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La trace d’un combat qu’on mène depuis le sens

Charles Pennequin propose avec ce texte une nouvelle Vie de Jésus. « Un bourdonnement qui déplie toute l’époque. » Jésus est un poète pour Charles Pennequin et ce Jésus est le portrait en creux de l’auteur. Tout un poème. Jésus marche sans arrêt. Parle sans arrêt. Il voyage. À travers les paysages et les villes, entre la frontière belge et la frontière française. Il voudrait tout redéfinir, tout changer autour de lui. Il tombe amoureux. Il réfléchit à voix haute. « La pensée est un organe vivant. Une vivance cachée. » Il dit : « Nous sommes des machines qui se mettent à penser. Et les pensées passent dans nos paroles et par nos doigts. » Une pensée inquiète sur le monde : « Nous autres, les vivants par dépit, devons apprendre à avancer masqués. Que tout notre corps soit notre masque. Que toute note personnalité soit qu’en masque et que nous voyagions à l’intérieur. »

Le livre de Charles Pennequin nous raconte également l’histoire du jeune Bobi, adolescent en détention, il rend un vibrant hommage à Charles Péguy « qui pense avec sa main », évoque le devenir des poètes-poissons, décrit la vie de Lulu qui rêve de la mer mais qui ne pourra pas y aller, recluse dans sa maison de retraite.

Ce livre est une fantastique réflexion sur le sens de la poésie, à l’intérieur même du poème « qui fait dégringoler la vie » : « La poésie c’est la trace de quelque chose de résolument incompréhensible dans le langage. C’est la trace d’un combat qu’on mène depuis le sens. »

« Je tape je tape. je n’arrête pas de taper. Je tape je fais du tapage je suis en train de taper dans la nuit. C’est du tapage nocturne comme on dit. On dit que je tape nuitamment et bruyamment. Mais pas tant que ça. C’est du tapage qui est un petit tapage mais qui peut faire du bruit. C’est du tapage qui demande à développer son bruit. un tapage nocturne pour faire bouger les lignes, c’est ça qu’il faut développer dans l’écrit. Un saut de lignes. Que les lignes soient toutes sens dessus dessous. »

Dehors Jésus, Charles Pennequin, éditions P.O.L., 2022



Lulu Bete


Ludivinenfant. On s’est jamais parlé, dans le sens se parler profond, aller profondément dans un sujet, creuser les choses. On n’a jamais fait ça. Elle terminait souvent ses phrases par C’est comme ça, les choses sont ainsi. Et d’ailleurs est-ce qu’on nous demande d’aller au fond des choses. On ne va en général jamais au fond de rien. Les choses n’ont rien à se dire, c’est comme les gens. Les gens n’ont pas vraiment à se parler non plus. Ils se parlent, mais c’est pour vite se taire, se terrer dans une phrase. Et puis la tuer au plus vite. C’est pas qu’ils sont taiseux les gens, ils butent les phrases tout en baratinant. Ils parlent de tout et de rien, comme ils disent. C’est plutôt des fâcheux qui écoutent la télé les gens. La télé leur sert le baragouin sur un plateau, après ils ont plus qu’à becqueter les discours, les commentaires, les avis des experts et régurgiter ça depuis leur bouche. Ludivinenfant elle elle se cause à elle-même, et ça lui suffit bien. Elle se contredit même bien souvent, mais en se taisant, par exemple elle parle dans sa tête en conduisant. Elle pèse le pour et le contre. Je ne sais pas qui peut sortir vainqueur de ce tête-à-tête avec elle-même. Elle résout les problèmes ainsi, au volant de sa bagnole, tout en faisant des signes incompréhensibles, comme si elle voulait attraper une mouche imaginaire. Mais avec moi, il n’y a pas moyen de résoudre un quelconque problème, déjà parce qu’on ne se parle pas. Elle me donne juste des ordres. Et encore, c’est plus des plaintes que des ordres. Des supplications même, mais en règle générale elle trace plutôt son chemin et évite un regard. Elle fonce droit devant elle la Ludivinenfant avec son plat d’asperges depuis la cuisine. Et moi aussi j’évite de la regarder ou de lui adresser la parole. Sauf le jour où à la télé ils ont montré plein de morts en direct. Ce jour-là je l’ai fait quitter son lit et redescendre au salon pour partager le moment. On a regardé tous ces gens écrabouillés contre les grilles. C’était un jour très beau, très doux, la soirée était magnifique. On avait toutes ces odeurs qui remontaient du jardin, tous ces parfums de la nature qui inondaient la salle à manger et la cuisine. On était bien le soir chez elle à regarder à la télé les gens se faire écrabouiller. C’était un luxe, car ça n’aurait­ pas dû être une soirée télé. On aurait mieux fait d’aller s’allonger sur l’herbe et écouter le bruit de l’autoroute. Le doux bruit des voitures au loin qui fait comme un bruit de vague. On se croit à la mer parfois avec Ludivinenfant. À la Costa-péaga je lui dis en blaguant. Elle pige pas les blagues Ludivinenfant. Alors je lui dis, C’est comme à Berck-Plage ici Lulu ! Avec leur péage d’autoroute ! On dirait la mer du Nord ! Y a plus qu’à aller poser nos serviettes et se dorer la pilule au soleil. Elle me répond, Ah ouais ! Ouais ouais ouais, puis : Ah ! Ah ! Ah ! Elle fait mine de rire Lulu avec la pensée, voir avant tout pourquoi ça pense en dehors de ce qu’on dit être la pensée. La pensée est d’abord et avant tout quelque chose d’inerte et creux, un boudin sonore plein de bêtise et c’est surtout là que ça va sonner vrai. C’est pour cela que ceux qui pensent que l’homme est arrivé avant son ombre font une erreur. L’homme n’est pas arrivé avant l’ombre qui avait déjà quitté le naturel. Aujourd’hui nous trouvons que ce qui se rapporte à un être humain fait de l’ombre au vivant. En fait il ne faut pas se soucier de cela. Il y a quelque chose par exemple dans la poésie sonore qui nous enseigne comment les choses sont arrivées dans la parole. C’est la parole qui est arrivée avant même qu’on parle. La parole est la chose par excellence qui n’est pas naturelle. Elle est arrivée tout d’abord non naturellement. Elle est un artifice qui a permis de se détacher de certaines ombres trop présentes. La parole fut l’ombre même au final, l’ombre de toutes les ombres et la poésie sonore ce n’est pas avant tout de mettre la poésie debout. La poésie a été debout bien avant de s’asseoir. La poésie sonore a été la poésie, tout simplement. Elle était tout simplement debout la poésie. La poésie a toujours été un traficotage avec le parlant. Un jeu avec l’écrit, et c’est avant tout une affaire de technique et de traficotage avec la technique. La poésie a toujours été l’affaire de revenir à ce côté non naturel et juste qu’est cet artifice nommé parole. C’est pour cela que le théâtre et la poésie sonore semblent s’opposer. Le théâtre est l’illus­tra­tion de la parole comme astre nu de la vérité. Alors que la poésie sonore montre l’artifice de la vérité parlée qui se fait plus vrai que nature. Le fond sonore est vrai, car il ressemble à ce qui anime les humains depuis le fond des temps : s’arracher du naturel, se détourner du visible, s’extirper du connu. C’est pour cela qu’on utilise plus facilement l’électricité. L’homme doit en finir une bonne fois avec son régime naturel, c’est-à-dire avec son propre genre, sa propre espèce. L’homme doit fait un bond dans l’incon­nu et tant pis si ça en coûte à ses congénères les plantes et les oiseaux et tous les animaux : l’homme doit sauter dans l’univers à pieds joints. Car en fait il n’est pas un homme mais une nature d’ombre, un mouvement court-circuité, un bidouillage d’être qui a décidé d’en découdre avec la mort de tout et notamment la mort de ce qu’on lui présente comme n’étant pas une ombre. Tout fut mort avant lui pense-t-il. Sans doute il a tort de penser ainsi, ou raison, peu importe, le mensonge faisant partie de sa vérité. Il peut continuer à vouloir aller de l’avant, mais la progression est difficile. Il y a plein de choses qui le distraient l’humain. Tout d’abord la religion et tous les mouvements politiques. Tous les mouvements sont des mouvements pour l’empêcher d’aller de l’avant.
La seule manière de faire un bond actuellement serait pour lui d’avaler et de digérer ses propres rejets radioactifs, c’est la seule solution qui s’offre actuellement pour réaliser un bond correct, un bond hors de son genre et pour évoluer à la manière de certains organismes vivants qu’on dit extrêmophiles. Le poète doit devenir un être vivant extrêmophile pour continuer à faire exploser l’existant, c’est-à-dire exister dans le présent. littérature. C’est le mot de trop pour recouvrir la poésie la littérature. Il faudrait revenir au mot près pour éviter les littérateurs, car les littérateurs c’est eux les premiers qui quittent l’écriture. Dès qu’il y a politique ou dès qu’il y aurait de l’utilitaire, dès que le social pointe le bout de son nez, il faudrait quitter le poème et c’est là la grande erreur. Toujours on veut quitter la langue de la poésie et pourquoi ? Parce que c’est trop difficile. Trop ardu. Trop vrai. On préférera toujours les lettres de poètes que leurs poèmes même. On préférera toujours quand le poète abandonnera ses textes. Quand il laissera choir ses poèmes. Quand il ne polira plus ses armes pour se livrer à une explication compréhensible. C’est pour cela que toute explication doit aussi faire perdre le Nord au lecteur. Il n’y a d’explication que par la torsion et par la poussée, par la gesticulation et la danse. Il n’y a de compréhension réelle que par le chant invectivé et non par la langue de la communication. Tout le monde de tout bord communique. Aujourd’hui la révolte se sert de la même langue que les communicants qui communient dans les médias. On ne fait pas confiance à la poésie, on préfère dire que la poésie c’est comme une chansonnette, ça n’a pas de bout pointu et on ne peut s’en servir pour combattre la réaction de l’impérialisme capitaliste. Et pourtant plus il y a du capitalisme et moins il y a de la poésie, c’est-à-dire de vrais travaux éditoriaux exigeants. Il y a toujours eu très peu de bons éditeurs, et là il y en a encore moins. Un bon éditeur doit travailler contre toute la corporation des éditeurs. Un éditeur est généralement un écrivain ou un philosophe raté, quelqu’un qui a des idées et des théories, qui se prend pour un créateur. Saint Paul est l’éditeur de Jésus, mais Jésus n’a jamais demandé à être publié. Il y a comme ça des éditeurs qui ne manquent jamais leur coup. Leur présence est partout, à tous les étages de l’édifice du livre. Les imprimeurs ce n’est pas pareil. L’imprimeur c’est le travailleur et le militant, c’est celui qui lutte sans arrière-pensées aucune. C’est pour ça qu’aujourd’hui ceux qui impriment ne doivent embrasser aucune cause, juste laisser le robinet de la causerie ouvert, tout le robinet et surtout le robinet de la poésie doit couler à flots.
Ça ne marchera jamais nos révolutions si nous n’éructons pas des choses totalement incompréhensibles. Aujourd’hui on pourrait reprendre la langue des Dongba, la langue et la pensée dongba pour ouvrir la lutte, car ce qui est intéressant chez les Dongba c’est que pour eux l’ombre est née avant l’objet même. Lorsque la pluie tombe, c’est avant tout l’ombre de la pluie qui nous traversera. L’ombre de la pluie arrive avant la pluie et l’ombre de la pluie elle-même est vue par l’ombre de la lumière avant la lumière elle-même. C’est pour ça que c’est d’abord l’ombre du soleil que nous devrions voir avant le soleil lui-même. Il faut comprendre cela comme la sensation qu’il y a une vérité qui se cache, une vérité est d’abord la dissimulation de la vérité. C’est elle qui est vraiment la vérité, c’est-à-dire qu’elle est cachée dans ce qui est le contraire de la vraie lumière. Ainsi on pourrait comprendre que l’antimatière a été nécessaire à la matière pour que cette dernière croisse jusqu’à nous. S’il n’y avait pas eu d’antimatière il n’y aurait pas eu de monde. Et si nous croisons un tas de gens il faut d’abord voir ce qu’apporte l’ombre de ce tas. C’est plus dans son ombre que ça va penser que dans le tas lui-même. C’est ainsi qu’il faudrait progresser pensée, seulement ce qui nous a attirés c’est une certaine couleur, un certain accent dans cette pensée et c’est tout. Sinon nous sommes allergiques à tout ce qui se trafique dans la pensée. La pensée est quelque chose de bien mais pas pour tout le monde. Et nous ne sommes pas pour le singulier mais pour l’indistinct. Nous sommes pour la foule qui fonce sur nous tête baissée et qui ne pense pas. Seulement, même une foule ça pense, même les malades dans cette foule. Et dans la foule : une multitude de mabouls. Tous mabouls à penser. La pensée est une sorte de ténia, elle rentre en nous et n’en sort plus. La pensée est un être vivant tel un ténia ou une bactérie. Un parasite. Les penseurs sont ceux qui sont le moins allergiques à la pensée, mais le reste de la population humaine doit se faire porter pâle face à la philosophie, sinon elle chope un mal incurable. C’est pour ça qu’en poésie il va falloir arrêter de faire l’idiot en se prenant pour un penseur, sinon ça voudra dire qu’on est au dernier stade de la maladie. La pensée rend idiot. Et au départ c’est bien l’idiotie qui pense. Ce sont les idiots qui ont les plus belles idées. L’idiotie tient du génie. L’idiot c’est Jésus incarné. Les idiots ce sont ceux qui ont porté leur siècle. Ce sont les idiots qui ont fait rouler le siècle dans les âges. Ce sont les idiots qui crient les premiers et leur premier cri est idiot. Il paraît pathétique. Il semble à tous ses contemporains comme quelque chose de limité, c’est parce qu’on a honte pour lui, on ne voudrait pas être à la place du poète qui a crié le premier son idiotie à la face du temps. On fait alors cohorte derrière les vieux cris qui sont devenus des dictons. Les poètes sont parfois aussi des sentinelles du dicton poétique. C’est lourd. Les poètes sont vraiment trop pesants. Je ne suis plus tant que ça antiphilosophe, maintenant j’ai passé un cap : je suis anti-poète. Les poètes sont des individus. Ils portent trop la trace de l’individu et de sa ruine. Ils aiment se promener dans la poésie après une bonne douche bien chaude. Mais hormis ça (Ils aiment la propreté poétique.) (Ils aiment la probité aussi.) (Ils sont immanquablement tendus vers la probité.) (Et puis ils font trop de courbettes.) (Tous les poètes sont courbés.) (C’est-à-dire qu’ils épousent les angles des murs.) (Ils sont vassaux de leur poétique et de leur histoire.) (Même modernistes.) (Ils aiment à prêcher.) (Ils font des sermons.) (Même les plus aventureux sont de fins sermonneurs.) (C’est les pires mêmes.) (Ils aiment à rappeler que tout cela ne vient pas de rien pour poétiser la vie.) (Ça ne vient pas d’une lubie d’hurluberlu de poète et d’ailleurs ils se font acteurs de tout ce qui s’est joué dans la poésie.) (Ils prêtent modestement leur corps et leur voix à l’Histoire.) (La Grande.) (Celle des poètes.) (Ils aiment à interpréter ce qui n’a plus cours et même si c’est ultra-novateur on dirait qu’ils lorgnent toujours vers le siècle précédent.) (Ils ont trop de respect pour les avant-gardes pour en fonder une.) (Tous les musées ont gagné et tous les jours un poète de sous-préfecture a la chance de faire figurer ses gribouillis sous les dessins d’Henri Michaux.) Hormis ça, donc, les poètes (quels qu’ils soient ces poètes) ont raison de s’intéresser à la poésie.
Car la poésie est l’endroit même de la révolte, c’est là où il y a discordance véritable avec tout parler, c’est pour cela que tous ceux qui parlent évitent à tout prix la littérature. Ils ont raison. Littérature c’est déjà le mot de trop, c’est le mot de trop pour dire l’écriture la et sauter dans l’air. Il y a toujours eu du chant et de la poésie pour lutter contre la pesanteur. Tout est pesant. L’homme le sait. L’homme ou ce qui s’y rattache, cette tribu qui intrigue tant l’anthropologue.
Et là il y a encore un saut à effectuer. Un saut de plus encore. Un étage à monter dare-dare dans l’évolution : il faut manger nos déchets.
Tous les déchets. Il ne faut plus manger nos cousins éloignés les animaux ni nos autres cousins éloignés les plantes, mais se nourrir de nos déchets radioactifs. Certaines plantes le font déjà, certaines mousses de certains organismes vivants dits extrêmophiles.
Il faut devenir des poètes extrêmophiles.
Il faut donc d’abord devenir tous poètes, et ensuite aller de l’avant, faire le grand bond en avant, comme disait Mao Tsé-toung. Mao Tsé-toung écrivait de la poésie lui aussi et il était extrêmophile pour les humains. Il ne faut plus boire de l’eau, ni respirer de l’air, mais vivre sous les roches. Il nous faut vivre dans la terre, comme les bactéries. Il nous faut penser la vie comme ceux qui sont depuis bien avant nous dans des volcans ou les lacs salés, ces organismes nous ont devancés. Il faut que ça cesse. Ils nous ont battus à plate couture à chaque saut civilisationnel. Ils nous ont mis la pâtée en inventant des tas de choses, comme le fait de ne pas se manger entre eux. Comme le fait de ne pas respirer, de ne pas s’emplir les poumons d’air infesté de virus. Maintenant nous respirons dans la pollution, ça nous fait souffrir alors qu’il faudrait positiver et manger notre pollution. Puisque nous polluons, autant en profiter, fabriquons de la pollution pour vivre dedans pleinement, pour être pleinement satisfaits, pour être pleinement pollués et satisfaits. Vers un bonheur plus pollué ! Vers un bonheur dans la mort radioactivée ! Ce serait le fameux titre de la première chanson du poète bondissant. Vers plus d’autonomie radioactive ! En avant les animaux ! En avant les plantes ! Debout les bactéries et tous les êtres vivants ! Nous ne sommes pas les bienvenus. Vous non plus ! Arrêtons de boire de l’eau et de respirer. Arrêtons de nous manger les uns les autres et écrivons des poèmes. Pas n’importe quels poèmes. Pas des poèmes comme ci ou comme ça. Des poèmes avec un air de ne pas y prétendre. Un air de ne pas y toucher. Car ça ne nous correspondrait pas. De toute façon nous n’écrivons pas de poèmes, ou tout au moins ne donnons pas ce nom à ce qui s’inscrit, car il s’inscrira quelque chose on en est sûr, tout au moins une traduction de ce qui passe. Une passade. C’est déjà mieux d’appeler ça une passade qu’un poème. C’est comme un hoquet. Le poète attend que ça cesse en buvant un grand verre d’eau minérale. C’est de toute façon quelque chose du vivant qu’on devra tordre dans un texte ou dans autre chose, une chose qui serait un énervement ou un rire. Une chute. Finalement nous pourrions appeler ça une manière de faire danser. Il s’y chante une explication avec quelque chose du réel. Une manière de digérer puis de verbigérer ça. Une façon d’éructer ça, de gesticuler ça et de lui faire prendre l’air.
Nous voulons apprendre à respirer autrement. Comment aussi dire ce qu’on pense dans l’instant. Et c’est l’instant qui pense. Tous les instants sont des boules en formation de pensée. Et ce n’est pas nous qui le pensons. Nous sommes plutôt des réfractaires à la de bains pour ensuite attaquer la journée, pour la réduire à néant, réduire ainsi à néant toutes les journées qui nous viennent, tous ces jours qui nous tombent sur le poil, avec la patience d’un arbre ou celle d’un bœuf. Jésus réduit à néant toutes celles et ceux qui parlent avec un miroir posé sur chacun de leurs mots.
Au fond de nous-mêmes il y a ce trou qui ne brillera jamais dans aucun firmament. Au fond de nous-mêmes il y a cette matière inconnue de nous-mêmes et qui défie l’énergie du vivant. Nous-mêmes nous pensons que nous agissons depuis nos organes qui proviennent des rognures d’étoiles, mais nous ne sommes pas totalement de cette terre-là et donc nous ne sommes pas totalement des rognures non plus. Nous sommes plutôt des sortes de rognures venues d’un autre horizon que celui des étoiles. Nous sommes des rognures inconnues de nous-mêmes.


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