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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>La distance du possible</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner &lt;br class='autobr' /&gt;
Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_9_1_-2-90df9.png?1780815619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.paris.fr/evenements/lecture-et-rencontre-avec-pierre-menard-108349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, de son rythme propre, de sa musique. Chaque fragment forme une boucle. Cela permet de lire le livre de fa&#231;on continue, mais &#233;galement de le parcourir selon l'heure, le lieu, ou au hasard en le feuilletant. J'ai toujours aim&#233; l'id&#233;e qu'on puisse ainsi circuler &#224; sa guise dans mes livres. Une lecture est un parcours. On peut sugg&#233;rer des chemins, des voies &#224; suivre, mais chacun est libre d'arpenter le r&#233;cit &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55304516081_a32ea3c07b_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55304516081_a32ea3c07b_k-709f0.jpg?1780815619' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Quai de la Seine, Bassin de la Villette, Paris 19&#232;me, 30 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On finit par se comprendre soi-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.castorastral.com/livre/ma-propriete-privee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ma propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;, le livre de Mary Ruefle, paru aux &#233;ditions Le Castor Astral en 2026&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, est un ensemble de proses po&#233;tiques courtes, ni po&#232;me, ni essai, plut&#244;t des m&#233;ditations existentielles, r&#233;cits intimes, introspectifs, dans lesquels l'autrice se pose des questions &#224; voix haute, sur le sens d'une pens&#233;e, la signification d'un r&#234;ve, ce que repr&#233;sente le bonheur. Elle s'interroge &#233;galement sur le sens des diff&#233;rentes couleurs comme Goethe l'avait fait avant elle dans sa &lt;i&gt;Th&#233;orie des couleurs&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1810, o&#249; le po&#232;te explorait l'impact psychologique des diff&#233;rentes couleurs sur l'humeur et les &#233;motions. Ces r&#233;flexions sont plac&#233;es aux c&#244;t&#233;s d'observations plus d&#233;cal&#233;es, comme la fa&#231;on dont on fabrique les t&#234;tes r&#233;duites, ou la d&#233;couverte faite par Ruefle dans son enfance que les milkshakes sont meilleurs avec du sel et du poivre, ou des r&#233;cits franchement autobiographiques comme celui o&#249; elle avoue avoir pleur&#233; sans arr&#234;t durant le mois d'avril 1998, car elle voulait mourir, &#224; cause de la m&#233;nopause qu'elle aborde sous l'angle personnel mais &#233;galement comme ph&#233;nom&#232;ne social : &#171; une nouvelle adolescence, sauf que vous &#234;tes adulte &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture de Ruefle s'apparente &#224; un sentiment pur, &#224; la mani&#232;re de la po&#233;sie. La juxtaposition et l'association d'images s'entrem&#234;lent ainsi tout au long de l'ouvrage. Dans la bri&#232;vet&#233; &#233;nigmatique du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Le Sublime&lt;/i&gt;, sensation et sens se m&#234;lent, et nous reconnaissons &#224; la fois l'action et ce que pourrait &#234;tre la signification cach&#233;e du texte : &#171; La route &#233;tait &#233;troite, puis de plus en plus &#233;troite, tournant tant&#244;t d'un c&#244;t&#233;, tant&#244;t de l'autre tandis que je grimpais, pench&#233;e sur le volant. Je voyais du coin de l'&#339;il qu'il y avait une vue incroyable, mais je ne pouvais pas regarder. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;&#192; lire, s'il vous pla&#238;t&lt;/i&gt;, elle raconte les derniers instants d'une femme chez elle qui remplit de graines de tournesol la mangeoire pour les oiseaux, du point de vue imaginaire d'un chardonneret : &#171; Depuis ma branche, je l'ai vue effectuer les activit&#233;s qui lui plaisaient : ramasser une serviette par terre, remplir un formulaire pour suspendre la distribution du courrier, faire bouillir de l'eau, regarder dans le vide. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la beaut&#233; de l'&#233;criture de Mary Ruefle tient dans l'ind&#233;cision permanente dans laquelle nous tient son &#233;criture, qui ne se limite jamais &#224; une forme pr&#233;cise, un genre, ni &#224; un point de vue univoque sur un sujet et qui, m&#234;me si elle para&#238;t autobiographique, nous touche toutes et tous. Les textes s'arr&#234;tent sur des moments de calme, de contemplation, de tristesse parfois, menant &#224; une prise de conscience ou &#224; une nouvelle vision du monde. Ils tissent entre eux des liens qui peu &#224; peu forment le sens du livre. Si les magnifiques fragments sur les couleurs de la tristesse, qui pars&#232;ment tout le livre, se r&#233;p&#232;tent et donnent leur tonalit&#233; au livre, la tristesse y est explor&#233;e comme une &#233;motion de la vie et des vivants, de la perte non pas comme quelque chose de concret, mais comme un signe de changement, une autre forme de possession. Une &lt;i&gt;note de l'auteur&lt;/i&gt; (que je ne livre pas ici pour ne pas d&#233;voiler la fin du recueil) fait office de cl&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me de passe-partout, et ouvre de nombreuses portes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre dresse le constat d'un agr&#233;able sentiment de partage contrari&#233;, avec une m&#233;lancolie passionn&#233;e qui nous laisse sans voix : &#171; Au d&#233;but, on comprend le monde mais pas soi-m&#234;me, et que lorsqu'on finit par se comprendre soi-m&#234;me, on ne comprend plus le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Change ton malaise en vibrato&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rester en mouvement. Ce n'est pas qu'une question d'activit&#233;s. Avoir des choses &#224; faire, travailler &#224; de nouveaux projets, avancer sur d'anciens. C'est avant tout une question de dynamique. Se mettre en mouvement. D&#232;s que j'arr&#234;te, je me sens pris au pi&#232;ge. Ce n'est pas imm&#233;diat, c'est plus pernicieux. Au d&#233;but, il me reste encore des choses &#224; faire, j'avance l'esprit l&#233;ger, je crois que &#231;a va continuer comme &#231;a, dans cet &#233;lan, ce rythme qui me porte au quotidien. Un impr&#233;vu survient, de la visite, une inqui&#233;tude passag&#232;re, des jours de vacances sans partir en voyage, sans pouvoir sortir, me promener, la canicule me retient plus longtemps que pr&#233;vu &#224; l'int&#233;rieur de la maison, sans pouvoir bouger, volets baiss&#233;s, dans la p&#233;nombre &#233;touffante de l'appartement. Des id&#233;es sombres m'envahissent. C'est si rare que j'en suis abasourdi. Je reste sans voix, m&#233;lancolique. Remise en cause g&#233;n&#233;rale. Tout m'&#233;chappe. Sans savoir comment r&#233;agir, ne rien r&#233;ussir &#224; faire d'autre qu'&#224; lire. Je fais du surplace. &#201;crire ce qui ne va pas. Ce qui m'inqui&#232;te, ce qui m'obs&#232;de. Puis tout effacer. Un poids en moins. D&#232;s que je r&#233;ussis enfin &#224; sortir &#224; nouveau, m&#234;me si c'est pour retourner travailler, je me sens mieux, moins oppress&#233;. Je me remets en mouvement, et ce mouvement me soulage, m'apaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/9178156514_a07478f68c_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9178156514_a07478f68c_k-88308.jpg?1780815619' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Mission Dolores, San Francisco, Californie, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, 24 avril 2012&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chant des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant l'air &#224; ma fen&#234;tre, j'observe un merle sur le bord de la fen&#234;tre de mes voisins. Sur le toit de l'immeuble d'en face un petit moineau lance une trille au son per&#231;ant. Je vois le merle sur son promontoire, se figer et lever la t&#234;te vers le haut pour regarder dans la direction de l'oiseau comme s'il comprenait ce que l'autre oiseau exprimait dans son chant. Je me rends compte que je n'ai jamais cherch&#233; &#224; savoir jusqu'&#224; pr&#233;sent si les oiseaux d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ont la capacit&#233; de communiquer et de se comprendre. Certains oiseaux communiquent des informations importantes sur les menaces et les ressources alimentaires au sein de leur groupe, mais aussi &#224; d'autres esp&#232;ces qui partagent le m&#234;me habitat. Bien qu'il existe certaines preuves sugg&#233;rant une compr&#233;hension entre certaines esp&#232;ces, dans certaines circonstances, cette capacit&#233; semble &#234;tre limit&#233;e et d&#233;pendante en fonction de l'environnement et de l'apprentissage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce qui reste du passage</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Et rien qu'un peu d'amour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des Parapluies de Cherbourg. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/memoire-vive" rel="tag"&gt;M&#233;moire vive&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/nuit" rel="tag"&gt;Nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_2_1_-ffc95.png?1776582275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et rien qu'un peu d'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la maison, je fredonne un air. Caroline se met &#224; la chanter &#224; son tour. Alice nous demande de quelle chanson il s'agit, se demande si cela ne vient pas des &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;. Je lui r&#233;ponds que pour moi c'est plut&#244;t li&#233; &#224; une s&#233;rie ou &#224; un film des ann&#233;es 80. Caroline finit par retrouver l'origine de la chanson. Il s'agit en fait d'une chanson interpr&#233;t&#233;e par V&#233;ronique Jannot, &lt;i&gt;Tous les enfants ont besoin de r&#234;ver&lt;/i&gt;, bande originale de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, &lt;i&gt;Pause caf&#233;&lt;/i&gt;, diffus&#233;e en 1981, dans laquelle elle jouait le r&#244;le de Jo&#235;lle Mazart, jeune assistante sociale au grand c&#339;ur travaillant dans un lyc&#233;e de banlieue. Une voix douce, une m&#233;lodie apaisante. Mais quand l'air me revient en t&#234;te, qu'il sort de ma bouche, aucun mot n'est prononc&#233;, plut&#244;t un grommelot. Ce charabia compos&#233; de langage macaronique et d'&#233;l&#233;ments onomatop&#233;iques, style de langage utilis&#233; dans le th&#233;&#226;tre satirique et dans la pantomime. Un air en appelle un autre, ils s'encha&#238;nent sans qu'on sache pourquoi. Je pense alors au film de Charlie Chaplin, &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, que je dois &#233;voquer samedi, &#224; la biblioth&#232;que, pour notre s&#233;lection cin&#233;ma de films sur les robots et l'IA. Charlot y interpr&#232;te, en grommelot, la chanson de L&#233;o Daniderff : &lt;i&gt;Je cherche apr&#232;s Titine&lt;/i&gt;, connue aux &#201;tats-Unis sous le titre : &lt;i&gt;The Nonsense Song&lt;/i&gt;. Charlot, devenu gar&#231;on de restaurant, a pr&#233;vu de chanter &lt;i&gt;Titine&lt;/i&gt;, dont sa compagne a &#233;crit les paroles sur ses manchettes. Les perdant, il se met &#224; improviser des paroles incompr&#233;hensibles, m&#233;lange de fran&#231;ais et d'italien. Sa prestation est n&#233;anmoins un triomphe. Ce sont les premiers mots prononc&#233;s au cin&#233;ma par le personnage de Chaplin. Les chansons qui nous reviennent en m&#233;moire sans pr&#233;venir, comme la musique des &lt;i&gt;400 coups&lt;/i&gt;, le film de Fran&#231;ois Truffaut, compos&#233;e par Jean Constantin, que je fredonne souvent, presque malgr&#233; moi, sont des valses fragiles, qui r&#233;v&#232;lent la tendresse enfouie de notre enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/55191250474_db48796056_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55191250474_db48796056_k-307c7.jpg?1776582275' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&#201;glise Saint-M&#233;dard, Paris 6&#232;me, 6 avril 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un espace &#224; l'envers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me l&#232;ve cette nuit encore pour occuper l'espace &#233;troit qui s&#233;pare le sommeil de son impossibilit&#233;. Je choisis de ne pas lutter contre l'insomnie. Je m'y installe sans rechigner, comme &#224; un poste d'observation. Derri&#232;re la vitre. Face au jardin. Tout semble immobile dans l'obscurit&#233;. Pourtant, tout para&#238;t tendu, dans l'attente d'un secret qui ne se d&#233;voile pas. Je regarde le paysage. Les volumes des b&#226;timents devant, des arbres du jardin, s'adoucissent progressivement pour sortir du noir de la nuit et appara&#238;tre enfin plus nettement. J'essaie de construire une phrase dans ma t&#234;te. Une seule phrase, lente, tendue vers l'ext&#233;rieur. Elle suit progressivement ce qui se trame dans l'obscurit&#233;. Les jeux d'ombres. Les fr&#233;missements d'air &#224; peine perceptibles. J'ai cette impression persistante de me trouver au bord d'une d&#233;couverte majeure qui m'&#233;chappe. Il ne s'agit pas d'une r&#233;v&#233;lation spectaculaire, mais plut&#244;t d'une simple annonce. Quelque chose que je peine &#224; comprendre, peut-&#234;tre. Je le pressens sans pouvoir le nommer. L'appartement s'enfonce dans le silence nocturne. Je m'avance int&#233;rieurement avec une d&#233;termination encore un peu h&#233;sitante. Un pas apr&#232;s l'autre. Prudent. Mon c&#339;ur bat. Mon regard se d&#233;tache de moi. Il devient presque &#233;tranger, indiff&#233;rent &#224; ce que j'&#233;tais encore il y a quelques instants en me levant. Dans ce glissement silencieux, ouat&#233;, quelque chose bascule. La nuit ne tombe plus autour de moi mais en moi. Elle r&#233;v&#232;le un lieu sans r&#233;el dehors. Un lieu tendu, clair et sombre &#224; la fois, o&#249; tout tremble, sans vraiment se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En deux temps trois mouvements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier film de Christian Petzold, &lt;i&gt;Miroirs n&#176;3&lt;/i&gt;, porte le titre d'une pi&#232;ce pour piano impressionniste de Maurice Ravel, &#233;galement connue sous le titre : &lt;i&gt;Une barque sur l'oc&#233;an&lt;/i&gt;. Un couple qui ne s'aime plus, qui n'a plus rien &#224; voir l'un avec l'autre. Ils partent en voiture pour une balade avec un couple d'amis. Laura, la jeune femme, est maussade, distraite, la t&#234;te ailleurs pendant tout le trajet. Leur histoire est termin&#233;e depuis longtemps, mais ils ne parviennent pas &#224; se l'avouer. Laura finit par refuser d'aller plus loin. Sur le chemin du retour, la voiture de son compagnon fait une sortie de route, il est tu&#233; sur le coup. Miraculeusement sauv&#233;e, la jeune femme pr&#233;f&#232;re rester dans la maison pr&#232;s de laquelle a eu lieu son accident, ne souhaitant pas aller &#224; l'h&#244;pital, ou rentrer chez elle. Si elle est si vite accept&#233;e dans cette maison, et si elle s'y trouve si bien, c'est qu'elle y remplit un vide et que ce vide en elle, cette incertitude sur son avenir, &#224; cet endroit, s'efface lentement. La place qu'elle trouve aupr&#232;s de Betty et de sa famille n'est pas la sienne. La disparition brutale de son compagnon lib&#232;re un espace in&#233;dit. Les deux hommes de la maison n'y vivent plus depuis le drame qui a boulevers&#233; la maison, en faisant &#233;clater la famille. Ils travaillent dans un garage un peu plus loin dans la r&#233;gion. Lorsqu'ils acceptent &#224; contrec&#339;ur l'invitation &#224; d&#238;ner de Betty, ils s'imaginent qu'elle a de nouveau perdu pied. Tous les trois sont &#224; table, embarrass&#233;s de se retrouver l&#224;, ensemble, ils n'en ont plus l'habitude depuis longtemps. Une quatri&#232;me assiette a &#233;t&#233; dispos&#233;e sur la nappe blanche. &#192; voir leurs mines d&#233;faites, ils s'imaginent que la convive invisible n'est qu'une nouvelle chim&#232;re de Betty qui les prie d'&#234;tre patients. Soudain, un fracas de casseroles retentit dans la cuisine, et la jeune femme surgit sous leurs yeux, portant une &#233;norme casserole. Elle n'est donc ni un fantasme ni un fant&#244;me, mais qu'attend-elle de ces inconnus, et qu'est-ce que cette famille, d'abord accueillante mais avec ses secrets, esp&#232;re d'elle ? Cette famille a des secrets. Ce qui trouble de plus en plus Laura, qui la met mal &#224; l'aise, et l'oblige finalement &#224; fuir. Cette fuite ne laisse pas un nouveau vide. Elle remet de l'harmonie entre les membres de cette famille. Ils renouent enfin le dialogue, se retrouvent apr&#232;s s'&#234;tre s&#233;par&#233;s, r&#233;par&#233;s pourrait-on dire, comme ils r&#233;parent tout ce qui dysfonctionnait dans la vieille maison (le robinet qui fuit, le lave-vaisselle qui ne fonctionne pas, le piano d&#233;saccord&#233;), pour finir par revivre ensemble sous le m&#234;me toit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/jpg/13928094090_8765037c59_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/13928094090_8765037c59_k-9138a.jpg?1776582276' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise, Paris 20&#232;me, 5 mai 2014&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discontinu des fragments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.liminaire.fr/@krasnasandor@social.tmprs.net'&gt;Sandor Krasna, le bot po&#233;tique qu'on peut suivre sur Mastodon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, cr&#233;&#233; &#224; la sortie de &lt;strong&gt;M&#233;moire vive&lt;/strong&gt;, est &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://abrupt.cc/pierre-menard/memoire-vive/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'antilivre publi&#233; par les &#233;ditions Abr&#252;pt&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Voici les deux derniers tercets publi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le sens du fun&#232;bre comme on apprend l'art de la f&#234;te et le sens de l'humour.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intention est du reste de sortir de l'impasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;laissons les sommets et les plaines, nous nous moquons des visions en &#233;tages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos rep&#232;res sont boulevers&#233;s dans un espace &#224; l'envers.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instantan&#233; nous fascine en tant que tombeau du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait devenu aussi d&#233;finitif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mille millilitres de Ganym&#232;de, de Philippe Savet</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Traces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/poesie" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_35_1_-a69b0.png?1774598572' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH171/81mbzsteovl_1_-06f4c.jpg?1770568649' width='120' height='171' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Philippe Savet d&#233;tourne la figure mythologique du prot&#233;g&#233; de Jupiter dans une &#171; catabase contemporaine &#187;. Ici, Ganym&#232;de ne monte pas vers l'Olympe, il s'enfonce dans la nuit des clubs et l'addiction chimique. Apr&#232;s sa disparition, il ne reste rien de lui que des &#233;crits po&#233;tiques, ainsi que les t&#233;moignages disparates de ses proches qui cherchent &#224; comprendre ce qui lui est arriv&#233;. Ce &#171; livre &#224; trous &#187; explore une identit&#233; queer oscillant entre autodestruction et qu&#234;te visc&#233;rale de libert&#233;. &#192; travers une narration discontinue, l'auteur &#233;tudie ce que l'exc&#232;s et la vuln&#233;rabilit&#233; font au corps, transformant la consommation de drogues en un acte sacrificiel. Le r&#233;cit refuse toute coh&#233;rence rassurante pour laisser place &#224; une urgence de vivre brute, o&#249; le plaisir se m&#234;le irr&#233;m&#233;diablement &#224; la perte de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8677 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8677&#034; data-id=&#034;2fc83927fbfa69808156bee950c11f84&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:816}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a.png?1772450588&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_mille_millilitres_de_ganymede_philippe_savet.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_35_-1aa8a-9d37b.png?1774598572' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/3Lun5u2DGLmaVmiP1pT2rs?si=k2WKd5mOSfCWYBRaV1Szkw&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
jupiter, je retrouve notre histoire dans une pipette de G d'un millilitre ou deux &lt;br class='autobr' /&gt;
un trip marqu&#233; par la s&#233;paration l'oubli l'impossibilit&#233; de vivre ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les buildings la neige &lt;br class='autobr' /&gt;
les pins le soleil ardent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes gouttes de sueur le long de la skyline &lt;br class='autobr' /&gt;
ta bave le long des troncs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu n'es pas physiquement pr&#233;sent &#224; New York &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Rome non plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pourtant tu transpires ces lieux qui contiennent ton &lt;br class='autobr' /&gt;
odeur crasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es au-dessus du lit comme un ange gardien ou un monstre affam&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est pour cette raison que je ne dors jamais sur le dos &lt;br class='autobr' /&gt;
pour ne pas voir tes yeux jaunes au plafond qui m'observent sans cligner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
battant l'air de tes ailes menteuses &lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re chaque sc&#232;ne chaque intrigue chaque rebondissement &lt;br class='autobr' /&gt;
tu as le flair d'un monstre ou d'un dieu qui sait syst&#233;matiquement quand revenir sur ses pas &lt;br class='autobr' /&gt;
tu tiens les fils de chaque silence ces fils qui lentement &lt;br class='autobr' /&gt;
m'attirent jusqu'&#224; ta planque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;poussi&#233;reuse et sombre cette plan&#232;te gazeuse et fra&#238;che &lt;br class='autobr' /&gt;
comme du soda&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu es le pic de glucose &lt;br class='autobr' /&gt;
le pesticide &lt;br class='autobr' /&gt;
le p&#233;trole &#224; la pompe &lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;chetterie &lt;br class='autobr' /&gt;
la javel &lt;br class='autobr' /&gt;
la boule de p&#233;tanque &lt;br class='autobr' /&gt;
l'humidit&#233; sur les murs &lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#233;chauffement climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je sais que ce n'est pas de l'amour mais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ton corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c&#244;te &#224; c&#244;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en maillot de bain sur du sable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les alo&#232;s que je d&#233;chire le jus des feuilles coup&#233;es sur ma peau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes su&#231;ons sur mes bras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'essaye de courir mais je n'y arrive pas j'ai l'impression &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tre suivi mais je ne peux pas &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est comme si je n'avais pas le souffle suffisant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour &#233;chapper au pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plusieurs ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es mais le souvenir reste le m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une diarrh&#233;e s&#233;v&#232;re un sentiment d'effroi un ciel nuageux et quelques rayons qui traversent le hublot jusqu'&#224; mon visage encore incapable d'entrevoir les &#233;claircies du p&#233;riple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retournerai &#224; Rome sans toi &lt;br class='autobr' /&gt;
et je te ferai dispara&#238;tre dans mon bonheur &lt;br class='autobr' /&gt;
celui qui ne s'entend plus ne se voit plus et qui pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
grossit jusqu'&#224; te rendre incolore inodore inoffensif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et je retrouverai les cl&#233;s dans ta langue pli&#233;e en deux &lt;br class='autobr' /&gt;
et mes t&#233;tons seront savoureux &lt;br class='autobr' /&gt;
avec ou sans toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je mourrai au combat
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
ne crains rien Ganym&#232;de, je serai l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tu seras l&#224; aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
et nous nous sauverons l'un l'autre du reste du &lt;br class='autobr' /&gt;
mon &lt;br class='autobr' /&gt;
de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; coups de hache et de pipes &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
gamma-butyrolactone removes most pains and despair&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est un mensonge que je me suis invent&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a passe toujours mieux dans une autre langue que la mienne
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;5. ce n'est plus moi qui vis mais Ganymede qui vit en moi &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;jupiter, je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suis guid&#233; par ta pr&#233;sence discontinue dans ce grand &lt;br class='autobr' /&gt;
chantier qu'est le clubbing et qui est ton empire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;naissance de mes trag&#233;dies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but les week-ends s'&#233;tendent sur quatre jours du &lt;br class='autobr' /&gt;
jeudi au dimanche avec une offre qui ne s'&#233;puise jamais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but le clubbing c'est descendre le long escalier noir &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous m&#232;ne aux salles du Silencio ou l'escalier voisin &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous conduit &#224; une cave qui n'existe plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but c'est la nuit toujours la nuit et il y a un code &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; donner pour entrer un mot anglais en cinq lettres la &lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re fois je n'ai pas su le mot de passe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans ces sous-sols je me retrouve face aux diff&#233;rents &lt;br class='autobr' /&gt;
visages de la d&#233;viance et c'est comme une d&#233;sorientation &lt;br class='autobr' /&gt;
une sortie du placard et j'ai d'abord une fascination na&#239;ve &lt;br class='autobr' /&gt;
pour une libert&#233; qui me saute trop vite aux yeux et qui &lt;br class='autobr' /&gt;
me br&#251;le les yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je suis comme un observateur timide et vuln&#233;rable qui n'ose pas ne sait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
comme un secret bien gard&#233; que l'on &#233;ventre devant moi &lt;br class='autobr' /&gt;
au couteau et d'o&#249; sortent de nouvelles images bruyantes terrestres &lt;br class='autobr' /&gt;
un oreiller de plumes qui se d&#233;chire qui me r&#233;veille me fait tomber me d&#233;couvre enti&#232;rement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au d&#233;but je ne connais personne mais il y a toi qui me pr&#233;sentes aux autres &lt;br class='autobr' /&gt;
tu m'embarques dans ce monde nouveau et mets entre mes mains des boissons indigestes tu &#233;tends l'exp&#233;rience aux before aux after tu agrandis les lieux les hangars les portes du p&#233;riph&#233;rique tu m'emm&#232;ne au-del&#224; de tout ce qui peut exister et puis tu disparais mais je suis intelligent et j'ai vite compris comment me fournir moi-m&#234;me et comment me cr&#233;er un compte sur le march&#233; du r&#234;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;sormais j'essaye de marcher dans tes pas de prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
ta place et j'ai dans les poches un alphabet entier mais il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'a jamais &#233;t&#233; question d'autre chose que de bandes qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'affrontent dans ce monde que tu m'as transmis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai reconstruit ton corps dans le corps des autres j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouv&#233; ton odeur dans l'odeur des autres j'ai retrouv&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ta queue dans les autres queues et je n'existais plus en &lt;br class='autobr' /&gt;
dehors de tout ce sexe que je pouvais avoir et qui se pr&#233;sentait &#224; moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est mentir que de dire que tous ces hommes avec qui je couchais je n'attendais rien d'eux en retour il y a toujours eu ce besoin visc&#233;ral d'&#234;tre aim&#233; mais dans cet entrelacs de s&#233;duction les hommes et ma sexualit&#233; ne me faisaient plus peur et je me suis vraiment acharn&#233; j'ai gaspill&#233; le plaisir j'ai fait du mal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi j'ai &#233;t&#233; vilain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi je suis parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;au moment de vider cette pipette je me pose la question des raisons qui me poussent &#224; le faire &#224; la vider encore sachant tout ce qu'elle comporte d'illicite et de dangereux cette pipette qui d&#233;truit mon organisme et m'enracine dans l'oubli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;truire dis-je&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou blier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lorsque j'avale je ne me souviens de rien je souffre d'amn&#233;sie ant&#233;rograde il me suffit d'un millilitre pour tomber raide dans le n&#233;ant mais cette fois-ci je me pose la question prendre ou ne pas prendre la pipette que je tiens dans mes mains telle est la question me mutiler pour &#233;chapper au r&#233;el me rapproche irr&#233;m&#233;diablement de la mort ce n'est pourtant pas ce que je cherche ce que je cherche c'est la vie c'est la vie quelque part dans ce liquide transparent capable de me rendre heureux enfin joyeux mort je ne me poserai plus la question d'avaler ou non de m'affaiblir ou non et je pense aux hommes qui m'ont assassin&#233; aux hommes qui m'ont entra&#238;n&#233; l&#224;-dedans dans cette bo&#238;te qui s'ouvre et se referme et dans laquelle je suis trop petit pour d&#233;cider quand je peux en sortir ou non et dans le noir je pense aux hommes qui me donnent du plaisir et &#224; ceux qui me font du mal je pense &#224; ma bouche qui a le pouvoir d'aimer et de dispara&#238;tre et &#224; quel &#233;tait mon r&#244;le lorsque j'&#233;tais ignorant parcourant le monde &#224; cheval comme un b&#233;b&#233; dans son innocence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un interm&#233;diaire entre les dieux et les morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour devenir d&#233;mon j'ai d&#251; me confronter aux autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma pipette en plastique est un espoir que je porte contre mon c&#339;ur elle repr&#233;sente toute la mis&#232;re du monde et je la vide pour apaiser la mis&#232;re je suis un martyr qui chaque nuit avale la mis&#232;re du monde pour r&#233;duire la mis&#232;re du monde et je prends la mis&#232;re en moi comme pour m'infliger ce lourd fardeau propre aux martyrs et aux saints&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon corps est un espace poreux dans lequel le monde vient s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'&#233;chouer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne me dites pas que vous croyez aux fant&#244;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne crois pas au destin mais il m'a bien fallu suivre une destin&#233;e pour me retrouver l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
comment en suis-je arriv&#233; l&#224; comment en suis-je arriv&#233; &#224; me poser la question de &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre ou de ne pas prendre cette pipette je suis le &lt;br class='autobr' /&gt;
coupable et la victime j'ai les deux r&#244;les &#224; la fois je suis &lt;br class='autobr' /&gt;
l'otage et le ravisseur l'aigle et la proie je suis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aimerais vous dire les paysages de printemps que j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
connus et que vous conna&#238;trez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si je m'endors maintenant c'est pour na&#238;tre de nouveau &lt;br class='autobr' /&gt;
devant vous et r&#233;cidiver &lt;br class='autobr' /&gt;
encore &lt;br class='autobr' /&gt;
et remonter la mis&#232;re comme Sisyphe sur la montagne &lt;br class='autobr' /&gt;
remonte le r&#1086;&#1089;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je vous parlerai des mythes et de ma naissance &lt;br class='autobr' /&gt;
mais d'abord je dois dormir parce que la pipette m'emporte avec elle dans le coma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je reviendrai parmi vous mais j'aurai tout oubli&#233; alors il faudra me rappeler pourquoi je ne dois pas prendre cette pipette alors il faudra venir ouvrir la bo&#238;te et m'en sortir et me montrer le chemin vers la r&#233;demption&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;s'il vous pla&#238;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/mille-millilitres-de-ganymede-philippe-savet/9782487749535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mille millilitres de Ganym&#232;de&lt;/i&gt;, Philippe Savet, &#201;ditions Le Nouvel Attila, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout le monde quelque chose, de Corinne Lovera Vitali</title>
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		<dc:date>2026-03-13T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
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		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Corinne Lovera Vitali d&#233;ploie un labyrinthe de monologues entretiss&#233;s o&#249; douze voix s'expriment depuis leurs enfermements. Ce r&#233;cit est con&#231;u comme un &#171; cabinet de parole &#187; qui explore les m&#233;andres de la psych&#233; &#224; travers un flux de pens&#233;es obsessionnel, o&#249; le rythme devient l'unique souffle de libert&#233;. Le texte aborde avec vivacit&#233; des th&#232;mes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin visc&#233;rale d'attention. L'autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du langage, utilisant la libre association pour traduire une forme d'ali&#233;nation ordinaire. C'est une &#339;uvre exigeante sur la difficult&#233; d'exister au-del&#224; de ses propres &#233;garements. Une invitation &#224; devenir &lt;i&gt;quelque chose d'autre que soi seul&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/4jgnzGm2rWpzYa4RadulI3?si=DKus5nE8So2USQv7dbNlpQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;moi je mange la nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand c'est fini c'est fini, j'ai souvent entendu des personnes le dire. En g&#233;n&#233;ral c'&#233;tait Moi quand c'est fini c'est fini. Dans Moi quand c'est fini c'est fini le Moi compte. Pourtant ces personnes comme toutes les personnes &#233;taient toutes diff&#233;rentes mais elle reprenaient cette m&#234;me phrase qui sonne en mot d'ordre au m&#233;gaphone. On ne peut pas dire qu'il y aurait un groupe de personnes pour qui quand c'est fini c'est fini, et pourtant le Moi plac&#233; devant semble bizarrement indiquer un Nous. Nous les pour qui quand c'est fini c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je ne suis ni ce Moi ni dans ce Nous. Moi quand c'est fini c'est pas fini. Pas que je fasse durer la fin je ne crois pas non. Mais quand c'est fini &#231;a peut recommencer. C'est la logique m&#234;me. C'est la nature. Mon Moi quand c'est fini c'est pas fini ne va pas contre la nature il dit sa d&#233;cision ne pas. Qui est une impossibilit&#233; une inaptitude un rejet un refus, tous les mots pouvant s'enquiller pour dire que d'un non quelque chose d&#233;coule une non fin. Je n'ai pas de doctorat en logique math&#233;matique non. Tout ce que je n'ai pas ! Tout ce que je n'ai pas fait que je ne peux pas ne pas. Voil&#224; comment je suis faite. Voil&#224; comment est fait mon cerveau-c&#339;ur il per&#231;oit tout ouvert. Et dans une fermeture &#224; double tour per&#231;oit l'ouverture possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y puis-je ? La soir&#233;e est finie je la recommence. J'ai sommeil &#224; l'heure du repas j'ai faim au moment de m'endormir. Et je c&#232;de aux deux. Voil&#224; bien ce que je fais le mieux. Moi je mange la nuit. J'emp&#234;che toute d&#233;cision de venir s'y enkyster. Le cerveau-c&#339;ur est &#233;videmment aux r&#234;ves. Je ne le dis &#224; personne et jusqu'&#224; ce que je vous en parle je n'en avais pas connaissance. Faire tout &#224; l'envers aller toujours contre, quoi de moins d&#233;cisif quoi de plus sisyphe. C'est que j'ai quelques morts avec moi qui n'ont rien fini et certainement pas de vivre, alors vos petites grandes d&#233;cisions l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Robin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le coup de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est-&#224;-dire qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ce puzzle &#233;puisant et pendant si longtemps on aurait pu croire que toutes mes pi&#232;ces se sont aimant&#233;es par leurs formes tordues et qu'elles se sont assembl&#233;es en un clin d'&#339;il. Parfaitement. Le puzzle et le clin d'&#339;il ce sont des images, comme &#231;a vous voyez mieux. Vous voyez tout est embo&#238;t&#233;, toutes les bonnes pi&#232;ces &#224; tous les bons endroits, et si vous clignez des yeux vous ne voyez m&#234;me plus les joints. La jointure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que &#231;a se passe vraiment comme &#231;a un puzzle, d'abord il y a un ensemble tout &#224; fait assembl&#233; puis il y a la machine. La machinerie &#224; emporte-pi&#232;ces. Elle se place au-dessus, elle descend, et elle fait imploser l'ensemble. Et c'&#233;tait pas qu'il &#233;tait plus rond que le O de Giotto c'est que c'&#233;tait un ensemble. Et c'&#233;tait le v&#244;tre. C'&#233;tait le mien. Je ne suis pas venu au monde en pi&#232;ces tout de m&#234;me. Ni vous ni personne, sauf les pauvres malheureux &#224; qui il manquait d&#232;s le d&#233;part une case ou un bras ou alors ils &#233;taient soud&#233;s &#224; leur siamois et on a d&#251; leur passer la scie &#224; d&#233;couper, mais &#224; nous non. On &#233;tait un ensemble tout bien fonctionnel on avait z&#233;ro d&#233;faut. Nickel chrome. Chrom&#233; vanadium m&#234;me. Puis il y a eu la dislocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant &#233;videmment c'est &#233;vident. Tout est puzzle partout il n'y a plus aucun ensemble, alors m&#234;me vous vous voyez ce que je dis l&#224;. Comme c'est la v&#233;rit&#233;. Mais c'est pas mon sujet. Mon sijet c'est comment je me suis rassembl&#233; moi seul, en un pr&#233;tendu clin d'oeil et pr&#233;cis&#233;ment au milieu de ce chaos de pi&#232;ces grandes et petites et volant de toutes parts et m&#234;me pour la plupart abso-lument disparues, comme des esp&#232;ces. Autant dire juste avant la fin du monde. De justesse, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je clignais beaucoup des yeux depuis des mois parce que j'ai mauvaise vue et que la dictature du chaos emp&#234;chait mes habitudes de faire r&#233;guli&#232;rement le point. Il n'y avait plus aucune r&#233;gularit&#233; ni dans le monde ni dans ma vie et faire le point devenait toute une affaire sans que je puisse non plus sauter &#224; pieds joints dans le bazar et me dire Allez boule bastre, aussi m&#234;me en pointill&#233;s et m&#234;me &#224; des heures indues je clignais je clignais, je t&#226;chais de tenir ma ligne on peut dire &#231;a de sa vie quand on s'y accroche. Puis on aurait pu dire qu'en un clin d'&#339;il je n'ai plus eu besoin de cligner des yeux. Le flou s'&#233;tait install&#233; et tant pis s'il apportait avec lui son lot d'algies, tant pis tant pis. Parce que je dois l'admettre &#231;a avait fini par me plaire de ne plus tr&#232;s bien voir. Contrairement &#224; ce qu'on aurait pu croire ce flout&#233; &#231;a vous fouette l'&#226;me, &#231;a vous secoue la mollesse de vivre. Parce qu'alors il n'y a vraiment plus que vous enfin. Vous ne pouvez plus regarder au-dehors avec votre compas dans l'oeil et vous dire Ah tiens, comme trop souvent je me l'&#233;tais dit puis je tra&#231;ais droit dans les pay- sages en croyant que c'&#233;taient ceux des autres, Ah tiens, sans voir que c'&#233;taient les miens et sans comprendre que c'est bien commode les paysages des autres quand on est par vautr&#233; dans sa vie molle, c'est bien commode pour ne rien savoir et finir &#233;tourdi de se puzzler &#224; l'infini dans l'inconnu, assomm&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; et tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais ainsi totalement d&#233;go&#251;t&#233; quand le flou est venu &#224; ma rescousse. Je commen&#231;ais enfin &#224; regarder et &#224; voir r&#233;ellement au-dedans. Il n'y avait aucun flou l&#224;. Plut&#244;t tout au fluo se voyait mon tout intact si durement ballott&#233; des ann&#233;es et des humains mais qui avait r&#233;sist&#233;. Fi&#232;rement je l'ai visit&#233; et je l'ai reconnu et je l'ai ch&#233;ri. Je n'avais m&#234;me plus besoin de me souvenir, tout &#233;tait l&#224;. Plus de pi&#232;ces. Je ne peux mieux vous dire. Imaginez une sorte d'unit&#233; finie mais se renouvelant &#224; chaque respiration sans souci de morcellement, sans devoir d'inspection &#224; chaque instant, sans autre battement que celui de son c&#339;ur. Imaginez la fin du disloqu&#233;. Qui n'a plus ni &#224; se recoudre ni &#224; en d&#233;coudre avec ses sentiments. Imaginez de foudre permanent si vous pr&#233;f&#233;rez. Si vous le coup voulez aller faire un tour j'attends, pas de probl&#232;me. J'ai tout mon temps maintenant je suis bien r&#233;uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On est r&#233;guli&#232;rement tenu de dire des choses comme &#231;a, En un clin d'&#339;il. D'abord &#224; part si on est horloger ou si on est soi-m&#234;me un chrono ou un p&#232;se-personne ou une petite machine bien huil&#233;e, il y en a oui ils sont tic-tac tout le temps ils savent tout bien compter m&#234;me ce qui ne se mesure pas, mais si on n'est pas &#231;a, qu'est-ce qu'on fait ? Si on n'est vraiment mais vraiment pas &#231;a ? On ne sait pas signifier le temps autrement qu'en images, et on a toujours besoin d'&#234;tre rassur&#233; par les images comme quand on avait la chance de lire des livres d'images ou de dessiner toute la journ&#233;e parce qu'on &#233;tait des enfants. On dit En un clin d'&#339;il. Et si on n'est pas s&#251;r de son image on part vite en chercher une autre comme En un &#233;clair, sinon on dit &#192; la vitesse de la lumi&#232;re, &#231;a n'a pas d'importance si on ne conna&#238;t pas la vitesse de la lumi&#232;re. Parfois on l&#228;che Le coup de foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous savez c'est seulement pour se consoler les images qu'on met dans les mots, il ne faudrait pas les hair comme vous vous &#234;tes mis &#224; le faire. Et il ne faudrait pas non plus les utiliser de trop pour les publicit&#233;s. Il faudrait arr&#234;ter parce que &#231;a nous vide &#224; force. On a eu le coup de foudre c'est beau. &#199;a s'est pass&#233; en un clin d'&#339;il aussi. On ne peut pas se passer des images quand on parle, on ne peut pas se passer de tout, comme les images les rimes la scanse, on ne peut pas se passer de tout et parler ne serait qu'une sorte de jeu sans plus jamais de chanson ce serait un jeu tr&#232;s s&#233;rieux, ce serait vraiment un jeu de cons. Il y en a beaucoup qui y jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait le droit de chanter aussi alors. On ne faisait que &#231;a toute la journ&#233;e les ann&#233;es d'avant la dislocation y compris &#224; l'&#233;cole, surtout &#224; l'&#233;cole on dessinait on jouait on courait on chantait, on avait des &#233;ducateurs form&#233;s &#224; &#231;a. On nous chantait des berceuses aussi. Vous ne croyez pas qu'on en aurait encore besoin ? Qui a d&#233;cid&#233; que &#231;a devait s'arr&#234;ter ? L'&#226;ge de raison nous a tous ravag&#233;s et on n'a m&#234;me pas gagn&#233; en raison on est tous devenus des disloqu&#233;s on s'est retrouv&#233;s en loques &#224; ne plus pou- voir entendre le soir des rimes douces comme &#224; ne plus pouvoir sucer son pouce. Ceux qui n'ont pas eu le choix sont entr&#233;s dans la dislocation en se faisant une raison, j'imagine. Mais il y en a des comme nous ils n'ont pas pu, ils ont vraiment &#233;t&#233; disloqu&#233;s. On a dit de nous Ils sont perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait perdus c'est vrai, et c'est faux on n'&#233;tait rien perdus du tout on nageait comme les t&#234;tards qu'on &#233;tait rest&#233;s on surnageait comme on pouvait en pensant &#224; quand nos orteils sortaient de nos chaussettes ou quand la fille &#224; la peau un peu violette nous avait d&#233;clar&#233; son amour, ou on avait des musiques tout le temps dans la t&#234;te ou on voyait des dessins dans la tapisserie ou on croyait se marier avec un vieux bout de rideau sur la t&#234;te, et parfois on ne faisait m&#234;me que l'imaginer justement. Et en m&#234;me temps qu'on subissait la dislocation g&#233;n&#233;rale on devait aussi se disloquer de ceux qui nous disloquaient. On a eu beaucoup de travail pour rester agripp&#233;s &#224; notre pan de tapisserie derri&#232;re le pan de double rideau, et on ne se connaissait pas alors et on n'&#233;tait pas en hordes non plus, on &#233;tait radicalement seuls. Avec au m&#234;me endroit, c'est-&#224;-dire en nous, au-dedans de notre petit corps et de notre petite bo&#238;te cr&#226;nienne et de nos petits organes g&#233;nitaux, enfin tout partout en nous on &#233;tait avec ce puzzle incompr&#233;hensible et avec notre d&#233;sir, qu'on n'a jamais l&#226;ch&#233; sans jamais chercher &#224; le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/162/9782378041007/tout-le-monde-quelque-chose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout le monde quelque chose&lt;/i&gt;, Corinne Lovera Vitali, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le pays dont tu as march&#233; la terre, de Daniel Bourrion</title>
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		<dc:date>2026-01-02T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
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		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Silence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce roman en forme d'hommage, l'auteur revient sur la mort d'un camarade d'enfance rest&#233; toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce gar&#231;on discret, presque invisible, a gliss&#233; &#171; vers une absence progressive avant que d'&#234;tre permanente &#187;, disparaissant hors du monde sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Leur amiti&#233;, n&#233;e dans cette campagne, s'est dilu&#233;e quand leurs routes se sont s&#233;par&#233;es, &#171; chacun sur sa voie, sans croisements &#187;. Ce livre retrace (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_26_1_-c7029.png?1767341277' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH180/9782487819252_1_-85721.jpg?1763978300' width='120' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans ce roman en forme d'hommage, l'auteur revient sur la mort d'un camarade d'enfance rest&#233; toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce gar&#231;on discret, presque invisible, a gliss&#233; &#171; vers une absence progressive avant que d'&#234;tre permanente &#187;, disparaissant hors du monde sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Leur amiti&#233;, n&#233;e dans cette campagne, s'est dilu&#233;e quand leurs routes se sont s&#233;par&#233;es, &#171; chacun sur sa voie, sans croisements &#187;. Ce livre retrace leur parcours, interroge ce qui pousse certains &#224; s'effacer quand d'autres parviennent &#224; s'en sortir. Avec une langue sensible, Daniel Bourrion reconstitue le souvenir d'un homme que tout semblait condamner au silence et &#224; l'oubli. Un livre dense, &#233;mouvant, sur l'amiti&#233; et la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lisez.com/livres/le-pays-dont-tu-marche-la-terre/9782487819252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le pays dont tu as march&#233; la terre&lt;/i&gt;, Daniel Bourrion, &#201;ditions H&#233;lo&#239;se d'Ormesson, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8566 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8566&#034; data-id=&#034;896cc33960c19d100105f0da138329e0&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:859}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_26_-1b1b5.png?1767341230&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_le_pays_ou_tu_as_marche_la_terre_daniel_bourrion.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_26_-1b1b5-8f12a.png?1767341277' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0fTgditklrAIFawDvvhn17?si=8YE_2fu_T6qMc9-o5u7fIQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/0fTgditklrAIFawDvvhn17?si=8YE_2fu_T6qMc9-o5u7fIQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARTANT, le vrai point de d&#233;part de l'histoire entre nous a eu lieu l&#224;-haut, dans la longue b&#226;tisse basse d&#233;pliant sa cour de bitume comme il se doit, &#224; l'exception du marronnier qu'il y a eu, les vieux le disent, je ne l'ai pas vu, je les crois. Cette cour d'ailleurs, elle demeure identique &#224; ce que j'ai connu, toi aussi, m&#234;me si l'&#233;cole n'est plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, elle a &#233;t&#233; ferm&#233;e quelques ann&#233;es apr&#232;s notre passage, un regroupement. C'&#233;tait cette &#233;poque, on commen&#231;ait &#224; parler de rationaliser ce saupoudrage d'&#233;tablissements dans des villages o&#249; la natalit&#233; ne suffisait plus &#224; remplir les classes. Dans le m&#234;me temps, il devenait inconvenant de regrouper dans une unique salle des enfants d'&#226;ges divers, glanant ce que le ma&#238;tre ou la ma&#238;tresse apprenait aux plus vieux. &#192; la suite, les enfants &#8211;- nous &#8211;- se sont retrouv&#233;s &#224; passer d'un lieu l'autre, matin et soir, dans des autobus sillonnant les bans sur des routes juste suffisantes pour leurs gros culs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en souviens un peu, de ces d&#233;partementales, du bus, de la poussi&#232;re en rage lorsque les roues mordaient les &#224;-c&#244;t&#233;s, camion en face, on se fr&#244;lait. Tu &#233;tais l&#224; aussi, parfois, rarement, assis, regard sur les collines. Tu ne bougeais pas, ne parlais pas cependant que nous autres &#233;tions piaillants. Tu regardais je ne sais quoi, la libert&#233; s'il se trouve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces bouleversements, l'autre &#233;cole, celle des s&#339;urs jadis remerci&#233;es, a surv&#233;cu comme telle, devenant le lieu qu'elle est toujours o&#249; les plus petits sont livr&#233;s chaque jour, colis sur pattes peinant &#224; descendre les hautes marches de l'autobus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, notre &#233;cole, celle de notre rencontre, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ferm&#233;e en vertu de cette logique rationnelle qui ne l'est que pour ceux qui en d&#233;cident, est rest&#233;e longtemps abandonn&#233;e, son jus, nous laissant voir ses petites chaises sages, ses armoires closes sur leurs merveilles r&#234;v&#233;es, les salles visibles de l'ext&#233;rieur de la b&#226;tisse si on se perchait d'un seul orteil sur l'appui que fait le bas bout du mur quand il se pince &#224; la fa&#231;ade et se r&#233;v&#232;le marchepied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite le vide, plusieurs ann&#233;es, j'ai vu cela : un parquet sur lequel il n'y avait rien que les reflets teint&#233;s par le soleil, les bruits des pas de ceux qui visitaient dont moi, je ne sais plus en quelle occasion, se rem&#233;morant ce qu'ils pouvaient : tous &#233;taient pass&#233;s l&#224; &#224; un moment, chacun le sien, et racontait, un tourbillon, plusieurs &#226;ges, voix, rires, comme s'il avait fallu que les meubles disparaissent pour que remonte une mar&#233;e que nous regardions d&#233;ferler en faisant largement grincer le sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis sont venus quelques travaux, on distinguait, au travers des fen&#234;tres illumin&#233;es, les ouvriers tr&#232;s tard. Soudain, le maire a coup&#233; un ruban de trois couleurs, toujours les m&#234;mes, le maire et le ruban, pour ce dernier sorti d'un gros rouleau dans la r&#233;serve, on en tirait le m&#232;tre n&#233;cessaire, et les ciseaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, l'&#233;cole &#233;tait devenue une salle communale carrel&#233;e, immense, les murs du dedans, ceux qui tenaient les salles de classe auparavant, avaient &#233;t&#233; tomb&#233;s par de lourdes masses dont les coups de boutoir allaient m&#234;me d&#233;crocher les lampes, robustes boules opalescentes dont une ou deux avaient chu sans pr&#233;venir, se fracassant non loin des ouvriers, nuls casques, des espadrilles, vin rouge le midi, une autre &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, ceux, celles qui ont appris ici leurs premiers mots &#233;crits sur de minuscules pupitres vident leurs derniers verres chantants. Sur de longues tabl&#233;es, ils ont des repas gargantuesques, je ne sais comment on peut manger autant sans en mourir d'apoplexie. Entre eux, tous ces convives, il y a les morts qu'on devine comme silence, qui s'invitent &#224; la table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je les vois ainsi, je parle des vivants, puisque parfois j'en suis, je me demande toujours qui se souvient qu'ici, avant, nous &#233;tions tous des enfants. Qui se souvient aussi avec moi qu'il y avait ce tableau, que &#231;a sentait l'encre vers&#233;e dans les coupelles de porcelaine tr&#232;s blanches coinc&#233;es dans le trou rond les accueillant, des nids.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de l'immense bruit, je croise mes couverts, regarde les visages, j'y cherche l'enfance alors qu'il n'y a plus de tableau, plus d'encre non plus, pas plus de ma&#238;tresse rousse morte vive en cognant dans un arbre avec une voiture folle, elle ne tenait pas le volant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet accident, c'est une borne pos&#233;e, un lundi de P&#226;ques, ce devait &#234;tre apr&#232;s que nous avons &#233;t&#233; voisins ou du moins dans la m&#234;me classe, et toi, et moi, pendant la Communale, un souvenir vague, cette brume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je fouille dans ce qu'il me reste de la salle de classe, tu &#233;tais dans le rang derri&#232;re le mien, tu ne parlais toujours pas, jamais, je crois bien que tu es le premier taiseux que j'ai crois&#233;. Moi, qui suis bavard tellement que je m'en saoule, finis par ne plus ouvrir la bouche pendant des jours, cela me laissait &#233;bahi de te voir aussi silencieux qu'une souche d'arbre. Un rocher de tranquillit&#233; derri&#232;re son pupitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tellement qu'il m'arrivait, les premiers mois dans cette &#233;cole primaire, de me tourner pour voir si tu &#233;tais toujours aur&#233;ol&#233; de ton myst&#232;re. Quand tu l'&#233;tais, monolithique, le regard droit sur la fen&#234;tre si haute que je me demandais qui les lavait, un jour ce serait ma m&#232;re, j'&#233;tais rassur&#233; sans bien saisir pourquoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois, me remarquant, tu as eu cette grimace qui t'emportait tout le visage, un tourbillon, j'en ai souri longtemps, la ma&#238;tresse alors vivante m'a demand&#233; ce qui m'apportait cette joie. Surpris, j'ai invent&#233; une histoire sans queue ni t&#234;te, elle s'en est content&#233;e. Je sais mentir de belle mani&#232;re, &#224; presque y croire moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne le sauras pas, mais retrouver quelque chose dans ce fatras flou qui ne cesse d'augmenter &#224; mesure qu'on avance est une t&#226;che impossible. Je tente ma chance malgr&#233; cette difficult&#233;, puisque c'est seulement &#224; &#231;a que servent les mots, ceux qui les &#233;crivent, parler des morts, les faire vivre, et tous les morts, particuli&#232;rement ceux dont personne ne parle plus, afin qu'au moins quelqu'un cr&#233;e la trace qu'ils n'ont pas m&#234;me pas tent&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, je fais ce que je peux. Je gratte cette terre noire, j'exhume, des petits tas de sable que l'eau des ruisseaux grosse des pluies mangera sans doute aucun. J'essaie, tu vois, j'essaie, tu en valais la peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce travail qui ne sert qu'&#224; &#231;a, aux morts, il est b&#234;cher, il remue ce qu'on ne voyait plus, il d&#233;range de longs sommeils, fait au passage &#233;merger d'autres souvenirs, une racine qu'on tire dont on pensait qu'elle n'&#233;tait rien, son filament se d&#233;couvre &#224; mesure, r&#233;v&#232;le. Des visages, des figures, quelqu'un, une vieille dame qui m'avait dit que j'&#233;tais un fils du soleil, ainsi que tous ceux n&#233;s ce mois des premiers pas, des premi&#232;res fleurs, de tout ce qui se peut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je parle d'avril, c'est qu'il m'est revenu, tu passes dans ma m&#233;moire, que tu &#233;tais &#233;galement fils du soleil &#8211; tes dates de naissance, de mort, affirment que nous &#233;tions de m&#234;me ann&#233;e, m&#234;me mois. Une question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se demander pourquoi, comment, deux personnes n&#233;es en m&#234;me temps et au m&#234;me endroit, amies, voient leurs trajectoires diverger tellement qu'elles finissent par &#234;tre inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MON d&#233;frichement m'am&#232;ne &#224; la suivante des &#233;coles, celle dans le village pr&#233;c&#233;d&#233; de chapelets de bosses : notre tour d'autobus &#233;tait venu, toujours une cons&#233;quence du regroupement qui avait transform&#233; en pugilats les conseils municipaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nerfs s'y chauffaient. Des doigts, poings serr&#233;s en enclumes, pointaient vers les plafonds. Sous les b&#233;rets que quelques-uns portaient &#224; l'int&#233;rieur, la sueur, rage humide, perlait. Il se raconte m&#234;me que d'aucuns en vinrent aux mains, je ne sais pas de qui on parle mais je peux deviner.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#233;tonnant qu'ils en soient arriv&#233;s &#224; se saisir au col. D'habitude, ces extr&#233;mit&#233;s n'&#233;taient atteintes que pour des histoires de terres, de femmes, des choses s&#233;rieuses que ne sont pas des chamboulements d'enfants, &#234;tres de peu de valeur sinon celle de leurs bras encore &#224; venir, un investissement risqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, plusieurs bourgades se partag&#232;rent leurs &#233;coles, et donc leurs prog&#233;nitures. Puisqu'on d&#233;cidait pour nous, nous avons effectu&#233; une premi&#232;re rentr&#233;e dans le quasi-hameau o&#249; nul n'allait : il n'y avait rien &#224; y voir, la route qui le traversait menait au creux de l'horizon, personne ne s'y savait le moindre lien familial ou amical. C'&#233;tait au-del&#224; de tout rep&#232;re une terre inconnue, un autre continent &#224; moins d'une dizaine de kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en souviens. L'&#233;cole, la cour coinc&#233;e &#224; rebours de l'&#233;glise petite, les murs ventrus au surplomb de la route, un calvaire dans son coin avec sa Vierge jetant ses mains vers un grand vain, quelques marronniers, cette fois, ils &#233;taient l&#224;. Je sais qu'en dessous, nous nous &#233;tions pos&#233;s pour la photographie sempiternelle avec l'instituteur et sa guitare si nous &#233;tions sages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens, aussi, de cet hiver si froid que des &#233;tourneaux tombaient des hautes branches, fruits m&#251;rs : au sol incapables et gel&#233;s, nous les glanions pour les chauffer, r&#233;animer, ressusciter dans la salle aux plafonds t&#234;te bascul&#233;e qui t'accueillait, m&#234;me si je n'en ai pas la certitude &#8211;- il faudrait que je revienne au clich&#233; perdu dans quelque armoire, ou aux registres de pr&#233;sence s'ils existent toujours, ce dont je doute, voire que j'aille interroger le ma&#238;tre qui doit savoir, ils savent tout puisqu'ils sont ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens que l&#224;, apprenant, &#233;coutant, n'&#233;coutant pas, j'avais crois&#233; quelque autre n&#233; les m&#234;mes jour mois an que moi, presque mon double cette fois, quasi jumeau. Pour lui, je sais toujours son nom, pr&#233;nom, tout autant sa maison coll&#233;e &#224; l'&#233;glise au c&#244;t&#233; oppos&#233;. Du fait de la proximit&#233;, son paradoxe, il arrivait largement en retard, et chaque jour nous nous moquions. Son visage riant aux cheveux noirs &#224; croire qu'ils &#233;taient teints, je l'ai bien plus que le tien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens encore d'un autre des camarades que je retrouverais au coll&#232;ge, m&#234;me classe, et lui avait neuf fr&#232;res, chose impensable, une tradition que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes avaient pourtant en habitude, de faire grande famille, nombre d'enfants, chair &#224; canon, les deux guerres &#224; peine referm&#233;es avaient donn&#233; le pli, il fallait &#231;a quand &#231;a tonnait d&#232;s l'aube, on ne voyait pas trop pourquoi le d&#233;compte des morts tomb&#233;s au champ d'honneur s'arr&#234;terait, peut-&#234;tre que ces dix-l&#224; &#233;taient un semblant de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis aussi de ce jour-l&#224;, tu l'as peut-&#234;tre vu, je ne pense pas, o&#249; deux cousines, une brune, une blonde, les plus belles filles, courant chacune dans son sens, avaient pass&#233; en m&#234;me temps le coin pour se heurter pleine vitesse. Le choc avait produit ce bruit dur mat, j'ai entendu, les os quand ils se cognent &#224; plus r&#233;sistant qu'eux et l&#224;, c'&#233;tait le cr&#226;ne de l'autre, cette boule dure cach&#233;e, un secret rond. La chair fendue des deux c&#244;t&#233;s, au-dessus de l'arcade sourcili&#232;re, &#224; l'arrondi, les gamines saignaient beaucoup, beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a avait fait toute une histoire, les cris, les pleurs, la peur, le sang, ce qu'on distinguait de tr&#232;s blanc dans le fond des plaies, myst&#232;re. Les parents alert&#233;s, les filles &#233;taient parties un torchon sanguinolent sur la t&#234;te, nous en avions trembl&#233;. Le lendemain, elles revenaient, recousues et lav&#233;es, fi&#232;res d'&#234;tre au centre. Souvent, je me demande si les cicatrices se distinguent sur leurs peaux qui se rel&#226;chent tout autant que la mienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas mon sujet. Mon sujet, c'est toi, toi dont je ne distingue pas la chevelure &#233;bouriff&#233;e au milieu des t&#234;tes occup&#233;es &#224; faire des exercices, ligner, conjuguer, compter avec des doigts toujours insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lisez.com/livres/le-pays-dont-tu-marche-la-terre/9782487819252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le pays dont tu as march&#233; la terre&lt;/i&gt;, Daniel Bourrion, &#201;ditions H&#233;lo&#239;se d'Ormesson, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La maison vide, de Laurent Mauvignier</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur une demeure abandonn&#233;e pendant vingt ans, renfermant objets, photos mutil&#233;es et traces de plusieurs g&#233;n&#233;rations. &#192; partir de cette maison, l'&#233;crivain remonte le fil d'une histoire familiale marqu&#233;e par deux guerres mondiales, la vie paysanne et les destins bris&#233;s de plusieurs femmes. On croise Marie-Ernestine, musicienne emp&#234;ch&#233;e par un mariage impos&#233;, Marguerite, figure rebelle et humili&#233;e &#224; la Lib&#233;ration, ou encore les hommes partis au front et revenus d&#233;truits. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/architecture" rel="tag"&gt;Architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/portrait" rel="tag"&gt;Portrait&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_18_1_-80e32.png?1760080208' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8475 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur une demeure abandonn&#233;e pendant vingt ans, renfermant objets, photos mutil&#233;es et traces de plusieurs g&#233;n&#233;rations. &#192; partir de cette maison, l'&#233;crivain remonte le fil d'une histoire familiale marqu&#233;e par deux guerres mondiales, la vie paysanne et les destins bris&#233;s de plusieurs femmes. On croise Marie-Ernestine, musicienne emp&#234;ch&#233;e par un mariage impos&#233;, Marguerite, figure rebelle et humili&#233;e &#224; la Lib&#233;ration, ou encore les hommes partis au front et revenus d&#233;truits. En ravivant ces existences oubli&#233;es, Mauvignier tente de comprendre l'ombre que ce pass&#233; a fait peser sur les siens, jusqu'au suicide de son p&#232;re en 1983. Le roman est &#224; la fois enqu&#234;te intime, fresque historique et m&#233;ditation sur la m&#233;moire transmise par les silences autant que par les r&#233;cits. Avec son &#233;criture minutieuse et vibrante, l'auteur redonne chair &#224; des vies effac&#233;es et fait de cette maison un lieu hant&#233; o&#249; s'entrelacent drame familial et m&#233;moire collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Maison_vide-3486-1-1-0-1.html/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La maison vide&lt;/i&gt;, Laurent Mauvignier, Les &#233;ditions de Minuit, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/6Nbre9k23LVCSVUXGIuGzS?si=bIXz7_hPSS6Yz3yFjhF0cQ&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;strong&gt;47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, donc, puisque nous y sommes, Marie-Ernestine a retrouv&#233; ses amours d'outre-Rhin ; elle a fini par ressortir de leur purgatoire les partitions bleues et grises, elle a abandonn&#233; la censure et s'est r&#233;concili&#233;e avec Bach, Schubert, Brahms et tous les autres, comme si rien ne les avait jamais s&#233;par&#233;s. La vie est revenue apr&#232;s la Grande Guerre comme si celle-ci n'avait &#233;t&#233; qu'un mauvais r&#234;ve qu'il s'agissait maintenant d'oublier ou d'enterrer le plus loin possible dans la fosse aux souvenirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre la permission de Jules en janvier 1916 et le mois de novembre 1922, le temps a pass&#233; comme une eau saum&#226;tre qui semblait endormie et qui pourtant s'est &#233;coul&#233;e, et Marie-Ernestine a vu sa fille grandir, ou plut&#244;t l'a regard&#233;e pousser comme une mauvaise herbe qu'on h&#233;site &#224; arracher entre deux pierres &#8211; vivace ingrate obstin&#233;e &#224; s'&#233;lancer &#224; travers le brouillard pour chercher sa part de soleil plante aux vis&#233;es tentaculaires dont sa m&#232;re a observ&#233; les efforts de croissance avec &#233;tonnement et presque embarras, comme si c'&#233;tait une anomalie de voir une enfant se d&#233;velopper aussi vite, aussi bien, comme si c'&#233;tait une incongruit&#233; de voir ce corps petit et rond, robuste et d&#233;j&#224; lourd s'&#233;panouir et accomplir ce pour quoi il &#233;tait fait. &#192; vrai dire, c'est la vie elle-m&#234;me que pendant toutes ces ann&#233;es Marie-Ernestine a regard&#233;e avec circonspection et presque d&#233;fiance, c'est la vie, &lt;i&gt;sa vie&lt;/i&gt; &#224; elle aussi, ou plut&#244;t sa vie d'abord, mar&#233;cageuse et lente &#224; s'&#233;couler, qu'elle a vue se d&#233;rouler devant ses yeux, sans tout &#224; fait croire que cette vie &#233;tait la sienne, parce qu'elle l'avait vue du coin de l'&#339;il sans y pr&#234;ter plus d'attention, avancer jour apr&#232;s jour dans cette brume noir&#226;tre de la guerre, puis dans la brume &#224; peine plus lumineuse &#8212; ce gris mat et sans &#233;paisseur, fatigu&#233; et laiteux - de la paix retrouv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s son d&#233;part, elle s'&#233;tait souvenue chaque jour de la permission de Jules. Et il n'y aura pas un jour jusqu'&#224; la fin de sa vie en 1949 &#8211;, o&#249;, m&#234;me pour quelques secondes, elle ne verra se dessiner le visage de Jules quand il &#233;tait revenu pour cette visite qui lui avait sembl&#233; irr&#233;elle et impossible &#224; force d'avoir &#233;t&#233; attendue car, &#224; peine commenc&#233;s, les jours de permission avaient port&#233; en eux l'annonce de leur fin et avaient &#233;t&#233; contamin&#233;s par un malaise qui ne l'avait pas quitt&#233;e, l'obligeant &#224; des simagr&#233;es o&#249; elle s'&#233;tait vue agir de fa&#231;on incompr&#233;hensible &#224; ses propres yeux, mais aussi &#224; ceux de Jules, s'accrochant &#224; lui comme une gamine, folle, presque midinette, se pendant au cou de son militaire en lui racontant tout et n'importe quoi et en noyant le silence sous un exc&#232;s de mots pour combler sa peur de voir le temps leur couler entre les doigts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Six jours. Pas un de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et six jours apr&#232;s son arriv&#233;e, quand il l'avait embrass&#233;e &#224; la gare avant de reprendre son train pour le front et la mort &#8212;, Jules l'avait prise dans ses bras, l'avait serr&#233;e peut-&#234;tre un peu trop fort puis s'&#233;tait &#233;cart&#233; en la tenant longtemps par les &#233;paules pour mieux la regarder. Elle, redressant la t&#234;te, avait fix&#233; les dents ab&#238;m&#233;es de son mari, leur irr&#233;gularit&#233; dans sa bouche, dont la l&#232;vre sup&#233;rieure &#233;tait en partie recouverte par les poils recourb&#233;s et rebelles des moustaches. Pendant qu'elle l'avait regard&#233;, ses l&#232;vres &#224; lui, son souffle &#224; lui, sa voix avaient form&#233; des mots qui lui r&#233;p&#233;taient qu'on se reverrait bient&#244;t, qu'il en &#233;tait s&#251;r et qu'il ne pourrait pas en &#234;tre autrement. Et ainsi, jusqu'&#224; la fin de ses jours elle avait pu v&#233;rifier qu'il avait dit vrai ; en effet, tous les jours ils se revoyaient car, obstin&#233;ment, patiemment il revenait se planter devant elle, avec ses moustaches et ses joues creuses et bl&#234;mes, sa col&#232;re ou sa sid&#233;ration de se r&#233;p&#233;ter qu'il &#233;tait possible d'&#234;tre mort, en attendant qu'elle r&#233;ponde quelque chose qu'il aurait toujours attendu et dont elle n'aurait jamais su ce que &#231;a pouvait &#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque jour, &#224; n'importe quel moment de la journ&#233;e, sans raison apparente, la pr&#233;sence de son d&#233;funt mari se jette sur elle et s'impose que ce soit pendant qu'elle est &#224; son piano, qu'elle se lave et s'habille ou se coiffe, qu'elle pr&#233;pare &#224; manger ou simplement reste assise &#224; l'ombre des tilleuls en parlant avec une voisine, peu importe, quelque chose de fulgurant, secret, intime, l'&#233;loigne des autres &#8211; de tous les autres et la r&#233;quisitionne le temps que son mari, sans la moindre pudeur, m&#234;me en pr&#233;sence d'autrui et indiff&#233;rent &#224; eux, vienne et s'impose &#224; elle. Tous les jours - toujours par surprise &#8211; une image lui br&#251;le la r&#233;tine et s'attache &#224; son cerveau &#8212; &#183; pas m&#234;me besoin d'attendre la nuit ni le sommeil &#8211; le visage de Jules &#8211; les mains de Jules &#8211; ses yeux - sa voix dont la tonalit&#233; et le timbre s'&#233;miettent et se perdent chaque jour davantage et finissent au bout de quelques ann&#233;es par sombrer dans l'oubli &#8211; sa maigreur et son regard fi&#233;vreux - les fils tournicotant de tabac Caporal dans ses moustaches son sourire ses silences tout peut appara&#238;tre &#224; n'importe quel moment, sans d&#233;cence ni discr&#233;tion, pour lui traverser l'esprit et la laisser seule m&#234;me en plein march&#233;, m&#234;me le jour o&#249; elle s'est remari&#233;e. Et si au fur et &#224; mesure des ann&#233;es Jules s'&#233;vanouit dans l'ombre, que son visage se dilue, que sa voix s'efface, malgr&#233; tout ce n'est jamais jusqu'&#224; sa disparition totale ; la seule question que Marie-Ernestine peut se poser en se levant, c'est de savoir &#224; quel moment une image s'imposera de ces jours qui avaient &#233;t&#233; les derniers avec lui, ou peut-&#234;tre pas vraiment avec lui mais &#224; c&#244;t&#233;, car m&#234;me dans l'intimit&#233; retrouv&#233;e de la chambre elle avait &#233;t&#233; &#224; c&#244;t&#233; plut&#244;t qu'avec lui - comme en face d'un animal qui fascine mais dont on se m&#233;fie et qu'on ne peut voir qu'&#224; travers les grilles d'un zoo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se souvient de ce torse nu quand elle l'avait revu la premi&#232;re fois ; ce torse qui n'&#233;tait plus celui de Jules mais celui d'un autre &#8211; maigre, osseux, dont la peau &#233;tait comme parchemin&#233;e de taches, de tavelures, d'ecchymoses et de z&#233;brures fines et brunes, comme des coups de griffes ou des morsures. Elle n'avait rien demand&#233; et s'&#233;tait tue &#8211; s'arr&#234;tant en plein milieu d'une phrase sans queue ni t&#234;te qui ne servait qu'&#224; masquer sa peur car lui n'avait pas compris qu'il lui d&#233;voilait un corps qu'elle ne pouvait pas reconna&#238;tre ; il ne savait pas &#224; quel point la guerre l'avait transform&#233;, ni &#224; quel point ce corps pas encore d&#233;charn&#233; offrait &#224; sa femme un homme comme d&#233;barrass&#233; de celui d'avant, comme s'il &#233;tait devenu celui dont il avait r&#234;v&#233; quand il &#233;tait plus jeune. En d&#233;couvrant ce corps qui s'&#233;tait affin&#233; et d&#233;lest&#233; de sa mollesse, elle avait d&#251; baisser les yeux pour ne pas lui montrer le trouble dans lequel ce changement l'avait laiss&#233;e comme si c'&#233;tait un autre homme qui lui &#233;tait revenu &#224; la place de Jules, un homme nouveau. Lorsque son visage disparaissait dans l'ombre son visage lui-m&#234;me avait quelque chose de transfigur&#233; &#8211; elle voyait des traits aff&#251;t&#233;s et durs, mais troublants de fragilit&#233; et de douceur contrari&#233;es &#8211; oui, c'&#233;tait un homme bless&#233; et qui ne ressemblait pas son mari. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, ce n'est pas parce qu'elle s'&#233;tait trouv&#233;e face &#224; un homme fa&#231;onn&#233; par la guerre et peaufin&#233; par elle qu'elle avait voulu se donner &#224; lui, mais parce qu'il avait dans le visage une expression et une maigreur douloureuse qui lui avait fait peur et qui surtout lui avait fait mal - une empathie, une forme de compassion entach&#233;e de culpabilit&#233;, car elle savait que ce qu'il vivait elle n'y aurait jamais acc&#232;s, que cet enfer-l&#224; lui serait &#224; jamais interdit parce qu'elle &#233;tait une femme, et elle s'&#233;tait sentie redevable car c'est lui qui affrontait la mort dans la pourriture des tranch&#233;es, enterr&#233; vivant dans les boyaux du front ; alors c'est en simple femme fran&#231;aise &#8211; en Fran&#231;aise z&#233;l&#233;e et redevable &#8211;, qu'elle avait voulu se donner &#224; lui, non pas tant pour le satisfaire sexuellement que pour le r&#233;conforter ou l'apaiser ; c'&#233;tait comme une mission, un r&#244;le &#8211; disons devoir - qui s'&#233;tait impos&#233; sans qu'elle y r&#233;fl&#233;chisse ; personne ne lui avait demand&#233; d'agir par amour ou pour satisfaire son propre d&#233;sir. Non, pour elle, c'&#233;tait juste ce qu'elle avait &#224; faire, ce &#224; quoi elle se soumettait en toute conscience : le deuxi&#232;me soir, donc, alors qu'ils &#233;taient dans leur chambre et qu'ils restaient &#233;loign&#233;s l'un de l'autre, elle en chemise de nuit, lui en maillot de corps et n'ayant pas encore retir&#233; son pantalon, elle s'&#233;tait approch&#233;e de son mari, silencieuse et solennelle, grave jusqu'au ridicule ; elle avait pris les immenses mains de Jules entre ses doigts &#8212; il avait &#233;t&#233; surpris, avait esquiss&#233; un geste de recul puis s'&#233;tait laiss&#233; guider &#8211; et, avec une volont&#233; qu'il ne lui avait jamais connue, elle avait pos&#233; ses mains sur ses seins &#8211; essayant de lui sourire en n'y parvenant pas tout &#224; fait, ou alors seulement pour cacher son embarras surtout quand, sans un mot, elle l'avait invit&#233; &#224; appuyer ses paumes contre le tissu &#233;pais et blanc de sa chemise de nuit, l'invitant &#224; malaxer ses seins, ce &#224; quoi il s'&#233;tait livr&#233; avec &#233;tonnement et sans r&#233;el plaisir, non, presque m&#233;caniquement, fron&#231;ant les sourcils parce qu'il &#233;tait g&#234;n&#233;, se figeant soudain comme s'il avait eu envie de pleurer et de lui dire &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est trop tard&lt;br class='autobr' /&gt;
ou qu'il ne comprenait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
Trop tard&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que maintenant les seules femmes &#224; qui il faisait l'amour il les trouvait dans les fermes, sur la route de la guerre, et les payait pour ce plaisir qu'elles donnaient aux soldats qui avaient besoin d'oubli et de repos. S'il &#233;tait rest&#233; longtemps &#224; regarder ses propres mains sur la poitrine de sa femme, il s'&#233;tait &#233;tonn&#233; de ne pouvoir en demander plus et avait regard&#233; les yeux paniqu&#233;s de Marie-Ernestine, sa terreur dans la noirceur de l'iris et ce qu'il lisait dans ses yeux, il le savait depuis toujours &#8211; non, elle n'avait aucun d&#233;sir pour lui, ni &#224; ce moment ni &#224; aucun autre. Lui, alors, avait retir&#233; ses mains : ils n'avaient plus le temps de jouer une com&#233;die &#224; laquelle ils ne croyaient ni l'un ni l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que pendant des ann&#233;es toutes ses ann&#233;es ? toute sa vie ? &#8211; elle s'en soit voulu de ne pas avoir aim&#233; cet homme. Si elle avait su l'aimer, c'est s&#251;r, sa vie aurait &#233;t&#233; adoucie, elle aurait &#233;t&#233; transform&#233;e et tout se serait envol&#233; de son amertume et de son ressentiment. Car c'&#233;tait l'amertume et le ressentiment envers ses parents qui avaient pr&#233;valu lorsqu'elle avait appris la mort de son mari ; oui, l'amertume et le ressentiment envers son p&#232;re - paix &#224; son &#226;me &#8211; avait-elle d&#251; se r&#233;p&#233;ter en le maudissant sans m&#234;me savoir qu'elle le maudissait, parce qu'il craignait qu'elle se retrouve incapable sans un homme dans cette grande baraque &#224; mener contre vents et mar&#233;es. Bien s&#251;r, elle maudissait aussi sa m&#232;re d'avoir &#233;t&#233; la complice de ce calcul idiot qui faisait que, dix ans apr&#232;s son mariage, le bec dans l'eau, elle &#233;tait veuve ; le jour o&#249; avaient d&#233;barqu&#233; les gendarmes avec leur gueule de croque-mort et leur cul serr&#233; dans un uniforme qui n'inspirait plus que m&#233;pris pour cette bande d'embusqu&#233;s, elle avait eu envie de leur rire au nez, de rire au nez de sa m&#232;re, qui avait eu besoin de s'asseoir pour accuser le coup,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mort - Jules&lt;br class='autobr' /&gt;
livide, au bord de l'&#233;vanouissement mais exigeant d&#233;j&#224; d'en savoir plus, parce qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle pourrait pourtant voir clairement sur le visage de sa fille d&#233;guerpir au plus vite &#8212;, non, elle ne voyait pas que sa fille la regardait avec un air de triomphe m&#233;chant et accusateur, l'air de dire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Votre beau calcul !&lt;br class='autobr' /&gt;
et les gendarmes, eux, d&#233;cidant de&lt;br class='autobr' /&gt;
et maintenant il n'y avait plus d'homme dans cette maison, plus un seul, le v&#339;u de Firmin avait sombr&#233; avec Jules, comme son r&#234;ve de musique &#224; elle, et Marie-Ernestine aurait pu en rire, se dire que c'&#233;tait l'ironie du sort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis ce jour l'amertume et le ressentiment &#233;clatent dans chaque trait de son visage, elle ne sera jamais pianiste et les ann&#233;es ont gliss&#233; entre ses doigts en lui marquant des rides s&#233;v&#232;res aux plis des yeux, de la bouche, du nez, mais surtout en lui laissant, comme une ombre de malheur, la pr&#233;sence d'une fillette qu'elle r&#233;pugne &#224; toucher. Dans ce grand salon d'apparat o&#249; plus personne ne vient, l'immense piano brille d'un vernis qui recouvre toutes ses illusions et ses r&#234;ves de musique &#8211; un grand bateau qui coule. La voil&#224;, en 1916, ressassant l'&#233;chec du projet de Firmin, et elle se dit que, plut&#244;t que de se complaire dans son ressentiment et son amertume, elle ferait mieux d'accueillir la vie comme elle vient, sans attendre de compensation ni une justice qu'elle ne trouvera - peut-&#234;tre &#8211; que dans l'au-del&#224;. Elle se dit que la paix, &#224; son mari, elle la lui doit, qu'il a fait le sacrifice de sa vie et qu'il n'avait pas &#233;t&#233; un si mauvais homme &#8211; il ne l'avait pas souvent battue sans doute moins que Firmin sa m&#232;re &#8211; il ne l'avait pas si souvent forc&#233;e &#224; faire l'amour &#8211; pas si &#183; il l'avait aim&#233;e &#224; sa mani&#232;re, non pas comme elle aurait voulu, mais comme lui avait pu. &#192; d&#233;faut d'avoir aim&#233; son mari, Marie-Ernestine acceptera de lui conc&#233;der toute la gloire, tout le m&#233;rite qu'une &#233;pouse combl&#233;e peut offrir &#224; son homme. &#192; d&#233;faut d'amour, il reste le devoir. Elle d&#233;cide que la seule chose qu'elle peut c'est d'&#233;duquer sa fille avec le sens de l'abn&#233;gation ; il faut que sa fille comprenne pourquoi son p&#232;re est mort, qu'elle marche dans ses pas &#224; lui, et &#224; lui seulement ; il lui faut le silence et la pri&#232;re, que la fillette comprenne que cet homme qu'elle n'aura pas connu &#233;tait un homme important et qu'ainsi sa vie d'enfant ne sert &#224; rien d'autre qu'&#224; honorer la m&#233;moire vivante de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Maison_vide-3486-1-1-0-1.html/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La maison vide&lt;/i&gt;, Laurent Mauvignier, Les &#233;ditions de Minuit, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>(in)visibilit&#233;(s)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Revue</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TINA, revue publi&#233;e par les &#233;ditions JOU, se veut un espace d'exp&#233;rimentation o&#249; se croisent &#233;critures, r&#233;flexions et cr&#233;ations. Elle met en lumi&#232;re des auteur&#183;e&#183;s et des artistes qui osent sortir des sentiers battus, refuser la facilit&#233; et s'aventurer vers des formes nouvelles, impr&#233;visibles. &#192; la fois laboratoire litt&#233;raire, politique et artistique, TINA s'affirme comme un terrain de recherche critique et inventif, en mouvement permanent. Accessible gratuitement en version num&#233;rique tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/54860198106_b1cb5e3efa_k_1_-1018b.jpg?1760770082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/tina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TINA, revue publi&#233;e par les &#233;ditions JOU&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, se veut un espace d'exp&#233;rimentation o&#249; se croisent &#233;critures, r&#233;flexions et cr&#233;ations. Elle met en lumi&#232;re des auteur&#183;e&#183;s et des artistes qui osent sortir des sentiers battus, refuser la facilit&#233; et s'aventurer vers des formes nouvelles, impr&#233;visibles. &#192; la fois laboratoire litt&#233;raire, politique et artistique, TINA s'affirme comme un terrain de recherche critique et inventif, en mouvement permanent. Accessible gratuitement en version num&#233;rique tout au long de l'ann&#233;e (&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/revue_tina_online/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TINA online&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;), elle prend la forme d'une &#233;dition papier annuelle, publi&#233;e au mois d'octobre. La revue se prolonge par des &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/evenements-tina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;v&#233;nements r&#233;guliers&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, rencontres et actions, qui font de TINA un lieu vivant, collectif et &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.53_18.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH270/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.53_18-ebc26.png?1757401293' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/tina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nouveau num&#233;ro de la revue TINA&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; s'articule autour d'un th&#232;me central, la dialectique entre invisibilit&#233; et visibilit&#233;, envisag&#233;e comme enjeu de pouvoir, mais aussi comme ressource critique et strat&#233;gique. L'invisibilit&#233; peut &#234;tre impos&#233;e, lorsqu'elle d&#233;coule de structures sociales, &#233;conomiques ou linguistiques qui effacent certaines cat&#233;gories d'individus, ou choisie, lorsqu'elle devient tactique de r&#233;sistance face aux logiques d'exposition et de marchandisation. La revue met ainsi en lumi&#232;re comment les pratiques artistiques, sociales et politiques jouent avec cette fronti&#232;re pour inventer d'autres mani&#232;res d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier ensemble de contributions s'int&#233;resse &#224; la tyrannie de la visibilit&#233;. Dans une soci&#233;t&#233; satur&#233;e par l'&#233;conomie de l'attention et l'injonction &#224; se montrer, la surexposition devient norme et contrainte. Les auteurs s'appuient notamment sur les travaux de Harcourt, Haroche ou Auber pour souligner que cette &#171; soci&#233;t&#233; d'exposition &#187; convertit toute &#339;uvre et tout individu en produit. Jean-Charles Massera ajoute que la langue elle-m&#234;me est un outil d'invisibilisation : ses structures patriarcales et colonialistes rendent invisibles les femmes, les minorit&#233;s sexuelles ou les migrants, reproduisant des hi&#233;rarchies sociales &#224; travers des distinctions terminologiques apparemment neutres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue s'attache &#233;galement &#224; critiquer des syst&#232;mes techniques et institutionnels qui produisent de l'effacement ou du silence. Olivier Auber d&#233;crit l'Internet comme une &#171; maison en bois &#187;, une architecture fragile et inflammable, parce que le protocole unicast s'est impos&#233; historiquement, il a favoris&#233; la centralisation et la domination des GAFAM, au d&#233;triment d'alternatives plus d&#233;mocratiques comme le multicast. Christian Salmon aborde la disparition progressive de la nuit &#224; travers le ph&#233;nom&#232;ne de pollution lumineuse : cette &#171; colonisation du continent nocturne &#187; affecte gravement la biodiversit&#233; et modifie notre rapport au monde, r&#233;v&#233;lant une autre facette de l'Anthropoc&#232;ne. S&#233;bastien Biniek et Elizabeth Hale livrent, quant &#224; eux, un t&#233;moignage sur la fermeture de l'&#201;cole d'art de Valenciennes, cons&#233;quence des politiques d'aust&#233;rit&#233;. Cette disparition institutionnelle n'est pas seulement celle d'un lieu d'enseignement, mais d'une m&#233;moire collective et d'un ancrage territorial.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.23_28.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH284/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.23_28-6a208.png?1757401293' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Noctalgie&lt;/i&gt;, par Christian Salmon&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Un autre axe majeur de la revue est consacr&#233; aux pratiques artistiques qui inventent d'autres formes de pr&#233;sence et d'action. Christophe Leclercq s'int&#233;resse aux artistes qui, comme Duchamp ou Raivo Puusemp, choisissent la discr&#233;tion, refusent la visibilit&#233; institutionnelle ou produisent des &#171; &#339;uvres sans &#339;uvre &#187;. Cette posture critique d&#233;fie l'h&#233;g&#233;monie du march&#233; de l'art. Aur&#233;lia Zahedi d&#233;crit la &lt;i&gt;Maison Auriolles&lt;/i&gt;, espace communautaire et laboratoire de recherche artistique, qui rejette les logiques de rentabilit&#233; et cultive le lien, l'exp&#233;rimentation et la convivialit&#233;. Elle &#233;voque aussi le &lt;i&gt;Ch&#339;ur de showmeuses&lt;/i&gt;, un collectif qui use du chant pour rendre audible le travail invisible des femmes et questionner le ch&#244;mage, faisant de la voix un outil &#224; la fois po&#233;tique et politique. Dans une veine proche, Cl&#233;ment Bleu &#8212; Pays d&#233;veloppe des interventions discr&#232;tes dans l'espace marchand, o&#249; il ins&#232;re photographies et monochromes sans chercher la reconnaissance : ses &#339;uvres agissent comme antidotes &#224; l'anesth&#233;sie culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.26_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH259/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.26_14-bee11.png?1757401293' width='500' height='259' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;La question de l'archive&lt;/i&gt;, entretien avec Fran&#231;ois Deck par DeYi Studio.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La revue insiste aussi sur le r&#244;le de la m&#233;moire et de l'archive comme processus vivant. Fran&#231;ois Deck, par sa pratique des &lt;i&gt;banques de questions&lt;/i&gt;, pr&#233;f&#232;re l'&#233;change &#224; la documentation syst&#233;matique : il rappelle que chaque individu est une archive pr&#233;cieuse. &#201;ric Arlix imagine, dans ses &lt;i&gt;Extractions&lt;/i&gt;, des personnages qui &#233;chappent &#224; leur &#171; texte fant&#244;me &#187;, concept emprunt&#233; &#224; Shoshana Zuboff pour d&#233;signer la pr&#233;diction algorithmique de nos comportements, afin de retrouver une vie impr&#233;visible et affranchie. C&#233;line Domengie analyse quant &#224; elle l'&#339;uvre de Bernard Ollier, &lt;i&gt;Le livre qui n'existe pas&lt;/i&gt;, installation en librairie qui rend visible l'absence m&#234;me, interrogeant la mat&#233;rialit&#233; du livre et la valeur de ce qui &#233;chappe &#224; l'exposition mus&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.29_44.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH315/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.29_44-63f61.png?1757401293' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Michel Baggi et Bernard Ollier installent l'exposition du &lt;i&gt;livre qui n'existe pas&lt;/i&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Certains textes introduisent des notions particuli&#232;rement frappantes. Le &#171; syndrome du r&#233;verb&#232;re &#187;, d&#233;crit par DeYi Studio, illustre la d&#233;pendance des artistes &#224; l'exposition. Comme quelqu'un cherchant ses cl&#233;s sous un lampadaire parce que c'est le seul endroit &#233;clair&#233;, beaucoup d'&#339;uvres ne sont reconnues que dans le champ institutionnel visible, au d&#233;triment de pratiques situ&#233;es en dehors, consid&#233;r&#233;es comme marginales. La revue recense aussi des initiatives &#8220;furtives&#8221; ou &#8220;compatibles&#8221;, comme celles de Fabrice Gallis ou du Bazaar Compatible Program de Shanghai, qui inventent des formes d'art invisibles mais actives dans d'autres contextes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.liminaire.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.36_41.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH377/capture_d_e_cran_2025-09-06_a_22.36_41-4a087.png?1757401293' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Le syndrome du r&#233;verb&#232;re&lt;/i&gt;, par DeYi Studio.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/tina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce num&#233;ro de la revue TINA (in)visibilit&#233;(s)&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; montre, sans opposer frontalement le visible et l'invisible, comment leur tension ouvre un espace de cr&#233;ation, de critique et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue TINA&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; para&#238;tre le 15 octobre 2025&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
192 pages &#8211; format 13 x 20 cm&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; nos ardeurs, de C&#233;cile Bartholomeeusen</title>
		<link>https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/a-nos-ardeurs-de-cecile-bartholomeeusen</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Mort</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Animal</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C&#233;cile Bartholomeeusen revient, &#224; travers le r&#233;cit intime du deuil de son amie d'enfance, libre et intens&#233;ment connect&#233;e &#224; la nature, sur le lien profond qui les unissait. Face &#224; l'effondrement &#233;cologique et &#224; l'indiff&#233;rence du monde, cette amie d&#233;cide de se suicider. Entre hommage, m&#233;ditation po&#233;tique et r&#233;flexion politique, l'autrice explore &#233;galement la fragilit&#233; humaine, la m&#233;moire et la puissance de l'&#233;criture face &#224; l'absence. &#192; travers des fragments m&#234;lant ses souvenirs &#224; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/information" rel="tag"&gt;Information&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_ecrivant_5_1_-4c8bc.png?1754032284' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8399 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L81xH120/couvc-copie_1_1_-ded43.jpg?1751706549' width='81' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;C&#233;cile Bartholomeeusen revient, &#224; travers le r&#233;cit intime du deuil de son amie d'enfance, libre et intens&#233;ment connect&#233;e &#224; la nature, sur le lien profond qui les unissait. Face &#224; l'effondrement &#233;cologique et &#224; l'indiff&#233;rence du monde, cette amie d&#233;cide de se suicider. Entre hommage, m&#233;ditation po&#233;tique et r&#233;flexion politique, l'autrice explore &#233;galement la fragilit&#233; humaine, la m&#233;moire et la puissance de l'&#233;criture face &#224; l'absence. &#192; travers des fragments m&#234;lant ses souvenirs &#224; de nombreuses citations et r&#233;f&#233;rences scientifiques ajout&#233;es en marge du r&#233;cit, l'autrice fait revivre dans les mots celle qui fut pour elle un rep&#232;re. Ce roman bouleversant interroge ce qu'il reste &#224; sauver, dans le monde comme en soi, quand l'irr&#233;versible s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesavrils.fr/livre/a-nos-ardeurs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; nos ardeurs&lt;/i&gt;, C&#233;cile Bartholomeeusen, Les Avrils, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8427 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8427&#034; data-id=&#034;b8e6514c1a420101c0636669c6ad0b74&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:986}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_ecrivant_5_-e6fa7.png?1752676634&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_a_nos_ardeurs_cecile_bartholomeeusen.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_ecrivant_5_-e6fa7-143ae.png?1754032284' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://creators.spotify.com/pod/profile/en-lisant/episodes/nos-ardeurs--de-Ccile-Bartholomeeusen-e35dpc5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://creators.spotify.com/pod/profile/en-lisant/episodes/nos-ardeurs--de-Ccile-Bartholomeeusen-e35dpc5&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
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L'arbre des voisins a fleuri. Je rentrais &#224; la maison et je l'ai vu. J'ai ralenti l'allure tout en d&#233;viant mon regard de la route. Puis, je me suis arr&#234;t&#233;e. J'ai observ&#233; l'arbuste pendant de longues minutes, laissant le moteur tourner. Des centaines de fleurs roses recouvraient les branches du petit arbre dont la forme dodue me rappelait une barbe &#224; papa. Une brise l&#233;g&#232;re agitait les p&#233;tales et je revoyais nos mains d'enfants trembler de joie en s'emparant des b&#226;tonnets recouverts de sucre. Une voiture en face a klaxonn&#233;. J'ai appuy&#233; sur l'acc&#233;l&#233;rateur et me suis gar&#233;e deux m&#232;tres plus loin. Au lieu de sortir mes cl&#233;s et de me diriger vers chez moi, je suis all&#233;e voir l'arbre de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que j'ai fronc&#233; les sourcils, pench&#233; la t&#234;te sur le c&#244;t&#233;, scrutant sans retenue cette &#233;trange apparition. Ton nom m'est venu mais je ne l'ai pas prononc&#233;. J'ai juste tendu une main timide et repouss&#233; une branche qui d&#233;passait, pour l'abriter derri&#232;re la bo&#238;te aux lettres. Debout sur le trottoir, les bras ballants, je n'arrivais pas &#224; croire qu'une telle transformation ait pu se produire si rapidement. Je n'arrivais pas &#224; croire que le printemps &#233;tait bel et bien revenu.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avril est le mois le plus cruel&lt;/i&gt;. C'est la premi&#232;re ligne du po&#232;me &#171; La Terre vaine &#187; de T.S. Eliot. Je pr&#233;f&#232;re son titre en anglais, &#171; The Waste Land &#187;, pour tout ce qu'il &#233;voque. En particulier : la perte, le r&#233;sidu et le g&#226;chis.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De retour au sommet de la colline, tu retires un par un les brins d'herbe qui collent &#224; tes genoux moites. Couch&#233;e sur le ventre sur le talus d'en face, les coudes d&#233;j&#224; repli&#233;s sous mon torse plat, je t'attends. Le soleil tape contre ma nuque et tu prends ton temps pour t'allonger &#224; ton tour. Impatiemment, je commence &#224; compter. Je n'ai pas l'occasion d'atteindre &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; que tu hurles d&#233;j&#224; &lt;i&gt;trois !&lt;/i&gt; et te mets &#224; rouler &#224; toute vitesse vers le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t pr&#232;s de chez toi, nous passons nos journ&#233;es &#224; d&#233;valer en roulant puis remonter en soufflant les deux versants de ce que nous appelons &lt;i&gt;la vall&#233;e&lt;/i&gt;. Sans fin, nous nous allongeons sur la pelouse s&#232;che, comptons jusqu'&#224; trois, faisons la course le long de la pente, puis grimpons &#224; nouveau chacune de notre c&#244;t&#233; pour mieux recommencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t'&#233;crivant &#224; pr&#233;sent, je ne peux m'emp&#234;cher de voir, comme de haut, nos petits corps qui ouvrent puis qui ferment, qui ouvrent puis qui ferment un vieux rouleau de parchemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons onze ans. Comme beaucoup de petites filles, je porte un appareil dentaire et un sac banane Eastpak. Tu ne te s&#233;pares jamais de ton collier en coton cir&#233;, auquel pend une tortue en acier. Lors d'une descente particuli&#232;rement vive, le pendentif frappera ta dent si fort qu'elle s'&#233;br&#233;chera. On passera de longues minutes &#224; chercher ce petit bout de toi, &#224; &#233;carter les brins d'herbe. Apr&#232;s cet &#233;pisode, ta m&#232;re te forcera &#224; boire du bouillon d'os chaque dimanche matin pendant trois mois. Elle dit : &lt;i&gt;pour renforcer tout &#231;a&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis sur Wikip&#233;dia qu'au Moyen &#194;ge, pour fabriquer les parchemins, les peaux animales &#233;taient &lt;i&gt;tremp&#233;es dans un bain de chaux, racl&#233;es &#224; l'aide d'un couteau pour &#244;ter facilement les poils et les restes de chair, et enfin amincies, polies et blanchies avec une pierre ponce et de la poudre de craie&lt;/i&gt;. Cet &#233;t&#233;-l&#224;, nos peaux br&#251;laient &#224; force de nous &#233;lancer dans ce que la canicule nous avait laiss&#233; de verdure, &#224; force de racler la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne sais pas si je veux ouvrir ou fermer le livre de cette histoire, si je veux l'ouvrir pour le fermer. Quoi qu'il en soit, je suis en bas de notre vall&#233;e, je cherche des petits bouts de toi. Je t&#226;tonne. Il n'y a qu'une grande lumi&#232;re qui m'&#233;blouit et ton souvenir qu'il me faut remonter. Demain, recommencer.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Peu d'animaux se d&#233;placent en roulant. La plupart du temps, s'ils proc&#232;dent de la sorte, c'est pour se prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a cependant aucun animal &#224; roues dans la nature. Si ce fait peut para&#238;tre &#233;vident, cela a longtemps intrigu&#233; quelques r&#234;veurs. Il leur semble &#233;trange qu'un mode de d&#233;placement si simple d'un point de vue technique n'ait pas trouv&#233; sa voie dans le vivant. D'apr&#232;s la th&#233;orie de l'&#233;volution, ce serait statistiquement impossible. Si cela est ind&#233;niable, des penseuses et penseurs nous sugg&#232;rent toutefois d'envisager le monde autrement que comme un grand calcul d'optimisation. Pour nous prot&#233;ger. Pour que l'on ne devienne pas &lt;i&gt;aveugles au surgissement de l'in&#233;dit&lt;/i&gt; (Guillaume Fussler). Pour nous prot&#233;ger. Je suis tent&#233;e de les rejoindre. C'est sans doute gr&#226;ce &#224; toi, &#224; tout ce que tu m'as appris &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence par un poster que tu colles au-dessus de ton lit. En fin d'apr&#232;s-midi, l'&#233;t&#233;, un rayon de soleil le dore &#224; moiti&#233;. C'est le moment que tu pr&#233;f&#232;res, comme si le cheval sortait de son papier glac&#233; puis des quatre murs de ta chambre. Tu passes de longs moments &#224; regarder l'affiche s'animer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cour de r&#233;cr&#233;ation, tu observes de loin les enfants qui frottent le b&#233;ton de leurs baskets et trottent en claquant la langue sur leur palais. Si tu t'emp&#234;ches d'imiter ton animal favori, tu revendiques haut et fort ton amour pour cette b&#234;te. C'est visc&#233;ral, et les autres ne peuvent que s'incliner devant une telle intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ton plus jeune &#226;ge, tu vis en faisant attention, en empathie infinie. Tu regardes o&#249; tu mets les pieds, les soirs de pluie, pour ne pas &#233;craser les escargots. Tu adoptes un furet, tu couvres ton chien de tendresse, lui retires affectueusement un bout de ficelle d'entre les dents. Lev&#233;e &#224; l'aurore, tu traverses les champs pour nourrir ton cheval, le brosser dans l'air frais et lui parler tout bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois adolescente, tu cesses de consid&#233;rer les chenilles du jardin comme tes animaux de compagnie, mais le territoire de tes attentions s'&#233;tend. La derni&#232;re tortue g&#233;ante de Pinta vient de mourir. L'extinction de cette lign&#233;e te donne le vertige, la naus&#233;e. Je suis assise &#224; c&#244;t&#233; de toi, sur le canap&#233; chez tes parents. Si ta peine n'&#233;tait pas si vive, ton mutisme si profond, je pourrais te trouver candide dans cet &#233;lan pour la cause animale. Mais c'est bien plus insondable et je ne comprends encore rien. Quelle famille pleures-tu ? Quels liens te pr&#233;c&#232;dent pour pleurer ces vies disparues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de te poser ces questions, je te demande si tu veux &lt;i&gt;qu'on aille au caf&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La colombe voyageuse a &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;e d'Am&#233;rique du Nord au d&#233;but du xxe si&#232;cle. &#192; l'arriv&#233;e des Europ&#233;ens, il y en avait encore des milliards. Elles volaient en nu&#233;es si denses que chacun de leurs passages obscurcissait le ciel. &lt;i&gt;Comme une &#233;clipse&lt;/i&gt; (John James Audubon). Quelques ann&#233;es de traque, de chasse et de destruction de leur habitat auront suffi pour que l'esp&#232;ce disparaisse. &lt;i&gt;Pour que l'&#233;clipse s'&#233;teigne&lt;/i&gt; (Maria Popova). Avec le temps, cette colombe est devenue un symbole de toutes les esp&#232;ces extermin&#233;es par l'homme. Lors de l'ouverture d'un m&#233;morial d&#233;di&#233; &#224; l'oiseau, Aldo Leopold commentait : &lt;i&gt;qu'une esp&#232;ce porte le deuil d'une autre, voil&#224; une nouveaut&#233; sous le soleil.&lt;/i&gt; C'&#233;tait en 1947. C'&#233;tait nouveau pour moi vers 2010, &#224; l'&#233;poque de la tortue de Pinta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;calage de sensibilit&#233; qui nous s&#233;parait, tu avais, l&#224; aussi, deux guerres d'avance. L'extinction d'une esp&#232;ce, c'est le d&#233;litement de toute une toile de relations complexes. Pour en saisir les enjeux, il ne s'agit pas de se concentrer uniquement sur la perte du dernier individu mais de prendre conscience de tous les efforts des multiples g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes pour en arriver l&#224;. C'est une biblioth&#232;que, vieille de millions d'ann&#233;es, qui part en fum&#233;e. C'est aussi tous les livres qui auraient pu s'&#233;crire &#224; partir d'elle, qui se volatilisent. &lt;i&gt;Un livre qui se ferme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe australien Thom Van Dooren aide &#224; comprendre cette perte. Non pas &lt;i&gt;simplement le massacre d'un ensemble d'individus qui, pour un temps, existent encore&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;c'est le terme de leur lign&#233;e, la fin de leur mode de vie et, donc, l'&#233;radication de tout ce qu'ils auraient pu &#234;tre et devenir en relation avec d'autres.&lt;/i&gt; Il invite &#224; englober l'ensemble de la toile : les anc&#234;tres, les parasites, les proies et les glaneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tr&#232;s envie d'y ajouter les amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il invite &#224; englober l'ensemble de la toile : les anc&#234;tres, les parasites, les proies, les glaneurs et les amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; tu pleures dans ton salon, tu es le monde. Tu es la toile qui vibre de ce qui en tombe. Aujourd'hui toi aussi tu as disparu. Sais-tu que d'autres tortues de Pinta ont &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;es depuis ? &lt;i&gt;De nous deux, il ne reste que moi&lt;/i&gt; (Juliette Rousseau). Mais de toi, il reste : tous les &#234;tres que tu as touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re rencontre a lieu en septembre. La chaleur et les cartables p&#232;sent sur les &#233;paules. Je rentre en troisi&#232;me ann&#233;e et remarque la nouvelle derri&#232;re la grille de l'&#233;cole primaire. Tu parles &#224; tous les enfants depuis un monde dont tu sembles &#234;tre revenue mille fois. Un bois dont on ne pressent que l'or&#233;e. Je ne te trouve pas sympathique, mais je ne te l&#226;che pas des yeux. J'observe. Tu dis que tu pratiques l'&#233;quitation, que c'est bien mieux que les autres sports. Tu dis que ton tee- shirt blanc est &lt;i&gt;de marque&lt;/i&gt; et que tu l'as re&#231;u d'une amie de ta m&#232;re qui travaille &lt;i&gt;dans la mode&lt;/i&gt;. Tu dis &lt;i&gt;&#224; mon ancienne &#233;cole, c'est tous des cons&lt;/i&gt;. Sous tes airs assur&#233;s, tu brasses une &#233;nergie folle. Tu te tailles un territoire, te distancies avant d'&#234;tre flair&#233;e, ach&#232;ves avant d'&#234;tre attaqu&#233;e. Tu m'effraies autant que tu m'attendris. Dans un &#233;lan qui ne me ressemble pas, je d&#233;cide d'aller te parler. Je vais performer, comme toi, feindre la position de pouvoir. Ce n'est pas moi la nouvelle, apr&#232;s tout. Mon c&#339;ur tremble mais je me force &#224; me sentir magnanime. Je laisse tomber mon ballon de basket, r&#233;ajuste mon sac &#224; dos, ajuste machinalement la montre Casio sur mon poignet, juste entre le petit os et la paume. Je m'approche : &lt;i&gt;On s'est d&#233;j&#224; vues, non ? Non&lt;/i&gt;, tu me r&#233;ponds en d&#233;tournant d&#233;j&#224; le regard, tandis que la sonnerie retentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as un point vert &#224; c&#244;t&#233; de l'&#339;il gauche. En maternelle, un gar&#231;on t'a enfonc&#233; un crayon en plein sur la tempe. Un coup de crayon. Un coup de couteau. Un coup au c&#339;ur. &lt;i&gt;Deux trous rouges au c&#244;t&#233; droit&lt;/i&gt; (Arthur Rimbaud).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas comment notre amiti&#233; commence, comment on en est arriv&#233;es l&#224;. J'ai d&#251; rester assez longtemps en p&#233;riph&#233;rie. J'observais le monde empi&#233;ter sur ton espace tandis que je le respectais, pensant que &#231;a faisait ma diff&#233;rence. Tous les enfants voulaient une partie de toi. Moi aussi, mais en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tape la marque de ton tee-shirt sur Google. Je scrute ta gestuelle. Je me demande pourquoi tu as chang&#233; d'&#233;cole. &#192; la r&#233;cr&#233;ation, je ne me d&#233;fais pas de mon indiff&#233;rence travaill&#233;e. Je lance et relance ma toupie en t'observant de loin. Chaque parole &#233;chang&#233;e est une f&#234;te, mais je dis surtout des m&#233;chancet&#233;s, m'&#233;loigne quand tu t'approches. Toi et moi oscillons autour d'un territoire palpable, infranchissable, comme deux aimants repouss&#233;s, deux duellistes pr&#234;tes &#224; tirer. On se renifle plusieurs mois. C'est une danse tacite, de longue haleine, que parfois je crains d'&#234;tre seule &#224; pratiquer. Au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, une ann&#233;e apr&#232;s la rentr&#233;e, tu m'invites &#224; vous accompagner, toi et ton p&#232;re, au parc d'attractions. Je baisse la garde : j'ai gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle n'avait pas &#233;t&#233; allong&#233;e sur son lit, juste avant l'euthanasie, j'aurais dit que ma grand-m&#232;re tr&#233;pignait. Quand le m&#233;decin s'est pench&#233; pour lui enfoncer l'aiguille dans l'avant-bras, j'ai vu sa poitrine gonfler, son regard s'illuminer, ses l&#232;vres se retrousser en un sourire satisfait. J'ai cru voir une enfant &#224; la f&#234;te foraine devant qui l'on rabat la barre de s&#233;curit&#233; avant que le train de la montagne russe ne se mette en marche. Lorsqu'elle s'est anim&#233;e davantage pour nous dire au revoir d'un ton fort et empress&#233;, j'ai d&#251; tendre l'oreille. Les battements de mon c&#339;ur &#233;taient assourdissants. C'est ce qui arrive pr&#232;s des auto-tamponneuses, on ne s'entend plus causer. Elle est partie au temps long du s, dans roulez jeunessssse. Puis, plus rien que les basses dans mes oreilles, les lumi&#232;res vives dans les paupi&#232;res closes que je serrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, je pressais la phalange de mes index pli&#233;s sur mes yeux clos. Je passais de longues minutes &#224; observer, soit les kaleidoscopes en noir et blanc, soit les carr&#233;s, triangles et cercles de couleur qui flottaient dans une ouate de sang. J'ouvrais les paupi&#232;res subitement pour essayer d'attraper ces apparitions, les surprendre la main dans le sac. Je d&#233;sirais les voir dans le &lt;i&gt;vrai monde&lt;/i&gt;. Je me rappelle demander &#224; ma grand-m&#232;re, assise en tailleur sur le tapis du salon, si elle les voyait elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesavrils.fr/livre/a-nos-ardeurs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; nos ardeurs&lt;/i&gt;, C&#233;cile Bartholomeeusen, Les Avrils, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce moment de la rencontre</title>
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&lt;p&gt;Derri&#232;re chaque visage, il y a des visages qui passent comme les silhouettes passent derri&#232;re un &#233;cran, avec le temps qui court, au galop, &#233;chevel&#233; d'effroi, puis ces visages se d&#233;ploient les uns au-dessus des autres, les yeux en creux, synonymes d'incandescence ou parfois d'absence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Virginie Poitrasson, Tant&#244;t, tant&#244;t, tant&#244;t, 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce moment de la rencontre &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'a rien trouv&#233; de mieux pour l'instant. Je ne sens pas la pr&#233;sence du fant&#244;me. Cette transaction impalpable du secret. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-05-05_a_13.41_11_1_-bbfcd.png?1746514853' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Derri&#232;re chaque visage, il y a des visages qui passent comme les silhouettes passent derri&#232;re un &#233;cran, avec le temps qui court, au galop, &#233;chevel&#233; d'effroi, puis ces visages se d&#233;ploient les uns au-dessus des autres, les yeux en creux, synonymes d'incandescence ou parfois d'absence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginie Poitrasson, &lt;i&gt;Tant&#244;t, tant&#244;t, tant&#244;t&lt;/i&gt;, 2023&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;760&#034; height=&#034;515&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/eEV_g21ubvw&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce moment de la rencontre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a rien trouv&#233; de mieux pour l'instant. Je ne sens pas la pr&#233;sence du fant&#244;me. Cette transaction impalpable du secret. La route serait longue et sem&#233;e d'emb&#251;ches. Toute reconstitution implique quelque chose que l'on gagne et quelque chose que l'on perd. Avec un seul mot d'ordre, ne pas la perdre. Dans les particules de poussi&#232;re. Il y a un tressaillement, l'ombre d'une crainte, une m&#233;fiance irraisonn&#233;e. &#192; la fin, il s'agirait de savoir quel est ce spectre qui nous hante ? Tout ce qu'on fait, tout ce qu'on d&#233;fait. Tout ce qu'on laisse d&#233;faire. J'esp&#232;re au moins dans le clair-obscur. Sinon, dans l'obscurit&#233;. Le silence et le murmure des aliz&#233;s dans les branches. C'est sans doute ici l'intersection du temps avec le temps lui-m&#234;me. Vous vous doutez bien qu'aucun d&#233;tail n'a &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;. Ce n'&#233;tait plus que dans les profondeurs qu'il paraissait battre avec sa cadence de toujours. C'&#233;tait hier, c'&#233;tait si r&#233;el, et &#231;a semble aujourd'hui si loin, tellement irr&#233;el. Ce moment de la rencontre o&#249; la curiosit&#233; l'emporte sur la peur. Mais j'avais assez peur de l'int&#233;rieur pour oser affronter l'ext&#233;rieur. Il faudrait un mot pour &#231;a, genre entre traverser et transpercer, pour dire &#8220;te rendre transparent&#8221; &#224; mesure de passer en toi. Il suffisait de trouver les bons mots. Il y avait comme un parfum d'adieu. Une limite avec le monde ext&#233;rieur, protectrice et joyeuse jusqu'&#224; l'exc&#232;s. Mais quelque chose est en train de changer. On a peur comme on respire, comme on vit. Il y a un monde cach&#233; du monde. Comme s'il n'y avait pas &#224; regarder hors de soi pour laisser faire le temps. Mais chaque chose en son temps. Parmi toutes ces ombres, il y en a une &#233;trange, mouvante, inaccoutum&#233;e. Imaginer nager jusque l&#224;-bas. Avant de plonger dans une &#233;tendue d'eau remuante qui absorbait tout l'espace, r&#233;duisant le ciel &#224; une simple ligne. Dans ce pr&#233;cipice humide. On s'arrache &#224; une chose et on les emporte toutes avec soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vivre tout bas, de Jeanne Benameur</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Amour</dc:subject>
		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jeanne Benameur donne une voix &#224; une femme silencieuse, recluse au bord de la mer, &#224; l'&#233;cart d'un village de p&#234;cheurs, port&#233;e par un chagrin plus grand qu'elle la mort de son fils, le vide laiss&#233; par cette disparition. Sans jamais la nommer, elle nous la fait reconna&#238;tre : Marie, la m&#232;re de celui qui n'&#233;tait pas seulement son fils. Ici, pas d'iconographie fig&#233;e ni de parole divine, mais une femme incarn&#233;e, qui &#233;crit, lit, et se reconstruit. &#192; travers une prose lumineuse et sensorielle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/en-lisant-en-ecrivant" rel="tag"&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.liminaire.fr/mot/enfance" rel="tag"&gt;Enfance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_ecrivant_4_1_-d6b96.png?1741939249' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L63xH120/9782330200350_1_-59c29.jpg?1740073527' width='63' height='120' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Jeanne Benameur donne une voix &#224; une femme silencieuse, recluse au bord de la mer, &#224; l'&#233;cart d'un village de p&#234;cheurs, port&#233;e par un chagrin plus grand qu'elle la mort de son fils, le vide laiss&#233; par cette disparition. Sans jamais la nommer, elle nous la fait reconna&#238;tre : Marie, la m&#232;re de celui qui n'&#233;tait pas seulement son fils. Ici, pas d'iconographie fig&#233;e ni de parole divine, mais une femme incarn&#233;e, qui &#233;crit, lit, et se reconstruit. &#192; travers une prose lumineuse et sensorielle, l'autrice tisse un r&#233;cit d'&#233;motions et de r&#233;silience, o&#249; chaque geste, chaque rencontre, esquisse un chemin de renaissance. Dans la douceur du ressassement et le murmure des vagues, ce roman ouvre un espace de libert&#233;, d'acquiescement au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/vivre-tout-bas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Vivre tout bas&lt;/i&gt;, Jeanne Benameur, Actes Sud, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8124 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8124&#034; data-id=&#034;3a277231cec6694c1491ed9c18bae20f&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:959}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_ecrivant_4_-5ade9.png?1740414177&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_vivre_tout_bas_jeanne_benameur.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_ecrivant_4_-5ade9-b2642.png?1741939249' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://creators.spotify.com/pod/show/en-lisant/episodes/Vivre-tout-bas--de-Jeanne-Benameur-e2vabfg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://creators.spotify.com/pod/show/en-lisant/episodes/Vivre-tout-bas--de-Jeanne-Benameur-e2vabfg&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Un jour, l'enfant a apport&#233; son tissu rouge. Elle l'a lentement pos&#233; sur le sol puis elle s'est assise. D'abord &#224; c&#244;t&#233; du tissu. Elle a pass&#233; ses mains lentement au-dessus de la couleur rouge, la t&#234;te baiss&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis elle a relev&#233; la t&#234;te, a rejet&#233; d'une main les boucles de ses cheveux, l'a regard&#233;e elle et lui a fait un sourire d'une douceur et d'une tristesse telles qu'elle a eu &#224; nouveau l'impression que l'enfant n'avait pas d'&#226;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite s'est lev&#233;e et elle a commenc&#233; une de ses danses &#233;tranges. Cette fois elle semblait lui indiquer clairement une route. Au-del&#224; des ruches, l&#224; o&#249; elles ne s'&#233;taient jamais aventur&#233;es toutes les deux, l'enfant indique de tout son corps un chemin. C'est une sorte de pulsation qui va de la plante de ses pieds jusqu'au bout de ses doigts. Lorsqu'elle accueille ce rythme effr&#233;n&#233;, sa t&#234;te reste &#233;trangement droite et ses pieds marquent une cadence de plus en plus vive, mais elle ne se d&#233;place pas. C'est comme si elle &#233;tait un jeune arbre plant&#233; dans le tissu rouge et qu'un vent terrible faisait frissonner chacune de ses feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors son rire si singulier l'a emport&#233;e encore plus vite. Les abeilles se sont regroup&#233;es au- dessus de chaque ruche comme si elles r&#233;pondaient &#224; un appel. Elles restent group&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les abeilles gardent l'enfant et sa danse, elles la prot&#232;gent, peut-&#234;tre sont-elles l&#224; pour que l'enfant ne s'envole pas, loin de tous. Le chagrin peut faire qu'on s'envole et disparaisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle, elle la tient dans son regard puisqu'elle sait que cette danse-l&#224; lui est adress&#233;e. Non, cette enfant ne s'envolera pas. Elle est bien vivante et le restera. Avec elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle sent toute la puissance de son propre corps. Elle n'a pas pu retenir celui qu'elle avait mis au monde mais elle a donn&#233; la vie. Elle peut elle aussi, comme les abeilles, prot&#233;ger la vie si fragile de cette enfant qu'elle n'a pas mise au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, toutes les abeilles s'envolent ensemble et partent vers le point que l'enfant semblait indiquer. Au m&#234;me moment, le rire de l'enfant cesse. Et sa danse aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a l'air &#233;tourdie et revient vers elle d'un pas mal assur&#233;, balan&#231;ant tout le corps d'un c&#244;t&#233; puis de l'autre comme les enfants qui apprennent tout juste &#224; marcher. Alors elle a ce geste qu'elle n'a plus eu depuis si longtemps. Elle la prend dans ses bras et la soul&#232;ve. Le petit&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles entendent &#224; nouveau le bourdonnement des abeilles. Elles sont l&#224;, regroup&#233;es devant la porte branlante de ce qui a d&#251; &#234;tre une cabane. &#192; leur approche, elles s'envolent et repartent en arri&#232;re, vers leurs ruches. Les voil&#224; toutes les deux seules sans leurs gardiennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant a recul&#233;. Puis elle tourne le dos &#224; la cabane et se met &#224; ramasser des pierres qu'elle pose les unes sur les autres. Elle &#233;l&#232;ve un cairn et elle l'entoure de pierres plus petites qui lui font une enceinte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui a habit&#233; ici ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La femme s'approche de la porte. L'enfant l'a rejointe avec une rapidit&#233; &#233;tonnante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors elle remarque que cette porte est faite de morceaux de bois qui ont &#233;t&#233; peints sans doute il y a longtemps. Les traces sont d&#233;lav&#233;es. Et les planches de bois sont un peu incurv&#233;es. Ce n'est pas le bois des arbres d'ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
La main de l'enfant se tend. Elle effleure le bois. Lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme la laisse faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'enfant l&#232;ve &#224; nouveau la t&#234;te vers elle et lui montre le chemin. Elles reprennent leur marche en laissant derri&#232;re elles la petite cabane &#224; l'&#233;trange porte de bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut faire attention o&#249; l'on pose le pied. La pente devient abrupte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et soudain elle comprend o&#249; elles sont. Le chemin a contourn&#233; la haute roche et il arrive sur un c&#244;t&#233;, masqu&#233; par les &#233;boulis de pierres.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mer est l&#224;, face &#224; elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles sont au pied de la Falaise rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant semble alors happ&#233;e par la vue de la mer. Elle reste saisie. Puis elle avance seule vers les vagues. C'est une marche lente, mesur&#233;e mais d&#233;termin&#233;e. Rien ne pourrait d&#233;vier sa route. La femme la suit.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant s'arr&#234;te &#224; la lisi&#232;re de l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici que tout a eu lieu pour elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se retourne pour s'assurer de la pr&#233;- sence de son amie. Mais elle ne lui donne pas la main. Elle reste longtemps debout. Puis elle se met &#224; lib&#233;rer un espace de sable &#224; ses pieds et avec une pierre fine, elle dessine le visage. Elle choisit des tout petits cailloux et des coquillages pour les cheveux. Les yeux sont deux pierres plates. Paupi&#232;res closes. La bouche est dessin&#233;e avec la pointe d'un roseau, Bouche ferm&#233;e qui ne sourit pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant est compl&#232;tement absorb&#233;e par ce qu'elle fait. Quand elle a fini, elle entoure le visage d'un cercle comme pour le prot&#233;ger et elle s'assoit &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, quand elle rentre dans sa maison, il est tr&#232;s tard. L'enfant est rest&#233;e longtemps assise aupr&#232;s du dessin dans le sable. C'est parce que l'obscurit&#233; approchait qu'elle a pris fermement les petits doigts dans les siens. Elle lui a montr&#233; les oiseaux qui &#233;taient arriv&#233;s de la mer. Ils volaient au-dessus d'elles et elle lui a expliqu&#233; qu'il fallait s'en aller. Les oiseaux pouvaient emporter doucement le visage sous leurs ailes et l'emmener au-dessus des pays et des routes, bien loin des chemins o&#249; marchent les gens. Les oiseaux savent voler l&#224; o&#249; personne ne peut aller. Ils trouvent des espaces secrets pour prot&#233;ger les visages de ceux qu'on aime et qui ne sont plus l&#224;. Ce sont des lieux qu'on ne peut m&#234;me pas imaginer. Des lieux aux couleurs inconnues.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant avait &#233;cout&#233; puis elle avait lev&#233; la main, doigts &#233;cart&#233;s, vers les oiseaux et elle s'&#233;tait redress&#233;e. Ses traits &#233;taient d'une beaut&#233; qu'elle ne lui avait jamais vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles avaient repris le chemin vers le village et si la grand-m&#232;re s'&#233;tait inqui&#233;t&#233;e, elle n'en avait rien montr&#233;. Elle lui avait donn&#233; des g&#226;teaux qu'elle avait pr&#233;par&#233;s en les attendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant elle est seule. Elle s'est servi une tisane avec les herbes nouvelles qu'elle a appris elle aussi &#224; utiliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a sorti les trois rouleaux &#233;crits, puis elle est all&#233;e chercher le quatri&#232;me. Les quatre rouleaux reposent sur son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette nuit elle ne dormira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En elle, enchev&#234;tr&#233;es, les images venues des mots sur les rouleaux, la m&#232;re perdue au front bleu et d'autres femmes, inconnues, qui viennent la visiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle, elle est cette nuit, une femme seule avec le myst&#232;re de toutes ces vies. Elle accepte de s'aventurer. Il lui faut tout oublier pour qu'un espace neuf s'ouvre. Les visages des femmes qui ne cessent de se m&#234;ler en elle emp&#234;chent sa m&#233;moire de retourner vers le fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se laisse envahir par les regards, les chevelures, la carnation des peaux. Elle en sent la douceur ou la violence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t elle s'&#233;loigne de sa vie pr&#233;sente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dehors la nuit est venue, abrupte comme la Falaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au village tout doit dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle, elle s'&#233;loigne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des routes et il y a des pays. Il y a des langues et des alphabets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voit une porte entreb&#226;ill&#233;e et vite referm&#233;e sur des silhouettes au fond d'une cour. Elles sont une cinquantaine, serr&#233;es les unes contre les autres, assises sur des tapis. Et elles lisent et elles &#233;crivent. Une vieille femme bless&#233;e au front est port&#233;e jusqu'&#224; un si&#232;ge. C'est elle qui leur apprend l'alphabet. C'est interdit. Elles risquent tout pour apprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne sait ni o&#249; ni quand tout cela a lieu mais elle sait qu'elle s'en souviendra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a lu dans les rouleaux qu'il y aura de grands bouleversements. Maintenant elle les voit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son esprit est appel&#233; d'un bord du monde &#224; l'autre. Elle n'essaie pas de comprendre. Elle voit elle sent ce que les corps sentent. Il y a des souffrances que personne ne peut imaginer log&#233;es au creux des chairs incarc&#233;r&#233;es. Il y a d'immenses murs qui entourent de pauvres masures regrou- p&#233;es aux abords d'une ville. L&#224; survivent des hommes des femmes et des enfants qui n'ont plus aucun espoir de trouver un morceau de terre habitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle, elle porte de l'eau jusqu'aux l&#232;vres craquel&#233;es par la soif, elle caresse des mains qui n'osent plus se tendre, elle marche aupr&#232;s de celles qui tentent de trouver un endroit pour enterrer leurs morts. Elle dit des mots que personne n'entend mais qui aident &#224; mourir en paix. Elle dit des mots qui entrent dans des poitrines et qui donnent la force d'un pas, d'un autre pas, de vivre encore un peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu du fracas de machines qu'elle ne conna&#238;t pas et qui &#233;ventrent les murs et noir- cissent le ciel, il y a des choses &#233;crites que mains courageuses sauvent et emportent. Et elle voit que seuls les signes &#233;crits soutiennent encore la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce donc cela que le vieux ma&#238;tre voulait qu'elle sache ? Bien avant son destin de m&#232;re qu'aucun homme n'a touch&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle baisse la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Savait-il qu'une nuit, longtemps apr&#232;s que les ann&#233;es seraient pass&#233;es, elle pourrait accueillir tout ce que le monde allait engendrer ? Le chaos et la beaut&#233;, la violence extr&#234;me et la douceur infinie car maintenant elle voit aussi que d'autres mains que les siennes &#339;uvrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voit que des corps dansent et soul&#232;vent des montagnes de poussi&#232;re et de gravats, que des couleurs chaudes et intenses couvrent les toiles d'un peintre. Il a connu l'horreur et au sortir miraculeux de l'enfer, il peint. Encore et encore. Les courbes des corps et les couleurs ensoleill&#233;es disent un autre monde. Le sien. Celui qu'il a toujours gard&#233; au fond de lui. Et un jour il peindra une pivoine blanche qu'au- cune main ne cueillera jamais. Elle caresse les doigts du peintre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a tant de beaut&#233; dans le monde. Son c&#339;ur en est plein. Et l'horreur et la paix se c&#244;toient dans les temps et les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pense &#224; son enfant. &#192; l'homme qu'il a &#233;t&#233;. Celui qui a voulu que le c&#339;ur des hommes soit plus vaste, qu'il puisse accueillir l'immensit&#233;. Elle aurait aim&#233; qu'il soit heureux. Simple- ment heureux. Avec une &#233;pouse et des enfants. Elle aurait pu serrer ses enfants dans ses bras et la vie simple aurait suivi son cours. Et elle pense qu'elle n'a pas le droit de penser cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qu'elle vit aujourd'hui, elle le vit parce qu'elle a connu ce qu'il fallait traverser avant. Elle ne va pas permettre que son c&#339;ur soit meurtri par ce qu'elle n'a pas v&#233;cu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rouleaux lui montrent les mondes &#224; venir. S'il lui est donn&#233; d'aborder cette connaissance, c'est pour en faire quelque chose aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elle revoit la petite au pied de la haute Falaise. Cette enfant qui ne parle pas a dessin&#233; dans le sable les mots qu'elle lui avait &#233;crits sur la pierre. Puis elle les a recouverts avec des galets. Elle a retenu la courbe des mots. Les mots peuvent l'accompagner dans sa vie silencieuse. Et elle, elle lui aura donn&#233; cela. Il y aura le visage de sa m&#232;re qu'elle dessine mais il y aura aussi les mots, Elle pourra ouvrir et sa main et son esprit. Elle aimerait pouvoir &#224; ce moment m&#234;me d&#233;m&#234; ler les boucles de l'enfant avec son peigne en os, celui que sa m&#232;re utilisait pour elle quand elle &#233;tait petite, assise sur ses genoux, elle aimerait caresser la chevelure et chanter doucement pour que l'enfant patiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est sortie devant sa petite maison. L'air est frais. Elle respire les s que la chaleur du jour a exacerb&#233;es. Elle regarde la nuit. Elle a tant &#224; faire sur cette terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle retourne dans la maison, elle ouvre le dernier rouleau. Le quatri&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-l&#224; est vierge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est pour elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son &#233;criture &#224; elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute sa vie elle a &#233;crit dans le sable, dans la terre, dans la poussi&#232;re. Puis il y a eu la pierre &#233;crite pour l'enfant. Elle revoit le visage heureux et grave de la petite quand elle lui a lu. Il est temps maintenant d'&#233;crire sans peur de laisser trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/vivre-tout-bas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Vivre tout bas&lt;/i&gt;, Jeanne Benameur, Actes Sud, 2025.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/show/5VkBfdpna4Cg8lkfrP5Crp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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