tre ou la ma&#238;tresse apprenait aux plus vieux. &#192; la suite, les enfants &#8211;- nous &#8211;- se sont retrouv&#233;s &#224; passer d'un lieu l'autre, matin et soir, dans des autobus sillonnant les bans sur des routes juste suffisantes pour leurs gros culs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en souviens un peu, de ces d&#233;partementales, du bus, de la poussi&#232;re en rage lorsque les roues mordaient les &#224;-c&#244;t&#233;s, camion en face, on se fr&#244;lait. Tu &#233;tais l&#224; aussi, parfois, rarement, assis, regard sur les collines. Tu ne bougeais pas, ne parlais pas cependant que nous autres &#233;tions piaillants. Tu regardais je ne sais quoi, la libert&#233; s'il se trouve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces bouleversements, l'autre &#233;cole, celle des s&#339;urs jadis remerci&#233;es, a surv&#233;cu comme telle, devenant le lieu qu'elle est toujours o&#249; les plus petits sont livr&#233;s chaque jour, colis sur pattes peinant &#224; descendre les hautes marches de l'autobus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, notre &#233;cole, celle de notre rencontre, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ferm&#233;e en vertu de cette logique rationnelle qui ne l'est que pour ceux qui en d&#233;cident, est rest&#233;e longtemps abandonn&#233;e, son jus, nous laissant voir ses petites chaises sages, ses armoires closes sur leurs merveilles r&#234;v&#233;es, les salles visibles de l'ext&#233;rieur de la b&#226;tisse si on se perchait d'un seul orteil sur l'appui que fait le bas bout du mur quand il se pince &#224; la fa&#231;ade et se r&#233;v&#232;le marchepied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite le vide, plusieurs ann&#233;es, j'ai vu cela : un parquet sur lequel il n'y avait rien que les reflets teint&#233;s par le soleil, les bruits des pas de ceux qui visitaient dont moi, je ne sais plus en quelle occasion, se rem&#233;morant ce qu'ils pouvaient : tous &#233;taient pass&#233;s l&#224; &#224; un moment, chacun le sien, et racontait, un tourbillon, plusieurs &#226;ges, voix, rires, comme s'il avait fallu que les meubles disparaissent pour que remonte une mar&#233;e que nous regardions d&#233;ferler en faisant largement grincer le sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis sont venus quelques travaux, on distinguait, au travers des fen&#234;tres illumin&#233;es, les ouvriers tr&#232;s tard. Soudain, le maire a coup&#233; un ruban de trois couleurs, toujours les m&#234;mes, le maire et le ruban, pour ce dernier sorti d'un gros rouleau dans la r&#233;serve, on en tirait le m&#232;tre n&#233;cessaire, et les ciseaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, l'&#233;cole &#233;tait devenue une salle communale carrel&#233;e, immense, les murs du dedans, ceux qui tenaient les salles de classe auparavant, avaient &#233;t&#233; tomb&#233;s par de lourdes masses dont les coups de boutoir allaient m&#234;me d&#233;crocher les lampes, robustes boules opalescentes dont une ou deux avaient chu sans pr&#233;venir, se fracassant non loin des ouvriers, nuls casques, des espadrilles, vin rouge le midi, une autre &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, ceux, celles qui ont appris ici leurs premiers mots &#233;crits sur de minuscules pupitres vident leurs derniers verres chantants. Sur de longues tabl&#233;es, ils ont des repas gargantuesques, je ne sais comment on peut manger autant sans en mourir d'apoplexie. Entre eux, tous ces convives, il y a les morts qu'on devine comme silence, qui s'invitent &#224; la table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je les vois ainsi, je parle des vivants, puisque parfois j'en suis, je me demande toujours qui se souvient qu'ici, avant, nous &#233;tions tous des enfants. Qui se souvient aussi avec moi qu'il y avait ce tableau, que &#231;a sentait l'encre vers&#233;e dans les coupelles de porcelaine tr&#232;s blanches coinc&#233;es dans le trou rond les accueillant, des nids.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de l'immense bruit, je croise mes couverts, regarde les visages, j'y cherche l'enfance alors qu'il n'y a plus de tableau, plus d'encre non plus, pas plus de ma&#238;tresse rousse morte vive en cognant dans un arbre avec une voiture folle, elle ne tenait pas le volant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet accident, c'est une borne pos&#233;e, un lundi de P&#226;ques, ce devait &#234;tre apr&#232;s que nous avons &#233;t&#233; voisins ou du moins dans la m&#234;me classe, et toi, et moi, pendant la Communale, un souvenir vague, cette brume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je fouille dans ce qu'il me reste de la salle de classe, tu &#233;tais dans le rang derri&#232;re le mien, tu ne parlais toujours pas, jamais, je crois bien que tu es le premier taiseux que j'ai crois&#233;. Moi, qui suis bavard tellement que je m'en saoule, finis par ne plus ouvrir la bouche pendant des jours, cela me laissait &#233;bahi de te voir aussi silencieux qu'une souche d'arbre. Un rocher de tranquillit&#233; derri&#232;re son pupitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tellement qu'il m'arrivait, les premiers mois dans cette &#233;cole primaire, de me tourner pour voir si tu &#233;tais toujours aur&#233;ol&#233; de ton myst&#232;re. Quand tu l'&#233;tais, monolithique, le regard droit sur la fen&#234;tre si haute que je me demandais qui les lavait, un jour ce serait ma m&#232;re, j'&#233;tais rassur&#233; sans bien saisir pourquoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois, me remarquant, tu as eu cette grimace qui t'emportait tout le visage, un tourbillon, j'en ai souri longtemps, la ma&#238;tresse alors vivante m'a demand&#233; ce qui m'apportait cette joie. Surpris, j'ai invent&#233; une histoire sans queue ni t&#234;te, elle s'en est content&#233;e. Je sais mentir de belle mani&#232;re, &#224; presque y croire moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne le sauras pas, mais retrouver quelque chose dans ce fatras flou qui ne cesse d'augmenter &#224; mesure qu'on avance est une t&#226;che impossible. Je tente ma chance malgr&#233; cette difficult&#233;, puisque c'est seulement &#224; &#231;a que servent les mots, ceux qui les &#233;crivent, parler des morts, les faire vivre, et tous les morts, particuli&#232;rement ceux dont personne ne parle plus, afin qu'au moins quelqu'un cr&#233;e la trace qu'ils n'ont pas m&#234;me pas tent&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, je fais ce que je peux. Je gratte cette terre noire, j'exhume, des petits tas de sable que l'eau des ruisseaux grosse des pluies mangera sans doute aucun. J'essaie, tu vois, j'essaie, tu en valais la peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce travail qui ne sert qu'&#224; &#231;a, aux morts, il est b&#234;cher, il remue ce qu'on ne voyait plus, il d&#233;range de longs sommeils, fait au passage &#233;merger d'autres souvenirs, une racine qu'on tire dont on pensait qu'elle n'&#233;tait rien, son filament se d&#233;couvre &#224; mesure, r&#233;v&#232;le. Des visages, des figures, quelqu'un, une vieille dame qui m'avait dit que j'&#233;tais un fils du soleil, ainsi que tous ceux n&#233;s ce mois des premiers pas, des premi&#232;res fleurs, de tout ce qui se peut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je parle d'avril, c'est qu'il m'est revenu, tu passes dans ma m&#233;moire, que tu &#233;tais &#233;galement fils du soleil &#8211; tes dates de naissance, de mort, affirment que nous &#233;tions de m&#234;me ann&#233;e, m&#234;me mois. Une question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se demander pourquoi, comment, deux personnes n&#233;es en m&#234;me temps et au m&#234;me endroit, amies, voient leurs trajectoires diverger tellement qu'elles finissent par &#234;tre inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MON d&#233;frichement m'am&#232;ne &#224; la suivante des &#233;coles, celle dans le village pr&#233;c&#233;d&#233; de chapelets de bosses : notre tour d'autobus &#233;tait venu, toujours une cons&#233;quence du regroupement qui avait transform&#233; en pugilats les conseils municipaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nerfs s'y chauffaient. Des doigts, poings serr&#233;s en enclumes, pointaient vers les plafonds. Sous les b&#233;rets que quelques-uns portaient &#224; l'int&#233;rieur, la sueur, rage humide, perlait. Il se raconte m&#234;me que d'aucuns en vinrent aux mains, je ne sais pas de qui on parle mais je peux deviner.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#233;tonnant qu'ils en soient arriv&#233;s &#224; se saisir au col. D'habitude, ces extr&#233;mit&#233;s n'&#233;taient atteintes que pour des histoires de terres, de femmes, des choses s&#233;rieuses que ne sont pas des chamboulements d'enfants, &#234;tres de peu de valeur sinon celle de leurs bras encore &#224; venir, un investissement risqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, plusieurs bourgades se partag&#232;rent leurs &#233;coles, et donc leurs prog&#233;nitures. Puisqu'on d&#233;cidait pour nous, nous avons effectu&#233; une premi&#232;re rentr&#233;e dans le quasi-hameau o&#249; nul n'allait : il n'y avait rien &#224; y voir, la route qui le traversait menait au creux de l'horizon, personne ne s'y savait le moindre lien familial ou amical. C'&#233;tait au-del&#224; de tout rep&#232;re une terre inconnue, un autre continent &#224; moins d'une dizaine de kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en souviens. L'&#233;cole, la cour coinc&#233;e &#224; rebours de l'&#233;glise petite, les murs ventrus au surplomb de la route, un calvaire dans son coin avec sa Vierge jetant ses mains vers un grand vain, quelques marronniers, cette fois, ils &#233;taient l&#224;. Je sais qu'en dessous, nous nous &#233;tions pos&#233;s pour la photographie sempiternelle avec l'instituteur et sa guitare si nous &#233;tions sages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens, aussi, de cet hiver si froid que des &#233;tourneaux tombaient des hautes branches, fruits m&#251;rs : au sol incapables et gel&#233;s, nous les glanions pour les chauffer, r&#233;animer, ressusciter dans la salle aux plafonds t&#234;te bascul&#233;e qui t'accueillait, m&#234;me si je n'en ai pas la certitude &#8211;- il faudrait que je revienne au clich&#233; perdu dans quelque armoire, ou aux registres de pr&#233;sence s'ils existent toujours, ce dont je doute, voire que j'aille interroger le ma&#238;tre qui doit savoir, ils savent tout puisqu'ils sont ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens que l&#224;, apprenant, &#233;coutant, n'&#233;coutant pas, j'avais crois&#233; quelque autre n&#233; les m&#234;mes jour mois an que moi, presque mon double cette fois, quasi jumeau. Pour lui, je sais toujours son nom, pr&#233;nom, tout autant sa maison coll&#233;e &#224; l'&#233;glise au c&#244;t&#233; oppos&#233;. Du fait de la proximit&#233;, son paradoxe, il arrivait largement en retard, et chaque jour nous nous moquions. Son visage riant aux cheveux noirs &#224; croire qu'ils &#233;taient teints, je l'ai bien plus que le tien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens encore d'un autre des camarades que je retrouverais au coll&#232;ge, m&#234;me classe, et lui avait neuf fr&#232;res, chose impensable, une tradition que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes avaient pourtant en habitude, de faire grande famille, nombre d'enfants, chair &#224; canon, les deux guerres &#224; peine referm&#233;es avaient donn&#233; le pli, il fallait &#231;a quand &#231;a tonnait d&#232;s l'aube, on ne voyait pas trop pourquoi le d&#233;compte des morts tomb&#233;s au champ d'honneur s'arr&#234;terait, peut-&#234;tre que ces dix-l&#224; &#233;taient un semblant de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis aussi de ce jour-l&#224;, tu l'as peut-&#234;tre vu, je ne pense pas, o&#249; deux cousines, une brune, une blonde, les plus belles filles, courant chacune dans son sens, avaient pass&#233; en m&#234;me temps le coin pour se heurter pleine vitesse. Le choc avait produit ce bruit dur mat, j'ai entendu, les os quand ils se cognent &#224; plus r&#233;sistant qu'eux et l&#224;, c'&#233;tait le cr&#226;ne de l'autre, cette boule dure cach&#233;e, un secret rond. La chair fendue des deux c&#244;t&#233;s, au-dessus de l'arcade sourcili&#232;re, &#224; l'arrondi, les gamines saignaient beaucoup, beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a avait fait toute une histoire, les cris, les pleurs, la peur, le sang, ce qu'on distinguait de tr&#232;s blanc dans le fond des plaies, myst&#232;re. Les parents alert&#233;s, les filles &#233;taient parties un torchon sanguinolent sur la t&#234;te, nous en avions trembl&#233;. Le lendemain, elles revenaient, recousues et lav&#233;es, fi&#232;res d'&#234;tre au centre. Souvent, je me demande si les cicatrices se distinguent sur leurs peaux qui se rel&#226;chent tout autant que la mienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas mon sujet. Mon sujet, c'est toi, toi dont je ne distingue pas la chevelure &#233;bouriff&#233;e au milieu des t&#234;tes occup&#233;es &#224; faire des exercices, ligner, conjuguer, compter avec des doigts toujours insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lisez.com/livres/le-pays-dont-tu-marche-la-terre/9782487819252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le pays dont tu as march&#233; la terre&lt;/i&gt;, Daniel Bourrion, &#201;ditions H&#233;lo&#239;se d'Ormesson, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;criture &#224; l'&#232;re de sa reproductibilit&#233; photographique</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/l-ecriture-a-l-ere-de-sa-reproductibilite-photographique</link>
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		<dc:date>2025-12-12T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Jeu</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Sens</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Copier-coller : le tournant photographique de l'&#233;criture num&#233;rique, d'Allan Deneuville, publi&#233; en 2025 chez UGA &#201;ditions est &#233;galement publi&#233; sur OpenEdition Books. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 novembre 2025, Sylvain Bourmeau recevait Allan Deneuville, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Bordeaux Montaigne et auteur de Copier-coller : le tournant photographique de l'&#233;criture num&#233;rique (UGA &#201;ditions, septembre 2025), dans son &#233;mission La Suite dans les id&#233;es sur France Culture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Anatomie d'un geste invisible (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/francois-bon" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/te_tie_re_copier-coller_01_1_-a8658.jpg?1765526986' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH184/couv_copie_-colle__02b_final_1_-00225.jpg?1764930178' width='120' height='184' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.uga-editions.com/menu-principal/collections-et-revues/collections/humanites-et-medialites/copier-coller-le-tournant-photographique-de-l-ecriture-numerique-1562658.kjsp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Copier-coller : le tournant photographique de l'&#233;criture num&#233;rique&lt;/i&gt;, d'Allan Deneuville, publi&#233; en 2025 chez UGA &#201;ditions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est &#233;galement &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/ugaeditions/49972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; sur OpenEdition Books&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 novembre 2025, Sylvain Bourmeau recevait Allan Deneuville, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Bordeaux Montaigne et auteur de &lt;i&gt;Copier-coller : le tournant photographique de l'&#233;criture num&#233;rique&lt;/i&gt; (UGA &#201;ditions, septembre 2025), &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr//franceculture/podcasts/la-suite-dans-les-idees/le-geste-de-copier-coller-un-nouveau-paradigme-pour-la-creation-3003463&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans son &#233;mission &lt;i&gt;La Suite dans les id&#233;es&lt;/i&gt; sur France Culture&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anatomie d'un geste invisible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste est si quotidien qu'il en devient invisible. On copie, on colle, un morceau d'article, une ligne de code, une phrase qu'on veut garder sous la main. Une action trop machinale pour qu'on y pr&#234;te attention, sauf quand tout se bloque et qu'on r&#233;alise soudain combien elle nous est devenue indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, Allan Deneuville montre que le copier-coller n'est ni un appauvrissement de l'&#233;criture ni un plagiat facilit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le plagiat est une copie qui a comme objectif de s'invisibiliser. Tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est un geste neuf, un geste de capture, qui transforme notre mani&#232;re de produire et de faire circuler les textes. En retra&#231;ant son histoire, l'auteur r&#233;v&#232;le non seulement une &#233;volution technique, mais aussi des changements culturels et mentaux qui accompagnent nos vies en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient ce geste ? Pourquoi s'est-il impos&#233; si vite ? Et que dit-il de notre &#233;poque ? Deneuville esquisse la r&#233;ponse : derri&#232;re sa simplicit&#233; apparente, le copier-coller fa&#231;onne une nouvelle mani&#232;re d'&#233;crire, faite de fragments, d'emprunts et de recompositions. Une &#233;criture typique de notre monde num&#233;rique, discr&#232;te mais profond&#233;ment structurante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Red&#233;finir le geste : De la main qui &#233;crit &#224; l'&#339;il qui capture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tournant photographique de l'&#233;criture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre ce que fait vraiment le copier-coller, il faut cesser de le regarder comme un simple outil d'&#233;criture. Certes, d&#233;placer des morceaux de textes, les r&#233;assembler, les faire tenir ensemble par une couture plus ou moins visible n'a rien de neuf, Paul Val&#233;ry accumulait notes et bribes de textes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mon travail d'&#233;crivain consiste uniquement &#224; mettre en &#339;uvre (&#224; la lettre) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais quelque chose s'est d&#233;plac&#233; avec les technologies num&#233;riques. Le geste n'est plus seulement une mani&#232;re de composer, c'est une mani&#232;re de saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'hypoth&#232;se d'Allan Deneuville devient &#233;clairante, pour lui, le copier-coller est un geste photographique. L'id&#233;e peut surprendre, mais elle nous convainc tr&#232;s vite. La photo, &#233;crivait Andr&#233; Bazin dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le cin&#233;ma ?&lt;/i&gt;, a lib&#233;r&#233; les arts plastiques de leur obsession de l'imitation. &#192; l'inverse, le copier-coller, geste &lt;i&gt;photographique&lt;/i&gt; dans son principe, rappelle &#224; l'&#233;criture sa puissance d'imitation, non plus du monde mais d'autres textes. On n'&#233;crit plus seulement pour d&#233;crire, mais on pr&#233;l&#232;ve, on isole, on capture des formes d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capture n'a rien d'anodin. Elle donne au texte copi&#233; une valeur d'empreinte. Roland Barthes parlait dans &lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt; du fameux &#171; &#231;a-a-&#233;t&#233; &#187;, qui garantit que l'image atteste un instant du r&#233;el. Copier-coller un passage (&#224; condition d'indiquer d'o&#249; il vient) produit un effet comparable, il signale qu'un ensemble pr&#233;cis de mots a exist&#233; ailleurs, avant, dans un autre contexte. Ce n'est plus simplement un &#233;nonc&#233;, c'est une trace, un pr&#233;l&#232;vement r&#233;alis&#233; dans le flux incessant des textes num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la port&#233;e de ce geste, il faut aussi revenir &#224; son histoire, une histoire industrielle, machinique, o&#249; le manipuler, le r&#233;p&#233;ter, le dupliquer sont devenus des op&#233;rations aussi fondamentales que lire ou &#233;crire. Le copier-coller dit quelque chose de profond sur la mani&#232;re dont nous transformons aujourd'hui les mots, les id&#233;es et le r&#233;el lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arch&#233;ologie d'un geste industriel : vitesse et fid&#233;lit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La g&#233;n&#233;alogie de l'outil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le copier-coller s'inscrit dans une longue histoire de la copie. Depuis le XIX&#7497; si&#232;cle, on a cherch&#233; &#224; reproduire les textes toujours plus vite et plus fid&#232;lement. Cette double exigence a fa&#231;onn&#233; quantit&#233; d'inventions qui, d'&#233;tape en &#233;tape, ont fait glisser la copie de la main du copiste vers l'&#339;il de la machine, jusqu'&#224; ce geste devenu aujourd'hui presque r&#233;flexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on remonte cette g&#233;n&#233;alogie, on retrouve d'abord le scribe, premier artisan de la reproduction, dont le travail restait lent, co&#251;teux, fragile. L'imprimerie de Gutenberg a &#233;videmment tout chang&#233;. Le texte s'est mis &#224; se multiplier &#224; l'identique, mais avec des moyens lourds et r&#233;serv&#233;s &#224; quelques sp&#233;cialistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le XIX&#7497; si&#232;cle ouvre un autre chapitre, plus intime et prosa&#239;que. Les presses &#224; copier, les papiers carbone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La machine de Pellegrino Turri a &#233;t&#233; mise au point pour permettre &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis une s&#233;rie de machines &#224; dupliquer qui accompagnent l'essor administratif et commercial. Vient ensuite la photocopieuse, qui fait basculer la copie dans un r&#233;gime proprement visuel. Ce n'est plus un texte qu'on reproduit, mais l'image d'un texte. Les r&#233;dactions en savent quelque chose : &lt;i&gt;couper&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;coller&lt;/i&gt; viennent litt&#233;ralement des ciseaux et de la colle utilis&#233;s pour monter les pages ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au moment o&#249; tout cela bascule dans le num&#233;rique. Dans les ann&#233;es 1970, au Xerox PARC, Larry Tesler imagine un geste qui deviendra universel : le copier-coller. Avec lui na&#238;t aussi l'id&#233;e du &lt;i&gt;presse-papier&lt;/i&gt;, cet espace minuscule, temporaire, o&#249; transitent aujourd'hui des milliards de fragments. &#171; Qu'elle est la permanence temporelle de cette m&#233;moire volatile ? Est-elle vraiment volatile si elle peut durer des heures ? Que fait-elle pendant des heures dans mon ordinateur ? Ne pouvons-nous pas en trouver, n'en serait-ce qu'une infime trace, dans une autre couche de l'ordinateur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire rappelle &#224; quel point ce geste, si simple en apparence, est le produit d'une longue ing&#233;nierie. Rien de naturel ni de spontan&#233;. C'est un geste con&#231;u, optimis&#233;, affin&#233;. Son &#233;vidence actuelle masque la complexit&#233; de son pass&#233; et les effets immenses de sa diffusion dans nos mani&#232;res de lire, d'&#233;crire, de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux d'une pratique : Du geste individuel &#224; la construction du r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hypergeste collectif et l'&#233;ditorialisation du monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il s'accomplisse seul, le copier-coller agit comme un geste collectif &#224; grande &#233;chelle. Des milliards de personnes l'ex&#233;cutent chaque jour, sans se conna&#238;tre, et pourtant leurs actions s'additionnent, se r&#233;pondent, s'influencent. C'est ce que le math&#233;maticien, musicien et th&#233;oricien du jazz suisse Guerino Mazzola appelle un &lt;i&gt;hypergeste&lt;/i&gt;. Une force commune n&#233;e de gestes minuscules et dispers&#233;s, comme une improvisation collective o&#249; chacun joue sa note sans entendre l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement d'ensemble, le copier-coller devient un outil central de ce que Marcello Vitali-Rosati nomme l'&lt;i&gt;&#233;ditorialisation&lt;/i&gt; : toutes ces op&#233;rations visibles ou invisibles qui fa&#231;onnent l'espace num&#233;rique, qui d&#233;cident de ce qui circule, de ce qui s'impose, de ce qui dispara&#238;t. Copier-coller un fragment n'est donc jamais une op&#233;ration neutre. C'est un acte qui produit du r&#233;el, qui d&#233;place des contours, qui fabrique des &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode de la fausse arrestation de Xavier Dupont de Ligonn&#232;s, en 2019, l'a montr&#233; de mani&#232;re in&#233;dite. Une information erron&#233;e, relay&#233;e de r&#233;daction en r&#233;daction, copi&#233;e, recopi&#233;e, a suffi pour construire en quelques heures une r&#233;alit&#233; m&#233;diatique. &#171; Cette anecdote permet de rendre compte de certaines dynamiques de construction du r&#233;el par l'&#233;ditorialisation et le copier-coller. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissance du copier-coller r&#233;v&#232;le une tension profonde, particuli&#232;rement visible &#224; l'universit&#233;. On continue de voir dans ce geste un raccourci moralement condamnable (le plagiat), sans toujours percevoir qu'il traduit aussi une collision entre deux r&#233;gimes de savoir, celui du livre imprim&#233;, o&#249; l'on valorise la propri&#233;t&#233; intellectuelle, la signature, l'original, et celui du num&#233;rique, qui privil&#233;gie le flux, le m&#233;lange, la recomposition. Entre ces deux mondes, les &#233;tudiants naviguent comme ils peuvent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous le plagiat, le pav&#233; de l'authenticit&#233; : vieux mot d'ordre, qu'on aurait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/chapitre_2_figure_2_4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH666/chapitre_2_figure_2_4-0d548.png?1765526987' width='500' height='666' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Nicolas Aiello, dans son &#339;uvre &lt;i&gt;Drawing as Epistemological Tool&lt;/i&gt;, recopie sur des feuilles de 50 &#215; 70 cm, &#171; fragment d'une expression &#187; de l'historien de l'art Aby Warburg
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La po&#233;sie comme d&#233;sautomatisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie contemporaine, et en particulier tout ce qui gravite autour de l'&lt;i&gt;uncreative writing&lt;/i&gt; de Kenneth Goldsmith&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;criture sans &#233;criture - du langage &#224; l'&#226;ge num&#233;rique, Kenneth Goldsmith, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'est empar&#233;e du copier-coller pour en faire tout autre chose qu'un simple r&#233;flexe pratique. Arrach&#233; &#224; son usage utilitaire, ce mouvement r&#233;p&#233;titif devient un geste po&#233;tique, mais aussi un outil critique, capable de faire surgir ce qui reste habituellement enfoui dans le flux num&#233;rique. Les po&#232;tes, en r&#233;cup&#233;rant des morceaux d'Internet (commentaires YouTube, tweets perdus, messages de forums), se bricolent de nouveaux dispositifs et protocoles pour regarder autrement notre monde connect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cory Arcangel, par exemple, rassemble tous les tweets contenant &#171; working on my novel &#187; (Je travaille sur mon roman). Une simple phrase r&#233;p&#233;t&#233;e par des inconnus devient un portrait d'&#233;poque, fait d'inqui&#233;tudes et de projets suspendus. Il fait appara&#238;tre ce qu'on ne remarquait plus. Il choisit des fragments minuscules qu'il met en lumi&#232;re. Ici, choisir, c'est d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Leibovici assemble des &lt;i&gt;documents po&#233;tiques&lt;/i&gt; qui, mis bout &#224; bout, forment des archives de nos pr&#233;sences num&#233;riques. Il explore les communaut&#233;s en ligne comme on observerait des fa&#231;ons de vivre. Il s'y emploie lorsqu'il r&#233;cup&#232;re des discussions de forums pour comprendre les rituels de la s&#233;duction &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;marches montrent bien que la v&#233;ritable habilet&#233; du copier-coller ne tient pas &#224; la facilit&#233; du geste (tout le monde sait appuyer sur deux touches), mais &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de et suit ce geste : regarder, choisir, d&#233;placer, recomposer. Elles nous invitent &#224; consid&#233;rer le copier-coller non comme une facilit&#233;, mais comme une autre fa&#231;on d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser avec le copier-coller&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le copier-coller, ce n'est pas seulement deux touches qu'on presse sans y penser. C'est un geste qui tient presque de la prise de vue. On pr&#233;l&#232;ve, on cadre, on d&#233;place. H&#233;ritier de toute une culture industrielle de la reproduction, il a peu &#224; peu transform&#233; notre mani&#232;re d'&#233;crire en un travail de capture et de montage. En le rapprochant de la photographie, on ne cherche pas une image commode. On se donne une mani&#232;re plus juste de comprendre ce qu'il fait, ce qu'il ouvre et ce qu'il trouble. Son c&#244;t&#233; &lt;i&gt;indice&lt;/i&gt;, sa capacit&#233; &#224; organiser des fragments et sa r&#233;cup&#233;ration par la po&#233;sie montrent &#224; quel point ce geste anodin structure notre rapport au num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e des intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives amplifie encore cette dynamique. On pourrait presque voir des outils comme ChatGPT comme un &#171; JPEG flou de tout le texte du Web &#187;, car on est face &#224; des machines &#224; pr&#233;lever, &#224; compresser et &#224; r&#233;agencer des quantit&#233;s immenses de textes. Une sorte de copier-coller d&#233;multipli&#233;, devenu syst&#232;me. Dans cette situation, il devient essentiel d'apprendre &#224; regarder de pr&#232;s ce geste si banal : comprendre ce que signifie choisir un fragment, le sortir de son contexte, lui en donner un autre. &#171; D&#233;plier le fonctionnement du copier-coller, &#233;crit Allan Deneuville en conclusion, aide &#224; la compr&#233;hension des dispositifs avec et par lesquels nous communiquons aujourd'hui, dans des rapports croisant le scripturaire et le photographique. &#187; Apprendre &#224; penser avec le copier-coller, c'est finalement apprendre &#224; circuler plus lucidement dans le monde num&#233;rique o&#249; l'on vit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le plagiat est une copie qui a comme objectif de s'invisibiliser. Tout plagiat est une copie, mais toute copie n'est pas un plagiat. Le plagiat est une notion &#224; caract&#232;re axiologique, l&#224; o&#249; la copie est une pratique d'&#233;criture parmi d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mon travail d'&#233;crivain consiste uniquement &#224; mettre en &#339;uvre (&#224; la lettre) des notes, des fragments &#233;crits &#224; propos de tout, et &#224; toute &#233;poque de mon histoire. Pour moi, traiter un sujet, c'est amener des morceaux existants &#224; se grouper dans le sujet choisi bien plus tard ou impos&#233;. (Val&#233;ry, 1977, p. 245-246)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La machine de Pellegrino Turri a &#233;t&#233; mise au point pour permettre &#224; la comtesse Carolina Fantoni da Fivizzano, devenue aveugle, &#171; d'&#233;crire de mani&#232;re priv&#233;e &#224; ses amis &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous le plagiat, le pav&#233; de l'authenticit&#233; : vieux mot d'ordre, qu'on aurait pu croire d&#233;finitivement rendu caduc par les courants esth&#233;tiques modernes. Mais l'authenticit&#233; fait un beau retour en force, avec sa doublure : l'originalit&#233; et son pendant id&#233;ologique : l'indicible. Ces discours de l'origine, aussi vieux que Platon, s'assoient aujourd'hui sur un nouveau discours du je, riche des exp&#233;rimentations de l'autofiction. (Darrieussecq, 2010, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jbe-books.com/products/lecriture-sans-ecriture-by-kenneth-goldsmith&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;criture sans &#233;criture - du langage &#224; l'&#226;ge num&#233;rique, Kenneth Goldsmith, traduit par Fran&#231;ois Bon, Jean Bo&#238;te &#201;ditions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui tombe des &#233;toiles, de Julien d'Abrigeon</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/qui-tombe-des-etoiles-de-julien-d-abrigeon</link>
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		<dc:date>2025-12-05T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Ciel</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; travers une mosa&#239;que de destins r&#233;els (l'astronaute Christa McAuliffe, l'inventeur Adolphe P&#233;goud, le grimpeur Patrick Edlinger, le peintre Nicolas de Sta&#235;l, l'escroc de la Silicon Valley, Elizabeth Holmes, la parapentiste Ewa Wi&#347;nierska), le roman de Julien d'Abrigeon explore une m&#234;me loi, celle de la gravit&#233;, physique et morale. Chacun s'&#233;l&#232;ve avant de tomber. Par un montage rapide, presque cin&#233;matographique, l'auteur encha&#238;ne ces chutes comme autant d'&#233;clats d'un monde obs&#233;d&#233; par la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ciel" rel="tag"&gt;Ciel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_24_1_-985de.png?1764921747' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8546 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH181/68666df764778_1_-2e0a4.jpg?1762202694' width='120' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; travers une mosa&#239;que de destins r&#233;els (l'astronaute Christa McAuliffe, l'inventeur Adolphe P&#233;goud, le grimpeur Patrick Edlinger, le peintre Nicolas de Sta&#235;l, l'escroc de la Silicon Valley, Elizabeth Holmes, la parapentiste Ewa Wi&#347;nierska), le roman de Julien d'Abrigeon explore une m&#234;me loi, celle de la gravit&#233;, physique et morale. Chacun s'&#233;l&#232;ve avant de tomber. Par un montage rapide, presque cin&#233;matographique, l'auteur encha&#238;ne ces chutes comme autant d'&#233;clats d'un monde obs&#233;d&#233; par la r&#233;ussite. Le texte secoue, percute, interpelle. Derri&#232;re cette prose effervescente et jubilatoire, une r&#233;flexion se d&#233;ploie. Que reste-t-il de nos r&#234;ves d'ascension, quand tout finit toujours par retomber ? Ce livre invente une forme libre et &#233;lectrique, une chute en cascade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://lequartanier.com/parution/745-qui-tombe-des-etoiles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Qui tombe des &#233;toiles&lt;/i&gt;, Julien d'Abrigeon, Le Quartanier, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8553 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8553&#034; data-id=&#034;c45701c50d4a6090f8057cf58d7ada35&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:930}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_24_-622ab.png?1762783691&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_qui_tombe_des_e_toiles_julien_d_abrigeon.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_24_-622ab-13025.png?1764921748' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5caVyiAyMoKyOstVRrelDd?si=uJkoIMewRE-g1XPs_9u9dw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5caVyiAyMoKyOstVRrelDd?si=uJkoIMewRE-g1XPs_9u9dw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
On vous raconte, on nous raconte, on se raconte tellement d'histoires qu'&#224; force tout se m&#234;le, r&#233;alit&#233;, fiction, la vie m&#234;me devient fable. Elizabeth Holmes se raconte des histoires, fait de sa vie un r&#233;cit. Mais sa vie n'est que vide, repose sur du vent, furieux, du rien racont&#233; comme plein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reagan vend un r&#233;cit au monde. M&#234;me Christa finit par y croire, se berce de ce beau roman d'un futur &#224; &#233;crire. Les conservateurs nous vendent un pass&#233; fantasm&#233;, un futur &#224; rebours. Ils pensent encore aujourd'hui qu'il suffit de croire suffisamment en une parole pour que, d'un coup de baguette magique, les faits se transforment.&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;goud tient son auditoire par ses r&#233;cits cr&#226;neurs, s'inscrit dans la presse par les pleins et les d&#233;li&#233;s qu'il trace dans le ciel sans savoir qu'il n'est lui-m&#234;me que le personnage qu'on a &#233;crit pour lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous raconte tant d'histoires qu'on finirait par se raconter des histoires, s'inventer un sc&#233;nario pour notre vie, lui chercher un sens, un d&#233;but, un milieu, une fin. Un hi-score, une m&#233;daille au bout. Et apr&#232;s ? Que faire de la partie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pi&#232;ces du &lt;i&gt;Tetris&lt;/i&gt; s'embo&#238;tent, sans espace vide, un plan existe puisque l'on est construit.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se raconte notre vie, mais le futur se moque de ceux qui veulent l'&#233;crire ou le deviner. Les Bar&#232;s, les Kane, les Holmes ou les Ovide, la t&#234;te dans les &#233;toiles. Les pythies peuvent bien les m&#226;cher, les lauriers repousseront, sauvages.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous raconte les histoires qu'ils se sont racont&#233;es, qu'ils nous ont racont&#233;es. Une construction. Une construction jusque-l&#224; bien &#233;tanche, solide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il suffit d'un joint qui l&#226;che, &#224; froid, et, sous la pression, l'hydrog&#232;ne s'&#233;chappe du r&#233;servoir. Dans le bleu de la toile, une d&#233;chirure.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire bifurque.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&#171; On sent que tout se d&#233;robe, que la mati&#232;re m&#234;me qui nous constituait devient mousse fragile, s'&#233;vapore et s'enfuit. Il reste une m&#226;choire qui se serre, une gorge qui bloque. Une soif, une faim, une folle faim, une soif effrayante et le ventre se creuse, il se vide et s'&#233;chappe. On sent les jambes, les pieds, en p&#226;te molle, qui flanchent. On n'est plus rien, un trou, une gorge, une m&#226;choire et quelque chose monte de la gorge &#224; la m&#226;choire, passe par les sinus et d&#233;gouline par les yeux, sur les joues, joues qui fondent, tout a l&#226;ch&#233;. Il n'y a plus de branchette &#224; laquelle s'accrocher, plus de prise, il n'y a pas de b&#226;che en bas, pas de matelas pour amortir la chute, pas de toile tendue ou de trampoline, il n'y a rien. C'est fini, on tombe et on s'&#233;clate au sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
On savait que c'&#233;tait &#231;a, le sans-filet, on a go&#251;t&#233; les d&#233;licieux plaisirs du sans-filet et du casse-gueule, le frisson du danger, le plaisir de s'en sortir, la joie d'&#233;chapper &#224; la mort qu'on d&#233;fie. On s'est fait peur, souvent, en glissant sur une bordure de fen&#234;tre, en se rattrapant &#224; une rambarde qui branle. Et l&#224; &#233;tait le plus beau, ce dont on riait une fois en bas, on &#233;vacuait la mort dans un &#233;clat de rire, autour d'une tarte au citron et d'un verre de limonade. On n'avait jamais &#233;t&#233; si heureux, on avait niqu&#233; la mort, rendu &#224; la vie sa valeur en ayant vu son prix en face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le filet est aussi dr&#244;le qu'une paire de plaquettes de frein, qu'un contrat d'assurance, c'est un droit &#224; la faute et, sans la peur d'y passer, la vie vibre moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on l'enl&#232;ve, ce filet. On est pr&#234;ts. On a d&#233;j&#224; tant de fois fr&#244;l&#233; la mort qu'on s'enhardit. On a niqu&#233; la mort tant et tant qu'on est devenus intimes, on lui fait confiance. On sait qu'on est plus forts qu'elle, puissants, ma&#238;tres de nos destin&#233;es, la peur elle-m&#234;me ne nous fait pas peur. Alors, oui, on tente plus fou, plus haut, plus difficile, on saute plus loin, de plus haut. Tout va, on s'entra&#238;ne, on est lucides. Le danger, c'est notre m&#233;tier, on est des pros. L&#224;, la difficult&#233; est dans le prochain saut, pas celui-ci, facile, on est concentr&#233;s sur le proch/ le sol. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge&#239; Tkachenko, associ&#233; de Dan Rapoport et copropri&#233;taire de ce m&#234;me club moscovite, le Soho Room, &#233;tait d&#233;j&#224; tomb&#233; d'un immeuble cinq ans avant lui, en 2017. &#192; Moscou, il &#233;tait connu en tant que dj Jeff. Son opposition &#224; Poutine &#233;tait publique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une vid&#233;o existe. Elle le montre accroch&#233; &#224; une fen&#234;tre &#224; une centaine de m&#232;tres du sol, en chaussettes, se maintenant du bout des orteils sur une corniche de quelques centim&#232;tres. Il a les deux bras &#224; l'int&#233;rieur. Il glisse une premi&#232;re fois, se rattrape ; il &#171; ne veut pas se jeter. Un visage appara&#238;t, celui d'une femme si l'on se fie &#224; la chevelure. Elle ne lui porte pas secours. Tkachenko repositionne ses mains vers le bord de la fen&#234;tre, on ne comprend pas ce qui motive chez lui cette prise de risque suppl&#233;mentaire. Un pied glisse, il voudrait le replacer. Mais l'autre suit. Et l'attraction l'emporte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son corps dessine parfaitement sa silhouette dans la neige sur le toit d'un supermarch&#233; adjacent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le timing de la vid&#233;o est v&#233;ritablement digne d'un travail de professionnel. Le vid&#233;aste propose un plan d'ensemble, d'abord la rue, puis l'immeuble, il panote vers le haut pour montrer sa hauteur, une petite vingtaine d'&#233;tages. Ensuite il zoome sur Tkachenko. L'action se noue en quelques secondes, sans coupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les journaux russes avancent l'hypoth&#232;se d'une alter&#173;cation avec sa petite amie, il aurait fait cela pour l'effrayer. L'un titre : &#171; Une mort ridicule &#187; et avance pour &lt;i&gt;preuve&lt;/i&gt; cette vid&#233;o. D'autres se questionnent sur le fait que la femme n'a pas cherch&#233; &#224; l'aider, &#224; alerter les secours. Ils disent avoir interrog&#233; les amis de dj Jeff pour comprendre comment il s'est retrouv&#233; dans cette position d&#233;licate : &lt;i&gt;Dans un &#233;lan, il a saut&#233; &#171; sur le rebord de la fen&#234;tre de l'une des pi&#232;ces, o&#249;, par une terrible co&#239;ncidence, la fen&#234;tre &#233;tait ouverte. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps d'Edlinger g&#238;t. Le c&#339;ur ne bat plus. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le h&#233;ros est &#224; terre. Loin des cam&#233;ras. On a trembl&#233; mille fois pour lui, on a lou&#233; son adresse, sa force, son courage. On admirait son aptitude &#224; tromper la mort du bout des doigts. Jamais nous n'aurions os&#233;. On se retient d'exprimer cette l&#233;g&#232;re touche de revanche qui pointe, on ne peut titiller la mort sans qu'elle vous frappe en retour. On est pr&#234;t &#224; pleurer l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres grimpeurs, les randonneurs autour ont vu l'accident, tout le monde se pr&#233;cipite. Qui pour porter secours, pour au moins faire semblant de ? On se doute que ce sera vain mais on ne peut pas ne rien faire devant la mort. Il faut bien se rassurer. Un peu. Un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les enqu&#234;tes, personne n'est arriv&#233; &#224; d&#233;terminer qui &#233;tait cet homme, tomb&#233; du ciel dans ce jardin londonien. On pense qu'il est k&#233;nyan puisque parti de Nairobi en se dissimulant dans le train d'atterrissage du Boeing 787-8 du vol kq100 de la Kenya Airways, huit heures plus t&#244;t. Seul indice, un sac kaki contenant une bouteille d'eau, un Fanta, des baskets, un peu d'argent k&#233;nyan, et, sur le sac, des initiales : &lt;i&gt;M. C. A.&lt;/i&gt; Cela fera &#171; donc nom. M. C. A. tentait vraisemblablement de fuir un pays o&#249; pr&#232;s de la moiti&#233; de la population vit sous le seuil de pauvret&#233;, esp&#233;rant sans doute un avenir plus radieux en Angleterre. Le soleil en Angleterre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours apr&#232;s, en France, la nouvelle est reprise dans les journaux. Sous l'article en ligne de &lt;i&gt;Valeurs Actuelles&lt;/i&gt;, d'anciens paras et des lecteurs s'en amusent. L'un demande si le jardin va bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil en Europe. Gla&#231;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il p&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anfin, l'&#226;j&#949; le ratrap&#949;, l'uz&#949;. Plus d'un&#949; vingtain&#949; d'an&#233;&#949;s apr&#232;s son retour, Bar&#232;s fatigu&#949; anfin. La gu&#232;r&#949; est d&#233;clar&#233;&#949;, les hom&#949;s se bat&#949;nt pour &amp; sur d'autr&#949;s frons. Il &#233;crit moins, lais&#949; de plus en plus la plac&#949; dans ses colon&#949;s &#224; ses colaborat&#949;urs, aus lect&#949;urs. L&#949; joujou n&#949; l'amuz&#949; plus autant. &lt;i&gt;Le R&#233;formiste&lt;/i&gt; disparait p&#949;u apr&#232;s la tourmant&#949;, l'ortograf&#949; a p&#949;u la cot&#949; apr&#232;s la bouch&#949;ri&#949;. Et l'&#226;j&#949; frap&#949; sal&#949;mant, &#224; bout portant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bar&#232;s qui pasait s&#949;ul&#949;mant ses hivers &#224; Nice s'y instal&#949; plus durabl&#949;mant, ach&#232;t&#949; d&#949; nombr&#949;us im&#949;ubl&#949;s. Lui s'est pay&#233; la villa Val fleuri, superb&#949; batis&#949; &#233;difi&#233;&#949; dans un jigant&#232;squ&#949; parc, dans l&#949; quartier Saint-&#173;Sylvestre. La sant&#233; n'est pas bon&#949;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa quatri&#232;m&#949; vi&#949; comanc&#949;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son palais, Bar&#232;s se r&#949;ferm&#949;. Il voit son conbat r&#233;formist&#949; balay&#233; par la gu&#232;r&#949;. Rien n&#949; va. L'aigr&#949;ur mont&#949;. Et, sur c&#949;la, d&#233;barqu&#949; la gout&#949;, les doul&#949;urs l'anp&#232;ch&#949;nt d&#949; dormir, la fatigu&#949; s'acumul&#949;, des varis&#949;s conpliqu&#949;nt la situacion. Un&#949; toux s&#232;ch&#949; s'instal&#949;, persistant&#949;, asomant&#949;. Rien n&#949; va. Bar&#232;s est contraint d&#949; vivr&#949; alit&#233;. Il sort rar&#949;mant, avec grand&#949; &#171; dificult&#233;, prandr&#949; l&#949; soleil dans l&#949; jardin, la janb&#949; gout&#949;us&#949; r&#949;couvert&#949; d&#949; journaus. Ernestine est toujours l&#224; mais l&#949; p&#949;tit personel vals&#949;. Il n&#949; tient pas. Rien n&#949; va. Bar&#232;s est d&#233;zormais iritabl&#949;, tr&#232;s iritabl&#949;. Un vrai tiran. C&#949;la d&#949;vient l&#233;jand&#232;r&#949;. Ateint d&#949; la &lt;i&gt;maladie de la pers&#233;cution&lt;/i&gt; s&#949;lon les voizins, il acuz&#949; tout l&#949; mond&#949; d&#949; tout. Cert&#949;s, il poursuit ses acsions de m&#233;c&#233;na, cr&#233;&#949; l&#949; Pris Bar&#232;s mais l'hom&#949; est infect. Tout l&#949; mond&#949; l&#949; sait. L&#949; jardinier, ranvoy&#233;, part en prom&#232;tant d&#949; lui doner d&#949; ses nouv&#232;l&#949;s : &lt;i&gt;J&#949; r&#949;viendrai au momant o&#249; vous vous atandrez l&#949; moins !&lt;/i&gt; L&#949; vi&#949;us, afaibli et irit&#233; d&#949; l'&#234;tr&#949;, planqu&#949; un fuzil sous son jigantesqu&#949; &#233;dr&#949;don &#224; la mod&#949; d'autr&#949;fois. Un p&#949;tit fuzil d&#949; chas&#949; &#224; d&#949;us coups. Ernestine s'an servait pour desandr&#949; les &#233;tournaus. Il y a plac&#233; d&#949;us cartouch&#949;s d&#949; p&#949;tit plon. Il &#233;ruct&#949;, pourit tout l&#949; mond&#949;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C&#949;pandant, les afair&#949;s continu&#949;nt. S'il v&#949;ut doner, garder, il doit vandr&#949;. Il est tanps d&#949; s&#949; s&#233;parer d&#949; quelqu&#949;s propri&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses arrangements avec les faits fuitent. Tr&#232;s vite, la b&#233;ance s'&#233;tend, tout s'&#233;chappe, d&#233;gonfle en vrille et explose au visage d'Elizabeth Holmes, le 16 octobre 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Plusieurs employ&#233;s ont fini par parler, par tout l&#226;cher. D'un c&#244;t&#233;, Erika Cheung, vingt-trois ans, envoie un rapport &#224; la fda, l'agence de r&#233;gulation des m&#233;dicaments, expliquant les magouilles d'analyses r&#233;alis&#233;es pour les pharmacies Walgreens sur &#171; des machines classiques dans les sous-sols de Theranos. Elle raconte &#233;galement que des r&#233;sultats erron&#233;s ont &#233;t&#233; envoy&#233;s &#224; des patients atteints de pathologies graves, avec probablement des cons&#233;quences fatales. S'ensuivront une inspection surprise des laboratoires et la r&#233;vocation imm&#233;diate des autorisations de l'entreprise. Erika Cheung s'aper&#231;oit, gr&#226;ce &#224; un voisin, qu'un homme dans une voiture stationne devant chez elle depuis des heures. Elle finit par aller le voir, il lui donne une lettre de menace de poursuites sign&#233;e par l'avocat de Theranos, David Boies.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, Tyler Shultz, petit-fils du secr&#233;taire d'&#201;tat qui s'&#233;tait entich&#233; d'Elizabeth Holmes d&#232;s le d&#233;part, a contact&#233; le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;. Engag&#233; par Holmes, il a &#233;t&#233; t&#233;moin des multiples d&#233;rives de l'entreprise, ce qui l'a men&#233; &#224; quitter son poste. Le journaliste John Carreyrou d&#233;cide de le rencontrer. Sa longue enqu&#234;te commence. Il re&#231;oit Erika Cheung et d&#233;couvre l'ampleur de l'arnaque. Elizabeth, qui a eu vent des investigations de Carreyrou, cherche &#224; faire pression sur Rupert Murdoch, le Citizen Kane qui poss&#232;de le journal, pour emp&#234;cher la parution de l'article. En vain. Le 15 octobre, le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; titre dans ses pages Business : &#171; La start-up prometteuse Theranos a eu des difficult&#233;s avec sa technologie de test sanguin. &#187; C'est le premier d'une longue s&#233;rie d'articles. La bulle est crev&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chiffre de l'article, &#171; 42,9 % &#187;, est soumis &#224; une recherche pouss&#233;e dans tous les &#233;changes internes de Theranos. Tyler Shultz est rep&#233;r&#233; comme un des lanceurs d'alerte. David Boies envoie chez lui deux avocats lui annoncer que l'entreprise le tra&#238;ne en justice. Shultz n'est pas n'importe qui et ses parents investissent cinq cent mille dollars pour pr&#233;parer sa d&#233;fense. Ils vendent une maison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elizabeth se d&#233;fend, un temps, contre-attaque, un temps. Mensonges et d&#233;n&#233;gations, fables et marmelade. Puis, devant l'&#233;vidence qu'elle seule nie, tout le monde la l&#226;che. Kissinger, George Shultz, David Boies d&#233;missionnent. Elizabeth renvoie son comparse et ex-&#173;compagnon Sunny. La valeur de Theranos passe de neuf milliards &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s l'article, tout est liquid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://lequartanier.com/parution/745-qui-tombe-des-etoiles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Qui tombe des &#233;toiles&lt;/i&gt;, Julien d'Abrigeon, Le Quartanier, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>J'&#233;tais roi &#224; J&#233;rusalem, de Laura Ulonati</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Ville</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Laura Ulonati redonne vie &#224; Wasif Jawhariyyeh, musicien et chroniqueur palestinien du d&#233;but du XX&#7497; si&#232;cle, t&#233;moin des m&#233;tamorphoses de J&#233;rusalem. &#192; travers sa voix, la romanci&#232;re fait vibrer une cit&#233; o&#249; coexistaient juifs, musulmans, orthodoxes et chr&#233;tiens, avant qu'elle ne se fracture sous les coups de l'Histoire. Le roman m&#234;le m&#233;moire intime et destin collectif. Plus qu'un r&#233;cit historique, ce roman &#224; l'&#233;criture lyrique et sensorielle, transforme le r&#233;el en chant, dans une alternance de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_23_1_-ad184.png?1763712083' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH226/9782330209261_couv_300_ok-6c6ae.jpg?1760866996' width='120' height='226' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Laura Ulonati redonne vie &#224; Wasif Jawhariyyeh, musicien et chroniqueur palestinien du d&#233;but du XX&#7497; si&#232;cle, t&#233;moin des m&#233;tamorphoses de J&#233;rusalem. &#192; travers sa voix, la romanci&#232;re fait vibrer une cit&#233; o&#249; coexistaient juifs, musulmans, orthodoxes et chr&#233;tiens, avant qu'elle ne se fracture sous les coups de l'Histoire. Le roman m&#234;le m&#233;moire intime et destin collectif. Plus qu'un r&#233;cit historique, ce roman &#224; l'&#233;criture lyrique et sensorielle, transforme le r&#233;el en chant, dans une alternance de tranches de vie du personnage central, et textes beaucoup plus courts, qui restituent la ville aujourd'hui. Ce livre est une c&#233;l&#233;bration de l'Histoire de J&#233;rusalem et de la Palestine, d'&lt;i&gt;un pass&#233; que les tenants d'une m&#233;moire s&#233;lective aimeraient effacer et que ce livre voudrait partager&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://rentree.actes-sud.fr/laura-ulonati-jetais-roi-a-jerusalem/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;J'&#233;tais roi &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, Laura Ulonati, Actes Sud, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8537 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8537&#034; data-id=&#034;d3fb49f5db2a9c34853dd02893c98f1d&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:853}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_23_-cfacb.png?1760996026&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/j_e_tais_roi_a_je_rusalem_laura_ulonati.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_23_-cfacb-3ba97.png?1763712083' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/33D3hlD2q3HNSL0utAjOg6?si=ZepIi2_9RnK3ZCmg0MDEAw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/33D3hlD2q3HNSL0utAjOg6?si=ZepIi2_9RnK3ZCmg0MDEAw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le m&#233;decin diagnostiqua une pneumonie. La fi&#232;vre &#233;tait si forte qu'elle faisait d&#233;lirer mon p&#232;re. Il g&#233;missait en boucle cette phrase incompr&#233;hensible : &lt;i&gt;Les Anglais nous ont d&#233;coup&#233; comme un baqlawa !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vrai proph&#232;te, ce n'&#233;tait pas Allenby. C'&#233;tait lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#234;tre facilement partag&#233;, un &lt;i&gt;baqlawa&lt;/i&gt; doit &#234;tre divis&#233; avant d'&#234;tre cuit. Ainsi les futurs vainqueurs de l'Entente avaient-ils proc&#233;d&#233; avec le g&#226;teau ottoman. C'est ce que le gouvernement bolchevique r&#233;v&#233;la en publiant les documents de leur diplomatie secr&#232;te. Ces fameux accords Sykes-Picot qui inventaient le &lt;i&gt;Moyen-Orient&lt;/i&gt;. Entre l'&lt;i&gt;Extr&#234;me&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Proche&lt;/i&gt;, des g&#233;n&#233;raux en chef avaient eux aussi jou&#233; avec leurs cartes en papier. Et dans ce milieu pens&#233; comme un ventre mou, une p&#226;te &#224; modeler selon leurs volont&#233;s, ils avaient anticip&#233; l'attribution aux Fran&#231;ais d'un mandat sur la Syrie et le Liban. Aux Anglais, sur l'Irak et la &lt;i&gt;Palestine&lt;/i&gt;. De quoi cette &lt;i&gt;Palestine&lt;/i&gt; &#233;tait-elle d&#233;j&#224; le nom ? Celui d'une esp&#232;ce d'espace sans puissance d'&#233;vocation. Celui d'une province romaine oubli&#233;e, d'une collection de lieux et de peuples domin&#233;s parmi lesquels on avait retenu les Philistins. Les ennemis irr&#233;ductibles de Samson et de la Jud&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement au nom d'&lt;i&gt;Isra&#235;l&lt;/i&gt;, &#231;a ne disait pas notre pass&#233;. Pour le moment, &lt;i&gt;Isra&#235;l&lt;/i&gt; n'existait que dans la Bible, il n'&#233;tait pas encore cartographi&#233; mais en creux. En nous assimilant &#224; ces fameux Philistins, les Anglais avaient commenc&#233; &#224; nous d&#233;finir comme leur oppos&#233;, leur n&#233;gatif. &#192; nous figer dans cette identit&#233;. Notre intuition terrible fut confirm&#233;e &#224; la Saint-Georges. Pour l'occasion, la fi&#232;vre de mon p&#232;re baissa un peu. Juste assez pour qu'il puisse demander d'aller sur le toit : &lt;i&gt;Une derni&#232;re fois&lt;/i&gt;. M&#234;me ma m&#232;re ne pouvait s'opposer &#224; &#231;a. Et puis, le soleil &#233;tait l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le regardai sourire. Le seul homme heureux de J&#233;rusalem en ce 9 novembre 1917. Je ne lui parlai pas du journal. De cet encart imprim&#233;, long de soixante-sept mots &#233;crits par un inconnu au bataillon. &lt;i&gt;Balfour&lt;/i&gt;, cet &#233;tranger qui allait changer notre histoire &#224; jamais. &lt;i&gt;Balfour&lt;/i&gt;, cet &#233;quarrisseur qui avait d&#233;cid&#233; de tailler des parts encore plus petites dans notre carcasse. Un morceau pour les Arabes, le reste pour un &lt;i&gt;&#8220;Foyer national juif&#8221;&lt;/i&gt;. Malgr&#233; sa pneumonie divinatoire, mon p&#232;re n'avait cette fois rien per&#231;u de ce danger : &lt;i&gt;Il faut investir dans le Nouvel Ordre !&lt;/i&gt; On peut difficilement faire plus laid, plus lourd comme derni&#232;re phrase. Et avec le recul, on peut m&#234;me ajouter qu'on ne peut pas faire plus stupide et ridicule. Moi qui connais la suite du film, je peux juger de la sorte l'expression de confiance que mon p&#232;re avait sur la figure au moment de partir. Mais ce qui m'en emp&#234;che tient moins &#224; ma pi&#233;t&#233; filiale qu'&#224; mon rapport &#224; la foi. Tout au long de mon existence, bien que l'id&#233;e de la grandeur divine me soit apparue de plus en plus inconciliable avec mon v&#233;cu terrestre, je n'ai jamais pu me dire &lt;i&gt;ath&#233;e&lt;/i&gt;. C'est ce mot-l&#224; que je trouve stupide et ridicule. Il sent mauvais le satisfait, le content de soi. La condescendance de qui se pr&#233;tend enti&#232;rement affranchi car certain d'&#234;tre renseign&#233; par la science ou l'exp&#233;rience des ann&#233;es. Au contraire, dans sa na&#239;vet&#233;, la foi garde &#224; mes yeux une beaut&#233; radieuse, immuable. Celle du visage que mon p&#232;re tourna vers sa ville pour mourir. Une esp&#233;rance qui s'allume en moi &#224; chaque fois que je m'installe quelque part au soleil. N'importe o&#249;, sur un banc ou le bord d'un trottoir. Je reste l&#224;, et me voil&#224; compl&#232;tement heureux. &#192; son image. Apais&#233; en regardant d'un &#339;il amical les choses, les gens, les b&#234;tes. Des yeux clairs et doux, mais toujours larmoyants comme ceux d'une personne tristement lucide. Comme ceux de l'&#226;ne de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est mort quelques jours apr&#232;s lui. J'aurais aim&#233; pouvoir les enterrer ensemble, &#224; la mani&#232;re d'un chevalier. De ces princes d'une autre &#233;poque qui se faisaient inhumer avec leurs montures.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce qui suivit, je n'ai que des souvenirs impr&#233;cis. Ceux de mes premi&#232;res saouleries. Je vivais tout en m&#234;me temps ; le deuil et la fin de la conscription. Je passais sans cesse du linceul aux draps des h&#244;tels. L'un d'eux servit &#224; la reddition de la ville. Sans l'aide de son d&#233;corateur officiel, Hussein &lt;i&gt;effendi &lt;/i&gt; dut aller demander &#224; la patronne de l'&lt;i&gt;American Colony&lt;/i&gt; de quoi fabriquer un drapeau blanc. Avant de d&#233;guerpir, les Ottomans lui avaient confi&#233; une lettre de capitulation &#224; remettre aux Britanniques. Quand Hussein &lt;i&gt;effendi&lt;/i&gt; mourra l'ann&#233;e d'apr&#232;s, en seulement trois jours d'une fi&#232;vre inexpliqu&#233;e, d'aucuns diront qu'il s'agissait de sa punition. Sa damnation pour avoir livr&#233; J&#233;rusalem aux infid&#232;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle condamnation &#233;tait r&#233;v&#233;latrice du niveau des tensions qui traversaient la soci&#233;t&#233; citadine. M&#234;me si, pour sa proclamation du 11 d&#233;cembre 1917, Allenby avait voulu apaiser les esprits. Afin de ne pas para&#238;tre trop triomphal, il &#233;tait descendu de son cheval et avait franchi &#224; pied les murailles. N&#233;anmoins, la D&#233;claration Balfour restait grav&#233;e dans toutes les t&#234;tes ; Troie se m&#233;fiait. Alors, du haut des marches de la citadelle de David, au nord de ce quartier arm&#233;nien qu'il avait sauv&#233; de l'&#233;vacuation (sans sa victoire sur la ville, qui sait ce que les Turcs auraient fait de ces pauvres gens&#8230;), Allenby avait tent&#233; de rassurer. Il avait promis d'&#233;quitablement respecter les trois grandes religions de l'humanit&#233;, mais le mal &#233;tait fait. Dans le quartier de Silsila, les mouches ne se posaient plus sur les &#233;tals de p&#226;tisseries au miel ; le vieux couple de joueurs d'&#233;checs y divor&#231;ait avec trop de fracas. Au beau milieu d'une partie, le musulman renversait le plateau avant de gueuler : &lt;i&gt;Pourquoi tu ne veux plus vivre avec moi ?&lt;/i&gt; Ce comportement laissait le s&#233;farade compl&#232;tement ahuri. &#192; Sa'diyya, il suffisait qu'un juif adresse un salut &#224; une troupe anglaise pour qu'on le suspecte : &lt;i&gt;Ce tra&#238;tre complote dans notre dos !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, je ne savais pas quoi penser. Je traversais un flou ouat&#233; qui me menait de soir&#233;e en soir&#233;e. Je voulais juste d&#233;coucher pour ne plus voir ma m&#232;re pleurer. Je voulais jouer, boire, baiser. Tawfiq passait son temps &#224; me chercher pour me ramener &#224; Dar al-Jawhariyyeh. Mais il m'&#233;tait facile de me cacher dans le grand bordel qu'&#233;tait devenue J&#233;rusalem. Il y avait des f&#234;tes toute la journ&#233;e. &#199;a dansait, &#231;a chantait dans les rues. N'avions-nous pas &#233;t&#233; &lt;i&gt;&#8220;lib&#233;r&#233;s&#8221;&lt;/i&gt; ? C'est ce que les vainqueurs &#233;crivaient. Des gros titres non align&#233;s sur la modestie d'Allenby et qui n'h&#233;sitaient pas &#224; fanfaronner. Apr&#232;s &lt;i&gt;&#8220;quatre si&#232;cles de croisade&#8221;&lt;/i&gt;, J&#233;rusalem &#233;tait &lt;i&gt;&#8220;leur cadeau de No&#235;l&#8221;&lt;/i&gt;. Voil&#224; ce que l'Occident pensait. Ces gens n'&#233;taient pas s&#233;rieux, alors autant s'amuser. Faire le clown pour eux, le pantin. Par-dessus mon ancien uniforme, je portais une tunique bariol&#233;e. Aux pieds, je chaussais des sabots de bois. Je n'avais honte de rien puisque les cachets pleuvaient. En une nuit de concert, je gagnais de quoi picoler le reste de la semaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait &#224; l'&lt;i&gt;American Colony&lt;/i&gt; qu'il y avait le plus d'argent &#224; se faire. Parfois, Ali venait aussi se produire. Il &#233;tait l&#224; le soir du r&#233;veillon ; l'h&#244;tel &#233;tait bond&#233;. Nous allions nous en mettre plein les poches et Ali aurait assez d'&#233;conomies pour pouvoir s'en aller avec la nouvelle ann&#233;e. Mais minuit n'avait m&#234;me pas sonn&#233; que je commen&#231;ai &#224; flancher. La t&#234;te me tournait, je frissonnais. Je portais des toasts depuis la mi-journ&#233;e, j'avais beaucoup trop exag&#233;r&#233;. Ali ne fit aucun commentaire. Nos deux ouds en bandouli&#232;re sur son costume de tweed, il entreprit de me soulever et de me ramener &#224; Dar al-Jawhariyyeh. Je ne sais pas comment il fit. Je sais juste que, parvenu devant l'entr&#233;e, je vomis tout ce que je pus. Ali voulait monter me border, mais je refusai. Je lui assurai avoir assez dessaoul&#233; pour y arriver seul. En v&#233;rit&#233;, je n'avais aucune intention de rentrer dans la maison. Je voulais qu'Ali s'en aille pour pouvoir &#224; nouveau m'&#233;chapper. Il me tendit mon oud avant de repartir : &lt;i&gt;Prends soin de toi, mon ami !&lt;/i&gt; Je m'assurai qu'il tourne &#224; l'angle de la rue. J'&#233;coutai ses pas s'&#233;loigner dans l'obscurit&#233; mais, avant de me carapater dans la direction oppos&#233;e, j'entendis un tumulte, des &#233;clats de voix. Ce cri : &lt;i&gt;Sale Juif !&lt;/i&gt; Avais-je seulement r&#234;v&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai titub&#233; comme j'ai pu jusqu'&#224; son ventre poignard&#233;. Son corps &#233;tait &#233;tendu en travers de la rue, effondr&#233; &#224; c&#244;t&#233; de son instrument fracass&#233;. L'image d'un monde mort de l'envie de na&#238;tre. Elle ne me laisse jamais en paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour trouver le repos, il faut savoir pour &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; ou pour &lt;i&gt;quoi&lt;/i&gt; on meurt. C'est ce que demandaient Ali et son doux visage ab&#238;m&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que c'est pour &#233;viter de r&#233;pondre que l'on a pris l'habitude d'envelopper nos morts dans des draps. Je crois que c'est pour &#233;viter d'y &#234;tre cousu que je m'y &#233;bats. Enfin, plus maintenant. Cela fait longtemps que je ne passe plus de bras en bras. Mais il m'en reste le linge sale, couvert des taches suspectes que les mensonges y ont laiss&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas pu dire &#224; la famille d'Ali la vraie cause de son d&#233;c&#232;s. J'ai racont&#233; que c'&#233;tait pour voler son cachet qu'il avait &#233;t&#233; assassin&#233; ; cet argent effectivement absent de ses poches, qu'il n'avait jamais touch&#233; par ma faute. La trame us&#233;e de ce clich&#233; me paraissait pr&#233;f&#233;rable &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre que ses meurtriers &#8211;- ces salauds qui, manifestement, le connaissaient &#8211;- avaient pouss&#233; le vice jusqu'&#224; venir &#224; son enterrement ? La foule &#233;tait nombreuse au cimeti&#232;re du mont des Oliviers. Des troncs calcin&#233;s fumaient encore, braises de combats qui couvaient en nous d&#233;sormais. D'un feu qui nous d&#233;vorerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'osais regarder personne. Surtout pas son p&#232;re ; sa grand-m&#232;re qui, &#224; pr&#233;sent, caressait son pr&#233;nom grav&#233; sur une tombe. Mes yeux &#233;taient riv&#233;s sur la porte Dor&#233;e. L'entr&#233;e par o&#249; le Messie devrait, un de ces jours, arriver. Elle nous faisait face, de l'autre c&#244;t&#233; de la vall&#233;e du C&#233;dron. On ne voyait qu'elle en plein milieu de la muraille orientale puisque, des huit portes de J&#233;rusalem, elle &#233;tait la seule &#224; &#234;tre enti&#232;rement mur&#233;e. Peut-&#234;tre que le Salut &#233;tait cens&#233; l'escalader ? Cette pens&#233;e me fit rigoler. Mon voisin de cimeti&#232;re me jeta un &#339;il torve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon la coutume juive, chacun passait devant la tombe d'Ali en y d&#233;posant un caillou. Pierre contre pierre, comme un aimant du vivant pour d&#233;tacher les m&#226;nes de la tyrannie de la mort. Pour les liqu&#233;fier, les faire cesser d'&#234;tre solides, sordides. Les faire remonter &#224; la surface. Les ramener &#224; nous, juste un instant. Peut-&#234;tre que, finalement, le Salut n'aura pas besoin d'escalader la porte Dor&#233;e. Le moment venu, Il saura s&#251;rement la traverser. Je me mis soudain &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce fut mon tour, je tirai de ma poche un carreau de fa&#239;ence brun fonc&#233; ; une tesselle presque aussi noire qu'un morceau de charbon. L'un des tisons qui ornaient la s&#233;pulture de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais all&#233; le d&#233;coller. Une profanation comme un aveu de culpabilit&#233;. Une br&#232;che laiss&#233;e en forme de plaie ouverte, de br&#251;lure. De blessure dans ma propre chair mutil&#233;e. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Le bulbul n'est pas un oiseau chanteur tr&#232;s dou&#233;. On a beau traduire son nom par &#8220;rossignol&#8221;, son staccato n'est pas aussi fl&#251;t&#233;. En v&#233;rit&#233;, le bulbul &#233;ternue plus qu'il ne gazouille. Un &#8220;whichyuu&#8221; r&#233;p&#233;t&#233;, un peu nasillard, strident. Un sifflement &#233;nervant qui, au Paradis, taperait vite sur le syst&#232;me des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'il se dit en mordant dans son casse-cro&#251;te. Pourtant, il doit lui am&#233;nager un havre de paix ; un jardin sous la muraille orientale de cette J&#233;rusalem empierr&#233;e. Ville toute min&#233;rale dont les toits sont devenus des citadelles grillag&#233;es, armori&#233;es de drapeaux bleus du ciel mais n'offrant plus d'aire de repos &#224; ce passereau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; son travail, on cultivera bient&#244;t des arbres, et le bulbul sera peut-&#234;tre rejoint par des &#233;tourneaux. Nu&#233;es de milliers, de dizaines de milliers d'oiseaux qu'il aime observer chaque ann&#233;e dans leur travers&#233;e d'Isra&#235;l. &#192; l'automne, le pays est une &#233;tape dans leur grand p&#233;riple d'ouest en est. Un orchestre sans fronti&#232;re qui n&#233;cessite davantage de branches afin de prot&#233;ger son sommeil des rapaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e lui fait mieux appr&#233;cier le bulbul. Il le trouve sympathique apr&#232;s tout, avec ses joues blanches et son croupion jaune ; avec sa huppe noire au sommet de sa t&#234;te de linotte. Un cr&#226;ne de piaf qui le fait picorer toujours au m&#234;me endroit la terre grise et us&#233;e du cimeti&#232;re musulman de Yosefiya. Une poussi&#232;re qu'il vient de retourner au bulldozer et qui n'a manifestement rien &#224; offrir au pauvre moineau. &#8220;Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau&#8221;, mais des dentures enti&#232;res. Des os flottant &#224; la surface des s&#233;pultures &#233;ventr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sa pause d&#233;jeuner, il finira de les enfoncer dans le sol. De les terrasser avant de les recouvrir d'un tapis de gazon d&#233;pos&#233; carr&#233; par carr&#233;. Un contreplaqu&#233; d'herbe pour effacer ce qui pr&#233;existait ; la limite entre les vivants et les morts, entre J&#233;rusalem-Ouest et J&#233;rusalem-Est. Une guerre pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour les niais qui la chercheront encore, on r&#233;pondra qu'elle est enterr&#233;e sous cette ligne verte. Une jolie coul&#233;e bien colori&#233;e sur tous les plans de la ville. Une promenade urbaine et &#233;cologique longeant les vieux murs, les pentes lisses et aras&#233;es du &#8220;parc national des Remparts de J&#233;rusalem&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le casse-cro&#251;te englouti, il ne tarde pas &#224; s'y remettre. Les soldats qui gardent l'entr&#233;e du chantier sont sur les nerfs : les opposants au projet semblent chaque jour plus nombreux &#224; repousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit s'attaquer au carr&#233; des enfants. &#199;a lui serre un peu le bide &#8211; sans doute l'effet de la digestion &#8211; mais, apr&#232;s tout, il le fait pour que d'autres enfants viennent jouer ici en &#233;coutant p&#233;pier le printemps. Ils y fabriqueront de meilleurs souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que le pass&#233; pense &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf qu'en &#233;crasant la premi&#232;re rang&#233;e de petites tombes, les chenilles de son bulldozer font remonter ce qu'il pr&#233;f&#233;rait ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur cycle infernal et infini, lui revient le souvenir de son fils mort-n&#233;. Ce b&#233;b&#233; qui l'avait laiss&#233; &#8220;thekla&#8221;. L'h&#233;breu est l'une des seules langues &#224; poss&#233;der un mot pour dire l'indicible. Une rare parole pour raconter ce qui n'est jamais dans l'ordre des choses : un parent orphelin de son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision existe dans une autre langue de la souffrance ; l'arabe o&#249; elle se dit &#8220;shakoul&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout gr&#233;sille dans le bruit des chenilles. &#199;a se brouille devant ses yeux dans un ballet d'images parasites. Une danse hypnotique qui dessine dans sa t&#234;te comme dans la neige d'un vieux t&#233;l&#233;viseur les voiles d'un bateau, puis un serpent, un squelette psalmodiant le Coran, un fusil d'assaut. Une main qui lancerait une pierre, le vol &#233;tourdissant des &#233;tourneaux. Adam qui se souvient de son argile. Un bulbul transform&#233; en bulldozer, en Orph&#233;e aux Enfers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se pr&#233;cipite hors de sa cabine pour d&#233;gueuler dans la poussi&#232;re grise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bulbul sautille gaiement jusqu'&#224; la flaque acide nageant entre ses pieds. Son cr&#226;ne de piaf a enfin trouv&#233; de quoi manger.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://rentree.actes-sud.fr/laura-ulonati-jetais-roi-a-jerusalem/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;J'&#233;tais roi &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, Laura Ulonati, Actes Sud, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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