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LIMINAIRE
Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #8


Une série de douze ateliers d’écriture durant le premier semestre 2011/2012 des étudiants en deuxième année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique géolocalisé à partir des images de Google Street View sur Google Documents et sur le blog Le tour du jour en 80 mondes.

Google Street View est un révélateur de notre expérience du monde et de notre rapport au temps et en particulier, de la paradoxale tension entre notre indiffère,ce quotidienne aux choses qui nous entoure et notre incessante recherche de connexion et d’interaction. C’est l’occasion de porter sur Google et le monde qu’il dessine, un nécessaire regard critique, une analyse de la représentation du monde que nous proposent Google Maps, Google earth et Google Street View.

Textes des participants 2012 : :

Fenêtres

La “fenêtre”, un symbole ?

Bourgogne, Bourgogne, Paris. Trois fenêtres, un observateur

Vues cadrées

Vu de ma fenêtre

Visions cadrées

Échappée belle

Cadrage

Vues de fenêtres…

Liste non exhaustive

Au détour d’un endroit

Tweets depuis une ville

Ici et là

Les falaises noires



Les miroirs d’eau

Villes

Une ville une phrase


Textes des participants 2011 :

Fenêtres et souvenirs…

Fenêtres

Fenêtres sur l’cour

Mémoire…

Carglas

Chambre n°83

Fenêtres, de Delhi à Legobi

Fenêtre avec vue

Fenêtre ouverte sur ma mémoire

Cours sur fenêtre

Fenêtres et villes

Fenêtre

24/10




Sur Fenêtres Open Space, blog du livre du même nom, écrit sur la ligne 2 du métro parisien et paru aux éditions Le Mot et le reste, Anne Savelli est à la recherche de photographies de fenêtres du monde entier.


Fenêtres sur le monde

Fenêtres d’appartement, d’hôtel, de restaurant, de gare, d’ordinateur ou de téléviseur (cette autre fenêtre "qui contient toutes les fenêtres"), pare-brise, fenêtre de son lieu de travail, de la maison le matin quand on ouvre les volets, vitre du métro, du train, quand on regarde filer à vive allure le paysage distrait, autant d’images qui viennent du dehors, qui nous impressionnent. Les fenêtres cadrent un état du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait :

« Métro aérien,

10 avril 2003, 19h45,

après l’enregistrement

d’une émission de télévision

Je suis assis près de la fenêtre. Le train surplombe le boulevard Auguste-Blanqui. Il circule en direction d’Étoile. Le ciel nuageux a des couleurs lumineuses d’après pluie. Passée la station Glacière, une double rangée d’arbres apparaît. La perspective est lumineuse. Les feuilles tendres ont des reflets d’or vert. On est à hauteur des feuillages, presque comme des oiseaux. La descente vers un tunnel nous rapproche des troncs, puis de la rue. Nous voici de retour dans la ville. On s’y enfonce même. On aperçoit un feu rouge à l’entrée du souterrain, les lumières de petits néons qui reviennent régulièrement comme des traînées blanches, des câbles accrochés à la noirceur de la paroi. On croise un autre train. Une rupture électrique provoque un flash d’obscurité. »

Fenêtres sur le monde, Raymond Bozier, Fayard, 2004/Publie.net, 2010.


 

 

 

 

 

 

 

 

Champ/Contrechamp

Ce que l’on voit depuis sa fenêtre, le spectacle que l’on y observe. Ce qui se passe dehors même s’il ne se passe rien. Et ce que l’on voit chez soi, ou ce à quoi l’on pense. Ce à quoi l’on rêve, ce qui nous tient à cœur.

Extrait :

« La beauté du paysage, jour après jour, sans que j’en sois conscient, m’imprègne et m’abreuve. Le paysage n’est rien sans mon regard, le paysage n’a rien à voir avec moi. Je vois, je regarde. Le monde est là, autour de moi, avant moi, sans moi, le monde sera là après moi. Il n’y a pas de mots dans le monde, le monde n’a pas besoin de mots, les mots que je mets au monde, dans le monde, ne pèsent rien. L’herbe n’a rien à voir avec le mot herbe. Je note : à la mi-mars, l’herbe commence à verdir. Mes mots n’ajoutent rien à la beauté du monde. La beauté n’appartient pas au monde, — la beauté n’est qu’un mot que je prononce à propos du monde. Les mots et les choses : depuis toujours divorcés. Il y a une bestiole sur la nappe. Une bestiole noire au soleil sur la nappe rouge : cinq mots que je mets sur le papier, cinq mots parmi les mots que je connais, ils sont à ma disposition, il me plaît de les employer. Et comme j’ai appris à écrire, je les écris. Il y a une bestiole sur la nappe. Il y a une bestiole sur la page. Et il me plaît d’y mettre aussi le soleil. »

Smoky, Lambert Schlechter, collection « Lettres du Cabardès », Le Temps qu’il fait, 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait :

La colline de l’est

« C’est une détraquée qui écrit ses livres pour des détraqués, qu’importe, le lecteur lit quelques pages – et se refait une santé et regarde par la fenêtre.

La fenêtre qui donne sur la colline de l’est, commence, côté extérieur, à pourrir ; pas sûr si elle va me protéger cet hiver, pas sûr, il y aura des courants d’air, et s’il y a une pluie sous un vent d’est, l’eau va s’infiltrer, le bois pourri continuera à pourrir.

Lire pour tomber sur une phrase, un paragraphe, une page qui arrête la lecture ; ce que tu viens de lire est tellement… tellement… comment dire ? qu’il n’est pas possible de continuer à lire. Ce vertige, cette légèreté, cette euphorie-mélancolie, ce comblement : page qui a fait du vide. Pour le moment il n’y a pas à aller quelque part, autre part, pour le moment, c’est une bulle, un point d’orgue. Apaisement. La page t’arrête, au lieu de continuer à lire, tu relis la page, tu lis ce que tu n’as pas lu la première fois, la même page n’est plus la même, les mêmes mots ne sont plus les mêmes mots. »

Smoky, Lambert Schlechter, collection « Lettres du Cabardès », Le Temps qu’il fait, 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un lieu, un souvenir

Le premier souvenir qui revient en mémoire à l’évocation d’un lieu.

Extrait :

« À Marseille où la bouteille de Bandol blanc luisait doucement la nuit dans les jardins d’une villa du quartier Saint-Barnabé qui ressemblait à Donafugata.

À Abbeville où j’ai vidé des bières avec Philippe Lacoche sur un bar péniche le soir

À Libourne entre Isle et Dordogne où je me suis promené au matin dans une géométrie utopique de rues jaune pâle

À Souillac où m’arrêtant juste pour un plein j’ai acheté chez un brocanteur un roman de Moravia que je n’ai jamais lu depuis

À Trouville où le sais-tu je ne suis jamais retourné

À Saint-Sauveur-le-Vicomte où la tombe de Barbey m’a ému plus que de raison dans le Cotentin glacé des derniers Noël

À Brest où j’ai vraiment beaucoup bu »

Le déclenchement muet des opérations cannibales, Jérôme Leroy, Éditions des Equateurs, 2006, p.88.

 

 

 

 

 

 

 

 

Propositions de travail :

Premier temps :

Restituer par le biais de phrases concises, impressions détachées, fragment autobiographique, réflexion esthétique ou philosophique, sur des lieux dont le trait commun est leur banalité, le regard que l’on porte sur le monde.

Fenêtres sur le monde, Raymond Bozier, Fayard, 2004/Publie.net, 2010.

Deuxième temps :

Contempler ce que l’on voit depuis sa fenêtre et décrire le plus précisément possible le spectacle que l’on y observe. Ce qui se passe dehors même s’il ne se passe rien. Se retourner ensuite et décrire son intérieur. Ce que l’on voit chez soi, ou ce que l’on pense. Ce à quoi l’on rêve, ce qui nous tient à cœur. Composer son texte en passant d’un univers à l’autre à plusieurs reprises.

Smoky, Lambert Schlechter, collection « Lettres du Cabardès », Le Temps qu’il fait, 2003.

Troisième temps :

Le premier souvenir qui revient en mémoire à l’évocation d’un lieu. Par petites touches, succession d’instantanés scintillants, en vrac, en dresser l’inventaire versatile. Un lieu, un souvenir.

Le déclenchement muet des opérations cannibales, Jérôme Leroy, Éditions des Equateurs, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 



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