| Accueil
LIMINAIRE
Récit numérique collaboratif : à l’ère du web, le texte s’émancipe de sa forme


Le projet consiste en une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique via Twitter.

On peut suivre en ligne le récit s’écrire en temps réel, en suivant cette liste sur Twitter :

Ateliers Sciences Po

Séance n°10 :

Atelier n°1 :

En faisant acte de remémoration, se replacer dans quelques-unes des circonstances d’un événement particulièrement intense pour en examiner, chronologiquement, la teneur. Raconter, à travers des séries (scènes sur le vif, portraits, paysages), ce qui nous a le plus frappé. Rapporter ce que sa mémoire conserve à vif, images dominantes de sa quotidienneté. Procéder par écriture (convocation de mots, de phrases, de sonorités, de rythmes) et plonger dans l’événement (ou dans son souvenir) en recourant à des procédés formels poétiques traditionnels - métrique, rime - pour les diversifier le plus possible.

Christophe Lamiot Enos : Albany, Des pommes et des oranges, Californie - II

Aéroport Charles de Gaulle, Roissy

 

 

 

 

 

 

 

 

1er atelier

Geoffroy Lewandowski

La terrasse d’un café, le soir. Deux hommes et une femmes se disputent violemment. Autour d’eux la rue est vide.

L’homme tient en ses mains une serviette en papier qu’il déchire en petits copeaux. Compulsivement, ses doigts la réduisent en carré tandis qu’il parle à sa voisine. Ce détail insignifiant est l’ indice qui trahit sa nervosité. La voix gagnée par les larmes, la femme n’arrive plus à parler. Elle pleure les yeux pleins de tristesse .Son mari efface ces les sanglots d’une main tandis que l’autre reste occupée.

Une salle de classe à moitié vide écoute silencieusement le professeur. Celui-ci parle d’une voix dure en direction d’un élève.

Il ferme les yeux, puis les ouvre sous la table. Il découvre une pièce tombée sur le sol. Confiant, il la ramasse voyant un signe du destin.

Sa jambe tremblante, il écoute la sentence du professeur. Comme un condamné, il reste digne devant l’adversité. Pourtant, son ventre se resserre, il pense à tout ce qu’il va lui arriver ensuite.

Une foule massée autour d’un haut-parleur attend des indications. Un homme tente de faire son travail au milieu de cette cohue. Il ramasse les déchets tombés sur le sol écoutant de la musique. Indifférent, il se baisse pour prendre un mouchoir sale qui jette dans sa corbeille. Plus de train, la grève est reconduite. Ses mots sonnent comme le glas lui annonçant la fin de son travail. S’il est encore en retard, comment va-t-il s’en sortir ?


Hadrian Lafond

Turbulence dans un avion

Vol Air France 2546, 3h du matin, ciel orageux, grosses turbulences, restez assis, attachez vos ceintures.

Le commandant de bord nous demande de nous asseoir. Période de turbulence attendue. On entend des cris, des pleurs. C’est la panique. D’un coup, je me réveille. La lumière de la ceinture de sécurité s’éclaire. J’ai l’obligation de m’attacher. Je sens des mouvements brusque, mon cœur bat de plus en plus fort.

Incendie dans un immeuble

Information : un immeuble du centre d’Auckland serait feu. Les pompiers présents sur place. Pas de victime déclarée. Attroupement à l’extérieur de l’hôtel.

2h30 : Tout est calme. 3h00 : l’alarme incendie retentie. 3h10 : Evacuation de l’hôtel. 3h15 : les pompiers arrivent. 3h30 : Fausse alerte, retour dans les chambres.

Subitement, une alarme sonne et me réveille. C’est l’alarme incendie ! Une voie préenregistrée déclare : « Quittez les lieux maintenant ». Sauve qui peut !

Malaise d’une femme

Les sirènes d’ambulance retentissent. Une femme est allongée dans la rue de la Source. Les policiers établissent un périmètre de sécurité. Ce serait un simple malaise selon les dernières informations.

Sirènes, femme sur le sol, danger, malaise, crise cardiaque, mort ? J’arrive sur les lieux du drame. C’est la panique. Que puis-je faire ? Ah oui, appelez les secours. Vite, le temps presse !


Côme Dartiguenave

La voiture recule, la falaise approche. Bloqué dans le coffre le frein à main est inatteignable. Panique, détresse, ma vie ne m’appartient plus. Le véhicule poursuit sa descente, je l’accompagne en enfer. Abandon, je ne peux rien faire pour rester sur terre.

Enfin de l’air ! Coincé sous ma voile, prisonnier de mon harnais. Goût salé et amer. Les vagues, le vent me chahutent. L’atmosphère est pesante, le ciel sombre. Mes poumons sont vides. Solitude. Bruit effrayant, craquements : mon mât se décroche de la planche. Ma voile est emportée par une vague, je m’accroche à ma planche. Epuisement. Point perdu dans l’océan, seul face aux éléments.

Pluralité religieuse, multiculturalisme. Haine, chagrin. Les pierres et les insultes pleuvent. Larmes des uns misère des autres. La terre Sainte est un enfer. Violence comme moyen d’expression, l’intolérance alimente les tensions.


Constance Fauquenot

Une souris surgit, une fille bondit, crie et s’agite sur le quai. En face, les passagers sont hilares. Elle aussi.

Alarmée par l’air figé de son ami, elle s’inquiète, pâlit, se lève et gesticule. Son regard s’arrête sur l’animal. Elle crie, puis se calme et rit.

Quai froid, passagers impassibles. Un cri provoque la surprise générale, puis l’hilarité de la foule. Sourires et éclats de rire égaient le quai.


Adam Chour

Orient ensoleillé, belles journées espérées. Guerre surprise. Boucheries intestines ; tourbillon barbare.

Le ciel bleu, le ciel dangereux. Illuminé. Entre rayons et obus, entre illusion et abus.

Survie. Je suffoque. Attention, appréhension. Frayeur ineffable mixée à une indifférence inexplicable.

Regard échangé. Rencontre impromptue. Destin inattendu. Sourire. Un croissant de lune labial. Splendide. Délicat. Délicieux. Délectable. Désirable. Charme absolu. Conquis, je plonge. En apnée infinie. Nul besoin d’air, sa présence suffit.


Khadijah-Marie Felvia

1er évènement :

Tel un cyclone qui avait tout dévasté, ils s’étaient séparés. La tempête avait tout emporté. Le ciel et la terre en conflit n’engendrait qu’apocalypse. Vent violent, déchainement de haine, les enfants en pleurs osaient espérer une once de réconciliation. Puis, plus rien. Le silence devenait pesant tandis que le calme s’installait dans cet air de désolation.

2e évènement :

L’excitation était palpable. Les foules rassemblées attendaient l’heure de la délivrance. Une renaissance pour certain, une crucifixion pour d’autres. Leur avenir en dépendait. Précédés du cerbère, les juges apportaient l’éclaircissement. A l’ouverture des barrières, les nuées déchainées se précipitèrent au pied des précieuses listes. A droite les admis, à gauche les recalés.



Le paysage cache

Léopold Baillard

Marcher. Elle m’attire, me tire... Bleu, brun, grand, vert, magnétique. Un pouvoir, fort, suspens. Pas réalisé, bondé, surpeuplé, encombré.

Contrôle, perdu. Pas, militaire. Mais un enfant, un jouet, nouvelle expérience. Il faut suivre, il le faut.

Accélérer, plus vite, encore. La limite, c’est le ciel. Charmé, focalisé, concentré, visage caché.

Élégante, vive, assurée, libre. Elle ondule. Je veux serrer, étreindre. Apparue dans le télescope, une étoile.

Le cœur s’emballe, changement de pas. Vide, personne, pas de voiture. Le paysage cache, passe, casse, brouille.

Où ? Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Comment ? Peur. Effrayer, surprendre, tomber, découvrir.

C’est gris. C’est chaud. C’est moche. Quai long. Le fer claque. Une petite poche, des cartes. Une marque.

Abandonner, poursuivre, appeler, contacter. Tout arrêter. Chanter, se libérer.


Andréas Dieryck

S’écrase sur le béton du bâtiment et les fleurs qui l’entourent une pluie torrentielle, et à travers la vitre, deux quidams semblent se distinguer.

Sombre et calme, le couloir observe de ses yeux le théâtre des deux jeunes en tête à tête. Immobiles, impassibles, impénétrables, ils tiennent en équilibre la placidité de ce lieu commun.

Équilibre instable, je la sens approcher lentement à la mesure de son souffle, et des battements cardiaques accélérés. Un frôlement, une vitre cassé, et je passe à Mach 2, tic tac tic tac.


Une campagne nocturne déserte. Un vent glaciale, et une lumière : une maison éclairé au courage d’un chemin où l’asphalte se fait rare.

Une jeune femme, deux jeunes hommes. Sur la table se superposent tasse de cafés, papiers gribouillés et magazines. Approchant la scène captant toute l’attention de la salle, Madame - les yeux statiques, le sourire idiot - regarde les deux autres.

Une larme, deux corps pliés en deux ; de la joie, en quantité infinie. Des muscles tendus, des dents serrés, à n’en plus pouvoir ; complicité fraternelle.


Quentin Corzani

C’est le matin nous attendons depuis une heure devant la grille de ce lycée que je ne connais pas. Qui d’ailleurs je n’aurai pas aimé connaître. Les portes s’ouvrent. Et les résultats tombent. Positif très positif. Enfin j’ai mon BAC. C’est une scène qu’on s’imagine tous très bien certains pleurs d’autres rient.

Je marche dans une allée pour récupérer mon dossier scolaire. De l’autre côté d’une barrière, les rattrapages et ceux qui ne l’ont pas eu. Cela me donne l’impression d’une vraie déchirure. L’ambiance est plus morose. J’observe une amie qui est au rattrapage. Elle marche vite, préoccupée dans cette allée presque de condamné.



— -

Ci-dessous les textes écrits par les élèves de l’année dernière :

D’un pas cadencé

Camille Combe

D’un pas cadencé, déterminé, confiant. Elle avance.

Rues après rues, avenues après avenues, nous tournons.

Allure soignée, un dîner réservé ? Une montre omniprésente, elle est pressée.

Face au soleil, j’espère. Elle tourne, enfin, je jubile.

Son pas est le mien, mes mouvements sont les siens. Elle se rapproche, je l’éloigne.

Boulevard impénétrable, perte de vue inévitable, en l’attente de la bénédiction du bonhomme vert, je patiente.

Horde d’excités : cyclistes, chauffeurs de taxi, de bus, conducteurs de voiture. Et moi, seul contre tous.

La vitrine est bien chargée, son sac l’est tout autant. Derrière mon journal, j’attends.

Étrangère, Farceuse ? Je suis comme elle, perdu.


Soleil absent

Mourad Arbib

Soleil absent, réverbères allumés, les gens passent et se ressemblent. Non, pas elle.

Les voitures passent, mon corps semble être perdu au milieu de ce trafic, je risque ma vie en rejoignant ce trottoir.

Élégante et sexy en même temps, un parfum envoûtant, j’ai finalement risqué ma vie pour très peu.

Je marche dans les rues de Mexico, soleil frappant, journée paisible, sans savoir ni pourquoi ni comment, j’y repense…

Nostalgie et souffrances, en la voyant je pense à elle, elle ressemble à la colombienne.

Incontrôlable ou hypocrite, comme dans un jeu vidéo, mes pensées et ma raison se combattent.

Comme un enfant ne sachant pas encore marcher, elle trébuche, ouf ! Ce n’est pas elle.

Nostalgie toujours présente, mon passé m’a rattrapé, dans le passé ou le présent, je ne sais plus ou je suis.

Perdu, soucieux et pensif, aventure de quelques secondes, mon existence ici m’est insupportable. Foutu rue.

Feuille blanche, stylo bleu, j’ai envie d’écrire « il était une fois à Mexico. »


Sans régularité particulière

Marion Darriere

Plaisir. Plaisir à la regarder. Car yeux bleus, pommettes saillantes, teint mâte, cheveux ébouriffés. Charmant.

Petit muret qui me cache. Cherche à n’être vue mais à voir, à admirer … cette œuvre d’art sur le banc.

Jette un papier alors par terre à la poubelle. Je contemple sa rapidité, son élégance, sa prestance… son civisme.

Attente d’un mouvement de tête, d’un regard… vers moi. Même pas. Impatience. Colère. Énervement. Lassitude. Possible abandon. Trop facile.

Veste marron sans tenue. Jean délavé. Converses abîmées. Pas très aisée. Mais beau regard.

La foule avale. Porté disparu. Espérance.

En retard peut être, je ne sais pas. Mais accélération. Jamais habituée à une telle allure. Et pourtant je suis, j’accélère, je cours… Pourquoi ? Je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Je jubile.

Que de tâches de rousseur. Sans régularité particulière. Un peu en haut, et oui… quelques unes sur le menton. Étrange. Original. Immense.

Souffle haletant, palpitations rapides, trop rapides, beaucoup trop rapides. Et un regard, pour elle, pas pour moi. Jalousie, injustice, inégalités… Absurdité d’un regard désiré alors que je suis cachée.


Hasard des pensées

Mathilde Saliou

Hasard des pensées, je crois reconnaître en cet homme celui que je cherche. M’accrocher à ses pas comme à son souvenir. M’occuper surtout.

Déambulations inattendues dans les rues de notre jeunesse. Les mêmes touristes achètent à prix d’or ces immondes représentations de LA Tour.

Vrombissements pollués des rues parisiennes, traversée dangereuse, rapide, accrochée à ses pas. Petite blonde suicidaire.

Vide immense de la rue, seuls les arbres comme prétexte. Si peu valable.

Angoisse passagère. Hésitation vers le métro, il revient sur ses pas. Ne me voit pas.

Foule étudiante sûre et fière d’elle-même aux terrasses des cafés. Ma situation m’arrache un sourire. Je suis irraisonnée.


La suivre

Thomas Garabetian

Un éclat, un claquement ! Dans ma caboche ça pétarade. Jolie donzelle. Hop on la suit.

Crinière enflammée, pas littéralement, juste pas coiffée. Silhouette sépulcrale. Déhanché magnifique. Pour une allure véloce pourtant piétonne.

Un arrêt. Quasi collision saleté de feu rouge. Le plus grand drame serait d’être démasqué. L’air de rien on suit toujours.

Traversée de rue. Héroïque ou suicidaire ? A slalomer entre les voitures on frôle l’arrêt cardiaque. La commotion cérébrale aussi....

Pardon, pardon, pardon... Ah, mais dégagez de ma route ! Trop de monde sur le passage !

Elle m’échappe ! Mort aux vieux tout branlants. Vitesse lumière je rattrape. Vers l’infini et au delà !

Trop rapide pas de pauses. Comment tenir ? Elle prend de l’eau. J’en ai pas. Tant pis ça attendra.

Trop dur les passages piétons ? Phobie des zébrures ? A quoi sert le gilet léopard ?

Elle s’enfonce. Sous terre bien sur. Sous le bitume plutôt. La suivre. Rester proche à tout prix ! Respirer ses effluves.

Tuuuuuuuuuuuuuuuuuut. Cours Forest cours ! Oui ! Tu l’as fait. Ça rendrait ce cher Indy jaloux ! (encore que t’ai pas sa carrure non plus...)

Là. Non. Ah. Si. Mais... Ça craint, on m’aurait mentis ? Qui aurait osé ? Illusions illusions tout n’est qu’illusions.


Une once de nostalgie

Romain Paderi

Trop distrait, choc brutal et inattendu avec un lampadaire. Une jeune femme s’inquiète, se moque, repart. Désœuvré, je la suis. Distance de sécurité imposée. Bonhomme rouge, elle s’arrête ; moi, plus loin, sur un banc. Bonhomme vert, elle repart. Filature reprise. Pas souple et ferme, comme le sien. Plot en pierre, frayeur, chute évitée de justesse, tibia endolori. Pas mal assuré et boiteux, différent du sien. On dévale les marches. Attente souterraine, caché par quelques touristes. Métro, même rame, ses cheveux bruns, longue attente, paysage urbain, pronostiques erronés. Enfin, malheureuse, mais juste intuition. Descente, suivie de l’inévitable bain de foule sur l’Avenue. Adieu.


Le début d’une aventure

Nicolas Ronan Thomas

16h, sortie du métro. Rendez-vous annulé, moment de doute, d’incertitude. Que faire ? Temps à perdre. Il pleut.

Qui est-ce ? Je crois deviner un visage familier avant qu’il ne tourne les talons. Une illusion ou une rencontre ? Je ne sais pas et je veux savoir. Le début d’une aventure.

Trop de monde, la foule grouillante me gêne mais je ne renonce pas. Un objectif à atteindre. Obstacles : poussettes encombrantes, bambins trop petits susceptibles d’écrasement. Wagon bondé. Merci la RATP.

L’homme me fixe un instant puis détourne le regard. M-a-t-il reconnu ? Il n’en laisse rien paraître. Le jeu infantile peut reprendre. Qui en sortira vainqueur ? Au destin de décider. Qu’il décide bien. Ou alors je l’aiderai un peu.

Sortie à l’air libre. Temps apocalyptique, ambiance grisâtre. Un moment de doute s’empare de tout mon être. Une voix à l’oreille se fait entendre : Mais qu’est ce que je fais là ? Là est toute la question. Elle ne tolère pas de réponse.

Arrêt du bus, les voyageurs descendent, inconscients de ce qui est en train de se jouer sur le boulevard, tout comme l’est l’homme. Et c’est cette inconscience qui fait le charme de la situation. Du moins c’est ma pensée.

Rayon des jeux vidéos, rayon DVD, bibliothèque. Je les fais tous. Volonté d’achat boulimique ? Pas vraiment. Plutôt la quête d’un fantôme. Découragement ? Peut-être. Renoncement ? En aucun cas.

Succession de rues à faire tourner la tête. Le déluge continue. Trempé de la tête au pied. Des frissons me prennent. Ils ne s’arrêteront plus. Ou peut-être quand j’aurai atteint mon but.


Sombre tunnel

Tom Richer

Sombre tunnel, as-tu une fin ? Noir, noir, noir. Aucun halo de lumière à l’horizon. Ses bruits de pas qui rendent l’atmosphère moins pesante, presque tranquille. Le claquement de ses talons sur le sol me sert de guide. Mais l’onde sonore est trop rapide, il ne faut pas perdre sa trace. Oreille attentive. Nez encombré par des odeurs malodorantes. Plus que de 2 sens disponibles pour sortir de ce trou. Objectif : atteindre le minuscule faisceau de lumière au loin. Il semble se rétrécir à chaque pas. Où m’emmène –t- elle ?


Le combat a commencé

Pierre Losseroy

Des souffles, des dizaines de souffles, des centaines de souffles. Ils respirent tous, mais ils m’étouffent. Oppressé, serré, poussé, le combat a commencé. Il faut la retrouver. Mon cœur palpite, je vais échouer. Chevelure blonde plus a portée. Personne pour m’aider. Lutte, je m’extirpe de la cohue. Plus de forces pour la chercher, seulement attendre d’être réveillé.

Tout s’est déroulé vraiment très rapidement. Je n’ai ni eu le temps d’anticiper, ni de tenter de prévenir ce qui allait se passer. Ces deux hommes au visages froids d’abord. Ils passent devant moi et entrent dans la bijouterie avec de grands sacs. Une vieille femme en fauteuil roulant est sur les passages, ils la bousculent sans ménagement . Une voiture bleue et blanche passe près de moi sur la chaussée. La police, les gendarmes, le SAMU ? Ah non, juste Fox Intérim de Boulogne. Des coups de feu et des cris à l’intérieur du bâtiment. Je me dis que c’était prévisible. Mon dieu. A ce moment précis, je me souviens m’être dit que ce que j’étais en train de voir pourrait être un bon début pour le roman que je prévoyais d’écrire. Une bonne accroche en tout cas. J’ai rapidement jeté un coup d’œil dans les arbres, et j’ai vu les cimes qui bougeaient à une vitesse impressionnante, le vent soufflait par rafales. Appréhension. Peur même je dirais. Ils ressortent en courant les sacs pleins de billets de banques. Je réalise que je me trouve à moins de 50 mètres d’eux. C’est fou ce qui m’arrive. Un gosse joue au ballon dans la rue juste devant leur voiture garée. Et c’est le drame.


Le combat a commencé

Henri de Bouteiller

Inde, fatet pur sikri, ville pommée mais touristique, 1h d’avion au Sud de Dehli.

Un singe, assis sur un régime de banane se cure consciencieusement le nez

Vacances de Noël 2006, il fait 37°, ma sœur ainée en pleine négociation pour la location d’une voiture à la journée et l’achat de nourriture pète un câble sur le vendeur qui de toute façon a cessé d’écouter depuis 10 minutes et louche sur son décolleté en hochant de la tête.

Ma sœur bossait depuis 6mois à New Dehli et nous étions allé la visiter en famille pour Noël.

Du point de vue du vendeur, il avait l’occasion de faire une excellente affaire mais ne pouvait s’empêcher de vouloir pigeonner des touristes qui avaient l’air cons, pardons, naïfs, et innocents. Ne jamais se fier aux apparences, il l’apprit à ses dépends.

Les indiens sont cool, sympas, pervers, puent de la gueule, accueillants, mauvais businessmen, magouilleurs, mangent épicés, les singes aiment les bananes et les crottes de nez, les indiens aiment les singes et leur font des temples, les touristes occidentaux sont cons prétentieux et pleins de coups de soleil et la boire de l’eau, ça donne la tourista.

Sciences Po Paris Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier n°2 :

À partir d’un souvenir personnel très fort (un moment de bonheur, un éclat de rire, une déception, une rencontre, une amitié, une douleur), tenter de le décrire avec sept phrases pas plus, en essayant de tourner autour : décor de la scène, un détail anecdotique (dans ce décor) qui vous revient en mémoire, le moment de notre vie où cela vous est arrivé, la scène comme vous la décririez dans un premier élan (l’émotion ressentie), le contexte familiale dans lequel elle s’inscrit, la scène vue sous un autre angle que la première fois, comme si quelqu’un d’autre l’avait observée et la décrivait, et ce que l’on retient de ce moment avec la distance et le temps qui nous en sépare.

Olivier Cadiot / Rodolphe Burger, « Totem & Tabou », in CD audio, Hôtel Robinson, Dernière bande, 2002.

Dans la rue. Une bouche d’incendie trop près de la route, pas de place sur le trottoir. Un beau matin d’été. Le vélo accélère, l’esprit s’égare, la voiture se rapproche, c’est la collision. Mon cousin est derrière, on ramène le pain. Je vois le cycliste, il se jette sur moi ! Black-out, nuits à côté de la ventilation, vélo explosé, dent cassée.

Un salon du livre. Parquet brillant, du monde, j’ai les dents de devant qui ressortent. Il y a longtemps. Je cours, je rejoins ma mère, m’étale. Je suis jeune, peur de rien. Le garçon tombe, la face en avant, des cris de stupeur. Grosse frayeur, mère en pleur, dent cassée.

Ancienne carrière, terrain d’escalade. C’est blanc, il fait chaud, je hais les limaces. Après-midi ensoleillé. Je grimpe, je m’aide d’une faille et « sprotch » une de ces horribles choses gluantes s’écrase sous ma main, je lâche tout. Sortie du club. Il prend la faille... mais... merde il lâche ! Souvenir amusant, un peu humiliant, toujours évoqué.

Devant la boîte à lettres. Dans la voiture du père, pas le permis. Je suis jeune, trop jeune. Virage trop serré, gagné, ça frotte, un bruit horrible, j’ai peur. Il fallait la pousser pour passer la tondeuse, mon père va me tuer. Un bruit de l’autre côté du jardin, c’est la voiture ! Plus de peur que de mal, l’assurance à pris en charge, j’ai le permis maintenant, j’arrive à faire des virages.

Circuit de kart, avec un ami. Jeunes survoltés, le reste, des gens calmes. L’automne. Grande vitesse, on me serre à gauche, ça pousse, je sort de la piste, plus de freins, arbre évité de justesse, ça aurait fait mal. En vacances chez le grand père. On dirait qu’il veut le pousser pour passer, il sort de la piste ! Aïe ! Ah non, ça va. Moment intense, colère immense, mais l’éponge est passé, un bon moment quand même.


D’un pas cadencé

Camille Combe

Un bureau de Gendarmerie classique.

Des figurines vantant les mérites de l’autorité et scandant « Pour rétablissement Thierry. »

Il fait chaud, août s’achève, le ventilateur est braqué sur ma tête, gênant agressif. Interrogé, mis sous pression pour une affaire inconnue.

Quel autre cadeau que celui d’être menacé de garde à vue le jour de son anniversaire, sans la famille pour souffler les bougies. Je suis face à lui, impuissant, incapable de lui faire comprendre qu’il s’agit de la pire coïncidence d’avoir envoyer un tel SMS le soir du délit.

La peur, peur de manquer l’entrée dans le secondaire pour un acte que j’aurais pu commettre si j’avais pu lancer un cocktail Molotov à 300 km de mon lieu de vacances.

Ma chambre, lit défait.

Un paquet de fraise Tagada entamé et des larmes sur la table.

La rentrée, sac de cours ouvert prêt à tout recommencer.

Je reçois ce SMS, une fin, la fin d’une histoire.

Je venais d’être de le perdre lui, je la perd elle.

Lui me regarde, me propose ses Dragibus, quelle meilleure chose qu’un bonbon pour soigner la tristesse.

Il me reste ce SMS, et l’heure marqué à tout jamais dans ma mémoire : 22h36.

Ma chambre, mon bureau et mon ordinateur.

Ou plutôt, ma chambre transformée par cette bouteille, ce magnum qu’on a tombé à deux, la vision comme celle d’un clip de Prodigy.

Boris Vian le disait si bien, je bois, systématiquement pour oublier.

Les cours sont lourds, mais rien ne vaut une soirée comme celle là.

Lui se marre, rigole, me voit partir, chanceler, tomber en tête à tête avec les toilettes.

Le noir, total, mais eux me le rappelle : « Une belle galette ».


Un club de Casablanca

Mourad Arbib

Un club de Casablanca avec piscine et transat.

Quand on y rentre ne peut pas en sortir pour manger ailleurs. On mange ici.

Été 2010, je m’en souviens, il y a moins d’un an.

Journée au top.

Bien mérité après avoir eu son bac et admis à SciencesPo.

Je me suis endormi au soleil alors que j’avais mis de l’huile. Trace de short sur les jambes.

Fou rire quand on y repense, le ridicule ne tue pas.

Parc Naturel de Yosemite en Californie.

On peut y tomber nez à nez avec un ours ou un puma.

Mai 2009, le 6 je crois.

L’un des plus beaux endroits où j’ai eu la chance d’aller.

Pas assez mûre pour savoir se tenir dans un lieu public en compagnie de mes potes.

Bataille de boisson dans le restaurant le plus fréquenté du parc. La classe !

À refaire, aucun regret, et d’ailleurs j’y retournerais !


Sans régularité particulière

Marion Darriere

Neuilly sur Marne, Les Gavroches, petites maisons mitoyennes, centre pour jeunes enfants placés par l’ASE. Premier pas dans le bâtiment aux murs anciens. J’étais en train de tomber amoureuse. Amour étrange, celui d’une atmosphère, d’une vie particulière, unique. Alors en doute sur mon avenir, je veux en faire ma vie.

Organisation d’un concours épique national au centre équestre du Bois Fleury. J’y étais invitée, participante. Coupe nationale en perspective. Des chevaux là bas, ici, partout. Des mamans priant pour la victoire de leurs enfants. Égocentrisme. J’ai chuté. Le saut d’obstacle s’est brisé. Perte de mobilité mais famille soudée. 1000 kilomètres obligatoires, exigés, indispensables entre moi et un cheval.

Florence… la table n’était pas propre et pourtant je persistais, têtue, à dessiner dessus. « Je suis enceinte, chérie. » Très difficile à comprendre. Père absent depuis longtemps. Le Soleil me frappait le visage. « Fait en sorte qu’elle ne ressemble pas à Annelyse. » Gifle. Père de retour, deuxième sœur encore plus géniale.

Bureau du proviseur. Cendrier vide. Exclue. Deux jours. Colère et rage m’ont envahi. Aucune présomption d’innocence car besoin d’un bouc émissaire. Interdiction d’organiser ma défense. Traumatisée encore, et toujours.

Sciences Po Paris Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

 

Hasard des pensées

Mathilde Saliou

Au bout de la passerelle. Il m’attend, de dos, les gens passent. Choc après l’attente. Deux jours que j’attendais. Comme deux amis qui se retrouvent normalement, pour un verre. Il n’avait pas tort finalement.

Retour dans l’immense salle à manger. Les volets fermés nous protègent de la chaleur étouffante. Surprise et rires devant les applaudissements. Célébration dune réussite par une bande d’idiots heureux, hors du temps. Joie d’un instant évaporée, détruite.

Cuisine amie et chaleureuse, lieu de vie. Toutes ces boîtes, ces affichent chinées qui encombrent et colorent les murs. Douceur inattendue d’une conversation sans garde fou. Une brune, une blonde, confidences d’une nuit d’été. Soutien sur et acquis.


Une once de nostalgie

Thomas Garabetian

Dans la salle sombre sur des sièges rouges.

Une vague odeur de pop-corn, des croustillements dans l’air.

Il y a quelques années déjà, surement cinq ou six.

Environnement saturé : lumière, son, le reste est épargné, tout est pourtant scotché.

Sortie en famille probablement un vendredi soir, euphorie collective moins un.

Ça fait whoua dans tous les coins, silence béat, l’assemblée est fan.

Moins fort maintenant, mais pas mal non plus, on l’oubliera pas ce râle.

Gladiateur style, cohue dans l’arène.

Odeur de bière, chaleur tropicale, impatience palpable.

J’étais alors plus jeune que je ne le suis.

Solitude aventureuse, virée entre amis, excitation de la nouveauté.

Une foule déchaînée, avide d’un quelconque sacrifice fusse seulement de l’énergie de quelques icônes.

Il en reste un tee-shirt, des souvenirs émus, un fierté considérable et un once de nostalgie.


Retour du lycée en bus

Romain Paderi

Retour du lycée en bus. Le chauffage trop fort rend l’atmosphère suffocante. Comme tous les soirs en rentrant des cours, notre groupe des quatre Cagnois était réuni. De cette simple question assassine et des réactions qu’elle suscita, je pris conscience de la naissance de la plus forte des amitiés. On avait quinze ans. Une telle amitié c’est rare. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.


Le charme de l’instant

Nicolas Ronan Thomas

Une rue, noyée entre des rangées de fleurs bourgeonnantes qui la font ressembler à un havre de paix paradoxal. L’arbre qui surplombe la rue penche dangereusement, comme ployé sous le poids de son âge vénérable. Il est seize heures, même si le temps n’a plus beaucoup d’importance. Je souris, serre ma bande d’amis pour une photo impuissante à capturer le bonheur qui s’évapore dans le charme de l’instant. Aujourd’hui, c’est le dernier jour de cours, la fin d’une année scolaire plus qu’amusante. L’œil interrogatif des passants s’attarde fugitivement sur la scène d’un groupe d’amis qui discutent chaleureusement au bord d’un trottoir défoncé. Avec le temps, l’intensité de l’instant resurgit, comme un poignard qui vient traîtreusement se planter dans une réalité par ailleurs trop cruelle.

Mexico sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

 

Sombre tunnel

Tom Richer

Ma minuscule cuisine

Avec la petite fenêtre du fond sans rideau, plus noir que jamais.

À la suite d’une après-midi de bonheur passé au soleil sur un terrain de foot Mère en fuite, atmosphère lugubre, ambiance plus qu’inhabituelle.

À 16 ans passés.

Le chauve raccroche le téléphone, prononce quelques mots en direction du plus jeune. Des larmes, de la tristesse, de l’impuissance mais surtout une injustice indescriptible.

Roissy CDG

Cette vitre devant moi, et l’expression comme un lion en cage prend tout son sens. Le père Noël va bientôt passer, après les degrés, ce sont les flocons qui tombent Une main qui tire une valise, un angle mort, et enfin son visage émerveillé devant moi, mais derrière cette vitre.

Après des mois d’absence, son premier retour.

Ils ont l’air heureux, amoureux, mais surtout très naïfs, l’amour ça dure jamais ! Le bonheur des des derniers instants d’attente, son sourire, l’émerveillement de redécouvrir son visage autre part que sur une caméra.

INF Clairefontaine

De la fenêtre du réfectoire des bois, un terrain de foot, des bois, un terrain de foot. Mais pourquoi regarder si loin alors qu’aimé Jacquet mange à côté de moi. En plein mois de Juin.

Mon plateau en main, encore des pattes, super ! Hey mais c’est pas Aimé Jacquet devant ?

13 ans, des rêves plein la tête, le 2e jour de stage, heure du repas après un test VMA qui m’a fait craché mes poumons.

Ils ont tous les yeux qui brillent, meurent d’envie d’aller lui parler, mais chuchotent tous les uns entre les autres.


Le combat a commencé

Pierre Losseroy

C’était une soirée vraiment agréable. Une maison pour nous, personne aux alentours, de l’alcool à flot, des filles, de la musique des gens biens. Le rêve, un décor classique. Et là, mon moment de bonheur intense ne se fit pas attendre, c’était Jean. Deux longs mois que je ne l’avais plus vu cet imbécile qui se fait passer pour mon meilleur ami. A cause d’un stupide séjour en Allemagne ou une connerie dans le genre. Les gens nous regardent de travers et se marrent quand on s’enlace et qu’on commence à se battre comme des enfants sur le tapis du salon. Cette fête c’était NOS retrouvailles officielles, c’est comme ça. Bon après on a fait tomber une lampe et casser une ou deux bouteilles à cause de nos cabrioles et de nos simulations de rixe. J’y repense à présent avec nostalgie, mais pas trop tout de même car le souvenir de cette mémorable gueule de bois d’un matin de juillet. On devait avoir l’air fin tout de même, tous les deux, complètement ivres, à rire comme des fous furieux pour n’importe quoi et à chahuter gaiement. Ah il m’avait manqué ce corniaud, je le reconnais. Ce fut vraiment une bonne soirée, tout le monde était bien frais, surtout vers la fin !


Le combat a commencé

Henri de Bouteiller

Paris, le Basile, annexe de Sciences Po, ou c’est peut être le contraire.

Tout le monde a une bière à la main, j’en ai deux.

1 mai, 2010, l’année dernière.

Afterwork d’une quelconque association, peu importe, la bière est moins chère, l’ambiance est bonne, insouciante.

Lendemain d’exposé, le dernier de l’année, jour de la finale du prix Philipe Seguin, bref on s’en fou.

Tout paraît fou, flou, les uns chantent, les autres dansent, on dirait un soir de match pourtant il n’y a pas de match ce soir, juste des étudiants bourrés.

L’alcool c’est bien, beaucoup c’est mieux, trop, c’est trop.

Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #10
Publié le 9 avril 2012
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Temps Mémoire Ateliers d’écriture Langage Poésie Absence Bonheur Traces Sensation






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter