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On est rarement ce que l’on croit être n°2

Un homme à tête de pigeon tient son enfant dans la paume de sa main et le regarde avec un air protecteur, une émotion dans l’œil. L’enfant a les yeux fermés et les genoux repliés contre sa poitrine. Dans mon quartier soit on grandit trop vite, soit on reste des mômes.

Un mouton sort la tête d’un enclos, il découvre autour de lui toute une foule d’autres moutons qui lui ressemblent, identiques, la tête tournée dans la même direction. Quelqu’un sort du lot un de ces moutons du bout des doigts, portant chemise et cravate : un uniforme.

Il ne sait pas ce qui lui arrive, ce qui se passe dans son corps, il sent pousser sur son crane rasé des cornes de cerfs dont les bois ressemblent à des branches, sa gorge se sert et de sa bouche aux lèvres charnues s’échappe une volée d’oiseaux dans un bruit d’ailes.

Une femme est assise, la tête rejetée en arrière, les bras dans le dos maintenant son dos incliné, les jambes écartées, dans la position pour accoucher, son visage n’a pas de bouche ni de nez, aucun œil mais son visage apparaît sur son ventre, sourire béat aux lèvres.

Ce qui relie ces deux hommes n’est pas immédiatement identifiable, une forme d’arche ou de pont, ils se font face mais ils ne se regardent pas, de leurs bouches jaillissent deux arbres dont les branches prolifèrent en un réseau sanguin ou un dessin à l’encre de Chine.

Une grosse tête sens dessus dessous, un œil à la place de la bouche, une bouche en guise d’oreille, le nez perdu au milieu, un crâne évidé façon vase dans lequel une main anonyme vient déposer du bout des doigts un billet de 100 € comme dans une tirelire : Human ère.

Des hommes à bec d’oiseau dansent ensemble en slip dans une chorégraphie enjouée, bras et jambes en mouvement, gestes cadencés, virevoltants. Sous leurs bras tendus des plumes se détachent peu à peu dans l’agitation de leurs gestes comme des anges perdant leurs ailes.

Un homme assis dans la position du lotus, torse nu, les jambes croisées, le dos droit mais sans creuser les reins, la main gauche reposant légèrement sur la cuisse, le bras droit levé, coude plié, et dans la main, un briquet pour allumer sa tête en forme de cigarette.

Son corps est coupé en deux. La partie inférieure est celle d’un homme en mouvement, les jambes courant à vive allure. Le haut de son corps est celui d’un oiseau à l’arrêt, il nous sourit et il nous salue d’un signe de la main. Pas encore d’ici, plus jamais de là-bas.

Un homme au corps animal, jambes et pieds humains, gras et adipeux, rampe à plat ventre, tête de bête dénichant par terre avec son groin humide de quoi manger mais qui trouve à la place, dissimulé sous une maison soulevée d’un souffle, un autre homme à tête d’animal.


LIMINAIRE le 23/04/2018 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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