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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>Ce temps du dehors</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;La distance du possible &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai particip&#233; &#224; la marche organis&#233;e par Hortense Gauthier et la revue TINA en ligne, dont le principe consistait &#224; &#233;crire une phrase de 60 caract&#232;res par heure de marche, accompagn&#233;e d'une photographie. J'ai d&#233;couvert, en rentrant de promenade dans la for&#234;t de Carnelle avec Caroline et Nina, que l'endroit avait &#233;t&#233; le cadre des premiers essais du t&#233;l&#233;graphe de Chappe. Le 12 juillet 1793, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, 26 mots ont &#233;t&#233; transmis en 11 minutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/peinture" rel="tag"&gt;Peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_8_1_-ce3b8.png?1780210919' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La distance du possible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/2026/05/27/285-focus-30-marches-les-donnees/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marche organis&#233;e par Hortense Gauthier et la revue TINA en ligne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dont le principe consistait &#224; &#233;crire une phrase de 60 caract&#232;res par heure de marche, accompagn&#233;e d'une photographie. J'ai d&#233;couvert, en rentrant de promenade dans la for&#234;t de Carnelle avec Caroline et Nina, que l'endroit avait &#233;t&#233; le cadre des premiers essais du t&#233;l&#233;graphe de Chappe. Le 12 juillet 1793, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, 26 mots ont &#233;t&#233; transmis en 11 minutes de M&#233;nilmontant &#224; Saint-Martin-du-Tertre, soit une distance de 26 km &#224; vol d'oiseau. Le t&#233;l&#233;graphe Chappe &#233;tait un syst&#232;me de communication visuelle invent&#233; par Claude Chappe pendant la R&#233;volution fran&#231;aise. Il permettait de transmettre rapidement des messages &#224; grande distance gr&#226;ce &#224; une cha&#238;ne de tours &#233;quip&#233;es de bras articul&#233;s visibles &#224; la longue-vue depuis la station voisine. Chaque tour, espac&#233;e d'environ dix &#224; quinze kilom&#232;tres, relayait les signaux jusqu'&#224; destination. La premi&#232;re ligne relia Paris &#224; Lille en 1794 pour des usages militaires. Le syst&#232;me se d&#233;veloppa ensuite dans toute la France. Avec l'arriv&#233;e du t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique dans les ann&#233;es 1840, les tours Chappe furent progressivement abandonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55285243116_9841d761d1_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55285243116_9841d761d1_k-c1662.jpg?1780210919' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Bistro du Commerce, Avenue Ledru Rollin, Paris 11&#232;me, 21 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque jour se transforme en demain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains matins j'entends des voix. Ce ne sont pas exactement des voix, mais &#231;a vibre en moi, &#231;a r&#233;sonne dans ma t&#234;te. Difficile de ne pas les comparer &#224; des voix. C'est un tremblement qui se transmet par l'interm&#233;diaire des murs de ma chambre, me parvient en remontant jusqu'aux parois de mon cr&#226;ne. Je crois qu'il s'agit de paroles que j'entends dans un r&#234;ve que je ne parviens pas &#224; comprendre, dont je n'identifie pas explicitement les mots. Cela m'arrive parfois. Une forme de ligne de basse continue, tel un moteur qui gronde sous terre. J'entends parfois les v&#233;hicules sortant du parking de l'immeuble faire vibrer les murs du sous-sol, mais l&#224; ce n'est pas la m&#234;me chose. Le temps de me r&#233;veiller pour comprendre qu'il s'agit en fait de la radio des voisins. Je ne me trompais pas r&#233;ellement, ce sont bien des mots, un brouhaha de paroles incompr&#233;hensibles, de voix confuses, qui se r&#233;sument &#224; une bouillie de phon&#232;mes. Je sens vibrer le monde depuis mon lit, &#224; demi-r&#233;veill&#233;, troubl&#233; par ces &#233;chos lointains qui me rappellent les voix de la radio, programm&#233;e la veille, qui s'allume au moment du journal. Le son est inaudible tout d'abord, il monte progressivement. Il faut que je me presse de l'arr&#234;ter, sinon j'ai l'impression que les voix des journalistes vont se mettre &#224; crier leurs informations anxiog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mesure du d&#233;sastre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son intervention en cours d'installation sur le Pont-Neuf, JR fait directement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre r&#233;alis&#233;e par Christo et Jeanne-Claude en 1985 sur ce m&#234;me monument. Pourtant, derri&#232;re des points communs apparents (lieu d'intervention, gratuit&#233; de leurs projets, caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re et financement par la vente d'&#339;uvres pr&#233;paratoires), les deux d&#233;marches rel&#232;vent de conceptions tr&#232;s diff&#233;rentes de l'art dans l'espace public. Lorsque Christo et Jeanne-Claude emballent le Pont-Neuf, ils ne cherchent pas &#224; lui ajouter une image mais &#224; le transformer par la dissimulation. Recouvert d'un tissu couleur pierre, la toile drap&#233;e r&#233;fl&#233;chit la lumi&#232;re sur la Seine. Le pont prend une forme nouvelle, &#233;trange et presque abstraite. L'&#339;uvre invite les passants &#224; red&#233;couvrir physiquement un lieu familier. Pendant quinze jours, le monument se transforme en exp&#233;rience collective, v&#233;cue directement par ceux qui le traversent et l'observent. &#192; l'inverse, l'intervention de JR repose avant tout sur la production d'une image de marque. Un signe visuel, facilement identifiable, con&#231;u pour &#234;tre photographi&#233; puis largement diffus&#233;, partag&#233; et reproduit. Ce camouflage gonflable (montagne &#224; l'ext&#233;rieur, caverne &#224; l'int&#233;rieur) reproduit les codes esth&#233;tiques de JR (&#339;uvre monumentale, illusion d'optique, noir et blanc tr&#232;s contrast&#233;, proche de celui des photocopies) et se plaque de mani&#232;re spectaculaire sur ce monument historique de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/40153705890_1c59e11d14_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/40153705890_1c59e11d14_k-ec26e.jpg?1780210919' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Largo Landolina, Noto, Sicile, Italie, 8 mai 2018&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement irr&#233;sistible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des groupes de jeunes s'amuser et nager dans l'eau du canal Saint-Martin pour se rafra&#238;chir par les fortes chaleurs des derniers jours, feindre de ne pas comprendre l'interdiction de se baigner, de sauter depuis les passerelles tandis que d'autres filment leurs plongeons. Ces centaines de jeunes, torses nus, jouant, plaisantant, discutant, riant entre eux. Et leurs cris, leurs courses folles pour &#233;chapper &#224; la police les poursuivant en voiture comme des d&#233;linquants. La police d&#233;bord&#233;e, oblig&#233;e tr&#232;s vite de se cantonner, par manque d'effectif, &#224; fermer l'acc&#232;s &#224; deux ponts et &#224; surveiller, comme de simples ma&#238;tres nargueurs, cette foule juv&#233;nile. J'ai trouv&#233; rafra&#238;chissantes les r&#233;ponses faussement na&#239;ves de jeunes filles tremp&#233;es de la t&#234;te aux pieds, argumentant face aux policiers qu'elles ne s'&#233;taient pas baign&#233;es, qu'elles sortaient juste de chez elles apr&#232;s leur douche. Ces jeunes n'avaient qu'une intention, se rafra&#238;chir, s'amuser ensemble, mais en dehors des centres commerciaux, des piscines bond&#233;es et payantes ou des terrains de sport, des skateparks, o&#249; l'on pr&#233;f&#233;rait les voir rester sagement. Cette g&#233;n&#233;ration cherche des endroits o&#249; tra&#238;ner, se retrouver et vivre des moments collectifs dans une ville qui n'est pas faite pour elle. Sur les r&#233;seaux sociaux, les commentaires aux images de ces sauts de l'ange dans l'eau du canal r&#233;sument assez bien les clivages g&#233;n&#233;rationnels et sociologiques de notre soci&#233;t&#233; : &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'ils ne comprennent pas dans le mot interdit ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un espace &#224; l'envers</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/un-espace-a-l-envers</link>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Cette impression de d&#233;j&#224;-vu &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une banalit&#233;, mais d&#232;s qu'on l'exp&#233;rimente &#224; nouveau, cela nous revient en m&#233;moire. Prendre un bus, un m&#233;tro, un train, pendant une heure, en partant de chez soi, on s'&#233;loigne, on s'&#233;lance, dans un voyage qui nous d&#233;payse. M&#234;me si l'on regarde par la fen&#234;tre et qu'on voit les paysages d&#233;filer, l'&#233;tonnement demeure &#224; l'arriv&#233;e. Le trajet nous transforme. Souvent, on ne jette d'ailleurs qu'un &#339;il distrait par la fen&#234;tre. Puzzle d'images, de paysages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sommeil" rel="tag"&gt;Sommeil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_3_1_-d2b4a.png?1777150795' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette impression de d&#233;j&#224;-vu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une banalit&#233;, mais d&#232;s qu'on l'exp&#233;rimente &#224; nouveau, cela nous revient en m&#233;moire. Prendre un bus, un m&#233;tro, un train, pendant une heure, en partant de chez soi, on s'&#233;loigne, on s'&#233;lance, dans un voyage qui nous d&#233;payse. M&#234;me si l'on regarde par la fen&#234;tre et qu'on voit les paysages d&#233;filer, l'&#233;tonnement demeure &#224; l'arriv&#233;e. Le trajet nous transforme. Souvent, on ne jette d'ailleurs qu'un &#339;il distrait par la fen&#234;tre. Puzzle d'images, de paysages d&#233;cadr&#233;s, fuyants, de sons distrayants, parfois d&#233;cal&#233;s, ceux qu'on imagine parce qu'on ne les entend pas tandis qu'&#224; l'int&#233;rieur, certains nous distraient. J'&#233;tais d&#233;j&#224; venu dans les jardins de Bagatelle, il y a une trentaine d'ann&#233;es, je n'en ai plus aucun souvenir. En d&#233;ambulant dans les all&#233;es sinueuses du jardin, dessinant d'une porte d'entr&#233;e &#224; la grille oppos&#233;e la forme d'un ruban de M&#246;bius, passant par les sous-bois, les serres, les b&#226;timents, les prairies blanchies de p&#226;querettes, les monticules d'herbes folles d'un vert vif, une impression famili&#232;re m'envahit. Je me souviens que je suis venu l'&#233;t&#233; dernier me promener au bois de Boulogne. Du c&#244;t&#233; du Pr&#233; Catelan, la configuration des jardins para&#238;t prolonger ceux que nous traversons nonchalamment avec Caroline. La plupart des fleurs (iris, jacinthes) sont d&#233;sormais fan&#233;es, leurs p&#233;tales secs fl&#233;trissent au bout des tiges encore vertes. C'est d&#233;sormais l'&#233;poque des tulipes. Sur le fond uniform&#233;ment vert du gazon, les p&#233;tales velout&#233;s d'un rouge &#233;carlate vibrent de leur &#233;clatante couleur. On dirait l'image d'une publicit&#233; pour un parfum. Les promeneurs ne s'y trompent pas, ils viennent s'y prendre en photo, au risque d'abimer les fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55216700373_06c536522c_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55216700373_06c536522c_k-55066.jpg?1777150795' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Place Albert Camus, Paris 10&#232;me, 15 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce m&#234;me calme apaisant que la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des ann&#233;es, j'ai souffert d'allergie. Adolescent, je d&#233;testais le printemps, je ne voulais sortir sous aucun pr&#233;texte, car je passais mon temps &#224; &#233;ternuer. Les yeux me piquaient, toujours en pleurs. Mon nez coulait sans arr&#234;t. Puis, mon m&#233;decin a fini par trouver le bon traitement. J'ai pu enfin profiter des paysages du printemps jusqu'&#224; l'automne, dans ces lumi&#232;res que j'aime tant. Depuis l'ann&#233;e derni&#232;re, mon allergie semble &#233;voluer. Par habitude, j'ai consult&#233; le printemps dernier mon m&#233;decin, pour me faire prescrire des antihistaminiques, mais je ne les ai pas utilis&#233;s. Cette ann&#233;e, je ne suis pas encore all&#233; la voir, car je n'en ai pas senti le besoin. Cela viendra peut-&#234;tre, m&#234;me si j'ai l'impression que les choses sont en train de changer. Depuis plusieurs mois, mon nez demeure bouch&#233;. La nuit, j'ai du mal &#224; respirer normalement. Je passe mes journ&#233;es en apn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paysage est dans l'&#339;il&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'observe &#224; la d&#233;rob&#233;e les arbres derri&#232;re la fen&#234;tre de mon bureau, essentiellement des platanes plant&#233;s sur le boulevard de la Villette et plus loin ceux de la place du Colonel Fabien, dont les branches se balancent sous les brusques bourrasques de vent de ces derniers jours, j'oublie les pollens qu'ils projettent dans l'air et qui finissent par recouvrir enti&#232;rement certaines zones du trottoir d'un &#233;pais duvet ocre, pour me focaliser sur l'ondulation de leurs mouvements, dans une danse harmonieuse qui me distrait vaguement de ma t&#226;che quotidienne, car ces mouvements a&#233;riens, qui animent le paysage par vagues successives, me rappellent qu'au sol, dans la rue en contrebas, l'agitation des passants, des pi&#233;tons, amplifi&#233;e par l'agitation des v&#233;hicules, dont je per&#231;ois le bruit att&#233;nu&#233; par les vitres ferm&#233;es, prolonge l'oscillation des arbres en &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/50162727416_67322aee82_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/50162727416_67322aee82_k-a28e0.jpg?1777150795' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue du S&#233;minaire, Bastia, Haute Corse, 28 juillet 2020&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le silence n'est pas un lieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine commence sous le signe d'un tag aper&#231;u sur un mur aux abords de la gare du Nord, o&#249; nous allions prendre un bus en direction du bois de Boulogne. La phrase est &#233;crite avec une &#233;criture d&#233;li&#233;e. Le message me laisse r&#234;veur : &lt;i&gt;Taire le silence&lt;/i&gt;. J'ai pris tout de m&#234;me le temps de le photographier. Vendredi, en rentrant du travail, j'aper&#231;ois, sur le mur devant la grille de mon immeuble, un autre graffiti : &lt;i&gt;r&#234;ve mieux&lt;/i&gt;. Cette injonction me fait rire, tandis que les images d'un r&#234;ve de la veille me reviennent par bribes. Je me trouve &#224; l'int&#233;rieur de l'usine d'Exacompta situ&#233;e dans mon quartier, le long du canal Saint-Martin. J'en traverse les diff&#233;rents espaces. Il n'y a plus d'engins, plus de machines. Je ne les remarque pas dans la pr&#233;cipitation. Les ouvriers et les ouvri&#232;res que je croise me posent de nombreuses questions sur l'avenir du lieu auxquelles je n'ai pas le temps de r&#233;pondre, tout va trop vite. Ils semblent croire que j'ai la solution &#224; leurs probl&#232;mes. &#192; chaque fois que je veux leur expliquer que je ne suis qu'un voisin, je n'ai jamais le temps de finir ma phrase, quelqu'un me tire ou me pousse vers un nouvel endroit, une pi&#232;ce diff&#233;rente. Il y a beaucoup d'escaliers. Des couloirs sombres et &#233;triqu&#233;s. Nous continuons d'avancer, montant, descendant, passant de pi&#232;ces en pi&#232;ces, sans prendre vraiment le temps de nous arr&#234;ter. Mes interlocuteurs sont de plus en plus nombreux, leurs visages inquiets. J'ai l'impression d'&#234;tre somnambule et la nuit d'arpenter les rues de mon quartier pour &#233;crire sur les murs. Un nouveau tag est apparu ce soir dans ma rue : &lt;i&gt;S&#233;parons-nous du silence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un chien arrive, de Camille Ruiz</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/un-chien-arrive-de-camille-ruiz</link>
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		<dc:date>2026-04-10T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Animal</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>R&#234;ve</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_36_2_-395bf.png?1775804419' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH119/ruiz_zig-couv_web-new-800x_2_-bcf6b.jpg?1772450588' width='75' height='119' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est &#233;trange. &#187; Un livre &#171; dessinant une carte de rencontres, d'anecdotes, de lieux se mettant &#224; jour, creusant le sens du verbe tenir : dans le monde, se tenir, tenir au monde, montrer comme nous y tenons - autant que possible &#224; l'&#233;coute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8702 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8702&#034; data-id=&#034;54ea2539b8aa04d87dcad5ed99ab84ad&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:950}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_36_-82dc6.png?1773083776&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_un_chien_arrive_camille_ruiz.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_36_-82dc6-c5a35.png?1775804419' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Ts44DVzIhfgwPo4aXGwt5?si=_bQDhAhMQ8S1aa5SHTEWjw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Ts44DVzIhfgwPo4aXGwt5?si=_bQDhAhMQ8S1aa5SHTEWjw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Se souvenir d'avoir &#233;t&#233; un chien (1)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiens vivent tout pr&#232;s de nous, mais en marge du monde des mots, et c'est quelque chose qu'ils ont en commun avec les tr&#232;s jeunes enfants. D'ailleurs, le langage que nous employons pour nous adresser aux b&#233;b&#233;s ressemble beaucoup &#224; celui que nous destinons aux chiens, et aux animaux domestiques en g&#233;n&#233;ral. Il semblerait que, dans toutes les soci&#233;t&#233;s, et &#224; toutes les &#233;poques, nous ayons modul&#233; nos voix pour leur faire chanter la langue imaginaire des nourrissons et des b&#234;tes, comme si leurs mondes &#233;taient voisins, et qu'il fallait emprunter un m&#234;me itin&#233;raire et un m&#234;me v&#233;hicule pour leur rendre visite. Comme l'observe Charles St&#233;panoff dans &lt;i&gt;Attachements&lt;/i&gt;, nous adoptons un ton plus aigu, nos intonations se font chantantes, nos phrases sont simplifi&#233;es et se terminent souvent sur le mode interrogatif, et nous avons tendance &#224; &#171; remplir les blancs &#187; en simulant la r&#233;ponse du nourrisson ou de l'animal. Ainsi, nous les exposons &#224; la m&#234;me musique compensatoire, qui pr&#233;pare l'acquisition du langage ou affirme le lien existant malgr&#233; tout, comme si nous devions le r&#233;v&#233;ler &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leur silence, sous-titrant et rejouant pour nous- m&#234;mes la langue muette que nous croyons entendre dans leurs voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;panoff formule l'hypoth&#232;se selon laquelle les b&#233;b&#233;s humains seraient si diff&#233;rents des adultes, &#224; la fois physiquement et dans leur mani&#232;re d'appr&#233;hender le monde, que nous pourrions dire qu'ils sont &#171; extrahumains &#187;, presque qu'ils appartiennent &#224; une autre esp&#232;ce. Ainsi, nous devons &#171; anthropomorphiser &#187; nos b&#233;b&#233;s jusqu'&#224; ce qu'ils deviennent nos semblables, et notre parentalit&#233; serait assimilable &#224; une &#171; relation inter-esp&#232;ce &#187;. Cette exception dans le monde animal, coupl&#233;e &#224; notre maternage ouvert et coop&#233;ratif ainsi qu'&#224; une capacit&#233; &#224; se projeter dans d'autres mondes que les n&#244;tres, notamment &#224; des fins de pr&#233;dation et de chasse, aurait favoris&#233; chez nous une dis- position &#224; adopter d'autres animaux, en les apprivoisant, ou en les domestiquant. Edward O. Wilson fait remarquer, dans &lt;i&gt;Biophilie&lt;/i&gt;, que les loups pr&#233;sentent une caract&#233;ristique commune avec l'esp&#232;ce humaine : nous sommes, &#224; l'origine, deux types de &#171; pr&#233;dateurs empathiques &#187;, sensibles par n&#233;cessit&#233; aux humeurs et aux milieux d'autres animaux. C'est &#224; travers cette br&#232;che que leurs descendants les chiens se seraient infiltr&#233;s dans nos soci&#233;t&#233;s, profitant de la propension humaine &#224; soigner des &#234;tres diff&#233;rents, et &#224; former avec eux de v&#233;ritables relations d'attachements, voire de parent&#233; et d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens quand moi aussi j'&#233;tais tr&#232;s muette, avant de devenir humaine. J'imagine que j'&#233;tais un b&#233;b&#233; triste. Mon p&#232;re avait un chien qui lui suffisait, et ma m&#232;re ne voulait pas de fille. J'&#233;tais une petite fille d&#233;j&#224; secr&#232;te. Je craignais d'avoir d&#233;rang&#233; le monde. Pour me bercer mes parents faisaient le tour du quartier en voiture, mais je me r&#233;veillais d&#232;s qu'ils coupaient le moteur. Sentir encore la tranche des vibrations nocturnes, les variantes de nuit bleue qui d&#233;filent dans les rues du petit village, le champ magn&#233;tique des bras de ma m&#232;re, ceux de mon p&#232;re, leur d&#233;votion ordinaire - tendresse m&#233;canique de la voiture qui m'&#233;loigne et me berce hors de la continuit&#233; de ces bras. Gaspard nous attendait derri&#232;re la porte d'entr&#233;e, et se demandait pourquoi tous partaient en balade, et lui ne partait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, il me semble qu'un mutisme et une m&#233;lancolie ancienne nous entourent, Ziggy et moi, comme un berceau. Mais quand l'envie de pleurer monte, mon chien ne peut rien faire, et je ne peux rien lui dire. Aussi, la suppos&#233;e tristesse dans son regard, quand je referme sur lui la porte, entra&#238;n&#233;e dans une part de monde o&#249; il ne peut pas m'accompagner, o&#249; nous sommes diminu&#233; es l'un e de l'autre, moi dans ma vie, lui dans sa vie qui m'attend. Ziggy ne peut pas m'expliquer s'il est triste ou non. Je ne peux pas lui expliquer que je reviens. J'esp&#232;re qu'il y a un endroit en lui o&#249; je reviens toujours, une partie solide et ronde comme une certitude. Partout o&#249; l'apprivoisement a &#233;t&#233; pratiqu&#233;, rel&#232;ve Charles St&#233;panoff, sa r&#233;ussite d&#233;pendait toujours d'un peu de contrainte, et d'un peu d'affection. Car en usant de l'affection seule, on prendrait le risque que l'animal reste trop ind&#233;pendant, attach&#233; &#224; sa vie sauvage. Au contraire, l'exercice d'une contrainte que ne viendraient pas compenser des gestes affectueux pourrait le faire mourir de tristesse. Je pense souvent &#224; la contrainte que nous exer&#231;ons les uns sur les autres. Petit &#224; petit elle devient habituelle, supportable, se fond dans le soin. Souvent c'est comme s nous &#233;tions soulag&#233;es, apr&#232;s une longue promenade dehors, de n'avoir pas d'autre choix que de rentrer &#224; la maison, et d'&#234;tre berc&#233;&#183;es par quelqu'un qui nous parle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai laiss&#233; Ziggy, il avait environ six mois. Piero et moi avions pr&#233;vu de partir hors de Bras&#237;lia pour quelques jours, dans une maison perdue au milieu du &lt;i&gt;cerrado&lt;/i&gt;, o&#249; il n'&#233;tait pas tr&#232;s pratique d'emmener un jeune chiot fou. Le jour du voyage, sur la route pour le d&#233;poser dans une pension canine, je fus envahie par l'angoisse de n'&#234;tre pas en mesure de lui expliquer pourquoi, ni combien de temps nous allions nous absenter. Quand la voiture s'&#233;loigne et que mon chien reste, un trou se creuse entre mon ventre et ma poitrine. &#192; l'int&#233;rieur, il y a l'image d'un tout petit b&#233;b&#233; dans un lit &#224; barreaux. Pendant les trois heures qui nous s&#233;parent de notre destination, je pleure de grosses larmes incontr&#244;lables, berc&#233;e par le mouvement de la route. J'&#233;tais dans le trou face &#224; l'image du b&#233;b&#233;, celui qui ne comprend pas. Je pleurais pour Ziggy, qui certainement ne comprenait pas. Sans explication, tout d&#233;part me semble un abandon. Bien s&#251;r, ce n'&#233;tait pas exactement cet abandon-l&#224;, celui que je commettais, qui me partageait le c&#339;ur, bien s&#251;r bien s&#251;r que le trou &#233;tait ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Deux r&#234;ves&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Je prom&#232;ne Ulysse, qui est mort il y a quatre ans, et Ziggy, je les prom&#232;ne dans la mer, mais comme ils sont tous deux tr&#232;s gros et un peu dangereux, chacun &#224; leur mani&#232;re, j'en prends un sous chaque bras et je nage comme &#231;a, avec mes deux chiens comme des bou&#233;es. Je dois faire tr&#232;s attention car dans la mer il y a plein d'enfants, et les chiens ont quand m&#234;me de grosses pattes. Dans la foule des baigneurs je croise une des &#233;ditrices de mon recueil de po&#233;sie, elle flotte dans l'eau et tient un nourrisson dans ses bras, elle a l'air impressionn&#233;e que je nage avec deux chiens si grands, je lui dis &lt;i&gt;oh &#231;a ne doit pas &#234;tre aussi difficile que de s'occuper d'un b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. J'ai l'&#226;ge d'&#234;tre au coll&#232;ge ou au lyc&#233;e, je suis avec d'autres &#233;l&#232;ves dans la grande salle du cin&#233;ma pr&#232;s de la rivi&#232;re, dans la petite ville de mon enfance. Le cin&#233;ma s'appelle L'&#201;den. Nous suivons une sorte de cours magistral, assis es dans les strapontins rouges. La salle est pleine, je me trouve dans une des rang&#233;es du milieu, une professeure est sur l'estrade : elle va nous demander de faire des gestes tr&#232;s r&#233;p&#233;titifs, et la plupart de ces gestes produiront un son. Nous sommes organis&#233;&#183;es &#224; la mani&#232;re d'un orchestre. Il y a une peur diffuse, une tension traverse les corps. Je comprends qu'un geste va bient&#244;t m'&#234;tre assign&#233;, et lorsque ce sera fait, je ne pourrai pas m'arr&#234;ter. Si jamais je cesse de faire le geste, quelque chose d'ind&#233;fini et de grave m'arrivera. La professeure passe dans les rang&#233;es, elle me donne mon geste : il s'agit de souffler dans un petit bec de fl&#251;te et de produire un son aigu. Le bec en question est tout ab&#238;m&#233;, presque m&#226;ch&#233;, mordu, comme si d'autres personnes l'avaient d&#233;j&#224; port&#233; &#224; la bouche. Je commence &#224; souffler, le son est tr&#232;s aga&#231;ant. Les rideaux autour de l'&#233;cran s'&#233;cartent doucement, et une phrase s'affiche, toute seule, en caract&#232;res noirs sur l'&#233;cran blanc : &lt;i&gt;This is your typical Adam and Eve story and yet you don't find the exit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Zones interm&#233;diaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les personnages du &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt; d'Andrei Tarkovski arrivent dans la Zone, il y r&#232;gne un grand silence, jusqu'&#224; ce que retentissent au loin des aboiements de chiens, ou hurlements de loups, interrompant les conversations humaines. Le plan suivant s'ouvre au ras du sol : on entend les pas lents du Stalker rest&#233; hors champ, la cam&#233;ra se redresse lentement vers un arbre couvert de toiles d'araign&#233;es. Puis le Stalker s'agenouille parmi les fleurs et les herbes hautes, dans un geste qui semble &#234;tre de soulagement et de recueillement. Nous sentons qu'il est quelque part de connu, sans parvenir &#224; d&#233;terminer si cette familiarit&#233; est un attachement choisi, ou une contrainte. La Zone est un lieu s&#233;par&#233; du monde, sous surveillance militaire, dont l'entr&#233;e est interdite. On dit qu'au milieu se trouverait une &#171; Chambre &#187; &#187; qui permettrait d'exaucer le d&#233;sir le plus cher de ses visiteurs. &#192; l'int&#233;rieur de la Zone, la r&#233;alit&#233; est suspendue. Elle ob&#233;it &#224; des lois propres, que personne ne semble comprendre tout &#224; fait, mais que certains ont appris &#224; apprivoiser : les Stalkers sont des guides vivant un pied dans le monde r&#233;el et un pied dans la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chien traverse le film et me trouble, comme tous les chiens. Au cours d'une c&#233;l&#232;bre s&#233;quence, presque &#224; l'exact milieu du film, il fait sa premi&#232;re apparition. Nous l'observons trottiner dans l'eau et se diriger vers les trois hommes allong&#233;s, en inclinant l&#233;g&#232;rement la t&#234;te, comme s'il &#233;tait interpell&#233; par le son de leur voix. Le chien approche, mais les, personnages ne semblent pas le voir ; ils n'apparaissent d'ailleurs jamais dans le m&#234;me plan. Puis nous basculons dans un encha&#238;nement de s&#233;quences dont la coloration s&#233;pia, coupl&#233;e &#224; l'entr&#233;e de la musique, semble indiquer qu'elles correspondent &#224; un r&#234;ve ou une image mentale du Stalker. La courte dur&#233;e des plans contraste avec l'&#233;tirement qui pr&#233;c&#232;de et installe un inconfort. Le Stalker est allong&#233; dans l'eau, le chien s'approche de lui. Peut-il le voir, ou est-il comme les autres ? Ou le chien existe-t-il seulement comme souvenir, sensation, hallucination ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long du film, rien ne prouve que la Zone - qui appara&#238;t comme un environnement &#224; la fois bucolique et inqui&#233;tant, o&#249; la v&#233;g&#233;tation et les ruines s'entrem&#234;lent, couv&#233;es par la brume - poss&#232;de les pouvoirs qu'on lui pr&#234;te. Et l'image du chien de &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt;, aux possibles allures de loup, sans savoir s'il est mena&#231;ant ou amical, cr&#233;ature entre deux mondes, attise notre h&#233;sitation et renforce nos questionnements sur la nature du lieu : la Zone est-elle revenue &#224; l'&#233;tat sauvage, au point qu'elle soit devenue hors de contr&#244;le, si naturelle qu'elle deviendrait surnaturelle ? Ou est-elle au contraire un environnement d&#233;grad&#233;, le r&#233;sultat d'une technologie humaine ? Et le chien, est-il le chien d'une des personnes disparues dans la Zone ? Est-ce le cadavre de son ma&#238;tre qu'il garde quand, pr&#232;s de la Chambre, nous le voyons couch&#233; et g&#233;missant aupr&#232;s d'ossements humains ? En tout cas, il semble r&#233;agir aux voix et intonations des personnages, plus que ces derniers ne r&#233;agissent &#224; lui. Il semble ouvert au monde des hommes, de la m&#234;me mani&#232;re que le Stalker est ouvert &#224; la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai souvent pens&#233; que la Zone ressemblait &#224; l'aire transitionnelle de Winnicott : il est impossible de dire si elle rel&#232;ve du monde ext&#233;rieur ou d'un monde int&#233;rieur, de ce qui est per&#231;u ou projet&#233;. Les ph&#233;nom&#232;nes transitionnels d&#233;passent ce que l'on associe au c&#233;l&#232;bre objet transitionnel : un doudou, une mascotte, un jouet, que l'enfant &#233;lit. Pour &#234;tre transitionnel, cet objet doit &#234;tre porteur du paradoxe non r&#233;solu : il est impossible de d&#233;terminer s'il a &#233;t&#233; &#171; trouv&#233; ou cr&#233;&#233; &#187;, et cette ambigu&#239;t&#233; n'est jamais questionn&#233;e, ni par l'enfant, ni par son entourage. &#192; l'&#226;ge o&#249; le b&#233;b&#233; prend petit &#224; petit conscience des limites entre son corps et celui de sa m&#232;re, et par l&#224; m&#234;me de l'existence d'un environnement hors de son contr&#244;le, l'aire transitionnelle offre un espace o&#249; les deux r&#233;alit&#233;s, int&#233;rieure et ext&#233;rieure, peuvent coexister sans conflit, et o&#249; il peut faire l'exp&#233;rience de sa propre cr&#233;ativit&#233;. Peut-&#234;tre que la Zone existe parce que nous la cr&#233;ons, comme l'affirme le Stalker : &#171; C'est &#231;a la Zone, &#224; chaque instant, elle est telle que nous l'avons faite, (...) par notre propre &#233;tat d'esprit. (...) Tout ce qui se passe ici d&#233;pend non de la Zone, mais de nous &#187;. Mais nous ne l'aurions pas cr&#233;&#233;e si elle n'avait pas &#233;t&#233; d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;rement parce que je doute moi-m&#234;me de ma propre existence, de ma r&#233;alit&#233;, que mes s&#233;parations d'avec Ziggy sont v&#233;cues comme des discontinuit&#233;s. J'ai de lui des photos, des poils qui s'accrochent aux v&#234;tements, des amulettes, des petites statuettes de chien que j'emm&#232;ne partout. Si je les oublie, quelque chose de grave arrivera. Pourtant, je sais bien que Ziggy continue. Le fait de parler tout le temps de lui tisse un r&#233;seau d'affection dans lequel mes proches sont comme pris au pi&#232;ge. Mais c'est moi qui m'effrite et me d&#233;sint&#232;gre. Sans langage commun, comment puis-je survivre en Ziggy quand je m'absente ? Et m&#234;me si j'&#233;tais parvenue &#224; lui dire, est-on jamais certain que l'autre revient ? Je ne peux pas savoir ce que ressent mon chien, dans sa pension pour chiens. Je peux deviner qu'il attend, mais je peux aussi deviner qu'il n'attend pas. J'ai lu un article, je ne sais plus o&#249;, qui disait que contrairement au lieu commun, les chiens poss&#232;dent bien une certaine notion du temps. Ils sentent les fluctuations dans l'air, les modulations du jour et des saisons. Je ne saurais dire ce que j'esp&#232;re le plus : qu'il sente, ou qu'il ne sente pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Stalker sort de la Zone accompagn&#233; du chien noir. On se demande si c'&#233;tait l&#224; son souhait le plus cher : avoir un compagnon capable, comme lui, de naviguer dans la Zone ? Dans l'appartement de Marseille, &#224; chaque fois que l'homme avec qui je vivais n'obtenait pas ce qu'il voulait, je voyais son visage se fermer. Je n'&#233;tais pas arm&#233;e pour n&#233;gocier le monde avec un visage qui se ferme. Quand la crise s'annonce, je me concentre sur Pompidog, que je fais bouger, parler, que j'installe comme un personnage du quotidien, au point que mes parents, mes fr&#232;res, me demandent de ses nouvelles, et que je leur envoie des photos. Parfois je suis prise d'un grand amour et d'une grande piti&#233; pour cet objet avec lequel je communique secr&#232;tement. Je trouve &#231;a triste pour un chien, d'&#234;tre enferm&#233; dans un corps de peluche, de ne pas pouvoir vivre sa vraie vie. Je ne me rends pas compte que j'ai de la peine pour moi-m&#234;me. J'ai tra&#238;n&#233; Pompidog comme un tr&#233;sor ramolli pendant des ann&#233;es, longtemps apr&#232;s Marseille. Ce n'est qu'avec Ziggy que je l'oublie &#224; sa juste mesure. Ou qu'il trouve enfin son corps, et que je trouve le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ziggy &#233;coute la radio&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, je suis perdue face &#224; Ziggy. Je comprends mal ses besoins, ses demandes, et lui ne comprend pas la mani&#232;re dont j'essaye de r&#233;pondre &#224; ce que je ne comprends pas. Il me suit partout, me mordille les mains, essaye de capturer mon attention. Je lui demande &lt;i&gt;mais qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ?&lt;/i&gt; Puisqu'il m'observe en silence, l'espace s'ouvre pour que je le comble, et je commence &#224; commenter tout ce qu'il fait et tout ce que je fais, lui disant qu'on va bient&#244;t sortir, que je sais qu'il a faim, qu'il mangera plus tard, qu'il est un bon chien, que le temps est chaud, que je dois travailler, qu'il ne faut rien manger par terre, que je l'aime, qu'il est le plus beau. Une &#233;ducatrice canine m'avait fait la remarque : il faudrait que j'arr&#234;te de parler autant &#224; mon chien. Si je veux vraiment m'adresser &#224; lui, il est primordial de condenser mon usage de la parole en mots choisis, que j'aurais fait en sorte de lui apprendre. Sinon, ma voix se noie dans les bruits ext&#233;rieurs, elle devient pour lui &#171; comme la radio &#187;. Ce bourdonnement l'emp&#234;che de m'&#233;couter vraiment, de pr&#234;ter attention &#224; ce que je vais lui demander, lorsque je lui demande quelque chose. Il faudrait tendre vers son silence, faire preuve de coh&#233;rence : dans nos interpellations, mais aussi dans nos gestes muets, nos postures. Nos communications humaines sont telle- ment tourn&#233;es vers le mot, vers la capacit&#233; &#224; dire, que nous oublions souvent que tout parle : nos attitudes, nos regards, m&#234;me nos odeurs. Les chiens nous lisent en continu, nous devinent et nous doublent. C'est une autre forme d'astuce, une habilet&#233; plus g&#233;niale encore que celle de savoir former des sons qui sont des mots. Lire le fant&#244;me du geste avant le geste, la parole avant la parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, pr&#232;s de la place de la Nation o&#249; je marchais avec Ziggy, une jeune femme d'une vingtaine d'ann&#233;es m'interpelle pour me parler de chiens, ce qui est une chose plut&#244;t commune. Sa voix assur&#233;e et son aplomb me laissent penser qu'elle poss&#232;de une autorit&#233; en la mati&#232;re. Je me dis qu'elle est peut-&#234;tre une professionnelle des comportements canins, ou en tout cas, passionn&#233;e par la question. Apr&#232;s une s&#233;rie d'affirmations dans lesquelles je ne d&#233;c&#232;le rien d'&#233;trange ni de particuli&#232;rement int&#233;ressant, elle me dit &lt;i&gt;et surtout, il faut beaucoup, mais alors beaucoup leur parler&lt;/i&gt;. Je repense &#224; ce que m'avait dit l'&#233;ducatrice, et je l'interromps : &lt;i&gt;ah bon, vous croyez ? J'ai justement entendu le contraire... &lt;/i&gt; J'esp&#233;rais secr&#232;tement que quelqu'un de qualifi&#233; vienne contredire cette affirmation. J'esp&#233;rais qu'elle me dise qu'en fait, depuis le d&#233;but, ce que je fais avec Ziggy est exactement juste, qu'il faut l'inonder de parole. C'est alors que mes yeux croisent les siens. Il y a &#224; l'int&#233;rieur ce l&#233;ger d&#233;calage, une rondeur trop ronde, une excitation bizarre qui vient percer l'enveloppe contenant ma honte, et la honte se r&#233;pand dans mon corps. Le ton de sa voix reste neutre et pos&#233; : &lt;i&gt;Ah mais oui. Il faut beaucoup leur parler. Vous avez d&#233;j&#224; vu Beethoven, le film ? Les enfants dedans, ils parlent tout le temps &#224; leur chien. Et c'est pour &#231;a qu'il devient tr&#232;s intelligent. Vous avez vu quand il sauve le petit dans la piscine ?&lt;/i&gt; Je l'&#233;coute pendant un moment, en hochant la t&#234;te, puis je la remercie. En m'&#233;loignant, je vois qu'elle entre dans une tente fix&#233;e de mani&#232;re pr&#233;caire entre une barri&#232;re et la chauss&#233;e, et qu'elle marche pieds nus.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'apprends malgr&#233; moi &#224; rester longtemps silencieuse aupr&#232;s de Ziggy. Lors de nos escapades, quand je trouve un lieu suffisamment vide, un temps suffisamment seul, il m'arrive de ressentir une forme d'ivresse de silence, de pl&#233;nitude amniotique, comme si j'&#233;tais dans un environnement absolument bon, un environnement &#224; notre exacte mesure. Nous marchons parfois c&#244;te &#224; c&#244;te, parfois le chien me devance. J'ai l'image de cette promenade &#224; Sao&#251;, quand nous montons Ziggy et moi parmi les gen&#234;ts, et que les montagnes se d&#233;coupent dans le soir, que le vent gr&#233;sille. Alors je sens diminuer l'intensit&#233; que j'accorde &#224; la langue, et par vases communicants, se renforcer l'attention &#224; d'autres d&#233;tails, comme une c&#233;cit&#233; temporaire renforcerait notre ou&#239;e et notre odorat. Le corps de Ziggy parle : les oreilles se d&#233;placent l&#233;g&#232;rement, il a entendu quelque chose. Il s'immobilise, et seule sa truffe bouge : une odeur passe pr&#232;s de nous. Il est debout, il me regarde avec insistance, les oreilles rel&#226;ch&#233;es, la gueule entrouverte : il veut jouer, et attend un geste de ma part. Il s'immobilise, son dos se h&#233;risse, sa queue est dans le prolongement de son dos : il est en alerte, quelque chose l'inqui&#232;te. Il s'assoit pr&#232;s de moi, et regarde dans la m&#234;me direction, en appuyant l&#233;g&#232;rement son &#233;paule contre ma jambe repli&#233;e : il se repose, et voudrait bien que je lui passe la main derri&#232;re les oreilles, pendant que nous observons la lisi&#232;re de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Ici n'est d&#233;j&#224; plus</title>
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		<dc:date>2026-03-29T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<dc:subject>Vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'enfance de l'art &lt;br class='autobr' /&gt;
J'anime samedi prochain un atelier de broderie sur photographie &#224; la biblioth&#232;que. Je n'avais jamais brod&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, mais j'ai pens&#233; que cela me plairait d'apprendre cette technique. Ce qui m'a motiv&#233; pour proposer cet atelier, c'&#233;tait que la broderie permet une approche in&#233;dite de la photographie. Ce qui m'int&#233;resse, c'est de proposer aux participantes &#224; l'atelier de travailler &#224; partir d'un mat&#233;riau pr&#233;existant, une photographie personnelle, des images (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_65_1_-60208.png?1774767988' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfance de l'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'anime samedi prochain un atelier de broderie sur photographie &#224; la biblioth&#232;que. Je n'avais jamais brod&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, mais j'ai pens&#233; que cela me plairait d'apprendre cette technique. Ce qui m'a motiv&#233; pour proposer cet atelier, c'&#233;tait que la broderie permet une approche in&#233;dite de la photographie. Ce qui m'int&#233;resse, c'est de proposer aux participantes &#224; l'atelier de travailler &#224; partir d'un mat&#233;riau pr&#233;existant, une photographie personnelle, des images d'archives ou des cartes postales anciennes. L'enjeu est de mettre en valeur certains &#233;l&#233;ments de l'image, d'ajouter des textures, des motifs, du texte, de structurer certaines lignes de forces, de souligner certains d&#233;tails, bref de cr&#233;er un effet visuel surprenant par rapport &#224; l'original. Gr&#226;ce &#224; la combinaison de l'image et des fils, chaque cr&#233;ation devient unique. Aujourd'hui, j'ai r&#233;alis&#233; ma premi&#232;re broderie, &#224; partir d'une de mes photographies, deux sculptures de mains stylis&#233;es derri&#232;re une vitrine. J'ai soulign&#233; le contour des deux mains pour les rendre plus apparentes. Puis, entre ces deux mains l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, j'ai tir&#233; de faux fils pour &#233;voquer le jeu de la ficelle &#224; doigts qu'on pratique dans l'enfance. Pendant que je m'exer&#231;ais &#224; enfiler les trois brins de fil &#224; broder dans le minuscule chas de l'aiguille, puis &#224; broder en suivant le point de tige avec des fils de diff&#233;rentes couleurs, je n'ai pas vu le temps passer, absorb&#233; par la r&#233;p&#233;tition de mes gestes, concentr&#233; pour maintenir une r&#233;gularit&#233; des points, sans abimer la photo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55158695180_ffa0bc7879_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55158695180_ffa0bc7879_k_1_-cb382.jpg?1774767989' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Jardins du Couvent, rue Levat, Marseille 3&#232;me, 20 mars 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;paisseur diffuse o&#249; rien ne se montre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;l&#233;travail &#224; la maison, je r&#233;alise deux montages pour la biblioth&#232;que, l'un &#224; partir d'extraits de films sur les robots et l'IA, dans le cadre d'une pr&#233;sentation vid&#233;o qui aura lieu le samedi 18 avril, et le second sur &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/journal-du-combat-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le chantier de la place du Colonel Fabien que j'ai suivi pendant un an&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Pour ce montage, j'avais plus de deux heures de rushs tourn&#233;s entre janvier 2025 et mars 2026. et je souhaitais r&#233;aliser une vid&#233;o de moins de quinze minutes. Cela supposait d'enlever de nombreux plans, de couper dans la mati&#232;re des images. Aux premiers visionnages, on h&#233;site souvent &#224; trop en enlever, puis progressivement on se lib&#232;re, on se l&#226;che, on ne doit garder que l'essentiel, et c'est &#224; force de visionnages et de d&#233;coupages que l'essentiel se r&#233;v&#232;le, cela devient &#233;vident en &#233;vidant. Mais ce qu'on enl&#232;ve n'est pas perdu, c'est m&#234;me ce qu'on enl&#232;ve qui nous permet d'en enlever encore, de clarifier ce qu'on va garder, qui s'&#233;claire et se pr&#233;cise dans la r&#233;p&#233;tition de ces coupes. La derni&#232;re fois que nous nous sommes vus avec Anne, elle &#233;voquait les milliers de mots qu'elle avait d&#251; supprimer avant la publication de son livre &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bruits&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Je sentais une pointe de regret dans sa remarque, comme si ces pages existaient encore pour elle, alors m&#234;me que le livre est publi&#233; et clos sur lui-m&#234;me. Ce qu'on a supprim&#233; des versions pr&#233;c&#233;dentes n'a plus lieu d'&#234;tre selon moi, malgr&#233; le temps pass&#233; &#224; y travailler, et l'int&#233;r&#234;t de ce travail. La disparition de ces fragments est au c&#339;ur de la r&#233;ussite du projet, de l'&#339;uvre, puisqu'elle d&#233;termine sa coh&#233;sion g&#233;n&#233;rale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour te r&#233;pondre sur ce qu'on enl&#232;ve et regrette, l'autre soir, j'entends (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au loin le cr&#233;puscule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commencer quelque chose en sachant qu'on sera interrompu, mais le faire quand m&#234;me. Sentir que tout arrive trop vite alors que rien d'important ne s'est encore produit. Continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir alors que la r&#233;ponse ne changera plus rien. Ne pas r&#233;pondre tout de suite, attendre que l'&#233;motion retombe. Savoir ce qu'on va faire, mais repousser de quelques secondes le moment de le faire. Ressentir une faute minuscule que personne n'a vue et vouloir quand m&#234;me la r&#233;parer. Rester immobile dans une pi&#232;ce en esp&#233;rant qu'un bruit donne une direction au moment qu'on traverse. Participer &#224; une conversation tout en observant en secret autre chose. Regarder des visages au hasard comme si l'un d'eux allait soudain compter. Avoir une certitude sans se rappeler ce qui l'a provoqu&#233;e. Imaginer tr&#232;s clairement ce qui aurait pu arriver et ressentir cependant une forme de satisfaction que cela n'arrive pas. Ne pas choisir vraiment, mais accepter ce qui arrive comme si c'&#233;tait volontaire. Ranger un objet &#224; sa place tout en sachant qu'on va le reprendre dans deux minutes. R&#233;aliser apr&#232;s coup qu'on aurait voulu rester un peu plus longtemps sur place. Ne rien dire parce que ce silence-l&#224; se suffit &#224; lui seul. Entendre les mots mais les comprendre seulement quelques minutes apr&#232;s. Interrompre son geste et rester l&#224; quelques secondes, sans bouger, comme si le monde avait chang&#233; de direction. Se sentir plus lent sans comprendre &#224; quel moment cela a commenc&#233;. Rester quelque part simplement pour voir comment la lumi&#232;re peut changer. &#202;tre perdu dans ses pens&#233;es en regardant au loin le cr&#233;puscule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55161022670_9c4968e149_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55161022670_9c4968e149_k-3b6b8.jpg?1774767989' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue Germaine Tailleferre, Paris 19&#232;me, 18 juillet 2020&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce ciel et le ciel suivant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu les arbres se couvrir de feuilles en quelques jours, alors qu'il restait encore sur certaines branches des feuilles mortes de l'automne. J'ai vu des lumi&#232;res si changeantes, fluctuant en fonction des vents qui soufflaient si forts ce jour-l&#224;, que tout le paysage passait de l'ombre &#224; la lumi&#232;re dans un mouvement ondulatoire rappelant les murmurations d'oiseaux. J'ai vu des femmes chinoises improviser une danse sur une musique r&#233;p&#233;titive au milieu d'une place pav&#233;e tremp&#233;e par la pluie de la nuit pr&#233;c&#233;dente, leurs gestes d&#233;butant une chor&#233;graphie tout en persuadant de nouvelles arrivantes du bien-fond&#233; de ce lieu pour danser. J'ai vu des corneilles se poser sur les branches d'un bouleau en fleurs, puis arracher des brindilles afin de fabriquer leur nid, &#224; chacun de leurs mouvements, les chatons des bouleaux lib&#233;raient un nuage de pollen dor&#233; dans l'air. J'ai vu un d&#233;fil&#233; d'animaux fantastiques, dragons, licornes, salamandres, se d&#233;ployant dans la forme &#233;vanescente des nuages. J'ai vu des averses de pluie et de gr&#234;le si soudaines qu'elles formaient sur la route des flaques dont les reflets s'agrandissaient en paraissant aspirer toute la ville &#224; leur surfacer. J'ai vu des cerisiers en fleurs qui perdaient leur iconicit&#233; dans le gris d'un ciel sombre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour te r&#233;pondre sur ce qu'on enl&#232;ve et regrette, l'autre soir, j'entends parler d'un incendie dont le d&#233;part de feu s'est produit dans un faux plafond et soudain je me dis : &#034;Merde, merde, merde, c'&#233;tait dans &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; !&#034; comme si on m'avait enlev&#233; quelque chose. D'une part, il y a tant de choses dans ce livre qu'il s'y trouve peut-&#234;tre encore (je n'ai pas v&#233;rifi&#233;). D'autre part, suivant de pr&#232;s ce regret (non pas que le passage ne soit plus dans le livre, mais qu'il n'existe plus tout court), je me suis souvenue que j'avais l'intention d'&#233;crire un autre livre dans lequel ce paragraphe, ou cette page, pourraient revenir. Ainsi, &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est-il meilleur d'avoir perdu, en tout, 200.000 signes (ce qui corrobore ce que tu dis). Ainsi, &#233;galement, cette perte m'offre-t-elle la possibilit&#233; de commencer un autre livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Mille millilitres de Ganym&#232;de, de Philippe Savet</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/mille-millilitres-de-ganymede-de-philippe-savet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/mille-millilitres-de-ganymede-de-philippe-savet</guid>
		<dc:date>2026-03-27T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Mort</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/mort" rel="tag"&gt;Mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/amour" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_35_1_-a69b0.png?1774598572' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH171/81mbzsteovl_1_-06f4c.jpg?1770568649' width='120' height='171' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; travers une narration discontinue, l'auteur &#233;tudie ce que l'exc&#232;s et la vuln&#233;rabilit&#233; font au corps, transformant la consommation de drogues en un acte sacrificiel. Le r&#233;cit refuse toute coh&#233;rence rassurante pour laisser place &#224; une urgence de vivre brute, o&#249; le plaisir se m&#234;le irr&#233;m&#233;diablement &#224; la perte de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8677 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8677&#034; data-id=&#034;2fc83927fbfa69808156bee950c11f84&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:816}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a.png?1772450588&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_mille_millilitres_de_ganymede_philippe_savet.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a-9d37b.png?1774598572' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript13434447256a2b109a0ead66.10865197&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
jupiter, je retrouve notre histoire dans une pipette de G d'un millilitre ou deux &lt;br class='autobr' /&gt;
un trip marqu&#233; par la s&#233;paration l'oubli l'impossibilit&#233; de vivre ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les buildings la neige &lt;br class='autobr' /&gt;
les pins le soleil ardent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes gouttes de sueur le long de la skyline &lt;br class='autobr' /&gt;
ta bave le long des troncs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu n'es pas physiquement pr&#233;sent &#224; New York &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Rome non plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pourtant tu transpires ces lieux qui contiennent ton &lt;br class='autobr' /&gt;
odeur crasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es au-dessus du lit comme un ange gardien ou un monstre affam&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est pour cette raison que je ne dors jamais sur le dos &lt;br class='autobr' /&gt;
pour ne pas voir tes yeux jaunes au plafond qui m'observent sans cligner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
battant l'air de tes ailes menteuses &lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re chaque sc&#232;ne chaque intrigue chaque rebondissement &lt;br class='autobr' /&gt;
tu as le flair d'un monstre ou d'un dieu qui sait syst&#233;matiquement quand revenir sur ses pas &lt;br class='autobr' /&gt;
tu tiens les fils de chaque silence ces fils qui lentement &lt;br class='autobr' /&gt;
m'attirent jusqu'&#224; ta planque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;poussi&#233;reuse et sombre cette plan&#232;te gazeuse et fra&#238;che &lt;br class='autobr' /&gt;
comme du soda&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es le pic de glucose &lt;br class='autobr' /&gt;
le pesticide &lt;br class='autobr' /&gt;
le p&#233;trole &#224; la pompe &lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;chetterie &lt;br class='autobr' /&gt;
la javel &lt;br class='autobr' /&gt;
la boule de p&#233;tanque &lt;br class='autobr' /&gt;
l'humidit&#233; sur les murs &lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#233;chauffement climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je sais que ce n'est pas de l'amour mais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ton corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c&#244;te &#224; c&#244;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en maillot de bain sur du sable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les alo&#232;s que je d&#233;chire le jus des feuilles coup&#233;es sur ma peau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes su&#231;ons sur mes bras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'essaye de courir mais je n'y arrive pas j'ai l'impression &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tre suivi mais je ne peux pas &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est comme si je n'avais pas le souffle suffisant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour &#233;chapper au pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plusieurs ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es mais le souvenir reste le m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une diarrh&#233;e s&#233;v&#232;re un sentiment d'effroi un ciel nuageux et quelques rayons qui traversent le hublot jusqu'&#224; mon visage encore incapable d'entrevoir les &#233;claircies du p&#233;riple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retournerai &#224; Rome sans toi &lt;br class='autobr' /&gt;
et je te ferai dispara&#238;tre dans mon bonheur &lt;br class='autobr' /&gt;
celui qui ne s'entend plus ne se voit plus et qui pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
grossit jusqu'&#224; te rendre incolore inodore inoffensif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retrouverai les cl&#233;s dans ta langue pli&#233;e en deux &lt;br class='autobr' /&gt;
et mes t&#233;tons seront savoureux &lt;br class='autobr' /&gt;
avec ou sans toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je mourrai au combat
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
ne crains rien Ganym&#232;de, je serai l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tu seras l&#224; aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
et nous nous sauverons l'un l'autre du reste du &lt;br class='autobr' /&gt;
mon &lt;br class='autobr' /&gt;
de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; coups de hache et de pipes &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
gamma-butyrolactone removes most pains and despair&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est un mensonge que je me suis invent&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a passe toujours mieux dans une autre langue que la mienne
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;5. ce n'est plus moi qui vis mais Ganymede qui vit en moi &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;jupiter, je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suis guid&#233; par ta pr&#233;sence discontinue dans ce grand &lt;br class='autobr' /&gt;
chantier qu'est le clubbing et qui est ton empire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;naissance de mes trag&#233;dies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but les week-ends s'&#233;tendent sur quatre jours du &lt;br class='autobr' /&gt;
jeudi au dimanche avec une offre qui ne s'&#233;puise jamais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but le clubbing c'est descendre le long escalier noir &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous m&#232;ne aux salles du Silencio ou l'escalier voisin &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous conduit &#224; une cave qui n'existe plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but c'est la nuit toujours la nuit et il y a un code &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; donner pour entrer un mot anglais en cinq lettres la &lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re fois je n'ai pas su le mot de passe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans ces sous-sols je me retrouve face aux diff&#233;rents &lt;br class='autobr' /&gt;
visages de la d&#233;viance et c'est comme une d&#233;sorientation &lt;br class='autobr' /&gt;
une sortie du placard et j'ai d'abord une fascination na&#239;ve &lt;br class='autobr' /&gt;
pour une libert&#233; qui me saute trop vite aux yeux et qui &lt;br class='autobr' /&gt;
me br&#251;le les yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je suis comme un observateur timide et vuln&#233;rable qui n'ose pas ne sait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
comme un secret bien gard&#233; que l'on &#233;ventre devant moi &lt;br class='autobr' /&gt;
au couteau et d'o&#249; sortent de nouvelles images bruyantes terrestres &lt;br class='autobr' /&gt;
un oreiller de plumes qui se d&#233;chire qui me r&#233;veille me fait tomber me d&#233;couvre enti&#232;rement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je ne connais personne mais il y a toi qui me pr&#233;sentes aux autres &lt;br class='autobr' /&gt;
tu m'embarques dans ce monde nouveau et mets entre mes mains des boissons indigestes tu &#233;tends l'exp&#233;rience aux before aux after tu agrandis les lieux les hangars les portes du p&#233;riph&#233;rique tu m'emm&#232;ne au-del&#224; de tout ce qui peut exister et puis tu disparais mais je suis intelligent et j'ai vite compris comment me fournir moi-m&#234;me et comment me cr&#233;er un compte sur le march&#233; du r&#234;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;sormais j'essaye de marcher dans tes pas de prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
ta place et j'ai dans les poches un alphabet entier mais il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'a jamais &#233;t&#233; question d'autre chose que de bandes qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'affrontent dans ce monde que tu m'as transmis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai reconstruit ton corps dans le corps des autres j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouv&#233; ton odeur dans l'odeur des autres j'ai retrouv&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ta queue dans les autres queues et je n'existais plus en &lt;br class='autobr' /&gt;
dehors de tout ce sexe que je pouvais avoir et qui se pr&#233;sentait &#224; moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est mentir que de dire que tous ces hommes avec qui je couchais je n'attendais rien d'eux en retour il y a toujours eu ce besoin visc&#233;ral d'&#234;tre aim&#233; mais dans cet entrelacs de s&#233;duction les hommes et ma sexualit&#233; ne me faisaient plus peur et je me suis vraiment acharn&#233; j'ai gaspill&#233; le plaisir j'ai fait du mal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi j'ai &#233;t&#233; vilain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je suis parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au moment de vider cette pipette je me pose la question des raisons qui me poussent &#224; le faire &#224; la vider encore sachant tout ce qu'elle comporte d'illicite et de dangereux cette pipette qui d&#233;truit mon organisme et m'enracine dans l'oubli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;truire dis-je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou blier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lorsque j'avale je ne me souviens de rien je souffre d'amn&#233;sie ant&#233;rograde il me suffit d'un millilitre pour tomber raide dans le n&#233;ant mais cette fois-ci je me pose la question prendre ou ne pas prendre la pipette que je tiens dans mes mains telle est la question me mutiler pour &#233;chapper au r&#233;el me rapproche irr&#233;m&#233;diablement de la mort ce n'est pourtant pas ce que je cherche ce que je cherche c'est la vie c'est la vie quelque part dans ce liquide transparent capable de me rendre heureux enfin joyeux mort je ne me poserai plus la question d'avaler ou non de m'affaiblir ou non et je pense aux hommes qui m'ont assassin&#233; aux hommes qui m'ont entra&#238;n&#233; l&#224;-dedans dans cette bo&#238;te qui s'ouvre et se referme et dans laquelle je suis trop petit pour d&#233;cider quand je peux en sortir ou non et dans le noir je pense aux hommes qui me donnent du plaisir et &#224; ceux qui me font du mal je pense &#224; ma bouche qui a le pouvoir d'aimer et de dispara&#238;tre et &#224; quel &#233;tait mon r&#244;le lorsque j'&#233;tais ignorant parcourant le monde &#224; cheval comme un b&#233;b&#233; dans son innocence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un interm&#233;diaire entre les dieux et les morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour devenir d&#233;mon j'ai d&#251; me confronter aux autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma pipette en plastique est un espoir que je porte contre mon c&#339;ur elle repr&#233;sente toute la mis&#232;re du monde et je la vide pour apaiser la mis&#232;re je suis un martyr qui chaque nuit avale la mis&#232;re du monde pour r&#233;duire la mis&#232;re du monde et je prends la mis&#232;re en moi comme pour m'infliger ce lourd fardeau propre aux martyrs et aux saints&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon corps est un espace poreux dans lequel le monde vient s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne me dites pas que vous croyez aux fant&#244;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne crois pas au destin mais il m'a bien fallu suivre une destin&#233;e pour me retrouver l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
comment en suis-je arriv&#233; l&#224; comment en suis-je arriv&#233; &#224; me poser la question de &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre ou de ne pas prendre cette pipette je suis le &lt;br class='autobr' /&gt;
coupable et la victime j'ai les deux r&#244;les &#224; la fois je suis &lt;br class='autobr' /&gt;
l'otage et le ravisseur l'aigle et la proie je suis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aimerais vous dire les paysages de printemps que j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
connus et que vous conna&#238;trez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si je m'endors maintenant c'est pour na&#238;tre de nouveau &lt;br class='autobr' /&gt;
devant vous et r&#233;cidiver &lt;br class='autobr' /&gt;
encore &lt;br class='autobr' /&gt;
et remonter la mis&#232;re comme Sisyphe sur la montagne &lt;br class='autobr' /&gt;
remonte le r&#1086;&#1089;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je vous parlerai des mythes et de ma naissance &lt;br class='autobr' /&gt;
mais d'abord je dois dormir parce que la pipette m'emporte avec elle dans le coma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je reviendrai parmi vous mais j'aurai tout oubli&#233; alors il faudra me rappeler pourquoi je ne dois pas prendre cette pipette alors il faudra venir ouvrir la bo&#238;te et m'en sortir et me montrer le chemin vers la r&#233;demption&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;s'il vous pla&#238;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mesure de sa v&#233;rit&#233;</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un mouvement suffit &lt;br class='autobr' /&gt;
Promenade &#224; travers Paris. Je marche en ligne droite d'un pas tr&#232;s rapide. Je m'arr&#234;te sans trop savoir pourquoi &#224; la hauteur d'un immeuble haussmannien en feu rue de Turbigo. Plusieurs camions de pompiers ont d&#233;pli&#233; leurs grandes &#233;chelles. Certains pompiers sont juch&#233;s sur le toit qui a br&#251;l&#233;, d'autres empruntent les balcons. Plusieurs &#233;tages de l'immeuble sont touch&#233;s. Tout le quartier est boucl&#233;. J'arrive sur la place Joachim du Bellay. Il y a l&#224; toujours autant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/video" rel="tag"&gt;Vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_62_1_-470aa.png?1772957003' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement suffit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promenade &#224; travers Paris. Je marche en ligne droite d'un pas tr&#232;s rapide. Je m'arr&#234;te sans trop savoir pourquoi &#224; la hauteur d'un immeuble haussmannien en feu rue de Turbigo. Plusieurs camions de pompiers ont d&#233;pli&#233; leurs grandes &#233;chelles. Certains pompiers sont juch&#233;s sur le toit qui a br&#251;l&#233;, d'autres empruntent les balcons. Plusieurs &#233;tages de l'immeuble sont touch&#233;s. Tout le quartier est boucl&#233;. J'arrive sur la place Joachim du Bellay. Il y a l&#224; toujours autant de monde depuis la fin du chantier de son r&#233;am&#233;nagement. La pierre blanche de la fontaine des Innocents brille dans l'&#233;clat lumineux du jour. Un g&#233;ant r&#233;p&#232;te en boucle les m&#234;mes invectives religieuses autour du Car&#234;me, qui n'est ni chr&#233;tien, ni juif, ni musulman. Personne ne l'&#233;coute mais sa voix porte. En haut d'un arbre, &#224; l'autre bout de la place, une corneille lui r&#233;pond avec v&#233;h&#233;mence. En marchant pour m'&#233;loigner de la place, j'entends cette phrase &#233;nigmatique : le pire n'est jamais s&#251;r ! Sans lien avec la sc&#232;ne pr&#233;c&#233;dente, elle lui fait furieusement &#233;cho. Je passe devant le &lt;i&gt;Dernier bar avant la fin du monde&lt;/i&gt;. Sur le perron de l'immeuble voisin, un SDF dort par terre, sur le seuil, le corps recroquevill&#233;, une jambe d&#233;sax&#233;e, d&#233;boit&#233;e dirait-on, comme on en voit souvent dans les films lorsqu'un corps tombe de haut. Je traverse la Seine, &#233;bloui par la forte luminosit&#233;. Les abords du Palais de justice sont ferm&#233;s pour cause de proc&#232;s de l'assassinat de Samuel Paty. Un petit gar&#231;on s'amuse &#224; r&#233;p&#233;ter ce que sa m&#232;re vient d'affirmer : il y a des voleurs gentils et d'autres m&#233;chants. Je ne vois pas ce que cela veut dire. Une jeune femme brune marche dans ma direction. Sur la peau lisse de son cou, un surprenant tatouage de la cath&#233;drale Notre-Dame de Paris. Une vieille dame fort aimable me demande au milieu de la route le chemin le plus rapide pour rejoindre le march&#233; couvert de Saint-Germain. Un motard nous fr&#244;le de tout son m&#233;pris : Au milieu de la route, souffle-t-il en prenant de la vitesse avec son scooter. Deux jardiniers interpr&#232;tent m&#233;caniquement une chor&#233;graphie rigoureuse et sonore, ils ratissent de concert le jardin de gravier qui jouxte le Petit Luxembourg. Les pelouses du jardin du Luxembourg sont toutes laiss&#233;es au repos. Gazon anglais, impeccable. Un monde incroyable autour du bassin et dans les all&#233;es bois&#233;es. Un vieil homme se met &#224; crier pour une chaise qu'il veut prendre &#224; tout prix &#224; un couple de jeunes gens qui ne sont pas du tout d'accord avec lui. Le ton monte. Tout le monde s'offusque, mais personne ne bouge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55110198875_c5e80e00ec_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55110198875_c5e80e00ec_k-318ae.jpg?1772957004' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Mus&#233;e d'art et d'histoire Paul-&#201;luard, Saint-Denis, 22 f&#233;vrier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du jour au lendemain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rep&#233;rage sur les lieux d'un tournage &#224; venir au printemps pour le projet de webfiction sur lequel je travaille depuis plusieurs semaines, afin d'accompagner la publication de mon r&#233;cit &lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions JOU, le 13 mai. Le r&#233;cit progresse le long de la ligne form&#233;e par le m&#233;ridien de Paris qui traverse la ville du nord au sud. Je retrouve au sol les m&#233;daillons de l'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hommage_%C3%A0_Arago&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hommage &#224; Arago&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; cr&#233;&#233;s par l'artiste Jan Dibbets, le long du m&#233;ridien de Paris. Cette &#339;uvre d'art a &#233;t&#233; con&#231;ue en 1994 en l'honneur du scientifique et homme politique fran&#231;ais Fran&#231;ois Arago &#224; l'occasion du bicentenaire de sa naissance. Je vais tourner dans les soixante lieux du r&#233;cit. Plusieurs d'entre eux traversent le jardin du Luxembourg. Dans les pr&#233;c&#233;dentes versions du texte, un roman racontait l'histoire d'une travers&#233;e de Paris en une journ&#233;e, le long de ce m&#233;ridien. Cette histoire a totalement disparu dans la nouvelle version resserr&#233;e du texte qui va para&#238;tre, qui se concentre d&#233;sormais sur un &lt;i&gt;tour du jour en quatre-vingts mondes&lt;/i&gt;, pour reprendre le titre d'un livre de Cort&#225;zar. Cette webfiction permettra de retrouver une lecture du texte sur les images de ce parcours r&#233;alis&#233; du jour au lendemain. J'aime l'id&#233;e d'une structure qui garde la trace d'une trajectoire dont il ne reste qu'une ligne form&#233;e par des points g&#233;olocalis&#233;s. Elle dessine un parcours que l'on peut suivre ind&#233;pendamment du livre. Un chemin &#224; suivre si on le souhaite, qui nous place en dehors du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut au jour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun notre tour, pendant un mois, nous saisissons quelques sc&#232;nes de notre quotidien. Une minute environ par personne. Et nous recommen&#231;ons tous les mois. Pendant un an. Et tous les ans depuis novembre 2022. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/@heuresindues365&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaque film diffus&#233; sur YouTube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; regroupe quatre mois d'une ann&#233;e. Successions d'images enregistr&#233;es au fil des saisons, des voyages de chacun. Les obsessions visuelles de chacun apparaissent en filigrane. Les reflets, les cimeti&#232;res, les trajets en bus, les ombres des arbres et leur dentelle h&#233;sitante, les chats qui pr&#233;lassent, les chantiers, les bords de mer, Ce qui compte, c'est l'accumulation et la r&#233;p&#233;tition. Le temps qui s'efface &#224; force de se r&#233;p&#233;ter. Des motifs reviennent, des lieux en commun. Les images sont brutes, tr&#232;s peu de montage, le son sans mixage, quelques transitions mais assez rares, ce qui attire le regard c'est la juxtaposition des instants. Il y a une forme de partage. Un titre indique sobrement en blanc sur fond noir le mois o&#249; les s&#233;quences sont film&#233;es. C'est un film de famille dans lequel nous apparaissons que tr&#232;s peu, un reflet dans un miroir, une ombre au sol, un autoportrait domestique. Ou sous la forme d'une mise en abyme, dans un mus&#233;e, en train de regarder un film. Nous ne nous filmons pas, ce ne sont pas nos images qui comptent, nos visages, nos corps, nos gestes. Les moments que nous partageons lorsqu'il nous arrive encore de partir ensemble en voyage. Nous filmons le portrait de notre famille en creux. Par les lieux partag&#233;s et ceux qui nous tiennent &#224; distance. Le projet a commenc&#233; au moment o&#249; Nina est partie vivre &#224; Nice et qu'Alice a pris un appartement en colocation &#224; Pantin. &#192; chaque fois que nous nous voyons et que nous passons plusieurs jours ensemble, il y a toujours un moment o&#249;, pour relancer la machine autant que pour le simple plaisir de la d&#233;couverte de ce que chacun a mont&#233;, nous diffusons sur le moniteur de la t&#233;l&#233;vision &#224; la maison les derniers mois film&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/28346082405_872d258748_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/28346082405_872d258748_k-22abd.jpg?1772957004' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue de l'Abb&#233; Rozier, Lyon, 16 juillet 2016&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui reste de la nuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la poudreuse du r&#234;ve quelque chose commence, un mouvement incertain, comme si mon corps n'avait l'habitude de rien, ni de la chute ni de l'&#233;lan, aucune amplitude, aucun horaire, pourtant la trajectoire s'invente malgr&#233; moi, fragile, une vibration me traverse et je m'applique &#224; la d&#233;nicher dans les recoins du jour, l&#224; o&#249; la pens&#233;e s'effiloche, s'&#233;tiole, perd le fil, &#224; la toute fin de la toute fin, quand il ne reste plus que des traces, des sillons dans la poussi&#232;re du temps, et je m'y agrippe pour ne pas glisser tout &#224; fait. Ma t&#234;te attend les nuages, comme si le ciel pouvait me r&#233;pondre. J'ai besoin d'une minute seulement, dans ce bleu nuit qui envahit le monde en suspens, pour me tenir debout face au souffle lent. Depuis ces jours sans parole, je ramasse les mots un &#224; un, racines fragiles. Je voudrais retenir nos futurs, sentir passer les vagues entre nous, les nouvelles comme les anciennes, l'&#233;nergie de ta pr&#233;sence, cet appel d'air qui soul&#232;ve encore la lumi&#232;re en moi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout ce qui nous relie</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/tout-ce-qui-nous-relie</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
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		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
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		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Toute trace du temps s'efface &lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#234;ve : Dans l'attente du d&#233;but d'un concert, j'entends mes voisins discuter entre eux. L'un d'eux les interrompt brusquement par une suite de pourquoi. Il r&#233;p&#232;te syst&#233;matiquement ce mot alors qu'ils parlent ensemble. Les autres essaient de lui r&#233;pondre, sans bien savoir ce qu'il attend d'eux. Quelle r&#233;action avoir. Pourquoi. Pourquoi. Ces mots, par leur impr&#233;visibilit&#233; d&#233;concertante, perturbent, parfois prononc&#233;s tr&#232;s vite l'un apr&#232;s l'autre puis plus rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_56_1_-5c97b.png?1769328498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute trace du temps s'efface&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve : Dans l'attente du d&#233;but d'un concert, j'entends mes voisins discuter entre eux. L'un d'eux les interrompt brusquement par une suite de pourquoi. Il r&#233;p&#232;te syst&#233;matiquement ce mot alors qu'ils parlent ensemble. Les autres essaient de lui r&#233;pondre, sans bien savoir ce qu'il attend d'eux. Quelle r&#233;action avoir. Pourquoi. Pourquoi. Ces mots, par leur impr&#233;visibilit&#233; d&#233;concertante, perturbent, parfois prononc&#233;s tr&#232;s vite l'un apr&#232;s l'autre puis plus rien pendant quelques secondes, pourquoi. On respire, on va se reprendre, on ne peut pas laisser passer cela, lorsqu'il tombe avec l'effet d'un couperet qui nous interrompt &#224; nouveau, pourquoi, nous emp&#234;che de r&#233;agir, de r&#233;fl&#233;chir, de trouver la parade. Une r&#233;ponse, n'importe laquelle fera l'affaire mais rien ne vient, ne peut venir, pourquoi. Leur inexplicabilit&#233; finit par interrompre les autres &#224; nos c&#244;t&#233;s qui se taisent soudain, les yeux baiss&#233;s. On n'entend plus qu'une suite de pourquoi asynchrones qui interpellent et qui troublent par cet inattendue r&#233;p&#233;tition, pourquoi, pourquoi, pourquoi, et qui finit par tout emporter sur son passage. Pourquoi. Ce qui passe autour n'a plus aucun int&#233;r&#234;t. Pourquoi. Ces questions incongrues qui n'attendent aucune r&#233;ponse envahissent et saturent tout l'espace. Il ne reste plus qu'elles. Pourquoi. Pourquoi. Sans qu'on ne sache jamais : Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55046177948_c744347d5f_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55046177948_c744347d5f_k_1_-98890.jpg?1769328498' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Coupole de l'Institut de France, Place Justin Godart, Paris 6&#232;me, 17 janvier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hospitalit&#233; du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est n&#233;e il y a quelques mois, Anh Mat et moi nous souhaitions retrouver la complicit&#233; que nous avions d&#233;velopp&#233; en travaillant ensemble il y a quatre ans en nous engageant dans un nouvel &#233;change de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/vases-communicants/article/une-image-inversee-de-la-ville-au-lieu-de-l-autre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vases communicants en vid&#233;o&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Ce qui est particuli&#232;rement excitant dans cette exp&#233;rience, c'est de ne pas savoir &#224; l'avance ce que l'autre va &#233;crire sur nos propres images sur chaque plan, ce qu'elles vont d&#233;clencher en lui, m&#234;me si c'est &#224; lui qu'on s'adresse en les filmant, &#224; lui qu'on pense, dans les lieux qu'on choisit de montrer, le parcours qu'on emprunte, les lumi&#232;res dans le montage et le travail du son, ce qui s'&#233;crit en images, qu'on esp&#232;re qu'il comprendra, qu'il saura lire entre les lignes. Et bien s&#251;r, dans ce qu'on imagine, il y a aussi ce qu'on est incapable de pr&#233;voir, de deviner, d'anticiper, et m&#234;me de comprendre dans ses propres images que l'autre va tout de m&#234;me d&#233;celer, accueillir et comprendre &#224; sa mani&#232;re. Ce dialogue qui s'instaure &#224; distance, renforce nos liens, nos points communs, ce qui nous rapproche, mais aussi ce qui nous diff&#233;rencie. Quand on regarde les deux films et les voix qui les accompagnent, la connivence est perceptible. Comme l'&#233;crit si justement Anh Mat : &#171; Naviguer d'un film &#224; l'autre, c'est &#233;prouver ce lieu o&#249; la solitude ne s'efface pas, mais s'offre comme un espace habitable pour l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'incroyable profusion de possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'on s'arr&#234;te et qu'on se met &#224; r&#233;fl&#233;chir, sans id&#233;e pr&#233;cise, si ce n'est qu'on ne peut s'en emp&#234;cher, et que cela nous ent&#234;te, l'objet m&#234;me de ce qui nous intrigue nous &#233;chappe, nous stoppe dans notre &#233;lan, et d&#232;s qu'on commence &#224; interrompre la dynamique quotidienne, ce qui nous permet d'avancer chaque jour, malgr&#233; le travail, les projets, la fatigue, notre pens&#233;e se fige et les doutes nous assaillent, nous laissant dans un &#233;tat d'h&#233;b&#233;tude. Pour &#233;crire, c'est pareil, il faut lire, &#233;crire sans arr&#234;t. C'est dans le mouvement que tout se d&#233;veloppe, sans cela le repli nous guette. L'autre jour, je me suis mis &#224; douter. Ce n'&#233;tais pas li&#233; &#224; l'&#233;criture, ni m&#234;me au travail. C'&#233;tait plus fort que moi. Je ne savais plus quoi penser, j'&#233;tais d&#233;pass&#233; par les &#233;v&#233;nements. Je me sentais tout &#224; coup impuissant. Je me suis rendu compte qu'une nouvelle m'avait fait perdre pied, je ne savais plus quoi faire, ni comment r&#233;agir. Je n'arrivais plus du tout &#224; r&#233;fl&#233;chir. Mis &#224; l'arr&#234;t. Je sentais un poids sur mes &#233;paules. Il fallait r&#233;agir rapidement, pour ne pas sombrer. J'ai pris une d&#233;cision. J'ai envoy&#233; un message. La r&#233;ponse m'a lib&#233;r&#233; d'un poids, bien s&#251;r elle ne solutionnait pas tout, mais elle a permis d'enclencher une forme de reprise en mains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/28228791671_b2497d6c32_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/28228791671_b2497d6c32_k-ba008.jpg?1769328498' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Place de la R&#233;publique, Lyon, 14 juillet 2016&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout au fond debout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la pr&#233;paration de mon &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/101484/atelier-d-ecriture-poetique-et-creation-d-un-carnet-relier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atelier d'&#233;criture po&#233;tique et la cr&#233;ation d'un carnet qui a lieu &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, &#224; Paris, samedi 31 janvier&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, je suis en train de lire &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsducommun.org/products/mais-cette-vie-la-demande-toujours-plus-de-lumiere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le livre de Sabrina Calvo, &lt;i&gt;Mais cette vie-l&#224; demande. toujours. plus. de . lumi&#232;re&lt;/i&gt;, paru aux &#201;ditions du Commun, en 2025&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Ce r&#233;cit sur son exp&#233;rience combine les gestes d'&#233;criture et de couture dans une structure o&#249; les motifs se manifestent graduellement, ils rappellent ceux d'un tissu &#233;mergeant du m&#233;tier &#224; tisser. L'&#233;criture s'apparente &#224; la couture, au tissage, avec ses imperfections, ses reprises, ses pauses et ses &#233;clats. L'autrice partage ses craintes, ses espoirs. L'&#233;criture y est &#224; la fois dense et fragment&#233;e, sinc&#232;re, sensible et sensuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Po&#233;tique de l'obscurit&#233;</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/poetique-de-l-obscurite</link>
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		<dc:date>2026-01-23T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Peinture</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Sens</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Nuit</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Recours &#224; la nuit de Virginie Gautier se d&#233;ploie &#224; la crois&#233;e du journal intime, de l'essai po&#233;tique et de l'enqu&#234;te sensible. Loin de chercher &#224; percer les secrets de l'obscurit&#233;, l'autrice s'y immerge pour en &#233;prouver la mati&#232;re, les textures et les r&#233;sonances. Elle d&#233;plie l'espace nocturne pour en r&#233;v&#233;ler les multiples dimensions po&#233;tiques, g&#233;ographiques, mais aussi &#233;minemment politiques. Le livre se pr&#233;sente ainsi comme une invitation vivifiante &#224; se d&#233;prendre d'un monde domin&#233; par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/peinture" rel="tag"&gt;Peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sens" rel="tag"&gt;Sens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/54726475218_3b1c4035db_k_1_-552df.jpg?1769157722' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt; de Virginie Gautier se d&#233;ploie &#224; la crois&#233;e du journal intime, de l'essai po&#233;tique et de l'enqu&#234;te sensible. Loin de chercher &#224; percer les secrets de l'obscurit&#233;, l'autrice s'y immerge pour en &#233;prouver la mati&#232;re, les textures et les r&#233;sonances. Elle d&#233;plie l'espace nocturne pour en r&#233;v&#233;ler les multiples dimensions po&#233;tiques, g&#233;ographiques, mais aussi &#233;minemment politiques. Le livre se pr&#233;sente ainsi comme une invitation vivifiante &#224; se d&#233;prendre d'un monde domin&#233; par le visible et la ma&#238;trise pour retrouver, dans l'exp&#233;rience de la nuit, une relation &#224; la fois plus intense et plus humble au monde. Un appel &#224; une nouvelle &#233;cologie de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sonder la nuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de &lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt; r&#233;side d'abord dans sa structure polyphonique, choix strat&#233;gique qui conditionne toute la d&#233;marche de l'ouvrage. En alternant les formes (journal de bord, r&#233;flexions th&#233;matiques, transcriptions de r&#234;ves et recueil de t&#233;moignages), Virginie Gautier refuse une approche unique ou r&#233;ductrice de la nuit. Elle lui pr&#233;f&#232;re une exploration par fragments, par touches successives, qui &#233;pouse la nature m&#234;me de l'exp&#233;rience nocturne. La nuit, par essence, r&#233;siste &#224; la d&#233;finition singuli&#232;re et &#224; la vision totalisante, la forme &#233;clat&#233;e n'est donc pas un simple choix stylistique, mais une n&#233;cessit&#233; &#233;pist&#233;mologique pour demeurer fid&#232;le &#224; l'exp&#233;rience de l'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'articule autour d'une colonne vert&#233;brale constitu&#233;e d'entr&#233;es de journal, dat&#233;es et situ&#233;es. Ces fragments ancrent l'exp&#233;rience dans un r&#233;el sensible, un temps et un lieu pr&#233;cis. Autour de ce fil chronologique viennent se greffer des sections th&#233;matiques plus r&#233;flexives qui approfondissent les intuitions n&#233;es de l'exp&#233;rience directe. Cette construction hybride permet un va-et-vient constant entre l'&#233;prouv&#233; et le pens&#233;, le corps et l'esprit, tissant une trame o&#249; l'intime et l'universel dialoguent en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/crewdson.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/crewdson-2cdff.jpg?1769156335' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Fireflies&lt;/i&gt;, de Gregory Crewdson&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses voix externes sont convoqu&#233;es pour enrichir la propre exploration de l'autrice. Elle dialogue avec des artistes (photographes, peintres) et rapporte les t&#233;moignages de celles et ceux qui vivent ou travaillent la nuit. En faisant r&#233;sonner ces autres voix, Virginie Gautier montre que la nuit est un patrimoine commun, un lieu de relations multiples qui exc&#232;de de loin l'exp&#233;rience individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se d&#233;centrer du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience sensorielle constitue le c&#339;ur de la d&#233;marche de Virginie Gautier. Pour elle, entrer dans la nuit n'est pas tant une exploration visuelle qu'un apprentissage de l'effacement du sens souverain, la vue, au profit d'une perception qui n'est plus frontale et distanci&#233;e, mais enveloppante et haptique. Il s'agit de d&#233;sapprendre &#224; voir pour apprendre &#224; sentir autrement, en mobilisant l'ensemble du corps comme un organe perceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re r&#233;v&#233;latrice, l'autrice consacre une section &#224; la myopie qu'elle ne pr&#233;sente pas comme un handicap mais comme une m&#233;thode. Elle revendique ce &lt;i&gt;d&#233;faut&lt;/i&gt; comme un outil pour court-circuiter la tyrannie du regard et acc&#233;der &#224; une autre forme de connaissance, plus tactile et plus intime : &#171; J'ai clairement fond&#233; mon rapport &#224; la cr&#233;ation sur le grain de l'&#233;toffe, et prends mon parti d'une d&#233;faillance du regard qui continue de s'accentuer. Cette myopie &#8212; que je revendique comme une modalit&#233; de la rencontre &#8212; m'ouvre &#224; un contact sensible. &#187; Cette myopie volontaire devient le modus operandi de son enqu&#234;te. Pr&#233;f&#233;rer le trouble &#224; la nettet&#233;, le t&#226;tonnement &#224; la certitude, pour entrer non plus en face mais dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'abscence de la vue, les autres sens prennent le relais et se r&#233;organisent. Le toucher et l'ou&#239;e deviennent les instruments privil&#233;gi&#233;s de la perception nocturne. Le corps apprend une nouvelle grammaire du monde, comme l'illustre magnifiquement la description d'une marche en for&#234;t les yeux ferm&#233;s. On sent &#171; l'ombre froide des troncs des arbres s'interposer devant la lumi&#232;re avant la rencontre avec leurs &#233;corces &#187;. Le passage de la perception visuelle &#224; une perception thermique et tactile y est saisissant : &#171; Dans cette lenteur, dans cette absence de vue, les mains ouvrent le chemin. Elles cherchent &#224; pr&#233;venir tout obstacle, pianotent &#224; la recherche d'indices, de sensations. &#187; Le corps, guid&#233; par les mains et une ou&#239;e affin&#233;e qui capte les &#171; infimes gr&#233;sillements &#187; ou le &#171; crissement doux des escargots &#187;, d&#233;couvre un paysage d'une richesse insoup&#231;onn&#233;e, accessible uniquement par ce r&#233;agencement sensoriel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54726656165_ac6068dc7d_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54726656165_ac6068dc7d_k-6b8dd.jpg?1769156335' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Nuit &#224; la Villa Deroze, &#224; La Ciotat&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&#171; Nuit d'arbres. C'est un morceau de montagne tout autour de la maison, avec pin&#232;de et v&#233;g&#233;tation de garrigue sous les pieds que j'ai foul&#233; avant la fin du jour. Un jardin s'y m&#234;le dont on ne sait quand il commence o&#249; il s'arr&#234;te, mais qui, de lui-m&#234;me, &#224; mesure que l'ombre l'envahit, se rend tout &#224; fait &#224; son origine sauvage. &#187;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nuit comme territoire po&#233;tique et g&#233;ographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obscurit&#233; n'est pas un simple intervalle temporel entre deux jours, mais bien un espace &#224; part enti&#232;re, un &#171; pays qui gagne &#224; rester largement &#233;tranger &#187;. Virginie Gautier cartographie ce territoire en montrant comment la nuit redessine les paysages familiers, leur conf&#232;re une &#233;tranget&#233;, une profondeur et une mat&#233;rialit&#233; nouvelles. Elle devient une g&#233;ographie alternative, r&#233;gie par d'autres lois que celles du monde diurne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entr&#233;es de journal regorgent d'exemples de cette m&#233;tamorphose. Le jardin, la for&#234;t ou les champs, lieux connus et ma&#238;tris&#233;s le jour, deviennent la nuit des espaces incertains et spectraux. Les rep&#232;res s'effacent, les formes se dissolvent et le r&#233;el semble basculer dans une autre dimension, &#224; la fois plus archa&#239;que et plus vibrante : &#171; Au jardin on voit comme des os. Des phosphorescences d'os, qui &#233;taient des troncs, qui &#233;taient des marches, des seuils, des encadrements de fen&#234;tres. Chaque chose, auparavant solide, devenue blancheur sans contour, corps enflant et d&#233;senflant. Corps qui &#233;taient des pierres, qui &#233;taient des branches ou de simples poteries. Avec des &#233;tranget&#233;s et des craquements qu'on ne sait reconna&#238;tre. Rien qui rassure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perception, qui transforme les arbres en squelettes et le jardin en &#171; n&#233;gatif du r&#233;el &#187;, t&#233;moigne de la puissance de la nuit &#224; d&#233;faire nos certitudes et &#224; r&#233;v&#233;ler l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; du monde que l'on croyait conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L473xH600/960px-rembrandt_harmensz__van_rijn_145_1_-306ba.jpg?1768599173' width='473' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;La Pri&#232;re de Sim&#233;on&lt;/i&gt;, Rembrandt&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir son exploration du territoire nocturne, Virginie Gautier convoque des artistes qui ont fait du sombre la mati&#232;re de leur art. Rembrandt, en particulier, n'est pas une simple r&#233;f&#233;rence mais une figure tut&#233;laire : &#171; On dit de Rembrandt que c'est avec la nuit qu'il fait du jour &#187;. La technique du peintre, sa mani&#232;re de partir du noir, d'avancer par t&#226;tonnements dans la mati&#232;re, de pr&#233;f&#233;rer l'&#233;paisseur &#224; la lisse surface, devient le miroir de sa propre &#171; &#233;criture du sensible &#187;. La &#171; peinture d'ombres et de t&#233;n&#232;bres &#187; de l'artiste, qui privil&#233;gie la vibration lumineuse au contraste net, est une mani&#232;re de sonder la nuit non pour l'&#233;claircir, mais pour en habiter la densit&#233; et y faire sourdre la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension politique de l'obscurit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre d&#233;ploie une r&#233;flexion politique subtile sur notre rapport contemporain &#224; la lumi&#232;re et &#224; l'obscurit&#233;. Virginie Gautier interroge la lumi&#232;re artificielle non comme un simple progr&#232;s, mais comme un outil de contr&#244;le, d'appauvrissement du sensible et d'exclusion. Habiter la nuit devient alors un acte de r&#233;sistance face &#224; une soci&#233;t&#233; qui vise &#224; tout &#233;clairer, tout surveiller et tout ma&#238;triser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autrice m&#232;ne une critique acerbe de la &#171; pollution lumineuse &#187; et de l'&#233;clairage public omnipr&#233;sent. Dans &#171; R&#234;veur de flammes &#187;, elle oppose la flamme vivante de la bougie &#224; la lumi&#232;re froide de l'ampoule. Reprenant Bachelard, elle note que le &#171; on/off &#187; nous prive de &#171; l'&#233;paisseur de l'acte &#187;, de ce geste qui nous constituait comme &#171; les sujets du verbe allumer &#187;. L'&#233;clairage moderne, en nous raccordant &#224; un &#171; flux commun &#187; abstrait, nous d&#233;poss&#232;de d'une relation fondamentale au monde, tandis que la bougie, elle, cr&#233;e un &#171; cercle fragile &#187; et rend &#224; nos maisons leurs &#171; profondeurs secr&#232;tes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/FNGh9V6TJvI&#034; title=&#034;Nuit Blanche avec Marie-Ange Guilleminot &#224; la Monnaie de Paris&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce constat, le livre propose un geste politique et philosophique : &#171; d&#233;s-&#233;clairer &#187;. Il ne s'agit pas d'un simple retour en arri&#232;re, mais d'une proposition radicale pour r&#233;apprendre &#224; habiter le monde, rendre l'espace aux autres vivants et retrouver une puissance perdue dans le confort et la sur-visibilit&#233; : &#171; Ce qu'on perd, on le gagne pour trouver dans le ralentissement, dans la nuit, dans le moindre, quelque chose de plus puissant. D&#233;s-&#233;clairer est et n'est pas qu'une m&#233;taphore pour se rapprocher du monde. &#187; C'est une invitation &#224; accepter une part d'ombre et d'inconnu, &#224; la fois en nous et hors de nous, comme condition d'une relation plus juste au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Virginie Gautier utilise la nuit comme un v&#233;ritable r&#233;v&#233;lateur politique. Loin d'&#234;tre un grand &#233;galisateur, le noir amplifie les dynamiques de pouvoir qui structurent notre soci&#233;t&#233;. Que ce soit &#224; travers la surveillance urbaine o&#249; &#171; les lampadaires connect&#233;s deviennent les yeux et les oreilles d'une ville &#187;, la pr&#233;carit&#233; des migrants dans les &#171; corridors d'obscurit&#233; &#187; ou l'exp&#233;rience genr&#233;e de l'espace public, la nuit devient un test de v&#233;rit&#233;. Elle distingue violemment celui qui surveille et celui qui est surveill&#233;, celui qui est &#224; l'abri et celui qui est expos&#233;, le pr&#233;dateur et la proie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te de la puissance dans &lt;i&gt;le moindre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des axes philosophiques majeurs du livre est la notion du &#171; moindre &#187;. Pour Virginie Gautier, se d&#233;prendre du spectaculaire, du visible et du confort n'est pas une asc&#232;se ou un renoncement, mais une voie d'acc&#232;s &#224; une forme de puissance et de r&#233;sonance plus profonde. Cette puissance se trouve dans ce qui est petit, discret, t&#233;nu, et souvent ignor&#233; par un regard habitu&#233; &#224; chercher l'&#233;vidence. Le &#171; moindre &#187; est ce qui nous relie &#224; l'essentiel lorsque nous acceptons de ralentir et de r&#233;adapter notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autrice inscrit explicitement sa d&#233;marche dans la lign&#233;e du cin&#233;aste Nicolas Philibert (&lt;i&gt;La Moindre des choses&lt;/i&gt;) et surtout du p&#233;dagogue et penseur Fernand Deligny (&lt;i&gt;Le Moindre geste&lt;/i&gt;). Elle partage avec eux cette &#171; attention &#224; ce qui ne fait pas imm&#233;diatement sens, et qui serait justement ce qui a de l'importance &#187;. Il s'agit de valoriser le geste infime, la pr&#233;sence discr&#232;te, la trace &#224; peine visible, non pour leur insignifiance mais pour la richesse de monde qu'ils contiennent et r&#233;v&#232;lent &#224; qui sait regarder.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/dessin-22nuits22-n.2-mai-2024-1024x726.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH354/dessin-22nuits22-n.2-mai-2024-1024x726-4cadf.jpg?1769157722' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;, s&#233;rie de dessins de Virginie Gautier (encre sur papier 19X26 cm)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le texte est parsem&#233; d'illustrations concr&#232;tes de cette attention au d&#233;tail. Ce peut &#234;tre le son presque inaudible d'un escargot, la texture d'une &#233;corce rencontr&#233;e dans le noir, ou la lueur fragile d'un ver luisant. &#171; Lampyre, si modeste soit-elle, sauve ce soir par sa pr&#233;sence de tr&#232;s petite lanterne, par sa vie minuscule, le jardin tout entier. &#187; Dans cet &#233;clat minuscule, c'est tout un monde qui est sauv&#233; de l'indiff&#233;rence et de l'obscurit&#233; totale. La puissance ne r&#233;side pas dans l'intensit&#233; de la lumi&#232;re, mais dans le simple fait de sa pr&#233;sence, si infime soit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est en se concentrant sur le &#171; moindre &#187; que l'on parvient &#224; approcher la &#171; d&#233;mesure du monde &#187;. C'est en se faisant &#171; tout petit &#187;, en cherchant &#224; &#171; s'all&#233;ger de l'omnipr&#233;sence humaine &#187;, que l'on peut v&#233;ritablement ressentir le vertige de l'immensit&#233; &#233;toil&#233;e. L'attention au d&#233;tail n'est pas un r&#233;tr&#233;cissement du champ de perception, mais au contraire une mani&#232;re d'entrer en r&#233;sonance avec l'immense sans l'hubris de le ma&#238;triser, trouvant dans cet all&#232;gement un profond &#171; r&#233;confort &#187;. Cette philosophie du &#171; moindre &#187; n'est pas une simple posture, mais l'aboutissement de toute la d&#233;marche de l'ouvrage : une proposition concr&#232;te pour habiter le monde autrement, en y cherchant non pas la ma&#238;trise, mais la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginie Gautier d&#233;ploie dans son livre une &#233;criture du d&#233;centrement, nous invitant &#224; quitter la souverainet&#233; du regard pour nous ouvrir &#224; une perception plus tactile et plus humble du monde. Elle nous incite &#224; consid&#233;rer la nuit non plus comme une absence, mais comme un territoire foisonnant, un espace de r&#233;sistance et le lieu d'une qu&#234;te philosophique de la puissance dans le &#171; moindre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force principale du livre r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; transformer une exp&#233;rience intime et personnelle en une r&#233;flexion universelle sur notre rapport &#224; la nature, au temps et &#224; la modernit&#233;. Port&#233;e par une &#233;criture d'une grande pr&#233;cision, &#224; la fois charnelle et &#233;vocatrice, l'enqu&#234;te de Virginie Gautier nous touche par sa justesse et sa profondeur. Elle ne cherche pas &#224; imposer une v&#233;rit&#233;, mais &#224; ouvrir des pistes, &#224; partager des sensations et &#224; susciter des questionnements. Plus qu'une simple exploration de la nuit, Virginie Gautier nous offre une v&#233;ritable &#233;thique de la perception. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.virginiegautier.com/recours-a-la-nuit/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est un appel vibrant &#224; &#171; r&#233;adapter notre &#339;il &#187;, &#224; accueillir le sombre, le sauvage et l'incertain. C'est une invitation &#224; retrouver, dans l'ombre volontairement choisie, une libert&#233; et une intensit&#233; d'&#234;tre face &#224; un monde qui, en cherchant &#224; tout &#233;clairer, risque de nous laisser aveugles &#224; l'essentiel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Bruits, d'Anne Savelli</title>
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		<dc:date>2026-01-16T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Bruits d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH163/9782330215484-177c1.jpg?1768550455' width='120' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une exploration polyphonique de l'environnement sonore urbain et de son impact psychologique sur les personnages qui, pour s'en sortir, doivent faire preuve d'imagination, inventer des r&#233;cits. L'&#233;criture fragment&#233;e de ce roman propose une cartographie &#233;clat&#233;e d'un monde surcharg&#233; d'informations et de stimuli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8583 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Photographie de Matteo Mervoyer&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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[08:38] [h&#244;pital] [cham&#173;bre] [bo&#238;te cr&#226;nienne de la patiente] Il y a trop de monde dans cette t&#234;te, trop de voix et de personnages, &#231;a s'entrem&#234;le, je m'&#233;puise. La fatigue part du ventre, elle est immense alors, elle fait bloc et remonte, elle irrigue la poitrine. Je la sens se fixer partout. Trop de monde, dans ce corps. F suffirait pour raconter la ville. Pourquoi faut-il aussi ces flics, ces d&#233;tenus, ces &#233;tudiants qui n'ont pas de rapport entre eux ? Il y a, dans le d&#233;sordre, celui qui apprend la m&#233;decine, vivant dans la r&#233;serve de la biblioth&#232;que. Kelly, l'employ&#233;e du supermarch&#233; qui aligne les p&#226;tes, l'homme dont elle a peur et que je n'entends pas. Il y a cette doctorante en lettres, qui d&#233;boule &#224; peine, prend d&#233;j&#224; de la place. Son directeur de recherches et l'&#233;crivaine interview&#233;e. Il y a Bernex, le flic errant apr&#232;s une nuit de garde. Le chat de la cit&#233;. Les corneilles qui nidifient. Le gar&#231;on aux cheveux rouges et au dr&#244;le de pseudo, Orion. Il y a l'argot de son p&#232;re. L'inspecteur &#233;nerv&#233;, &#224; la tasse de caf&#233;. Il y a le gard&#233; &#224; vue du 3B, difficile &#224; d&#233;crire, ang&#233;lique, muet ou gueulard. Les parents inconnus de F. Il y a l'appart squatt&#233; et le voisin qui jacte, et le gardien d'immeuble. Il y a l'homme qui filme, suit la horde au complet. La star entraper&#231;ue, son fan veilleur de nuit, son chauffeur, son manager. Il y a le VRP en pi&#232;ges pour oiseaux en route vers l'a&#233;roport, croisant peut-&#234;tre, sans la voir, la Rolls. Il y a le personnel des &#233;coles. Les chattes Doris et Dodue. Il y a le r&#233;fugi&#233; des quais, tremp&#233; par la pluie, et celui qui dort sous sa tente. Il y a des &#233;boueurs et des femmes de m&#233;nage, des mariniers et des dealers, des sportifs, des conducteurs de scoots, de bus, de berlines. Ici m&#234;me : des m&#233;decins, des patients, des infirmi&#232;res. Il y a mille personnes que je ne connais pas. Et ce petit bruit de fuite pr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:39] Grincement de la porte de la chambre. Pas qui se succ&#232;dent, au galop, puis &#224; l'arr&#234;t devant le lit. Brouhaha du couloir. Fermez la porte deux secondes, on ne s'entend plus. Bon. Inerte depuis&#8230; ? Six heures, dit quelqu'un. On ne sait rien d'elle, ni son nom, ni rien d'autre ? (&lt;i&gt;nnnnn&lt;/i&gt;, murmure des &#233;tudiants de m&#233;decine) On peut deviner son &#226;ge, remarquez, il suffit de la foutre &#224; poil (rire gras du professeur non repris par les &#233;tudiants). Bon. Vous notez ? Arriv&#233;e propre, avec des traces de coups plus ou moins r&#233;centes. On remarque des ecchymoses sur les bras et les jambes et, surtout, un h&#233;matome sous-dural (il d&#233;signe la radio d'un scanner c&#233;r&#233;bral). Est-ce qu'elle est tomb&#233;e et s'est cogn&#233; la t&#234;te ? Est-ce qu'elle a &#233;t&#233; frapp&#233;e ? Dans une s&#233;rie t&#233;l&#233;, un confr&#232;re l&#233;giste le dirait dans la seconde. Mais nous ne sommes pas dans&#8230; Ne notez pas, voyons. On reprend. &#192; votre avis, en dehors de l'aspect m&#233;dical, qu'est-ce qu'on peut dire d'elle ? Je vous &#233;coute. Pas de rides marqu&#233;es, pas de boursoufflures du visage. Par contre, plusieurs cicatrices, ici, l&#224; et l&#224;. Notez-les. Quoi d'autre ? Ongles courts, dents soign&#233;es, oui, et encore ? (marmonnement indistinct) Disons qu'elle n'est pas &#224; la rue, ou alors qu'elle se prot&#232;ge : pas ou peu d'alcool, douches r&#233;guli&#232;res, manche destin&#233;e &#224; la nourriture et au lavomatic (remarque d'une cons&#339;ur dans le fond de la pi&#232;ce, dont la voix est jeune). Comment je le sais ? Je ne sais pas, ma petite, j'extrapole. Je fais de la fiction. Temp&#233;rature ? 32, 34 ? Allez, on surveille, on suit le protocole, au suivant, vous avez vu l'heure ? Grincement de la porte, bruits de pas qui s'&#233;loignent. Voix de la cons&#339;ur, rest&#233;e l&#224;. Elle se pr&#233;sente, mais on n'entend pas grand-chose de plus que : www. Appelons-la Docteur W.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:40] [square] [faux-acacia] [fourche] Le couple de corneilles n'en est qu'au d&#233;but de la construction, &#224; l'assise, &#224; la premi&#232;re des quatre couches qui formeront le nid. En face, au commissariat, le calme est revenu apr&#232;s un moment de panique. Au d&#233;part, la poubelle semblait tentante, source de revenus toute trouv&#233;e, mais faut-il vraiment s'installer ici, dans cet arbre ? Entre le square et l'entr&#233;e du commissariat, malgr&#233; les insectes et les chiens, le trottoir reste l'apanage de &lt;i&gt;sapiens&lt;/i&gt;, le pollueur. En voil&#224; un qui sort, tiens, bonnet enfonc&#233; sur cheveux rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:41] [trottoir] Une minute d'inspection des lieux, d'introspection chancelante selon le point de vue, c'est long, c'est court, c'est comment ? &#199;a rapproche du sol celui qui voudrait s'&#233;loigner, rester droit, retrouver sa dignit&#233; apr&#232;s avoir, au fil des heures, donn&#233; des noms. Une minute de vertige, de naus&#233;e, d'oubli de ce qui vient de passer, de d&#233;ni de la trahison, &#231;a se ramasse, pour finir, en une acc&#233;l&#233;ration des pas, en un all&#232;gement, une d&#233;charge de toute pesanteur. Comme si le gar&#231;on sentait, sous ses pieds, un tapis roulant. On te l'avait bien dit, que tu ne valais rien. Oui, voil&#224;. C'est la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Biiiiiiiiiiii &lt;/i&gt; [08:43]&lt;i&gt; iiiiiip &lt;/i&gt; [gare] [salle des pas perdus] [borne] qui bipe, train qui grince, une voix au micro pr&#233;vient d'un &lt;i&gt;Attention&lt;/i&gt; &#224; [foule des voyageurs] &lt;i&gt;la fermeture&lt;/i&gt; des corps &lt;i&gt;des portes&lt;/i&gt; travers&#233;s par le biiiip avancent, &lt;i&gt;retard d'environ dix minutes&lt;/i&gt;, badgent, se pressent, entrent et sortent des wagons [borne] d&#233;j&#224; [08:44] dix minutes de perdues c'est l'enfer cette gare [couloir] ah [&#233;couteurs] basse bo&#238;te &#224; rythmes [foule] merci pour le coup de [couloir] [bifurcation] vous pourriez dire &lt;i&gt;biiip &lt;/i&gt; quoi merde &#224; la fin [08:45] et puis &#224; quoi &#231;a sert [salle des pas perdus] [boulangerie] [file d'attente] d'arriver pile &#224; l'heure pour &#234;tre dans cet &#233;tat [sortie] [esplanade] [bar] oui je vais prendre un caf&#233; je crois bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:46] [rue] [boulangerie] F comme farine, fermentation, fourn&#233;e : des boulangeries, il y en a des centaines dans cette ville, voil&#224; ce que tu es en train de d&#233;couvrir. Certaines ont des rideaux de fer, d'autres, des grilles &#224; losanges. Certaines font tinter une cloche &#224; l'entr&#233;e. Certaines sentent le pain alors qu'il est dans le four. Certaines ont une porte qui coulisse, d'autres deux, d'autres non, fa&#231;on d'attirer le client sans qu'il n'ait, la main sur la poign&#233;e, le temps de changer d'avis. Certaines ont des vitrines de grand magasin, leurs moelleux, g&#226;teaux secs, plats ou triangulaires align&#233;s par couleurs &#8211; celles-l&#224;, tu ne les connais pas. Au fond d'une d'entre elles, situ&#233;e pr&#232;s de la gare, une dame en blouse qui te para&#238;t tr&#232;s grande attend la monnaie. Mais, &#224; [08:47], quelle monnaie ? Quel argent dans ton sac &#224; dos ? Rien, il n'y a ni pi&#232;ces ni billets, rien &#224; troquer qui int&#233;resse les boulang&#232;res, juste un bonbon trouv&#233; dans une poche. Tu te demandes ce qu'il faut en faire. Le manger maintenant le plus lentement possible ? Tu ne peux pas entrer dans la boutique, avec sa patronne qui guette. Qu'est-ce que tu r&#233;pondras, quand elle cherchera &#224; savoir ce que tu veux ? Quel r&#244;le jouer ? Celui de la petite fille perdue ? Tu ne sais pas si tu es perdue. Personne n'a pris le temps, jusqu'ici, de t'expliquer la marche &#224; suivre. Tu ne pleures pas. Tu ne demandes pas, en reniflant, o&#249; sont tes parents, o&#249; se trouve ta maison. Tu ne dis pas le mot maison. Tu ne donnes aucun nom, tu n'ouvres pas la bouche. Sous tes doigts, le bonbon roule dans son emballage, entre le pouce et l'index. Il brille dans ta paume devant la grande aiguille de l'horloge derri&#232;re la vitre, au fond de la boulangerie. L'aiguille fl&#232;che le 9, il n'est pas loin de [08:50] maintenant, ici comme partout en ville, &#224; la [gare], par exemple, situ&#233;e &#224; deux minutes. Ici, la boulang&#232;re l&#232;ve la t&#234;te. L&#224;-bas, deux ados fur&#232;tent, guettent quelque chose, un bagage perdu, un sac d&#233;zipp&#233; peut-&#234;tre, tout en se faisant remarquer. Ils trimbalent une enceinte qui diffuse, tonitruant, un son aussit&#244;t brouill&#233; par la masse des voyageurs &#8211; leurs corps qui se d&#233;placent, leurs voix qui s'interpellent ou parlent au t&#233;l&#233;phone ; un son noy&#233;, amplifi&#233; par le micro des annonces, la friction des roulettes de valise en valise, les rebonds sur le plafond de verre. Les ados sont aussi voyants qu'ils ont des yeux partout. Est-ce que tu les entends, &#224; deux minutes &#224; peine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[centre commercial] Bernex, surveill&#233; par le vigile qui lui a, cependant, ouvert la porte, parcourt les lieux sans savoir ce qu'il cherche. Qu'est-ce qu'il fout l&#224; encore, dans cet espace ferm&#233;, au lieu de rentrer chez lui ? Tra&#238;ner sans &#234;tre en service, c'est jeter un &#339;il aux flyers laiss&#233;s devant la m&#233;diath&#232;que ferm&#233;e, situ&#233;e &#8211; strat&#233;giquement ? &#8211; devant une enseigne de fast-food. Se dire que le centre com&#173;mercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quel&#173; qu'un, suppose-t&#8209;il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'au&#173;&#173; jour&#173; d'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'au&#173;&#173; tre ; jambes de fem&#173;mes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bou&#173; ches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser personne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour com&#173;mercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'au&#173;&#173;trement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; travers la grille, un caf&#233; &#224; la main, quelques formes color&#233;es, une &#233;charpe, une bague. Se demander, l'espace d'un instant, si ce qu'on voit, on le trouve beau. S'il faut, d'avance, savoir tout &#233;valuer. Tra&#238;ner, pour Bernex qui ne regarde plus l'heure &#8211; cheville ouvri&#232;re de l'errance, son t&#233;l&#233;phone &#233;teint &#8211; c'est lentement comprendre qu'il n'est plus [08:16], plut&#244;t [08:50]. Le gardien lui fait signe. Le centre va ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:51] [gare] Ces gars qui d&#233;rangent, avec leur enceinte pouss&#233;e &#224; fond dans la salle des pas perdus, leurs yeux, c'est sur toi qu'ils les posent, F, pendant qu'ils appuient sur stop. Ici, les boulangeries semblent coll&#233;es aux murs, quasi plates. En passant, on fr&#244;le les &#233;tals. Ni une ni deux, le pain au chocolat juste sorti du four, petit pain sur la plaque que la vendeuse, d&#233;j&#224;, doit vite d&#233;barrasser, petit pain pr&#232;s du bord, si pr&#232;s qu'il pourrait en tomber, doit tomber, va tomber, devenant ainsi invendable, viennoiserie que la vendeuse ignore, dont elle ne s'occupe pas car il lui faut trancher, tendre, vendre, rendre la monnaie &#224; une cliente qui conteste, r&#233;clame, ce petit pain passe de la paume de l'un &#224; la paume de l'autre et bient&#244;t dans la tienne, qui n'a rien demand&#233;. Les deux gars disparaissent, rieurs. Tu n'as le temps de rien dire et la vendeuse non plus, qui de toute fa&#231;on n'a rien vu, accapar&#233;e par la cliente, puis par la file qui se forme, proteste, conteste, alors, &#231;a vient ? Tu te d&#233;cales, cherches l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:52] Oh, F, est-ce une initiative ? Est-ce que tu as su observer, voir les gar&#231;ons, te placer dans le bon que le centre commercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quelqu'un, suppose-t-il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'aujourd'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'autre ; jambes de femmes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bouches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser per- sonne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;- m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour commercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'autrement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; axe, attraper le cadeau ? Un auvent te cache de la foule qui s'allonge, veut son pain et son train dans ce quartier de gares. Je ne te vois pas, bien s&#251;r, mais je r&#233;ussis &#224; t'entendre. J'entends ton c&#339;ur, ton souffle. Je me demande dans quelle mesure la ville elle-m&#234;me pourvoit &#224; tes besoins, te nourrit, te surveille. Intarissable, voil&#224; comment peut-&#234;tre elle se pr&#233;sentera, maintenant que tu traces ta ligne. C'est du moins ce que j'esp&#232;re. Je voudrais &#234;tre celle qui pourrait te bercer, te dire que les bottes de sept lieues existent. Je voudrais t'assurer que tu vas t'en sortir, que tout le monde t'aidera, &#224; commencer par moi. Mais je suis bloqu&#233;e dans cette chambre, immobile dans ce lit, inerte, selon le mot des m&#233;decins. Je suis en train de penser, tandis que la trotteuse fait basculer l'aiguille vers la minute suivante, que je n'arriverai pas &#224; t'envoyer ma force. Que je te laisserai l&#224;, face &#224; tous les dangers. Fille toujours plus petite. Isol&#233;e la plus isol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:53] Punaise, foutaises, fournaise, putain, je t'en foutrais, de ces conneries, braille alors quelqu'un dans la gare. F &lt;i&gt;comme fournaise&lt;/i&gt;, tu ne sais pas ce que &#231;a veut dire mais tu sens qu'on n'est pas loin de &lt;i&gt;braise&lt;/i&gt;, et de braise &#224; incendie, il n'y a plus qu'un pas. On l'a retrouv&#233;e dans les braises, il n'en restait plus rien, tu l'entends, cette phrase ? Pas le temps d'y penser, tu files. Tu traverses la gare et tu reprends ta course, sans rien &#233;couter d'autre, sans r&#233;aliser que te voil&#224; maintenant dans le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[d&#233;dale]. Devant toi, des murs pouilleux, des tessons de bouteilles, des porches pissoti&#232;res et des voiles sur les vitres, X scotch&#233;s ou peints pour barrer les entr&#233;es, pr&#233;venir des effondrements. En quelques secondes tout devient opaque. &#199;a ne fait pas de bruit, cette mis&#232;re de la matin&#233;e, mais tu continues de courir pour &#233;chapper &#224; ce qui, dans le d&#233;cor, va t'attaquer crois-tu. Peur qu'un homme sorte de l'ombre et t'attrape par le bras. Peur de tomber, de t'&#233;corcher, de t'&#233;vanouir, de ne plus r&#233;ussir &#224; te remettre debout. Peur que tout se renverse, que le sol se d&#233;robe. Fuir ce qui pue en changeant de trottoir, en tournant aux intersections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rien &#224; gagner ou &#224; perdre</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Choisir c'est d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;ler &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;chire la page d'un vieux livre, mes yeux se prom&#232;nent &#224; la surface, explorent les mots, naviguent entre les lignes, dans l'attente de ce qui va attirer leur attention. Mon regard s'arr&#234;te sur un mot, comme on bute au milieu d'une phrase. Sans m'attarder trop longtemps dessus, je le d&#233;coupe. Un mot, une phrase. Je d&#233;tache un fragment du texte pour le mettre en r&#233;serve, sur le c&#244;t&#233;. Je r&#233;p&#232;te avec toutes les pages du livre que j'effeuille les unes apr&#232;s les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_51_1_-d822a.png?1766305065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choisir c'est d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;ler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;chire la page d'un vieux livre, mes yeux se prom&#232;nent &#224; la surface, explorent les mots, naviguent entre les lignes, dans l'attente de ce qui va attirer leur attention. Mon regard s'arr&#234;te sur un mot, comme on bute au milieu d'une phrase. Sans m'attarder trop longtemps dessus, je le d&#233;coupe. Un mot, une phrase. Je d&#233;tache un fragment du texte pour le mettre en r&#233;serve, sur le c&#244;t&#233;. Je r&#233;p&#232;te avec toutes les pages du livre que j'effeuille les unes apr&#232;s les autres. Ce temps de la d&#233;coupe, c'est autant pour moi une forme de lecture que d'&#233;criture. Les petits morceaux s'accumulent sur la table. Des phrases se dessinent peu &#224; peu. Un po&#232;me s'&#233;crit dans la tension, et dans l'incertitude de ce qui affleure par surprise. Le temps que &#231;a prend m'&#233;tonne et me ravit. Un ralentissement s'op&#232;re en moi. Travailler le texte avec les mains, le laisser filer entre ses doigts. Agencer les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, copeaux de textes que je fais permuter sur la table, jusqu'&#224; trouver, en les manipulant ainsi, l'&#233;tincelle qui jaillit de ces mots, bribes de sens, de phases qui, associ&#233;es, provoquent en moi l'&#233;tonnement d'un &#233;blouissement. L'objectif est de fabriquer un carnet dans le cadre d'un atelier de cr&#233;ation que je vais animer fin janvier &#224; la biblioth&#232;que, d'&#233;crire de courts po&#232;mes sur le th&#232;me du fil et de les assembler ensuite dans un carnet reli&#233; en utilisant la technique de la reliure japonaise. Tout se construit au fil du temps. Chaque fragment d&#233;cide du suivant. Le faire dans un temps r&#233;duit, &#224; l'abri des regards, accentue la tension de la performance, la conjoncture d'une improvisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54968888549_89cfd24bbe_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54968888549_89cfd24bbe_k-3e19d.jpg?1766305065' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Chantier de la Place du Colonel Fabien, Paris 10&#232;me, 6 d&#233;cembre 2025&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui s'appelle faire le vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait plus o&#249; c'est rang&#233;, on commence &#224; chercher dans les diff&#233;rentes pi&#232;ces de la maison, sur les &#233;tag&#232;res, on v&#233;rifie les rayonnages des biblioth&#232;ques, on ouvre des tiroirs, on fouille des cartons, on retrouve des choses qu'on croyait perdues depuis longtemps, on se souvient de papiers ou de documents qu'on avait oubli&#233;s. Il n'y a qu'une solution, dans ces moments-l&#224;, c'est de profiter de ces recherches pour se d&#233;barrasser au plus vite, sans r&#233;fl&#233;chir, de ce qu'on trouve, qu'on juge &#224; la h&#226;te obsol&#232;te, inutile, sinon, &#231;a s'accumule &#224; l'ext&#233;rieur, envahit et recouvre le sol &#224; nos pieds, au risque de tout encombrer, de semer le d&#233;sordre. On ne trouve pas ce qu'on cherchait, malgr&#233; nos efforts. Mais ce d&#233;ballage, insinue en nous le secret d&#233;sir de tout ranger, pour ne pas sombrer et dispara&#238;tre sous les feuilles. Dans ce cas-l&#224;, ce qu'il faut, c'est d'abord jeter, &#233;liminer ce qui encombre, se soulager de ce poids invisible sur nos &#233;paules, de cette charge mentale qu'on ne soup&#231;onne m&#234;me pas, qui s'accumule au fond de nos tiroirs, sur nos &#233;tag&#232;res, enfouie dans des sacs ou des placards inaccessibles. Le souvenir de la sc&#232;ne du film &lt;i&gt;Brazil&lt;/i&gt; de Terry Gilliam demeure intact dans notre m&#233;moire. Harry Tuttle, le plombier-chauffagiste dissident, interpr&#233;t&#233; par Robert de Niro, est pris dans un tourbillon de feuilles qui volent autour de lui jusqu'&#224; l'aspirer dans leur tourbillon, le faire dispara&#238;tre dedans, et lorsque la bourrasque se calme enfin, il ne reste de lui que quelques feuilles &#233;parses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Opera aperta&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film de Radu Jude, &lt;i&gt;N'attendez pas trop de la fin du monde&lt;/i&gt;, met en regard, par un jeu de miroirs entre deux &#233;poques, deux films, la trajectoire d'une chauffeuse de taxi &#224; l'&#233;poque communiste (avec des extraits du film &lt;i&gt;Angela poursuit sa route&lt;/i&gt;, de Lucian Bratu (1981)) et celle de son double contemporain dans le capitalisme post-totalitaire de la Roumanie, avant de resserrer le r&#233;cit dans un long plan-s&#233;quence final. Angela, jeune assistante de production, passe sa journ&#233;e &#224; conduire dans le flot de circulation d&#233;j&#224; important de Bucarest, autoradio &#224; fond, m&#226;chant du chewing-gum et buvant du caf&#233; pour ne pas s'endormir au volant. Elle travaille sans rel&#226;che pour un projet qui ne la motive pas vraiment. Elle filme avec son portable des personnes qui ont subi des accidents du travail, elle les fait parler pour enregistrer leurs r&#233;cits, des paroles que ses employeurs lui demandent de cadrer, d'ajuster, parfois de d&#233;former pour satisfaire les multinationales pour lesquelles ils travaillent. C'est un casting pour un clip sur la s&#233;curit&#233; au travail. Autour d'elle, les images se multiplient : celles du pr&#233;sent, rapides et agressives, et celles d'un pass&#233; qui revient par fragments. Ouvriers bless&#233;s, m&#232;res fatigu&#233;es, figures du pass&#233; qui traversent le pr&#233;sent comme des fant&#244;mes. Pour tenir le coup, et r&#233;sister d'une mani&#232;re, Angela devient Bobitz&#259;, un jeune imberbe aux gros sourcils. Elle se transforme en se filmant avec un filtre aux couleurs satur&#233;es sur TikTok, et se lance dans une critique de la soci&#233;t&#233; masculiniste, raciste, violente et vulgaire. Ses vid&#233;os, ouvertement obsc&#232;nes, sont &#224; la fois sarcastiques et irr&#233;v&#233;rencieuses. La ville n'est plus une ville mais un montage urbain : cimeti&#232;res d&#233;plac&#233;s, immeubles neufs, routes bord&#233;es de croix. Peu &#224; peu, le film fait glisser le regard du simple trajet vers une mise &#224; nu des rapports de pouvoir. On se demande qui parle, qui se tait, qui est montr&#233;, qui est effac&#233;. Le tournage d'une vid&#233;o pr&#233;tendument bienveillante devient le lieu d'un affrontement discret entre v&#233;rit&#233; v&#233;cue et discours impos&#233;. Le film avance ainsi par collisions, jusqu'&#224; faire sentir que les images, loin d'&#234;tre neutres, travaillent les corps, le temps et la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8579 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54075396268_55633e32e0_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54075396268_55633e32e0_k-ec2da.jpg?1766305065' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#206;le de Teshima, Japon, 18 octobre 2024&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n'irait pas plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caresse. Ce geste de la main, la paume qui fr&#244;le &#224; peine la peau de l'autre, qui rassure, par la justesse de l'accord entre la forme creuse de la main qui s'accorde &#224; la rondeur de la joue, sans l'&#233;pouser parfaitement, je suis l&#224; avec toi, tu peux compter sur moi, ce n'est pas tout &#224; fait une caresse, le geste reste unique, c'est l'approche qui compte, la lenteur, le temps accord&#233; &#224; l'autre, l'assurance d'une pr&#233;sence amicale. Regard. Ils s'approchent l'un de l'autre lentement, les yeux dans les yeux, et dans cette proximit&#233;, cette intimit&#233; inattendue, l'intensit&#233; de leur regard, ils maintiennent la distance sans quoi ce geste se transforme en contact, en caresse, en baiser, il n'y a pas d'attirance, c'est autre chose, mais cette possibilit&#233; offerte entre eux de s'approcher si pr&#232;s, de sentir le souffle de l'autre, de l'accompagner, de s'en faire l'&#233;cho, accordant leur mouvement au m&#234;me rythme, et tout passe par le regard. Mots. Le verbe tendre qui n'a rien de ce que contient la tendresse. Tirer sur (une chose souple ou &#233;lastique), de mani&#232;re &#224; la rendre droite (tension ; tendu). Tendre une corde. D&#233;ployer en allongeant en tous sens. Tendre &#224;, tendre vers, avoir un but, une fin et s'en rapprocher d'une mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e. La tendresse est ailleurs, c'est un caract&#232;re de douceur et de d&#233;licatesse. &#201;coute. C'est l'attention plut&#244;t que la tension, c'est se tenir &#224; distance mais pr&#233;sent dans ce retrait, disponible, ouvert. Ne pas parler, se retenir de dire ce qu'on pense en premier lieu, ce n'est pas ce qui importe &#224; cet instant, il faut se garder d'intervenir et lib&#233;rer ainsi toute la concentration n&#233;cessaire pour, le moment venu, trouver peut-&#234;tre enfin les mots. Il faut garder ce silence, entendre ce que l'autre a &#224; nous dire, le comprendre ce nous, ce qui s'y joue, avant de pouvoir lui r&#233;pondre et l'accueillir. Ce n'est pas un dialogue. On ne parle que si n&#233;cessaire, parfois le silence est la meilleure r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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