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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>Dans l'&#233;paisseur des mots</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un concours de circonstances &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelque chose d'&#233;trange et de d&#233;plac&#233; dans le fait de donner des pr&#233;noms aux temp&#234;tes. Une temp&#234;te n'arrive plus seulement avec son cort&#232;ge de pr&#233;cipitations, de vent, de branches arrach&#233;es, d'impressionnants d&#233;g&#226;ts. J'imagine que c'est avec l'intention de rendre l'&#233;v&#233;nement plus proche de la population, de permettre d'identifier plus facilement le ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, mais il associe ainsi le drame aux personnes qui portent ce pr&#233;nom. La temp&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_7_1_-08915.png?1779606376' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un concours de circonstances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'&#233;trange et de d&#233;plac&#233; dans le fait de donner des pr&#233;noms aux temp&#234;tes. Une temp&#234;te n'arrive plus seulement avec son cort&#232;ge de pr&#233;cipitations, de vent, de branches arrach&#233;es, d'impressionnants d&#233;g&#226;ts. J'imagine que c'est avec l'intention de rendre l'&#233;v&#233;nement plus proche de la population, de permettre d'identifier plus facilement le ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, mais il associe ainsi le drame aux personnes qui portent ce pr&#233;nom. La temp&#234;te s'approche. On redoute ses effets. On suit avec crainte son parcours sur les cartes. On prononce son nom &#224; la t&#233;l&#233;vision avec une forme de proximit&#233; troublante. Le pr&#233;nom change la nature des temp&#234;tes. Elles cessent d'&#234;tre neutres, et si elles restent uniques, difficile sans cela &#224; les diff&#233;rencier. C'est tout un ensemble d'images qui nous parvient dans son sillage. Des routes inond&#233;es, des fen&#234;tres qui claquent, des personnes qui regardent le ciel s'assombrir. Certains pr&#233;noms semblent soudain impossibles &#224; porter sans que revienne le souvenir dramatique. Tout le monde se souvient des temp&#234;tes de fin d&#233;cembre 1999 en Europe. Leurs pr&#233;noms r&#233;sonnent encore dans nos m&#233;moires. Lothar et Martin. Il y a cependant des moyens moins raccoleurs qu'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/quel-nom-choisiriez-vous-pour-une-tempete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un concours pour choisir les prochains noms de temp&#234;te&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55262998201_4463f40bf0_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55262998201_4463f40bf0_k-96e33.jpg?1779606376' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Exposition &lt;i&gt;Curiosit&#233;&lt;/i&gt; (objets de Ma&#239;ssa Toulet), Cent, 100 rue de Charenton, Paris 12&#232;me, 11 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon temps mon demain mes toujours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme s'est juch&#233;e sur le rebord de la fen&#234;tre aux volets m&#233;talliques ferm&#233;s, au rez-de-chauss&#233;e de cette maison devant laquelle je passe quotidiennement. Elle n'est pas chez elle, mais elle s'y sent &#224; l'aise, l'air d&#233;tendu, joyeuse et insouciante. Elle est assise, son dos contre le montant b&#233;tonn&#233; du cadre de la fen&#234;tre, son corps recroquevill&#233; pour se lover dans cet espace r&#233;duit, plus large que long, genou relev&#233; vers sa poitrine pour s'y maintenir en entier et ne pas risquer de tomber, ce qui lui permet de maintenir en &#233;quilibre son smartphone sur ses genoux pour discuter en vid&#233;o avec un ami. Elle ne pr&#234;te pas attention aux pi&#233;tons qui marchent sur le trottoir et passent &#224; sa hauteur. Sans un regard, ni un sourire. Concentr&#233;e dans sa conversation qui prend toute la place comme son corps dans cet espace incongru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le moment fragile o&#249; ce sentiment appara&#238;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez l'actrice Renate Reinsve quelque chose qui &#233;chappe imm&#233;diatement aux cat&#233;gories habituelles de la beaut&#233;. Son visage semble toujours travers&#233; par une pens&#233;e, une inqui&#233;tude, un tremblement int&#233;rieur. Sa beaut&#233; tient dans la mani&#232;re qu'elle a de laisser appara&#238;tre le doute, d'accueillir la fatigue, l'ironie, d'exprimer la g&#234;ne ou le d&#233;sir sans jamais vraiment les souligner. Dans &lt;i&gt;Julie (en 12 chapitres)&lt;/i&gt;, elle incarne un personnage qui change sans cesse de forme. Julie h&#233;site, fuit, recommence, d&#233;truit ce qu'elle aime, cherche sa place dans sa propre vie. Beaucoup d'acteurs jouent les contradictions. Renate Reinsve les laisse coexister en elle. Elle peut &#234;tre lumineuse dans une sc&#232;ne de f&#234;te, puis soudain totalement ferm&#233;e, presque absente, comme si une autre pens&#233;e traversait son esprit. Son jeu repose moins sur la d&#233;monstration psychologique que sur des micro-d&#233;placements. Une mani&#232;re de regarder quelqu'un trop longtemps, de sourire avant de se refermer, de ralentir l&#233;g&#232;rement au milieu d'une phrase. Dans &lt;i&gt;La Convocation&lt;/i&gt;, son visage devient plus inqui&#233;tant. Le film repose largement sur sa capacit&#233; &#224; maintenir une ambigu&#239;t&#233; permanente. Elle parait &#224; la fois fragile et capable d'une violence exag&#233;r&#233;e. Elle ne cherche pas &#224; rendre son personnage sympathique. Elle laisse des zones de silence, des moments o&#249; l'on ne sait plus si elle souffre, si elle manipule ou se prot&#232;ge. C'est cette opacit&#233; qui la rend troublante. Dans &lt;i&gt;Valeur sentimentale&lt;/i&gt;, cette qualit&#233; devient plus sensible encore. Son personnage existe &#224; travers un simple mouvement de t&#234;te ou une respiration suspendue. Elle accepte les contradictions, les moments embarrassants, les silences. Son corps lui-m&#234;me semble toujours l&#233;g&#232;rement en d&#233;calage sur son &#233;motion. C'est ce qui produit sur nous une impression de v&#233;rit&#233; tr&#232;s rare. Jouer ne consiste pas &#224; montrer un sentiment, mais &#224; laisser voir le moment fragile o&#249; ce sentiment appara&#238;t, se transforme ou dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/49077899932_43572f5e68_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/49077899932_43572f5e68_k-4dfc7.jpg?1779606376' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Yomise-dori, Yanaka, Tokyo, Japon, 17 novembre 2019&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce temps du dehors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le brouhaha des conversations s'entrechoque &#224; contretemps avec la musique pouss&#233;e trop fort dans le caf&#233;, une rythmique s&#232;che et cadenc&#233;e dont on distingue &#224; peine la voix f&#233;minine, noy&#233;e sous une batterie omnipr&#233;sente. Dans la vitre de la porte-fen&#234;tre, &#224; c&#244;t&#233; de moi, plusieurs reflets vibrent et se diffractent, se surimpriment aux silhouettes &#233;vasives des passants qui traversent la rue d'un pas rapide dans la lumi&#232;re de fin de journ&#233;e. Lorsqu'on d&#233;tache l&#233;g&#232;rement le regard de ce mirage tremblotant, c'est alors l'ensemble du carrefour qui appara&#238;t, toute la sc&#232;ne et sa m&#233;canique visible. Le passage r&#233;gulier des voitures, toujours &#224; la m&#234;me allure, l'alternance presque hypnotique des feux, les croisements de pi&#233;tons qui s'engagent chacun son tour sur les bandes blanches des passages-pi&#233;tons. Il y a dans cette effervescence quelque chose d'entra&#238;nant et d'artificiel &#224; la fois. Une dynamique fabriqu&#233;e. Cin&#233;matographique. Comme ces sc&#232;nes de foule o&#249;, soudain, le regard cesse de croire &#224; l'illusion et commence &#224; voir ce qu'elle contient r&#233;ellement. Des figurants qui r&#233;p&#232;tent plusieurs fois les m&#234;mes gestes, pour produire un effet de r&#233;el qui finit, au contraire, par r&#233;v&#233;ler la mise en sc&#232;ne. Un couple s'arr&#234;te devant le caf&#233;, comme s'ils attendaient quelqu'un avant d'entrer. Ils se rapprochent, s'embrassent. Leurs corps glissent l'un contre l'autre, s'agrippent doucement, cherchent encore un peu plus de proximit&#233;, tout en conservant entre eux une distance infime, presque invisible, avant l'&#233;treinte. La femme commence, sans y penser, &#224; faire basculer son corps d'avant en arri&#232;re. Un mouvement lent, presque imperceptible, qui se transmet aussit&#244;t au corps de son compagnon. Ils se mettent &#224; danser. Ils semblent oublier toute l'agitation qui les entoure. Mieux encore, ils l'effacent. Pour ceux qui les regardent, la rue dispara&#238;t &#224; son tour, les voitures, les feux, les passants. Il ne reste plus qu'eux et leur chor&#233;graphie discr&#232;te, vacillante, renversante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La source d'un &#233;cho</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Penser le pr&#233;sent &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les espaces vides du 2&#7497; &#233;tage de la Biblioth&#232;que publique d'information du Centre Pompidou, Wolfgang Tillmans pr&#233;sente l'exposition Rien ne nous y pr&#233;parait &#8211; Tout nous y pr&#233;parait. Con&#231;ue comme un vaste livre d'artiste, cette exposition m&#234;le photographies, vid&#233;os, sons, textes et objets, en exploitant librement les volumes, les murs, les tables ou les rayonnages de la biblioth&#232;que. Loin des accrochages traditionnels, l'exposition favorise la d&#233;ambulation, sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musee" rel="tag"&gt;Mus&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/gare" rel="tag"&gt;Gare&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_32_1_-691d3.png?1754204441' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser le pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les espaces vides du 2&#7497; &#233;tage de la Biblioth&#232;que publique d'information du Centre Pompidou, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/nSlcbMZ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wolfgang Tillmans pr&#233;sente l'exposition &lt;i&gt;Rien ne nous y pr&#233;parait &#8211; Tout nous y pr&#233;parait&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;. Con&#231;ue comme un vaste livre d'artiste, cette exposition m&#234;le photographies, vid&#233;os, sons, textes et objets, en exploitant librement les volumes, les murs, les tables ou les rayonnages de la biblioth&#232;que. Loin des accrochages traditionnels, l'exposition favorise la d&#233;ambulation, sans parcours impos&#233;, jouant sur la r&#233;p&#233;tition d'images, la surprise des formats et des supports. Tillmans y interroge notre &#233;poque &#224; travers des photographies issues de moments marquants, des ann&#233;es 1990 &#224; aujourd'hui, &#233;voquant les crises, les fronti&#232;res, l'amour, la coexistence. Il explore aussi les liens entre image, savoir, m&#233;moire et transmission. &#192; la fois intime et politique, le travail de l'artiste capte les tensions de l'histoire contemporaine tout en inventant de nouveaux modes de regard. Pens&#233;e en dialogue avec l'esprit du lieu, cette exposition marque aussi une &#233;tape dans l'histoire du Centre Pompidou, avant sa fermeture pour r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/54643658598_a0ab04f1b7_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54643658598_a0ab04f1b7_k-a5699.jpg?1754204441' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Int&#233;rieur de la Tour Saint-Jacques, Paris 4&#232;me, 9 juillet 2025&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du fond de l'incertitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue en contrebas de la biblioth&#232;que, un homme crie &#224; intervalles r&#233;guliers. Depuis l'int&#233;rieur du b&#226;timent, je n'arrive pas &#224; percevoir ce qu'il dit. &lt;i&gt;J'en peux plus de souffrir ! Un peu plus de lumi&#232;re ! Je veux trouver mon fr&#232;re !&lt;/i&gt; &#192; chaque fois qu'il pousse son cri, projet&#233; de toutes ses forces, le corps tendu vers le ciel, t&#234;te rejet&#233;e en arri&#232;re, il se tourne vers le si&#232;ge du Parti communiste. Je me demande un moment si cela peut &#234;tre li&#233;. Je ne vois pas ce qu'il veut. Il regarde r&#233;guli&#232;rement son t&#233;l&#233;phone portable comme s'il y cherchait une r&#233;ponse qui ne vient pas, qui se refuse &#224; lui. Jusqu'au d&#233;but du XX&#7497; si&#232;cle, on pouvait entendre le vitrier qui passait dans la rue et criait tr&#232;s fort, pour ceux qui avaient besoin de ses services : &lt;i&gt;Vitrier, vitrier !&lt;/i&gt; Mais, cet homme ne vend rien. Il reste de longues minutes &#224; crier en vain, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement n&#233;cessaire pour que les choses tiennent ensemble chacune &#224; sa place&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous &#233;loignant en train de Paris sous un ciel charg&#233; de lourds nuages gris aux teintes sombres, apercevant derri&#232;re les vitres ruisselantes de gouttes de pluie, la forme de ces nuages se m&#233;tamorphose progressivement. Ils s'&#233;claircissent tout d'abord, puis se trouent et finissent par s'effilocher jusqu'&#224; laisser transpara&#238;tre, par petits bouts, le bleu du ciel. Sur la vitre oppos&#233;e du wagon, l'injonction publicitaire &#171; laissez-nous r&#234;ver &#187; se transforme alors en promesse. L'ombre form&#233;e par la trace d'une usure de rev&#234;tement anti-UV de la vitre, se refl&#232;te sur le livre que je suis en train de lire, au niveau du titre d'un nouveau chapitre : &lt;i&gt;lumineux.&lt;/i&gt; Ce qu'on remarque d'abord en arrivant &#224; La Ciotat, c'est la chaleur et dans cette chaleur, les bruits qu'elle accentue. Les cigales assourdissantes, le vent dans les arbres et les lointains moteurs d'avion. Apr&#232;s un long moment pass&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la Villa Deroze, on continue &#224; percevoir le bruit r&#233;gulier des cigales &#224; l'ext&#233;rieur, mais on s'y habitue, sans se rendre compte qu'il est att&#233;nu&#233; par les murs et les fen&#234;tres, au point de le confondre avec le bruit du moteur du frigidaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/52589809158_426f09d204_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/52589809158_426f09d204_k-28955.jpg?1754204442' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Reflets du Palais-Royal, Paris 1er, 27 d&#233;cembre 2022&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La promesse n'est pas une r&#233;v&#233;lation, c'est une reconnaissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours de r&#233;sidence pass&#233;s &#224; la Villa Deroze avec Caroline, nous cherchons nos marques, nos rep&#232;res. Nous am&#233;nageons ensemble notre espace de travail dans ce qui sera aussi, tout le mois d'ao&#251;t, notre lieu de vie, que nous partagerons avec (&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1578-denis-cartet-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Denis Cartet&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, les quinze premiers jours et &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1553-jiwon-lee-a-marseille-et-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jimon Lee&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; pour la fin du mois. Et si le chant des cigales, l'odeur des &#233;pines de pin, sous le soleil estival, rappellent les vacances, nous gardons en t&#234;te que nous sommes l&#224; pour travailler sur un projet commun d'&#233;criture. En descendant en ville, le trajet nous le rappelle &#224; son tour. Nous errons sans trouver tout de suite notre chemin. La difficult&#233; des premiers jours ne peut dispara&#238;tre sans pr&#233;paration. Sans tout pr&#233;voir, il est n&#233;cessaire de baliser, au jour le jour, les grandes lignes de ce que nous souhaitons faire. Les temps de travail et les temps de pause. Les temps de lecture et les temps de recherche. Et les promenades pour se ressourcer et r&#233;fl&#233;chir aux textes en cours d'&#233;criture, dans le mouvement de la marche. Nous sommes arriv&#233;s sur place avec une soixantaine de pages &#233;crites de nos diff&#233;rents r&#233;cits. Nous devons retravailler ces textes chacun de notre c&#244;t&#233;, puis les relire ensemble, en discuter, les remanier, puis &#233;crire une s&#233;rie de textes qui s'inscrivent entre nos diff&#233;rents r&#233;cits. Comme je l'ai pr&#233;cis&#233; da la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note d'intention de notre projet de r&#233;sidence sur le site de &lt;i&gt;La Marelle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : &#171; &#201;crire &#224; deux, c'est engager un dialogue permanent. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Journal du regard : Novembre 2024</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-novembre-2024</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; C'est un lieu qui n'est ouvert qu'une fois par an. Le jour de la Toussaint, le 1er novembre. Un cimeti&#232;re adoss&#233; &#224; l'&#201;glise Saint-Pierre de Montmartre, au sommet de la Butte. On peut facilement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/video" rel="tag"&gt;Vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cimetiere" rel="tag"&gt;Cimeti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2599-be513.png?1739535465' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/fxOSZ-09YXo&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
C'est un lieu qui n'est ouvert qu'une fois par an. Le jour de la Toussaint, le 1er novembre. Un cimeti&#232;re adoss&#233; &#224; l'&#201;glise Saint-Pierre de Montmartre, au sommet de la Butte. On peut facilement passer &#224; Montmartre sans m&#234;me apercevoir ce cimeti&#232;re tr&#232;s secret, situ&#233; pourtant dans une zone tr&#232;s passante entre la Place du Tertre et le Sacr&#233; C&#339;ur. C'est le plus ancien cimeti&#232;re de Paris. Sa cr&#233;ation remonte officiellement &#224; 1688. L'existence d'un cimeti&#232;re &#224; cet endroit est sans doute plus ancienne encore, il est probable que le site accueillait d&#232;s le VI&#232;me si&#232;cle une chapelle, ainsi qu'une premi&#232;re n&#233;cropole m&#233;rovingienne. Je n'&#233;coute plus depuis l'entr&#233;e la guide qui retrace l'histoire du lieu. Les couleurs de l'automne tardent &#224; s'imposer en ce d&#233;but de mois. Mon regard tra&#238;ne sur les anciennes tombes, la mousse qui les recouvre et la v&#233;g&#233;tation qui gagne du terrain. Dans ce monde de la profusion j'aime qu'il existe des endroits secrets, encore inaccessibles. Des endroits &#224; m&#233;riter, o&#249; m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville roule au ralenti le lundi. C'est &#224; peine diff&#233;rent du dimanche o&#249; de nombreux commerces &#233;tant ferm&#233;s, il y a beaucoup moins de monde dehors. La ville est moins bruyante, moins confuse. Les sons plus isol&#233;s se per&#231;oivent plus finement. Le chant des oiseaux, les bribes de conversations, le fracas des chantiers, et m&#234;me les bruits de la circulation deviennent plus audibles. Dans ce calme relatif, la r&#233;p&#233;tition de musiciens en terrasse d'un caf&#233;-restaurant o&#249; ils donneront sans doute le soir un concert, transforme la perception de l'espace travers&#233;. La bande son d'un film int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai abandonn&#233; pendant six mois mon compte Instagram car &#224; chacune de mes publications je passais trop de temps &#224; suivre les comptes des autres. J'y suis retourn&#233; r&#233;cemment et cela m'a d&#233;&#231;u de voir le fil de toutes mes images ainsi interrompu. Il y avait quelque chose de s&#233;pulcral dans cet arr&#234;t soudain, inexpliqu&#233;. Comme ces sites ou certains profils sur les r&#233;seaux sociaux auxquels on est abonn&#233; depuis longtemps, fid&#232;le, qui s'interrompent brusquement, &#224; la suite de la disparition de leurs auteurs. Le temps se fige, arr&#234;t sur image qui met en lumi&#232;re, dans cette derni&#232;re publication, la r&#233;v&#233;lation hasardeuse d'une conclusion abrupte, involontaire, un &#233;pitaphe num&#233;rique malencontreux. L'int&#233;r&#234;t de cette publication d'images hebdomadaire ne tient pas tant dans le quotidien de leur mise en ligne, mais dans l'accumulation, ce que celle-ci dessine presque malgr&#233; moi, de mes trajectoires, des perspectives invent&#233;es, toutes ces villes, ces paysages, au cours de ces voyages, dans tous ces espaces ainsi parcourus, la r&#233;v&#233;lation de leur transformation au fil du temps, et ce que celle-ci raconte ou &#233;veille en moi, qui s'y modifie dans la dur&#233;e. Le regard change dans la continuit&#233; des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la nuit tombe on croit que les ombres disparaissent. On imagine que l'ombre est indissociable de la lumi&#232;re, son double, son contraire. Mais l'ombre s'efface sans dispara&#238;tre dans la nuit. D&#232;s que les lumi&#232;res des lampadaires, des enseignes, des boutiques dans la rue, des phares des voitures, des v&#233;los, et les lumi&#232;res aux couleurs vari&#233;es des fen&#234;tres des immeubles s'allument, la ville s'illumine et les ombres refont surface. Discr&#232;tes, timides d'abord, elles longent les fa&#231;ades, glissent entre les passants qui rentrent chez eux. Quand on fixe un mur au hasard, c'est un spectacle sans fin. Une chor&#233;graphie minutieuse et fascinante. Il y a le mouvement des hommes et des femmes, leurs silhouettes fuyantes, qui vont et viennent sans m&#234;me se regarder, sans voir leurs ombres se projeter et laisser &#224; chaque passage une trace &#233;ph&#233;m&#232;re d'eux sur le mur. Les ombres se projettent, s'agrandissent ou se ress&#232;rent, se superposent les unes aux autres, et l'on s'engouffre avec elles dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarder par la fen&#234;tre la neige tomber. Rester plusieurs minutes sans bouger, fascin&#233; par le mouvement erratique des flocons qui malgr&#233; le vent qui les gifle et les fait tourbillonner demeure celui de la chute verticale, de haut en bas. L'impression de participer &#224; cette chute, au renversement des perspectives. Je fixe le paysage devant moi en restant immobile et j'ai pourtant l'impression qu'il se met &#224; vibrer, &#224; palpiter, &#224; m'attirer dans son &#233;lan. Soudain c'est moi qui vacille dans son mouvement. Sa chute irr&#233;sistible. Les flocons de tailles diverses paraissent sales, gris&#233;s. Sans doute est-ce li&#233; &#224; la faible luminosit&#233; du jour. Le ciel blanc se voile de toutes ces particules qui en brouillent l'uniforme harmonie. Le blanc avale les formes, les contours. Quand je sors dans la rue, je vois bien que rien ne tiendra. Cela tombe au sol, sur les flaques d'eau qui s'&#233;largissent, recouvre certains pare-brises. Dans les rues les plus isol&#233;es, les enfants s'amusent &#224; se jeter des boules de neige, mais leur r&#233;jouissance vient plus de leur accidentelle perte d'&#233;quilibre que de la neige qu'ils ne parviennent que difficilement &#224; assembler pour former leurs projectiles. Le sol est glissant. La peur de tomber. L'envie de tout effacer. Pris entre ces deux tentations. Je rentre chez moi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Octobre 2023</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-octobre-2023</link>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; Le cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise est un espace clos comme un livre, une ville dans la ville. Dans ce lieu de recueillement marqu&#233; simultan&#233;ment par la pr&#233;sence et l'absence de tous ces gens qui y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal-du-regard" rel="tag"&gt;Journal du regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/violence" rel="tag"&gt;Violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/politique" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/mort" rel="tag"&gt;Mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cimetiere" rel="tag"&gt;Cimeti&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2486-8be88.png?1739832247' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/DDHqg053ubo?si=T9yRYunb5R7iwnI-&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
Le cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise est un espace clos comme un livre, une ville dans la ville. Dans ce lieu de recueillement marqu&#233; simultan&#233;ment par la pr&#233;sence et l'absence de tous ces gens qui y sont enterr&#233;s et les touristes curieux &#224; la recherche de tombes de c&#233;l&#233;brit&#233;s, les figures color&#233;es des vitraux, les formes vari&#233;es des statues en marbre ou en bronze, se r&#233;v&#232;lent au d&#233;tour d'une all&#233;e, entre ombres et lumi&#232;res, double de la ville des morts qui surgit dans la ville des vivants. Aujourd'hui il fait une chaleur ind&#233;cente pour la saison. Rien ne va plus mais on continue comme si de rien n'&#233;tait. On marche en aveugle dans les d&#233;dales d'un cimeti&#232;re &#224; ciel ouvert. Nous sommes non seulement hant&#233; chacun par notre mort individuelle mais d&#233;sormais aussi, par l'incons&#233;quente incapacit&#233; &#224; r&#233;guler notre impact sur les d&#233;r&#232;glements climatiques li&#233;s &#224; nos modes de vie, de transports et de consommation, par l'extinction possible de notre esp&#232;ce, sa fin prochaine et ceci jusqu'au dernier t&#233;moin, jusqu'&#224; la possibilit&#233; m&#234;me de raconter cette disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la campagne de Braine-l'Alleud, le doux vallonnement du Branbant Wallon o&#249; Caroline et moi passons le week-end chez sa cousine, dans cet apr&#232;s-midi o&#249; le soleil est encore haut dans le ciel laiteux, nous nous promenons &#224; travers champs et bois. Dominique et Caroline marchent quelques m&#232;tres devant moi sur un petit chemin de terre sableuse recouvert de feuilles et de brindilles, d'ombres et de lumi&#232;re. Comme tr&#232;s souvent je me rends compte que je suis &#224; la traine, derri&#232;re elles qui parlent ensemble, de leur quotidien, de leur famille, de leur souvenirs et du pass&#233;. Je me fais discret, me tiens un peu &#224; distance, dans ce positionnement, l&#233;g&#232;rement en retrait qui s'explique bien s&#251;r par ma discr&#233;tion, ma retenue, mais aussi parce que je m'arr&#234;te r&#233;guli&#232;rement en chemin pour prendre des photographies du paysage, filmer des plans de la campagne. Peu de temps &#224; chaque fois, il faut que je les rattrape en pressant le pas. Difficile de suivre ainsi leur conversation &#224; b&#226;tons rompus. Je suis dans l'image comme enfant on disait dans la lune. Ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans la lumi&#232;re du feu&lt;br class='autobr' /&gt;
fatigu&#233; de regarder&lt;br class='autobr' /&gt;
les mains dans les poches&lt;br class='autobr' /&gt;
je me suis tu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;sirs secrets&lt;br class='autobr' /&gt;
une flamme tourbillonnante&lt;br class='autobr' /&gt;
entendre des murmures&lt;br class='autobr' /&gt;
le battement du sang&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Caroline, nous avons choisi un logement &#224; Ixelles, une belle maison d'h&#244;tes de style Art Nouveau avec vue sur les &#233;tangs. Nous sommes en train de lire &lt;i&gt;L'&#233;chiquier&lt;/i&gt; de Jean-Philippe Toussaint et d&#233;couvrons par hasard que la maison o&#249; vivaient ses parents, qui abritait la c&#233;l&#232;bre librairie &lt;i&gt;Chapitre XII&lt;/i&gt; tenue par sa m&#232;re, se trouvent juste de l'autre c&#244;t&#233; des &#233;tangs. &#171; Dans ce p&#233;rim&#232;tre de mon enfance, p&#233;rim&#232;tre autant fantasmatique que r&#233;el, qui irait de la rue Jules Lejeune &#224; la rue du Bailli, et serait d&#233;limit&#233; &#224; l'ouest par la place du Ch&#226;telain et &#224; l'est par l'avenue Louise. &#187; Nous entr'apercevrons le lendemain la longue silhouette de l'auteur derri&#232;re sa fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous traversons Bruxelles, je ne peux m'emp&#234;cher de penser aux massacres perp&#233;tr&#233;s ces jours-ci en Isra&#235;l. La brutalit&#233; de ces crimes odieux. On ne peut pas confondre le peuple isra&#233;lien avec son gouvernement d'extr&#234;me-droite ni le peuple palestinien avec le mouvement islamiste et nationaliste palestinien du Hamas. On ne peut pas &#233;num&#233;rer les noms des disparus et des otages encore aujourd'hui retenus en captivit&#233;, et montrer les images des destructions de pans entiers de Gaza comme seule r&#233;ponse l&#233;gitime, alors qu'elle renforce l'anonymat des morts dissimul&#233;s sous ce champ de ruines. Cette guerre de la civilisation contre la barbarie, comme la d&#233;signe le Premier Ministre isra&#233;lien, est une aberration. C'est un conflit qui oppose depuis trop longtemps isra&#233;liens palestiniens (soutenu et manipul&#233; par des puissances &#233;trang&#232;res). Le r&#233;sultat d'un encha&#238;nement d'&#233;v&#233;nements qui s'inscrit sur de nombreuses ann&#233;es, des responsabilit&#233;s entrem&#234;l&#233;es, difficiles &#224; d&#233;partager, mais si on n'admet pas &#231;a de part et d'autre, rien ne pourra arr&#234;ter ce conflit. Il faudra du temps pour interrompre l'escalade de violence de ces derni&#232;res ann&#233;es, admettre puis cesser la colonisation et l'apartheid d'un c&#244;t&#233;, reconna&#238;tre puis cesser toutes les violences sanguinaires de l'autre, avant de pouvoir entamer un lent, complexe mais n&#233;cessaire processus de paix qui passera in&#233;vitablement par la cr&#233;ation de deux &#233;tats s&#233;par&#233;s dans cette r&#233;gion du Moyen-Orient. L'&#233;tat d'Isra&#235;l et l'&#233;tat de Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de la Commission po&#233;sie du CNL, apr&#232;s avoir discut&#233; des auteurs, des &#233;diteurs, de leurs projets et textes &#224; soutenir, ce temps libre avant de rentrer &#224; la maison. La nuit tombe, dans la rue l'effervescence de cette fin de journ&#233;e. Cela me rappelle la p&#233;riode o&#249; j'ai men&#233; des ateliers d'&#233;criture pendant plusieurs ann&#233;es de suite, &#224; Sciences Po. Une respiration, un temps en suspens, dans une journ&#233;e de la semaine mise entre parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les chaleurs &#233;crasantes du d&#233;but de ce mois qui prolongeaient l'&#233;t&#233; au-del&#224; de l'habituel &#233;t&#233; indien, le changement de saison se fait enfin sentir, l'automne avec son rythme diff&#233;rent, ses journ&#233;es plus courtes, ses lumi&#232;res changeantes, un voile l&#233;ger d'humidit&#233; qui grise toutes les couleurs des paysages. Quelques jours de pluie. Une fra&#238;cheur sensible le matin et le soir. Moins de temps dehors pour se promener et filmer, d&#232;s lors les s&#233;quences du journal deviennent plus br&#232;ves. Le corps s'habitue lentement &#224; ces menues transformations. Il faut trouver le bon rythme, s'adapter peu &#224; peu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Journal du regard : Novembre 2021</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-novembre-2021</link>
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		<dc:date>2021-11-30T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Marseille est une ville sans arr&#234;t en chantier. Un chantier dont nous pouvons voir les traces partout. Un chantier qui s'inscrit dans la dur&#233;e. J'aime les villes en chantier. Ce qui reste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2306-1af30.png?1739832247' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/6mvgjJLqNg4&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Marseille est une ville sans arr&#234;t en chantier. Un chantier dont nous pouvons voir les traces partout. Un chantier qui s'inscrit dans la dur&#233;e. J'aime les villes en chantier. Ce qui reste m'importe peu, juste la transition, la trace de ce qui se construit, ce qui a lieu c'est le lieu. La forme que nous inventons sans nous voir l'inventer. Et puis ici il y a la mer. Et le bleu du ciel que j'aime tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Gare Saint-Charles &#224; Marseille, juste avant de prendre le train du retour. Nous v&#233;rifions l'heure du d&#233;part, du temps devant nous. En sortant sur la terrasse qui surplombe la ville, je remarque la silhouette d'un jeune homme se d&#233;couper en ombre chinoise, la forme de Notre-Dame de la Garde se profilant au loin, derri&#232;re la vitre. Je sors mon appareil photo. Prise &#224; la vol&#233;e, avec la certitude de la justesse du cadre, du regard, de l'image qui se fait au moment o&#249; on la prend, sans m&#234;me avoir besoin de la regarder, en passant. Souvenir de la conversation avec Caroline qui a suivi sur la terrasse de la Gare, &#224; propos de la forme de son texte sur son p&#232;re qui se r&#233;v&#232;le dans une s&#233;rie de portraits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/256521157_305856268026262_261745352832414036_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH500/256521157_305856268026262_261745352832414036_n-7630b.jpg?1739832247' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Gare Saint-Charles, Marseille.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alice m'attend. &#192; la nuit tomb&#233;e. Je ne la vois pas. Je ne m'attends pas &#224; la voir l&#224;, &#224; la sortie de la biblioth&#232;que. Dans la rue. De l'autre c&#244;t&#233; du passage-pi&#233;ton, &#224; c&#244;t&#233; d'autres personnes, anonymes, qui attendent pour traverser. Elle seule reste immobile et je ne la vois qu'au dernier moment, son large sourire amus&#233; aux l&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;cipiter dehors pour une promenade sur des lieux sur lesquels je veux &#233;crire dans le cadre d'un texte intitul&#233; &lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt; qui compl&#232;te le projet de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://liminaire.fr/liminaire/article/rien-ne-ressemble-a-ce-dont-je-ne-me-souviens-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; que je m&#232;ne depuis un an et que je dois terminer en d&#233;but d'ann&#233;e prochaine. Des lieux situ&#233;s selon l'axe du M&#233;ridien de Paris. Je sors avec une envie folle de parcourir le plus d'endroits possibles. Une sorte de course contre le temps. Malgr&#233; le froid sec, le soleil fait une de ses derni&#232;res apparitions de la saison. Je dois me d&#233;p&#234;cher pour voir ces lieux dans un environnement proche de celui que je vais d&#233;crire. Je marche vite, le rouge aux joues. Dans l'enthousiasme des derniers instants. Les feuilles des arbres sont d&#233;sormais d'un jaune dor&#233;e &#233;clatant de lumi&#232;re qui envahit tout l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais plus beaucoup au cin&#233;ma. Avec Caroline et Alice nous sommes all&#233;s voir : Julie (en douze chapitres) de Jonathan Trier. Je retrouve ce qui me plait chez ce cin&#233;aste dont j'ai vu la plupart des films. &#192; travers son h&#233;ro&#239;ne et ses p&#233;r&#233;grinations, des pr&#233;occupations dont je me sens proche. Au milieu du film, Julie arr&#234;te le temps et court rejoindre et embrasser l'homme qu'elle aime &#224; l'autre bout de la ville. Sur sa route, les passants ont stopp&#233; tout mouvements, ils ne bougent plus, mais ils respirent encore, leurs cheveux ondulent au vent. L'image n'est pas fig&#233;e par un effet sp&#233;cial de cin&#233;ma, la vie continue de circuler malgr&#233; l'immobilit&#233; de la ville et de ses habitants, c'est la passion de cette femme qui est plus forte que tout, vitale, indomptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier de ses films que j'ai vu, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://liminaire.fr/palimpseste/article/plus-melancolique-que-nostalgique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oslo 31 ao&#251;t&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, une s&#233;quence fait &#233;cho &#224; celle-ci : Anders observe et &#233;coute les gens qui l'entourent dans un caf&#233;. Il cherche &#224; &#233;prouver une ultime fois la pulsation du monde. &#192; ses c&#244;t&#233;s dans le caf&#233;, deux jeunes filles dressent la liste de leurs r&#234;ves. Pr&#233;sent, pass&#233; et futur, l'espace de quelques secondes, se confondent pour ne faire qu'un. C'est un instant d'&#233;ternit&#233;. Un instant de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, en rentrant du cin&#233;ma ce soir l&#224;, j'aper&#231;ois cette femme brune agenouill&#233;e devant la boucherie, elle ressemble &#224; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dita_von_Teese&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dita Von Teese&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, un paquet fumant entre les mains, un chien impatient &#224; ses pieds. Je devrais sortir mon appareil pour la photographier. Mais nous sommes d&#233;j&#224; loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la partie basse d'un mur peint en noir dans le quartier, du c&#244;t&#233; de la rue Sainte-Marthe, quelqu'un a &#233;crit ce mot d'ordre en lettres capitales blanches : INTERDIT D'AFFLIGER. Un peu plus loin, une autre personne &#224; &#233;crit &#224; la peinture noire, trac&#233; &#224; main lev&#233; sur le rev&#234;tement blanc du mur : On ne devrait pas crever sans se dire qu'on a manqu&#233; de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, je me rends compte que je prends plus de photographies la nuit en p&#233;riode hivernale que pendant l'&#233;t&#233;, non pas tant parce que j'aime le froid, je crois que je pr&#233;f&#232;rerais me promener pendant les nuits chaudes d'&#233;t&#233;, mais la lumi&#232;re de la fin d'automne juste avant l'hiver est souvent triste, fade, grise, et les jours raccourcissant, je suis plus souvent dehors la nuit &#224; cette p&#233;riode qu'en &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parenth&#232;ses. Ces moments qu'on s'octroie comme une r&#233;compense. Pendant la semaine, au travail, sortir le midi pour aller se promener une heure, manger sur le pouce, afin d'avoir le temps de marcher et de prendre des photos. Des instants vol&#233;s aux obligations du quotidien. Aux horaires du bureau. S'&#233;chapper d'une formation au centre de Paris pour fl&#226;ner sur l'&#206;le Saint-Louis, longeant tous les endroits encore expos&#233;s au soleil en cette saison. Ces instants qui sauvent une journ&#233;e de travail. Un temps suspendu, entre parenth&#232;ses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S&#339;ur(s), de Philippe Aigrain</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/soeur-s-de-philipe-aigrain</link>
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		<dc:date>2021-07-16T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Inventaire</dc:subject>
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&lt;p&gt;Philippe Aigrain s'est fait conna&#238;tre par ses ouvrages et ses prises de position sur la d&#233;fense des libert&#233;s, des communs culturels, du domaine public, du partage &#224; l'heure du num&#233;rique et pour sa po&#233;sie. Avec ce premier roman, il m&#234;le plusieurs voix qui se croisent dans un univers labyrinthique. Un homme re&#231;oit un message &#233;nigmatique d'une femme qui pr&#233;tend &#234;tre sa s&#339;ur et lui demande de l'aide. Elle lui rappelle cette s&#339;ur imaginaire de son enfance. Les services de renseignements sont sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2271-45fba.png?1739832247' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH154/soeurs-63028.jpg?1739530514' width='100' height='154' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Philippe Aigrain s'est fait conna&#238;tre par ses ouvrages et ses prises de position sur la d&#233;fense des libert&#233;s, des communs culturels, du domaine public, du partage &#224; l'heure du num&#233;rique et pour sa po&#233;sie. Avec ce premier roman, il m&#234;le plusieurs voix qui se croisent dans un univers labyrinthique. Un homme re&#231;oit un message &#233;nigmatique d'une femme qui pr&#233;tend &#234;tre sa s&#339;ur et lui demande de l'aide. Elle lui rappelle cette s&#339;ur imaginaire de son enfance. Les services de renseignements sont sur le qui-vive suite &#224; la disparition et aux suicides d'hommes ayant &#233;t&#233; approch&#233;s par des femmes sans identit&#233;, intra&#231;ables, dont le seul point commun est d'&#234;tre &#233;bahies. Un roman sur la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e et les modifications qu'elle induit sur nos comportements, notre identit&#233;, notre rapport &#224; l'autre, dont la po&#233;sie nous invite &#224; nous laisser surprendre, &#224; rester ouverts aux autres, disponibles et g&#233;n&#233;reux, en un mot &#233;bahis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/soeurs-philippe-aigrain/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;S&#339;ur(s)&lt;/i&gt;, de Philippe Aigrain, Publie.net, 2020.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_3885 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/en-lisant/episodes/Noire-substance--de-Sverine-Daucourt-e13qfh0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Anchor&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/en-lisant/episodes/Noire-substance--de-Sverine-Daucourt-e13qfh0&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
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&#171; &lt;strong&gt;19. Lui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; eu cette sensation ou une qui lui ressemblait. Un vertige d&#233;licieux et l&#233;g&#232;rement terrifiant mais pas assez pour &#234;tre dissuasif. En italien, il y a ce mot : &lt;i&gt;innamorarsi&lt;/i&gt;. Plus complexe qu'il n'y para&#238;t puisqu'&lt;i&gt;innamorare&lt;/i&gt;, c'est enchanter, charmer, au sens fort des charmes et philtres. Donc &lt;i&gt;innamorarsi&lt;/i&gt;, c'est se faire tomber amoureux soi-m&#234;me de quelqu'un d'autre. Il y a bien [s']&#233;namourer, mais en fran&#231;ais et en anglais courant, c'est plus direct : on tombe. Amoureux. D'o&#249; le vertige. Une photo, cela fait partie des charmes modernes, m&#234;me si celle-l&#224; est &#233;trange, tr&#232;s diff&#233;rente d'une qu'on aurait trouv&#233;e sur le web et qu'on consulterait pour se rem&#233;morer un visage dont les traits s'effaceraient apr&#232;s une trop br&#232;ve rencontre. Je me demande qui l'a prise. C'est de trop loin pour que ce puisse &#234;tre un selfie, m&#234;me avec une perche. Peut-&#234;tre a-t-elle demand&#233; juste &#224; un passant, ce qui expliquerait ce regard inquiet, cet air presque absent. Ou alors quelqu'un l'a prise sans qu'elle le sache et ce ne serait pas elle qui aurait d&#233;pos&#233; la photo. Oui, &#231;a doit &#234;tre &#231;a. Mais alors &#231;a voudrait dire que quelqu'un nous manipule tous deux. Un scam sororal, c'est plus &#233;trange encore, mais aussi ouvert &#224; une manipulation externe. En tout cas, la combinaison des deux semble efficace malgr&#233; mes doutes sur l'origine des charmes. Provoque une obsession constante, ou plut&#244;t sans arr&#234;t r&#233;p&#233;t&#233;e, la constance est toujours relative, elle n'exclut pas l'intermittence, sinon comment diable pourrait-on dire qu'il y a r&#233;p&#233;tition. Il faut prendre en compte ces moments entre les r&#233;p&#233;titions, o&#249; ce qui nous obs&#232;de nous fait d&#233;faut. On estime souvent que l'obsession est p&#233;nible, mais l&#224;, franchement, &#231;a se discute, c'est &#233;videmment au contraire parce qu'il est d&#233;licieux de revenir &#224; son objet qu'on y retourne sans cesse. Mais je m'&#233;gare en m'&#233;loignant de mon &#233;garement, revenons-y. Je ne cesse de vouloir consulter la photo. L'obsession me rend inattentif. Estelle s'en est rendu compte. Estelle, c'est ma navigatrice au long cours. Tout le contraire d'une s&#339;ur. Une &#233;trang&#232;re famili&#232;re et secr&#232;te, lointaine et proche. Je pr&#234;te peu d'attention au suppos&#233; caract&#232;re incestueux des amours entre fr&#232;re et s&#339;ur puisque je sais bien que je n'ai pas de s&#339;ur, et rien ne laisse supposer que message ou photo m'&#233;namoureraient vraiment de celle qui me manque. Enfin, j'y pr&#234;te tout de m&#234;me attention puisque j'en formule ici la d&#233;n&#233;gation. Mais je ne m'y arr&#234;te pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je r&#233;sume. C'est elle, celle de la photo, qui doit me trouver, mais moi, je dois la reconna&#238;tre. Si elle me cherche, soit elle va me faire attendre, soit le probl&#232;me, c'est de se rendre trouvable. Parce que dans l'&#233;tat, rester &#224; attendre qu'on vous trouve n'est pas tr&#232;s satisfaisant. D'o&#249; la solution d'errer syst&#233;matiquement. D'accord, pendant qu'on erre quelque part il se pourrait qu'on vous cherche &#8211; ou pas &#8211; ailleurs. Mais &#231;a calme, d'errer. C'est favorable aux hallucinations br&#232;ves, l'entr'aper&#231;u d'un visage vite cach&#233; derri&#232;re des passants, un kiosque &#224; journaux, une palissade de travaux. Il r&#233;appara&#238;t et nous voil&#224; confondus de notre confusion. En projetant ainsi son visage sur celui d'une tribu al&#233;atoire de femmes et parfois d'hommes, c'est comme si j'incorporais une sorte de multitude &#224; un amour dont je n'ai pas la moindre id&#233;e de s'il pourra jamais exister au-del&#224; de l'effet des charmes modernes. En fait ce dont j'ai peur, ce n'est m&#234;me pas de perdre cet amour encore si peu consistant, c'est de manquer une s&#339;ur manquante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20. Elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma pile de billets est assez &#233;paisse, mais elle ne va pas durer &#233;ternellement. D'autres consid&#233;rations m'am&#232;nent &#224; penser que je ne suis pas destin&#233;e &#224; m'&#233;terniser ici. Il y a mon nom sur la bo&#238;te aux lettres, j'y retrouve de nombreux prospectus, mais aucun courrier de la compagnie d'&#233;lectricit&#233;, m&#234;me pas d'informations de l'agence qui g&#232;re la copropri&#233;t&#233; au-del&#224; des rappels &#224; l'ordre, distribu&#233;s dans les bo&#238;tes aux lettres, de trier ses ordures, de bien refermer la porte, de ne pas faire de bruit apr&#232;s 22 h et de ne pas laisser les enfants jouer au football dans la cour. Et pourtant les &#233;lectrons continuent &#224; circuler dans les fils et l'eau &#224; couler du robinet, je n'ai fait l'objet d'aucune remontrance qui me soit sp&#233;cifiquement destin&#233;e, les autres habitants me saluent sans que rien ne manifeste une interrogation sur le caract&#232;re l&#233;gitime de mon occupation du lieu. Il a fallu pour cela que quelqu'un s'en occupe pour moi ou au moins s'en soit occup&#233; pour une certaine p&#233;riode. Qui cela peut-il &#234;tre alors que je ne connais personne, personne en tout cas qui aurait des raisons de prendre un tel soin de moi ? Est-ce pour que je ne me sente pas en dette qu'on me laisse ainsi dans l'ignorance ? Ou plut&#244;t pour que je n'aie aucune attache ni aux choses ni &#224; des &#234;tres, que je me pr&#233;sente devant ceux que je rencontre avec quelque chose en moi qui les d&#233;couvre dans une absolue nouveaut&#233;, chacun comme une terre inexplor&#233;e ? Ce n'est pas moi qui suis neuve, c'est mon regard sur eux qui l'est parce qu'il ignore tout d'un avant dont pourtant la m&#233;moire de mon corps est peupl&#233;e. Je ne peux rester dans cet &#233;tat sans en souffrir de plus en plus et je pressens pourtant que c'est n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement de ma mission. Dans ce tiraillement, une &#233;trange pens&#233;e m'est venue, suis-je la seule, ou bien d'autres sont-ils pareils &#224; moi ? Et si je pouvais en rencontrer une, car j'y pense comme &#224; d'autres femmes, la reconna&#238;trais-je ? Et pour commencer, comment la rechercher, si j'&#233;tais une autre, ne sachant de moi rien d'autre que la semblance de ce qui nous fait autres, o&#249; se diriger pour me retrouver ? Ni l'&#226;ge, ni l'apparence ne me seraient d'un grand secours, sur une fiche on mettrait &#226;ge moyen, sans signes particuliers. Qu'aurai-je donc de particulier si ce ne sont pas des signes, s'il ne s'agit pas de l'apparence, de quelle autre manifestation de mon &#234;tre au monde et aux autres ? Je suis d&#233;s&#339;uvr&#233;e, il y a tant de gens qui le sont, mais mon d&#233;s&#339;uvrement s'accompagne d'une intense curiosit&#233;, manifestation de mon regard de nouveau-n&#233; sur le monde. Certes je pourrais me rendre plus visible, plus d&#233;monstrative dans mon inhabituelle nature, mais si je le faisais est-ce que cela ne trahirait pas justement cette nature furtive ? Parfois, je me sens tiraill&#233;e jusqu'&#224; la d&#233;chirure entre deux injonctions qui &#233;manent de quelque chose en moi ou que je ne fais qu'imaginer, il faut que l'on me trouve, le quelqu'un pour qui je suis l&#224; ou une pareille &#224; moi et il faut qu'on ne me trouve pas, mais qui ne doit pas me trouver et pourquoi cela serait-il un probl&#232;me si ce &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; me trouvait ? Tout cela accentue un d&#233;sarroi qui doit se lire sur mon visage, parfois j'ai l'impression qu'il exerce sur ceux qui me croisent une attraction dont je ne sais pas si elle provient de la fragilit&#233; per&#231;ue de mon &#234;tre ou de la s&#233;duction d'un danger que je porte en moi sans en conna&#238;tre la nature, d'une intensit&#233; qui manque aux vies ordinaires que pourtant j'envie et qui envoie le message d'une promesse muette. Est-il possible que quelqu'un &#224; qui rien n'arrive et qui fait si peu semble avoir un destin enviable ? Ou est-ce la certitude que ce rien doive se briser dans une r&#233;v&#233;lation soudaine, voire que justement parce que je ne suis porteuse d'aucune signification, chacun puisse projeter sur moi celles dont il est porteur, pour m'aimer ou me ha&#239;r, me prot&#233;ger ou me d&#233;truire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21. Eux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On a eu les premiers r&#233;sultats de d&#233;tection d'&#233;bahies. Les coll&#232;gues tombent sur les m&#234;mes probl&#232;mes que pour la d&#233;tection de personnes s'appr&#234;tant &#224; commettre des attentats. On essaye de d&#233;tecter des &#233;v&#233;nements rares avec des techniques par nature impr&#233;cises. Les images de cam&#233;ras de surveillance ne sont pas du tout calibr&#233;es, prises d'angles obliques ou surplombants, je ne sais m&#234;me pas comment ils peuvent pr&#233;tendre d&#233;tecter quoi que ce soit. Et ensuite il faut encore matcher ces images avec les photos dans la base des cartes d'identit&#233;. M&#234;me si on croit qu'il y a plus d'&#233;bahies que de personnes passant &#224; l'acte terroriste, ou bien on ne va d&#233;tecter personne, ou bien il y aura plein de fausses positives, d'images de personnes ayant des signes d'&#233;bahissement et possiblement semblables &#224; celles de fiches suspectes. Ne d&#233;tecter personne, ce n'est m&#234;me pas envisageable, vu le prix qu'on paye les prestataires de traitement d'image. Donc, il faut trouver un moyen de v&#233;rifier, et la seule fa&#231;on, c'est de rep&#233;rer les femmes qui ont g&#233;n&#233;r&#233; des d&#233;tections dans les images de cam&#233;ras de surveillance et de v&#233;rifier leur identit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Remarque, les fausses positives ne le resteront peut-&#234;tre pas longtemps. Au troisi&#232;me contr&#244;le d'identit&#233; sans motif, elles devraient avoir l'air s&#233;rieusement &#233;tonn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Roger, vous croyez peut-&#234;tre faire du mauvais esprit, mais en haut, ils ont d&#233;j&#224; th&#233;oris&#233; tout cela. Le chef du p&#244;le s&#233;curit&#233; int&#233;rieure au minist&#232;re appelle &#231;a la r&#233;v&#233;lation de culpabilit&#233; potentielle. Il y tient beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Et le protocole, alors ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L&#224;, Roger a raison, ce sera des contr&#244;les d'identit&#233;. On va se centrer sur des femmes qui ont g&#233;n&#233;r&#233; plusieurs positifs au m&#234;me endroit, dont on sait o&#249; on a une chance de les rep&#233;rer avec nos algorithmes &#224; nous, le bon sens humain. Pour celles-l&#224;, on aura &#233;tabli une liste de toutes les fiches qui pourraient correspondre &#224; leur image et identifi&#233; celles pour lesquelles on soup&#231;onne qu'il n'y a pas eu de demande de cartes. Si le contr&#244;le nous donne l'identit&#233; d'une de ces fiches, bingo, on en tient une et on l'am&#232;ne au centre pour v&#233;rification. Sinon, on note l'identit&#233; pour estimer si l'erreur provient de l'algo de d&#233;tection ou de l'appariement. M&#234;me si la loi nous permet maintenant de contr&#244;ler l'identit&#233; sans motif presque partout, on fera tout &#231;a en douceur, comme lorsque les gendarmes font faire des contr&#244;les routiers aux nouvelles recrues, on d&#233;guisera &#231;a en s&#233;ance de formation, avec un inspecteur en civil et un jeune en uniforme. Avec le maximum de politesse. Et pour une fois on ne nous reprochera pas de faire un contr&#244;le au faci&#232;s, il semble que les apparences des photos dans les fiches fassent une place aux minorit&#233;s visibles exactement conforme &#224; leur fr&#233;quence dans la population, cette donn&#233;e qu'on n'est pas cens&#233; conna&#238;tre, mais qu'on a &#233;valu&#233; aux erreurs de classification des apparences pr&#232;s, c'est-&#224;-dire genre un facteur deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tout de m&#234;me, un contr&#244;le enti&#232;rement bas&#233; sur la reconnaissance faciale dans des images de t&#233;l&#233;surveillance, si on veut pr&#233;tendre que ce n'est pas un contr&#244;le au faci&#232;s, il va falloir des arguments solides.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Roger, vous savez tr&#232;s bien ce que je veux dire. Maintenant, ce n'est pas tout, et l&#224;, c'est pour notre pomme pas pour les commissariats de quartier. On nous a demand&#233; de revoir tous les cas de suicides d'hommes et de d&#233;clarations de disparition de femmes depuis un an en &#233;tudiant s'il pourrait y avoir un lien avec notre dossier. &#199;a fait environ 7500 cas de suicides masculins et presque autant de disparitions en ne comptant que les majeures. Mais on devrait pouvoir &#233;liminer la plupart des cas par un simple examen du dossier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#199;a me rappelle la grippe de 1976 aux &#201;tats-Unis, quand on a commenc&#233; &#224; rendre publique la possibilit&#233; que le vaccin administr&#233; ait caus&#233; des syndromes de Guillain-Barr&#233; et qu'on a appel&#233; au signalement de tous les cas possibles, leur nombre a &#233;t&#233; multipli&#233; par dix.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Roger, on sait que vous &#234;tes statisticien et que vous avez de la m&#233;moire. Mais ces qualit&#233;s seraient mieux mises &#224; profit si vous nous aidiez &#224; traiter ces milliers de dossiers en vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22. Lui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;cide de revenir au lieu de mon &#233;garement. Il est plus difficile qu'on croit de se perdre volontairement. J'erre en rues et carrefours. Dans la trop famili&#232;re art&#232;re conduisant &#224; la Porte, on a ins&#233;r&#233; entre les maisons mitoyennes aux fa&#231;ades plates des immeubles disproportionn&#233;s, parfois en retrait pour m&#233;nager des jardins sur rue vite devenus espaces d&#233;laiss&#233;s ou entour&#233;s de grilles. Je l'ai parcourue tant de fois que son d&#233;j&#224;-vu est propice &#224; ces attentes o&#249; l'on essaye de se rappeler ce qui va suivre ; est-ce juste apr&#232;s ce carrefour qu'il y a cette immense librairie et quelques dizaines de m&#232;tres plus loin une autre ? M&#234;me les rues perpendiculaires o&#249; je me r&#233;fugie, certaines sans doute tr&#232;s anciennes, ne sont pas propices &#224; l'&#233;garement, tout au plus y &#233;prouve-t-on une nostalgie pour ce qu'elles ne sont plus. Une ville o&#249; on ne se perd plus a effac&#233; les traces de son histoire, tous ces empilements qui la constituent en un gigantesque palimpseste illisible o&#249; les b&#226;timents se sont ajout&#233;s &#224; ceux existants, ont chang&#233; leur destination, fait leur nid dans leurs interstices, o&#249; une rue est devenue passage, un ext&#233;rieur int&#233;rieur, un terrain vague jardin, puis &#224; l'occasion d'une destruction une place a &#233;merg&#233; en c&#339;ur d'&#238;lot. Ne retrouvant plus le lieu o&#249; je m'&#233;tais senti perdu, je consulte son emplacement not&#233; sur mon plan. Je suis pass&#233; tout pr&#232;s sans rien ressentir de particulier. On y acc&#232;de par un passage dont l'entr&#233;e est discr&#232;te, un architecte y ayant ins&#233;r&#233; de petites constructions contemporaines entre les maisons &#224; un ou deux &#233;tages de l'Est parisien, rare geste pour refaire la ville, r&#233;paration douce, comme on place une pi&#232;ce sur le trou au coude d'un pull, qui avec le temps para&#238;tra avoir toujours &#233;t&#233; l&#224;. Au terme du passage, une courette arbor&#233;e, propice &#224; l'&#233;garement parce que, plac&#233; en son centre, on ne voit plus le d&#233;bouch&#233; du passage mais seulement divers cheminements qui paraissent tous conduire &#224; des espaces priv&#233;s. Deux enfants y jouent. Une petite fille de peut-&#234;tre six ans et un gar&#231;on plus petit que je d&#233;cr&#232;te &#234;tre son fr&#232;re. Originaires du sud de la M&#233;diterran&#233;e, la petite fille avec un accent parisien et le petit gar&#231;on un accent de petit gar&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon enfance, on aurait appel&#233; &#231;a jouer &#224; la marchande. Elle a dispos&#233; sur une caisse retourn&#233;e un ensemble de cailloux, de bouts de bois et d'objets r&#233;cup&#233;r&#233;s dans le container &#224; couvercle jaune du recyclage. Par moments elle tient un stand au march&#233;, annon&#231;ant les produits, un kilo de pommes de terre, elles sont belles mes carottes, &#224; d'autres elle fait le caissier de sup&#233;rette qui tient lieu aujourd'hui d'&#233;pici&#232;re &#233;non&#231;ant les produits en tapant leur prix, deux bo&#238;tes de petits pois, des flans au caramel. Le petit gar&#231;on ne paye pas en pi&#232;ces ou en billets mais en exercices impos&#233;s, un tour de la cour en sautant &#224; cloche-pied, un bisou &#224; un morceau de bois pr&#233;sent&#233; comme une limace, rester debout sur un pied pendant qu'elle compte jusqu'&#224; vingt. Le gar&#231;on s'y pr&#234;te, le caract&#232;re rituel de ces exercices semblant compenser l'humiliation. Ils n'accordent aucune attention &#224; ma pr&#233;sence, sont dans leur monde, je ne suis qu'un d&#233;cor, immobile. Est-ce donc cela que j'ai perdu en n'ayant pas de s&#339;ur ? Et qu'en retrouverai-je s'il m'en m'apparaissait une autrement que sous forme d'email ind&#233;sir&#233; et obs&#233;dant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;23. Elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois lire de la peur dans les yeux des autres, je la devine dans un &#233;vitement, un regard fuyant. Serait-ce un crime que j'ai commis sans le savoir et dont je porterais les stigmates discrets comme une tache de sang mal effac&#233;e ? Ou pire encore quelque chose de ce que je suis, de mon &#234;tre qui serait si &#233;trange ou effroyable ? Seul le souvenir de l'enfant qui a pos&#233; sa main sur mon genou dans le square, de sa calme confiance, &#233;loigne de moi ces pens&#233;es, mais si ce n'est pas quelque chose de moi, de quel &#233;trange pr&#233;jug&#233; pourrait provenir la peur. Mon apparence me para&#238;t banale.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai peur de la peur que je cause. Celle de l'homme dont j'avais surpris le regard qui m'avait &#233;mu parce que je l'avais imagin&#233; port&#233; sur moi. Mais ce n'est pas mon &#233;motion qui lui a fait peur, c'est ce qu'il a pris comme un reproche, il s'est senti surveill&#233;, surpris dans son d&#233;sir. C'&#233;tait peut-&#234;tre plus de la honte que de la peur. Pour le jeune homme dont j'avais recherch&#233; l'attention et qui m'a embrass&#233;e, je suis s&#251;re. Je me suis ouverte &#224; lui et c'est cela m&#234;me qui lui a fait peur, pas l'ouverture mais ce qu'elle r&#233;v&#233;lait. Si je lui avais juste dit ne pas avoir souvenir d'un baiser avant celui-l&#224;, sa peur aurait-elle &#233;t&#233; la m&#234;me ? Perdre la m&#233;moire serait alors moins effrayant que de n'avoir pas de pass&#233;. Peut-&#234;tre aurait-il imagin&#233; que je trouvais ce baiser sans pareil &#224; ceux d'avant, un demi-mensonge puisque je n'ai la m&#233;moire d'aucun mais que mes l&#232;vres, ma langue, mes mains derri&#232;re son cou, mes cuisses contre les siennes n'avaient pas besoin de souvenir pour savoir o&#249; se placer. Ou alors n'ai-je pas encore appris ce demi-mensonge que tous ma&#238;triseraient, mais qu'est-ce qui m'aurait retenu de l'apprendre ? Peut-&#234;tre cette peur que je cause est-elle juste un vertige. En raison de mon &#226;ge apparent, il m'attribuait sans doute une exp&#233;rience dont je l'aurais fait profiter et se retrouvait soudain &#224; fronts renvers&#233;s le plus exp&#233;riment&#233;, &#233;tant lui depuis plus longtemps que je ne suis moi. Le vertige c'&#233;tait celui de mon d&#233;sir, sans mots capables de l'exprimer, sans m&#233;moire de l'avoir d&#233;j&#224; eu, comme une transformation de tout mon corps, une dissolution muette o&#249; il nous entra&#238;nait et dans lequel sans doute il aurait pu se laisser aller si je n'avais pas interrompu notre fusion en la commentant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque chose me dit qu'il faut conserver ce gouffre en moi, que c'est le cadeau que je peux faire &#224; ceux que je rencontre mais que bien peu sauront le recevoir. Sans doute est-ce &#224; cela que je reconna&#238;trai celui pour lequel je suis ici, un dr&#244;le de mot, il para&#238;t qu'on dit &#234;tre d'ici lorsqu'on y est n&#233;, mais je ne suis ni d'ici, ni d'ailleurs, du moins que je sache. Pourtant, je ne suis pas s&#251;re que ce gouffre soit celui du d&#233;sir que j'&#233;prouvais pour le jeune homme, il est peut-&#234;tre d'une toute autre nature, que je n'ai pas encore d&#233;couverte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/soeurs-philippe-aigrain/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;S&#339;ur(s)&lt;/i&gt;, de Philippe Aigrain, Publie.net, 2020.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'espace d'un instant #13</title>
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		<dc:date>2021-03-30T11:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; La grande r&#233;v&#233;lation n'&#233;tait jamais arriv&#233;e. En fait, la grande r&#233;v&#233;lation n'arrivait peut-&#234;tre jamais. C'&#233;tait plut&#244;t de petits miracles quotidiens, des illuminations, allumettes craqu&#233;es &#224; l'improviste dans le noir ; en voici une. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers le phare, Virginia Woolf &lt;br class='autobr' /&gt;
Bagdad, Irak : 13:45 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me penche &#224; ma fen&#234;tre sans arri&#232;re-pens&#233;e. Une vieille habitude. L'appel de la lumi&#232;re. L'activit&#233; de la rue vue depuis mon appartement. Parfois c'est un son qui attire l'attention, une sir&#232;ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/l-espace-d-un-instant" rel="tag"&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH128/arton2239-f6f5d.png?1739832248' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La grande r&#233;v&#233;lation n'&#233;tait jamais arriv&#233;e. En fait, la grande r&#233;v&#233;lation n'arrivait peut-&#234;tre jamais. C'&#233;tait plut&#244;t de petits miracles quotidiens, des illuminations, allumettes craqu&#233;es &#224; l'improviste dans le noir ; en voici une. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vers le phare&lt;/i&gt;, Virginia Woolf&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://anchor.fm/espaceinstant/embed/episodes/Lespace-dun-instant--de-Bagdad-en-Irak--Kashongi-en-Ouganda-etist7&#034; height=&#034;102px&#034; width=&#034;400px&#034; frameborder=&#034;0&#034; scrolling=&#034;no&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bagdad, Irak : 13:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me penche &#224; ma fen&#234;tre sans arri&#232;re-pens&#233;e. Une vieille habitude. L'appel de la lumi&#232;re. L'activit&#233; de la rue vue depuis mon appartement. Parfois c'est un son qui attire l'attention, une sir&#232;ne stridente, un klaxon, un cri au loin, l'aboiement sans fin d'un chien. Dans cette position, l'impression de voir sans &#234;tre vu. Dans ce d&#233;tachement. Cet apaisement du regard &#224; distance. Sans intention particuli&#232;re. Se laisser porter. Regarder distraitement ce qui se passe &#224; l'ext&#233;rieur et se laisser prendre au jeu du spectacle urbain. Dans l'infra-ordinaire du quotidien. Un d&#233;tail attire notre attention. Le geste impr&#233;visible d'un individu, son corps traversant soudain l'espace, faisant un &#233;cart inattendu pour &#233;viter un obstacle &#224; la derni&#232;re seconde, &#233;l&#233;gant pas de c&#244;t&#233;, mouvement ralenti d'un v&#233;hicule, avec son pot d'&#233;chappement p&#233;taradant. Un vendeur ambulant discute famili&#232;rement avec ses clients, ils se connaissent depuis longtemps. La rue est &#224; tous. En surplomb, l'impression de dominer ce th&#233;&#226;tre miniature qui s'agite en contrebas. La partition s'ex&#233;cute sous nos yeux en m&#234;me temps qu'elle est jou&#233;e par l'orchestre qui l'improvise. Agora &#224; ciel ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/88.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/88-e0620.png?1739832248' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Taungbyon, Myanmar (Birmanie) : 17:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce regard me fixe. Il me transperce. Je vois plus loin que ses yeux. Je devine le trouble d'une identit&#233; qui se cherche et me provoque dans le m&#234;me temps. Les p&#232;lerins du village sont r&#233;unis comme chaque ann&#233;e pour honorer les esprits. Je me sens invit&#233;. Surpris par l'effervescence qui r&#232;gne au village, transform&#233; pour l'occasion. Ce &#034;Festin des esprits&#034; se d&#233;roule entre processions et d&#233;fil&#233;s, beuverie et transe, mettant en sc&#232;ne une faune bigarr&#233;e et travestie. Je ne pouvais pas ignorer cette femme &#226;g&#233;e avec ses quatre poup&#233;es dispos&#233;es sur une balan&#231;oire. Elle me toise. Dans son sourire une forme d'invitation. Un s&#233;same pour l'espace-temps particulier de cette f&#234;te, o&#249; toute loi semble suspendue, sinon celles propres aux c&#233;r&#233;monies. Cette femme &#226;g&#233;e, ainsi, pourrait tout aussi bien &#234;tre un homme. Qui suis-je pour en juger ? Indistinction des sexes autant que des rythmes et des parcours. Jubilation du travestissement qui gagne l'ensemble de la foule dans la rue. R&#233;p&#233;titivit&#233; sans fin, jeu des vitesses entre ralentis et acc&#233;l&#233;r&#233;s. Chaque mouvement est une danse. Une enclave spatiotemporelle o&#249; parvenir, au gr&#233; des passages et des transgressions, &#224; l'h&#233;b&#233;tude de la transe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/89.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/89-d06f6.png?1739832248' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dublin, Irlande : 10:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fatigue, l'&#233;puisement. Le corps l&#226;che. Il n'en peut plus. C'est plus fort que lui. Il abandonne par chaos. La lumi&#232;re br&#251;le tes yeux. Les fermer ne suffit plus &#224; calmer la douleur. Tu vois des points de couleurs scintillants devant tes yeux. La fi&#232;vre envahit tout ton corps, trouble tes sens. Un &#233;tau serre ta t&#234;te au niveau des tempes. C'est insupportable. Mon cr&#226;ne va exploser, me dis-tu. Le corps dit non. Je n'en peux plus. Il faut arr&#234;ter, &#231;a ne peut plus durer. Il rend les armes. Combat in&#233;gal. Je dispose un gant d'eau fraiche sur ton front, apr&#232;s avoir essuy&#233; les gouttes de sueur qui y perle. Pour cacher la lumi&#232;re encore trop forte &#224; tes yeux. Cette lumi&#232;re qui, m&#234;me baiss&#233;e au maximum, continue &#224; te br&#251;ler terriblement. La sensation du tissu humide que je pose sur tes yeux avec d&#233;licatesse, te soulage imm&#233;diatement. Je le sens au soupir essouffl&#233; que tu expulses. Le calme qu'il impose &#224; ta respiration. Ton souffle se ralentit. Le silence se fait &#224; l'int&#233;rieur. Tu as besoin de paix, de silence. Tu as besoin de repos. De rester dans le noir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/90.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/90-01c56.png?1739832248' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kiev, Ukraine : 12:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les barri&#232;res de s&#233;curit&#233; m&#233;talliques. Une foule de gens patientent &#224; l'ext&#233;rieur, avant de pouvoir entrer dans l'Ambassade d'Italie. &#201;trange et fascinant ballet. Les gens font la queue. Ils pi&#233;tinent le sol pour se r&#233;chauffer. Danse secr&#232;te pour conjurer le sort. Leurs gestes &#224; la fois secs et presque ralentis. Ils attendent dans la file malgr&#233; le froid et l'humidit&#233; pour obtenir de nouveaux papiers d'identit&#233;. Un passeport. La perspective de fuir le pays dans lequel ils vivent. Le ch&#244;mage, la mis&#232;re. Quand et comment pourront-ils entrer ? De quels justificatifs ont-ils besoin pour avoir une chance de s'en sortir ? Par quel r&#233;seau d'influence ? Aucun d'eux ne le sait vraiment. Ils se laissent conseiller sans &#234;tre assur&#233;s d'obtenir ce qu'ils d&#233;sirent. Chaque mouvement de leurs corps prend la forme d'une chor&#233;graphie de groupe o&#249;, puisque l'on ne peut pas se crier les uns sur les autres, on est bien oblig&#233;s d'attendre qu'un geste soit termin&#233; pour attirer le regard. Sentiment d'entrer comme par effraction &#224; l'int&#233;rieur d'une communaut&#233; secr&#232;te, d'autant plus myst&#233;rieuse qu'elle s'exprime dans une langue inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/91.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/91-e32cc.png?1739832249' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dorchester, Royaume-Uni : 10:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouer le jeu est le propre de tout homme bien n&#233;. Tout commence par une situation formidable, au-del&#224; de laquelle il conviendra de ne rien d&#233;voiler du jeu de massacre qui s'ensuit. Chausse-trappes et manipulations, mirages et faux-semblants. Miroirs bris&#233;s. Les objets qui peuplent nos int&#233;rieurs se font souvent le reflet, &#224; peine d&#233;formant, de l'&#234;tre humain assujetti par l'autre, ce que chacun &#233;prouve &#224; tour de r&#244;le. Nous sommes les acteurs d'un petit th&#233;&#226;tre, et nous nous donnons sans cesse en repr&#233;sentation. Comme lui, nous nous regardons en face, sans parvenir &#224; nous voir r&#233;ellement. &#192; nous envisager. Se d&#233;visager, se d&#233;figurer. Un jeu de dupes vertigineux. Il cherche une v&#233;rit&#233; qu'il est incapable de percevoir. Il contemple impuissant, d&#233;sabus&#233;, un spectacle dont il est la victime. Cela le trouble et l'emp&#234;che de comprendre ce qui lui arrive. Et nous avec. Le visage grima&#231;ant dans les bris de glace. Se perdre dans le labyrinthe des cassures du miroir. Dans une logique de domination destructrice &#224; laquelle personne ne peut &#233;chapper. L'horizon du drame. Un petit jeu cruel. C'est un peu triste, comme un enfant qui ne grandirait pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/92.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/92-5c19c.png?1739832249' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vilnius, Lituanie : 12:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se dirige lentement vers le ponton. Au bout c'est le lac. Son corps ondule au rythme de la marche. La lumi&#232;re du soleil laisse transpara&#238;tre les formes effil&#233;es de son corps nu sous sa tunique blanche. Elle veut se baigner. Nos rep&#232;res sont boulevers&#233;s dans cet espace &#224; l'envers. C'est une image. Une projection. Un d&#233;sir. C'est quelque chose de vague qu'on ne peut pas voir, qui ressemble plus &#224; un sentiment. L'eau est fra&#238;che. Ses pas sur le bois brut du ponton qui tremble sous son poids. Sa tenue l&#233;g&#232;re flotte dans le mouvement de son avanc&#233;e. Elle &#244;te son v&#234;tement de toile transparente qui tombe &#224; ses pieds dans un bruit de caresse. Elle s'approche du rebord. Reste un long moment accroupie, en &#233;quilibre au-dessus du vide, tout en regardant l'eau sombre, ses reflets scintillants. Elle cherche son visage dans le miroir de l'eau. La nudit&#233; de son corps dans l'air &#233;vanescent. Et puis soudain elle se laisse tomber, t&#234;te en avant, le corps qui suit. Plongeon bruyant qui troue la surface opaque dans un bruit d&#233;chirant. Un miroir qui se brise d'un coup sec.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3623 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/93.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/93-dfe64.png?1739832249' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kashongi, Ouganda : 13:45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la protection de l'arbre centenaire. Son ombre tut&#233;laire. La fra&#238;cheur de son abri. La chanson du vent dans ses feuilles scintillantes. L'&#233;cole a lieu dehors aujourd'hui. Le tableau noir a &#233;t&#233; install&#233; contre l'&#233;pais tronc de l'arbre. Le ma&#238;tre &#233;crit la le&#231;on du jour &#224; la craie. Les enfants sont venus en nombre. Dans la joie des retrouvailles. Comme tous les jours. Une pr&#233;sence comme une disparition. Ils sont assis en rond, les uns &#224; c&#244;t&#233;s des autres, tremblants comme des feuilles, serr&#233;s mais toujours aussi assidus. Pourquoi rester enferm&#233;s lorsqu'il fait si beau ? On apprend toujours mieux &#224; l'air libre. M&#234;me si ce n'est pas forc&#233;ment un choix. Les enfants avec leur impatience d'apprendre, nez en l'air, leur rire fuse comme une source claire, leurs fr&#234;les silhouettes &#224; l'&#233;cole. Tout cela vibre encore dans l'air immat&#233;riel. &#201;ph&#233;m&#232;res pi&#233;g&#233;s dans la lumi&#232;re du jour. L'ombre majestueuse de l'arbre dessine au sol l'espace de la classe improvis&#233;e. Pas de mur autour de nous, ni tables ni chaises. Une respiration. Un endroit plus agr&#233;able &#224; vivre. Une joie partag&#233;e, un r&#234;ve collectif. &#192; l'air libre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3624 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/94.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH286/94-52d79.png?1739832249' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenir-fant&#244;me</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/ecriture/palimpseste/article/souvenir-fantome-2169</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.liminaire.fr/ecriture/palimpseste/article/souvenir-fantome-2169</guid>
		<dc:date>2020-06-21T08:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Portrait</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Fen&#234;tre</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture publique du texte lors de la soir&#233;e consacr&#233;e &#224; la revue de cr&#233;ation d'ici l&#224; au Centre Ch&#226;teau-Landon, vendredi 19 mars 2010.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/ecriture/palimpseste/" rel="directory"&gt;Palimpseste&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/amour" rel="tag"&gt;Amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2169-8c74a.png?1739832249' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vide offre un bel espace de r&#233;sonance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne connais plus personne l&#224;-bas, et personne ne me conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; de l'heure, entre chien et loup. Un &#233;puisant jeu de cache-cache et de rendez-vous rat&#233;s s'est mis en place. Il ne semble m&#234;me plus s'apercevoir de ma pr&#233;sence. Il y a des gens que la moindre singularit&#233; indispose. Il semble bien distrait. Tout chiffonn&#233; comme flou. Flou comme une photo rat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2020-06-21_a_01.05.22.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH280/capture_d_e_cran_2020-06-21_a_01.05.22-4ae27.png?1739832249' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Paris, Texas&lt;/i&gt;, de Wim Wenders&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Je garde de lui un souvenir assez confus, car lointain. Les &#233;l&#233;ments d'un puzzle encore tr&#232;s incomplet. Juste de quoi ranimer de vieilles impressions. Dans la foul&#233;e remontent d'autres souvenirs, par bribes, p&#234;le-m&#234;le. Juste une sensation de vide, de froid, de vide dans mon ventre et de froid dans mes membres. Quelque chose, peut-&#234;tre, comme un chagrin d'enfant. Je suis dans l'&#233;garement du d&#233;calage horaire. Pas de distraction, aucune &#233;chapp&#233;e possible, le regard est happ&#233;, assign&#233; &#224; fascination, il est comme aveugl&#233;. Le regard est affranchi de toute illusion, de toute id&#233;alisation. La fascination et la libert&#233; sont difficilement compatibles. Le jeu des ressemblances pourraient se d&#233;cliner ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain je m'arr&#234;te, la main en suspens. Je ferme les yeux, c'est en moi que je ranime l'image et peu &#224; peu celle-ci se transforme. J'ai l'impression que ma voix se d&#233;tache de mon corps et qu'elle rebondit au lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clart&#233; du jour est &#233;trange, elle poudroie, soyeuse et cendr&#233;e. C'est une clart&#233; d'antre du monde, ou de sa faim, &#224; moins que je ne sois entr&#233; par effraction, par enchantement, dans un autre monde. L&#224; o&#249; s'enlacent l'oubli et la m&#233;moire pour produire un souvenir flottant qui hante en sourdine les sens, le c&#339;ur, les r&#234;veries, le souvenir-fant&#244;me surgit sans crier gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'a-t-il voulu dire en s'avouant en perte de vitesse, et que tout lui &#233;chappe ? L'expression de quelqu'un qui ne comprend rien &#224; ce qu'on lui raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments peuvent-ils basculer si subitement, radicalement, sans raison apparente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des frissons glac&#233;s me parcourent le dos, et les tempes me br&#251;lent. La lumi&#232;re, les images, le visible, ces yeux-l&#224; les avalent en bloc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2020-06-21_a_01.01.33.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH283/capture_d_e_cran_2020-06-21_a_01.01.33-e18c3.png?1739832250' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Paris, Texas&lt;/i&gt;, de Wim Wenders&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas ce que j'attends, je me contente d'&#234;tre l&#224;, je fais bouger mes &#233;paules, pivoter ma t&#234;te sur mon cou. Du silence et un &#233;tonnement inquiet, comme si je me demandais, du fond de l'ailleurs o&#249; je me suis naufrag&#233;e. O&#249; suis-je ? O&#249; es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes mains diaphanes, et longues et fines. Mes mains ont la fragilit&#233; et la mobilit&#233; d'un visage, sa beaut&#233; insaisissable. Mon regard recru de fatigue est aussi traversant que la lumi&#232;re du jour. Autant pr&#233;sente qu'absente, aussi proche que lointaine. Je ne sais pas ce que je suis venu chercher l&#224;, ce que j'attends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mince fente en forme de lunule luit entre mes cils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sourd chuintement de son souffle, est-il l'&#233;cho assourdi du brouhaha de la ville, du bourdonnement du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se brouille en moi, physiquement et mentalement, vacillant, entre vie et absence. En suspens. J'ai l'impression de m'effacer &#224; vos yeux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journal du regard : Ao&#251;t 2019</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-aout-2019</link>
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		<dc:date>2019-09-02T16:37:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Fen&#234;tre</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>Sons</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Paysage</dc:subject>
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		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Normandie</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Gare</dc:subject>
		<dc:subject>Journal du regard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film d'une demie heure environ, regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; Imp&#233;n&#233;trable, indestructible. Tout est l&#224;, qu'on ne voit pas &#8211; qu'on ne veut pas voir et dont on ne veut rien savoir. Mais on ne va pas s'en tenir l&#224;. Dans cette lumi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2104-97170.png?1739832250' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film d'une demie heure environ, regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/tMqIkjHCKnA&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Imp&#233;n&#233;trable, indestructible. Tout est l&#224;, qu'on ne voit pas &#8211; qu'on ne veut pas voir et dont on ne veut rien savoir. Mais on ne va pas s'en tenir l&#224;. Dans cette lumi&#232;re tournant dans la nuit de bitume. Vous voulez savoir ce que je guette ? Peut-&#234;tre mon souvenir, ce qu'il reste de plus brutal dans mon souvenir. &#199;a vous met dans un dr&#244;le d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entre dans mon souvenir pour en sortir presque aussit&#244;t. Je me laisse gagner par la d&#233;ambulation. La perspective s'&#233;largit. Les corps se d&#233;tachent comme des papiers d&#233;coup&#233;s accroch&#233;s aux jours. Ce souffle, ce murmure comme une voix. Cette f&#234;te n'a qu'un temps. J'avance, je m'arr&#234;te, je croise, je saisis, j'abandonne. L'air devient le temps alors les mots &#233;closent pour retenir le passant. Prise sur le vif qui refuse &#224; finir trace morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis moi-m&#234;me une tache noire. Je m'&#233;corche de miroirs et de villes travers&#233;es au rythme de ton souffle. Je suis habitu&#233; aux retrouvailles et &#224; la s&#233;paration. M&#234;me avec du vent, surtout avec du vent. Il faut le sens de la m&#233;moire, il faut transcender le temps. Quelque chose va venir nous surprendre, et rien n'est plus d&#233;routant peut-&#234;tre que cette facilit&#233;. L'habitude du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sens parfois heureux, parfois cruel. C'est ce dont il est question depuis le d&#233;but. &#201;couter sa propre respiration qui n'est pas vraiment &#224; soi &#224; la fin, au fin fond, comme une suite d'&#233;chos entendus, une cha&#238;ne sonore glissant sur le fond d'une rumeur de basse continue. En effet c'est un vaste chantier. La ville &#224; livre ouvert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ab&#233;c&#233;daire des pr&#233;positions : Paysage</title>
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		<dc:date>2019-08-04T07:50:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Fen&#234;tre</dc:subject>
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		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
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		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Cimeti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Ab&#233;c&#233;daire des pr&#233;positions (le film des films)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La forme d&#233;tourn&#233;e de l'ab&#233;c&#233;daire est un genre vou&#233; &#224; la c&#233;l&#233;bration de l'acte cr&#233;ateur (le livre des livres). Cette ann&#233;e j'ai d&#233;cid&#233; d'aborder l'ab&#233;c&#233;daire par la vid&#233;o. Deux fois par mois, je diffuserai sur mon site, un montage d'extraits de films (&#224; partir d'une s&#233;lection d'une centaine de mes films pr&#233;f&#233;r&#233;s : fiction, documentaire, art vid&#233;o) assembl&#233;s autour d'un th&#232;me. Ces films d'une quinzaine de minutes seront accompagn&#233;s sur le site par l'&#233;criture d'un texte de fiction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sons" rel="tag"&gt;Sons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/derive" rel="tag"&gt;D&#233;rive&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/video" rel="tag"&gt;Vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ciel" rel="tag"&gt;Ciel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/inventaire" rel="tag"&gt;Inventaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/numerique" rel="tag"&gt;Num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cimetiere" rel="tag"&gt;Cimeti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/abecedaire-des-prepositions-le-film-des-films" rel="tag"&gt;Ab&#233;c&#233;daire des pr&#233;positions (le film des films)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH114/arton2099-75f16.png?1739832250' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La forme d&#233;tourn&#233;e de l'ab&#233;c&#233;daire est un genre vou&#233; &#224; la c&#233;l&#233;bration de l'acte cr&#233;ateur (le livre des livres). Cette ann&#233;e j'ai d&#233;cid&#233; d'aborder l'ab&#233;c&#233;daire par la vid&#233;o. Deux fois par mois, je diffuserai sur mon site, un montage d'extraits de films (&#224; partir d'une s&#233;lection d'une centaine de mes films pr&#233;f&#233;r&#233;s : fiction, documentaire, art vid&#233;o) assembl&#233;s autour d'un th&#232;me. Ces films d'une quinzaine de minutes seront accompagn&#233;s sur le site par l'&#233;criture d'un texte de fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://bit.ly/filmdesfilms&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce projet&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est un dispositif &#224; double entr&#233;e : un livre et un film. Le film est un livre. Le livre est un film. Ce livre dit qu'il est &#224; voir, ce film montre qu'il est &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P comme Paysage : la vid&#233;o &lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/tVaw61BwJLE&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui se voit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apaisement qui suit l'acceptation du d&#233;part de l'&#234;tre aim&#233; est de courte dur&#233;e. Je ne pouvais pas la retenir, je le sais, je n'&#233;tais pas pr&#234;t. Je ne la comprenais pas. J'avais l'impression que c'&#233;tait contre moi, qu'elle me quittait pour me faire souffrir. Elle ne pouvait plus vivre &#224; Paris mais je pouvais encore vivre &#224; ses c&#244;t&#233;s &#224; Marseille, il fallait que j'accepte de d&#233;m&#233;nager avec elle et non que je la laisse partir comme je l'ai fait. Mais je ne le comprenais pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit je tends les bras, il n'y a plus personne dans le lit &#224; mes c&#244;t&#233;s. Son retour sublim&#233; sous forme de souvenirs amers me mine jour apr&#232;s jour un peu plus. Certaines fois, avant l'arriv&#233;e d'Iris, je regardais les pi&#232;ces vides de mon appartement dans lequel j'errais le soir en rentrant &#233;puis&#233; du travail, depuis le d&#233;part de ma femme et de ma fille, c'&#233;tait &#224; notre relation que ce vide me renvoyait inexorablement. Ce manque, comme on voudra. Ma fille me manque en effet. Les jeux avec elle, l'odeur ti&#232;de et douce de son cou quand il fait chaud, les questions qu'elle ne cesse de poser &#224; tout moment, son sourire lorsqu'elle a fait une b&#234;tise pour chercher &#224; m'amadouer, pour que je ne la gronde pas, son air m&#233;lancolique quand elle est fatigu&#233;e, sa mani&#232;re de danser, son s&#233;rieux et sa beaut&#233;, ses rires et ses danses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps, je n'acceptais pas son d&#233;part, je m'y &#233;tais oppos&#233; si longtemps, le moment venu, comment faire machine arri&#232;re ? Je m'ent&#234;tais, je m'&#233;nervais. Aveu d'impuissance que je ne parvenais pas &#224; contr&#244;ler. J'aurai d&#251; les suivre, aller vivre &#224; Marseille moi aussi, mais je ne voulais pas l'admettre, je vivais ce retour comme un &#233;chec. Je me sentais abandonn&#233;, mais en fait c'est moi qui les fuyait, les laissait partir sans ne rien faire que tenter de les retenir. Pourquoi voulais-je tant rester &#224; Paris ? Qu'est-ce que je refusais de retrouver &#224; Marseille ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers remords commen&#231;aient &#224; m'envahir. La pr&#233;sence d'Iris les ravivaient mais sans elle je ne l'aurais sans doute jamais admis. Je m'&#233;tais enferm&#233; dans mes habitudes et mes certitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi rester &#224; Marseille ou partir vivre &#224; Paris ? J'ai l'impression d'avoir toujours v&#233;cu en ville et d'opposer sans r&#233;fl&#233;chir la ville &#224; la campagne, mais il y a des villes &#224; la campagne, et ce qui compte au fond, plut&#244;t que cette vaine opposition ville ou campagne, c'est le paysage. Un paysage, c'est quoi ? D&#232;s fois je me le demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une route de campagne en gravier bord&#233;e de larges platanes&lt;br class='autobr' /&gt;
un petit lac de haute montagne &lt;br class='autobr' /&gt;
l'abri d'un arr&#234;t de car en rase campagne &#224; la peinture d&#233;fra&#238;chie, les murs recouverts d'affiches color&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
les guirlandes lumineuses des d&#233;corations de No&#235;l encore visibles plusieurs mois apr&#232;s la fin de l'ann&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
un port de p&#234;che minuscule&lt;br class='autobr' /&gt;
l'agitation d'une gare &#224; l'heure de pointe&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;clairs illuminant la mer par &#224;-coups &#233;blouissants&lt;br class='autobr' /&gt;
la foule des passants qui se croisent sur les trottoirs d'un carrefour &lt;br class='autobr' /&gt;
une plage au coucher de soleil, la silhouette d'un couple de promeneurs se d&#233;coupant &#224; l'horizon&lt;br class='autobr' /&gt;
un champ de bl&#233; juste avant la moisson travers&#233; par un chemin d'herbes folles&lt;br class='autobr' /&gt;
les trottoirs et les rues de la ville livr&#233;s aux travaux estivaux, ouverts, &#233;ventr&#233;s, laissant appara&#238;tre les couches successives de bitume, pav&#233;s, sable et terre pour faire passer une conduite de gaz ou des c&#226;bles et des fils &#233;lectriques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je pense aux lieux o&#249; j'ai v&#233;cu, que j'ai travers&#233;s, c'est d'abord des images qui me reviennent en t&#234;te, des histoires. Et ces images, ces histoires ne sont pas li&#233;es &#224; un seul lieu, mais elles forment un paysage potentiel, id&#233;al, un lieu o&#249; vivre, sur une carte imaginaire. Chaque lieu est un r&#233;cit, une multiplicit&#233; de points de vue. Une m&#233;moire en profondeur. Il ne s'inscrit pas de toutes fa&#231;ons dans la m&#234;me logique que celle de la carte, il est singulier, particulier, personnel, il fait appel au temps et &#224; la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e en avion, la m&#234;me impression &#224; chaque fois, les nuages dissimulaient timidement, derri&#232;re leurs voiles de fin tissu trou&#233;s, des morceaux du paysage, quadrillage des rues, des maisons de la banlieue, je m'accrochais aux d&#233;tails, &#224; cette proximit&#233; rassurante : nous arrivions, nous n'allions plus tarder &#224; atterrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville basse et la ville haute, rien ne semblait relier ces deux parties de la ville &#224; cet endroit, en contournant le promontoire on y acc&#233;dait en voiture, la pente &#233;tait douce aux voitures, mais ici les parois de pierres &#233;taient droites, abruptes et semblaient d&#233;coup&#233;es &#224; m&#234;me la roche comme des falaises, on se demandait parfois comment passer d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre, les escaliers &#233;taient cach&#233;s, sordides, compiss&#233;s, odeur insoutenable avec la chaleur qui r&#233;gnait en ville la plupart du temps, ils menaient au Panier, escalier sombre, humide, un coupe-gorge, p&#233;nible, des tags recouvraient l'ensemble des marches ainsi que la meuli&#232;re des parois sombres et sales, tags illisibles, qui exprimaient une rage sourde ne parvenant pas &#224; se d&#233;velopper en une forme artistique, prospectus publicitaires et journaux gratuits jonchaient le sol, virant patte &#224; papier sous l'humidit&#233; ou s'envolant en cercle infini, tournoyant sur eux-m&#234;mes quand le temps &#233;tait sec et venteux, abandonn&#233;s l&#224;, dans ce recoin, lui-m&#234;me abandonn&#233;, personne pour regarder, pour surveiller, pour faire attention, tout le monde s'en foutait, lieu de passage, passons, dont on se passerait bien, de loin l'&#233;glise &#224; l'oppos&#233; nous observait en silence au-dessus de la ville, avec une forme de m&#233;pris, de distance ou d'oubli, &#231;a ne compte plus depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvrais la porte en bois lentement, elle &#233;tait lourde il fallait insister, y mettre son poids pour contrebalancer, dans le bruit des lourds battants en bois, la lumi&#232;re qui nous &#233;blouissait, nous aveuglait, un temps &#233;tait n&#233;cessaire pour appr&#233;hender l'espace autour de nous, que nous connaissions pourtant parfaitement, le paysage qui s'offrait &#224; nous, changeait selon la luminosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre ravin&#233;e violemment par une pluie battante, ext&#233;nuante, soudaine, que j'observais &#224; l'abri comme un paysage de r&#234;ve, la mati&#232;re d'une peinture dont je m'&#233;tais rapproch&#233; de trop pr&#232;s et qui m'offrait d'autres paysages dans le paysage, points de fuite et perspectives in&#233;dites, insolites, des coins secrets o&#249; se perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue d'Alsace longe les voies de la gare de l'Est, l&#233;g&#232;rement en surplomb, derri&#232;re le lourd parapet l'impression d'embrasser du regard tous les trains, tous les d&#233;parts, une invitation au voyage, pourtant de ce point de vue aucun train n'est visible, les voies cach&#233;es par la toiture m&#233;tallique qui prot&#232;ge chaque quai et &#233;vite aux voyageurs d'&#234;tre tremp&#233;s lorsqu'il pleut, les appels sonores de la gare en contrebas parviennent jusqu'&#224; nous att&#233;nu&#233;s par la distance et la hauteur, l'horizon se d&#233;gage, quelques caf&#233;s miteux aux pieds d'un mur d'immeubles qui paraissent plus beaux de l'autre c&#244;t&#233; des voies, car ils forment un impressionnant panorama, ici pas de touristes, les habitu&#233;s du coin, les parieurs enfum&#233;s du PMU, les dealers de la rue, une majorit&#233; d'africains dans le quartier qui discutent le long du parapet, leurs voix r&#233;sonnent dans l'acoustique particuli&#232;re de la rue, les murs des immeubles font chambre d'&#233;cho, la ville en dehors de ses principaux axes de circulation est une ville entre parenth&#232;se, l'escalier tout au bout m&#232;ne par larges circonvolutions d&#233;su&#232;tes avec ses marches tr&#232;s &#233;troites et glissantes, tant de fois photographie, film&#233;, le souvenir de la sc&#232;ne du film o&#249; Alain Delon saute de l'escalier pour gagner du temps sur ses poursuivants et les semer sur les quais de la Gare de l'Est en contrebas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus de notre t&#234;te, la frondaison fr&#233;tillante des arbres, leurs feuilles qui scintillaient et miroitaient, nous prot&#233;geant du ciel, de sa trop grande luminosit&#233;, le temps passait et la route d&#233;filait lentement, comme un tissu qui vole au vent et que plus rien ne semble retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barcad&#232;re des bateaux en partance pour l'Alg&#233;rie, la plupart des docks ferm&#233;s depuis longtemps, transform&#233;s en vaste complexe commercial, aseptis&#233;, climatis&#233;, ville dans la ville, l'&#233;vasion n'est plus ce qu'elle &#233;tait, les plots de b&#233;ton rouge et banc en guirlande, peinture us&#233;e par le vent, rong&#233; par le sel marin, les grillages interdisent l'acc&#232;s aux curieux et aux voyageurs clandestins, les barri&#232;res sont des fronti&#232;res, elles se dressent pour d&#233;limiter l'espace, le contraindre, l'&#233;paisse fum&#233;e en colonne noire du bateau toujours sur le qui vive, m&#234;me s'il ne semblait jamais quitter le quai, larguer les amarres, il faisait partie du d&#233;cor, l'horizon comme point de d&#233;part, le bruit de la vibration des moteurs et l'odeur &#233;c&#339;urante du fuel, la pollution de la mer &#224; cet endroit, tous les d&#233;tritus s'accumulaient au bord du quai, &#224; cet endroit, je ne pouvais m'emp&#234;cher de penser &#224; mon p&#232;re pied-noir lorsqu'il &#233;tait rentr&#233; d'Alg&#233;rie en 62, c'&#233;tait l&#224; sur ce quai qu'il avait accost&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des v&#234;tements pos&#233;s sur le rocher, personne &#224; l'eau, le large &#224; perte de vue, l'horizon nous appelait, les vagues et leur sursaut nous cachaient sans doute les baigneurs, ce vide inqui&#233;tait un peu, ce mouvement aussi et le choc sonore de l'eau contre les rochers. Il ne restait bien souvent que ces v&#234;tements abandonn&#233;s sur la roche, comme certains jours sur les bancs d'un jardin public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retrait de la maison de campagne, &#224; l'&#233;cart des autres, dans l'intimit&#233; du jardin, prot&#233;g&#233;s par le tronc des arbres et l'ombre de leurs feuilles, chuchoter pour ne pas &#234;tre entendu, pour partager un secret, une d&#233;claration d'amour, et les feuilles dans le vent nous couvraient de leur chant chaloup&#233;. Comme je suis heureuse ! La nuit &#233;tait tomb&#233;e, mais la lumi&#232;re de la lune baignait l'atmosph&#232;re d'une &#233;trange luminosit&#233; argent&#233;e. Tu es dans mes pens&#233;es et toi dans mes r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pav&#233;s disparates du P&#232;re-Lachaise sont disjoints, on ne peut pas marcher dans les all&#233;es du cimeti&#232;re sans v&#233;rifier o&#249; l'on met les pieds au risque de tr&#233;bucher, mine de rien cette contrainte nous emp&#234;che de fl&#226;ner en regardant librement le paysage des pierres tombales, des mausol&#233;es, le parcours est sans cesse interrompu par un coup d'&#339;il au sol pour v&#233;rifier sa stabilit&#233;, sa tenue, on a vite fait de se tordre la cheville, les pav&#233;s sont si anciens, les racines des arbres modifient r&#233;guli&#232;rement la forme du sol, ils imitent les pierres tombales qui elles aussi ne sont pas droites, il n'est pas rare de voir deux tombent se toucher, des trous apparaissent r&#233;guli&#232;rement, des arbres qui tombent, leurs branches trop lourdes et c'est tout qui s'&#233;croule, ce qui donne au lieu son charme comme ces cimeti&#232;res juifs o&#249; la v&#233;g&#233;tation pousse en libert&#233;, et comment ne pas penser en parcourant les all&#233;es du cimeti&#232;re &#224; ce passage de &lt;i&gt;La Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; : &#171; et je reculai assez pour buter malgr&#233; moi contre les pav&#233;s assez mal &#233;quarris derri&#232;re lesquels &#233;tait une remise. Mais au moment o&#249;, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pav&#233; qui &#233;tait un peu moins &#233;lev&#233; que le pr&#233;c&#233;dent, tout mon d&#233;couragement s'&#233;vanouit devant la m&#234;me f&#233;licit&#233; qu'&#224; diverses &#233;poques de ma vie m'avaient donn&#233;e la vue d'arbres que j'avais cru reconna&#238;tre dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine tremp&#233;e dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parl&#233; et que les derni&#232;res &#339;uvres de Vinteuil m'avaient paru synth&#233;tiser. Comme au moment o&#249; je go&#251;tais la madeleine, toute inqui&#233;tude sur l'avenir, tout doute intellectuel &#233;taient dissip&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travers&#233;e nocturne en voiture la musique &#224; fond dans l'habitacle du v&#233;hicule, le regard &#224; la fois distrait et fureteur, &#224; l'aff&#251;t des signes et des sons. Les lumi&#232;res de la ville scintillent au milieu de la nuit. Les feux de signalisation clignotent. Un signe lointain. Sans les silhouettes fuyantes qui disparaissent comme aspir&#233;es par la p&#233;nombre d'un coin de rue, la ville pourrait para&#238;tre d&#233;serte, calme et silencieuse. Pourtant sur le seuil de certaines portes il y a des hommes, certains discutent, d'autres marchandent et trafiquent. Le ton monte. La tension est palpable. La voiture d&#233;j&#224; loin de l&#224;. La nuit n'existe pas en ville. La voiture traverse la ville comme une pens&#233;e distraite, une fl&#232;che sans but. Un projectile invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas, il y a la mer ; en face, la ligne d'horizon. La corniche Kennedy est une mince langue de pierre qui surplombe l'eau, longe la mer, de la plage des Catalans jusqu'au Prado, une vue spectaculaire sur la baie de Marseille et ses &#238;les, deux trottoirs s&#233;par&#233;s par un banc continu, le plus long banc du monde. Le b&#233;ton, expos&#233; &#224; l'environnement marin particuli&#232;rement agressif, s'effrite et se d&#233;sagr&#232;ge lentement, laissant affleurer le spectre des armatures, le soleil dans la figure et la vision panoramique qui nous offrait le monde, les encorbellements surplombant la mer, silhouettes adolescentes, radieuses et vuln&#233;rables, en &#233;quilibre fragile au-dessus de l'eau, du vide, leur saut sibyllin, tel un rituel initiatique, une c&#233;r&#233;monie secr&#232;te, sa sensualit&#233;, ses &#233;lans, aspiration &#224; la libert&#233; et &#224; la lumi&#232;re, pas une chute mais une conqu&#234;te, dans le temps pr&#233;sent, cristallisant tous les vertiges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps j'ai d&#233;truit mes refuges. La fuite des ombres et des lumi&#232;res. Le jeu est fini, le monde n'a pas boug&#233; et je n'ai pas chang&#233; non plus. L'indiff&#233;rence ne m'a pas rendu diff&#233;rent. Je suis rest&#233; le m&#234;me. Le temps, qui veille &#224; tout, m'a donn&#233; la solution malgr&#233; moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps, qui conna&#238;t la r&#233;ponse, a continu&#233; de couler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jardin &#224; l'anglaise &#224; la sc&#233;nographie irr&#233;guli&#232;re, le premier jardin public pour &#171; amener la France et l'Empire aux Parisiens sans se d&#233;placer &#187;, un incroyable parc paysager, toute la zone rendue inconstructible par l'exploitation d'une carri&#232;re de gypse, la colline du Mont Chauve d&#233;coup&#233;e en buttes et fa&#231;onn&#233;e de rochers, falaises, torrents, cascades, grotte, alpages, &#238;le, piton, arche, emprunter des petits chemins de &#171; montagne &#187; long&#233;s par des ruisseaux et des balustrades en rocaillage, technique d&#233;corative tr&#232;s en vogue &#224; l'&#233;poque, toute la sc&#233;nographie du parc est r&#233;fl&#233;chie pour donner &#224; voir, pour lnous offrir les meilleurs points de vue sur la ville, un panorama exceptionnel, un jardin escarp&#233; paysager irr&#233;gulier repr&#233;sentant une juxtaposition de tableaux, d'effets de surprise, de perspectives et de chemins aux courbes harmonieuses, la roche m&#232;re de la falaise naturelle affleure, avec ses strates r&#233;guli&#232;res de gypse, visibles sur la gauche, qui se sont empil&#233;es au rythme g&#233;ologique des transgressions et r&#233;gressions marines, laissant des d&#233;p&#244;ts de s&#233;diments marins s'amonceler, sur la droite, du b&#233;ton a &#233;t&#233; inject&#233; pour renforcer et colmater les fissures de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois un paysage nouveau pour moi, mais il est nouveau pour moi parce que je le compare en pens&#233;es &#224; un autre paysage, ancien celui-l&#224;, que je connaissais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais juste finir par trouver le bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les herbes folles courant le long d'une route de campagne d&#233;serte&lt;br class='autobr' /&gt;
une usine abandonn&#233;e en friche, carreaux cass&#233;s, quelques tags r&#233;alis&#233;s &#224; la h&#226;te sur la fa&#231;ade, c'est le d&#233;but de la fin&lt;br class='autobr' /&gt;
une grande maison inhabit&#233;e au bord de la Seine&lt;br class='autobr' /&gt;
une chaise pliante dans la rue devant la porte d'entr&#233;e d'une maison, le propri&#233;taire y vient prendre le frais chaque jour&lt;br class='autobr' /&gt;
le reflet translucide d'un double lampadaire sur un mur en cr&#233;pis orange&lt;br class='autobr' /&gt;
les maisons de pierre aux toits de tuiles, persiennes closes, les jours de canicule &lt;br class='autobr' /&gt;
les vignes suspendues sur les contreforts d'une vall&#233;e encaiss&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
un passage couvert avec sa verri&#232;re et cette lumi&#232;re si particuli&#232;re le jour comme la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
un canal bord&#233; d'arbres &lt;br class='autobr' /&gt;
un escalier recouvert de feuilles jaunies par l'automne au point d'en faire dispara&#238;tre les marches en ciment&lt;br class='autobr' /&gt;
un empilement de chaises de bistrot aux formes et aux couleurs disparates, prot&#233;g&#233;es du vol par un &#233;pais cadenas&lt;br class='autobr' /&gt;
un petit matin d'automne, derri&#232;re une for&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
une mer calme&lt;br class='autobr' /&gt;
les cris des oiseaux qui se transforment aux feux des carrefours en m&#233;lodie pour faire traverser les aveugles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papillon qui s'envole, tache qui s&#232;che, t&#234;te de girafe au long cou tachet&#233;, caravane qui passe, &#233;toile de mer, contours impr&#233;cis d'un pays o&#249; je ne me suis jamais rendu, silhouette d'une tr&#232;s belle femme, couple qui s'embrasse, fleur de lys, livre ouvert, grenouille &#233;ventr&#233;e, vol d'hirondelles, cerf-volant tournoyant dans le ciel, dans le jeu, l'&#233;cart qui s'insinue entre les arbres du boulevard en contrebas et leur ombre port&#233;e, dans le mouvement chatoyant des feuilles qui se balancent et leur projection sur la paroi immacul&#233;e de la coupole que je contemple chaque jour depuis la fen&#234;tre de mon bureau, sur la surface arrondie comme un &#339;uf, blanche, parfois aveuglante sous le soleil estival. D&#233;crire la paroi c'est se focaliser sur l'&#233;cran qu'elle dresse entre notre regard et notre point de vue, et tout ce qui, dans la perspective se juxtapose, de mani&#232;re illusoire, comme dans ces vues d'optiques, images souvent colori&#233;es &#224; la main et destin&#233;es &#224; &#234;tre regard&#233;es &#224; travers une bo&#238;te d'optique qui en accentue l'effet de profondeur. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, diff&#233;rente. L'arrondie de la surface de la coupole, sa blancheur pr&#233;serv&#233;e, in&#233;dite, &#233;t&#233; comme hiver, me renvoie en miroir &#224; ma propre inconstance, me r&#233;v&#232;le vacillant, vell&#233;itaire. Mati&#232;re r&#233;fl&#233;chissante, parfois aveuglante qui d&#233;coupe au cuter les ombres des arbres plant&#233;s sur le boulevard, en d&#233;cuple les contours accident&#233;s. Le soleil tourne, dans la lumi&#232;re changeante, selon l'heure et les saisons, des &#233;clats lumineux se r&#233;fl&#233;chissent sur les immeubles voisins, se diffractent ou s'&#233;vasent sur la fa&#231;ade du b&#226;timent recouverte d'un mur rideau ondulant comme une vague. Ce qui se cache l&#224;-dessous, ce qu'accueille la coupole, qu'on ne voit pas &#224; distance, cach&#233;, &#224; l'abri des regards, qu'on devine ou dont on se souvient, ce sont les lignes &#233;pur&#233;es aux courbes &#233;l&#233;gantes, la moquette vert tendre, les fauteuils en cuir confortables, le mur en b&#233;ton brut dans lequel le bois des nervures des planches choisies par les ouvriers a laiss&#233; sa trace unique, sa signature comme les marques lapidaires des t&#226;cherons sur les &#233;difices du Moyen &#194;ge. Les milliers de petites lamelles m&#233;talliques blanches dissimulent au plafond les n&#233;ons qui tapissent l'espace d'une lumi&#232;re douce, sans ombre, trait&#233;es par &#233;lectrolyse pour ne pas avoir &#224; les d&#233;poussi&#233;rer manuellement. Et quand on allume la salle du conseil, les n&#233;ons se mettent &#224; clignoter de mani&#232;re asynchrone, cela ne dure quelques instants mais c'est si beau, que ce chant nous rappelle le p&#233;piement des oiseaux &#224; la campagne lorsque le jour se l&#232;ve. Et c'est ainsi que cette paroi, rigide, opaque, qui prot&#232;ge l'auditorium en dessous et valorise ce lieu et sa puissance d'attraction, nous laisse parfois entrapercevoir &#224; travers les couches superpos&#233;es des arbres, et de leurs feuilles l'&#233;t&#233; ou de leurs troncs tortueux l'hiver qui brouillent notre vue, des oiseaux de passage comme la silhouette fuyante de passants qui troublent en oblit&#233;rant le paysage, l'apparence d'un &#233;cran o&#249; soudain tout devient possible. Flamme effil&#233;e qui s'effiloche au feu, diable sortie de sa boite, cheval qui se cabre devant un danger impr&#233;vu, main &#224; laquelle il manque un doigt, nuage qui se dissipe dans le ciel du matin, sourire &#224; peine esquiss&#233;, Gitane qui danse un flamenco, chien qui aboie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un jour comme celui-ci, un peu plus tard, un peu plus t&#244;t, que tout recommence, que tout commence, que tout continue, que je d&#233;cide que je vais partir &#224; mon tour. Je vais les rejoindre, les retrouver. Il faut que je cesse de parler comme un homme qui r&#234;ve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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