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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>Journal du regard : Mai 2026</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-05-25_a_23.49_00_1_-72a86.png?1780297394' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/rzOLeO22OI4&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de la Venise briarde, avant de rejoindre le chemin de halage le long de la rivi&#232;re que j'avais rep&#233;r&#233; sur la carte. Sur le chemin, nous croisons des marcheurs qui nous conseillent un itin&#233;raire que nous n'avions pas envisag&#233; d'emprunter. Nous traversons des champs, montons sur la colline qui surplombe le village. En pr&#233;parant notre promenade, j'avais lu qu'il y avait de ce c&#244;t&#233;-l&#224; un ancien cimeti&#232;re protestant &#224; l'ombre des bois. Cependant, je ne pensais pas que nous irions jusque-l&#224; car cela me semblait consid&#233;rablement rallonger la distance de notre parcours. Au moment de passer &#224; la hauteur du cimeti&#232;re, nous ne comprenons pas la direction indiqu&#233;e par le panneau pour nous y rendre et passons &#224; c&#244;t&#233;. Je suis un peu d&#233;pit&#233;, mais difficile de revenir sur nos pas, puisque nous descendons &#224; travers la for&#234;t et que nous sommes d&#233;j&#224; &#224; proximit&#233; du village en contrebas. Ironie du sort, c'est au cimeti&#232;re que nous finissons notre p&#233;riple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un thomasson est un objet urbain inutile, pr&#233;serv&#233; dans le cadre d'un b&#226;timent ou de son environnement. Quatre colonnes en fonte soutenaient le viaduc de la ligne 2 avant la cr&#233;ation des voies routi&#232;res. Ces colonnes creuses, d&#233;cal&#233;es vers la rotonde, servent d&#233;sormais de gaines de ventilation &#224; l'usine souterraine d'eau non potable de La Villette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Caroline pour inscrire la m&#233;moire de son grand-oncle Antoine Poletti, r&#233;sistant pendant la guerre et mort en d&#233;portation, dans le quartier o&#249; il a v&#233;cu avec toute sa famille, rue Corbera, dans le 12&#7497; arrondissement, tout proche du quartier de mes parents, et de la famille de ma m&#232;re, rue Beccaria, me touche. Ce qu'elle &#233;crit sur lui va se prolonger sur une plaque comm&#233;morative, appos&#233;e prochainement sur la fa&#231;ade de l'immeuble. Je traverse pour ma part ces lieux hant&#233;s par mes parents sans aucune nostalgie. Les seules traces qui m'&#233;meuvent et me touchent sont celles des marques de ballons des enfants qui recouvrent le mur blanc de la Petite Mairie du march&#233; d'Aligre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, je ne suis pas seul quand je filme, j'enregistre ce que je vois &#224; la vol&#233;e, dans un temps r&#233;duit, un empressement constant sur le cours des choses. Quelque chose attire mon attention, je m'arr&#234;te pour filmer. On ne m'attend pas, c'est une habitude. Je les rejoins apr&#232;s en pressant le pas. Cela ne me g&#234;ne pas, mais je dois &#224; chaque fois rattraper le temps perdu pour ne pas me laisser distancer. Les conversations qui s'&#233;taient engag&#233;es sont interrompues, elles ont chang&#233; de sujet ou de direction, j'en entends que des bribes. Je les suis en pointill&#233;. Je dois agir vite et dilater le temps. Je ne sais pas si ce que je vis est vrai ou si je suis embarqu&#233; dans le r&#234;ve de quelqu'un d'autre. Une r&#233;alit&#233; alternative. Un univers parall&#232;le. Ce que je per&#231;ois de ce qui m'entoure, et pas seulement avec les personnes qui m'accompagnent, avec qui je partage l'espace, para&#238;t d&#233;tach&#233; de l'ensemble du paysage, comme si je n'en saisissais qu'un fragment, un seul versant, laissant l'autre dans l'ombre, sur le c&#244;t&#233;. C'est comme une machination. Qu'est-ce que c'est qu'&#234;tre s&#233;par&#233; de quelque chose qu'on n'a jamais eu ? De regarder ce qu'on ne voit pas vraiment, qui nous &#233;chappe ? Une &#233;norme absence m&#234;l&#233;e &#224; la certitude d'une grande pr&#233;sence possible cr&#233;e une impression singuli&#232;re. Je r&#233;fl&#233;chis &#224; tout cela en remontant vers la maison, apr&#232;s avoir mang&#233; en famille dans un restaurant du 12&#7497;. Nous rentrons &#224; pied, en longeant le canal Saint-Martin. Dans l'effervescence de cette chaude journ&#233;e, les quais sont bond&#233;s d'une foule de Parisiens et de touristes, jeunes gens buvant et fumant, riant et parlant fort, assis, debout, dans le d&#233;sordre de la nuit. Comment aurais-je pu imaginer qu'une bagarre entre hooligans en marge de la finale de la coupe de France de football aurait lieu quelques heures plus tard, m&#234;me si, peinant &#224; remonter le quai, &#224; cause de la foule, j'ai ressenti quelque chose d'&#233;lectrique dans l'air qui m'a profond&#233;ment troubl&#233;, mis mal &#224; l'aise, comme il arrive parfois qu'on pressente ce qui va se passer mais qu'on ne le comprenne qu'apr&#232;s coup ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;s &#224; manger chez mes parents, avec Caroline et Nina, nous descendons &#224; la gare de Boussy-Saint-Antoine, pour rejoindre Combs-la-Ville &#224; travers champs et bords de l'Yerres. C'est un voyage dans le temps. Je retrouve des lieux de promenades de mon enfance, quand nous habitions Boussy, o&#249; nous descendions avec mon oncle et ma tante jusqu'&#224; Jarcy. Sur le chemin, je retrouve des maisons et des jardins o&#249; j'ai &#233;t&#233; invit&#233; lorsque j'&#233;tais enfant, chez des camarades de classe. Je ne me souviens de rien mais tout me revient. Les lieux de mon enfance se r&#233;sument trop souvent aux vacances estivales pass&#233;es chez mes grands-parents dans le Berry. Mais ces paysages travers&#233;s aujourd'hui m'y ram&#232;nent par un d&#233;tour que seule la m&#233;moire sait faire jouer en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pas s'impriment dans la terre encore humide des sous-bois, &#233;criture illisible, les reflets des flaques s'&#233;vaporent dans la touffeur du jour, la lumi&#232;re &#224; leur surface, artificielle comme les &#233;tangs de la for&#234;t, mirages de fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un mouvement suffit</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/un-mouvement-suffit</link>
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		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Quelque chose en &#233;change &lt;br class='autobr' /&gt;
Il arrive parfois qu'on attire le regard des personnes qu'on croise dans la rue. On devine tr&#232;s rapidement quelle en est la raison, il y a sans doute quelque chose d'in&#233;dit dans le choix de nos v&#234;tements, dans notre mani&#232;re de nous tenir, dans l'air heureux qui s'affiche sur notre visage, &#224; l'annonce r&#233;cente d'une bonne nouvelle, d'une perspective r&#233;jouissante. D'une certaine mani&#232;re, on cherche &#224; attirer le regard des autres. Dans ces conditions, on s'y est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_66_1_-44552.png?1775372873' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque chose en &#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive parfois qu'on attire le regard des personnes qu'on croise dans la rue. On devine tr&#232;s rapidement quelle en est la raison, il y a sans doute quelque chose d'in&#233;dit dans le choix de nos v&#234;tements, dans notre mani&#232;re de nous tenir, dans l'air heureux qui s'affiche sur notre visage, &#224; l'annonce r&#233;cente d'une bonne nouvelle, d'une perspective r&#233;jouissante. D'une certaine mani&#232;re, on cherche &#224; attirer le regard des autres. Dans ces conditions, on s'y est pr&#233;par&#233;, on serait presque d&#233;&#231;u que personne ne remarque notre effort, notre bonne humeur, la l&#233;g&#232;ret&#233; de notre d&#233;marche dans la rue, cette aisance qui rend tout plus facile. Le jour o&#249; cela nous arrive alors qu'on ne s'y attend pas, qu'on a rien fait pour le m&#233;riter ou l'anticiper. Tous ces regards qui se posent sur nous, &#224; notre hauteur. Ces gens qui se retournent sur notre passage, donnant l'impression qu'ils nous connaissent, et soudain c'est nous qui craignons alors ne pas les identifier &#224; temps. Nous poursuivons notre chemin apr&#232;s un bref arr&#234;t, une h&#233;sitation passag&#232;re &#224; peine perceptible, une ombre sur notre visage qui en transforme bri&#232;vement l'expression. D'autres nous fixent comme s'ils cherchaient &#224; percer notre secret, &#224; comprendre ce qui nous anime, &#224; saisir dans notre visage une v&#233;rit&#233; qui nous d&#233;passe. On se demande alors ce qui a pu changer en nous. L'annonce d'un changement &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55173416806_75c442f757_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55173416806_75c442f757_k-2995f.jpg?1775372873' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;cluse des morts, Canal Saint-Martin, Partis 10&#232;me, 28 mars 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui reste de la nuit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radio est rest&#233;e allum&#233;e. En entrant dans la chambre, c'est &#224; peine si on l'entend. Une fois couch&#233; cependant, l'impression que les voix et la musique envahissent tout l'espace sombre de la chambre. On essaie de ne pas trop y penser, m&#234;me si notre esprit ne peut s'emp&#234;cher de s'accrocher aux mots qu'il entend par bribes, bouts de phrases qu'il ne parvient pas &#224; relier entre elles et dont les manques, les d&#233;fauts, l'incitent &#224; se concentrer un peu plus, malgr&#233; lui et son besoin de sommeil. Mais d'autres bruits se superposent d&#233;j&#224; aux sons de la radio. On ne parvient pas &#224; d&#233;terminer leur provenance, leur origine, leur nature m&#234;me, ils paraissent abstraits. Des bruits de pas ? Des meubles qu'on tra&#238;ne au sol sans m&#233;nagement. Qu'est-ce qu'on entend vraiment ? Qu'est-ce qu'on per&#231;oit dans cet amalgame sonore ? C'est l'ind&#233;cision, l'incertitude qui nous tiennent &#233;veill&#233;s, nous emp&#234;chent de trouver le sommeil. C'est l'accumulation des deux sources sonores qui trouble notre attention, cherchant dans ce qui s&#233;pare, ce qui &#233;loigne ces deux sons, produit un sens secret qu'on tente vainement de comprendre, comme une langue &#233;trang&#232;re dont il demeure quelque chose de familier de notre langue, dans le rythme, la modulation de certains sons, la m&#233;lodie de certaines phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vague de tendresse infinie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je regarde un film, une s&#233;rie, je suis d&#233;sormais tr&#232;s sensible aux gestes de tendresse entre les personnages. Parfois, lorsque les mots ne parviennent pas &#224; sortir, qu'on n'arrive pas &#224; exprimer ses impressions, les corps se rapprochent, se rel&#226;chent et s'&#233;treignent finalement, en silence. Cet instant o&#249; tout s'arr&#234;te, o&#249; tout se dit sans une parole, dans la d&#233;licatesse d'un contact qui ne cherche rien de pr&#233;cis qu'une forme d'abandon, de l&#226;cher-prise, n'attend rien qu'un peu de calme, de s&#233;r&#233;nit&#233;. Dans un enlacement amical, une attention pr&#233;venante. La pression redescend, les deux corps se rapprochent, leurs rythmes cardiaques se coordonnent pour retrouver un peu d'apaisement et pouvoir, apr&#232;s un mouvement de recul, se regarder en face. Les mots refont surface, m&#234;me si parfois ils ne sont m&#234;me plus n&#233;cessaires. Je me souviens du mouvement &lt;i&gt;Free hugs&lt;/i&gt; (C&#226;lins gratuits) dans les ann&#233;es 2000 qui consistait &#224; proposer spontan&#233;ment des accolades aux passants dans un lieu public. Dans les gares, dans la rue, des passants, munis d'une pancarte sur laquelle &#233;tait &#233;crit &#171; Free Hugs &#187;, proposaient d'offrir ces &#171; c&#226;lins gratuits &#187;. Ce concept, qui visait &#224; rompre avec une certaine morosit&#233;, en particulier dans les grandes agglom&#233;rations, s'est propag&#233; dans le monde entier. Sans me lancer dans des accolades intempestives, il m'arrive de ressentir cet &#233;lan de tendresse et d'empathie pour des inconnus lorsque je per&#231;ois en eux une faille, une incertitude, un malaise passager.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/41865806622_a5a05657b4_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/41865806622_a5a05657b4_k-2aa85.jpg?1775372873' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Plage de Mondello, Palerme, Sicile, 5 mai 2018&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une part de moi-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranger un placard pour y faire de la place, mettre de l'ordre dans mes papiers administratifs (contrats, factures, fiches de paie, etc.). Ces dossiers contiennent &#233;galement de nombreux autres documents, notamment des projets litt&#233;raires et artistiques abandonn&#233;s. Des livres non &#233;dit&#233;s, des manuscrits refus&#233;s, des textes sans fin. &#192; une &#233;poque, j'imprimais souvent les textes que je trouvais les plus aboutis. Ce que je ne fais plus depuis longtemps. Se replonger dans ce fatras de textes provoque en moi un sentiment confus, o&#249; familiarit&#233; et &#233;tranget&#233; se m&#233;langent. Je m'y reconnais sans m'y retrouver. J'ai jet&#233; beaucoup de papiers devenus inutiles, mais j'avoue que j'ai du mal &#224; me s&#233;parer de ces textes anciens, dont je ne pr&#233;serve qu'une trace imprim&#233;e, aucune version num&#233;rique. La plupart du temps, ils n'ont plus gu&#232;re d'int&#233;r&#234;t, je pourrais les jeter, mais sans eux je finirais par oublier mes erreurs, mes errements, mes ent&#234;tements aussi, et toutes mes obsessions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Mars 2026</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-mars-2026</link>
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		<dc:date>2026-04-01T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
		<dc:subject>Sons</dc:subject>
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		<dc:subject>Journal du regard</dc:subject>
		<dc:subject>L'espace d'un instant</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
		<dc:subject>Num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Voyage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; Rien que les heures, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/video" rel="tag"&gt;Vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-03-30_a_00.04_14-0e6de.png?1775026977' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/fKnTZ2gwD2M&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, correspond &#224; un lieu &#224; Paris &#224; une heure pr&#233;cise. Cet endroit est situ&#233; sur une ligne qui traverse Paris du nord au sud, en longeant le m&#233;ridien de Paris. Ce m&#233;ridien a &#233;t&#233; d&#233;fini pour la premi&#232;re fois le 21 juin 1667, jour du solstice d'&#233;t&#233;. Il traverse la France de Dunkerque &#224; Perpignan. L'emplacement de l'Observatoire de Paris, dans le 14&#7497; arrondissement, a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; &#224; cette date et de fa&#231;on &#224; ce que cette ligne imaginaire le traverse. C'est &#224; partir du m&#233;ridien de Paris que le syst&#232;me m&#233;trique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Le m&#232;tre est la 1/10 000 000&#7497; partie de la moiti&#233; du m&#233;ridien. Il a ensuite &#233;t&#233; abandonn&#233; au profit du m&#233;ridien de Greenwich en 1884. Le r&#233;cit est divis&#233; en soixante chapitres, des &#233;tapes sur ces lieux qui ne sont d&#233;sign&#233;s tout d'abord que par leurs coordonn&#233;es g&#233;olocalis&#233;es (on trouve cependant &#224; la fin du livre leurs adresses pr&#233;cises, dans un index complet). &#192; chaque &#233;tape du parcours, en fonction de l'heure qu'il est &#224; Paris, on peut lire sept r&#233;cits se d&#233;roulant au m&#234;me moment dans sept lieux diff&#233;rents r&#233;partis dans le monde entier, mais &#224; une heure alternative selon le fuseau horaire de l'histoire racont&#233;e. Pour ce projet sur l'espace et le temps, j'ai choisi le nombre d'&#233;tapes, en r&#233;f&#233;rence au nombre de secondes dans une minute et de minutes dans une heure. Je souhaitais &#233;galement que le chiffre des minutes de chaque &#233;tape soit diff&#233;rent, et contenu entre 1 et 60. J'ai choisi le chiffre sept pour le nombre de lieux en r&#233;f&#233;rence au nombre de jours dans une semaine, sans penser aux bottes de sept lieux du &lt;i&gt;Petit Poucet&lt;/i&gt; de Charles Perrault, dont les bottes magiques permettent de parcourir, comme dans mon livre, de tr&#232;s grandes distances en tr&#232;s peu de temps. Pour accompagner la sortie du livre, je pr&#233;pare une webfiction en ligne, qui permettra de d&#233;couvrir le r&#233;cit, accompagn&#233; de courtes vid&#233;os film&#233;es dans les soixante lieux parisiens, des photographies qui sont &#224; l'origine des textes, qu'on a pu d&#233;couvrir sur mon site, entre janvier 2021 et f&#233;vrier 2022, sous la forme d'un r&#233;cit par fragments et d'un podcast, intitul&#233;s &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-ne-ressemble-a-ce-dont-je-ne-me-souviens-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. et des textes qu'on pourra lire et &#233;couter, dans la nouvelle version du r&#233;cit. Pour pr&#233;parer le tournage de ces vid&#233;os au printemps, j'ai fait quelques rep&#233;rages sur les lieux o&#249; je vais filmer. Il y a de nombreuses s&#233;quences qui se d&#233;rouleront dans le jardin du Luxembourg, et autour de l'Observatoire de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus avertis s'en rendront compte en regardant les images de ce journal, il y a quelque chose de chang&#233; dans la prise de vue. La cam&#233;ra DJI Osmo Pocket que j'utilisais depuis 2019 ne fonctionne plus. Le bouton d'enregistrement s'est brusquement bloqu&#233; alors que nous d&#233;ambulions en famille dans le parc Montsouris. La prise en main d'un nouvel outil prend toujours un peu de temps. La cam&#233;ra de la m&#234;me marque que la pr&#233;c&#233;dente que j'ai achet&#233;e est un peu plus encombrante, plus lourde &#233;galement, elle poss&#232;de un &#233;cran qui m'a un peu d&#233;stabilis&#233; au d&#233;part pour le cadrage, mais question mise au point et stabilit&#233; de l'image, elle est encore plus efficace que la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais pas revenir &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson &#224; Nice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Nina a termin&#233; en fin d'ann&#233;e derni&#232;re ses cinq ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures, et m&#234;me si Caroline et moi nous avons une amie qui vit d&#233;sormais &#224; Nice, je n'envisageais pas d'y revenir et de revoir l'&#233;cole. Comme ma fille y avait laiss&#233; des affaires au moment de partir vivre &#224; Marseille, et qu'elle n'avait pas r&#233;ussi &#224; y retourner depuis son d&#233;part, je lui ai propos&#233; de l'y accompagner &#224; l'occasion de notre bref s&#233;jour &#224; Marseille. En effet, avec Caroline, nous sommes venus travailler une semaine sur notre projet d'&#233;criture &lt;i&gt;Autour&lt;/i&gt; (devenu &lt;i&gt;Nostos&lt;/i&gt;) pour lequel nous avions &#233;t&#233; accueillis l'&#233;t&#233; dernier &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence &#224; La Ciotat &#224; l'invitation de La Marelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. &#192; chaque fois que j'ai eu l'occasion de me rendre &#224; la Villa Arson, j'ai film&#233; quelques s&#233;quences sur place, car c'est un lieu de cr&#233;ation magnifique situ&#233; sur les hauteurs de Nice, &#224; la fois &#233;cole d'art et espace d'exposition, avec son architecture en b&#233;ton et galets, son jardin aux arbres centenaires qui offre une vue incroyable sur toute la ville. &#192; chaque fois que je postais des images de mon passage, le responsable de la biblioth&#232;que me disait que j'aurais d&#251; lui dire que je passais, nous aurions pu r&#233;aliser ensemble un entretien sous forme de podcast. Cette fois-ci, j'ai finalement devanc&#233; sa proposition, et nous avons enregistr&#233; un entretien autour de mon parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive &#224; Marseille en train, on a l'impression que la gare tourne le dos &#224; certains quartiers au profit d'une unique ouverture sur le centre-ville. La Belle de Mai est un ancien quartier ouvrier qui para&#238;t abandonn&#233; depuis de longues ann&#233;es, m&#234;me si les choses changent peu &#224; peu. La veille, de retour de Nice, Caroline, Nina et moi, nous avions travers&#233; rapidement les ruelles &#233;troites du quartier, &#224; bord d'un taxi, pour rapporter les affaires de Nina dans son appartement du boulevard Ricard. Dans notre trajet nocturne, nous avons &#233;t&#233; surpris par le nombre de personnes dehors &#224; cette heure, marchant sur les trottoirs, traversant la route en pressant le pas, mangeant et buvant debout devant les caf&#233;s. C'&#233;tait l'heure de la rupture du je&#251;ne, la fin du ramadan toute proche. Le lendemain nous sommes repass&#233;s dans le quartier, marchant &#224; travers les m&#234;mes rues, cette fois presque d&#233;sertes. Nina nous a conseill&#233; d'emprunter la rue Levat. Au milieu de cette ruelle &#233;troite qui serpente entre murets, maisons de ville et petits immeubles, un portail ouvre sur un ancien couvent reconverti depuis peu en lieu de cr&#233;ation, de rencontres et de diffusion. On entre &#224; l'int&#233;rieur, le jardin est immense. C'est une parenth&#232;se dans la ville. Un moment suspendu. Une respiration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journal du regard : F&#233;vrier 2026</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-fevrier-2026</link>
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		<dc:date>2026-03-02T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_2026-02-23_a_23.00_01-88824.png?1772438466' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/35GqNZC5AUQ&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, devant le d&#244;me &#233;tincelant de La Villette, bouleverse les habitudes des sportifs qui viennent jouer ou s'entra&#238;ner &#224; cet endroit, mais aussi les promeneurs, et toutes les personnes qui appr&#233;cient, aux premiers beaux jours, s'installer l&#224; pour pique-niquer le midi, se reposer, profiter du soleil, du calme du parc. Par la porte rest&#233;e entrouverte, on aper&#231;oit &#224; l'int&#233;rieur de grands &#233;chafaudages. On imagine qu'il s'agit d'une salle de spectacle pour une dur&#233;e limit&#233;e. Quand on revient de promenade, on comprend que la mani&#232;re dont le b&#226;timent transformait le paysage, dans la lumi&#232;re p&#226;le de cette journ&#233;e d'hiver, le bleu vif et tenace de ses reflets qui se propageait au sol, sur les pav&#233;s, l'herbe et jusqu'&#224; l'eau du canal. Tout cela nous laissait deviner ce qui allait se passer &#224; l'int&#233;rieur. On d&#233;couvre en effet que ce lieu &#233;ph&#233;m&#232;re dispara&#238;tra au printemps, dans deux mois &#224; peine, et qu'il va proposer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://prodigy12.com/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un spectacle immersif&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m&#234;lant installations LED &#224; 360&#176;, performances chor&#233;graphiques et visuels 3D avec une musique originale interpr&#233;t&#233;e en direct. Ce spectacle &lt;i&gt;son et lumi&#232;re&lt;/i&gt; va plonger le spectateur, selon les organisateurs, dans une version surr&#233;aliste de Paris, s'effondrant sous le poids du temps. Dans leur pr&#233;sentation clinquante et sensationnaliste, qui s'accorde parfaitement cela dit &#224; ce spectacle que je n'irais pas voir, je retiens cependant qu'il efface la fronti&#232;re entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, entre ce qui est construit et ce qui est imagin&#233;, car c'est bien l'effet ressenti devant cette architecture &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fum&#233;e d'abord, il n'y a pas de fum&#233;e sans feu, le feu qui prend, qui craque, au feu les pompiers, la maison qui br&#251;le, poings serr&#233;s, serrer les dents, dent de scie, scie circulaire, cercle de cendres, sang d'encre, signaux de fum&#233;e, noir de monde, feu follet, allumette craqu&#233;e, pic de chaleur, chaleur humaine, humain trop humain, fum&#233;e de cigarette, m&#233;got qui m&#233;gote, m&#233;gaphone qui crache, crachat, crachin, brouillard, brouiller les pistes, atterrissage forc&#233;, force majeure, carbone quatorze, &#226;ge du feu, feu de joie, soufre et salp&#234;tre, noir dessein, dessin dans la bu&#233;e sur la vitre, vitre f&#234;l&#233;e, faille sismique, combustion lente, mont&#233;e de fi&#232;vre, fum&#233;e qui monte, qui ment, qui m'enveloppe, me disperse en particules, volutes et volte-face, feu qui couve, qui couvre tout, d'un nuage, brasier des souvenirs, souvenirs en cendres, cendres encore chaudes, comme un secret qui fume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, j'ai entendu un morceau de Bud Powell, dans une compilation de ses enregistrements &#224; New York entre 1944 et 1949. Le son avait quelque chose de m&#233;tallique. Je me sentais ext&#233;rieur &#224; cette musique, et je m'en suis &#233;tonn&#233;, car c'est un musicien que j'aime beaucoup. Au bout de quelques minutes, pourtant, la musique m'emportait &#224; nouveau. J'&#233;tais entr&#233;, et il devenait difficile d'en sortir. J'&#233;tais propuls&#233; dans les m&#233;andres du jeu tout en v&#233;locit&#233; et en l&#233;g&#232;ret&#233; du pianiste et de ses musiciens. J'ai pens&#233; que ma difficult&#233; venait d'abord de l'enregistrement, de son anciennet&#233;. Cette id&#233;e continuait &#224; m'occuper tandis que je me souvenais d'une r&#233;cente promenade dans un quartier du 20&#7497; arrondissement o&#249; je n'&#233;tais plus retourn&#233; depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui m'en avait &#233;loign&#233;, il aurait suffi d'un petit d&#233;tour pour y revenir, mais l'occasion ne s'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233;e. En reprenant mentalement ce parcours, cela m'a fait r&#233;fl&#233;chir &#224; mon rapport au temps. Je ne vois plus ce quartier comme je l'ai vu la premi&#232;re fois. Certains rep&#232;res me sont revenus en y d&#233;ambulant, mais ils se reliaient diff&#233;remment, dessinant un trajet inattendu, qui en transformait de mani&#232;re in&#233;dite le souvenir. Le lieu avait vieilli, sans moi. Je ne voyais plus sa nouveaut&#233;, seulement l'anciennet&#233; de mon passage, comme si je feuilletais un album d'images d'un lieu qui aurait disparu. Quel lien avec Bud Powell ? Sa musique est intemporelle, mais nous l'&#233;coutons parfois sur des supports dat&#233;s. Les enregistrements anciens peuvent nous laisser un temps sur le seuil de l'&#339;uvre, si l'on ne force pas l'entr&#233;e de l'&#233;coute. Et c'est une &#339;uvre en mouvement dans laquelle on entre en accueillant cet &#233;lan qui nous emporte. Revenir dans ce lieu m'a laiss&#233;, moi aussi, un temps, sur le seuil. Je suis rest&#233; &#224; distance, dans le souvenir et non dans le pr&#233;sent de ce lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rendez-vous, je presse le pas, &#231;a file, &#231;a clignote autour de moi. Je traverse la ville &#224; grandes enjamb&#233;es, la pluie &#233;clabousse mon visage, mes chaussures s'enfoncent dans l'eau des flaques. Les enseignes des commerces brillent dans l'obscurit&#233;, leur &#233;clat color&#233; me saute aux yeux. Je ne distingue pas nettement ceux que je croise dans la rue. Leurs silhouettes surgissent et disparaissent &#224; contretemps. Elles se succ&#232;dent, tournoient, comme dans un tourbillon. Un couple sous un abribus. Un homme parle seul, &#233;clair&#233; par les phares des voitures, il surgit de la p&#233;nombre, comme sur une photo surexpos&#233;e. Je presse l'allure. J'ai l'impression de m'&#233;chapper sans savoir d'o&#249;. Personne ne me regarde vraiment, pas le temps. Pourtant je vois leurs traits, stri&#233;s par la pluie, travers&#233;s d'&#233;clairs aveuglants. Les vitrines me renvoient un double flou, une ombre qui pourrait &#234;tre la mienne. Tout se bouscule. Un porche sombre, une odeur d'essence, le fant&#244;me d'un chien, le grincement du m&#233;tro a&#233;rien, une sir&#232;ne au loin. Une tension douce me serre la poitrine. C'est presque agr&#233;able. Je continue d'avancer, encore, plus vite, jusqu'au prochain carrefour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Recours &#224; la nuit, de Virginie Gautier</title>
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		<dc:date>2026-02-13T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
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		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans ce livre qui se situe &#224; la crois&#233;e du journal, de l'essai, de la po&#233;sie et du r&#233;cit sensible, Virginie Gautier n'explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en &#233;prouver les textures, les sons, les puissances discr&#232;tes. Fragment apr&#232;s fragment, l'autrice d&#233;place notre mani&#232;re de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, &#233;couter. La nuit devient un territoire &#224; part enti&#232;re, po&#233;tique et politique, qui r&#233;siste &#224; la surveillance, &#224; la vitesse et &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH158/capture-decran-2025-12-22-a-17.37_35_1_-4d65e.png?1768519575' width='120' height='158' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans ce livre qui se situe &#224; la crois&#233;e du journal, de l'essai, de la po&#233;sie et du r&#233;cit sensible, Virginie Gautier n'explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en &#233;prouver les textures, les sons, les puissances discr&#232;tes. Fragment apr&#232;s fragment, l'autrice d&#233;place notre mani&#232;re de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, &#233;couter. La nuit devient un territoire &#224; part enti&#232;re, po&#233;tique et politique, qui r&#233;siste &#224; la surveillance, &#224; la vitesse et &#224; la domination du visible. En interrogeant la lumi&#232;re artificielle, la pollution lumineuse et notre besoin de ma&#238;trise, le livre ouvre une r&#233;flexion profonde sur nos fa&#231;ons d'habiter le monde. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/poetique-de-l-obscurite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est une invitation exigeante &#224; ralentir et &#224; retrouver, dans la p&#233;nombre, une attention plus juste au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-nous.com/main.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;, Virginie Gautier, &#201;ditions NOUS, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
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&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6hoeAyHQbQtLfjjUDPD7QK?si=CxoNtMfuRn2zaLb5THlpZg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
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&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6hoeAyHQbQtLfjjUDPD7QK?si=CxoNtMfuRn2zaLb5THlpZg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Sombre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrer dans la nuit, ce n'est pas toujours s'assurer d'une immanence, sentir que le monde vous enveloppe, v&#233;rifier la terre ferme, humer l'odeur des champs, r&#233;cup&#233;rer ses sens. Entrer dans la nuit c'est parfois marcher au-devant d'une b&#233;ance. Porte ouverte sur un noir d&#233;vorant. Sentir le sol ramollir sous nos pieds, le monde s'&#233;pancher. Nuit liquide o&#249; tout tremble et flageole, risque de se dissoudre, au mieux de perdre forme. Nuit d&#233;form&#233;e, monumentale. Vous qui entrez ici, d&#233;couvrez vos tourments. Endurez la dur&#233;e. Supportez vos b&#234;tes noires. Nuit comme une porte entreb&#226;ill&#233;e sur une foule tr&#232;s ancienne et th&#233;rianthrope, comme ce sorcier dansant de la grotte des Trois-Fr&#232;res, aux yeux d'oiseau nocturne, &#224; queue de cheval et ramure de cervid&#233;. Nuit inqui&#233;tante et primitive o&#249; les &#234;tres hybrides ne sont pas interdits de s&#233;jour, au contraire. Nuit pour c&#244;toyer l'inqui&#233;tant, le magique, pour chevaucher sa peur. Ramper, r&#244;der, devenir l'animale. Se faire plus louve que le loup. Se m&#234;ler &#224; la meute et par bonds, par sauts, par ruse, par grondements, r&#233;ussir sa travers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;04.05. Mai. Arriver, ralentir. Dans la maison perch&#233;e sur les hauts de La Ciotat, il y a quantit&#233; de nuits &#224; mettre bout &#224; bout pour &#233;crire. Le lit est presque au balcon. Je vais me fabriquer une longue nuit proven&#231;ale, un abri frais et reposant, avec juste ce qu'il faut d'ouvertures, de lucarnes sur le jour de temps en temps pour relever la t&#234;te, marcher dans le jardin et croiser mes semblables. Arriver, ralentir. &#201;tirer, tirer, se rassasier de temps, laisser la nuit entrer jusqu'au dedans. Ou la lancer tr&#232;s loin et l'&#233;couter revenir sur l'all&#233;e de graviers, opaque et lumineuse, sonore et irr&#233;elle. Silhouette de pierre &#224; peine d&#233;gauchie de ses r&#234;ves terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;06.05. Nuit d'arbres. C'est un morceau de montagne tout autour de la maison, avec pin&#232;de et v&#233;g&#233;tation de garrigue sous les pieds que j'ai foul&#233; avant la fin du jour. Un jardin s'y m&#234;le dont on ne sait quand il commence o&#249; il s'arr&#234;te, mais qui, de lui-m&#234;me, &#224; mesure que l'ombre l'envahit, se rend tout &#224; fait &#224; son origine sauvage. Nous finissons, bien rassembl&#233;s dans un &#238;lot de nuit, les arbres et moi. Et depuis la grande chambre o&#249; tournent les moustiques, j'apprivoise lentement la vue vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;07.05. Nuit noir-cypr&#232;s. Chaque soir, la masse des arbres qui sculptent le jardin proven&#231;al vire au gris. J'ai rendez-vous au balcon ou dans la v&#233;randa pour assister &#224; l'enfouissement des chlorophylles &#8212; r&#233;s&#233;da, sophora, nerprun, pins, arbousiers, amandiers, muriers, oliviers, dans une obscurit&#233; qui parait monter de la terre. En noirceur, les grands cypr&#232;s gagnent toujours. Ils sont les ultimes gardiens du lieu. Des pr&#233;sences veillant debout sur mon sommeil. Plus tard, l'all&#233;e de graviers blanchira, comme les silhouettes de pierres, les t&#234;tes dress&#233;es et la petite nageuse &#224; genoux devant le bassin vide. Le ciel aura pris une couleur de ville. Coupole r&#233;fl&#233;chissante charg&#233;e de jaune et d'orange, barr&#233;e d'un faisceau lumineux &#8212; celui du casino. Et l'on d&#233;sesp&#232;re d'en &#234;tre encore l&#224;, &#224; ne mesurer ni l'impact ni le superf&#233;tatoire. Moi, j'attendrai vainement que d&#233;senfle la rumeur des moteurs. J'imaginerai mettre mon r&#233;veil &#224; sonner au milieu la nuit pour tenter d'&#233;couter le pouls de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le sombre&lt;/i&gt; - Nous entrons dans le sombre. Le monde s'amenuise. Pour dire ce qui ne sera plus ni vivant ni visible on parle d'extinction. Des vies comme des loupiotes. Quand des esp&#232;ces disparaissent, ce sont des mondes qui s'&#233;teignent. Nous entrons dans le sombre, nous qui n'avons connu que les lumi&#232;res du progr&#232;s, la clart&#233; des logiques, les &#233;clairages dedans/dehors, les &#233;crans et les baies vitr&#233;es, les surfaces r&#233;fl&#233;chissantes, les regards panoptiques, la transparence et l'&#233;clat. Nous qui avons tout fait tourner autour de notre petit monde humain. Qui avons fait tourner notre petit monde lui-m&#234;me autour de quelques grandes id&#233;es. Nous entrons dans le sombre et il nous faut r&#233;adapter notre &#339;il. Chercher des signaux. Apprendre &#224; percevoir des &#233;missions plus faibles, des forces douces. Un pas serait de se rapprocher de la nuit du monde et d'imaginer dans le sombre des retrouvailles, d'y chercher douceur et puissance d'action. Un pas serait de ne pas oublier que le r&#234;ve a une affinit&#233; de nature avec l'obscurit&#233; et qu'il nous &#171; questionne depuis une nuit plus sauvage que l'on croit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anne Dufourmentelle imagine une &#171; voix somnambulique &#187;, qui serait tout &#224; la fois notre voix intime et la voix des disparus en nous, qui serait &#233;galement la voix du sursaut et de l'inattendu. Elle &#233;crit : &#171; la voix somnambulique nous guide hors de la chaleur des draps vers la nuit froide comme si l'on y &#233;tait soudain plus &#224; l'aise que nulle part ailleurs, c'est la voix d'une libert&#233; tellement plus ancienne que ce que l'on a cru &#234;tre soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;08.05. &#206;lot de nuit avec chant d'oiseau. Les boulevards ce soir se sont calm&#233;s. Un silence monte &#224; travers les arbres comme si les nuages b&#226;illonnaient la ville. Mais plus probablement parce que le week-end est fini. Je profite du cr&#233;puscule. Cherche sur mon t&#233;l&#233;phone le nom des oiseaux que j'entends. Des sifflements ponctu&#233;s dans lesquels je reconnais le son flut&#233; et d&#233;licat d'un, puis de deux hiboux Petit-duc, &lt;i&gt;Otus scops&lt;/i&gt; &#8212; un tout petit hibou de la taille d'un merle qui vient de remonter d'Afrique. Je passe en revue les chants des corvid&#233;s et ceux des rapaces nocturnes pour les faire co&#239;ncider avec un croassement fort et insistant que je n'arrive pas &#224; identifier. Tous d&#233;limitent et ferment un cercle de nuit dans lequel il me plait de dormir. J'ouvre la fen&#234;tre c&#244;t&#233; salle de bain, celle munie d'une moustiquaire, pour rester branch&#233;e sur cette m&#233;lodie nocturne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.05. Nuit de loups. Dans le Parc National des Calanques, les gardes- moniteurs fixent des pi&#232;ges photos qui servent autant &#224; surveiller qu'&#224; faire des inventaires faunistiques. Le garde avec lequel je m'entretiens me confirme que la faune est tr&#232;s active de nuit. La position des pi&#232;ges permet de rep&#233;rer beaucoup de mammif&#232;res. Des renards qui patrouillent seul ou en couple, des sangliers, des lapins, des li&#232;vres, des fouines, des chevreuils. Des genettes aussi. Et parfois des loups. Une meute est install&#233;e depuis trois ans dans le camp militaire de Carpiagne, en bordure du Parc. Il me pr&#233;cise qu'une meute, c'est un couple Alpha avec les jeunes de l'ann&#233;e ou les jeunes adultes de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente qui ne se sont pas encore dispers&#233;s. Certains peuvent rester plus longtemps, &#231;a d&#233;pend de leurs caract&#232;res et de la pression des adultes. Vous pr&#233;cisez que le loup est un animal tr&#232;s adaptable. La nuit, il emprunte les sentiers, les routes, il va au plus pratique. Il ne s'en &#233;carte que quand il chasse. Dans votre pr&#233;c&#233;dente affectation, dans le Parc du Mercantour, vous pratiquiez des hurlements provoqu&#233;s pour mieux conna&#238;tre les populations de loups pr&#233;sentes. On le fait avec la voix, &#231;a n'est pas tr&#232;s difficile. &#199;a les excite suffisamment pour qu'ils r&#233;pondent. Et &#231;a nous permet de savoir s'il y a des louveteaux. Vous faisiez &#233;galement des suivis aux jumelles thermiques pour observer les interactions de nuit entre les loups et les chiens Patou. Et bien il arrivait que des loups passent &#224; c&#244;t&#233; des chiens sans interaction du tout. Vous dites, tout est plus complexe qu'on croit, il faut rester tr&#232;s modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#233;voquez d'autres moments de nuit. Des moments dans la neige, seul, &#224; faire de la &#171; repasse &#187; pour attendre la r&#233;ponse d'une certaine chouette. Ce sont des moments tr&#232;s particuliers, o&#249; l'on ressent &#224; la fois de la crainte et de l'admiration. On entend des bruits qu'on ne reconnait pas, on a l'imagination qui marche &#224; toute vitesse. Pourtant dans ce m&#233;tier, on aime les moments de nuit, on est souvent en attente de ces moments parce que c'est compl&#232;tement autre chose. &#192; la fin de notre &#233;change, vous m'invitez &#224; faire l'exp&#233;rience de passer une nuit dehors dans un hamac. Au d&#233;but, vous ne dormirez pas beaucoup. Mais on s'habitue. Et vous allez voir, c'est un peu magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le songe de la raison&lt;/i&gt; - Tr&#232;s pr&#232;s de Rembrandt, devant le bureau, il y a le dormeur de Goya, celui de la gravure n&#176;43 de la s&#233;rie des &#171; Caprices &#187; : &lt;i&gt;El sue&#241;o de la raz&#243;n produce monstruos&lt;/i&gt;. Le songe de la raison produit des monstres &#8212; cette phrase &#233;nigmatique, la noirceur, la pr&#233;sence animale, tout m'attirait. Goya ouvrait la possibilit&#233; d'un passage entre deux espaces disjoints, el sue&#241;o y la raz&#243;n. Mais faut- il traduire sue&#241;o par sommeil ou par songe ? S'agit-il d'un an&#233;antissement de la raison ou d'une raison r&#234;vante ? C'est le r&#234;ve d'un artiste qui a pos&#233; la t&#234;te entre ses bras et dort sur sa table de travail. Des animaux nocturnes, chouettes, hiboux, chauve-souris, chats, ont envahi l'espace d'ombres, de battements d'ailes, de regards surtout. Quand des yeux se ferment d'autres s'ouvrent. Ce que Goya appelle monstres, ce sont des visions, des regards int&#233;rieurs, l'exploration des songes, les enfants de son imaginaire. Faut-il les craindre ou s'en r&#233;jouir ? Probablement les deux. Mais en nous faisant entrer dans le mode op&#233;ratoire du r&#234;ve, dans cette inversion des valeurs, du sombre et du clair, de la raison raisonnante et de l'&#234;tre sensitif, je crois que Goya donne surtout &#224; voir la lib&#233;ration d'un monde int&#233;rieur comme force agissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.05. Nuits dessin&#233;es. De jour, je trace les silhouettes des arbres du jardin. De nuit, je les noircis. Paysages obscurcis &#224; la pointe fine. C'est une ligne noire enroul&#233;e sur elle-m&#234;me, un geste r&#233;p&#233;t&#233;. Une forme d'&#233;criture illisible, dont le sens s'oblit&#232;re afin de r&#233;pondre &#224; la nuit. Que puis-je faire d'autre, moi, petite animale du dedans, qui ne sait r&#233;ellement rien des profondeurs nocturnes de ce sous-bois ? Que puis-je faire d'autre que mes fa&#231;onnages d'imaginaires, ma petite fabrique de noir ? Je convoque une obscurit&#233; et l'appelle &#171; temps pass&#233; &#187;. Temps pass&#233; &#224; rejouer la descente du jour, &#224; inventer une noirceur d'arbres, &#224; convoquer l'&#233;paisseur de ma nuit propre &#8212; tout ce que je ne sais pas voir, en entortillant des lignes dans le format du papier. Temps qui fait varier, en dessinant, la tonalit&#233; de mes pens&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que la noirceur de la nuit n'est pas due &#224; l'espace infini. Qu'un espace infini serait illumin&#233; par l'addition des milliards d'&#233;toiles. Que la garantie du noir repose plut&#244;t sur la finitude du temps, celui que met la lumi&#232;re d'une &#233;toile &#224; parvenir jusqu'&#224; nous. Temps qui impose ses limites et sculpte l'obscurit&#233; vertigineuse. Temps qui est un ab&#238;me pour l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-nous.com/main.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Recours &#224; la nuit&lt;/i&gt;, Virginie Gautier, &#201;ditions NOUS, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Janvier 2026</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/silence" rel="tag"&gt;Silence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-02-01_a_15.01_50-4b0c6.png?1770019209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/f__4HgDhW4w&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville dans un silence feutr&#233;. Le motif musical de Debussy, dans son pr&#233;lude &lt;i&gt;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; laisse derri&#232;re lui ces empreintes d&#233;licates, des grappes d'accords enveloppants. Chaque note devient m&#233;ditation, &#224; peine troubl&#233;e par une gamme par tons qui fait perdre l'orientation. R&#233; mi, mi fa. Les pas reviennent en &#233;cho, expressifs. Les accords glissent comme des blocs de glace, et soudain, dans les aigus, un carillon &#233;claire la fin. Un tendre regret, la trace laiss&#233;e par quelqu'un, un &#234;tre cher, que la neige et la musique retiennent encore un instant. Celui que l'on &#233;tait lorsqu'enfant nos pas s'enfon&#231;aient sur la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cents &#233;changes avec Anh Mat, pour nos &lt;i&gt;vases communicants&lt;/i&gt;, j'ai r&#233;alis&#233; que ce qui m'importait dans l'&#233;criture vid&#233;o, ce que certains appellent &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://ateliers.sens-public.org/qu-est-ce-que-la-litteratube/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la litt&#233;ratube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, ce n'&#233;tait pas le texte. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m'a dit plusieurs fois en commentaires de ce journal vid&#233;o qu'il aimerait pouvoir le lire dans son int&#233;gralit&#233;. Pour moi, l'int&#233;r&#234;t du texte tient uniquement dans le dialogue qui s'instaure avec les images, en d&#233;calage parfois avec ce que l'on voit ou au contraire en accord direct avec elles. Dans l'alternance des sons et de la musique. Je le con&#231;ois comme l'un des &#233;l&#233;ments, mais il n'est pas central, il joue son r&#244;le au m&#234;me titre que les autres. Filmer au quotidien me permet d'&#233;crire plus facilement, de creuser des sujets que je n'aborde pas dans le journal hebdomadaire de mes &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/contacts-successifs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dans lequel je d&#233;cris ma semaine par le biais de textes qui forment des blocs autonomes, d&#233;cal&#233;s, accompagn&#233;s par deux photographies, l'une prise la semaine pr&#233;c&#233;dant la publication sur mon site et la seconde, qui porte le m&#234;me nom de fichier que la premi&#232;re, et montre un autre lieu &#224; une date ant&#233;rieure, parfois plusieurs ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, j'ai souhait&#233; animer plus d'ateliers artistiques que d'ateliers num&#233;riques, m&#234;me si par ailleurs je continue d'en proposer tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon. En privil&#233;giant la cr&#233;ation manuelle, je voulais utiliser d'autres outils, apprendre de nouvelles techniques, changer de perspective, avoir une approche plus directe, plus physique, cr&#233;ant un rapport au temps diff&#233;rent, sp&#233;cifique au travail manuel. Pour mettre au point ces ateliers de cr&#233;ation, il a d'abord fallu que je r&#233;fl&#233;chisse &#224; leur mise en place pratique (le mat&#233;riel, les outils), avant de pouvoir enfin, convoquer les propositions d'&#233;criture qui s'y int&#233;greraient au mieux. Je vais ainsi animer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/104941/atelier-broderie-sur-photographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un atelier broderie sur photographie&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et un atelier leporello po&#233;tique en cyanotype. J'ai propos&#233; &#233;galement un atelier de lecture &#224; voix haute, un atelier d'&#233;criture po&#233;tique et cr&#233;ation d'un carnet reli&#233; avec la technique de reliure japonaise que je reproposerai en juin. Dans ces ateliers, c'est le temps d'ex&#233;cution qui change par rapport aux ateliers d'&#233;criture. Il faut que je l'int&#232;gre peu &#224; peu. Et c'est r&#233;jouissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#233;tonn&#233; de d&#233;couvrir, presque par hasard, au d&#233;tour d'un chemin, pour ne pas emprunter encore une fois l'itin&#233;raire que j'ai pris des dizaines de fois, dans un quartier que je connais tr&#232;s bien, que j'arpente r&#233;guli&#232;rement, en effectuant un pas de c&#244;t&#233; qui permet de me d&#233;porter &#224; l'&#233;cart de la route habituelle et d'atteindre un endroit inconnu de la ville, comme si celle-ci s'&#233;tait agrandie soudainement. Ici, c'est un chantier ouvert derri&#232;re l'&#233;glise Saint-Georges de la Villette, du c&#244;t&#233; de la rue Henri Murger, &#224; l'endroit de l'ancien centre communautaire et culturel du juda&#239;sme de l'Est parisien, avec sa synagogue et le b&#226;timent attenant, une &#233;cole de cr&#233;ation de bijoux, qui ont &#233;t&#233; enti&#232;rement ras&#233;s il y a deux ans. Le panneau &lt;i&gt;D&#233;viation&lt;/i&gt; dispos&#233; &#224; l'entr&#233;e du chantier rappelle l'importance des bifurcations, qui se transforme alors en mot d'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une image invers&#233;e de la ville / Au lieu de l'autre</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
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		<dc:subject>Regard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En reprenant le principe des vases-communicants qu'Anh Mat et moi avons d&#233;j&#224; emprunt&#233; pour la premi&#232;re fois, il y a plus de quatre ans (faire &#233;change de vid&#233;o, s'emparer des images et de la bande son de l'autre, entrer en dialogue avec lui), chacun diffuse aujourd'hui le texte qu'il a r&#233;alis&#233; sur la vid&#233;o de l'autre et vice versa. &lt;br class='autobr' /&gt;
Anh Mat est venu &#224; Paris l'&#233;t&#233; dernier avec sa fille Isabelle. Il a v&#233;cu quelques jours jours &#224; la maison. j'ai eu plaisir &#224; marcher dans mon quartier &#224; ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/vases-communicants/" rel="directory"&gt;Vases communicants&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/design_sans_titre_18_1_-db105.png?1769069880' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En reprenant le principe des &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/les-vases-communicants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vases-communicants&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; qu'Anh Mat et moi avons d&#233;j&#224; emprunt&#233; pour la premi&#232;re fois, il y a plus de quatre ans (faire &#233;change de vid&#233;o, s'emparer des images et de la bande son de l'autre, entrer en dialogue avec lui), chacun diffuse aujourd'hui le texte qu'il a r&#233;alis&#233; sur la vid&#233;o de l'autre et vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anh Mat est venu &#224; Paris l'&#233;t&#233; dernier avec sa fille Isabelle. Il a v&#233;cu quelques jours jours &#224; la maison. j'ai eu plaisir &#224; marcher dans mon quartier &#224; ses c&#244;t&#233;s, &#224; discuter avec lui. Nos vid&#233;os poursuivent ce dialogue &#224; distance. &#171; C'est une exp&#233;rience de l'ordre de l'intime, d&#233;crit Anh Mat, une r&#233;sonance o&#249; la voix de l'autre vient incarner une part de soi jusqu'au d&#233;voilement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une image invers&#233;e de la ville (avec Pierre M&#233;nard)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
montage : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesnuitsechouees.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anh Mat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; / texte : Pierre M&#233;nard&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/syl-QHDatac&#034; title=&#034;Une image invers&#233;e de la ville (avec @Pierre Menard )&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quand j'arrive dans une ville que je ne connais pas, je ne sens pas la fatigue du voyage, tout autour de moi accapare mon attention. Les paysages, les saisons, la forme des rues et leur circulation, et bien s&#251;r tous les gens que je croise sur le chemin, leur mani&#232;re de marcher, le mouvement de leurs corps, leurs habits, leurs interactions, et cette fa&#231;on de nous remarquer sans trop s'apesantir, de nous voir sans nous observer, qui nous permet &#224; notre tour de les regarder sans avoir l'impression d'&#234;tre trop intrusif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher dans une ville, c'est une mani&#232;re de l'inventer. Trouver son chemin, mais surtout retrouver sa place. &#202;tre soi-m&#234;me. Parfois cela prend du temps. Certains y passent leur vie enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bord d'un trottoir, allong&#233; dans un hamac entre deux arbres dans un parc qui para&#238;t &#224; l'abandon, ou assis &#224; m&#234;me le sol pav&#233;, peu importe, ce qui compte, &#224; d&#233;faut de s'y sentir bien, c'est de s'y sentir pr&#233;sent. Le plus souvent c'est seulement en marge de la ville qu'on y parvient, dans ses recoins secrets. Et pour les d&#233;nicher, il faut se mettre en marche, se lancer &#224; leur recherche. En mouvement. Dans les rares interstices que la ville nous offre encore. Ils sont de plus en plus rares ces lieux, difficiles &#224; trouver. C'est long, parfois fastidieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis jamais tout &#224; fait d'ici, jamais tout &#224; fait d'ailleurs, dis-tu souvent. C'est dans cette h&#233;sitation, cet entre-deux que se situe ce qu'on appelle cheminement. C'est une discussion qui avance sans savoir o&#249; elle va, qui ne cherche pas &#224; convaincre l'autre de son bienfond&#233;, de sa v&#233;rit&#233;. La v&#233;rit&#233; est ailleurs. C'est un &#233;change de points de vue, o&#249; chacun enrichit l'autre, et lui permet d'aller plus loin, de voir les choses autrement, de se sentir &#233;cout&#233; autant que compris, c'est un dialogue dans l'espace et dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville se construit contre nous. Contre la nature. L'espace nous manque. La ville nous accapare tout le temps. Nous y sommes de plus en plus nombreux, les immeubles s'&#233;l&#232;vent de plus en plus haut vers le ciel pour tenter de nous accueillir, au sol les zones qui ne servent &#224; rien sont de plus en plus isol&#233;es, &#233;limin&#233;es, recouvertes par les routes qui relient nos habitations. Circulez, il n'y a rien &#224; voir. Le mot d'ordre que la ville veut nous imposer. Il faut s'en d&#233;tourner, et regarder autour de soi pour parvenir enfin &#224; trouver un peu d'espace &#224; soi. Je crois que c'est ce que j'aime le plus ici. Avec toi. Dans ce que tu montres des gestes des habitants. Le mouvement du corps de celle qui balaie le sol pav&#233;, de celui qui nettoie d'un geste &#233;nergique les chaussures qu'on lui a confi&#233;es, de celle qui coiffe patiemment les cheveux d'une enfant, de celle qui tricote r&#234;veusement sur un banc, de celui qui envoie de mani&#232;re d&#233;tach&#233;e un message &#224; un ami sur son t&#233;l&#233;phone, de celui qui, malgr&#233; la fatigue, conduit son scooter, de celui qui change la roue de sa voiture sur le bas-c&#244;t&#233; de la route. Je voudrais tant r&#233;ussir &#224; regarder les gens &#224; Paris comme tu les observes dans les rues de Sa&#239;gon, dans les parcs, les halls d'immeubles et les caf&#233;s de la ville, &#224; les filmer de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; l'ext&#233;rieur comme &#224; l'int&#233;rieur, sans distance, mais sans insistance, dans leur quotidien, dans leur intimit&#233;. Cette ouverture que la ville nous offre parfois. Sur le qui-vive mais sans pr&#233;cipitation. Malgr&#233; l'agitation, le bruit, la pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les endroits en ville, o&#249; des espaces demeurent encore libres, inconstruits, &#224; l'abandon ou oubli&#233;s, qu'il s'agisse de friches industrielles ou de terrains vagues, sont si rares, qu'ils me font battre le c&#339;ur un peu plus vite &#224; chaque fois, comme un silence apr&#232;s le bruit, le calme apr&#232;s le tumulte. C'est un peu la mani&#232;re avec laquelle les herbes folles envahissent le bitume contre toute attente, l'impr&#233;visible qui s'immisce l&#224; o&#249; personne ne l'attend, o&#249; il est encore possible d'esp&#233;rer que la ville change pour nous accueillir enfin. C'est un &#238;lot, un espace &#224; part, en retrait, o&#249; s'isoler, rester invisible, au calme. Seul ou accompagn&#233;. Le lieu d'un d&#233;tournement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; cet homme entrevu un peu plus t&#244;t, sommeillant confortablement au creux de son hamac, &#224; l'ombre entre deux arbres au milieu d'un parc que personne ne traverse. Je pense &#224; cet homme qui dort sur son transat au milieu du trottoir. Et cet homme qui parle dans son sommeil sur le banc en terrazzo en bas de chez toi. Que dit-il ? S'en souvient-il lorsqu'il se r&#233;veille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me fascine, dans les visages de ces hommes et de ces femmes, c'est qu'ils nous invitent &#224; poser un regard de biais sur les choses qui les entourent, une mani&#232;re de r&#234;ver leur quotidien &#224; voix haute, d'arr&#234;ter le temps dans la pr&#233;cipitation et leurs gestes, leurs moyens de locomotion, de s'en &#233;loigner tout en s'y r&#233;v&#233;lant. Leur pr&#233;sence nous fait r&#233;fl&#233;chir &#224; notre propre place dans la ville, le temps que nous y restons, nous permettant de mieux comprendre notre lien &#224; la ville, de l'appr&#233;hender autrement et de l'investir enfin &#224; notre rythme. Ces lieux qui se refusent &#224; nous depuis longtemps auxquels il faut revenir, pour nous les approprier, qu'il faut retenir l'espace d'un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais que tu m'apprennes &#224; filmer les gens dans la rue comme tu le fais si naturellement. Cependant, tous ne me sont pas inconnus. Parmi cette foule de visages, je reconnais celui d'Isabelle dans les traits de sa m&#232;re. J'essaie de deviner ce qu'elle dit &#224; la marchande de l&#233;gumes qui la fait tant sourire. Je regarde avec tendresse les gestes de ta fille s'amusant le soir dans le jardin d'enfants au pied de votre immeuble, avec ses amis, ses voisins. Ce geste qu'elle a pour relever machinalement une m&#232;che de cheveux qui tombe sur son front, tout en continuant ce qu'elle est en train de faire, en jouant avec l'air s&#233;rieux qu'on a toujours quand on s'amuse vraiment. La voix d'Isabelle dans sa langue natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville se transforme chaque jour devant nous. Nous restons abasourdis par ces brusques changements qui bouleversent nos itin&#233;raires, nos perspectives, nos rendez-vous secrets, nos moindres habitudes, nos axes de circulation et ces zones de calme et de repos que nous affectionnons tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit, les flaques sur le trottoir refl&#232;tent les centaines de fen&#234;tres des immeubles qui illuminent l'obscurit&#233; de leurs impacts lumineux qui sont autant d'&#233;toiles dont la lumi&#232;re nous parvient pour nous dire qu'elles sont parvenues jusqu'&#224; nous et que leur trace lumineuse en t&#233;moigne m&#234;me si depuis elles ont disparu. J'ai la m&#234;me impression en traversant la ville &#224; tes c&#244;t&#233;s. Je m'y projette avec toi au point de m'y retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inondations modifient sensiblement les contours de la ville. Les distances entre les immeubles, les monuments. La topographie urbaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
En voiture, ce qu'on aper&#231;oit derri&#232;re les vitres embu&#233;es, parsem&#233;es de gouttes de pluie, devient flou, le paysage se m&#233;tamorphose en tableau. L'eau envahit tous les espaces encore accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'apprends que la ville s'affaisse, que malgr&#233; les efforts des pouvoirs publics pour prot&#233;ger les millions d'habitants le long du fleuve Sa&#239;gon, ceux-ci sont bloqu&#233;s par des proc&#233;dures financi&#232;res et des paiements en suspens, ce qui explique l'inondation croissante &#224; Sa&#239;gon qui ne rel&#232;ve pas d'un &#233;pisode ponctuel mais d'une conjonction d'une mont&#233;e des eaux caus&#233;e par la mer et les fleuves et d'un affaissement urbain pr&#233;occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville d&#233;file derri&#232;re la vitre de la voiture, mais j'ai l'impression de me retrouver &#224; bord d'un bateau remontant le fleuve dans une ville b&#226;tie sur l'eau. Les images de l'homme d&#233;rivant pour p&#234;cher sur le fleuve dans sa barque me reviennent en m&#233;moire. J'ai d&#233;j&#224; vu son allure proph&#233;tique dans un autre film, il glissait lentement &#224; la surface opaque et boueuse de l'eau. Il finit par rejoindre doucement les immeubles qui se refl&#232;tent &#224; la surface de l'eau. Dans une image invers&#233;e de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au lieu de l'autre (avec Anh Mat)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
montage : Pierre M&#233;nard / texte : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://lesnuitsechouees.blogspot.com/2026/01/661.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ahn Mat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/wPu6r9TIbUE&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bruits, d'Anne Savelli</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
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&lt;p&gt;Bruits d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_27_1_-9642d.png?1768550484' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH163/9782330215484-177c1.jpg?1768550455' width='120' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt; d'Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une &#233;preuve permanente. Le r&#233;cit suit une tr&#232;s jeune enfant qui s'enfuit de chez elle apr&#232;s une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique travers&#233;e de la ville, &#224; la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l'autonomie. Autour d'elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se d&#233;veloppe, au fil des minutes, en une exploration polyphonique de l'environnement sonore urbain et de son impact psychologique sur les personnages qui, pour s'en sortir, doivent faire preuve d'imagination, inventer des r&#233;cits. L'&#233;criture fragment&#233;e de ce roman propose une cartographie &#233;clat&#233;e d'un monde surcharg&#233; d'informations et de stimuli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Photographie de Matteo Mervoyer&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5sT8T56aikKfxbODx65PVf?si=Ezr54qR8TcKzWHRZ_xQEqQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
[08:38] [h&#244;pital] [cham&#173;bre] [bo&#238;te cr&#226;nienne de la patiente] Il y a trop de monde dans cette t&#234;te, trop de voix et de personnages, &#231;a s'entrem&#234;le, je m'&#233;puise. La fatigue part du ventre, elle est immense alors, elle fait bloc et remonte, elle irrigue la poitrine. Je la sens se fixer partout. Trop de monde, dans ce corps. F suffirait pour raconter la ville. Pourquoi faut-il aussi ces flics, ces d&#233;tenus, ces &#233;tudiants qui n'ont pas de rapport entre eux ? Il y a, dans le d&#233;sordre, celui qui apprend la m&#233;decine, vivant dans la r&#233;serve de la biblioth&#232;que. Kelly, l'employ&#233;e du supermarch&#233; qui aligne les p&#226;tes, l'homme dont elle a peur et que je n'entends pas. Il y a cette doctorante en lettres, qui d&#233;boule &#224; peine, prend d&#233;j&#224; de la place. Son directeur de recherches et l'&#233;crivaine interview&#233;e. Il y a Bernex, le flic errant apr&#232;s une nuit de garde. Le chat de la cit&#233;. Les corneilles qui nidifient. Le gar&#231;on aux cheveux rouges et au dr&#244;le de pseudo, Orion. Il y a l'argot de son p&#232;re. L'inspecteur &#233;nerv&#233;, &#224; la tasse de caf&#233;. Il y a le gard&#233; &#224; vue du 3B, difficile &#224; d&#233;crire, ang&#233;lique, muet ou gueulard. Les parents inconnus de F. Il y a l'appart squatt&#233; et le voisin qui jacte, et le gardien d'immeuble. Il y a l'homme qui filme, suit la horde au complet. La star entraper&#231;ue, son fan veilleur de nuit, son chauffeur, son manager. Il y a le VRP en pi&#232;ges pour oiseaux en route vers l'a&#233;roport, croisant peut-&#234;tre, sans la voir, la Rolls. Il y a le personnel des &#233;coles. Les chattes Doris et Dodue. Il y a le r&#233;fugi&#233; des quais, tremp&#233; par la pluie, et celui qui dort sous sa tente. Il y a des &#233;boueurs et des femmes de m&#233;nage, des mariniers et des dealers, des sportifs, des conducteurs de scoots, de bus, de berlines. Ici m&#234;me : des m&#233;decins, des patients, des infirmi&#232;res. Il y a mille personnes que je ne connais pas. Et ce petit bruit de fuite pr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:39] Grincement de la porte de la chambre. Pas qui se succ&#232;dent, au galop, puis &#224; l'arr&#234;t devant le lit. Brouhaha du couloir. Fermez la porte deux secondes, on ne s'entend plus. Bon. Inerte depuis&#8230; ? Six heures, dit quelqu'un. On ne sait rien d'elle, ni son nom, ni rien d'autre ? (&lt;i&gt;nnnnn&lt;/i&gt;, murmure des &#233;tudiants de m&#233;decine) On peut deviner son &#226;ge, remarquez, il suffit de la foutre &#224; poil (rire gras du professeur non repris par les &#233;tudiants). Bon. Vous notez ? Arriv&#233;e propre, avec des traces de coups plus ou moins r&#233;centes. On remarque des ecchymoses sur les bras et les jambes et, surtout, un h&#233;matome sous-dural (il d&#233;signe la radio d'un scanner c&#233;r&#233;bral). Est-ce qu'elle est tomb&#233;e et s'est cogn&#233; la t&#234;te ? Est-ce qu'elle a &#233;t&#233; frapp&#233;e ? Dans une s&#233;rie t&#233;l&#233;, un confr&#232;re l&#233;giste le dirait dans la seconde. Mais nous ne sommes pas dans&#8230; Ne notez pas, voyons. On reprend. &#192; votre avis, en dehors de l'aspect m&#233;dical, qu'est-ce qu'on peut dire d'elle ? Je vous &#233;coute. Pas de rides marqu&#233;es, pas de boursoufflures du visage. Par contre, plusieurs cicatrices, ici, l&#224; et l&#224;. Notez-les. Quoi d'autre ? Ongles courts, dents soign&#233;es, oui, et encore ? (marmonnement indistinct) Disons qu'elle n'est pas &#224; la rue, ou alors qu'elle se prot&#232;ge : pas ou peu d'alcool, douches r&#233;guli&#232;res, manche destin&#233;e &#224; la nourriture et au lavomatic (remarque d'une cons&#339;ur dans le fond de la pi&#232;ce, dont la voix est jeune). Comment je le sais ? Je ne sais pas, ma petite, j'extrapole. Je fais de la fiction. Temp&#233;rature ? 32, 34 ? Allez, on surveille, on suit le protocole, au suivant, vous avez vu l'heure ? Grincement de la porte, bruits de pas qui s'&#233;loignent. Voix de la cons&#339;ur, rest&#233;e l&#224;. Elle se pr&#233;sente, mais on n'entend pas grand-chose de plus que : www. Appelons-la Docteur W.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:40] [square] [faux-acacia] [fourche] Le couple de corneilles n'en est qu'au d&#233;but de la construction, &#224; l'assise, &#224; la premi&#232;re des quatre couches qui formeront le nid. En face, au commissariat, le calme est revenu apr&#232;s un moment de panique. Au d&#233;part, la poubelle semblait tentante, source de revenus toute trouv&#233;e, mais faut-il vraiment s'installer ici, dans cet arbre ? Entre le square et l'entr&#233;e du commissariat, malgr&#233; les insectes et les chiens, le trottoir reste l'apanage de &lt;i&gt;sapiens&lt;/i&gt;, le pollueur. En voil&#224; un qui sort, tiens, bonnet enfonc&#233; sur cheveux rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:41] [trottoir] Une minute d'inspection des lieux, d'introspection chancelante selon le point de vue, c'est long, c'est court, c'est comment ? &#199;a rapproche du sol celui qui voudrait s'&#233;loigner, rester droit, retrouver sa dignit&#233; apr&#232;s avoir, au fil des heures, donn&#233; des noms. Une minute de vertige, de naus&#233;e, d'oubli de ce qui vient de passer, de d&#233;ni de la trahison, &#231;a se ramasse, pour finir, en une acc&#233;l&#233;ration des pas, en un all&#232;gement, une d&#233;charge de toute pesanteur. Comme si le gar&#231;on sentait, sous ses pieds, un tapis roulant. On te l'avait bien dit, que tu ne valais rien. Oui, voil&#224;. C'est la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Biiiiiiiiiiii &lt;/i&gt; [08:43]&lt;i&gt; iiiiiip &lt;/i&gt; [gare] [salle des pas perdus] [borne] qui bipe, train qui grince, une voix au micro pr&#233;vient d'un &lt;i&gt;Attention&lt;/i&gt; &#224; [foule des voyageurs] &lt;i&gt;la fermeture&lt;/i&gt; des corps &lt;i&gt;des portes&lt;/i&gt; travers&#233;s par le biiiip avancent, &lt;i&gt;retard d'environ dix minutes&lt;/i&gt;, badgent, se pressent, entrent et sortent des wagons [borne] d&#233;j&#224; [08:44] dix minutes de perdues c'est l'enfer cette gare [couloir] ah [&#233;couteurs] basse bo&#238;te &#224; rythmes [foule] merci pour le coup de [couloir] [bifurcation] vous pourriez dire &lt;i&gt;biiip &lt;/i&gt; quoi merde &#224; la fin [08:45] et puis &#224; quoi &#231;a sert [salle des pas perdus] [boulangerie] [file d'attente] d'arriver pile &#224; l'heure pour &#234;tre dans cet &#233;tat [sortie] [esplanade] [bar] oui je vais prendre un caf&#233; je crois bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:46] [rue] [boulangerie] F comme farine, fermentation, fourn&#233;e : des boulangeries, il y en a des centaines dans cette ville, voil&#224; ce que tu es en train de d&#233;couvrir. Certaines ont des rideaux de fer, d'autres, des grilles &#224; losanges. Certaines font tinter une cloche &#224; l'entr&#233;e. Certaines sentent le pain alors qu'il est dans le four. Certaines ont une porte qui coulisse, d'autres deux, d'autres non, fa&#231;on d'attirer le client sans qu'il n'ait, la main sur la poign&#233;e, le temps de changer d'avis. Certaines ont des vitrines de grand magasin, leurs moelleux, g&#226;teaux secs, plats ou triangulaires align&#233;s par couleurs &#8211; celles-l&#224;, tu ne les connais pas. Au fond d'une d'entre elles, situ&#233;e pr&#232;s de la gare, une dame en blouse qui te para&#238;t tr&#232;s grande attend la monnaie. Mais, &#224; [08:47], quelle monnaie ? Quel argent dans ton sac &#224; dos ? Rien, il n'y a ni pi&#232;ces ni billets, rien &#224; troquer qui int&#233;resse les boulang&#232;res, juste un bonbon trouv&#233; dans une poche. Tu te demandes ce qu'il faut en faire. Le manger maintenant le plus lentement possible ? Tu ne peux pas entrer dans la boutique, avec sa patronne qui guette. Qu'est-ce que tu r&#233;pondras, quand elle cherchera &#224; savoir ce que tu veux ? Quel r&#244;le jouer ? Celui de la petite fille perdue ? Tu ne sais pas si tu es perdue. Personne n'a pris le temps, jusqu'ici, de t'expliquer la marche &#224; suivre. Tu ne pleures pas. Tu ne demandes pas, en reniflant, o&#249; sont tes parents, o&#249; se trouve ta maison. Tu ne dis pas le mot maison. Tu ne donnes aucun nom, tu n'ouvres pas la bouche. Sous tes doigts, le bonbon roule dans son emballage, entre le pouce et l'index. Il brille dans ta paume devant la grande aiguille de l'horloge derri&#232;re la vitre, au fond de la boulangerie. L'aiguille fl&#232;che le 9, il n'est pas loin de [08:50] maintenant, ici comme partout en ville, &#224; la [gare], par exemple, situ&#233;e &#224; deux minutes. Ici, la boulang&#232;re l&#232;ve la t&#234;te. L&#224;-bas, deux ados fur&#232;tent, guettent quelque chose, un bagage perdu, un sac d&#233;zipp&#233; peut-&#234;tre, tout en se faisant remarquer. Ils trimbalent une enceinte qui diffuse, tonitruant, un son aussit&#244;t brouill&#233; par la masse des voyageurs &#8211; leurs corps qui se d&#233;placent, leurs voix qui s'interpellent ou parlent au t&#233;l&#233;phone ; un son noy&#233;, amplifi&#233; par le micro des annonces, la friction des roulettes de valise en valise, les rebonds sur le plafond de verre. Les ados sont aussi voyants qu'ils ont des yeux partout. Est-ce que tu les entends, &#224; deux minutes &#224; peine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[centre commercial] Bernex, surveill&#233; par le vigile qui lui a, cependant, ouvert la porte, parcourt les lieux sans savoir ce qu'il cherche. Qu'est-ce qu'il fout l&#224; encore, dans cet espace ferm&#233;, au lieu de rentrer chez lui ? Tra&#238;ner sans &#234;tre en service, c'est jeter un &#339;il aux flyers laiss&#233;s devant la m&#233;diath&#232;que ferm&#233;e, situ&#233;e &#8211; strat&#233;giquement ? &#8211; devant une enseigne de fast-food. Se dire que le centre com&#173;mercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quel&#173; qu'un, suppose-t&#8209;il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'au&#173;&#173; jour&#173; d'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'au&#173;&#173; tre ; jambes de fem&#173;mes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bou&#173; ches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser personne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour com&#173;mercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'au&#173;&#173;trement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; travers la grille, un caf&#233; &#224; la main, quelques formes color&#233;es, une &#233;charpe, une bague. Se demander, l'espace d'un instant, si ce qu'on voit, on le trouve beau. S'il faut, d'avance, savoir tout &#233;valuer. Tra&#238;ner, pour Bernex qui ne regarde plus l'heure &#8211; cheville ouvri&#232;re de l'errance, son t&#233;l&#233;phone &#233;teint &#8211; c'est lentement comprendre qu'il n'est plus [08:16], plut&#244;t [08:50]. Le gardien lui fait signe. Le centre va ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:51] [gare] Ces gars qui d&#233;rangent, avec leur enceinte pouss&#233;e &#224; fond dans la salle des pas perdus, leurs yeux, c'est sur toi qu'ils les posent, F, pendant qu'ils appuient sur stop. Ici, les boulangeries semblent coll&#233;es aux murs, quasi plates. En passant, on fr&#244;le les &#233;tals. Ni une ni deux, le pain au chocolat juste sorti du four, petit pain sur la plaque que la vendeuse, d&#233;j&#224;, doit vite d&#233;barrasser, petit pain pr&#232;s du bord, si pr&#232;s qu'il pourrait en tomber, doit tomber, va tomber, devenant ainsi invendable, viennoiserie que la vendeuse ignore, dont elle ne s'occupe pas car il lui faut trancher, tendre, vendre, rendre la monnaie &#224; une cliente qui conteste, r&#233;clame, ce petit pain passe de la paume de l'un &#224; la paume de l'autre et bient&#244;t dans la tienne, qui n'a rien demand&#233;. Les deux gars disparaissent, rieurs. Tu n'as le temps de rien dire et la vendeuse non plus, qui de toute fa&#231;on n'a rien vu, accapar&#233;e par la cliente, puis par la file qui se forme, proteste, conteste, alors, &#231;a vient ? Tu te d&#233;cales, cherches l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:52] Oh, F, est-ce une initiative ? Est-ce que tu as su observer, voir les gar&#231;ons, te placer dans le bon que le centre commercial, avec ses animations, aimerait se faire passer pour une ville. C'est tester, sans en avoir conscience, cette proposition. C'est traverser le hall pour se rendre aux toilettes, revenir, remarquer &#224; l'&#233;tage la lumi&#232;re allum&#233;e &#8211; quelqu'un, suppose-t-il, est en train de classer des livres, les range, organise une rencontre, glisse des antivols. C'est s'arr&#234;ter, regarder en vitrine le choix de l'&#233;quipe, les th&#233;matiques, Cin&#233;ma d'aujourd'hui ou L'&#233;conomie en question(s) ou Coups de c&#339;ur, Prix des lecteurs, La cryptographie pour quoi faire. C'est voir dans une all&#233;e les rideaux de fer se lever, mais d'un quart seulement. D&#233;couvrir au passage des jambes coup&#233;es au genou, &#224; talons, en collants noirs ou chair ; des jambes agit&#233;es, dont on peine &#224; imaginer les visages ; jambes uniformes, ambassadrices de la franchise, semblant dans l'avanc&#233;e traverser les cloisons pour passer d'une &#233;choppe &#224; l'autre ; jambes de femmes au travail qui bient&#244;t r&#233;v&#233;leront mains et bouches, brushing, chignons, colonnes vert&#233;brales dress&#233;es. Tout le corps, alors, parlera jusqu'au soir carnation, teint, fragrance dans un cadre pens&#233; pour donner &#224; la client&#232;le l'impression d'un luxe bon march&#233;, neutre, peu intimidant, dans un espace riv&#233; &#224; l'all&#233;e principale, aux va-et-vient, aux annonces et jingles, o&#249; il est interdit de s'asseoir. Poursuivre son errance sans croiser per- sonne c'est tomber, &#224; l'&#233;tage, sur une boutique &#233;ph&#233;- m&#232;re dite de cr&#233;ateurs. Un panneau &#224; l'entr&#233;e indique : une trentaine d'artistes et d'artisans se relaie pour commercialiser les sacs, bijoux, cartes postales, illustrations, affiches que vous trouverez ici. C'est le lire, ce qu'autrement, on ne ferait jamais. C'est distinguer &#224; axe, attraper le cadeau ? Un auvent te cache de la foule qui s'allonge, veut son pain et son train dans ce quartier de gares. Je ne te vois pas, bien s&#251;r, mais je r&#233;ussis &#224; t'entendre. J'entends ton c&#339;ur, ton souffle. Je me demande dans quelle mesure la ville elle-m&#234;me pourvoit &#224; tes besoins, te nourrit, te surveille. Intarissable, voil&#224; comment peut-&#234;tre elle se pr&#233;sentera, maintenant que tu traces ta ligne. C'est du moins ce que j'esp&#232;re. Je voudrais &#234;tre celle qui pourrait te bercer, te dire que les bottes de sept lieues existent. Je voudrais t'assurer que tu vas t'en sortir, que tout le monde t'aidera, &#224; commencer par moi. Mais je suis bloqu&#233;e dans cette chambre, immobile dans ce lit, inerte, selon le mot des m&#233;decins. Je suis en train de penser, tandis que la trotteuse fait basculer l'aiguille vers la minute suivante, que je n'arriverai pas &#224; t'envoyer ma force. Que je te laisserai l&#224;, face &#224; tous les dangers. Fille toujours plus petite. Isol&#233;e la plus isol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[08:53] Punaise, foutaises, fournaise, putain, je t'en foutrais, de ces conneries, braille alors quelqu'un dans la gare. F &lt;i&gt;comme fournaise&lt;/i&gt;, tu ne sais pas ce que &#231;a veut dire mais tu sens qu'on n'est pas loin de &lt;i&gt;braise&lt;/i&gt;, et de braise &#224; incendie, il n'y a plus qu'un pas. On l'a retrouv&#233;e dans les braises, il n'en restait plus rien, tu l'entends, cette phrase ? Pas le temps d'y penser, tu files. Tu traverses la gare et tu reprends ta course, sans rien &#233;couter d'autre, sans r&#233;aliser que te voil&#224; maintenant dans le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[d&#233;dale]. Devant toi, des murs pouilleux, des tessons de bouteilles, des porches pissoti&#232;res et des voiles sur les vitres, X scotch&#233;s ou peints pour barrer les entr&#233;es, pr&#233;venir des effondrements. En quelques secondes tout devient opaque. &#199;a ne fait pas de bruit, cette mis&#232;re de la matin&#233;e, mais tu continues de courir pour &#233;chapper &#224; ce qui, dans le d&#233;cor, va t'attaquer crois-tu. Peur qu'un homme sorte de l'ombre et t'attrape par le bras. Peur de tomber, de t'&#233;corcher, de t'&#233;vanouir, de ne plus r&#233;ussir &#224; te remettre debout. Peur que tout se renverse, que le sol se d&#233;robe. Fuir ce qui pue en changeant de trottoir, en tournant aux intersections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/bruits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bruits&lt;/i&gt;, Anne Savelli, Inculte, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Ao&#251;t 2025</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les r&#233;cits de notre projet Autour, des femmes et des hommes se tiennent &#224; la lisi&#232;re d'un continent, d'une m&#233;moire, d'un choix qui les engage pour toujours. Ils sont &#224; Beyrouth, H&#233;raklion, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-08-31_a_17.40_53_1_-5b5d9.png?1756710012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/ypfM6RPPaYI&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cits de notre projet &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Autour&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, des femmes et des hommes se tiennent &#224; la lisi&#232;re d'un continent, d'une m&#233;moire, d'un choix qui les engage pour toujours. Ils sont &#224; Beyrouth, H&#233;raklion, Syracuse, Palma de Majorque, Alger, Bastia&#8230; Autant de villes baign&#233;es par la M&#233;diterran&#233;e, o&#249; la lumi&#232;re vacille entre &#233;clat et cr&#233;puscule. Chacun, &#224; sa mani&#232;re, regarde l'horizon, ce qu'il porte de promesses, de fant&#244;mes, d'imaginaires. Ce sont des instants suspendus, o&#249; le temps semble se dilater. Un trouble soudain qui bouleverse un s&#233;jour, une main tendue qui sauve de la noyade, un regard &#233;chang&#233; au bord d'une falaise, une nuit sur une plage &#233;trang&#232;re, une rencontre qui fissure l'ordre des certitudes. Au loin, un navire humanitaire, charg&#233; de vies d&#233;racin&#233;es, d&#233;rive depuis des semaines, repouss&#233; de port en port. Sa pr&#233;sence invisible hante ces histoires comme une ombre insistante. Ces portraits esquissent une g&#233;ographie intime et politique du littoral, o&#249; se m&#234;lent errance et d&#233;sir, m&#233;moire et exil, avec en filigrane cette question : que voyons-nous lorsque nous regardons la mer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Ciotat o&#249; se trouve le plus ancien cin&#233;ma du monde, L'&#201;den-Th&#233;&#226;tre, o&#249; l'un des premiers films de l'histoire du cin&#233;ma a &#233;t&#233; tourn&#233; par les fr&#232;res Lumi&#232;re, &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, comment s'&#233;tonner qu'il existe une voie douce construite le long d'une ancienne voie ferr&#233;e, qui permet de traverser la ville, en parcourant ses diff&#233;rents quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les calanques ici trichent un peu. La ville est si proche qu'une anse d'eau turquoise et des galets glissants suffisent &#224; faire plage. Dans le contrejour pourtant c'est l'aventure. Un homme revient du large en marchant dans la mer. Assise dans le doux clapotis de l'eau, cette femme, est seule au monde. Nous la regardons &#224; distance, dans le scintillement enjou&#233; des reflets du soleil sur l'eau. Une colline en vagues douces, aux courbes retomb&#233;es. Rondeur de la pente min&#233;rale. Une ligne &#224; sa surface forme un V. Un ourlet sur la peau, la trace d'une vieille cicatrice. Il faut regarder de pr&#232;s pour comprendre. Un muret de sout&#232;nement emp&#234;che la roche de s'effriter et de tomber sous son poids. Fragilit&#233; de la pierre, frivolit&#233; du regard. Entre les crevasses, ses bourrelets, ses vergetures, du mal &#224; imaginer le lit d'un fleuve si ancien que la mer para&#238;t r&#233;duite &#224; flaque d'eau. Le soleil accroche des froissements d'ombre dans les boisements. Sous les frondaisons d'une for&#234;t au vert presque stationnaire, une vieille bastide abandonn&#233;e nous renvoie &#224; nos propres incertitudes. Le paysage vibre. La grotte s'ouvre et l'&#233;cho de la voix caverneuse plonge sous l'eau, et nous enveloppe en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &#224; deux, c'est avancer chacun de son c&#244;t&#233; &#224; partir d'une trame commune. C'est lire r&#233;guli&#232;rement ce que l'autre &#233;crit pour s'en impr&#233;gner et parfois s'en &#233;loigner. Cr&#233;er un l&#233;ger d&#233;calage dans le ton ou la forme du r&#233;cit, pour &#233;viter l'uniformisation du texte. Ces pas de c&#244;t&#233; cr&#233;ent les ruptures dans la continuit&#233; d'un r&#233;cit polyphonique qui s'&#233;crit par fragments, en diff&#233;rents lieux du pourtour m&#233;diterran&#233;en. Ce qu'il y a entre les r&#233;cits, les silences et les manques, font partie int&#233;grante de l'histoire qu'on veut raconter. &#201;crire &#224; deux, c'est dialoguer sans arr&#234;t, ne rien imposer &#224; l'autre, chercher la compl&#233;mentarit&#233;. Les d&#233;cisions se prennent toujours ensemble. Les id&#233;es jaillissent dans un m&#234;me mouvement. Et lorsqu'une piste est propos&#233;e elle n'est accept&#233;e par l'autre que parce qu'elle vient confirmer une intuition commune. Les histoires se compl&#232;tent, se font &#233;cho, se relancent. L'&#233;criture est une activit&#233; solitaire qui peut se partager. Cela demande beaucoup d'attention et d'&#233;coute, de travail et de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je foule le sentier &#233;troit, le sable m&#234;l&#233; d'&#233;pines. La pin&#232;de ondule doucement dans le vent. Les ruines des blockhaus se d&#233;coupent dans la lumi&#232;re crue, rectangles de b&#233;ton rong&#233; sur fond de ciel bleu. Et soudain, tout bascule. Je me revois, &#224; dix ans, plong&#233; dans la lecture du &lt;i&gt;Club des cinq et le tr&#233;sor de l'&#238;le&lt;/i&gt;. Je lisais le soir, dans ma chambre, la fen&#234;tre ouverte sur les bruits du dehors, mais d&#233;j&#224; ailleurs, embarqu&#233; avec Claude, Fran&#231;ois et les autres. J'entendais grincer les amarres, claquer la voile, et l'&#238;le s'ouvrait devant moi comme une promesse. Cette &#238;le-l&#224;, aujourd'hui, c'est celle que j'ai sous les yeux : des pins d'Alep, des sentiers ombrag&#233;s, et sous le sol des passages secrets. Si j'&#233;tais seul ici, je me dis que je pourrais m'y cacher des jours entiers, explorer les galeries souterraines, retrouver un vieux tr&#233;sor, une malle de pi&#232;ces d'or oubli&#233;e depuis des si&#232;cles. L'id&#233;e me fait sourire. Je ferme les yeux. Tout est l&#224;, intact : le go&#251;t de l'aventure, le frisson de l'inconnu, la joie de croire qu'un lieu peut contenir mille histoires. L'&#238;le Verte est le pays secret dont je r&#234;vais dans mon enfance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un dialogue permanent</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;De la fuite dans les id&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
Partout en France il y a des festivals, notamment pendant l'&#233;t&#233;. Quand on habite Paris, on se dit qu'il faudrait &#234;tre en vacances dans la r&#233;gion pour y assister. Notre arriv&#233;e &#224; La Ciotat correspond aux dates du Festival Tournez la plage, festival des &#233;critures contemporaines qui a lieu du 1&#7497;&#691; au 3 ao&#251;t. Depuis 8 ans, avec ce festival, la po&#233;sie investit la rue, les places et les quais. Elle bouscule et transporte le public. Nous assistons en famille aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_33_1_-2b253.png?1754807406' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la fuite dans les id&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout en France il y a des festivals, notamment pendant l'&#233;t&#233;. Quand on habite Paris, on se dit qu'il faudrait &#234;tre en vacances dans la r&#233;gion pour y assister. Notre arriv&#233;e &#224; La Ciotat correspond aux dates du Festival &lt;i&gt;Tournez la plage&lt;/i&gt;, festival des &#233;critures contemporaines qui a lieu du 1&#7497;&#691; au 3 ao&#251;t. Depuis 8 ans, avec ce festival, la po&#233;sie investit la rue, les places et les quais. Elle bouscule et transporte le public. Nous assistons en famille aux performances de Peter Hart, A. C. Hello et Charles Pennequin. &#192; l'ombre de la place Evariste Gras, &#224; proximit&#233; de l'architecture m&#233;tallique de l'ancien march&#233; couvert, une soixantaine de spectateurs. Les trois auteurs se succ&#232;dent derri&#232;re le micro. L'improvisation de Peter Hart se d&#233;plie comme un mantra d&#233;sacralis&#233; fait de r&#233;p&#233;titions et de boucles successives. La lecture lyrique d'AC Hello sur les ravages de la guerre est hypnotique et &#233;mouvante. Charles Pennequin propose des r&#233;flexions sur la place de l'auteur et de l'&#233;criture tout en gesticulant son texte &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/JZs3HNVrMP0?si=-UewlOobCXcDN4WS&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les cloportes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et plusieurs extraits de son livre &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/petite-bande-de-charles-pennequin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petite bande&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, en faisant des bruitages, en jouant avec la saturation du micro et en amplifiant sa voix avec son m&#233;gaphone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54693527592_93cb96c112_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54693527592_93cb96c112_k-64923.jpg?1754807406' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Villa Deroze, La Ciotat, 1er ao&#251;t 2025&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'air des sons &#224; l'oreille sur la peau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chant des cigales le jour, d&#232;s qu'il fait 25&#176; &#231;a commence et &#231;a ne s'arr&#234;te qu'au soir o&#249; le grillon prend son relais, &#224; la fois plus aigu et m&#233;lodieux. Le cri du coucou qui ponctue la journ&#233;e comme le roucoulement des tourterelles qui revient quand on a oubli&#233; leur pr&#233;sence. Le chant du coq le matin et le soir. La pie qui jacasse. &#192; la tomb&#233;e du jour notamment, o&#249; elle fait le tour des grands pins de la propri&#233;t&#233;, en se postant au fa&#238;te des arbres. Le bourdonnement des mouches assez peu pr&#233;sentes contrairement aux moustiques et leurs piqures urticantes. Le bourdonnement des abeilles et des gu&#234;pes. Le cri du perroquet dans la maison du voisin qui dialogue tous les soirs avec la perruche qui partage sa voli&#232;re. Certains jours le perroquet s'amuse &#224; imiter le braiment de l'&#226;ne, c'est assez perturbant. Les aboiements lointain d'un chien dans le voisinage, qui ponctue &#224; espace r&#233;guliers l'ensemble de ces sons. Le craquement de l'&#233;corce des arbres du jardin. Le vent dans les pins centenaires qui n'a rien &#224; voir le son qu'il produit dans les branches des feuillus. Il arrive par bourrasques et rappelle le son de certains films de Fellini, ce bruit lancinant, pr&#233;sent pour signifier l'indicible, la marque du temps que l'on ne peut rattraper, que l'on ne peut dompter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a que ceux qui n'ont rien &#224; faire qui ont le temps de se compliquer la vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Villa Deroze a &#233;t&#233; construite en 1948 sur un terrain isol&#233;, d&#233;couvert pendant l'occupation allemande de la Ciotat dans le quartier dit Pignet de Rohan. Gilbert Deroze, pharmacien, y construit en 1957 un laboratoire de produits pharmaceutiques, qui fonctionnera jusqu'en 1970. Passionn&#233; de peinture, de sculpture, de musique et d'architecture, il cr&#233;e quand il trouve le temps. Une des pi&#232;ces les plus &#233;tonnantes de sa villa, dont les murs sont recouverts de ses toiles tandis que le jardin est parsem&#233; de sculptures et des &#339;uvres d'autres artistes, est un peu secr&#232;te. Pour y acc&#233;der, plusieurs portes &#224; pousser, plusieurs sas &#224; franchir. Il s'agit de l'atelier de l'ancien propri&#233;taire du lieu, Gilbert Deroze. La pi&#232;ce est assez lumineuse, malgr&#233; l'absence de grandes fen&#234;tres. Au centre, une tr&#232;s belle table en bois jonch&#233;e de papiers, de boites de couleurs, de pinceaux, de bouteilles d'encre de Chine, de vernis &#224; peindre, d'ac&#233;tone. Contre le pied de la table, un porte-carton dans lequel on trouve p&#234;le-m&#234;le des gravures anciennes, des esquisses de dessins, des peintures sur papiers de l'artiste. Sur le pan de mur &#224; gauche, un large buffet &#224; c&#244;t&#233; d'un &#233;tabli, sur le dessus duquel tra&#238;nent de vieux tableaux peints &#224; l'huile, une photographie de l'artiste en jeune gar&#231;on, une pipe &#224; la bouche, entour&#233; de bustes dont on peut supposer qu'il s'agit de ses enfants. Plus incongru dans cet atelier, de grands circuits int&#233;gr&#233;s accol&#233;s aux murs tels des tableaux d'un autre temps. De l'autre c&#244;t&#233; de la pi&#232;ce, les murs sont int&#233;gralement recouverts d'&#233;tag&#232;res en bois et parpaings o&#249; reposent des centaines de bustes, sculptures anthropomorphes, r&#233;alis&#233;es &#224; partir de deux grosses pierres dispos&#233;es l'une sur l'autre, choisies par l'artiste pour leur expressivit&#233;. Il trace les yeux, la bouche, parfois le nez, en creusant l&#233;g&#232;rement leurs contours dans la pierre brute. Sur le socle en bois de chaque &#339;uvre, une plaque indique leur titre, noms de personnalit&#233;s, types de personnes, de caract&#232;res ou d'&#233;motions. La liste de ces figures forme une &#233;trange galerie de portraits qui dessine en creux l'autoportrait de leur auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8455 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/39516248952_fa63f1b7a1_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/39516248952_fa63f1b7a1_k-fe003.jpg?1754807406' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Exposition en plein air, Mus&#233;e des Beaux-Arts, Bordeaux, 6 janvier 2018&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ligne de partage au-dessus du vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;closion du sens est le sens m&#234;me. C'est la r&#233;v&#233;lation quotidienne de l'&#233;criture. Il n'y a de sens que dans cette vibration initiale o&#249; l'id&#233;e prend forme au moment m&#234;me de son surgissement. Le reste n'est que m&#233;moire, d&#233;p&#244;t, s&#233;diment. C'est pourquoi certaines exp&#233;riences brutales, inattendues, agissent comme des secousses capables de nous rendre &#224; ce moment v&#233;ritable. Ce point de rencontre. Le r&#233;veil apr&#232;s un accident, apr&#232;s une perte de conscience, quand la lumi&#232;re, les sons, les odeurs se recomposent et que tout semble miraculeusement l&#224;. &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 24 octobre 1776, Jean-Jacques Rousseau est renvers&#233; par un gros chien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce n'est pas seulement un retour au monde, mais sa premi&#232;re apparition. Tout se donne comme neuf, m&#234;me ce qui nous &#233;tait le plus familier. Ce trottoir, cet arbre, ce morceau de ciel ne sont pas reconnus, ils naissent &#224; nous, et nous avec eux. La perception, dans ces instants, n'est pas un simple enregistrement du r&#233;el. C'est une invention. Nous croyons voir ce qui est, mais nous faisons advenir ce qui appara&#238;t. Il y a dans cette co&#239;ncidence entre le regard et le monde autour de nous un geste cr&#233;ateur, aussi fragile qu'absolu, qui pr&#233;c&#232;de le langage et dont le langage ne garde qu'une trace fugace. Penser &#224; partir de l&#224;, c'est refuser l'id&#233;e que le monde est donn&#233; une fois pour toutes. C'est admettre qu'il est en perp&#233;tuelle invention dans notre exp&#233;rience. Penser, ce n'est pas stocker, analyser, d&#233;duire, mais accueillir ce qui advient comme si c'&#233;tait la premi&#232;re fois, et le laisser se d&#233;plier en nous. Repenser la pens&#233;e du monde, retrouver cette disponibilit&#233; du regard qui sait que rien n'est acquis, que tout peut se d&#233;faire et se reformer, que chaque perception est une &#233;closion. Que celle-ci, loin d'&#234;tre un miracle isol&#233;, est la condition m&#234;me de notre pr&#233;sence au monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 24 octobre 1776, Jean-Jacques Rousseau est renvers&#233; par un gros chien danois &#224; la barri&#232;re de M&#233;nilmontant. Il perd connaissance. Ce qu'il raconte dans la deuxi&#232;me de ses &lt;i&gt;R&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt; : &#171; J'aper&#231;us le ciel, quelques &#233;toiles, et un peu de verdure. Cette premi&#232;re sensation fut un moment d&#233;licieux&#8230; Je naissais dans cet instant &#224; la vie, et il me semblait que je remplissais de ma l&#233;g&#232;re existence tous les objets que j'apercevais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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