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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>Journal du regard : Mai 2026</title>
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&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de la Venise briarde, avant de rejoindre le chemin de halage le long de la rivi&#232;re que j'avais rep&#233;r&#233; sur la carte. Sur le chemin, nous croisons des marcheurs qui nous conseillent un itin&#233;raire que nous n'avions pas envisag&#233; d'emprunter. Nous traversons des champs, montons sur la colline qui surplombe le village. En pr&#233;parant notre promenade, j'avais lu qu'il y avait de ce c&#244;t&#233;-l&#224; un ancien cimeti&#232;re protestant &#224; l'ombre des bois. Cependant, je ne pensais pas que nous irions jusque-l&#224; car cela me semblait consid&#233;rablement rallonger la distance de notre parcours. Au moment de passer &#224; la hauteur du cimeti&#232;re, nous ne comprenons pas la direction indiqu&#233;e par le panneau pour nous y rendre et passons &#224; c&#244;t&#233;. Je suis un peu d&#233;pit&#233;, mais difficile de revenir sur nos pas, puisque nous descendons &#224; travers la for&#234;t et que nous sommes d&#233;j&#224; &#224; proximit&#233; du village en contrebas. Ironie du sort, c'est au cimeti&#232;re que nous finissons notre p&#233;riple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un thomasson est un objet urbain inutile, pr&#233;serv&#233; dans le cadre d'un b&#226;timent ou de son environnement. Quatre colonnes en fonte soutenaient le viaduc de la ligne 2 avant la cr&#233;ation des voies routi&#232;res. Ces colonnes creuses, d&#233;cal&#233;es vers la rotonde, servent d&#233;sormais de gaines de ventilation &#224; l'usine souterraine d'eau non potable de La Villette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Caroline pour inscrire la m&#233;moire de son grand-oncle Antoine Poletti, r&#233;sistant pendant la guerre et mort en d&#233;portation, dans le quartier o&#249; il a v&#233;cu avec toute sa famille, rue Corbera, dans le 12&#7497; arrondissement, tout proche du quartier de mes parents, et de la famille de ma m&#232;re, rue Beccaria, me touche. Ce qu'elle &#233;crit sur lui va se prolonger sur une plaque comm&#233;morative, appos&#233;e prochainement sur la fa&#231;ade de l'immeuble. Je traverse pour ma part ces lieux hant&#233;s par mes parents sans aucune nostalgie. Les seules traces qui m'&#233;meuvent et me touchent sont celles des marques de ballons des enfants qui recouvrent le mur blanc de la Petite Mairie du march&#233; d'Aligre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, je ne suis pas seul quand je filme, j'enregistre ce que je vois &#224; la vol&#233;e, dans un temps r&#233;duit, un empressement constant sur le cours des choses. Quelque chose attire mon attention, je m'arr&#234;te pour filmer. On ne m'attend pas, c'est une habitude. Je les rejoins apr&#232;s en pressant le pas. Cela ne me g&#234;ne pas, mais je dois &#224; chaque fois rattraper le temps perdu pour ne pas me laisser distancer. Les conversations qui s'&#233;taient engag&#233;es sont interrompues, elles ont chang&#233; de sujet ou de direction, j'en entends que des bribes. Je les suis en pointill&#233;. Je dois agir vite et dilater le temps. Je ne sais pas si ce que je vis est vrai ou si je suis embarqu&#233; dans le r&#234;ve de quelqu'un d'autre. Une r&#233;alit&#233; alternative. Un univers parall&#232;le. Ce que je per&#231;ois de ce qui m'entoure, et pas seulement avec les personnes qui m'accompagnent, avec qui je partage l'espace, para&#238;t d&#233;tach&#233; de l'ensemble du paysage, comme si je n'en saisissais qu'un fragment, un seul versant, laissant l'autre dans l'ombre, sur le c&#244;t&#233;. C'est comme une machination. Qu'est-ce que c'est qu'&#234;tre s&#233;par&#233; de quelque chose qu'on n'a jamais eu ? De regarder ce qu'on ne voit pas vraiment, qui nous &#233;chappe ? Une &#233;norme absence m&#234;l&#233;e &#224; la certitude d'une grande pr&#233;sence possible cr&#233;e une impression singuli&#232;re. Je r&#233;fl&#233;chis &#224; tout cela en remontant vers la maison, apr&#232;s avoir mang&#233; en famille dans un restaurant du 12&#7497;. Nous rentrons &#224; pied, en longeant le canal Saint-Martin. Dans l'effervescence de cette chaude journ&#233;e, les quais sont bond&#233;s d'une foule de Parisiens et de touristes, jeunes gens buvant et fumant, riant et parlant fort, assis, debout, dans le d&#233;sordre de la nuit. Comment aurais-je pu imaginer qu'une bagarre entre hooligans en marge de la finale de la coupe de France de football aurait lieu quelques heures plus tard, m&#234;me si, peinant &#224; remonter le quai, &#224; cause de la foule, j'ai ressenti quelque chose d'&#233;lectrique dans l'air qui m'a profond&#233;ment troubl&#233;, mis mal &#224; l'aise, comme il arrive parfois qu'on pressente ce qui va se passer mais qu'on ne le comprenne qu'apr&#232;s coup ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;s &#224; manger chez mes parents, avec Caroline et Nina, nous descendons &#224; la gare de Boussy-Saint-Antoine, pour rejoindre Combs-la-Ville &#224; travers champs et bords de l'Yerres. C'est un voyage dans le temps. Je retrouve des lieux de promenades de mon enfance, quand nous habitions Boussy, o&#249; nous descendions avec mon oncle et ma tante jusqu'&#224; Jarcy. Sur le chemin, je retrouve des maisons et des jardins o&#249; j'ai &#233;t&#233; invit&#233; lorsque j'&#233;tais enfant, chez des camarades de classe. Je ne me souviens de rien mais tout me revient. Les lieux de mon enfance se r&#233;sument trop souvent aux vacances estivales pass&#233;es chez mes grands-parents dans le Berry. Mais ces paysages travers&#233;s aujourd'hui m'y ram&#232;nent par un d&#233;tour que seule la m&#233;moire sait faire jouer en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pas s'impriment dans la terre encore humide des sous-bois, &#233;criture illisible, les reflets des flaques s'&#233;vaporent dans la touffeur du jour, la lumi&#232;re &#224; leur surface, artificielle comme les &#233;tangs de la for&#234;t, mirages de fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Avril 2026</title>
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&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours &#233;t&#233; attir&#233; par les jardins, ce sont des lieux o&#249; j'aime me retrancher, des &#238;lots de calme pour me d&#233;tendre, faire le point, r&#233;fl&#233;chir, m'isoler un peu, lire un livre. Je me rends (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/enfance" rel="tag"&gt;Enfance&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-04-28_a_22.33_25-1d251.png?1777618922' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/2Z9dBCevKX0&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours &#233;t&#233; attir&#233; par les jardins, ce sont des lieux o&#249; j'aime me retrancher, des &#238;lots de calme pour me d&#233;tendre, faire le point, r&#233;fl&#233;chir, m'isoler un peu, lire un livre. Je me rends compte que je les filme de plus en plus souvent. En y r&#233;fl&#233;chissant, je crois que cette attirance pour ces lieux de nature en milieu urbain, qui accueillent de plus en plus des jardins partag&#233;s, vient de ma jeunesse. J'ai pass&#233; plusieurs &#233;t&#233;s de mon enfance chez mes grands-parents qui vivaient dans le Berry. Quand je ne roulais pas &#224; travers champs sur mon v&#233;lo, de la maison jusqu'au village en longeant l'Indre, je passais de longues heures &#224; jouer dans le grand jardin potager situ&#233; &#224; l'arri&#232;re de la maison. Je marchais dans les all&#233;es, en me racontant des histoires, jouais sur la balan&#231;oire, mangeais des fruits en passant (m&#251;res, groseilles, cassis), r&#234;vais &#224; l'ombre du cerisier, ou me cachais dans l'abri de mon grand-p&#232;re au fond du jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;ambule dans les all&#233;es du parc de Bagatelle. Caroline est &#224; mes c&#244;t&#233;s. C'est le printemps. Les pelouses sont d'un vert &#233;clatant, les arbres majestueux. Et pourtant, quelque chose r&#233;siste &#224; l'&#233;vidence. Une impression de d&#233;j&#224;-vu, sans souvenir pr&#233;cis. Je sais que je suis venu ici il y a longtemps, une trentaine d'ann&#233;es peut-&#234;tre. Je ne garde que cette sensation diffuse qui perturbe un peu ce que je per&#231;ois autour de moi. En marchant, je pense au film de Rainer Werner Fassbinder &lt;i&gt;Le Monde sur un fil&lt;/i&gt;, que j'ai d&#233;couvert r&#233;cemment, presque par hasard, en pr&#233;parant pour la biblioth&#232;que une s&#233;lection de films sur les robots et l'intelligence artificielle. Ce film, adapt&#233; d'un livre de Danyel F. Galouye, &lt;i&gt;Simulacron 3&lt;/i&gt;, a d&#233;plac&#233; quelque chose dans cette approche. C'est le premier film de science-fiction sur les m&#233;tavers. Un personnage dispara&#238;t subitement, sans que personne ne le remarque, comme si la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me effa&#231;ait ses propres traces, ce qui finit par se r&#233;v&#233;ler &#234;tre la simple suppression d'un avatar, le monde de cette fiction n'&#233;tant qu'un univers virtuel.Je traverse une all&#233;e bord&#233;e d'arbres. La composition du jardin, m&#234;me dans ses diff&#233;rents espaces aux formes vari&#233;es, est tr&#232;s &#233;labor&#233;e. Le parc ressemble &#224; un d&#233;cor, ou plut&#244;t, une mise en sc&#232;ne de lui-m&#234;me. Dans le film de Fassbinder, les zooms, les travellings, les surfaces r&#233;fl&#233;chissantes rappellent sans cesse que nous regardons une repr&#233;sentation. Je pense alors au film d'Alain Resnais &lt;i&gt;L'Ann&#233;e derni&#232;re &#224; Marienbad&lt;/i&gt;, &#233;crit par Alain Robbe-Grillet. C'est le m&#234;me trouble, dans la r&#233;p&#233;tition des formes, et cette incertitude des souvenirs. Pourquoi ce lieu m'&#233;chappe-t-il ? Pourquoi ne me reste-t-il que cette impression vague d'y &#234;tre d&#233;j&#224; venu ? Est-ce le souvenir qui fait d&#233;faut, ou la r&#233;alit&#233; qui se d&#233;robe ? Marcher ici, c'est peut-&#234;tre traverser un espace d&#233;j&#224; rejou&#233;. Une variation de cet espace. Dans le film de Fassbinder, une issue existe. Elle ne passe pas par une preuve, ni par une d&#233;monstration, mais par une rencontre. La certitude fragile d'&#234;tre avec quelqu'un. Une pr&#233;sence qui r&#233;siste &#224; la simulation et qui introduit de l'alt&#233;rit&#233;. Et avec elle, la possibilit&#233; d'y croire encore. Et bien s&#251;r, je pense alors &#224; &lt;i&gt;La Jet&#233;e&lt;/i&gt;, de Chris Marker. L&#224; aussi, tout repose sur une image, sur une m&#233;moire. Celui du visage d'une femme. Un point fixe dans un monde instable. Comme si, au c&#339;ur des dispositifs les plus sophistiqu&#233;s, ce qui demeurait irr&#233;ductible, c'&#233;tait la relation. Je continue de marcher. Avec Caroline, nous cherchons la sortie du parc. Les passants croisent mon regard, puis disparaissent dans mon dos. Rien ne les retient. Rien ne me prouve qu'ils sont l&#224; autrement que par cette br&#232;ve co&#239;ncidence de nos trajectoires. Peut-&#234;tre que la r&#233;alit&#233; ne tient qu'&#224; cela, &#224; ces rencontres fugitives, ces pr&#233;sences qui interrompent le flux. Dans ce parc que je ne reconnais pas, ou trop peu, &#224; certains moments d'ailleurs je crois m'en souvenir, mais c'est l'image d'un autre jardin dans lequel je me projette, celui du bois de Boulogne o&#249; je suis venu me promener l'ann&#233;e derni&#232;re, je cherche moins &#224; me souvenir qu'&#224; &#233;prouver, &#224; v&#233;rifier que quelque chose r&#233;siste, que tout n'est pas seulement surface. Qu'est-ce qui, dans l'exp&#233;rience, &#233;chappe &#224; sa mise en sc&#232;ne ? Un regard. Une voix. Une pr&#233;sence. Caroline est &#224; mes c&#244;t&#233;s et c'est tout ce qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profiter du temps d'un trajet en RER pour lire un livre. C'est ce que je faisais lorsque je travaillais &#224; Melun. Bien cal&#233; contre la fen&#234;tre, j'ouvre mon livre pour m'y plonger. &lt;i&gt;Venise, millefleurs&lt;/i&gt;, de Ryoko Sekiguchi. Difficile de se concentrer durant les premi&#232;res stations souterraines. Les portes se ferment bruyamment. Des tensions entre les voyageurs. Un d&#233;but de bagarre. Le ton monte, les menaces fusent. Oublier tous ces bruits, cette agitation, qui s'invitent malgr&#233; nous dans le wagon, les conversations qui distraient, et m&#234;me, les paysages de cette banlieue que je ne connais pas, les regarder &#224; peine. Avec Ryoko Sekiguchi, je suis &#224; Venise, passant d'&#238;le en &#238;le, anticipant curieusement la promenade &#224; venir, une randonn&#233;e en banlieue parisienne aux airs de dimanche &#224; la campagne. Emprunter des chemins de traverse. &#201;couter le chant des oiseaux. S'engouffrer sous un pont, traverser un tunnel, marcher sur un viaduc, apercevoir de l&#224;-haut la for&#234;t &#224; perte de vue, puis s'enfoncer &#224; nouveau dans la fra&#238;cheur des sous-bois. Longer des habitations dont on ne voit que la haie au fond du jardin. Apercevoir furtivement un renard traverser un champ. Traverser des villages qu'on croise sur l'itin&#233;raire avant de revenir prendre son train &#224; la gare.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce qui reste du passage</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Et rien qu'un peu d'amour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des Parapluies de Cherbourg. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire-vive" rel="tag"&gt;M&#233;moire vive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_2_1_-ffc95.png?1776582275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et rien qu'un peu d'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, &lt;i&gt;Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver&lt;/i&gt;, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, &lt;i&gt;Pause caf&#233;&lt;/i&gt;, diffus&#233;e en 1981, dans laquelle elle jouait le r&#244;le de Jo&#235;lle Mazart, jeune assistante sociale au grand c&#339;ur travaillant dans un lyc&#233;e de banlieue. Une voix douce, une m&#233;lodie apaisante. Mais quand l'air me revient en t&#234;te, qu'il sort de ma bouche, aucun mot n'est prononc&#233;, plut&#244;t un grommelot. Ce charabia compos&#233; de langage macaronique et d'&#233;l&#233;ments onomatop&#233;iques, style de langage utilis&#233; dans le th&#233;&#226;tre satirique et dans la pantomime. Un air en appelle un autre, ils s'encha&#238;nent sans qu'on sache pourquoi. Je pense alors au film de Charlie Chaplin, &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, que je dois &#233;voquer samedi, &#224; la biblioth&#232;que, pour notre s&#233;lection cin&#233;ma de films sur les robots et l'IA. Charlot y interpr&#232;te, en grommelot, la chanson de L&#233;o Daniderff : &lt;i&gt;Je cherche apr&#232;s Titine&lt;/i&gt;, connue aux &#201;tats-Unis sous le titre : &lt;i&gt;The Nonsense Song&lt;/i&gt;. Charlot, devenu gar&#231;on de restaurant, a pr&#233;vu de chanter &lt;i&gt;Titine&lt;/i&gt;, dont sa compagne a &#233;crit les paroles sur ses manchettes. Les perdant, il se met &#224; improviser des paroles incompr&#233;hensibles, m&#233;lange de fran&#231;ais et d'italien. Sa prestation est n&#233;anmoins un triomphe. Ce sont les premiers mots prononc&#233;s au cin&#233;ma par le personnage de Chaplin. Les chansons qui nous reviennent en m&#233;moire sans pr&#233;venir, comme la musique des &lt;i&gt;400 coups&lt;/i&gt;, le film de Fran&#231;ois Truffaut, compos&#233;e par Jean Constantin, que je fredonne souvent, presque malgr&#233; moi, sont des valses fragiles, qui r&#233;v&#232;lent la tendresse enfouie de notre enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55191250474_db48796056_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55191250474_db48796056_k-307c7.jpg?1776582275' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;glise Saint-M&#233;dard, Paris 6&#232;me, 6 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un espace &#224; l'envers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me l&#232;ve cette nuit encore pour occuper l'espace &#233;troit qui s&#233;pare le sommeil de son impossibilit&#233;. Je choisis de ne pas lutter contre l'insomnie. Je m'y installe sans rechigner, comme &#224; un poste d'observation. Derri&#232;re la vitre. Face au jardin. Tout semble immobile dans l'obscurit&#233;. Pourtant, tout para&#238;t tendu, dans l'attente d'un secret qui ne se d&#233;voile pas. Je regarde le paysage. Les volumes des b&#226;timents devant, des arbres du jardin, s'adoucissent progressivement pour sortir du noir de la nuit et appara&#238;tre enfin plus nettement. J'essaie de construire une phrase dans ma t&#234;te. Une seule phrase, lente, tendue vers l'ext&#233;rieur. Elle suit progressivement ce qui se trame dans l'obscurit&#233;. Les jeux d'ombres. Les fr&#233;missements d'air &#224; peine perceptibles. J'ai cette impression persistante de me trouver au bord d'une d&#233;couverte majeure qui m'&#233;chappe. Il ne s'agit pas d'une r&#233;v&#233;lation spectaculaire, mais plut&#244;t d'une simple annonce. Quelque chose que je peine &#224; comprendre, peut-&#234;tre. Je le pressens sans pouvoir le nommer. L'appartement s'enfonce dans le silence nocturne. Je m'avance int&#233;rieurement avec une d&#233;termination encore un peu h&#233;sitante. Un pas apr&#232;s l'autre. Prudent. Mon c&#339;ur bat. Mon regard se d&#233;tache de moi. Il devient presque &#233;tranger, indiff&#233;rent &#224; ce que j'&#233;tais encore il y a quelques instants en me levant. Dans ce glissement silencieux, ouat&#233;, quelque chose bascule. La nuit ne tombe plus autour de moi mais en moi. Elle r&#233;v&#232;le un lieu sans r&#233;el dehors. Un lieu tendu, clair et sombre &#224; la fois, o&#249; tout tremble, sans vraiment se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En deux temps trois mouvements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier film de Christian Petzold, &lt;i&gt;Miroirs n&#176;3&lt;/i&gt;, porte le titre d'une pi&#232;ce pour piano impressionniste de Maurice Ravel, &#233;galement connue sous le titre : &lt;i&gt;Une barque sur l'oc&#233;an&lt;/i&gt;. Un couple qui ne s'aime plus, qui n'a plus rien &#224; voir l'un avec l'autre. Ils partent en voiture pour une balade avec un couple d'amis. Laura, la jeune femme, est maussade, distraite, la t&#234;te ailleurs pendant tout le trajet. Leur histoire est termin&#233;e depuis longtemps, mais ils ne parviennent pas &#224; se l'avouer. Laura finit par refuser d'aller plus loin. Sur le chemin du retour, la voiture de son compagnon fait une sortie de route, il est tu&#233; sur le coup. Miraculeusement sauv&#233;e, la jeune femme pr&#233;f&#232;re rester dans la maison pr&#232;s de laquelle a eu lieu son accident, ne souhaitant pas aller &#224; l'h&#244;pital, ou rentrer chez elle. Si elle est si vite accept&#233;e dans cette maison, et si elle s'y trouve si bien, c'est qu'elle y remplit un vide et que ce vide en elle, cette incertitude sur son avenir, &#224; cet endroit, s'efface lentement. La place qu'elle trouve aupr&#232;s de Betty et de sa famille n'est pas la sienne. La disparition brutale de son compagnon lib&#232;re un espace in&#233;dit. Les deux hommes de la maison n'y vivent plus depuis le drame qui a boulevers&#233; la maison, en faisant &#233;clater la famille. Ils travaillent dans un garage un peu plus loin dans la r&#233;gion. Lorsqu'ils acceptent &#224; contrec&#339;ur l'invitation &#224; d&#238;ner de Betty, ils s'imaginent qu'elle a de nouveau perdu pied. Tous les trois sont &#224; table, embarrass&#233;s de se retrouver l&#224;, ensemble, ils n'en ont plus l'habitude depuis longtemps. Une quatri&#232;me assiette a &#233;t&#233; dispos&#233;e sur la nappe blanche. &#192; voir leurs mines d&#233;faites, ils s'imaginent que la convive invisible n'est qu'une nouvelle chim&#232;re de Betty qui les prie d'&#234;tre patients. Soudain, un fracas de casseroles retentit dans la cuisine, et la jeune femme surgit sous leurs yeux, portant une &#233;norme casserole. Elle n'est donc ni un fantasme ni un fant&#244;me, mais qu'attend-elle de ces inconnus, et qu'est-ce que cette famille, d'abord accueillante mais avec ses secrets, esp&#232;re d'elle ? Cette famille a des secrets. Ce qui trouble de plus en plus Laura, qui la met mal &#224; l'aise, et l'oblige finalement &#224; fuir. Cette fuite ne laisse pas un nouveau vide. Elle remet de l'harmonie entre les membres de cette famille. Ils renouent enfin le dialogue, se retrouvent apr&#232;s s'&#234;tre s&#233;par&#233;s, r&#233;par&#233;s pourrait-on dire, comme ils r&#233;parent tout ce qui dysfonctionnait dans la vieille maison (le robinet qui fuit, le lave-vaisselle qui ne fonctionne pas, le piano d&#233;saccord&#233;), pour finir par revivre ensemble sous le m&#234;me toit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/13928094090_8765037c59_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/13928094090_8765037c59_k-9138a.jpg?1776582276' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise, Paris 20&#232;me, 5 mai 2014&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discontinu des fragments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.liminaire.fr/@krasnasandor@social.tmprs.net'&gt;Sandor Krasna, le bot po&#233;tique qu'on peut suivre sur Mastodon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, cr&#233;&#233; &#224; la sortie de &lt;strong&gt;M&#233;moire vive&lt;/strong&gt;, est &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/pierre-menard/memoire-vive/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'antilivre publi&#233; par les &#233;ditions Abr&#252;pt&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Voici les deux derniers tercets publi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le sens du fun&#232;bre comme on apprend l'art de la f&#234;te et le sens de l'humour.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intention est du reste de sortir de l'impasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;laissons les sommets et les plaines, nous nous moquons des visions en &#233;tages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos rep&#232;res sont boulevers&#233;s dans un espace &#224; l'envers.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instantan&#233; nous fascine en tant que tombeau du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait devenu aussi d&#233;finitif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Mars 2026</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Journal du regard</dc:subject>
		<dc:subject>L'espace d'un instant</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Voyage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; Rien que les heures, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-03-30_a_00.04_14-0e6de.png?1775026977' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/fKnTZ2gwD2M&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, correspond &#224; un lieu &#224; Paris &#224; une heure pr&#233;cise. Cet endroit est situ&#233; sur une ligne qui traverse Paris du nord au sud, en longeant le m&#233;ridien de Paris. Ce m&#233;ridien a &#233;t&#233; d&#233;fini pour la premi&#232;re fois le 21 juin 1667, jour du solstice d'&#233;t&#233;. Il traverse la France de Dunkerque &#224; Perpignan. L'emplacement de l'Observatoire de Paris, dans le 14&#7497; arrondissement, a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; &#224; cette date et de fa&#231;on &#224; ce que cette ligne imaginaire le traverse. C'est &#224; partir du m&#233;ridien de Paris que le syst&#232;me m&#233;trique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Le m&#232;tre est la 1/10 000 000&#7497; partie de la moiti&#233; du m&#233;ridien. Il a ensuite &#233;t&#233; abandonn&#233; au profit du m&#233;ridien de Greenwich en 1884. Le r&#233;cit est divis&#233; en soixante chapitres, des &#233;tapes sur ces lieux qui ne sont d&#233;sign&#233;s tout d'abord que par leurs coordonn&#233;es g&#233;olocalis&#233;es (on trouve cependant &#224; la fin du livre leurs adresses pr&#233;cises, dans un index complet). &#192; chaque &#233;tape du parcours, en fonction de l'heure qu'il est &#224; Paris, on peut lire sept r&#233;cits se d&#233;roulant au m&#234;me moment dans sept lieux diff&#233;rents r&#233;partis dans le monde entier, mais &#224; une heure alternative selon le fuseau horaire de l'histoire racont&#233;e. Pour ce projet sur l'espace et le temps, j'ai choisi le nombre d'&#233;tapes, en r&#233;f&#233;rence au nombre de secondes dans une minute et de minutes dans une heure. Je souhaitais &#233;galement que le chiffre des minutes de chaque &#233;tape soit diff&#233;rent, et contenu entre 1 et 60. J'ai choisi le chiffre sept pour le nombre de lieux en r&#233;f&#233;rence au nombre de jours dans une semaine, sans penser aux bottes de sept lieux du &lt;i&gt;Petit Poucet&lt;/i&gt; de Charles Perrault, dont les bottes magiques permettent de parcourir, comme dans mon livre, de tr&#232;s grandes distances en tr&#232;s peu de temps. Pour accompagner la sortie du livre, je pr&#233;pare une webfiction en ligne, qui permettra de d&#233;couvrir le r&#233;cit, accompagn&#233; de courtes vid&#233;os film&#233;es dans les soixante lieux parisiens, des photographies qui sont &#224; l'origine des textes, qu'on a pu d&#233;couvrir sur mon site, entre janvier 2021 et f&#233;vrier 2022, sous la forme d'un r&#233;cit par fragments et d'un podcast, intitul&#233;s &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-ne-ressemble-a-ce-dont-je-ne-me-souviens-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. et des textes qu'on pourra lire et &#233;couter, dans la nouvelle version du r&#233;cit. Pour pr&#233;parer le tournage de ces vid&#233;os au printemps, j'ai fait quelques rep&#233;rages sur les lieux o&#249; je vais filmer. Il y a de nombreuses s&#233;quences qui se d&#233;rouleront dans le jardin du Luxembourg, et autour de l'Observatoire de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus avertis s'en rendront compte en regardant les images de ce journal, il y a quelque chose de chang&#233; dans la prise de vue. La cam&#233;ra DJI Osmo Pocket que j'utilisais depuis 2019 ne fonctionne plus. Le bouton d'enregistrement s'est brusquement bloqu&#233; alors que nous d&#233;ambulions en famille dans le parc Montsouris. La prise en main d'un nouvel outil prend toujours un peu de temps. La cam&#233;ra de la m&#234;me marque que la pr&#233;c&#233;dente que j'ai achet&#233;e est un peu plus encombrante, plus lourde &#233;galement, elle poss&#232;de un &#233;cran qui m'a un peu d&#233;stabilis&#233; au d&#233;part pour le cadrage, mais question mise au point et stabilit&#233; de l'image, elle est encore plus efficace que la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais pas revenir &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson &#224; Nice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Nina a termin&#233; en fin d'ann&#233;e derni&#232;re ses cinq ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures, et m&#234;me si Caroline et moi nous avons une amie qui vit d&#233;sormais &#224; Nice, je n'envisageais pas d'y revenir et de revoir l'&#233;cole. Comme ma fille y avait laiss&#233; des affaires au moment de partir vivre &#224; Marseille, et qu'elle n'avait pas r&#233;ussi &#224; y retourner depuis son d&#233;part, je lui ai propos&#233; de l'y accompagner &#224; l'occasion de notre bref s&#233;jour &#224; Marseille. En effet, avec Caroline, nous sommes venus travailler une semaine sur notre projet d'&#233;criture &lt;i&gt;Autour&lt;/i&gt; (devenu &lt;i&gt;Nostos&lt;/i&gt;) pour lequel nous avions &#233;t&#233; accueillis l'&#233;t&#233; dernier &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence &#224; La Ciotat &#224; l'invitation de La Marelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. &#192; chaque fois que j'ai eu l'occasion de me rendre &#224; la Villa Arson, j'ai film&#233; quelques s&#233;quences sur place, car c'est un lieu de cr&#233;ation magnifique situ&#233; sur les hauteurs de Nice, &#224; la fois &#233;cole d'art et espace d'exposition, avec son architecture en b&#233;ton et galets, son jardin aux arbres centenaires qui offre une vue incroyable sur toute la ville. &#192; chaque fois que je postais des images de mon passage, le responsable de la biblioth&#232;que me disait que j'aurais d&#251; lui dire que je passais, nous aurions pu r&#233;aliser ensemble un entretien sous forme de podcast. Cette fois-ci, j'ai finalement devanc&#233; sa proposition, et nous avons enregistr&#233; un entretien autour de mon parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive &#224; Marseille en train, on a l'impression que la gare tourne le dos &#224; certains quartiers au profit d'une unique ouverture sur le centre-ville. La Belle de Mai est un ancien quartier ouvrier qui para&#238;t abandonn&#233; depuis de longues ann&#233;es, m&#234;me si les choses changent peu &#224; peu. La veille, de retour de Nice, Caroline, Nina et moi, nous avions travers&#233; rapidement les ruelles &#233;troites du quartier, &#224; bord d'un taxi, pour rapporter les affaires de Nina dans son appartement du boulevard Ricard. Dans notre trajet nocturne, nous avons &#233;t&#233; surpris par le nombre de personnes dehors &#224; cette heure, marchant sur les trottoirs, traversant la route en pressant le pas, mangeant et buvant debout devant les caf&#233;s. C'&#233;tait l'heure de la rupture du je&#251;ne, la fin du ramadan toute proche. Le lendemain nous sommes repass&#233;s dans le quartier, marchant &#224; travers les m&#234;mes rues, cette fois presque d&#233;sertes. Nina nous a conseill&#233; d'emprunter la rue Levat. Au milieu de cette ruelle &#233;troite qui serpente entre murets, maisons de ville et petits immeubles, un portail ouvre sur un ancien couvent reconverti depuis peu en lieu de cr&#233;ation, de rencontres et de diffusion. On entre &#224; l'int&#233;rieur, le jardin est immense. C'est une parenth&#232;se dans la ville. Un moment suspendu. Une respiration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ici n'est d&#233;j&#224; plus</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/ici-n-est-deja-plus</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/ici-n-est-deja-plus</guid>
		<dc:date>2026-03-29T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Danse</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;L'enfance de l'art &lt;br class='autobr' /&gt;
J'anime samedi prochain un atelier de broderie sur photographie &#224; la biblioth&#232;que. Je n'avais jamais brod&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, mais j'ai pens&#233; que cela me plairait d'apprendre cette technique. Ce qui m'a motiv&#233; pour proposer cet atelier, c'&#233;tait que la broderie permet une approche in&#233;dite de la photographie. Ce qui m'int&#233;resse, c'est de proposer aux participantes &#224; l'atelier de travailler &#224; partir d'un mat&#233;riau pr&#233;existant, une photographie personnelle, des images (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/danse" rel="tag"&gt;Danse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/corps" rel="tag"&gt;Corps&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_65_1_-60208.png?1774767988' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfance de l'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'anime samedi prochain un atelier de broderie sur photographie &#224; la biblioth&#232;que. Je n'avais jamais brod&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, mais j'ai pens&#233; que cela me plairait d'apprendre cette technique. Ce qui m'a motiv&#233; pour proposer cet atelier, c'&#233;tait que la broderie permet une approche in&#233;dite de la photographie. Ce qui m'int&#233;resse, c'est de proposer aux participantes &#224; l'atelier de travailler &#224; partir d'un mat&#233;riau pr&#233;existant, une photographie personnelle, des images d'archives ou des cartes postales anciennes. L'enjeu est de mettre en valeur certains &#233;l&#233;ments de l'image, d'ajouter des textures, des motifs, du texte, de structurer certaines lignes de forces, de souligner certains d&#233;tails, bref de cr&#233;er un effet visuel surprenant par rapport &#224; l'original. Gr&#226;ce &#224; la combinaison de l'image et des fils, chaque cr&#233;ation devient unique. Aujourd'hui, j'ai r&#233;alis&#233; ma premi&#232;re broderie, &#224; partir d'une de mes photographies, deux sculptures de mains stylis&#233;es derri&#232;re une vitrine. J'ai soulign&#233; le contour des deux mains pour les rendre plus apparentes. Puis, entre ces deux mains l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, j'ai tir&#233; de faux fils pour &#233;voquer le jeu de la ficelle &#224; doigts qu'on pratique dans l'enfance. Pendant que je m'exer&#231;ais &#224; enfiler les trois brins de fil &#224; broder dans le minuscule chas de l'aiguille, puis &#224; broder en suivant le point de tige avec des fils de diff&#233;rentes couleurs, je n'ai pas vu le temps passer, absorb&#233; par la r&#233;p&#233;tition de mes gestes, concentr&#233; pour maintenir une r&#233;gularit&#233; des points, sans abimer la photo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55158695180_ffa0bc7879_k_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55158695180_ffa0bc7879_k_1_-cb382.jpg?1774767989' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Jardins du Couvent, rue Levat, Marseille 3&#232;me, 20 mars 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;paisseur diffuse o&#249; rien ne se montre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;l&#233;travail &#224; la maison, je r&#233;alise deux montages pour la biblioth&#232;que, l'un &#224; partir d'extraits de films sur les robots et l'IA, dans le cadre d'une pr&#233;sentation vid&#233;o qui aura lieu le samedi 18 avril, et le second sur &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/journal-du-combat-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le chantier de la place du Colonel Fabien que j'ai suivi pendant un an&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Pour ce montage, j'avais plus de deux heures de rushs tourn&#233;s entre janvier 2025 et mars 2026. et je souhaitais r&#233;aliser une vid&#233;o de moins de quinze minutes. Cela supposait d'enlever de nombreux plans, de couper dans la mati&#232;re des images. Aux premiers visionnages, on h&#233;site souvent &#224; trop en enlever, puis progressivement on se lib&#232;re, on se l&#226;che, on ne doit garder que l'essentiel, et c'est &#224; force de visionnages et de d&#233;coupages que l'essentiel se r&#233;v&#232;le, cela devient &#233;vident en &#233;vidant. Mais ce qu'on enl&#232;ve n'est pas perdu, c'est m&#234;me ce qu'on enl&#232;ve qui nous permet d'en enlever encore, de clarifier ce qu'on va garder, qui s'&#233;claire et se pr&#233;cise dans la r&#233;p&#233;tition de ces coupes. La derni&#232;re fois que nous nous sommes vus avec Anne, elle &#233;voquait les milliers de mots qu'elle avait d&#251; supprimer avant la publication de son livre &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bruits&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Je sentais une pointe de regret dans sa remarque, comme si ces pages existaient encore pour elle, alors m&#234;me que le livre est publi&#233; et clos sur lui-m&#234;me. Ce qu'on a supprim&#233; des versions pr&#233;c&#233;dentes n'a plus lieu d'&#234;tre selon moi, malgr&#233; le temps pass&#233; &#224; y travailler, et l'int&#233;r&#234;t de ce travail. La disparition de ces fragments est au c&#339;ur de la r&#233;ussite du projet, de l'&#339;uvre, puisqu'elle d&#233;termine sa coh&#233;sion g&#233;n&#233;rale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour te r&#233;pondre sur ce qu'on enl&#232;ve et regrette, l'autre soir, j'entends (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au loin le cr&#233;puscule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commencer quelque chose en sachant qu'on sera interrompu, mais le faire quand m&#234;me. Sentir que tout arrive trop vite alors que rien d'important ne s'est encore produit. Continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir alors que la r&#233;ponse ne changera plus rien. Ne pas r&#233;pondre tout de suite, attendre que l'&#233;motion retombe. Savoir ce qu'on va faire, mais repousser de quelques secondes le moment de le faire. Ressentir une faute minuscule que personne n'a vue et vouloir quand m&#234;me la r&#233;parer. Rester immobile dans une pi&#232;ce en esp&#233;rant qu'un bruit donne une direction au moment qu'on traverse. Participer &#224; une conversation tout en observant en secret autre chose. Regarder des visages au hasard comme si l'un d'eux allait soudain compter. Avoir une certitude sans se rappeler ce qui l'a provoqu&#233;e. Imaginer tr&#232;s clairement ce qui aurait pu arriver et ressentir cependant une forme de satisfaction que cela n'arrive pas. Ne pas choisir vraiment, mais accepter ce qui arrive comme si c'&#233;tait volontaire. Ranger un objet &#224; sa place tout en sachant qu'on va le reprendre dans deux minutes. R&#233;aliser apr&#232;s coup qu'on aurait voulu rester un peu plus longtemps sur place. Ne rien dire parce que ce silence-l&#224; se suffit &#224; lui seul. Entendre les mots mais les comprendre seulement quelques minutes apr&#232;s. Interrompre son geste et rester l&#224; quelques secondes, sans bouger, comme si le monde avait chang&#233; de direction. Se sentir plus lent sans comprendre &#224; quel moment cela a commenc&#233;. Rester quelque part simplement pour voir comment la lumi&#232;re peut changer. &#202;tre perdu dans ses pens&#233;es en regardant au loin le cr&#233;puscule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55161022670_9c4968e149_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55161022670_9c4968e149_k-3b6b8.jpg?1774767989' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue Germaine Tailleferre, Paris 19&#232;me, 18 juillet 2020&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce ciel et le ciel suivant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu les arbres se couvrir de feuilles en quelques jours, alors qu'il restait encore sur certaines branches des feuilles mortes de l'automne. J'ai vu des lumi&#232;res si changeantes, fluctuant en fonction des vents qui soufflaient si forts ce jour-l&#224;, que tout le paysage passait de l'ombre &#224; la lumi&#232;re dans un mouvement ondulatoire rappelant les murmurations d'oiseaux. J'ai vu des femmes chinoises improviser une danse sur une musique r&#233;p&#233;titive au milieu d'une place pav&#233;e tremp&#233;e par la pluie de la nuit pr&#233;c&#233;dente, leurs gestes d&#233;butant une chor&#233;graphie tout en persuadant de nouvelles arrivantes du bien-fond&#233; de ce lieu pour danser. J'ai vu des corneilles se poser sur les branches d'un bouleau en fleurs, puis arracher des brindilles afin de fabriquer leur nid, &#224; chacun de leurs mouvements, les chatons des bouleaux lib&#233;raient un nuage de pollen dor&#233; dans l'air. J'ai vu un d&#233;fil&#233; d'animaux fantastiques, dragons, licornes, salamandres, se d&#233;ployant dans la forme &#233;vanescente des nuages. J'ai vu des averses de pluie et de gr&#234;le si soudaines qu'elles formaient sur la route des flaques dont les reflets s'agrandissaient en paraissant aspirer toute la ville &#224; leur surfacer. J'ai vu des cerisiers en fleurs qui perdaient leur iconicit&#233; dans le gris d'un ciel sombre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour te r&#233;pondre sur ce qu'on enl&#232;ve et regrette, l'autre soir, j'entends parler d'un incendie dont le d&#233;part de feu s'est produit dans un faux plafond et soudain je me dis : &#034;Merde, merde, merde, c'&#233;tait dans &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; !&#034; comme si on m'avait enlev&#233; quelque chose. D'une part, il y a tant de choses dans ce livre qu'il s'y trouve peut-&#234;tre encore (je n'ai pas v&#233;rifi&#233;). D'autre part, suivant de pr&#232;s ce regret (non pas que le passage ne soit plus dans le livre, mais qu'il n'existe plus tout court), je me suis souvenue que j'avais l'intention d'&#233;crire un autre livre dans lequel ce paragraphe, ou cette page, pourraient revenir. Ainsi, &lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; est-il meilleur d'avoir perdu, en tout, 200.000 signes (ce qui corrobore ce que tu dis). Ainsi, &#233;galement, cette perte m'offre-t-elle la possibilit&#233; de commencer un autre livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nietzsche au piano, de Fr&#233;d&#233;ric Pajak</title>
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		<dc:date>2026-02-27T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
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		<dc:subject>Jeu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Pajak explore la relation fusionnelle et tourment&#233;e de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la consid&#233;rait comme l'essence m&#234;me de sa pens&#233;e. Nietzsche s'est per&#231;u toute sa vie comme un compositeur, s'adonnant au piano et &#224; la cr&#233;ation d'&#339;uvres souvent jug&#233;es maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amiti&#233; passionn&#233;e puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un d&#233;chirement n&#233; de divergences esth&#233;tiques et id&#233;ologiques profondes. Le philosophe a fini par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/jeu" rel="tag"&gt;Jeu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_33_1_-87b92.png?1772179268' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L79xH120/9782386960475_1_-ee588.jpg?1768855051' width='79' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Pajak explore la relation fusionnelle et tourment&#233;e de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la consid&#233;rait comme l'essence m&#234;me de sa pens&#233;e. Nietzsche s'est per&#231;u toute sa vie comme un compositeur, s'adonnant au piano et &#224; la cr&#233;ation d'&#339;uvres souvent jug&#233;es maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amiti&#233; passionn&#233;e puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un d&#233;chirement n&#233; de divergences esth&#233;tiques et id&#233;ologiques profondes. Le philosophe a fini par rejeter le romantisme allemand au profit d'une musique &#171; m&#233;diterran&#233;enne &#187;, plus solaire et l&#233;g&#232;re. &#192; travers ce prisme, la vie de Nietzsche appara&#238;t comme une qu&#234;te de r&#233;demption esth&#233;tique face &#224; la solitude et &#224; la maladie. Cette biographie illustr&#233;e d&#233;montre finalement que, pour lui, chaque phrase &#233;crite poss&#233;dait sa propre rythmique symphonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslibretto.fr/catalogue/nietzsche-au-piano/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nietzsche au piano&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Pajak, &#201;ditions Libretto, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8662 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8662&#034; data-id=&#034;e321fcb55cf094ef050a74bf437e0450&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:819}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_33_-2f536.png?1770029484&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_nietzsche_au_piano_frederic_pajak.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_33_-2f536-afb22.png?1772179268' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/46YLfpgQBS1arEPt0tAAof?si=2U61rPxISHmW_Iwp1Ae8Wg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/46YLfpgQBS1arEPt0tAAof?si=2U61rPxISHmW_Iwp1Ae8Wg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Un an plus tard, &#224; l'&#233;t&#233; 1877, Nietzsche reprend une composition commenc&#233;e en f&#233;vrier 1875 et intitul&#233;e &lt;i&gt;Hymne &#224; la solitude&lt;/i&gt;, dans laquelle il veut &#171; saisir celle-ci dans toute sa terrible beaut&#233; &#187;. La solitude ? Elle l'&#233;trangle, comme un lacet lui serrant le cou. Elle est pour lui &#224; la fois une souffrance et un salut. Sa solitude est la condition m&#234;me de son m&#233;tier de philosophe. Il se tient seul, debout &#224; la proue d'un vaisseau imaginaire. Le voil&#224; filant vers l'avenir, sur des flots froiss&#233;s par la temp&#234;te qui s'annonce, tandis que la c&#244;te dispara&#238;t, laissant derri&#232;re lui un pass&#233; toujours plus lointain. Mais, avenir et pass&#233; ne font qu'un, vus depuis le milieu de la mer ; ils forment une m&#234;me cicatrice sur le ventre et le dos de l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nietzsche r&#233;p&#232;te maintes fois cette musique, la chante de pr&#233;f&#233;rence &#224; tue-t&#234;te, sinon au fond de lui-m&#234;me, mais il n'en &#233;tablit pas la partition, comme de nombreux morceaux qu'il &#233;bauche avec passion, sans les retranscrire. Ainsi, son r&#234;ve d'une musique dionysiaque reste pour nous un myst&#232;re. &#192; quoi devait-elle ressembler ? Nul ne le sait. Peut-&#234;tre &#224; du free-jazz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il renonce d&#233;finitivement &#224; l'enseignement scolaire. Il donnera encore des cours &#224; l'universit&#233;, jusqu'&#224; sa d&#233;mission, le 14 juin 1879. Professeur de langue et de civilisation grecques depuis l'&#226;ge de vingt-cinq ans, il aura enseign&#233; dix ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, il ne supporte plus &lt;i&gt;physiquement&lt;/i&gt; la musique de Wagner ; elle lui d&#233;truit les nerfs. Il rejette &#233;galement la musique romantique allemande, Brahms en t&#234;te : &#171; En v&#233;rit&#233;, toute bonne musique doit pouvoir se siffler ; mais les Allemands n'ont jamais su chanter et tra&#238;nent toujours leur piano derri&#232;re eux d'o&#249; leur passion pour l'harmonie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La rupture avec Wagner est pour lui, sans conteste, l'&#233;v&#233;nement le plus douloureux de sa vie d'adulte. Dans une lettre &#224; K&#246;selitz, il confesse : &#171; Que de fois je r&#234;ve encore de lui, et toujours dans le style de notre confiante intimit&#233; d'autrefois ! Jamais une parole m&#233;chante n'a &#233;t&#233; &#233;chang&#233;e entre nous, pas m&#234;me dans mes r&#234;ves, pour combien de paroles r&#233;jouissantes et encourageantes ! Jamais, peut-&#234;tre, n'ai-je autant ri qu'en compagnie de Wagner. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; sa s&#339;ur, il &#233;crit : &#171; J'ai &#233;t&#233; indescriptiblement heureux le jour o&#249; j'ai rencontr&#233; Wagner ! J'avais si longtemps cherch&#233; l'homme qui f&#251;t plus haut que moi, et me domin&#226;t vraiment ! Je croyais l'avoir trouv&#233; en lui. C'&#233;tait une erreur. Maintenant je ne peux m&#234;me plus me comparer &#224; lui &#8211; je suis d'un autre rang. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien plus tard, il ajoutera : &#171; Je l'ai aim&#233;, et n'ai aim&#233; que lui. C'&#233;tait un homme selon mon c&#339;ur, si immoral, si ath&#233;e, si antinomique..... &#187; Le &#171; vieux sorcier &#187;, tel qu'il le surnommait, l'a s&#233;duit plus que quiconque. Il l'a ensorcel&#233;. Et il l'admirait, il le v&#233;n&#233;rait, ne sachant comment le qualifier : po&#232;te, artiste plastique ou musicien &#187; ? Que d'&#233;loge dans ces mots : &#171; Faire de son &#339;uvre [...] un d&#233;p&#244;t sacr&#233;, faire du v&#233;ritable fruit de son existence la propri&#233;t&#233; de l'humanit&#233;, d&#233;pos&#233;e pour une post&#233;rit&#233; au jugement meilleur : tel fut le but qu'il poursuivit, celui qui passe &lt;i&gt;avant tous les autres&lt;/i&gt;, et pour lequel il porte la couronne d'&#233;pines qui se changera un jour en couronne de lauriers. &#187; Combien fut dure cette s&#233;paration, apr&#232;s six ans de complicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pr&#233;sent, il r&#234;ve d'une musique l&#233;g&#232;re, m&#233;lodique. Son v&#339;u est exauc&#233; : par hasard, le 27 novembre 1881, au th&#233;&#226;tre Politeama de G&#234;nes, il assiste &#224; une repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Carmen&lt;/i&gt;, l'op&#233;ra de Bizet il avait &#233;t&#233; tr&#232;s attrist&#233; &#224; l'annonce de la mort du musicien, en 1875, &#224; l'&#226;ge de trente-six ans. Cette musique est pour lui une &#171; antith&#232;se ironique &#187; &#224; celle de Wagner : elle fait appel ouvertement &#224; la passion. Malgr&#233; les effets pittoresques, c'est une musique m&#233;ridionale, un v&#233;ritable voyage dans le pays et les m&#339;urs de l'Espagne : S&#233;ville, ses cigari&#232;res, ses rivaux amoureux, brigadier et tor&#233;ador... Quelques jours plus tard, il &#233;crit &#224; K&#246;selitz : &#171; Hier me croiriez-vous ? &#8211; j'ai entendu pour la vingti&#232;me fois le chef-d'&#339;uvre de Bizet. &#187; Il y discerne nettement la coloration de chaque instrument, d&#233;licatement orchestr&#233;, &#224; l'inverse de cette &#171; stimulation obscure et souterraine des instincts &#187;, propre &#224; Wagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un an plus tard, il &#233;crira &#224; sa m&#232;re : &#171; Puis la musique de &lt;i&gt;Carmen&lt;/i&gt; a commenc&#233; et j'ai succomb&#233; pendant une demi-heure aux larmes et aux battements de mon c&#339;ur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; K&#246;selitz, il confie redouter de perdre la raison. Il a connu r&#233;cemment une tr&#232;s longue fi&#232;vre nerveuse, pr&#233;figurant de fa&#231;on alarmante une crise de folie. Cette m&#234;me folie, il l'&#233;prouve parfois en improvisant ses chants dionysiaques, dans lesquels il prend la libert&#233; d'exprimer quelque chose d'&#171; effroyable et risible &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin 1882, Nietzsche est en proie &#224; de terribles insomnies ; son humeur est &#224; la d&#233;pression. Il consomme de fortes doses de chloral et d'opium, se confie &#224; Lou Salom&#233; et Paul R&#233;e : &#171; M&#234;me si quelque &#233;tat d'&#226;me devait &#224; l'occasion me pousser &#224; m'&#244;ter la vie, il n'y aurait pas grand-chose &#224; regretter. Que vous importent mes chim&#232;res ! (M&#234;me mes &#034;v&#233;rit&#233;s&#034; ne vous ont pas import&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent.) Surtout dites-vous bien tous les deux que je suis finalement un homme &#224; moiti&#233; fou qui souffre de la t&#234;te et que la solitude a d&#233;finitivement &#233;gar&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 f&#233;vrier 1883, il est &#224; G&#234;nes ; il apprend par le journal la mort de Richard Wagner. Il est en larmes, &#224; tel point choqu&#233; qu'il tombe gravement malade et reste alit&#233; plusieurs jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'assister &#224; chacun des op&#233;ras du &#171; vieux sorcier &#187;, Nietzsche s'&#233;tait procur&#233; la partition de sa r&#233;duction pour piano et l'avait jou&#233;e scrupuleusement. Il connaissait cette musique par c&#339;ur et, avec sa politesse excessive, ne manquait pas de faire part de son admiration au maestro, qui ne put qu'en &#234;tre flatt&#233;. De son propre aveu, il avait glorifi&#233; &lt;i&gt;Parsifal&lt;/i&gt;, notamment son pr&#233;lude. Il y avait trouv&#233; l'expression la plus vive d'un christianisme qu'il aurait r&#234;v&#233; de mettre lui-m&#234;me en sc&#232;ne, lorsqu'il &#233;tait enfant. &#171; J'admire cette &#339;uvre, &#233;crira-t-il dans &lt;i&gt;Le Cas Wagner&lt;/i&gt;. Je voudrais l'avoir faite. &#192; d&#233;faut, je la comprends. &#187; Quant &#224; &lt;i&gt;Tristan&lt;/i&gt;, il n'en voit pas d'&#233;quivalent. Aucune &#339;uvre n'a exerc&#233; sur lui pareille fascination, qu'il qualifie d'&#171; effrayante et suave infinitude &#187;. Il avoue : &#171; Tout bien consid&#233;r&#233;, ma jeunesse n'aurait pas &#233;t&#233; supportable sans la musique de Wagner. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il se reprendra bient&#244;t : &#171; Apr&#232;s le crime de &lt;i&gt;Parsifal&lt;/i&gt;, Wagner n'aurait pas d&#251; mourir &#224; Venise, mais au bagne. &#187; Ou : &#171; Wagner est-il un &#234;tre humain ? N'est-il pas plut&#244;t une maladie ? Il rend malade tout ce qu'il touche, &#8211; &lt;i&gt;il a rendu la musique malade.&lt;/i&gt; &#187; Ou encore : &#171; Wagner est une n&#233;vrose. &#187; Cette musique, il l'a aim&#233;e, pourrait-on dire, jusqu'&#224; la naus&#233;e. Il y voit &#224; pr&#233;sent quelque chose de narcotique et se d&#233;sole de ce que les jeunes gens soient condamn&#233;s &#224; d&#233;p&#233;rir sous son influence : &#171; Ils s'oublient, ils se d&#233;barrassent d'eux-m&#234;mes pendant un instant... Que dis-je ! &lt;i&gt;pendant cinq &#224; six heures ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche emm&#232;ne Lou Salom&#233; &#224; Tribschen, en une sorte de p&#232;lerinage. Elle se souvient : &#171; Longtemps, longtemps, il resta assis en silence au bord du lac, plong&#233; dans de lourds souvenirs ; puis, dessinant du bout de sa canne dans le sable humide, il me parla, d'une voix sourde, de ces temps r&#233;volus. Et quand il leva les yeux, je vis qu'il pleurait. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lib&#233;r&#233; de Wagner, Nietzsche ressent soudain l'avenir de musique avec effroi ; dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le christianisme et la bi&#232;re sont les deux grandes drogues du peuple, celle-ci n'a plus pour mission que d'exciter les nerfs fatigu&#233;s ou de d&#233;tendre le spectateur paresseux. L'esclavage, aux yeux du philosophe, a &#233;t&#233; aboli pour mieux se g&#233;n&#233;raliser. La musique ne requiert plus la moindre exigence l'&#232;re du binaire n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-01-19_a_23.10_22-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH696/capture_d_e_cran_2026-01-19_a_23.10_22-2-d0970.jpg?1772179268' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle se met au service du plus grand nombre pour ne devenir qu'un divertissement, une recherche du plaisir pour le plaisir, au m&#234;me titre que les voyages touristiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, lui qui ne fr&#233;quente gu&#232;re les gens du peuple n'est pas un ennemi du peuple. Il voit en lui l'&#226;me profonde de l'art, d'o&#249; surgissent des &#339;uvres qui s'en retournent &#224; lui. Il avait acclam&#233; Wagner lorsque celui-ci d&#233;signait l'unique artiste existant : &#171; le peuple po&#233;tiquement cr&#233;ateur &#187;. L'artiste individuel n'est jamais qu'une &#233;manation du peuple - ce que pensait &#233;galement Ernest Renan, qui voyait dans la peinture et la sculpture italiennes l'&#339;uvre du peuple lui-m&#234;me. Mais Nietzsche se d&#233;sole de ce que le peuple soit r&#233;duit &#224; ne s'accomplir que dans le labeur du travailleur moderne, toujours plus soumis, plus pauvre, plus &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me. C'est pourtant lui le &#171; vrai et unique artiste &#187;, qui prodigue g&#233;n&#233;reusement &#171; ses m&#233;lodies, ses danses, son bonheur d'expression &#187;, afin d'&#233;chapper un peu &#224; l'accablement et &#224; la r&#233;p&#233;tition des gestes du travail manuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste individuel, le &#171; professionnel &#187;, recherche dans le peuple un &#234;tre id&#233;al avec qui partager une m&#234;me d&#233;tresse et une volont&#233; de cr&#233;er un art commun, fond&#233; sur le mythe. Mais le monde moderne bafoue les mythes ; il les rel&#232;gue &#224; l'&#233;tat de contes pour enfants. Wagner a retrouv&#233; certains mythes et les a fait chanter dans ses op&#233;ras, il les a d&#233;livr&#233;s. Plus tard, Nietzsche, toujours &#224; la recherche d'un cr&#233;ateur id&#233;al &#8211; le dramaturge dithyrambique - s'en d&#233;solera, &#233;pouvant&#233; par les l&#233;gendes et les h&#233;ros de son propre pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, il va s'en prendre &#224; la musique elle-m&#234;me. Il ne compose plus. Il ne fait qu'&#233;crire ses livres, et toujours plus brillamment. Ses phrases virevoltent, sautillent ; il s'est d&#233;barrass&#233; des lourdeurs de la pens&#233;e allemande : il aime Leopardi, Stendhal, Dosto&#239;evski, Chamfort, Voltaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aime l'aphorisme, qui surgit comme l'on d&#233;coche une fl&#232;che. Par ailleurs, il ne cesse et ne cessera jamais d'&#234;tre po&#232;te, accumulant vers rim&#233;s et vers libres. Toutefois, il reproche aux po&#232;tes ce qu'il reproche &#224; la religion : &#171; Ils donnent des apaisements provisoires &#187;, et, &#171; parce qu'ils all&#232;gent la vie, ils d&#233;tournent leurs regards du pr&#233;sent ou le font appara&#238;tre dans une lumi&#232;re chatoyante &#187;. Nietzsche se d&#233;fie de tout ce qui &#233;tourdit sous couvert de vouloir gu&#233;rir : non seulement les stup&#233;fiants de toutes sortes, mais encore la religion et l'art qui s'apparentent aux stup&#233;fiants. Ces derniers sont des &#233;chappatoires destin&#233;es &#224; consoler ou gu&#233;rir les douleurs morales. Il per&#231;oit tr&#232;s lucidement o&#249; va l'art de son temps, qui sert &#224; &#233;tourdir, &#224; enivrer, &#224; anesth&#233;sier, &#224; &#171; amener la conscience, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; l'inconscience ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslibretto.fr/catalogue/nietzsche-au-piano/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nietzsche au piano&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Pajak, &#201;ditions Libretto, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Janvier 2026</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Silence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-02-01_a_15.01_50-4b0c6.png?1770019209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/f__4HgDhW4w&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville dans un silence feutr&#233;. Le motif musical de Debussy, dans son pr&#233;lude &lt;i&gt;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; laisse derri&#232;re lui ces empreintes d&#233;licates, des grappes d'accords enveloppants. Chaque note devient m&#233;ditation, &#224; peine troubl&#233;e par une gamme par tons qui fait perdre l'orientation. R&#233; mi, mi fa. Les pas reviennent en &#233;cho, expressifs. Les accords glissent comme des blocs de glace, et soudain, dans les aigus, un carillon &#233;claire la fin. Un tendre regret, la trace laiss&#233;e par quelqu'un, un &#234;tre cher, que la neige et la musique retiennent encore un instant. Celui que l'on &#233;tait lorsqu'enfant nos pas s'enfon&#231;aient sur la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cents &#233;changes avec Anh Mat, pour nos &lt;i&gt;vases communicants&lt;/i&gt;, j'ai r&#233;alis&#233; que ce qui m'importait dans l'&#233;criture vid&#233;o, ce que certains appellent &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://ateliers.sens-public.org/qu-est-ce-que-la-litteratube/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la litt&#233;ratube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, ce n'&#233;tait pas le texte. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m'a dit plusieurs fois en commentaires de ce journal vid&#233;o qu'il aimerait pouvoir le lire dans son int&#233;gralit&#233;. Pour moi, l'int&#233;r&#234;t du texte tient uniquement dans le dialogue qui s'instaure avec les images, en d&#233;calage parfois avec ce que l'on voit ou au contraire en accord direct avec elles. Dans l'alternance des sons et de la musique. Je le con&#231;ois comme l'un des &#233;l&#233;ments, mais il n'est pas central, il joue son r&#244;le au m&#234;me titre que les autres. Filmer au quotidien me permet d'&#233;crire plus facilement, de creuser des sujets que je n'aborde pas dans le journal hebdomadaire de mes &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/contacts-successifs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dans lequel je d&#233;cris ma semaine par le biais de textes qui forment des blocs autonomes, d&#233;cal&#233;s, accompagn&#233;s par deux photographies, l'une prise la semaine pr&#233;c&#233;dant la publication sur mon site et la seconde, qui porte le m&#234;me nom de fichier que la premi&#232;re, et montre un autre lieu &#224; une date ant&#233;rieure, parfois plusieurs ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, j'ai souhait&#233; animer plus d'ateliers artistiques que d'ateliers num&#233;riques, m&#234;me si par ailleurs je continue d'en proposer tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon. En privil&#233;giant la cr&#233;ation manuelle, je voulais utiliser d'autres outils, apprendre de nouvelles techniques, changer de perspective, avoir une approche plus directe, plus physique, cr&#233;ant un rapport au temps diff&#233;rent, sp&#233;cifique au travail manuel. Pour mettre au point ces ateliers de cr&#233;ation, il a d'abord fallu que je r&#233;fl&#233;chisse &#224; leur mise en place pratique (le mat&#233;riel, les outils), avant de pouvoir enfin, convoquer les propositions d'&#233;criture qui s'y int&#233;greraient au mieux. Je vais ainsi animer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/104941/atelier-broderie-sur-photographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un atelier broderie sur photographie&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et un atelier leporello po&#233;tique en cyanotype. J'ai propos&#233; &#233;galement un atelier de lecture &#224; voix haute, un atelier d'&#233;criture po&#233;tique et cr&#233;ation d'un carnet reli&#233; avec la technique de reliure japonaise que je reproposerai en juin. Dans ces ateliers, c'est le temps d'ex&#233;cution qui change par rapport aux ateliers d'&#233;criture. Il faut que je l'int&#232;gre peu &#224; peu. Et c'est r&#233;jouissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#233;tonn&#233; de d&#233;couvrir, presque par hasard, au d&#233;tour d'un chemin, pour ne pas emprunter encore une fois l'itin&#233;raire que j'ai pris des dizaines de fois, dans un quartier que je connais tr&#232;s bien, que j'arpente r&#233;guli&#232;rement, en effectuant un pas de c&#244;t&#233; qui permet de me d&#233;porter &#224; l'&#233;cart de la route habituelle et d'atteindre un endroit inconnu de la ville, comme si celle-ci s'&#233;tait agrandie soudainement. Ici, c'est un chantier ouvert derri&#232;re l'&#233;glise Saint-Georges de la Villette, du c&#244;t&#233; de la rue Henri Murger, &#224; l'endroit de l'ancien centre communautaire et culturel du juda&#239;sme de l'Est parisien, avec sa synagogue et le b&#226;timent attenant, une &#233;cole de cr&#233;ation de bijoux, qui ont &#233;t&#233; enti&#232;rement ras&#233;s il y a deux ans. Le panneau &lt;i&gt;D&#233;viation&lt;/i&gt; dispos&#233; &#224; l'entr&#233;e du chantier rappelle l'importance des bifurcations, qui se transforme alors en mot d'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur la carte du ciel</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/sur-la-carte-du-ciel</link>
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		<dc:date>2026-01-18T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Au coin de la rue l&#224;-bas &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rends compte que je parle beaucoup ce matin, malgr&#233; l'effort, au rythme soutenu de notre marche rapide, alors que nous pressons le pas avec Caroline &#224; cause du froid, &#224; peine ralentis par quelques images prises au vol, de rares plans film&#233;s dans la rue, dans la mont&#233;e, par strates successives, en direction de Montmartre. Je m'entends m&#234;me le dire &#224; haute voix. Je ne peux pas m'en emp&#234;cher. Bien s&#251;r nous parlons de notre projet Autour. J'ai vu bri&#232;vement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_55_1_-a04a9.png?1768723618' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au coin de la rue l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rends compte que je parle beaucoup ce matin, malgr&#233; l'effort, au rythme soutenu de notre marche rapide, alors que nous pressons le pas avec Caroline &#224; cause du froid, &#224; peine ralentis par quelques images prises au vol, de rares plans film&#233;s dans la rue, dans la mont&#233;e, par strates successives, en direction de Montmartre. Je m'entends m&#234;me le dire &#224; haute voix. Je ne peux pas m'en emp&#234;cher. Bien s&#251;r nous parlons de notre projet &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Autour&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'ai vu bri&#232;vement C&#233;cile Portier quelques jours plus t&#244;t &#224; la biblioth&#232;que. Elle m'a demand&#233; des nouvelles du projet. Alors que j'allais lui annoncer qu'il &#233;tait au point mort, une personne est venue se renseigner &#224; l'accueil et notre conversation s'est interrompue brusquement. Assis en terrasse d'un caf&#233; pour boire notre premier caf&#233; de la journ&#233;e, nous convenons avec Caroline d'y travailler en mars prochain &#224; l'occasion d'un bref s&#233;jour d'une semaine &#224; Marseille qui sera enti&#232;rement consacr&#233; &#224; cela. Avant, il nous faudra &#233;tablir un &#233;ch&#233;ancier pour relire nos textes, les annoter, afin de pr&#233;parer au mieux cette prochaine &#233;tape du travail en commun. En remontant la rue Labat, Caroline se met &#224; chanter les paroles de &lt;i&gt;L'accord&#233;oniste&lt;/i&gt;, d'&#201;dith Piaf. &#171; La fille de joie est belle / Au coin d' la rue Labat / Elle a un' client&#232;le / Qui lui remplit son bas. / Quand son boulot s'ach&#232;ve, / Elle s'en va &#224; son tour / Chercher un peu de r&#234;ve : Dans un bal du faubourg. / Son homme est un artiste, / C'est un dr&#244;le de p'tit gars, / Un accord&#233;oniste qui sait jouer la java... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8627 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55029774510_661106311d_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55029774510_661106311d_k-1a64b.jpg?1768723618' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue Georg Friedrich Haendel, Paris 10&#232;me, 6 janvier 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me reproche parfois au travail ma difficult&#233; &#224; travailler avec les autres, plus exactement, &#224; ne pas parvenir &#224; communiquer avec mes coll&#232;gues sur ce que je fais. &#192; pr&#233;f&#233;rer travailler seul. M&#234;me s'il y a une part de vrai, je tiens &#224; mon ind&#233;pendance et je crois qu'on travaille mieux seul qu'&#224; plusieurs, je ne crois pas me couper des autres, bien au contraire, je sais qu'il est n&#233;cessaire d'avoir des retours sur ce qu'on fait comme sur ce qu'on &#233;crit, simplement, pour que ce temps puisse &#234;tre utile, il ne peut intervenir qu'apr&#232;s un premier travail en solitaire. En dehors du travail professionnel, je pourrais tr&#232;s bien privil&#233;gier l'isolement, &#224; priori le travail d'&#233;crivain est avant tout solitaire, mais j'aime me confronter aux autres. Je participe ainsi &#224; deux collectifs, &#224; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lairnu.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'AiR Nu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et au comit&#233; &#233;ditorial de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/accueil-de-la-revue-tina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue TINA&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'ai aim&#233; travailler avec l'&#233;quipe de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Publie.net&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; il y a quelques ann&#233;es. Cela demande des efforts d'ajustements, d'&#233;coute, de synth&#232;se, il faut chercher le consensus, accepter les compromis, ce n'est pas toujours &#233;vident, mais ce travail avec les autres permet de sortir de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre l'absence de tout et le trop de pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'arr&#234;ter n'est pas renoncer, c'est reprendre pied. Il y a dans le geste de s'interrompre quelque chose de souvent n&#233;cessaire, une d&#233;c&#233;l&#233;ration indispensable, d&#233;cisive. Arr&#234;ter ce qu'on est en train de faire, poser les outils qu'on utilise, fermer les yeux un instant, laisser retomber le bruit autour de soi. Faire le vide, non pour fuir le monde, mais pour cesser de s'y diss&#233;miner. Chaque jour r&#233;clame cette pause salutaire comme un seuil &#224; ne pas d&#233;passer, un retrait passager, un endroit o&#249; l'on rassemble ce qui s'est &#233;parpill&#233;. Quand je ne m'arr&#234;te pas, tout s'acc&#233;l&#232;re et me d&#233;passe, mes pens&#233;es s'entrechoquent, mes gestes deviennent automatiques, les phrases se mettent &#224; tourner en rond. Alors je m'arr&#234;te. Je prends une large respiration. Je laisse passer ce qui veut passer. Je regarde ce qui m'entoure d'un air d&#233;tach&#233;. Ce temps suspendu n'est pas inutile. Il op&#232;re sur moi comme une chambre d'&#233;cho. C'est l&#224; que les id&#233;es cessent de m'&#234;tre impos&#233;es, qu'elles redeviennent miennes. S'arr&#234;ter, c'est retrouver la nettet&#233;, la justesse, la possibilit&#233; de choisir, de r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveau. C'est refuser la simulation permanente pour lui pr&#233;f&#233;rer la stimulation d'une simple pr&#233;sence. &#202;tre l&#224;, pleinement, sans distraction. Dans ce bref repli, je ne me retire pas du monde, je m'y r&#233;inscris autrement. Et l'&#233;criture revient avec la lecture. Elle recommence son lent travail en moi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8628 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/49945069991_f23bdc3d79_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/49945069991_f23bdc3d79_k-240fb.jpg?1768723618' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue du 4 septembre, Paris 2&#232;me, 28 mai 2020&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cri du bleu dans la lumi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne devait pas faire beau aujourd'hui, mais ce matin, le ciel &#233;tait uniform&#233;ment bleu. Nous tardons &#224; sortir. Une fois dehors, dans l'apr&#232;s-midi, le ciel s'est finalement voil&#233;. Bas, gris. En arrivant pr&#232;s de la Seine, tous les monuments sont recouverts d'un voile terne qui alt&#232;re leurs contours et leurs formes (l'&#233;glise Saint-Germain-l'Auxerrois, le Louvre, le pont des Arts, la coupole de l'Institut). La lumi&#232;re s'est &#233;vanouie. On dirait que la nuit va tomber plus t&#244;t que pr&#233;vu. Nous entrons dans une boutique de papiers dominot&#233;s, dans la devanture de laquelle une maison miniature est expos&#233;e. Au moment de sortir, une lumi&#232;re dor&#233;e mod&#232;le par surprise toutes les surfaces des b&#226;timents de la rue, d&#233;coupe les angles de ses murs, de ses parois, modifie leurs couleurs, par contraste. Nous retournons voir la Seine. Les murs du Louvre attirent la lumi&#232;re pour raviver le prestige ancien de ses d&#233;corations. Les lumi&#232;res, qui se refl&#232;tent dans les vitres du mus&#233;e, dansent en cercles concentriques &#224; la surface du fleuve. C'est la foule des grands jours dans la rue. Traverser &#224; deux reprises les m&#234;mes endroits, les trouver si dissemblables qu'on peine &#224; les reconna&#238;tre. Certains jours, on est comme cet endroit, sous une lumi&#232;re changeante, ni tout &#224; fait le m&#234;me, ni tout &#224; fait un autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Novembre 2025</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-novembre-2025</link>
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		<dc:date>2025-12-01T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Journal du regard</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Voyage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Avancer dans l'incertitude, entour&#233; d'ombres qui glissent et se d&#233;tachent du couchant, silhouettes mobiles dans une lumi&#232;re vacillante. Continuer malgr&#233; tout, sans savoir ce que l'on cherche ni (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-11-28_a_00.23_57-6ac1a.png?1764576029' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/eNIS5Rpn5_M&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avancer dans l'incertitude, entour&#233; d'ombres qui glissent et se d&#233;tachent du couchant, silhouettes mobiles dans une lumi&#232;re vacillante. Continuer malgr&#233; tout, sans savoir ce que l'on cherche ni ce qui nous attend au bout du chemin. Avancer encore, dans l'obscurit&#233; qui tombe, au milieu d'une foule d'inconnus dont chacun suit sa propre ligne hasardeuse, aussi incertaine que la n&#244;tre. Le bruit, la musique, les chuchotements qui s'effilochent composent une constellation de trajectoires oppos&#233;es, de gestes esquiss&#233;s, de silences retenus. Par instants, dans un visage &#224; peine entrevu, dans une d&#233;marche, une mani&#232;re de tourner la t&#234;te, c'est comme si se refl&#233;taient les fragments &#233;pars de ce que nous sommes, ou de ce que nous avons &#233;t&#233;. Les images famili&#232;res de la ville, la promesse de la mer &#224; son extr&#233;mit&#233;, semblent perdre de leur &#233;clat. L'horizon r&#233;p&#232;te son bleu sans conviction, les vagues reviennent se briser sur les m&#234;mes rochers, l'&#233;cume jaillit dans l'&#233;clat du ressac. Tout para&#238;t se r&#233;p&#233;ter comme si ce mouvement perp&#233;tuel cherchait moins &#224; nous guider qu'&#224; nous contenir. Et pourtant, nous avan&#231;ons, pris dans cette pulsation qui nous d&#233;passe, pouss&#233;s par ce d&#233;sir obstin&#233; d'entrevoir, ne serait-ce qu'un instant, ce qui pourrait encore advenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville ne sait pas construire sans d&#233;truire. Sous pr&#233;texte d'am&#233;nager les bords du canal, et de transformer ce recoin longtemps n&#233;glig&#233;, un peu en-dessous de la rue, dont peu connaissent le nom, le square des Maures, en &#233;cho &#224; l'&#233;cluse des morts &#224; proximit&#233;, transform&#233;e &#224; la h&#226;te il y a quelques ann&#233;es en piteux parc &#224; chiens, avant de r&#233;aliser que ces animaux faisaient du bruit et g&#234;naient les riverains, pour le d&#233;localiser &#224; un autre endroit sans immeuble d'habitation, on laisse l'entreprise en charge des travaux d'am&#233;nagement pour y cr&#233;er un square arbor&#233;, d&#233;truire les quatre peupliers align&#233;s au bord de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traverse des moments de doute, brefs mais tenaces, qui se greffent aux contraintes personnelles de fin d'ann&#233;e, se m&#234;lent aux urgences professionnelles, aux projets laiss&#233;s en suspens et qui reviennent hanter l'arri&#232;re-plan, aux &#233;v&#233;nements dont on voudrait se tenir &#224; distance mais qui nous rattrapent sans cesse. Les mots manquent parfois, alors que c'est justement dans leur retour, dans la place qu'ils rouvrent en nous, que des issues apparaissent. Une respiration, une &#233;claircie dans le gris, l'espoir de trouver enfin la formule juste pour dire ce qui persiste en nous, encore flou, fragmentaire, une pens&#233;e &#224; peine form&#233;e. On sent alors la langue tanguer, se d&#233;liter dans le chaos du monde, sap&#233;e par l'usage courant, r&#233;duite &#224; n'&#234;tre plus qu'un flux o&#249; tout s'&#233;quivaut, o&#249; plus rien ne p&#232;se, o&#249; l'on finit par croire qu'on ne p&#232;se plus non plus. Il faut pourtant se relever, trouver son propre appui. Je n'ai pas beaucoup de rem&#232;des. Je marche. Je lis. Je parle avec Caroline. Ce sont des moments de m&#233;ditation, une soupape, un geste salutaire, je m'y d&#233;charge enfin de ce qui m'encombre, ce qui ronge, ce qui fait chanceler, non pas qui je suis, mais ce que je fais parfois, ce que j'apporte, ce qui compte. Et puis &#231;a revient : l'&#233;quilibre, l'envie, le mouvement. Alors je reprends la route. Vers de nouveaux projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://centrenationaldulivre.fr/commissions/poesie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commission po&#233;sie du CNL&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; pour un mandat de trois ann&#233;es, je croyais na&#239;vement qu'il me restait encore une ou deux s&#233;ances &#224; honorer, mais j'apprends par e-mail que la pr&#233;c&#233;dente commission, fin septembre, aura &#233;t&#233; la derni&#232;re. La date de la prochaine s&#233;ance, en f&#233;vrier, d&#233;passant l'&#233;ch&#233;ance de ma mission. Je suis surpris de ne pas avoir vu passer ces trois ann&#233;es, je regrette de n'avoir pas pu saluer de vive voix les autres membres de la commission. Je dois avouer que j'appr&#233;ciais nos longues r&#233;unions de travail, les discussions &#224; la fois denses et enjou&#233;es autour des projets et des livres propos&#233;s &#224; la commission, la lecture des livres afin de r&#233;diger mes fiches de lecture. J'ai d&#233;couvert &#224; cette occasion une grande vari&#233;t&#233; de textes po&#233;tiques, d'auteurs et de projets &#233;ditoriaux. Je suis &#233;tonn&#233; de me sentir troubl&#233; par l'annonce de la fin de mon mandat, un peu d&#233;muni, perplexe, l'arr&#234;t soudain, inattendu, de cette activit&#233; me laisse une impression d'inachev&#233;. Je me raccroche cependant &#224; l'id&#233;e que cela va me lib&#233;rer du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le vertige d'&#234;tre l&#224;</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/le-vertige-d-etre-la</link>
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		<dc:date>2025-11-23T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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		<dc:subject>Musique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un singulier pr&#233;sent &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne croyais pas me souvenir de lui et pourtant dimanche, en entrant avec Caroline dans la brasserie Au comptoir, rue Bichat, je l'ai tout de suite reconnu. Il &#233;tait accoud&#233; au comptoir du bar, situ&#233; juste &#224; l'entr&#233;e. Il portait un pull rose tr&#232;s voyant, il se comportait avec les serveurs et avec les clients du caf&#233; comme un vieil habitu&#233;, j'ai m&#234;me pens&#233; qu'il s'agissait du patron, avant de remarquer un autre homme qui s'est av&#233;r&#233; &#234;tre le patron. Je me suis souvenu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_47_1_-83d7e.png?1763885123' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un singulier pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne croyais pas me souvenir de lui et pourtant dimanche, en entrant avec Caroline dans la brasserie &lt;i&gt;Au comptoir&lt;/i&gt;, rue Bichat, je l'ai tout de suite reconnu. Il &#233;tait accoud&#233; au comptoir du bar, situ&#233; juste &#224; l'entr&#233;e. Il portait un pull rose tr&#232;s voyant, il se comportait avec les serveurs et avec les clients du caf&#233; comme un vieil habitu&#233;, j'ai m&#234;me pens&#233; qu'il s'agissait du patron, avant de remarquer un autre homme qui s'est av&#233;r&#233; &#234;tre le patron. Je me suis souvenu qu'il &#233;tait acteur, c'&#233;tait un peu flou dans mon esprit. Je l'ai regard&#233; plusieurs fois en m&#234;me temps que je discutais avec Caroline, son attitude au comptoir m'intriguait, sa familiarit&#233; avec les gens. C'est l&#224; que je l'ai reconnu. Son nom m'est revenu. Je crois que je l'ai prononc&#233; en moi pour en v&#233;rifier l'exactitude : Riton, pour &#234;tre s&#251;r que je n'affabulais pas. Riton. Riton Liebman. C'est comme si soudain je me souvenais d'un ancien camarade d'&#233;cole, mais je n'ai jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole avec lui. Je ne me souviens m&#234;me plus d'o&#249; je le connais, ni comment je peux me rappeler son nom. Riton Liebman est un acteur. J'ai vu plusieurs films de sa longue carri&#232;re, et il faut dire qu'il a commenc&#233; tr&#232;s jeune, &#224; l'&#226;ge de treize ans il interpr&#233;tait l'un des gamins de la colonie de vacances, Christian Bel&#339;il, dans le film de Bertrand Blier, &lt;i&gt;Pr&#233;parez vos mouchoirs&lt;/i&gt;. J'ai suivi de nombreuses s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es dans lesquelles il a jou&#233; des seconds r&#244;les le plus souvent. J'ai l'impression de l'avoir reconnu en entrant dans le bar car je le croise souvent et que c'est la &lt;i&gt;Vedette du quartier&lt;/i&gt;, c'est d'ailleurs le titre de son autobiographie. Mais ce qui demeure inexpliqu&#233;, c'est comment son nom m'est aussit&#244;t revenu en m&#233;moire, lorsque je l'ai vu : Riton Liebman.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54910835512_cf6098668f_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54910835512_cf6098668f_k-3832d.jpg?1763885123' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Parc des Buttes Chaumont, Paris 19&#232;me, 9 novembre 2025&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui aime a raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon ami &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://arnoldpasquier.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arnold Pasquier&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, cin&#233;aste et professeur &#224; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.liminaire.fr/L'&#233;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de Paris-Belleville'&gt;l'&#201;cole Nationale Sup&#233;rieur d'Architecture, Paris-Belleville&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, pr&#233;sentait &lt;i&gt;Amor Moderno [Roma/S&#227;o Paulo]&lt;/i&gt;, un projet documentaire faisant dialoguer deux villes que tout semble opposer mais que l'histoire, les migrations et les architectures ne cessent de relier en secret. Sentiment qu'exprime Marcel Proust avec justesse dans &lt;i&gt;&#192; la recherche du temps perdu&lt;/i&gt; : &#171; Les pays que nous d&#233;sirons tiennent &#224; chaque moment beaucoup plus de place dans notre vie v&#233;ritable que le pays o&#249; nous nous trouvons effectivement. &#187; Avec Maria Donata D'Urso et Ot&#225;vio Filho, Arnold d&#233;voilait un ensemble d'images, de fragments film&#233;s et de s&#233;quences mont&#233;es, organis&#233;s en triptyque. Ce dispositif faisait r&#233;sonner Rome et S&#227;o Paulo comme deux plans d'un m&#234;me r&#233;cit : superpositions de formes, glissements d'&#233;poques, croisements inattendus. Son film s'attache aux liens souterrains que tissent les trajectoires d'architectes form&#233;s en Italie et devenus figures majeures du modernisme pauliste, Gregori Warchavchik, Rino Levi, et surtout Lina Bo Bardi, arriv&#233;e au Br&#233;sil apr&#232;s la guerre. On y d&#233;couvre comment l'aust&#233;rit&#233; rationaliste, la verticalit&#233;, la rugosit&#233; des mat&#233;riaux et l'audace structurelle circulent d'un continent &#224; l'autre. Dans un plan tourn&#233; &#224; l'avant d'une voiture traversant S&#227;o Paulo, Arnold raconte l'arriv&#233;e de Bo Bardi dans cette ville dont elle ne retrouve pas la beaut&#233; romaine qu'elle a quitt&#233;e. Il convoque la chanson &lt;i&gt;Sampa&lt;/i&gt; de Caetano Veloso, qui saisit cette relation contradictoire : &lt;i&gt;Porque &#233;s o avesso do avesso do avesso do avesso&lt;/i&gt;. S&#227;o Paulo est &lt;i&gt;l'inverse de l'inverse de l'inverse&lt;/i&gt;, une ville qu'on ne comprend qu'en la traversant. La soir&#233;e se cl&#244;t sur la visite du Sesc Pompeia, chef-d'&#339;uvre de Bo Bardi, immense centre culturel o&#249; s'entrelacent b&#233;ton brut, passerelles, terrains de sport, th&#233;&#226;tres, ateliers et piscines. Les derniers plans montrent les habitants qui dansent, leurs gestes libres dans un espace pens&#233; pour eux. Dans l'amphith&#233;&#226;tre, Arnold et ses complices montent sur les tables et dansent &#224; leur tour. Pendant un instant, Rome, S&#227;o Paulo et cette salle parisienne se confondent. On voudrait &#234;tre ici et l&#224;-bas en m&#234;me temps, absorb&#233; par ce mouvement qui relie les villes, et danser dans ce lieu si beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souvenir du pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Psychose&lt;/i&gt; d'Alfred Hitchcock, une sc&#232;ne m'a toujours marqu&#233;. Marion Crane, qui vient de voler l'argent confi&#233; par son patron, s'enfuit en voiture. Encore en ville, elle s'arr&#234;te en route &#224; un feu. Des pi&#233;tons passent devant elle. Parmi eux, elle identifie son patron sans vraiment le reconna&#238;tre. Elle lui sourit machinalement. Il rend son salut sans r&#233;agir sur le coup, puis s'arr&#234;te interloqu&#233;, il h&#233;site un court instant, se retourne. Il cherche d'o&#249; il la conna&#238;t. Tout cela va tr&#232;s vite. Au moment o&#249; il comprend enfin qui elle est, elle r&#233;alise qu'elle ne devrait pas &#234;tre l&#224;, &#224; cet endroit pr&#233;cis, &#224; ce moment-l&#224;, qu'il n'aurait jamais d&#251; la voir, qu'elle est d&#233;masqu&#233;e. Trop tard. Le feu passe au vert, elle red&#233;marre sans attendre, tandis qu'il dispara&#238;t dans la foule. Nous avons tous v&#233;cu ce genre d'&#233;clair tardif. Ce moment o&#249; l'on comprend quelque chose quelques secondes trop tard. Ce qu'on appelle avoir &lt;i&gt;l'esprit d'escalier&lt;/i&gt;. Une perception tardive d'une sc&#232;ne d&#233;j&#224; jou&#233;e. C'est sans doute ce qui ressemble le plus au &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-vu&lt;/i&gt;, cette impression &#233;trange de revivre une sc&#232;ne de la vie quotidienne que l'on sait pourtant n'avoir jamais v&#233;cue auparavant. Pendant un instant, le monde semble se d&#233;doubler. On voit la r&#233;alit&#233; et son &#233;cho d&#233;form&#233;. On sait que c'est faux, mais la sensation reste nette pourtant, saisissante. Et d&#232;s que l'on identifie ce qui se passe en nous, qu'on en comprend l'origine, tout dispara&#238;t imm&#233;diatement, comme une photographie mal fix&#233;e, dans le bain r&#233;v&#233;lateur, qui s'efface sit&#244;t entrevue. Il ne reste qu'un sursaut int&#233;rieur, ce bref vertige o&#249; tout nous &#233;chappe &#224; nouveau, comme du sable glissant entre les doigts, d&#232;s qu'on tente de saisir cette impression, de la nommer, de l'expliquer aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8558 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/9454452092_ef2beb949e_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9454452092_ef2beb949e_k-87ec7.jpg?1763885124' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Quai d'Anjou, Paris 4&#232;me, 19 juillet 2010&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sence imaginaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chambre d'&#233;chos o&#249; rien n'existe qu'une pr&#233;sence imaginaire se maintenant en retrait, en marge. Cette composition acousmatique forme un long couloir sonore dans lequel on avance les yeux ferm&#233;s, une travers&#233;e dont chaque &#233;tape r&#233;v&#232;le un bruit qui n'a jamais exist&#233;, un souvenir auditif fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces, &#224; partir d'une hallucination collective produite par un r&#233;seau neuronal, et pourtant quelque chose en nous reconna&#238;t ces sons, le tumulte bourdonnant des villes, la vibration d'une pi&#232;ce vide, l'&#233;cho de vies disparues, comme si notre m&#233;moire, tromp&#233;e mais consentante, acceptait de se laisser duper, de croire &#224; ces empreintes qui n'appartiennent &#224; personne. Dans cette croyance il y a une douceur, une m&#233;lancolie, un trouble &#233;trangement apaisant, car ce que l'on y entend ce n'est pas le monde mais la tentative d'un monde. Un continuum sonore o&#249; le m&#233;canique et l'organique se confondent et se dissolvent. Des voix surgissent, des voix peut-&#234;tre humaines, &#224; moins qu'il s'agisse de bruits de machines. Ces sons s'effacent dans un halo spectral, un brouillard &#233;lectronique, et ces fragments, ces &#233;clats de r&#233;el simul&#233;, &#233;voquent une civilisation d&#233;j&#224; lointaine qui se regarde elle-m&#234;me. C'est l&#224; que le geste d'Olivier Alary prend tout son sens, dans l'invention de traces sonores que personne n'a laiss&#233;es, il compose &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://olivieralary.bandcamp.com/album/imagined-presence&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une arch&#233;ologie imaginaire du futur&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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