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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>La distance du possible</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner &lt;br class='autobr' /&gt;
Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/animal" rel="tag"&gt;Animal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_9_1_-2-90df9.png?1780815619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.paris.fr/evenements/lecture-et-rencontre-avec-pierre-menard-108349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, de son rythme propre, de sa musique. Chaque fragment forme une boucle. Cela permet de lire le livre de fa&#231;on continue, mais &#233;galement de le parcourir selon l'heure, le lieu, ou au hasard en le feuilletant. J'ai toujours aim&#233; l'id&#233;e qu'on puisse ainsi circuler &#224; sa guise dans mes livres. Une lecture est un parcours. On peut sugg&#233;rer des chemins, des voies &#224; suivre, mais chacun est libre d'arpenter le r&#233;cit &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55304516081_a32ea3c07b_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55304516081_a32ea3c07b_k-709f0.jpg?1780815619' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Quai de la Seine, Bassin de la Villette, Paris 19&#232;me, 30 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On finit par se comprendre soi-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.castorastral.com/livre/ma-propriete-privee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ma propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;, le livre de Mary Ruefle, paru aux &#233;ditions Le Castor Astral en 2026&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, est un ensemble de proses po&#233;tiques courtes, ni po&#232;me, ni essai, plut&#244;t des m&#233;ditations existentielles, r&#233;cits intimes, introspectifs, dans lesquels l'autrice se pose des questions &#224; voix haute, sur le sens d'une pens&#233;e, la signification d'un r&#234;ve, ce que repr&#233;sente le bonheur. Elle s'interroge &#233;galement sur le sens des diff&#233;rentes couleurs comme Goethe l'avait fait avant elle dans sa &lt;i&gt;Th&#233;orie des couleurs&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1810, o&#249; le po&#232;te explorait l'impact psychologique des diff&#233;rentes couleurs sur l'humeur et les &#233;motions. Ces r&#233;flexions sont plac&#233;es aux c&#244;t&#233;s d'observations plus d&#233;cal&#233;es, comme la fa&#231;on dont on fabrique les t&#234;tes r&#233;duites, ou la d&#233;couverte faite par Ruefle dans son enfance que les milkshakes sont meilleurs avec du sel et du poivre, ou des r&#233;cits franchement autobiographiques comme celui o&#249; elle avoue avoir pleur&#233; sans arr&#234;t durant le mois d'avril 1998, car elle voulait mourir, &#224; cause de la m&#233;nopause qu'elle aborde sous l'angle personnel mais &#233;galement comme ph&#233;nom&#232;ne social : &#171; une nouvelle adolescence, sauf que vous &#234;tes adulte &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture de Ruefle s'apparente &#224; un sentiment pur, &#224; la mani&#232;re de la po&#233;sie. La juxtaposition et l'association d'images s'entrem&#234;lent ainsi tout au long de l'ouvrage. Dans la bri&#232;vet&#233; &#233;nigmatique du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Le Sublime&lt;/i&gt;, sensation et sens se m&#234;lent, et nous reconnaissons &#224; la fois l'action et ce que pourrait &#234;tre la signification cach&#233;e du texte : &#171; La route &#233;tait &#233;troite, puis de plus en plus &#233;troite, tournant tant&#244;t d'un c&#244;t&#233;, tant&#244;t de l'autre tandis que je grimpais, pench&#233;e sur le volant. Je voyais du coin de l'&#339;il qu'il y avait une vue incroyable, mais je ne pouvais pas regarder. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;&#192; lire, s'il vous pla&#238;t&lt;/i&gt;, elle raconte les derniers instants d'une femme chez elle qui remplit de graines de tournesol la mangeoire pour les oiseaux, du point de vue imaginaire d'un chardonneret : &#171; Depuis ma branche, je l'ai vue effectuer les activit&#233;s qui lui plaisaient : ramasser une serviette par terre, remplir un formulaire pour suspendre la distribution du courrier, faire bouillir de l'eau, regarder dans le vide. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la beaut&#233; de l'&#233;criture de Mary Ruefle tient dans l'ind&#233;cision permanente dans laquelle nous tient son &#233;criture, qui ne se limite jamais &#224; une forme pr&#233;cise, un genre, ni &#224; un point de vue univoque sur un sujet et qui, m&#234;me si elle para&#238;t autobiographique, nous touche toutes et tous. Les textes s'arr&#234;tent sur des moments de calme, de contemplation, de tristesse parfois, menant &#224; une prise de conscience ou &#224; une nouvelle vision du monde. Ils tissent entre eux des liens qui peu &#224; peu forment le sens du livre. Si les magnifiques fragments sur les couleurs de la tristesse, qui pars&#232;ment tout le livre, se r&#233;p&#232;tent et donnent leur tonalit&#233; au livre, la tristesse y est explor&#233;e comme une &#233;motion de la vie et des vivants, de la perte non pas comme quelque chose de concret, mais comme un signe de changement, une autre forme de possession. Une &lt;i&gt;note de l'auteur&lt;/i&gt; (que je ne livre pas ici pour ne pas d&#233;voiler la fin du recueil) fait office de cl&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me de passe-partout, et ouvre de nombreuses portes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre dresse le constat d'un agr&#233;able sentiment de partage contrari&#233;, avec une m&#233;lancolie passionn&#233;e qui nous laisse sans voix : &#171; Au d&#233;but, on comprend le monde mais pas soi-m&#234;me, et que lorsqu'on finit par se comprendre soi-m&#234;me, on ne comprend plus le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Change ton malaise en vibrato&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rester en mouvement. Ce n'est pas qu'une question d'activit&#233;s. Avoir des choses &#224; faire, travailler &#224; de nouveaux projets, avancer sur d'anciens. C'est avant tout une question de dynamique. Se mettre en mouvement. D&#232;s que j'arr&#234;te, je me sens pris au pi&#232;ge. Ce n'est pas imm&#233;diat, c'est plus pernicieux. Au d&#233;but, il me reste encore des choses &#224; faire, j'avance l'esprit l&#233;ger, je crois que &#231;a va continuer comme &#231;a, dans cet &#233;lan, ce rythme qui me porte au quotidien. Un impr&#233;vu survient, de la visite, une inqui&#233;tude passag&#232;re, des jours de vacances sans partir en voyage, sans pouvoir sortir, me promener, la canicule me retient plus longtemps que pr&#233;vu &#224; l'int&#233;rieur de la maison, sans pouvoir bouger, volets baiss&#233;s, dans la p&#233;nombre &#233;touffante de l'appartement. Des id&#233;es sombres m'envahissent. C'est si rare que j'en suis abasourdi. Je reste sans voix, m&#233;lancolique. Remise en cause g&#233;n&#233;rale. Tout m'&#233;chappe. Sans savoir comment r&#233;agir, ne rien r&#233;ussir &#224; faire d'autre qu'&#224; lire. Je fais du surplace. &#201;crire ce qui ne va pas. Ce qui m'inqui&#232;te, ce qui m'obs&#232;de. Puis tout effacer. Un poids en moins. D&#232;s que je r&#233;ussis enfin &#224; sortir &#224; nouveau, m&#234;me si c'est pour retourner travailler, je me sens mieux, moins oppress&#233;. Je me remets en mouvement, et ce mouvement me soulage, m'apaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/9178156514_a07478f68c_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9178156514_a07478f68c_k-88308.jpg?1780815619' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Mission Dolores, San Francisco, Californie, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, 24 avril 2012&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chant des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant l'air &#224; ma fen&#234;tre, j'observe un merle sur le bord de la fen&#234;tre de mes voisins. Sur le toit de l'immeuble d'en face un petit moineau lance une trille au son per&#231;ant. Je vois le merle sur son promontoire, se figer et lever la t&#234;te vers le haut pour regarder dans la direction de l'oiseau comme s'il comprenait ce que l'autre oiseau exprimait dans son chant. Je me rends compte que je n'ai jamais cherch&#233; &#224; savoir jusqu'&#224; pr&#233;sent si les oiseaux d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ont la capacit&#233; de communiquer et de se comprendre. Certains oiseaux communiquent des informations importantes sur les menaces et les ressources alimentaires au sein de leur groupe, mais aussi &#224; d'autres esp&#232;ces qui partagent le m&#234;me habitat. Bien qu'il existe certaines preuves sugg&#233;rant une compr&#233;hension entre certaines esp&#232;ces, dans certaines circonstances, cette capacit&#233; semble &#234;tre limit&#233;e et d&#233;pendante en fonction de l'environnement et de l'apprentissage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Venise, millefleurs, de Ryoko Sekiguchi</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/venise-millefleurs-de-ryoko-sekiguchi</link>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;De 2023 &#224; 2025, Ryoko Sekiguchi a effectu&#233; huit s&#233;jours &#224; Venise. Elle y d&#233;couvre l'herbier d'Ilaria, jeune botaniste du XIX&#7497; si&#232;cle. Ce journal intime l'incite &#224; engager une relation &#233;pistolaire avec la jeune femme &#224; travers le temps. Il l'incite ainsi &#224; appr&#233;hender d'une mani&#232;re in&#233;dite l'espace de la cit&#233; lacustre qu'elle per&#231;oit comme un archipel familier, un espace vivant avec ses jardins secrets. Sensible aux eaux stagnantes et &#224; l'isolement des &#238;les, elle d&#233;laisse le d&#233;cor de th&#233;&#226;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/peinture" rel="tag"&gt;Peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_3_1_-229c3.png?1780642890' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8758 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L82xH120/venise-millefleurs_1_-2602c.jpg?1777825486' width='82' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;De 2023 &#224; 2025, Ryoko Sekiguchi a effectu&#233; huit s&#233;jours &#224; Venise. Elle y d&#233;couvre l'herbier d'Ilaria, jeune botaniste du XIX&#7497; si&#232;cle. Ce journal intime l'incite &#224; engager une relation &#233;pistolaire avec la jeune femme &#224; travers le temps. Il l'incite ainsi &#224; appr&#233;hender d'une mani&#232;re in&#233;dite l'espace de la cit&#233; lacustre qu'elle per&#231;oit comme un archipel familier, un espace vivant avec ses jardins secrets. Sensible aux eaux stagnantes et &#224; l'isolement des &#238;les, elle d&#233;laisse le d&#233;cor de th&#233;&#226;tre et les clich&#233;s du tourisme de masse pour rendre la parole aux habitants et aux plantes. Ce livre, qui s'inspire de la technique verri&#232;re du millefiori, assemble une mosa&#239;que de fragments qui nous r&#233;v&#232;le que Venise est moins une ville de pierre qu'un po&#232;me vivant en perp&#233;tuelle germination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-6512-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Venise, millefleurs&lt;/i&gt;, Ryoko Sekiguchi, P.O.L., 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; &#233;crit sur les villes, en essayant de faire face &#224; celles-ci et d'engager avec elles un dialogue direct. Cette fois, en revanche, je cherchais &#224; faire affleurer le pass&#233; de la S&#233;r&#233;nissime en m'appuyant sur une femme qui y avait v&#233;cu. Certes, cette femme, Ilaria, je ne l'avais pas connue et je ne la conna&#238;trais jamais dans la r&#233;alit&#233;. Je ne pouvais pas non plus &#233;crire sur sa vie comme le ferait une historienne. Elle &#233;tait aussi &#233;ph&#233;m&#232;re qu'une brume, et la seule trace tangible de sa vie &#233;tait ces mains qui avaient cueilli les plantes qui se trouvaient devant moi. Il n'y avait aucune raison objective d'&#233;crire sur elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, c'est peut-&#234;tre pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que je ne pouvais pas me d&#233;tacher d'Ilaria. Ce n'&#233;tait pas une personne dont la vie singuli&#232;re nous aurait r&#233;v&#233;l&#233; des facettes cach&#233;es de l'histoire de Venise, mais quelqu'un d'aussi ordinaire que nous autres, dont les traces &#233;taient elles aussi vou&#233;es &#224; dispara&#238;tre. Les plantes, plus &#233;ph&#233;m&#232;res encore, lui permettaient pourtant de demeurer dans ce monde. Puisque je l'avais rencontr&#233;e &#224; travers son carnet, je n'avais pas d'autre choix que d'&#233;crire sur elle. &#201;crire un livre sur cette personne ne consistait pas &#224; parler uniquement d'elle, mais aussi des autres habitants et de tous les &#234;tres &#233;ph&#233;m&#232;res qui avaient jadis v&#233;cu dans la ville. J'&#233;tais consciente plus que quiconque de la difficult&#233; de composer un livre &#224; partir d'un assemblage maladroit et disparate constitu&#233; de mes notes, de mes lettres &#224; Ilaria et des citations de ses herbiers, mais je ne pouvais soustraire aucun de ces &#233;l&#233;ments. &#192; la place, j'aurais aussi bien pu &#233;crire un joli livre sur les fleurs de la lagune, ou un essai po&#233;tique sur ce lieu, et la tentation d'orienter le texte dans cette direction &#233;tait grande. Pourtant, chaque fois que j'essayais d'&#233;liminer l'un de ces &#233;l&#233;ments, toutes ces mati&#232;res revenaient au galop pour proclamer qu'aucune n'&#233;tait facultative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs Ilaria qui me donna l'envie de m'int&#233;resser aux femmes d'ici autant qu'aux plantes. Sans doute aussi &#233;tais-je lasse du nombre de romans &#233;crits sur Venise par des hommes qui projetaient sur la ville une image f&#233;minine pour mieux la fantasmer. Certes, Venise a souvent &#233;t&#233; d&#233;crite comme f&#233;minine, et la pr&#233;sence de nombreuses courtisanes (on en comptait dix mille pour cent mille habitants au xvie si&#232;cle) a sans doute contribu&#233; &#224; renforcer son image de cit&#233; du plaisir au xviiie si&#232;cle. Mais c'&#233;tait exactement ce genre d'associations trop rapides qui, lorsqu'on parlait du Japon, donnait une importance surdimensionn&#233;e aux geishas. Ces descriptions romanesques de Venise en tant qu'objet f&#233;minin, myst&#233;rieux et dangereux, m&#234;me s'il ne s'agissait pas de ma propre ville, n'&#233;taient pas agr&#233;ables &#224; lire. Je voulais mieux conna&#238;tre l'&#238;le et les V&#233;nitiennes pour qui elles &#233;taient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marta affirmait que les V&#233;nitiennes &#233;taient historiquement plus ind&#233;pendantes que dans d'autres r&#233;gions d'Italie, que ni sa m&#232;re ni sa grand-m&#232;re ne s'&#233;taient jamais soumises &#224; un homme, et qu'elle-m&#234;me avait un peu de cela dans le sang. Francesca, sp&#233;cialiste d'histoire chinoise &#224; l'universit&#233; Ca' Foscari, me raconta que le testament de Marco Polo stipulait en 1324 qu'il ne l&#233;guait ses biens qu'&#224; sa femme et &#224; ses filles, dont l'une, Fantina Polo, veuve, avait m&#234;me intent&#233; un proc&#232;s en 1366 &#224; la famille de son mari pour abus de biens sur ce m&#234;me h&#233;ritage, proc&#232;s &#224; l'issue duquel elle obtint gain de cause. La V&#233;nitienne Elena Lucrezia Cornaro Piscopia, premi&#232;re femme au monde &#224; avoir obtenu un dipl&#244;me universitaire, avait r&#233;dig&#233; sa th&#232;se sur Aristote &#224; l'universit&#233; de Padoue en 1678. Des amies lesbiennes m'ont affirm&#233; que nul autre endroit n'&#233;tait plus accueillant, et que cela pouvait s'expliquer par le fait que cette ancienne r&#233;publique avait toujours su garder une certaine distance par rapport au pouvoir religieux. Une amie me raconta qu'elle avait suivi une formation de menuisi&#232;re avec des hommes. Cette image des femmes est bien diff&#233;rente de celle de la Venise &#171; romantique &#187; imagin&#233;e par les hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Outre ces femmes talentueuses, intelligentes et ind&#233;pendantes que je c&#244;toyais pendant mes s&#233;jours, je rencontrais &#233;galement des V&#233;nitiennes dans les mus&#233;es. Parmi les peintres v&#233;nitiennes, Rosalba Carriera est la plus c&#233;l&#232;bre, pour son travail non seulement &#224; Venise, mais aussi &#224; Paris et &#224; Vienne, entre la fin du XVII et le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle. Encore plus loin en arri&#232;re, dans la seconde partie du xvie si&#232;cle, Marietta Robusti, fille du Tintoret, travaillait avec son p&#232;re. Il suffit de se rendre dans des mus&#233;es comme Ca' Rezzonico &#8211; qui poss&#232;de une collection de peintures retra&#231;ant l'histoire de la ville &#8211; pour d&#233;couvrir les &#339;uvres d'autres femmes peintres, telles que Giulia Lama, qui v&#233;cut au XVIIe - XVIIIe si&#232;cle, ou Emma Ciardi, connue, au tournant du xxe si&#232;cle, pour ses paysages v&#233;nitiens. Marietta Barovier, artiste verri&#232;re et fille de l'artiste Angelo Barovier, est c&#233;l&#232;bre pour avoir invent&#233; les perles rosetta au XVe si&#232;cle, et pour avoir dirig&#233; l'atelier familial &#224; Murano.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux femmes repr&#233;sent&#233;es en peinture, j'aimais surtout le portrait d'une V&#233;nitienne r&#233;alis&#233; par Albrecht D&#252;rer lors de son s&#233;jour sur l'&#238;le, aujourd'hui conserv&#233; dans la collection du mus&#233;e d'Histoire de l'art de Vienne, ainsi que celui peint par Vittore Carpaccio au d&#233;but du XVIe si&#232;cle, qui se trouve &#224; la Galleria Borghese &#224; Rome. La premi&#232;re, &#226;g&#233;e d'une vingtaine ou d'une trentaine d'ann&#233;es tout au plus, a l'allure volontaire et d&#233;termin&#233;e, et le regard l&#233;g&#232;rement tourn&#233; vers la gauche ; tandis que la seconde, avec son regard per&#231;ant, a un air presque masculin. Les deux mod&#232;les partagent un sourire p&#233;tillant d'intelligence qui me rappelait quelque peu mes amies v&#233;nitiennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, il n'y avait pas seulement des femmes issues de familles nobles ou artistes &#224; Venise. Beaucoup de fabriques existaient &#233;galement gr&#226;ce &#224; la main-d'&#339;uvre f&#233;minine au cours de la modernisation. L'histoire des ouvri&#232;res dans les anciennes fabriques nationales de tabac entre le Piazzale Roma et Rio Ter&#224; dei Pensieri est c&#233;l&#232;bre parce que ces femmes s'entraidaient et luttaient pour de meilleures conditions de travail, quitte &#224; faire des gr&#232;ves. Elles avaient d&#233;velopp&#233; un caract&#232;re fort et acquis une ind&#233;pendance financi&#232;re. Les enfileuses de perles de Murano faisaient partie du paysage de la Venise populaire : install&#233;es dans les rues, sur les places, elles travaillaient en ext&#233;rieur, de petites perles de verre sur les genoux. Le mus&#233;e de la Dentelle, qui se trouve sur l'&#238;le de Burano, &#233;tait &#224; l'origine une &#233;cole de formation au m&#233;tier de dentelli&#232;re, fond&#233;e en 1872. La plupart des personnes repr&#233;sent&#233;es dans les documents et les peintures de l'&#233;poque sont des femmes. Dans les archives film&#233;es qui compilent des t&#233;moignages de femmes form&#233;es &#224; cette &#233;cole qui ont particip&#233; &#224; la sensibilisation sur l'histoire de l'&#238;le et de la dentelle, l'une des brodeuses, Daniela Battain, dit : &#171; J'ai &#233;t&#233; envoy&#233;e me former &#224; la dentelle d&#232;s que j'ai termin&#233; l'&#233;cole primaire. C'&#233;tait la d&#233;cision de mes parents et je n'avais pas &#224; les contredire. J'&#233;tais si triste que j'en ai pleur&#233;. &#187; Lorena Novello raconte : &#171; J'ai &#233;t&#233; fi&#232;re de pouvoir parler de mon m&#233;tier et de mon exp&#233;rience, lors d'un atelier, &#224; de jeunes Turques qui m'&#233;coutaient avec enthousiasme. &#187; Toutes les femmes ne sont pas n&#233;es pour &#234;tre dentelli&#232;res. Ces t&#233;moignages r&#233;v&#232;lent des d&#233;sirs inavouables ; elles auraient sans doute exerc&#233; une autre profession si elles &#233;taient n&#233;es &#224; une autre &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;coutant Maria Seno qui se disait finalement satisfaite de continuer ce m&#233;tier, l'envie me prit de lui demander : &#171; Qu'auriez-vous fait, si vous aviez pu remonter le temps ? &#187; Devant l'image de ces archives, je pouvais voir ces femmes esquisser un sourire de r&#233;signation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la relation entre les femmes et les plantes, c'est Sossima qui me l'a expliqu&#233;e. Originaire du Chili, ayant grandi en France avant de s'installer &#224; Venise, elle participe &#224; diverses activit&#233;s associatives. Elle m'a racont&#233; qu'il existait un potager de culture biologique entretenu par les d&#233;tenues de la prison de femmes de la Giudecca. Je me rendis donc &#224; la Giudecca un jeudi matin, jour o&#249; les produits de ce potager sont en vente. Sous un ciel nuageux, un petit stand &#233;tait tenu devant l'ancien couvent. J'y achetai des topinambours et diverses herbes. On m'expliqua lesquelles &#233;taient &#224; utiliser pour les salades, lesquelles devaient &#234;tre cuites&#8230; Puis on me pr&#233;para un m&#233;lange dans un sac en papier. Une fois &#224; la maison, je mis la main dans le sac et me br&#251;lai aux feuilles d'orties. J'aurais d&#251; les reconna&#238;tre, mais je n'avais pas fait attention au moment de l'achat ; l'id&#233;e qu'elles comptaient au nombre des herbes aromatiques m'&#233;tait sortie de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la m&#234;me p&#233;riode, j'ai commenc&#233; &#224; apprendre l'histoire des &#238;les qui entourent la lagune. Moi-m&#234;me originaire d'un pays insulaire, je ressentais qu'une &#238;le dessine un lieu naturellement ferm&#233; : autrefois, criminels et prisonniers politiques &#233;taient ainsi mis &#224; l'isolement. &#192; Venise, l'&#238;le de Murano est c&#233;l&#232;bre pour son verre, car toutes les verreries y ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;es au Moyen &#194;ge par crainte des incendies. Du temps de la peste, avant de pouvoir accoster, les bateaux &#233;taient soumis &#224; quarantaine dans les &#238;les de Lazzaretto Vecchio et de Lazzaretto Nuovo, o&#249; l'on d&#233;sinfectait les marchandises avec le romarin ou le geni&#232;vre. L'&#238;le de San Lazzaro servait de sanatorium pour les l&#233;preux. Un cimeti&#232;re fut construit sur l'&#238;le de San Michele pour des raisons sanitaires pendant l'occupation napol&#233;onienne, et plusieurs &#238;les &#233;taient aussi utilis&#233;es &#224; des fins militaires au XIXe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sacca Sessola, l'une des &#238;les artificielles de la lagune, est aujourd'hui r&#233;serv&#233;e aux r&#233;sidents d'un h&#244;tel, mais elle abritait au d&#233;but du XXe si&#232;cle un h&#244;pital pour les tuberculeux. Rachet&#233;e par un groupe h&#244;telier de luxe, elle a &#233;t&#233; rebaptis&#233;e &#171; l'&#238;le des Roses &#187;. Je m'y rendis avec le bateau d'une amie, et d&#233;barquai au pr&#233;texte de me rendre au bar de l'h&#244;tel. Une promenade rapide dans l'agr&#233;able jardin provoqua en moi un sentiment mitig&#233;. L'&#238;le, qui devrait &#234;tre ouverte comme un parc au public v&#233;nitien, est pourtant interdite &#224; ses habitants, et accessible seulement aux riches &#233;trangers. Aujourd'hui, les citoyens contestent vivement la privatisation des &#238;les ; le cas de Poveglia est c&#233;l&#232;bre : depuis longtemps abandonn&#233;e, cette derni&#232;re a fait l'objet d'un projet de vente par les autorit&#233;s, suscitant de vives protestations. L'association Poveglia per tutti (&#171; Poveglia pour tous &#187;) a &#233;t&#233; fond&#233;e pour rendre l'&#238;le accessible &#224; tous, et les jours de manifestation on voit se d&#233;ployer une sc&#232;ne spectaculaire : de petits bateaux arrivent en nombre et accostent l'&#238;le les uns apr&#232;s les autres. Des familles enti&#232;res d&#233;barquent avec leurs enfants, et cette &#238;le sauvage et abandonn&#233;e se transforme alors en espace th&#233;&#226;tral et festif. R&#233;cemment, l'association a obtenu la concession de la partie nord de Poveglia, apr&#232;s onze ans de lutte, sauvant l'&#238;le de la privatisation et initiant &#224; la place un projet d'am&#233;nagement ouvert &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#238;le n'existe jamais seule. Telle une constellation, les &#238;les vivent et respirent au travers de ces liens organiques qu'elles d&#233;veloppent entre elles. Venise, &#224; ce titre, ne fait pas exception. L'archipel, en japonais, se dit gunt&#244;, ce qui signifie &#171; groupe d'&#238;les &#187;, mais je pr&#233;f&#232;re le traduire litt&#233;ralement ainsi : &#171; multitude d'&#238;les &#187;, ou &#171; nu&#233;e d'&#238;les &#187;, &#224; l'image des &#233;tourneaux au cr&#233;puscule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Herbier d'Ilaria no 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Deux types de racines sont coll&#233;s au-dessous de la mention &#171; Le cadenas de J&#233;rusalem, le 4 juin 1832 dans la matin&#233;e, racine apport&#233;e par Mauro &#187;. &#192; gauche, de fines racines beiges et &#224; droite, des racines &#233;voquant des fils de cuivre, ainsi qu'une couronne de poudre de couleur rouille autour de ces racines.]&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre jour, Mauro, le jardinier de Claudia, m'a dit, en venant chez moi, qu'il existait deux vari&#233;t&#233;s de cette plante, l'une avec des racines blanches et l'autre avec des racines cuivr&#233;es jusqu'&#224; l'int&#233;rieur. Celle qui est cuivr&#233;e est appel&#233;e &#171; la ni&#232;ce de l'ours &#187; dans son village natal. Un terme jamais entendu auparavant. A-t-elle &#233;t&#233; ainsi baptis&#233;e parce que ses racines ressemblent &#224; des poils d'ours ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me conseille de faire arracher celle dont les racines sont cuivr&#233;es, car elles durcissent comme du m&#233;tal &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppent, et une fois que les racines s'&#233;tendent il est difficile de s'en d&#233;barrasser, mais il est impossible de distinguer sur la terre les racines cuivr&#233;es des racines blanches. J'aime l'odeur de ces feuilles dont le parfum m'&#233;voque &#233;trangement le caill&#233; de lait &#224; la vanille, alors je ne puis me r&#233;soudre &#224; les arracher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de deux esp&#232;ces distinctes stricto sensu mais de transformations touchant la m&#234;me vari&#233;t&#233;. D'apr&#232;s lui, les ann&#233;es o&#249; le coucher de soleil est magnifique, les racines cuivr&#233;es sont plus nombreuses. Cela est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-6512-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Venise, millefleurs&lt;/i&gt;, Ryoko Sekiguchi, P.O.L., 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rien que les heures, de Pierre M&#233;nard</title>
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		<dc:date>2026-05-22T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Pierre M&#233;nard</dc:subject>
		<dc:subject>L'espace d'un instant</dc:subject>
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		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Paysage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce livre se d&#233;ploie, au fil des heures d'une journ&#233;e, sur la ligne du m&#233;ridien de Paris. &#192; chaque &#233;tape g&#233;olocalis&#233;e le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosa&#239;que de brefs r&#233;cits et de sc&#232;nes vari&#233;es se succ&#232;de dans diff&#233;rents lieux du monde, exactement au m&#234;me moment. La juxtaposition de ces fragments d'histoires, de ces arr&#234;ts sur image, permet d'explorer simultan&#233;ment diff&#233;rents points de vue. Le texte d&#233;tourne la chronologie d'une journ&#233;e pour la transformer en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_2_1_-3ba46.png?1779433275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce livre se d&#233;ploie, au fil des heures d'une journ&#233;e, sur la ligne du m&#233;ridien de Paris. &#192; chaque &#233;tape g&#233;olocalis&#233;e le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosa&#239;que de brefs r&#233;cits et de sc&#232;nes vari&#233;es se succ&#232;de dans diff&#233;rents lieux du monde, exactement au m&#234;me moment. La juxtaposition de ces fragments d'histoires, de ces &lt;i&gt;arr&#234;ts sur image&lt;/i&gt;, permet d'explorer simultan&#233;ment diff&#233;rents points de vue. Le texte d&#233;tourne la chronologie d'une journ&#233;e pour la transformer en une topographie de l'omnipr&#233;sence des exp&#233;riences humaines. Un voyage immobile, une cartographie de l'intime et du collectif, pour observer le monde en l'espace d'un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, Pierre M&#233;nard, &#201;ditions JOU, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8747 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8747&#034; data-id=&#034;857fe0d8f117ea9dc093080f3bc7c44f&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:957}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_2_-15-64de3.png?1777149182&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_rien_que_les_heures_pierre_menard.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_2_-15-64de3-5c86d.png?1779433275' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0qz35jgoGUWOrkBcZN9Li8?si=k0GobU-LTf-fcOj3rcmV6Q&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0qz35jgoGUWOrkBcZN9Li8?si=k0GobU-LTf-fcOj3rcmV6Q&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;13:10&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class='spip_document_8735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/13_10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/13_10-40656.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'25,5'' N &#8211; 2&#176; 20'11,7'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Zvenigorod, Russie : 14:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Varsovie, Pologne : 13:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Buenos Aires, Argentine : 08:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Paris, France : 13:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Douvres, Angleterre, Royaume-Uni : 12:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Mexico, Mexique : 06:10&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Moscazzano, Italie : 13:10&#8232;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le ciel &#233;toil&#233; s'&#233;tend au-dessus, confettis de lumi&#232;re dispers&#233;s sur la vo&#251;te sombre. Chaque nuit, il scrute ce panorama anim&#233;, cherchant des indices sur ce qui l'attend. Les &#233;toiles scintillantes conversent avec les algues ondulantes d'une rivi&#232;re peu profonde. Le souffle du vent caresse un champ tandis que le brouillard enveloppe le d&#233;cor. Des visages apparaissent et s'&#233;vanouissent dans la lumi&#232;re, tourment&#233;s par une anxi&#233;t&#233; diffuse. Les souvenirs, d&#233;licats et changeants, ne tiennent gu&#232;re, marques d'un pass&#233; en demi-teinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflet de son visage appara&#238;t dans la vitre obscure, fragment&#233; par les contours de son cou, l'arrondi des joues, les rides comme autant de sillons d'un atlas imaginaire. D'un doigt, elle esquisse un chemin, un parcours qui se replie sur lui-m&#234;me. Ce n'est pas une simple image, c'est un appel, une invention. Elle ferme les yeux, esp&#233;rant tracer un retour vers ce qui est perdu. Dans le silence et la p&#233;nombre, le premier mot qu'elle murmure l'immerge dans un tourbillon d'&#233;motions dispers&#233;es &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sentoir de moulins &#224; vent, &#233;clatants de couleurs, capte le regard de l'enfant assis sur le banc. Les pales h&#233;lico&#239;dales de plastique d&#233;fient l'immobilit&#233;. Il r&#234;ve de les faire tournoyer, comme autrefois son p&#232;re s'amusait &#224; construire des h&#233;lices de fortune avec des feuilles de laurier palme. Une brise douce aurait suffi pour r&#233;veiller ces souvenirs bricol&#233;s, pour rappeler la magie na&#239;ve d'un bruit qui imite celui du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re offre son sein &#224; l'enfant qui t&#232;te avidement. Bruits de succion. Tout son corps se consacre &#224; ce besoin primaire, mais c'est autre chose qui attire le regard. Le geste de la femme. Une gr&#226;ce ferme et douce &#233;mane de sa mani&#232;re de tenir le b&#233;b&#233;, de l'approcher, de lui offrir ce r&#233;confort. Ce geste simple, bienheureux, o&#249; le don et la s&#233;r&#233;nit&#233; s'unissent et s'accordent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie r&#233;v&#232;le une maison solitaire perch&#233;e sur une falaise de craie blanche, minuscule face &#224; l'horizon. Ce pass&#233;, toujours en embuscade, le frappe soudainement. L'image &#233;voque une soir&#233;e paisible. Un homme lisant pr&#232;s de la chemin&#233;e, une cigarette oubli&#233;e sur le rebord du cendrier. Une femme souriante, envo&#251;t&#233;e par la musique classique. Tout cela se dilate dans l'&#233;cho d'un temps o&#249; le pr&#233;sent et le futur n'&#233;taient que des promesses voil&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'obscurit&#233;, il avance &#224; t&#226;tons, les mains en avant, comme pour repousser un choc imminent. Chaque pas h&#233;sitant r&#233;sonne d'une vibration imperceptible. Ce qui semblait une rencontre in&#233;vitable n'&#233;tait qu'un mirage, une illusion. Les sens en alerte le trompent. Ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il per&#231;oit l'erreur, la n&#233;cessit&#233; de r&#233;&#233;valuer. L'amour aussi peut &#234;tre une fausse piste, une &#233;valuation mal ajust&#233;e dans l'obscurit&#233; du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'air devient une barri&#232;re, la peau un seuil. Des bruits distants filtrent &#224; travers une ampoule gratt&#233;e jusqu'au sang, la peau marqu&#233;e par les sillons blancs des ongles. Le ciel limpide s'&#233;tire sous un soleil impassible. Lever les bras dans cette lumi&#232;re devient un acte lib&#233;rateur. Un souffle, un d&#233;clic. Le vent qui joue dans les branches amplifie ce moment ondulatoire. Ombre et lumi&#232;re dansent ensemble, r&#233;sonnant avec ce qui, en lui, &#233;clate enfin dans un mouvement irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;14:02&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;div class='spip_document_8736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/14_02.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/14_02-f860c.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'22,6'' N &#8211; 2&#176; 20'11,8'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Shalkar, Kazakhstan : 17:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Clermont-Ferrand, France : 14:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Kutowinangun, Indon&#233;sie : 19:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;P&#233;kin, Chine : 20:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Montr&#233;al, Qu&#233;bec, Canada : 08:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Asan, R&#233;publique de Cor&#233;e : 21:02&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Manayaycuna, P&#233;rou : 07:02&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Discussions &#224; b&#226;tons rompus entre voisins, chacun derri&#232;re le grillage qui s&#233;pare leurs terrains. On parle jardin, r&#233;coltes, les fruits trop lents &#224; pousser, les l&#233;gumes &#224; planter. Les commer&#231;ants du village ? Ils vont fermer boutique. Les enfants ? Ce qu'ils deviennent. &#199;a lui fait quel &#226;ge, &#224; la petite ? demande l'un. Ils vont bient&#244;t se marier ? Avec le temps, les visites se rar&#233;fient, les relations s'espacent. Un jour, sans savoir pourquoi, les mots se brisent, remplac&#233;s par un silence &#233;crasant. Un mur invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brume, qui s'&#233;chappe des bosquets, rappelle les feux de bruy&#232;re. Une solitude immense enveloppe ces instants d'incertitude. Les vitres de la maison sont embu&#233;es, cercl&#233;es d'humidit&#233;. Il fait un th&#233;, r&#233;flexe instinctif, r&#233;confort imm&#233;diat. L'odeur de bergamote monte doucement. Orange am&#232;re, citron vert. Le temps se fige. La soir&#233;e s'&#233;tire langoureusement dans le murmure des souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en elle une fiert&#233; farouche, une combativit&#233; muette. Elle a le regard fixe, la nuque tendue, elle se tient droite et fait face &#224; la femme devant elle. Elle sait qu'elle ne pourra plus esquiver. Il faudra r&#233;pondre, affronter cette attente, cette v&#233;rit&#233; trop longtemps contenue. Se souvenir, oublier sont deux forces contraires. Son silence feint la r&#233;signation, mais son regard vacille l&#233;g&#232;rement, trahissant un vertige int&#233;rieur. Ce qui reste ? Un d&#233;tachement. Une v&#233;rit&#233; qui lui glisse entre les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bus s'&#233;branle, lentement d'abord, suivant la route qui relie l'a&#233;roport au centre-ville. Zones industrielles, entrep&#244;ts align&#233;s, ponts suspendus, parkings bond&#233;s. Un paysage monotone d&#233;file, r&#233;p&#233;titif, presque m&#233;canique. La banlieue s'efface peu &#224; peu, les tours apparaissent &#224; l'horizon. Le roulis r&#233;gulier du bus et le ronronnement de son moteur bercent les passagers. Dans cette fatigue partag&#233;e, certains sombrent dans le sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil naissant colore le fleuve d'un &#233;clat dor&#233;, alangui. Vivre, c'est habiter cet intervalle, entre aube et cr&#233;puscule, entre fatigue et beaut&#233;, agitation et solitude. Tout converge dans un geste anodin, presque imperceptible. Celui d'un pied qui s'avance, trouve le rebord du garde-fou au dernier &#233;tage d'un immeuble. Un frisson d'audace traverse l'air, une sensation d'un pouvoir inexplicable, insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cuisine, le repas mijote. Ce soir, elle a pr&#233;par&#233; un plat de son enfance : son galbi-jim, pot-au-feu cor&#233;en. Longuement mijot&#233;, le b&#339;uf se d&#233;tache tendrement, parfum&#233; d'aromates et de l&#233;gumes. Tandis qu'il go&#251;te la premi&#232;re bouch&#233;e, il ferme les yeux. Un instant &#224; part. Elle l'observe discr&#232;tement, le c&#339;ur battant. Les saveurs le bouleversent. Sans pr&#233;venir, il &#233;clate en sanglots, envahi par une &#233;motion qu'elle n'avait pas imagin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lueur tremblotante de la bougie, le visage de la jeune femme subit une transformation. Ses paupi&#232;res, l'arc de ses l&#232;vres, son menton, se modifient tour &#224; tour. Elle avance lentement et prot&#232;ge la flamme de sa main droite. Ses joues sont marqu&#233;es par des larmes factices, dessin&#233;es par l'ombre. Elle est capable de ressentir la compassion. Pour le malheur, la souffrance, pour ceux qui se rel&#232;vent difficilement. Son c&#339;ur se serre en pensant &#224; ceux qui ne savent pas comment y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;14:09&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/14_09.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/14_09-de247.png?1779433275' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;48&#176; 51'16,1'' N &#8211; 2&#176; 20'12,7'' E&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Qeqertarsuaq, Groenland : 10:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Grand d&#233;sert de Victoria, Australie : 20:54&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Ostende, Belgique : 14:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Morki, r&#233;publique des Maris, Russie : 15:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Nightmute, Alaska, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique : 04:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Ramallah, Palestine : 15:09&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Loznica, Serbie : 14:09&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans le port, les p&#234;cheurs attendent que les bateaux d&#233;chargent leur cargaison. Les conversations s'&#233;garent, sautant d'un sujet &#224; l'autre sans logique. L'un s'assied sur des palettes empil&#233;es. Un autre, absorb&#233;, fume lentement. Le soleil grimpe au-dessus des collines qui enserrent le village. Le clapotis de l'eau contre le quai remplit l'air. Une impatience diffuse les habite, celle d'entrevoir les bateaux rassembl&#233;s dans le port, tandis que le leur, toujours absent, retarde leur routine quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roues de la voiture s'enlisent dans le sable du d&#233;sert, secouant violemment l'habitacle. Sous la pression, le sol glisse et se d&#233;robe. Le chauffeur insiste, l'acc&#233;l&#233;ration creuse un vide o&#249; le pneu tourne en vain, patinant sur place. Le moteur gronde. La gomme se charge de chaleur et d&#233;gage une l&#233;g&#232;re fum&#233;e. Tout autour, un nuage rouge&#226;tre de poussi&#232;re se soul&#232;ve, masquant le paysage et tout espoir de progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assise sur le rebord de la fen&#234;tre, elle laisse son regard flotter. Dans la maison d'en face, les jeunes filles ne veulent pas la voir, ou feignent de l'ignorer. Elles &#233;changent des mimiques complices, rient &#224; voix basse. Leur th&#233;&#226;tre enfantin l'exclut, et chaque chuchotement amplifie sa solitude. Sur le verre de la fen&#234;tre ouverte, son propre reflet lui &#233;chappe, elle ne trouve pas sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tiges de bl&#233; et d'orge atteignent la taille du gar&#231;on, qui s'efface presque dans leur densit&#233;. Rien ne l'arr&#234;te. Il court, bras &#233;cart&#233;s, imaginant qu'&#224; cette vitesse, il pourrait voler. L'air caresse ses membres en sueur. Les poteaux &#233;lectriques, silencieux, marquent une direction rassurante. La baraque en bois devient son refuge, loin du regard des autres, o&#249; il r&#234;ve &#224; demi &#233;veill&#233; de ce qu'il pourrait &#234;tre, prot&#233;g&#233; par le silence apaisant des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit incompl&#232;te, le soleil effleure l'horizon sans jamais vraiment dispara&#238;tre. Rien ne l'avait pr&#233;par&#233; &#224; ce trouble, pas la lenteur &#233;crasante de la fatigue ni l'indiff&#233;rence au danger omnipr&#233;sent. La lumi&#232;re baigne la neige et les glaces, tandis que les aurores bor&#233;ales dansent dans le ciel iridescent. L'insomnie persiste. Il tente de noyer cette lumi&#232;re in&#233;puisable en pla&#231;ant d'&#233;pais tissus sur les fen&#234;tres, esp&#233;rant un r&#233;pit momentan&#233; dans l'ombre artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains cin&#233;astes dessinent leurs plans, d'autres explorent les lieux. Lui associe mots et images comme un artisan. Il feuillette ses dictionnaires, navigue entre logiciels de montage et livres ouverts. Chercher une phrase, retrouver une image. Tout cela se transforme en une qu&#234;te obstin&#233;e. Il enregistre, r&#233;&#233;coute, corrige sans rel&#226;che. Les jours s'effacent dans l'intensit&#233; de ce labeur, jusqu'&#224; ce que les fragments s'assemblent enfin, &#233;chos d'un autre temps, reflets d'une m&#233;moire presque tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu impose entre eux une tension sourde. Leurs mains restent en l'air, pr&#234;tes &#224; bondir, l'une en dessous, l'autre au-dessus. Les paumes basculent, frappent avec force de mani&#232;re impr&#233;visible. La surprise amplifie la douleur. Sous les coups qui s'acc&#233;l&#232;rent et gagnent en violence, les doigts rougissent. Chaque impact est une vengeance feutr&#233;e. Le geste, une r&#233;ponse muette &#224; l'affront pr&#233;c&#233;dent. Plus qu'un jeu, c'est un duel o&#249; l'anticipation et la ruse dominent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, Pierre M&#233;nard, &#201;ditions JOU, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une marque ind&#233;l&#233;bile dans l'air</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chaque mouvement est une lente r&#233;v&#233;lation &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des cons&#233;quences de nos r&#233;centes balades avec Caroline, le week-end en banlieue parisienne, est la difficult&#233; de trouver le temps et la motivation pour filmer des coins de Paris, &#224; l'oppos&#233; de l'est parisien o&#249; je r&#233;side. Je pense au public qui regarde ce journal vid&#233;o et je me dis que je ne peux pas toujours filmer les m&#234;mes endroits. C'est d'ailleurs ce que j'aime dans nos promenades en banlieue, prendre le train, et le temps que &#231;a lib&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_5_2_-6d304.png?1778396544' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque mouvement est une lente r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de nos r&#233;centes balades avec Caroline, le week-end en banlieue parisienne, est la difficult&#233; de trouver le temps et la motivation pour filmer des coins de Paris, &#224; l'oppos&#233; de l'est parisien o&#249; je r&#233;side. Je pense au public qui regarde ce journal vid&#233;o et je me dis que je ne peux pas toujours filmer les m&#234;mes endroits. C'est d'ailleurs ce que j'aime dans nos promenades en banlieue, prendre le train, et le temps que &#231;a lib&#232;re pour lire un livre, cr&#233;ant une parenth&#232;se entre le lieu de d&#233;part et la destination, qui renforce ainsi le d&#233;paysement. J'ai plus de mal &#224; filmer les jours de mauvais temps. C'est une question de lumi&#232;re. Les jours maussades, j'ai tendance &#224; travailler &#224; la maison plut&#244;t qu'&#224; sortir me promener. Je privil&#233;gie alors les lieux les plus accessibles, pr&#232;s de chez moi. Vers la Villette ou vers Belleville. Difficile de filmer au quotidien. J'arpente r&#233;guli&#232;rement les m&#234;mes lieux. Heureusement, il arrive parfois des miracles inattendus, la possibilit&#233; de filmer par exemple un endroit bien connu et appr&#233;ci&#233; sous un angle in&#233;dit, en une saison diff&#233;rente, mais cela devient de plus en plus rare.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55242121206_7f7eae6662_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55242121206_7f7eae6662_k-9082c.jpg?1778396544' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue de Charenton, Paris 12&#232;me, 29 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui reste du passage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descends les escaliers. Je crains souvent de rater la derni&#232;re marche. Je connais pourtant ce ph&#233;nom&#232;ne par c&#339;ur, ce n'est pas la premi&#232;re fois que cela m'arrive. Lorsque je suis pris dans l'&#233;lan de la descente, dans le mouvement qui s'apparente &#224; un glissement, je ne peux m'emp&#234;cher de penser &#224; la chute, d'imaginer ce qui va se passer, mon corps qui tombe, roule sur lui-m&#234;me, j'entends craquer mes os, c'est comme si quelque chose en moi imaginait tr&#233;bucher toujours au m&#234;me endroit, comme on bute sur un mot, sans parvenir &#224; apprendre de ses erreurs. C'est sans doute ainsi que la m&#233;moire fonctionne, nous nous souvenons d'une chose mais pour y revenir nous empruntons &#224; chaque fois des chemins diff&#233;rents, des voies d&#233;tourn&#233;es. Parfois, pour se prot&#233;ger, il faut se replier doucement en soi pour tenter d'&#233;chapper &#224; cette fatigue lancinante, &#224; ce sentiment usant qui s'empare de nous. La peur de tomber, ralentir la descente, revenir &#224; soi. Faire attention o&#249; l'on met les pieds. Marche apr&#232;s marche. En discutant avec d'autres personnes, notre esprit d&#233;croche parfois et s'&#233;vade. Sans vraiment penser &#224; ce qu'on dit, &#224; ce qu'on est en train de vivre, on est soudain distrait, la t&#234;te ailleurs, dans un chaos de pens&#233;es entrem&#234;l&#233;es, de phrases qui tournent en boucle, qu'on se r&#233;p&#232;te sans jamais les finir, &#233;tourdi par leur r&#233;p&#233;tition monotone. On reste l&#224;, entre deux marches, &#224; chercher l'&#233;quilibre, pour ne pas sombrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par-del&#224; le temps et l'espace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;jouis de voir les premi&#232;res photographies du livre &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rien que les heures&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; chez les amis et les connaissances, les fid&#232;les lecteurs de &lt;i&gt;Liminaire&lt;/i&gt; ou de mes pr&#233;c&#233;dents ouvrages. Ils m'envoient l'image du livre dispos&#233; sur leur table, leur bureau, ou en chemin vers son destinataire (c'est le cas pour celui envoy&#233; &#224; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesnuitsechouees.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anh Mat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; qui transite dans les airs jusqu'au Vietnam) avant sa sortie officielle le 15 mai. Ils ont accept&#233; de participer &#224; son lancement, c'est en grande partie gr&#226;ce &#224; eux que ce livre a pu voir le jour. Ravi de d&#233;couvrir &#233;galement &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://sonneur.fr/rien-que-les-heures-p-menard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce premier article paru dans &lt;i&gt;Les notes du Sonneur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; qui a si bien saisi les enjeux de ce r&#233;cit. J'essaie de ne pas trop penser &#224; l'arriv&#233;e de l'ouvrage sur les tables des libraires. Le livre ne m'appartient plus vraiment d&#233;sormais. Anne Savelli et Eric Arlix souhaitent qu'on se voie afin de pr&#233;parer la rencontre &#224; la librairie de l'Atelier, le lundi 18 mai. Il y aura d'autres rendez-vous, j'y reviendrai, notamment &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.paris.fr/evenements/lecture-et-rencontre-avec-pierre-menard-108349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une soir&#233;e lecture &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, accompagn&#233;e par &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lairnu.net/l-air-lu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'aiR Lu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, et une marche le 22 juin sur une partie du parcours le long duquel est construit le r&#233;cit. Pour prolonger et accompagner la parution de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-que-les-heures&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rien que les heures&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, je reviens aux sources qui y sont &#224; l'origine. Les images et les trajets qui figuraient dans le projet initialement publi&#233; sur mon site : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/l-espace-d-un-instant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Corentin Lahouste a &#233;crit &#224; ce propos &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/elfe/7210&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un texte tr&#232;s pr&#233;cis et pr&#233;cieux&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; ici la forme de cette extension, celui d'une web fiction. J'utilise un logiciel pour cr&#233;er des webdocumentaires. Je m'en suis d&#233;j&#224; servi, il y a plusieurs ann&#233;es, pour la restitution du travail men&#233; avec les &#233;l&#232;ves d'Argenteuil : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/d-ici-d-ailleurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'ici d'ailleurs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Il s'agit de l'&#233;diteur de narration interactive &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.klynt.net/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Klynt&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Je propose plusieurs lectures des 420 microfictions, &#224; partir d'images et d'audio, agenc&#233;es autour de courts films tourn&#233;s sur les lieux parisiens du r&#233;cit. Un parcours en trois entr&#233;es. Selon les heures de la journ&#233;e. Par les lieux du parcours parisien. Et enfin, par les diff&#233;rents pays travers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8753 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/50173407973_753ea4bb15_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/50173407973_753ea4bb15_k-3c2b8.jpg?1778396544' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;glise Saint Jean-Baptiste, Bastia, Corse, 29 juillet 2020&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a rien &#224; voir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biblioth&#232;que a ferm&#233; plus t&#244;t aujourd'hui, &#224; la suite d'une gr&#232;ve. Avec une de mes coll&#232;gues, nous sommes sortis les derniers pour fermer le b&#226;timent. Je m'occupe de baisser le rideau de fer qui cl&#244;t l'issue de secours. Au fond d'un couloir &#233;troit, j'ouvre la porte afin de v&#233;rifier qu'il n'y a personne assis sur le seuil (ce qui arrive souvent, surtout les jours de pluie, car l'endroit est &#224; l'abri) afin de ne blesser personne. Puis, j'actionne la cl&#233; dans le boitier pour activer la fermeture de la grille. Au moment d'enlever la cl&#233; et de me retourner pour remonter le couloir en sens inverse, je me trouve soudain plong&#233; dans le noir le plus profond. Je ne vois plus rien. Je comprends que ma coll&#232;gue vient de tourner la cl&#233; qui permet d'&#233;teindre l'ensemble des &#233;clairages. Pour avancer dans l'obscurit&#233;, je dois t&#226;tonner les murs avec mes mains pour essayer de me rep&#233;rer. La sensation de mes doigts effleurant la surface du mur, dans la p&#233;nombre du couloir, me transporte instantan&#233;ment sur l'&#238;le de Naoshima au Japon, dans la Minamidera, le b&#226;timent con&#231;u par l'architecte Tadao Ando, &#224; l'endroit o&#249; se trouvait un ancien temple bouddhiste, pour accueillir &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/le-temps-n-est-pas-une-destination&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Backside of the Moon&lt;/i&gt;, l'&#339;uvre de James Turrell&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marginalia Woolf, de Christine Jeanney</title>
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		<dc:date>2026-05-08T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
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		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Mort</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (Les vagues, Des fant&#244;mes dans les arbres), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/londres" rel="tag"&gt;Londres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/mort" rel="tag"&gt;Mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_1_-c19f6.png?1778223624' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L89xH120/capture_d_e_cran_2026-04-20_a_10.37_23-d5e55.png?1777020379' width='89' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Traductrice de l'&#339;uvre de Virginia Woolf (&lt;i&gt;Les vagues&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Des fant&#244;mes dans les arbres&lt;/i&gt;), Christine Jeanney propose dans ce texte &#224; la forme in&#233;dite, &#224; l'architecture visuelle et textuelle hybride, une d&#233;construction de la structure classique du r&#233;cit biographique. L'ouvrage est en effet compos&#233; de blocs de texte spatialement organis&#233;s sur la page pour cr&#233;er un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les &#233;crits de Virginia Woolf. Les t&#233;moignages et les impressions de ceux qui l'ont c&#244;toy&#233;. Les r&#233;flexions de Christine Jeanney sur l'autrice et sur l'&#233;criture. Cette accumulation de fragments permet de s'approcher au plus pr&#232;s de Virginia Woolf &#171; et de la voir en papillon qui refuse de rester &#233;pingl&#233; dans sa boite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8745 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8745&#034; data-id=&#034;70824915577912b76191c48b42316c95&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:852}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant-22-88006.png?1778223624&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_marginalia_woolf_christine_jeanney.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant-22-88006-6ce50.png?1778223625' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/7jknCvDgBJdsdqsLbLXGPy?si=ZhLbWo1ZQY680IUcOqv7Dg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/7jknCvDgBJdsdqsLbLXGPy?si=ZhLbWo1ZQY680IUcOqv7Dg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH430/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.47_12-92d79.png?1778223625' width='500' height='430' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH396/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10_43.00-d02d0.png?1778223625' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH380/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_12-5e61c.png?1778223626' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH435/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_25-28fc0.png?1778223626' width='500' height='435' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH417/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_40-4d6fd.png?1778223626' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH370/capture_d_e_cran_2026-04-24_a_10.43_51-17637.png?1778223626' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/c-jeanney/marginalia-woolf/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marginalia Woolf&lt;/i&gt;, Christine Jeanney, Abr&#252;pt, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le silence n'est pas un lieu</title>
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		<dc:date>2026-05-03T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Rien d'autre que vivre et voir vivre &lt;br class='autobr' /&gt;
Embrouille entre plusieurs hommes dans le RER B. Un homme noir, tr&#232;s grand, monte, passablement &#233;nerv&#233; &#224; la station Les Halles, il invective deux autres hommes qui lui tiennent t&#234;te. Le ton monte tr&#232;s vite. Ne me touche pas, r&#233;p&#232;te l'homme qui a l'air d'avoir vu quelque chose en montant, que les deux autres d&#233;mentent avoir fait. Ils le provoquent pour d&#233;tourner l'attention des voyageurs. Je mets du temps &#224; comprendre ce qui les oppose, la raison de leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/gare" rel="tag"&gt;Gare&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/travail" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_4_1_-28a0f.png?1777792293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien d'autre que vivre et voir vivre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embrouille entre plusieurs hommes dans le RER B. Un homme noir, tr&#232;s grand, monte, passablement &#233;nerv&#233; &#224; la station Les Halles, il invective deux autres hommes qui lui tiennent t&#234;te. Le ton monte tr&#232;s vite. Ne me touche pas, r&#233;p&#232;te l'homme qui a l'air d'avoir vu quelque chose en montant, que les deux autres d&#233;mentent avoir fait. Ils le provoquent pour d&#233;tourner l'attention des voyageurs. Je mets du temps &#224; comprendre ce qui les oppose, la raison de leur dispute. Au milieu d'eux, un jeune homme d'origine asiatique, tient son sac &#224; doc en cuir contre sa poitrine, son portable &#224; la main. Il est question d'un portefeuille que l'homme soup&#231;onne l'un des deux autres hommes d'avoir tent&#233; de d&#233;rober &#224; une femme en montant dans le wagon. Tout va tr&#232;s vite. Les mots mena&#231;ant tournent en boucle, se r&#233;p&#232;tent. Joute verbale. Tu veux te battre. Descend, on va r&#233;gler &#231;a sur le quai ! Le RER entre en gare &#224; Saint-Michel, les deux hommes cherchent &#224; faire descendre l'homme noir qui leur r&#233;siste. Il veut bien se battre avec eux mais pas ici, il travaille, qu'ils viennent donc &#224; Denfert, et l&#224; ils verront, ils pourront s'expliquer. Les deux hommes descendent sur le quai, alors que le signal de la fermeture des portes retentit, cherchent une derni&#232;re fois &#224; faire descendre l'homme qui leur r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55231420136_3426314756_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55231420136_3426314756_k-3b3ba.jpg?1777792293' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;La coul&#233;e verte, Gometz-le-Ch&#226;tel, Essonne, 26 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui n'a jamais &#233;t&#233; dit &lt;i&gt;ainsi&lt;/i&gt; n'a jamais &#233;t&#233; dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je garde un excellent souvenir de l'entretien r&#233;alis&#233; avec Christophe Robert, responsable de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/bibliotheque/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biblioth&#232;que de la Villa Arson&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, o&#249; Nina a fait ses &#233;tudes d'art. Il avait pr&#233;vu une trame de questions &#224; me poser. Je me sentais en confiance dans ce cadre. Je n'avais rien pr&#233;par&#233; et c'&#233;tait mieux ainsi. Nous avons progress&#233; ensemble, entre question et r&#233;ponse, discutant comme si nous marchions dans le d&#233;dale des all&#233;es de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et de son jardin, passant en revue mon travail d'auteur, de biblioth&#233;caire et d'animateurs d'ateliers d'&#233;criture. Dans cet entretien, j'insiste sur une id&#233;e centrale : &#233;crire n'est pas un acte exceptionnel, mais une pratique quotidienne et exp&#233;rimentale. J'y d&#233;fends une vision d&#233;sacralis&#233;e de la litt&#233;rature. L'&#233;crivain n'est pas un g&#233;nie isol&#233;, mais quelqu'un qui travaille, teste, recommence. L'&#233;criture est faite de protocoles, de contraintes, de tentatives, souvent inachev&#233;es. Cette approche rejoint mon int&#233;r&#234;t pour les formes fragmentaires et les dispositifs. J'y reviens en pr&#233;sentant rapidement diff&#233;rents projets, des &lt;i&gt;lignes de d&#233;sir&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Laisse venir&lt;/i&gt;, co&#233;crit avec Anne Savelli, en passant par &lt;i&gt;L'esprit d'escalier&lt;/i&gt;, ces deux textes ayant &#233;t&#233; &#233;dit&#233;s par &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/productions/editions-la-marelle.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Marelle &#233;ditions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'accorde une place centrale aux ateliers d'&#233;criture, espace essentiel pour l'exp&#233;rimentation. On y &#233;crit sans chercher imm&#233;diatement &#224; produire une &#339;uvre, mais pour explorer des gestes, des formes, des possibles. Je reviens sur le r&#244;le du num&#233;rique dans mon travail. Mon site et mes projets en ligne sont des lieux d'&#233;criture &#224; part enti&#232;re, o&#249; texte, image et son se croisent et dialoguent. L'&#233;criture n'est plus seulement li&#233;e au livre, mais &#224; des formes hybrides. Cette qu&#234;te de la forme s'ach&#232;ve dans la transmission collective. Dans les ateliers d'&#233;criture, notamment. Pour terminer notre &#233;change, je pr&#233;sente un livre, &#224; la demande de mon interlocuteur. Il s'agit de &lt;i&gt;La photo me regardait&lt;/i&gt; de Katia Petrovskaya, qui interroge les hors-champs de l'image et dresse un portrait d'elle en creux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En avant marge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PNJ est l'abr&#233;viation de Personnage non-joueur ou Personnage non-jouable, dans les jeux vid&#233;o. Il d&#233;signe &#233;galement tout protagoniste avec lequel le joueur est amen&#233; &#224; interagir pour r&#233;soudre une intrigue dans un jeu de r&#244;le ou un jeu d'aventures. Dans la vie courante, et plus particuli&#232;rement sur les r&#233;seaux sociaux (comme TikTok), le sigle PNJ est souvent employ&#233; de mani&#232;re p&#233;jorative par les adolescents. Un&#183;e random, un&#183;e nobody, un&#183;e figurant&#183;e, un&#183;e boloss, un&#183;e fragile, quelqu'un de cringe, g&#234;nant, has been, en un mot : invisible. Une personne sans int&#233;r&#234;t, ingrate, discr&#232;te trop discr&#232;te, par essence secondaire, inutile, sans r&#244;le pr&#233;cis, qui doit rester dans l'ombre. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/pnj/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans son nouveau livre, PNJ, &#201;ric Arlix&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; dresse une galerie de dix PNJ, portraits de personnes qui cherchent &#224; entrer dans un jeu qu'ils maitrisent mal, qui les d&#233;passe, dont ils se sentent exclus, chass&#233;s, expuls&#233;s. En marge. Avec humour et justesse, l'auteur d&#233;crit des sc&#232;nes de leur vie en acc&#233;l&#233;r&#233; (travail, politique, corps, sant&#233;, loisirs, voyages, rencontres) avec une m&#234;me vell&#233;it&#233; de ces personnages &#224; se confronter au r&#233;el et &#224; trouver leur place dans une soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale et capitaliste qui repose sur la comp&#233;tition g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'individualisme, transformant les biens et les relations en marchandises, affaiblissant chaque jour un peu plus le sens du collectif ainsi que l'engagement politique. Ce livre tr&#232;s court, par sa concision et sa forme po&#233;tique d'&#233;num&#233;rations scand&#233;es, nous ouvre les yeux sur ces laiss&#233;s pour compte qu'on invisibilise, &#224; nos c&#244;t&#233;s pourtant, quand nous ne nous reconnaissons pas en eux, comme l'auteur lui-m&#234;me avec beaucoup d'auto-d&#233;rision, et soudain on ne voit plus qu'eux et ce qu'ils repr&#233;sentent, une issue, une alternative, un possible et salutaire renversement de perspective sur le monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/9284178424_46da538e06_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9284178424_46da538e06_k-f8639.jpg?1777792293' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Maruyama-koen Park, Kyoto, Japon, 23 f&#233;vrier 2011&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un rien d'imagination suffit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce qu'on pr&#233;voit de faire et ce qui nous emporte presque malgr&#233; nous au-del&#224; de ce qu'on avait en t&#234;te. Le chemin qu'on imagine suivre sur la carte et l'itin&#233;raire qu'on emprunte r&#233;ellement. Nous longeons le Grand Morin, remontant son cours d'eau &#224; contresens. Nous h&#233;sitons &#224; rebrousser chemin au beau milieu des champs pour revenir sur nos pas. Toutefois, nous changeons d'avis en croisant un couple qui revient du sommet de la colline qui nous toise depuis la sortie du village. La femme avec un l&#233;ger accent belge s'enthousiasme &#224; propos de la tr&#232;s belle vue sur l'ensemble de la vall&#233;e qu'on a de l&#224;-haut. Son all&#233;gresse nous ravit et nous d&#233;cidons sans plus attendre de faire le m&#234;me parcours que le leur, mais en sens inverse. La journ&#233;e s'inscrit ainsi, sans pr&#233;m&#233;ditation mais assur&#233;ment, dans un mouvement g&#233;n&#233;ral qui avance &#224; contre-courant. &#192; notre arriv&#233;e en gare de l'Est, nous marchons sur le quai en sens inverse de la foule de voyageurs. Notre sortie s'effectue en effet en bout des quais, au niveau de la station Ch&#226;teau-Landon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les orphelins : Une histoire de Billy the Kid, d'&#201;ric Vuillard</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/les-orphelins-une-histoire-de-billy-the-kid-d-eric-vuillard</link>
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		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En s'emparant de la figure mythique de Billy the Kid, popularis&#233;es par le cin&#233;ma, &#201;ric Vuillard renverse la l&#233;gende du Far West. &#171; Le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l'histoire commence. &#187; L'auteur d&#233;crit un adolescent pauvre, pris dans la violence de l'Am&#233;rique de la fin du XIX&#7497; si&#232;cle. Fid&#232;le &#224; la m&#233;thode qui traverse ses livres, l'&#233;crivain fouille les marges de l'histoire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_37_1_-8c4a9.png?1777014053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En s'emparant de la figure mythique de Billy the Kid, popularis&#233;es par le cin&#233;ma, &#201;ric Vuillard renverse la l&#233;gende du Far West. &#171; Le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l'histoire commence. &#187; L'auteur d&#233;crit un adolescent pauvre, pris dans la violence de l'Am&#233;rique de la fin du XIX&#7497; si&#232;cle. Fid&#232;le &#224; la m&#233;thode qui traverse ses livres, l'&#233;crivain fouille les marges de l'histoire officielle pour en r&#233;v&#233;ler les m&#233;canismes cach&#233;s : colonisation brutale de l'Ouest, naissance de l'&#233;conomie de march&#233;, fabrication des r&#233;cits nationaux. Vuillard ouvre une br&#232;che dans la l&#233;gende pour redonner une voix aux oubli&#233;s de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/les-orphelins-021514&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les orphelins&lt;/i&gt;, &#201;ric Vuillard, &#201;ditions Actes Sud, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8720 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/old_no._118_de_chelly_valley_arizona_apache_county._beautiful_large_trees_in_the_valley._1871_-_1878_-_nara_-_517766-1160x855.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH369/old_no._118_de_chelly_valley_arizona_apache_county._beautiful_large_trees_in_the_valley._1871_-_1878_-_nara_-_517766-1160x855-45281.jpg?1777014054' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;JOURNAL D'UN VOLEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE PREMIER CRIME de Billy aurait &#233;t&#233; le vol de quelques livres de beurre. Le beurre, c'est de la nourriture. Cela sent un peu la faim, la n&#233;cessit&#233;, le d&#233;nuement. Mais peut-&#234;tre pas. Il peut s'agir d'un petit larcin pour rire, pour rire bien jaune, se faire pincer. Un chapardage. Dix jours plus tard, il r&#233;cidive, on le coffre pour avoir cambriol&#233; une blanchisserie. Il a vol&#233; un paquet de fringues, du linge sale, il a revendu des draps, quelques mouchoirs. &#192; pr&#233;sent, le voici en taule. &#199;a y est. Pour la premi&#232;re fois de sa vie, il paie sa libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il s'enfuit. Il s'&#233;vade par la chemin&#233;e. Et il pousse un grand rire. Pendant quelque temps, on perd sa trace. Le vent se l&#232;ve, et Billy dispara&#238;t. Il remplit le d&#233;sert de son hurlement d&#233;chirant. Il s'efface, les d&#233;cors changent, il cuit au soleil, les rayons cr&#232;vent les yeux, rien ne manque dans la plaine immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le revit jamais. Il erra entre les montagnes et les plaines. Il louvoya parmi les cactus et leurs couronnes d'&#233;pines. Apr&#232;s le meurtre de Cahill, il quitta d&#233;finitivement l'Arizona pour le Nouveau-Mexique et son aire d'action se fixa lentement au hasard des rencontres. Lorsqu'on songe &#224; l'Ouest, au territoire o&#249; v&#233;cut Billy, on imagine une lande aride, infinie ; il n'en est rien. Toute la vie du petit vagabond tient entre deux bourgades perdues, son monde se r&#233;sume &#224; quelques rues de Lincoln ou de Las Tablas, il suffit d'un cercle d'une centaine de kilom&#232;tres autour de quelques ranchs, de suivre sa trace dans les montagnes d&#233;chiquet&#233;es, et l'on a tout. La vie de Billy tient dans une rondelle de sable. Mais c'est une rondelle grandiose. Les cr&#234;tes en lambeaux, les roches pulv&#233;ris&#233;es par le soleil, les buissons secs, terriblement secs, les gen&#233;vriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un enfant marche dans la poussi&#232;re. Il tra&#238;ne autour des fermes, r&#233;clame un bout de pain. Le plus souvent, il repart sans. Billy dut maudire bien des hommes. La main tendue apprend quelque chose, on ne l'oublie jamais. Billy &#233;tait un adolescent aussi tendre et fragile que les autres, il vagabondait, entrait dans les cours des fermes, silencieux, il ouvrait les remises, fouillait le r&#226;telier &#224; la recherche d'&#339;ufs, et les emportait dans la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus souvent, il avait faim. Il maudissait les hommes, leur vie simple, la famille. Il aurait voulu leur crever le ventre, puisque d&#233;cid&#233;ment ils ne comprenaient rien ; et lui-m&#234;me ignorait ce qu'ils devaient comprendre. Durant ses longues errances sans but, il s'acoquinait avec de pauvres bougres, des petites frappes, leur racontant le soir, autour du feu, des bribes plus ou moins arrang&#233;es de sa vie, dans un &#233;lan amical sinc&#232;re. Puis, au petit matin, il les abandonnait, apr&#232;s les avoir tout doucement d&#233;pouill&#233;s de leurs bottes et de leur cheval. Et tandis qu'il galopait seul, libre &#224; nouveau, poussant des cris de joie, le vent lui creusait des larmes dans les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a seize ans. Il dort dehors, sous un buisson, mendie un peu, inspire confiance, trahit ceux qui lui viennent en aide, ne sait s'en emp&#234;cher. D&#232;s qu'il inspire un peu d'affection, un peu d'amour, il d&#233;serte. Il veut se faire ha&#239;r. Nous ne savons rien de cette p&#233;riode de sa vie, mais nous ne savons presque rien de sa vie avant qu'il ne meure. Billy ne nous sera livr&#233; qu'une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. Mais le jeune Billy, l'adolescent, celui qui a &#233;t&#233; jet&#233; en prison pour avoir vol&#233; un peu de linge, on ne le conna&#238;t pas. On ne conna&#238;t jamais les adolescents. Ils nous &#233;vitent, nous mentent. Tout ce qui est correct, r&#233;gulier, nos lois, nos m&#339;urs, leur font horreur. Et Billy, du fond de son horreur pour nous, de son insondable malheur, de son honn&#234;tet&#233; endurcie, vola du linge et des v&#234;tements miteux. Il aimait prendre ce qui est aux autres, il voulait tout pour lui, essayer les v&#234;tements en vitesse, se regarder dans la glace, s'admirer, froisser le linge, briser le miroir &#224; coups de pied et jeter tout &#231;a dans un trou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos richesses sont faites pour g&#233;mir. Il n'y a rien de plus repoussant que l'abondance. Tout est &#224; nous. Les biens des autres nous appartiennent. Ce qui n'est pas &#224; nous nous appartient depuis toujours. Je suis ce paquet de linge qui tra&#238;ne chez le blanchisseur, cette jument est &#224; moi, ce beau costume m'appelle, ma main se tend, je veux d&#233;chirer quelque chose. D'ailleurs, ne faut-il pas les voler pour vraiment savoir ce que sont les choses ? Ne faut-il pas les prendre si l'on veut savoir &#224; qui elles appartiennent ? Ah ! Je veux sentir ce battement de c&#339;ur en p&#233;n&#233;trant chez quelqu'un d'autre, casser la vitre, forcer la porte. Je veux entrer sans que l'on m'invite. Les maisons sont vides, les mains nues. Tout sera d&#233;truit, et d&#233;truire c'est aimer. Et Billy aimait beaucoup. Il aimait le beau linge, les v&#234;tements bien taill&#233;s. Il n'aimait que l'argent des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi qu'il commen&#231;a et termina de vivre. Il se fit rapidement voleur de chevaux. La motte de beurre, le sac de linge, c'&#233;taient des vols pour appeler &#224; l'aide, &#234;tre puni. Mais &#224; pr&#233;sent, il voulait vivre ; et pour vivre, il volait des chevaux, leur fouettait les c&#244;tes, galopait en direction d'un ranch et marchandait sa proie. Et puisque la vie ne rapporte rien, il tirait un coup de r&#233;volver afin d'entendre claquer la poudre dans le n&#233;ant. La nuit, il s'endormait tout &#224; coup, seul, au bord des routes, sous une couverture sale, les pieds couverts d'ampoules. Il ne se lavait pas. Il veillait tard. Au matin, le visage bouffi par le sommeil, les membres lourds, il p&#233;n&#233;trait dans un corral, glissait sous la barri&#232;re et repartait &#224; cru, heureux. C'&#233;tait un voleur. Le plaisir de voler est consid&#233;rable. On ne sait o&#249; l'on va, ni ce que l'on fait. La soir&#233;e termine n'importe o&#249;. On discute avec un inconnu, on lui raconte sa vie. Tout le monde raconte sa vie. Billy aussi raconte sa vie, mais personne ne l'&#233;coute. Le mot &lt;i&gt;desperado&lt;/i&gt; est une d&#233;gradation du mot espagnol &lt;i&gt;desesperado&lt;/i&gt; qui signifie &#8220;d&#233;sesp&#233;r&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QU'EST-CE QUE LA LIBERT&#201; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L387xH536/jesse-161ba.png?1773250624' width='387' height='536' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;EN OCTOBRE 1877, un mois et demi apr&#232;s le meurtre de Cahill, en compagnie d'une vingtaine de brigands, Billy franchit le R&#237;o Grande. C'est alors qu'il atteignit le comt&#233; de Lincoln o&#249; son existence se heurta &#224; des int&#233;r&#234;ts plus grands que lui. La zone est perdue, sous-peupl&#233;e ; de petites communaut&#233;s blanches arri&#233;r&#233;es s'&#233;taient agglutin&#233;es au Nord, abandonnant pour le moment le Sud aux Mescaleros. C'est l&#224;, au bord du Pecos, autour de Fort Stanton, dans un rayon de quelques dizaines de kilom&#232;tres, que le Kid devait vivre et mourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un monde aussi tourment&#233;, o&#249; la d&#233;nivellation sociale est si raide, Billy chercha &#224; se m&#233;nager &#224; coups de colt, d'alliances instables, de vols de b&#233;tail, une marge, un tout petit intervalle, qui devait durer quelques br&#232;ves ann&#233;es et lui procurer on ne sait quelles joies et peines, avant de se terminer par une mort brutale, mais o&#249; malgr&#233; les n&#233;cessit&#233;s p&#233;nibles, le d&#233;nuement parfois, il put conna&#238;tre un &#233;largissement de son existence, s'&#233;tant affranchi en partie des contraintes du travail manuel, pour cet ersatz de libert&#233; que connaissent les voyous ou certains artistes, et qui est toujours cher pay&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'&#233;tonne que le Kid ne soit pas parti plus loin de chez lui. Les vagabonds restent le plus souvent &#224; deux pas de l'endroit qui les a vus na&#238;tre. Ils partent pr&#233;cipitamment, et tombent presque aussit&#244;t. Ils n'explorent pas le monde, ils le fuient. On ne fuit jamais assez loin. On tourne autour de quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dit que certains oiseaux volent ainsi, par milliers, dans la nuit ou dans le jour. Ils remontent les minces art&#232;res au flanc des falaises, survolent les grands pins, ne se posent jamais vraiment mais planent au-dessus des immenses troupeaux, jusqu'aux monts Sacramento, et l&#224;, face &#224; la paroi sombre de la vie, des murailles soudain poussent en dessous d'eux, dans le ciel ouvert, ils commencent &#224; se laisser tomber, lentement, volent et se cognent les uns aux autres, comme un nuage gronde et cr&#232;ve. Ainsi, Billy. Il r&#244;de parmi les r&#233;cifs de chardons, et rampe, allong&#233; &#224; midi, sous les mangeoires des b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le Kid se m&#234;la &#224; une bande de hors-la-loi qui &#233;cumait le Nouveau-Mexique. La bande avait pour chef Jesse Evans, un gamin de vingt ans, &#224; demi cherokee. On braconnait les bleds paum&#233;s, on pillait les fermes, on volait des chevaux. Tous les petits voyous de cette joyeuse bande avaient &#224; peu pr&#232;s v&#233;cu de la m&#234;me mani&#232;re, connu les m&#234;mes &#233;pisodes d'errance, de solitude. Et souvent, la nuit, sans pr&#233;venir, quelques-uns d'entre eux s'en allaient, comme si une blessure honteuse, une douleur d'enfant mal-aim&#233;, obscure, les obligeait malgr&#233; eux &#224; fuir. Ils partaient courir leur chance de leur c&#244;t&#233;, au hasard, rejoignant d'autres copains, bossant une saison dans un ranch, puis dans un autre. Cette errance &#233;tait leur mal&#233;diction, leur salut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Billy se sentit revivre. Il n'&#233;tait plus tout &#224; fait seul. Il s'entra&#238;nait &#224; tirer, &#224; monter &#224; cheval. Il devenait habile. C'est une grande satisfaction de savoir tirer, de disposer d'un tel outil, d'en avoir la ma&#238;trise. Et puis un r&#233;volver, ce n'est pas n'importe quel outil, c'est un outil qui vous lib&#232;re de tous les autres. Plus besoin de porter les ballots de paille, plus besoin de faucher, de clouer, de piocher, une arme &#224; feu lib&#232;re du travail manuel auquel on &#233;tait condamn&#233;. Billy est libre. &#192; la mani&#232;re des petits truands, il jouit d'une libert&#233; pr&#233;caire, fragile. Mais peu importe ! On d&#233;fonce les serrures pour entrer, on pi&#233;tine le travail des autres. La violence est indispensable &#224; la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe une photographie merveilleuse, une photographie de Jesse Evans, lacune parmi les lacunes. Au centre de la photographie, le jeune homme se tient assis, tandis qu'une jeune fille, debout derri&#232;re lui, tient n&#233;gligemment un r&#233;volver. Ils nous regardent sans respect. Ils nous narguent, ils sont jeunes, insolents, terriblement insolents. &#192; leur mani&#232;re, ils sont beaux. Elle, avec son petit nez rond, son sourire, son flingue. Lui, avec son allure n&#233;glig&#233;e, son air assur&#233; de fain&#233;ant et de fripouille que plus rien n'impressionne. Ils sont au-del&#224; du d&#233;contract&#233;, au-del&#224; du rel&#226;ch&#233;, au-del&#224; de tout ce que la d&#233;sob&#233;issance elle-m&#234;me autorise. Ils ont du charme. Tout est mise en sc&#232;ne ici, et tout est naturel. Ils posent d'instinct. Ils sont un r&#233;sum&#233; somptueux de l'Am&#233;rique. Ils sont libres, insolents et libres, et ils nous signifient notre cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire de leur vie se trouve cette effronterie gigantesque, vaine et gigantesque, cette hardiesse inutile. Ils sont une insulte &#224; l'ordre, &#224; la carri&#232;re, &#224; la famille, &#224; tout ce qui leur a manqu&#233;. Et depuis cette photographie merveilleuse, il lui murmure devant nous, &#224; elle, mena&#231;ante et jolie, qu'il faudrait faire &#233;clater les t&#234;tes de pipe, toutes les t&#234;tes de pipe, les petits ma&#238;tres, les grands, tous ! Et il ajoute en souriant qu'il faudrait aussi faire sauter toutes les banques, cambrioler le monde et buter tous les flics. Oui. Les orphelins savent &#231;a. Ils savent qu'il faut &#234;tre fou et mordre. Oui, Jesse Evans mordait. Il mordait. Il &#233;tait fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, Jesse Evans. Le produit d'une &#233;poque et d'un lieu o&#249; l'on put devenir riche, plus riche qu'on ne le fut jamais dans l'Histoire humaine, et en quelques instants. Et Jesse Evans, le petit voyou, n'est rien d'autre que l'instrument de base de cette accumulation prodigieuse, il n'est rien qu'un comparse secondaire, et il tire sa libert&#233; folle et factice d'une parenth&#232;se de temps o&#249; une forme violente de libert&#233; et de d&#233;sordre, qu'on n'avait jamais connue auparavant et qui n'est certes pas d&#233;pourvue de charme, fut n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tablissement brutal des plus durables in&#233;galit&#233;s. Et c'est cela que l'on voit sur la fabuleuse photographie. Dans le visage de Jesse, on aper&#231;oit la richesse, mais &#224; l'envers, dans le sourire impudent de la jeune femme, on aper&#231;oit la Constitution des &#201;tats-Unis, mais &#224; l'envers. C'est comme si nous nous entendions parler &#224; l'envers, promettre &#224; l'envers, pisser &#224; l'envers. Leurs visages sont ce dont les livres r&#234;vent. Mais les livres ne sont rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots ne veulent rien dire que merde. Et la jeune fille le sait, et c'est &#231;a qui la fait sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;desperado&lt;/i&gt; est la figure d&#233;prav&#233;e du &lt;i&gt;self made man&lt;/i&gt;, il en est l'illustration, mais inaccomplie. Il n'arrive &#224; rien. Il part de trop bas. Il est venu au monde trop tard. Il est l'homme r&#233;solument moderne, et c'est pourquoi il se livre tout entier, &#233;perdu. Et puisque la soci&#233;t&#233; n'est jamais rien d'autre que la contrefa&#231;on de ses principes, aussit&#244;t la concurrence d&#233;g&#233;n&#232;re en tueries, la libert&#233; se frelate en crimes, et l'Histoire de l'Am&#233;rique sera un sc&#233;nario de Frank Capra jou&#233; par des voleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarde la vie de travers. Attaque les banques, bute les flics, picole, casse les vitrines &#224; coups de r&#233;volver, pisse sur les pieds des cons. Ah ! Jesse Evans, po&#232;me, imb&#233;cile, tu es intraduisible en mots, comme ce petit tas de lumi&#232;re sur le plancher, comme cet urinoir &#224; l'envers ! Pauvre Jesse, on t'aime bien, tu nous invites, tu payes &#224; boire, et puis tu files sans r&#233;gler l'addition. Un an plus tard, te revoil&#224;, la gueule enfarin&#233;e, pauvre Jesse, tu as pris un coup de vieux, on dirait que tu as vingt-cinq ans, vieux clown, on s'embrasse et c'est reparti. Avec Rockefeller, &#233;videmment, c'est moins dr&#244;le, il ne pense qu'au p&#233;trole, &#224; standardiser son huile, ses gaz, pauvre Rockefeller. On raconte qu'&#224; la fin, il ne buvait plus que du lait de femme, on raconte encore qu'une fois ses invit&#233;s partis, les rares fois o&#249; il en avait, le milliardaire piochait dans les assiettes et terminait les restes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On raconte aussi qu'&#224; la mort de John Pierpont Morgan, le c&#233;l&#232;bre banquier, ton contemporain, la Bourse de New York aurait suspendu pendant deux heures son activit&#233; en signe de deuil, au passage du convoi fun&#232;bre. Mais toi, Jesse, pauvre con, on ignore si tu es n&#233; dans le Missouri ou au Texas, si tes parents &#233;taient de faux-monnayeurs ou d'honn&#234;tes fermiers, ni pourquoi tu as si mal tourn&#233;, toi qui aurais pu &#234;tre caissier &#224; la banque Morgan au lieu de buter tant de braves gens, pour finalement, en 1882, myst&#233;rieusement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, cette photo est merveilleuse. Elle est triste et merveilleuse. Ils nous regardent avec horreur. Ils sont le solde invisible de l'Histoire, les colonnes vides de la grande comptabilit&#233;. Mais ils se rebiffent. Ils veulent nous faire la peau, ils veulent nous piquer notre pognon et le flamber &#224; El Paso, ou dans n'importe quel autre bled. C'est qu'ils veulent tout, ils ne savent pas ce qu'ils veulent, ils ne veulent rien, ils vont mourir. Alors, ils profanent tout ce qu'ils touchent. Les victimes ont pour elles la piti&#233; du monde, l'identification de tous. Les petits criminels, eux, n'ont personne. Ils n'int&#233;ressent pas, leur sort est jou&#233;, leurs vies sont vaines, qu'ils disparaissent derri&#232;re les barreaux, qu'on les lynche, peu importe, ils sont vou&#233;s au n&#233;ant. Et c'est depuis ce n&#233;ant, justement, qu'ils nous regardent, Jesse Evans et sa copine fabuleuse. Elle, avec son petit sourire et son r&#233;volver, lui, l'homme d&#233;sarm&#233;, et encore plus inqui&#233;tant de l'&#234;tre et de lui avoir confi&#233;, &#224; elle, le colt, et lui tenant tendrement la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, les orphelins du monde se r&#233;veilleront au petit matin. Ils glisseront six balles dans le barillet et enfileront leur p&#233;toire dans leur froc, puis ils prendront le m&#233;tro sans payer et iront buter l'un le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, l'autre le directeur d'une multinationale, le troisi&#232;me le sh&#233;rif du comt&#233; ; et, vers dix heures du mat, ils auront braqu&#233; toutes les banques, cass&#233; toutes les vitrines et tu&#233; tous les cons. Il n'y aura plus un pr&#233;sident sur terre, plus un directeur de cabinet, plus un chef quelconque. Alors, Jesse Evans retournera dans son caboulot de Santa Fe, il fera un clin d'&#339;il &#224; la vieille rombi&#232;re qui tient la caisse, et il r&#233;glera l'addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/les-orphelins-021514&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les orphelins&lt;/i&gt;, &#201;ric Vuillard, &#201;ditions Actes Sud, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un chien arrive, de Camille Ruiz</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/langage" rel="tag"&gt;Langage&lt;/a&gt;, 
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux &#171; longs poils couleur plage &#187;, dans ce livre qui avance par fragments, m&#234;lant souvenirs, lectures et sc&#232;nes de promenade. &#192; travers cette relation singuli&#232;re, l'autrice interroge &#233;galement les m&#233;canismes de domination qui traversent nos soci&#233;t&#233;s, du corps f&#233;minin au corps animal. Une r&#233;flexion sensible et brillante sur l'attention, l'attachement, pour &#171; rendre &#233;trange ce qui est familier, familier ce qui est &#233;trange. &#187; Un livre &#171; dessinant une carte de rencontres, d'anecdotes, de lieux se mettant &#224; jour, creusant le sens du verbe tenir : dans le monde, se tenir, tenir au monde, montrer comme nous y tenons - autant que possible &#224; l'&#233;coute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Ts44DVzIhfgwPo4aXGwt5?si=_bQDhAhMQ8S1aa5SHTEWjw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Se souvenir d'avoir &#233;t&#233; un chien (1)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiens vivent tout pr&#232;s de nous, mais en marge du monde des mots, et c'est quelque chose qu'ils ont en commun avec les tr&#232;s jeunes enfants. D'ailleurs, le langage que nous employons pour nous adresser aux b&#233;b&#233;s ressemble beaucoup &#224; celui que nous destinons aux chiens, et aux animaux domestiques en g&#233;n&#233;ral. Il semblerait que, dans toutes les soci&#233;t&#233;s, et &#224; toutes les &#233;poques, nous ayons modul&#233; nos voix pour leur faire chanter la langue imaginaire des nourrissons et des b&#234;tes, comme si leurs mondes &#233;taient voisins, et qu'il fallait emprunter un m&#234;me itin&#233;raire et un m&#234;me v&#233;hicule pour leur rendre visite. Comme l'observe Charles St&#233;panoff dans &lt;i&gt;Attachements&lt;/i&gt;, nous adoptons un ton plus aigu, nos intonations se font chantantes, nos phrases sont simplifi&#233;es et se terminent souvent sur le mode interrogatif, et nous avons tendance &#224; &#171; remplir les blancs &#187; en simulant la r&#233;ponse du nourrisson ou de l'animal. Ainsi, nous les exposons &#224; la m&#234;me musique compensatoire, qui pr&#233;pare l'acquisition du langage ou affirme le lien existant malgr&#233; tout, comme si nous devions le r&#233;v&#233;ler &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leur silence, sous-titrant et rejouant pour nous- m&#234;mes la langue muette que nous croyons entendre dans leurs voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;panoff formule l'hypoth&#232;se selon laquelle les b&#233;b&#233;s humains seraient si diff&#233;rents des adultes, &#224; la fois physiquement et dans leur mani&#232;re d'appr&#233;hender le monde, que nous pourrions dire qu'ils sont &#171; extrahumains &#187;, presque qu'ils appartiennent &#224; une autre esp&#232;ce. Ainsi, nous devons &#171; anthropomorphiser &#187; nos b&#233;b&#233;s jusqu'&#224; ce qu'ils deviennent nos semblables, et notre parentalit&#233; serait assimilable &#224; une &#171; relation inter-esp&#232;ce &#187;. Cette exception dans le monde animal, coupl&#233;e &#224; notre maternage ouvert et coop&#233;ratif ainsi qu'&#224; une capacit&#233; &#224; se projeter dans d'autres mondes que les n&#244;tres, notamment &#224; des fins de pr&#233;dation et de chasse, aurait favoris&#233; chez nous une dis- position &#224; adopter d'autres animaux, en les apprivoisant, ou en les domestiquant. Edward O. Wilson fait remarquer, dans &lt;i&gt;Biophilie&lt;/i&gt;, que les loups pr&#233;sentent une caract&#233;ristique commune avec l'esp&#232;ce humaine : nous sommes, &#224; l'origine, deux types de &#171; pr&#233;dateurs empathiques &#187;, sensibles par n&#233;cessit&#233; aux humeurs et aux milieux d'autres animaux. C'est &#224; travers cette br&#232;che que leurs descendants les chiens se seraient infiltr&#233;s dans nos soci&#233;t&#233;s, profitant de la propension humaine &#224; soigner des &#234;tres diff&#233;rents, et &#224; former avec eux de v&#233;ritables relations d'attachements, voire de parent&#233; et d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens quand moi aussi j'&#233;tais tr&#232;s muette, avant de devenir humaine. J'imagine que j'&#233;tais un b&#233;b&#233; triste. Mon p&#232;re avait un chien qui lui suffisait, et ma m&#232;re ne voulait pas de fille. J'&#233;tais une petite fille d&#233;j&#224; secr&#232;te. Je craignais d'avoir d&#233;rang&#233; le monde. Pour me bercer mes parents faisaient le tour du quartier en voiture, mais je me r&#233;veillais d&#232;s qu'ils coupaient le moteur. Sentir encore la tranche des vibrations nocturnes, les variantes de nuit bleue qui d&#233;filent dans les rues du petit village, le champ magn&#233;tique des bras de ma m&#232;re, ceux de mon p&#232;re, leur d&#233;votion ordinaire - tendresse m&#233;canique de la voiture qui m'&#233;loigne et me berce hors de la continuit&#233; de ces bras. Gaspard nous attendait derri&#232;re la porte d'entr&#233;e, et se demandait pourquoi tous partaient en balade, et lui ne partait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, il me semble qu'un mutisme et une m&#233;lancolie ancienne nous entourent, Ziggy et moi, comme un berceau. Mais quand l'envie de pleurer monte, mon chien ne peut rien faire, et je ne peux rien lui dire. Aussi, la suppos&#233;e tristesse dans son regard, quand je referme sur lui la porte, entra&#238;n&#233;e dans une part de monde o&#249; il ne peut pas m'accompagner, o&#249; nous sommes diminu&#233; es l'un e de l'autre, moi dans ma vie, lui dans sa vie qui m'attend. Ziggy ne peut pas m'expliquer s'il est triste ou non. Je ne peux pas lui expliquer que je reviens. J'esp&#232;re qu'il y a un endroit en lui o&#249; je reviens toujours, une partie solide et ronde comme une certitude. Partout o&#249; l'apprivoisement a &#233;t&#233; pratiqu&#233;, rel&#232;ve Charles St&#233;panoff, sa r&#233;ussite d&#233;pendait toujours d'un peu de contrainte, et d'un peu d'affection. Car en usant de l'affection seule, on prendrait le risque que l'animal reste trop ind&#233;pendant, attach&#233; &#224; sa vie sauvage. Au contraire, l'exercice d'une contrainte que ne viendraient pas compenser des gestes affectueux pourrait le faire mourir de tristesse. Je pense souvent &#224; la contrainte que nous exer&#231;ons les uns sur les autres. Petit &#224; petit elle devient habituelle, supportable, se fond dans le soin. Souvent c'est comme s nous &#233;tions soulag&#233;es, apr&#232;s une longue promenade dehors, de n'avoir pas d'autre choix que de rentrer &#224; la maison, et d'&#234;tre berc&#233;&#183;es par quelqu'un qui nous parle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai laiss&#233; Ziggy, il avait environ six mois. Piero et moi avions pr&#233;vu de partir hors de Bras&#237;lia pour quelques jours, dans une maison perdue au milieu du &lt;i&gt;cerrado&lt;/i&gt;, o&#249; il n'&#233;tait pas tr&#232;s pratique d'emmener un jeune chiot fou. Le jour du voyage, sur la route pour le d&#233;poser dans une pension canine, je fus envahie par l'angoisse de n'&#234;tre pas en mesure de lui expliquer pourquoi, ni combien de temps nous allions nous absenter. Quand la voiture s'&#233;loigne et que mon chien reste, un trou se creuse entre mon ventre et ma poitrine. &#192; l'int&#233;rieur, il y a l'image d'un tout petit b&#233;b&#233; dans un lit &#224; barreaux. Pendant les trois heures qui nous s&#233;parent de notre destination, je pleure de grosses larmes incontr&#244;lables, berc&#233;e par le mouvement de la route. J'&#233;tais dans le trou face &#224; l'image du b&#233;b&#233;, celui qui ne comprend pas. Je pleurais pour Ziggy, qui certainement ne comprenait pas. Sans explication, tout d&#233;part me semble un abandon. Bien s&#251;r, ce n'&#233;tait pas exactement cet abandon-l&#224;, celui que je commettais, qui me partageait le c&#339;ur, bien s&#251;r bien s&#251;r que le trou &#233;tait ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Deux r&#234;ves&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Je prom&#232;ne Ulysse, qui est mort il y a quatre ans, et Ziggy, je les prom&#232;ne dans la mer, mais comme ils sont tous deux tr&#232;s gros et un peu dangereux, chacun &#224; leur mani&#232;re, j'en prends un sous chaque bras et je nage comme &#231;a, avec mes deux chiens comme des bou&#233;es. Je dois faire tr&#232;s attention car dans la mer il y a plein d'enfants, et les chiens ont quand m&#234;me de grosses pattes. Dans la foule des baigneurs je croise une des &#233;ditrices de mon recueil de po&#233;sie, elle flotte dans l'eau et tient un nourrisson dans ses bras, elle a l'air impressionn&#233;e que je nage avec deux chiens si grands, je lui dis &lt;i&gt;oh &#231;a ne doit pas &#234;tre aussi difficile que de s'occuper d'un b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. J'ai l'&#226;ge d'&#234;tre au coll&#232;ge ou au lyc&#233;e, je suis avec d'autres &#233;l&#232;ves dans la grande salle du cin&#233;ma pr&#232;s de la rivi&#232;re, dans la petite ville de mon enfance. Le cin&#233;ma s'appelle L'&#201;den. Nous suivons une sorte de cours magistral, assis es dans les strapontins rouges. La salle est pleine, je me trouve dans une des rang&#233;es du milieu, une professeure est sur l'estrade : elle va nous demander de faire des gestes tr&#232;s r&#233;p&#233;titifs, et la plupart de ces gestes produiront un son. Nous sommes organis&#233;&#183;es &#224; la mani&#232;re d'un orchestre. Il y a une peur diffuse, une tension traverse les corps. Je comprends qu'un geste va bient&#244;t m'&#234;tre assign&#233;, et lorsque ce sera fait, je ne pourrai pas m'arr&#234;ter. Si jamais je cesse de faire le geste, quelque chose d'ind&#233;fini et de grave m'arrivera. La professeure passe dans les rang&#233;es, elle me donne mon geste : il s'agit de souffler dans un petit bec de fl&#251;te et de produire un son aigu. Le bec en question est tout ab&#238;m&#233;, presque m&#226;ch&#233;, mordu, comme si d'autres personnes l'avaient d&#233;j&#224; port&#233; &#224; la bouche. Je commence &#224; souffler, le son est tr&#232;s aga&#231;ant. Les rideaux autour de l'&#233;cran s'&#233;cartent doucement, et une phrase s'affiche, toute seule, en caract&#232;res noirs sur l'&#233;cran blanc : &lt;i&gt;This is your typical Adam and Eve story and yet you don't find the exit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Zones interm&#233;diaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les personnages du &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt; d'Andrei Tarkovski arrivent dans la Zone, il y r&#232;gne un grand silence, jusqu'&#224; ce que retentissent au loin des aboiements de chiens, ou hurlements de loups, interrompant les conversations humaines. Le plan suivant s'ouvre au ras du sol : on entend les pas lents du Stalker rest&#233; hors champ, la cam&#233;ra se redresse lentement vers un arbre couvert de toiles d'araign&#233;es. Puis le Stalker s'agenouille parmi les fleurs et les herbes hautes, dans un geste qui semble &#234;tre de soulagement et de recueillement. Nous sentons qu'il est quelque part de connu, sans parvenir &#224; d&#233;terminer si cette familiarit&#233; est un attachement choisi, ou une contrainte. La Zone est un lieu s&#233;par&#233; du monde, sous surveillance militaire, dont l'entr&#233;e est interdite. On dit qu'au milieu se trouverait une &#171; Chambre &#187; &#187; qui permettrait d'exaucer le d&#233;sir le plus cher de ses visiteurs. &#192; l'int&#233;rieur de la Zone, la r&#233;alit&#233; est suspendue. Elle ob&#233;it &#224; des lois propres, que personne ne semble comprendre tout &#224; fait, mais que certains ont appris &#224; apprivoiser : les Stalkers sont des guides vivant un pied dans le monde r&#233;el et un pied dans la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chien traverse le film et me trouble, comme tous les chiens. Au cours d'une c&#233;l&#232;bre s&#233;quence, presque &#224; l'exact milieu du film, il fait sa premi&#232;re apparition. Nous l'observons trottiner dans l'eau et se diriger vers les trois hommes allong&#233;s, en inclinant l&#233;g&#232;rement la t&#234;te, comme s'il &#233;tait interpell&#233; par le son de leur voix. Le chien approche, mais les, personnages ne semblent pas le voir ; ils n'apparaissent d'ailleurs jamais dans le m&#234;me plan. Puis nous basculons dans un encha&#238;nement de s&#233;quences dont la coloration s&#233;pia, coupl&#233;e &#224; l'entr&#233;e de la musique, semble indiquer qu'elles correspondent &#224; un r&#234;ve ou une image mentale du Stalker. La courte dur&#233;e des plans contraste avec l'&#233;tirement qui pr&#233;c&#232;de et installe un inconfort. Le Stalker est allong&#233; dans l'eau, le chien s'approche de lui. Peut-il le voir, ou est-il comme les autres ? Ou le chien existe-t-il seulement comme souvenir, sensation, hallucination ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long du film, rien ne prouve que la Zone - qui appara&#238;t comme un environnement &#224; la fois bucolique et inqui&#233;tant, o&#249; la v&#233;g&#233;tation et les ruines s'entrem&#234;lent, couv&#233;es par la brume - poss&#232;de les pouvoirs qu'on lui pr&#234;te. Et l'image du chien de &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt;, aux possibles allures de loup, sans savoir s'il est mena&#231;ant ou amical, cr&#233;ature entre deux mondes, attise notre h&#233;sitation et renforce nos questionnements sur la nature du lieu : la Zone est-elle revenue &#224; l'&#233;tat sauvage, au point qu'elle soit devenue hors de contr&#244;le, si naturelle qu'elle deviendrait surnaturelle ? Ou est-elle au contraire un environnement d&#233;grad&#233;, le r&#233;sultat d'une technologie humaine ? Et le chien, est-il le chien d'une des personnes disparues dans la Zone ? Est-ce le cadavre de son ma&#238;tre qu'il garde quand, pr&#232;s de la Chambre, nous le voyons couch&#233; et g&#233;missant aupr&#232;s d'ossements humains ? En tout cas, il semble r&#233;agir aux voix et intonations des personnages, plus que ces derniers ne r&#233;agissent &#224; lui. Il semble ouvert au monde des hommes, de la m&#234;me mani&#232;re que le Stalker est ouvert &#224; la Zone.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai souvent pens&#233; que la Zone ressemblait &#224; l'aire transitionnelle de Winnicott : il est impossible de dire si elle rel&#232;ve du monde ext&#233;rieur ou d'un monde int&#233;rieur, de ce qui est per&#231;u ou projet&#233;. Les ph&#233;nom&#232;nes transitionnels d&#233;passent ce que l'on associe au c&#233;l&#232;bre objet transitionnel : un doudou, une mascotte, un jouet, que l'enfant &#233;lit. Pour &#234;tre transitionnel, cet objet doit &#234;tre porteur du paradoxe non r&#233;solu : il est impossible de d&#233;terminer s'il a &#233;t&#233; &#171; trouv&#233; ou cr&#233;&#233; &#187;, et cette ambigu&#239;t&#233; n'est jamais questionn&#233;e, ni par l'enfant, ni par son entourage. &#192; l'&#226;ge o&#249; le b&#233;b&#233; prend petit &#224; petit conscience des limites entre son corps et celui de sa m&#232;re, et par l&#224; m&#234;me de l'existence d'un environnement hors de son contr&#244;le, l'aire transitionnelle offre un espace o&#249; les deux r&#233;alit&#233;s, int&#233;rieure et ext&#233;rieure, peuvent coexister sans conflit, et o&#249; il peut faire l'exp&#233;rience de sa propre cr&#233;ativit&#233;. Peut-&#234;tre que la Zone existe parce que nous la cr&#233;ons, comme l'affirme le Stalker : &#171; C'est &#231;a la Zone, &#224; chaque instant, elle est telle que nous l'avons faite, (...) par notre propre &#233;tat d'esprit. (...) Tout ce qui se passe ici d&#233;pend non de la Zone, mais de nous &#187;. Mais nous ne l'aurions pas cr&#233;&#233;e si elle n'avait pas &#233;t&#233; d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;rement parce que je doute moi-m&#234;me de ma propre existence, de ma r&#233;alit&#233;, que mes s&#233;parations d'avec Ziggy sont v&#233;cues comme des discontinuit&#233;s. J'ai de lui des photos, des poils qui s'accrochent aux v&#234;tements, des amulettes, des petites statuettes de chien que j'emm&#232;ne partout. Si je les oublie, quelque chose de grave arrivera. Pourtant, je sais bien que Ziggy continue. Le fait de parler tout le temps de lui tisse un r&#233;seau d'affection dans lequel mes proches sont comme pris au pi&#232;ge. Mais c'est moi qui m'effrite et me d&#233;sint&#232;gre. Sans langage commun, comment puis-je survivre en Ziggy quand je m'absente ? Et m&#234;me si j'&#233;tais parvenue &#224; lui dire, est-on jamais certain que l'autre revient ? Je ne peux pas savoir ce que ressent mon chien, dans sa pension pour chiens. Je peux deviner qu'il attend, mais je peux aussi deviner qu'il n'attend pas. J'ai lu un article, je ne sais plus o&#249;, qui disait que contrairement au lieu commun, les chiens poss&#232;dent bien une certaine notion du temps. Ils sentent les fluctuations dans l'air, les modulations du jour et des saisons. Je ne saurais dire ce que j'esp&#232;re le plus : qu'il sente, ou qu'il ne sente pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Stalker sort de la Zone accompagn&#233; du chien noir. On se demande si c'&#233;tait l&#224; son souhait le plus cher : avoir un compagnon capable, comme lui, de naviguer dans la Zone ? Dans l'appartement de Marseille, &#224; chaque fois que l'homme avec qui je vivais n'obtenait pas ce qu'il voulait, je voyais son visage se fermer. Je n'&#233;tais pas arm&#233;e pour n&#233;gocier le monde avec un visage qui se ferme. Quand la crise s'annonce, je me concentre sur Pompidog, que je fais bouger, parler, que j'installe comme un personnage du quotidien, au point que mes parents, mes fr&#232;res, me demandent de ses nouvelles, et que je leur envoie des photos. Parfois je suis prise d'un grand amour et d'une grande piti&#233; pour cet objet avec lequel je communique secr&#232;tement. Je trouve &#231;a triste pour un chien, d'&#234;tre enferm&#233; dans un corps de peluche, de ne pas pouvoir vivre sa vraie vie. Je ne me rends pas compte que j'ai de la peine pour moi-m&#234;me. J'ai tra&#238;n&#233; Pompidog comme un tr&#233;sor ramolli pendant des ann&#233;es, longtemps apr&#232;s Marseille. Ce n'est qu'avec Ziggy que je l'oublie &#224; sa juste mesure. Ou qu'il trouve enfin son corps, et que je trouve le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ziggy &#233;coute la radio&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, je suis perdue face &#224; Ziggy. Je comprends mal ses besoins, ses demandes, et lui ne comprend pas la mani&#232;re dont j'essaye de r&#233;pondre &#224; ce que je ne comprends pas. Il me suit partout, me mordille les mains, essaye de capturer mon attention. Je lui demande &lt;i&gt;mais qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'il y a ?&lt;/i&gt; Puisqu'il m'observe en silence, l'espace s'ouvre pour que je le comble, et je commence &#224; commenter tout ce qu'il fait et tout ce que je fais, lui disant qu'on va bient&#244;t sortir, que je sais qu'il a faim, qu'il mangera plus tard, qu'il est un bon chien, que le temps est chaud, que je dois travailler, qu'il ne faut rien manger par terre, que je l'aime, qu'il est le plus beau. Une &#233;ducatrice canine m'avait fait la remarque : il faudrait que j'arr&#234;te de parler autant &#224; mon chien. Si je veux vraiment m'adresser &#224; lui, il est primordial de condenser mon usage de la parole en mots choisis, que j'aurais fait en sorte de lui apprendre. Sinon, ma voix se noie dans les bruits ext&#233;rieurs, elle devient pour lui &#171; comme la radio &#187;. Ce bourdonnement l'emp&#234;che de m'&#233;couter vraiment, de pr&#234;ter attention &#224; ce que je vais lui demander, lorsque je lui demande quelque chose. Il faudrait tendre vers son silence, faire preuve de coh&#233;rence : dans nos interpellations, mais aussi dans nos gestes muets, nos postures. Nos communications humaines sont telle- ment tourn&#233;es vers le mot, vers la capacit&#233; &#224; dire, que nous oublions souvent que tout parle : nos attitudes, nos regards, m&#234;me nos odeurs. Les chiens nous lisent en continu, nous devinent et nous doublent. C'est une autre forme d'astuce, une habilet&#233; plus g&#233;niale encore que celle de savoir former des sons qui sont des mots. Lire le fant&#244;me du geste avant le geste, la parole avant la parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, pr&#232;s de la place de la Nation o&#249; je marchais avec Ziggy, une jeune femme d'une vingtaine d'ann&#233;es m'interpelle pour me parler de chiens, ce qui est une chose plut&#244;t commune. Sa voix assur&#233;e et son aplomb me laissent penser qu'elle poss&#232;de une autorit&#233; en la mati&#232;re. Je me dis qu'elle est peut-&#234;tre une professionnelle des comportements canins, ou en tout cas, passionn&#233;e par la question. Apr&#232;s une s&#233;rie d'affirmations dans lesquelles je ne d&#233;c&#232;le rien d'&#233;trange ni de particuli&#232;rement int&#233;ressant, elle me dit &lt;i&gt;et surtout, il faut beaucoup, mais alors beaucoup leur parler&lt;/i&gt;. Je repense &#224; ce que m'avait dit l'&#233;ducatrice, et je l'interromps : &lt;i&gt;ah bon, vous croyez ? J'ai justement entendu le contraire... &lt;/i&gt; J'esp&#233;rais secr&#232;tement que quelqu'un de qualifi&#233; vienne contredire cette affirmation. J'esp&#233;rais qu'elle me dise qu'en fait, depuis le d&#233;but, ce que je fais avec Ziggy est exactement juste, qu'il faut l'inonder de parole. C'est alors que mes yeux croisent les siens. Il y a &#224; l'int&#233;rieur ce l&#233;ger d&#233;calage, une rondeur trop ronde, une excitation bizarre qui vient percer l'enveloppe contenant ma honte, et la honte se r&#233;pand dans mon corps. Le ton de sa voix reste neutre et pos&#233; : &lt;i&gt;Ah mais oui. Il faut beaucoup leur parler. Vous avez d&#233;j&#224; vu Beethoven, le film ? Les enfants dedans, ils parlent tout le temps &#224; leur chien. Et c'est pour &#231;a qu'il devient tr&#232;s intelligent. Vous avez vu quand il sauve le petit dans la piscine ?&lt;/i&gt; Je l'&#233;coute pendant un moment, en hochant la t&#234;te, puis je la remercie. En m'&#233;loignant, je vois qu'elle entre dans une tente fix&#233;e de mani&#232;re pr&#233;caire entre une barri&#232;re et la chauss&#233;e, et qu'elle marche pieds nus.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'apprends malgr&#233; moi &#224; rester longtemps silencieuse aupr&#232;s de Ziggy. Lors de nos escapades, quand je trouve un lieu suffisamment vide, un temps suffisamment seul, il m'arrive de ressentir une forme d'ivresse de silence, de pl&#233;nitude amniotique, comme si j'&#233;tais dans un environnement absolument bon, un environnement &#224; notre exacte mesure. Nous marchons parfois c&#244;te &#224; c&#244;te, parfois le chien me devance. J'ai l'image de cette promenade &#224; Sao&#251;, quand nous montons Ziggy et moi parmi les gen&#234;ts, et que les montagnes se d&#233;coupent dans le soir, que le vent gr&#233;sille. Alors je sens diminuer l'intensit&#233; que j'accorde &#224; la langue, et par vases communicants, se renforcer l'attention &#224; d'autres d&#233;tails, comme une c&#233;cit&#233; temporaire renforcerait notre ou&#239;e et notre odorat. Le corps de Ziggy parle : les oreilles se d&#233;placent l&#233;g&#232;rement, il a entendu quelque chose. Il s'immobilise, et seule sa truffe bouge : une odeur passe pr&#232;s de nous. Il est debout, il me regarde avec insistance, les oreilles rel&#226;ch&#233;es, la gueule entrouverte : il veut jouer, et attend un geste de ma part. Il s'immobilise, son dos se h&#233;risse, sa queue est dans le prolongement de son dos : il est en alerte, quelque chose l'inqui&#232;te. Il s'assoit pr&#232;s de moi, et regarde dans la m&#234;me direction, en appuyant l&#233;g&#232;rement son &#233;paule contre ma jambe repli&#233;e : il se repose, et voudrait bien que je lui passe la main derri&#232;re les oreilles, pendant que nous observons la lisi&#232;re de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-corti.fr/livres/un-chien-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un chien arrive&lt;/i&gt;, Camille Ruiz, &#201;ditions Corti, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mille millilitres de Ganym&#232;de, de Philippe Savet</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
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		</description>


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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; travers une narration discontinue, l'auteur &#233;tudie ce que l'exc&#232;s et la vuln&#233;rabilit&#233; font au corps, transformant la consommation de drogues en un acte sacrificiel. Le r&#233;cit refuse toute coh&#233;rence rassurante pour laisser place &#224; une urgence de vivre brute, o&#249; le plaisir se m&#234;le irr&#233;m&#233;diablement &#224; la perte de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8677 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8677&#034; data-id=&#034;2fc83927fbfa69808156bee950c11f84&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:816}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a.png?1772450588&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_mille_millilitres_de_ganymede_philippe_savet.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a-9d37b.png?1774598572' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
jupiter, je retrouve notre histoire dans une pipette de G d'un millilitre ou deux &lt;br class='autobr' /&gt;
un trip marqu&#233; par la s&#233;paration l'oubli l'impossibilit&#233; de vivre ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les buildings la neige &lt;br class='autobr' /&gt;
les pins le soleil ardent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes gouttes de sueur le long de la skyline &lt;br class='autobr' /&gt;
ta bave le long des troncs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu n'es pas physiquement pr&#233;sent &#224; New York &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Rome non plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pourtant tu transpires ces lieux qui contiennent ton &lt;br class='autobr' /&gt;
odeur crasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es au-dessus du lit comme un ange gardien ou un monstre affam&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est pour cette raison que je ne dors jamais sur le dos &lt;br class='autobr' /&gt;
pour ne pas voir tes yeux jaunes au plafond qui m'observent sans cligner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
battant l'air de tes ailes menteuses &lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re chaque sc&#232;ne chaque intrigue chaque rebondissement &lt;br class='autobr' /&gt;
tu as le flair d'un monstre ou d'un dieu qui sait syst&#233;matiquement quand revenir sur ses pas &lt;br class='autobr' /&gt;
tu tiens les fils de chaque silence ces fils qui lentement &lt;br class='autobr' /&gt;
m'attirent jusqu'&#224; ta planque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;poussi&#233;reuse et sombre cette plan&#232;te gazeuse et fra&#238;che &lt;br class='autobr' /&gt;
comme du soda&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es le pic de glucose &lt;br class='autobr' /&gt;
le pesticide &lt;br class='autobr' /&gt;
le p&#233;trole &#224; la pompe &lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;chetterie &lt;br class='autobr' /&gt;
la javel &lt;br class='autobr' /&gt;
la boule de p&#233;tanque &lt;br class='autobr' /&gt;
l'humidit&#233; sur les murs &lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#233;chauffement climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je sais que ce n'est pas de l'amour mais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ton corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c&#244;te &#224; c&#244;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en maillot de bain sur du sable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les alo&#232;s que je d&#233;chire le jus des feuilles coup&#233;es sur ma peau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes su&#231;ons sur mes bras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'essaye de courir mais je n'y arrive pas j'ai l'impression &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tre suivi mais je ne peux pas &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est comme si je n'avais pas le souffle suffisant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour &#233;chapper au pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plusieurs ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es mais le souvenir reste le m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une diarrh&#233;e s&#233;v&#232;re un sentiment d'effroi un ciel nuageux et quelques rayons qui traversent le hublot jusqu'&#224; mon visage encore incapable d'entrevoir les &#233;claircies du p&#233;riple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retournerai &#224; Rome sans toi &lt;br class='autobr' /&gt;
et je te ferai dispara&#238;tre dans mon bonheur &lt;br class='autobr' /&gt;
celui qui ne s'entend plus ne se voit plus et qui pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
grossit jusqu'&#224; te rendre incolore inodore inoffensif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retrouverai les cl&#233;s dans ta langue pli&#233;e en deux &lt;br class='autobr' /&gt;
et mes t&#233;tons seront savoureux &lt;br class='autobr' /&gt;
avec ou sans toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je mourrai au combat
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
ne crains rien Ganym&#232;de, je serai l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tu seras l&#224; aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
et nous nous sauverons l'un l'autre du reste du &lt;br class='autobr' /&gt;
mon &lt;br class='autobr' /&gt;
de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; coups de hache et de pipes &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
gamma-butyrolactone removes most pains and despair&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est un mensonge que je me suis invent&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a passe toujours mieux dans une autre langue que la mienne
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;5. ce n'est plus moi qui vis mais Ganymede qui vit en moi &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;jupiter, je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suis guid&#233; par ta pr&#233;sence discontinue dans ce grand &lt;br class='autobr' /&gt;
chantier qu'est le clubbing et qui est ton empire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;naissance de mes trag&#233;dies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but les week-ends s'&#233;tendent sur quatre jours du &lt;br class='autobr' /&gt;
jeudi au dimanche avec une offre qui ne s'&#233;puise jamais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but le clubbing c'est descendre le long escalier noir &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous m&#232;ne aux salles du Silencio ou l'escalier voisin &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous conduit &#224; une cave qui n'existe plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but c'est la nuit toujours la nuit et il y a un code &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; donner pour entrer un mot anglais en cinq lettres la &lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re fois je n'ai pas su le mot de passe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans ces sous-sols je me retrouve face aux diff&#233;rents &lt;br class='autobr' /&gt;
visages de la d&#233;viance et c'est comme une d&#233;sorientation &lt;br class='autobr' /&gt;
une sortie du placard et j'ai d'abord une fascination na&#239;ve &lt;br class='autobr' /&gt;
pour une libert&#233; qui me saute trop vite aux yeux et qui &lt;br class='autobr' /&gt;
me br&#251;le les yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je suis comme un observateur timide et vuln&#233;rable qui n'ose pas ne sait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
comme un secret bien gard&#233; que l'on &#233;ventre devant moi &lt;br class='autobr' /&gt;
au couteau et d'o&#249; sortent de nouvelles images bruyantes terrestres &lt;br class='autobr' /&gt;
un oreiller de plumes qui se d&#233;chire qui me r&#233;veille me fait tomber me d&#233;couvre enti&#232;rement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je ne connais personne mais il y a toi qui me pr&#233;sentes aux autres &lt;br class='autobr' /&gt;
tu m'embarques dans ce monde nouveau et mets entre mes mains des boissons indigestes tu &#233;tends l'exp&#233;rience aux before aux after tu agrandis les lieux les hangars les portes du p&#233;riph&#233;rique tu m'emm&#232;ne au-del&#224; de tout ce qui peut exister et puis tu disparais mais je suis intelligent et j'ai vite compris comment me fournir moi-m&#234;me et comment me cr&#233;er un compte sur le march&#233; du r&#234;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;sormais j'essaye de marcher dans tes pas de prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
ta place et j'ai dans les poches un alphabet entier mais il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'a jamais &#233;t&#233; question d'autre chose que de bandes qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'affrontent dans ce monde que tu m'as transmis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai reconstruit ton corps dans le corps des autres j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouv&#233; ton odeur dans l'odeur des autres j'ai retrouv&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ta queue dans les autres queues et je n'existais plus en &lt;br class='autobr' /&gt;
dehors de tout ce sexe que je pouvais avoir et qui se pr&#233;sentait &#224; moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est mentir que de dire que tous ces hommes avec qui je couchais je n'attendais rien d'eux en retour il y a toujours eu ce besoin visc&#233;ral d'&#234;tre aim&#233; mais dans cet entrelacs de s&#233;duction les hommes et ma sexualit&#233; ne me faisaient plus peur et je me suis vraiment acharn&#233; j'ai gaspill&#233; le plaisir j'ai fait du mal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi j'ai &#233;t&#233; vilain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je suis parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au moment de vider cette pipette je me pose la question des raisons qui me poussent &#224; le faire &#224; la vider encore sachant tout ce qu'elle comporte d'illicite et de dangereux cette pipette qui d&#233;truit mon organisme et m'enracine dans l'oubli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;truire dis-je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou blier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lorsque j'avale je ne me souviens de rien je souffre d'amn&#233;sie ant&#233;rograde il me suffit d'un millilitre pour tomber raide dans le n&#233;ant mais cette fois-ci je me pose la question prendre ou ne pas prendre la pipette que je tiens dans mes mains telle est la question me mutiler pour &#233;chapper au r&#233;el me rapproche irr&#233;m&#233;diablement de la mort ce n'est pourtant pas ce que je cherche ce que je cherche c'est la vie c'est la vie quelque part dans ce liquide transparent capable de me rendre heureux enfin joyeux mort je ne me poserai plus la question d'avaler ou non de m'affaiblir ou non et je pense aux hommes qui m'ont assassin&#233; aux hommes qui m'ont entra&#238;n&#233; l&#224;-dedans dans cette bo&#238;te qui s'ouvre et se referme et dans laquelle je suis trop petit pour d&#233;cider quand je peux en sortir ou non et dans le noir je pense aux hommes qui me donnent du plaisir et &#224; ceux qui me font du mal je pense &#224; ma bouche qui a le pouvoir d'aimer et de dispara&#238;tre et &#224; quel &#233;tait mon r&#244;le lorsque j'&#233;tais ignorant parcourant le monde &#224; cheval comme un b&#233;b&#233; dans son innocence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un interm&#233;diaire entre les dieux et les morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour devenir d&#233;mon j'ai d&#251; me confronter aux autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma pipette en plastique est un espoir que je porte contre mon c&#339;ur elle repr&#233;sente toute la mis&#232;re du monde et je la vide pour apaiser la mis&#232;re je suis un martyr qui chaque nuit avale la mis&#232;re du monde pour r&#233;duire la mis&#232;re du monde et je prends la mis&#232;re en moi comme pour m'infliger ce lourd fardeau propre aux martyrs et aux saints&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon corps est un espace poreux dans lequel le monde vient s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne me dites pas que vous croyez aux fant&#244;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne crois pas au destin mais il m'a bien fallu suivre une destin&#233;e pour me retrouver l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
comment en suis-je arriv&#233; l&#224; comment en suis-je arriv&#233; &#224; me poser la question de &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre ou de ne pas prendre cette pipette je suis le &lt;br class='autobr' /&gt;
coupable et la victime j'ai les deux r&#244;les &#224; la fois je suis &lt;br class='autobr' /&gt;
l'otage et le ravisseur l'aigle et la proie je suis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aimerais vous dire les paysages de printemps que j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
connus et que vous conna&#238;trez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si je m'endors maintenant c'est pour na&#238;tre de nouveau &lt;br class='autobr' /&gt;
devant vous et r&#233;cidiver &lt;br class='autobr' /&gt;
encore &lt;br class='autobr' /&gt;
et remonter la mis&#232;re comme Sisyphe sur la montagne &lt;br class='autobr' /&gt;
remonte le r&#1086;&#1089;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je vous parlerai des mythes et de ma naissance &lt;br class='autobr' /&gt;
mais d'abord je dois dormir parce que la pipette m'emporte avec elle dans le coma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je reviendrai parmi vous mais j'aurai tout oubli&#233; alors il faudra me rappeler pourquoi je ne dois pas prendre cette pipette alors il faudra venir ouvrir la bo&#238;te et m'en sortir et me montrer le chemin vers la r&#233;demption&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;s'il vous pla&#238;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout le monde quelque chose, de Corinne Lovera Vitali</title>
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		<dc:date>2026-03-13T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
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		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du langage, utilisant la libre association pour traduire une forme d'ali&#233;nation ordinaire. C'est une &#339;uvre exigeante sur la difficult&#233; d'exister au-del&#224; de ses propres &#233;garements. Une invitation &#224; devenir &lt;i&gt;quelque chose d'autre que soi seul&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/4jgnzGm2rWpzYa4RadulI3?si=DKus5nE8So2USQv7dbNlpQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;moi je mange la nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand c'est fini c'est fini, j'ai souvent entendu des personnes le dire. En g&#233;n&#233;ral c'&#233;tait Moi quand c'est fini c'est fini. Dans Moi quand c'est fini c'est fini le Moi compte. Pourtant ces personnes comme toutes les personnes &#233;taient toutes diff&#233;rentes mais elle reprenaient cette m&#234;me phrase qui sonne en mot d'ordre au m&#233;gaphone. On ne peut pas dire qu'il y aurait un groupe de personnes pour qui quand c'est fini c'est fini, et pourtant le Moi plac&#233; devant semble bizarrement indiquer un Nous. Nous les pour qui quand c'est fini c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je ne suis ni ce Moi ni dans ce Nous. Moi quand c'est fini c'est pas fini. Pas que je fasse durer la fin je ne crois pas non. Mais quand c'est fini &#231;a peut recommencer. C'est la logique m&#234;me. C'est la nature. Mon Moi quand c'est fini c'est pas fini ne va pas contre la nature il dit sa d&#233;cision ne pas. Qui est une impossibilit&#233; une inaptitude un rejet un refus, tous les mots pouvant s'enquiller pour dire que d'un non quelque chose d&#233;coule une non fin. Je n'ai pas de doctorat en logique math&#233;matique non. Tout ce que je n'ai pas ! Tout ce que je n'ai pas fait que je ne peux pas ne pas. Voil&#224; comment je suis faite. Voil&#224; comment est fait mon cerveau-c&#339;ur il per&#231;oit tout ouvert. Et dans une fermeture &#224; double tour per&#231;oit l'ouverture possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y puis-je ? La soir&#233;e est finie je la recommence. J'ai sommeil &#224; l'heure du repas j'ai faim au moment de m'endormir. Et je c&#232;de aux deux. Voil&#224; bien ce que je fais le mieux. Moi je mange la nuit. J'emp&#234;che toute d&#233;cision de venir s'y enkyster. Le cerveau-c&#339;ur est &#233;videmment aux r&#234;ves. Je ne le dis &#224; personne et jusqu'&#224; ce que je vous en parle je n'en avais pas connaissance. Faire tout &#224; l'envers aller toujours contre, quoi de moins d&#233;cisif quoi de plus sisyphe. C'est que j'ai quelques morts avec moi qui n'ont rien fini et certainement pas de vivre, alors vos petites grandes d&#233;cisions l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Robin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le coup de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est-&#224;-dire qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ce puzzle &#233;puisant et pendant si longtemps on aurait pu croire que toutes mes pi&#232;ces se sont aimant&#233;es par leurs formes tordues et qu'elles se sont assembl&#233;es en un clin d'&#339;il. Parfaitement. Le puzzle et le clin d'&#339;il ce sont des images, comme &#231;a vous voyez mieux. Vous voyez tout est embo&#238;t&#233;, toutes les bonnes pi&#232;ces &#224; tous les bons endroits, et si vous clignez des yeux vous ne voyez m&#234;me plus les joints. La jointure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que &#231;a se passe vraiment comme &#231;a un puzzle, d'abord il y a un ensemble tout &#224; fait assembl&#233; puis il y a la machine. La machinerie &#224; emporte-pi&#232;ces. Elle se place au-dessus, elle descend, et elle fait imploser l'ensemble. Et c'&#233;tait pas qu'il &#233;tait plus rond que le O de Giotto c'est que c'&#233;tait un ensemble. Et c'&#233;tait le v&#244;tre. C'&#233;tait le mien. Je ne suis pas venu au monde en pi&#232;ces tout de m&#234;me. Ni vous ni personne, sauf les pauvres malheureux &#224; qui il manquait d&#232;s le d&#233;part une case ou un bras ou alors ils &#233;taient soud&#233;s &#224; leur siamois et on a d&#251; leur passer la scie &#224; d&#233;couper, mais &#224; nous non. On &#233;tait un ensemble tout bien fonctionnel on avait z&#233;ro d&#233;faut. Nickel chrome. Chrom&#233; vanadium m&#234;me. Puis il y a eu la dislocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant &#233;videmment c'est &#233;vident. Tout est puzzle partout il n'y a plus aucun ensemble, alors m&#234;me vous vous voyez ce que je dis l&#224;. Comme c'est la v&#233;rit&#233;. Mais c'est pas mon sujet. Mon sijet c'est comment je me suis rassembl&#233; moi seul, en un pr&#233;tendu clin d'oeil et pr&#233;cis&#233;ment au milieu de ce chaos de pi&#232;ces grandes et petites et volant de toutes parts et m&#234;me pour la plupart abso-lument disparues, comme des esp&#232;ces. Autant dire juste avant la fin du monde. De justesse, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je clignais beaucoup des yeux depuis des mois parce que j'ai mauvaise vue et que la dictature du chaos emp&#234;chait mes habitudes de faire r&#233;guli&#232;rement le point. Il n'y avait plus aucune r&#233;gularit&#233; ni dans le monde ni dans ma vie et faire le point devenait toute une affaire sans que je puisse non plus sauter &#224; pieds joints dans le bazar et me dire Allez boule bastre, aussi m&#234;me en pointill&#233;s et m&#234;me &#224; des heures indues je clignais je clignais, je t&#226;chais de tenir ma ligne on peut dire &#231;a de sa vie quand on s'y accroche. Puis on aurait pu dire qu'en un clin d'&#339;il je n'ai plus eu besoin de cligner des yeux. Le flou s'&#233;tait install&#233; et tant pis s'il apportait avec lui son lot d'algies, tant pis tant pis. Parce que je dois l'admettre &#231;a avait fini par me plaire de ne plus tr&#232;s bien voir. Contrairement &#224; ce qu'on aurait pu croire ce flout&#233; &#231;a vous fouette l'&#226;me, &#231;a vous secoue la mollesse de vivre. Parce qu'alors il n'y a vraiment plus que vous enfin. Vous ne pouvez plus regarder au-dehors avec votre compas dans l'oeil et vous dire Ah tiens, comme trop souvent je me l'&#233;tais dit puis je tra&#231;ais droit dans les pay- sages en croyant que c'&#233;taient ceux des autres, Ah tiens, sans voir que c'&#233;taient les miens et sans comprendre que c'est bien commode les paysages des autres quand on est par vautr&#233; dans sa vie molle, c'est bien commode pour ne rien savoir et finir &#233;tourdi de se puzzler &#224; l'infini dans l'inconnu, assomm&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; et tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais ainsi totalement d&#233;go&#251;t&#233; quand le flou est venu &#224; ma rescousse. Je commen&#231;ais enfin &#224; regarder et &#224; voir r&#233;ellement au-dedans. Il n'y avait aucun flou l&#224;. Plut&#244;t tout au fluo se voyait mon tout intact si durement ballott&#233; des ann&#233;es et des humains mais qui avait r&#233;sist&#233;. Fi&#232;rement je l'ai visit&#233; et je l'ai reconnu et je l'ai ch&#233;ri. Je n'avais m&#234;me plus besoin de me souvenir, tout &#233;tait l&#224;. Plus de pi&#232;ces. Je ne peux mieux vous dire. Imaginez une sorte d'unit&#233; finie mais se renouvelant &#224; chaque respiration sans souci de morcellement, sans devoir d'inspection &#224; chaque instant, sans autre battement que celui de son c&#339;ur. Imaginez la fin du disloqu&#233;. Qui n'a plus ni &#224; se recoudre ni &#224; en d&#233;coudre avec ses sentiments. Imaginez de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez. Si vous le coup voulez aller faire un tour j'attends, pas de probl&#232;me. J'ai tout mon temps maintenant je suis bien r&#233;uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On est r&#233;guli&#232;rement tenu de dire des choses comme &#231;a, En un clin d'&#339;il. D'abord &#224; part si on est horloger ou si on est soi-m&#234;me un chrono ou un p&#232;se-personne ou une petite machine bien huil&#233;e, il y en a oui ils sont tic-tac tout le temps ils savent tout bien compter m&#234;me ce qui ne se mesure pas, mais si on n'est pas &#231;a, qu'est-ce qu'on fait ? Si on n'est vraiment mais vraiment pas &#231;a ? On ne sait pas signifier le temps autrement qu'en images, et on a toujours besoin d'&#234;tre rassur&#233; par les images comme quand on avait la chance de lire des livres d'images ou de dessiner toute la journ&#233;e parce qu'on &#233;tait des enfants. On dit En un clin d'&#339;il. Et si on n'est pas s&#251;r de son image on part vite en chercher une autre comme En un &#233;clair, sinon on dit &#192; la vitesse de la lumi&#232;re, &#231;a n'a pas d'importance si on ne conna&#238;t pas la vitesse de la lumi&#232;re. Parfois on l&#228;che Le coup de foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous savez c'est seulement pour se consoler les images qu'on met dans les mots, il ne faudrait pas les hair comme vous vous &#234;tes mis &#224; le faire. Et il ne faudrait pas non plus les utiliser de trop pour les publicit&#233;s. Il faudrait arr&#234;ter parce que &#231;a nous vide &#224; force. On a eu le coup de foudre c'est beau. &#199;a s'est pass&#233; en un clin d'&#339;il aussi. On ne peut pas se passer des images quand on parle, on ne peut pas se passer de tout, comme les images les rimes la scanse, on ne peut pas se passer de tout et parler ne serait qu'une sorte de jeu sans plus jamais de chanson ce serait un jeu tr&#232;s s&#233;rieux, ce serait vraiment un jeu de cons. Il y en a beaucoup qui y jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait le droit de chanter aussi alors. On ne faisait que &#231;a toute la journ&#233;e les ann&#233;es d'avant la dislocation y compris &#224; l'&#233;cole, surtout &#224; l'&#233;cole on dessinait on jouait on courait on chantait, on avait des &#233;ducateurs form&#233;s &#224; &#231;a. On nous chantait des berceuses aussi. Vous ne croyez pas qu'on en aurait encore besoin ? Qui a d&#233;cid&#233; que &#231;a devait s'arr&#234;ter ? L'&#226;ge de raison nous a tous ravag&#233;s et on n'a m&#234;me pas gagn&#233; en raison on est tous devenus des disloqu&#233;s on s'est retrouv&#233;s en loques &#224; ne plus pou- voir entendre le soir des rimes douces comme &#224; ne plus pouvoir sucer son pouce. Ceux qui n'ont pas eu le choix sont entr&#233;s dans la dislocation en se faisant une raison, j'imagine. Mais il y en a des comme nous ils n'ont pas pu, ils ont vraiment &#233;t&#233; disloqu&#233;s. On a dit de nous Ils sont perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait perdus c'est vrai, et c'est faux on n'&#233;tait rien perdus du tout on nageait comme les t&#234;tards qu'on &#233;tait rest&#233;s on surnageait comme on pouvait en pensant &#224; quand nos orteils sortaient de nos chaussettes ou quand la fille &#224; la peau un peu violette nous avait d&#233;clar&#233; son amour, ou on avait des musiques tout le temps dans la t&#234;te ou on voyait des dessins dans la tapisserie ou on croyait se marier avec un vieux bout de rideau sur la t&#234;te, et parfois on ne faisait m&#234;me que l'imaginer justement. Et en m&#234;me temps qu'on subissait la dislocation g&#233;n&#233;rale on devait aussi se disloquer de ceux qui nous disloquaient. On a eu beaucoup de travail pour rester agripp&#233;s &#224; notre pan de tapisserie derri&#232;re le pan de double rideau, et on ne se connaissait pas alors et on n'&#233;tait pas en hordes non plus, on &#233;tait radicalement seuls. Avec au m&#234;me endroit, c'est-&#224;-dire en nous, au-dedans de notre petit corps et de notre petite bo&#238;te cr&#226;nienne et de nos petits organes g&#233;nitaux, enfin tout partout en nous on &#233;tait avec ce puzzle incompr&#233;hensible et avec notre d&#233;sir, qu'on n'a jamais l&#226;ch&#233; sans jamais chercher &#224; le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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