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LIMINAIRE
Récit numérique collaboratif : à l’ère du web, le texte s’émancipe de sa forme


Le projet consiste en une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique que l’on peut suivre en ce moment même sur Twitter

On peut suivre en ligne le récit s’écrire en temps réel, en suivant cette liste sur Twitter :

Ateliers Sciences Po

Séance n° 7 :

Une silhouette entraperçue dans la rue, une personne qu’on croise et qui retient notre attention, attire notre regard, à partir de cette rencontre fugace qui lance l’action, imaginer quelques bribes de son histoire et transformer peu à peu cette personne en personnage dont le parcours dans la ville, d’un point à un autre, est décrit minutieusement comme filature et par incises régulières, emboîtement de notes, ouvrir le récit, en décrivant tous les lieux fréquentés, les gens croisés, les propos tenus, les gestes effectués, les rendez-vous manqués, les allers et venues, dans un mouvement inscrit dans l’espace et le temps. Une recherche suscitée par le désir où le point de vue fixe le jeu, l’aventure.

La grande filature, Danielle Auby, Champ Vallon, 1997.


Paris Gare de Lyon

 

 

 

 

 

 

 

 

Constance Fauquenot

Je sors du métro, l’esprit tranquille, j’ai l’après-midi devant moi. Un homme me dépasse et semble se hâter. Etrange, on est dimanche, Paris marche au ralenti, mais pas ce piéton. En proie à une curiosité dévorante, j’hésite à être correcte et poursuivre ma route, ou bien tenter une filature d’un parfait inconnu. Je ne suis pas correcte, je le suis.

Il prend d’abord l’avenue, slalome entre les piétons, les poussettes, les chiens tenus en laisse. Je l’imite. Il ne prête aucune attention aux immeubles, aux magasins, aux cafés, aux personnes en terrasse. Ce n’est visiblement pas un grand observateur. Je me concentre de plus en plus sur son chemin et mon champ de vision passe de la rue en entier à une large bande droit devant moi. Je le vois hésiter à un croisement, je me prépare à tourner à droite, mais il continue tout droit. Il presse le pas, j’accélère à mon tour.

Cette fois-ci, il tourne dans une petite rue à droite. Je sens qu’il se méfie, il a dû remarquer que je le suis. Je le dépasse et entre dans une épicerie, puis, une fois qu’il est passé, je le suis à nouveau, plus discrètement. Il continue tout droit, encore tout droit, il se rapproche de la rue où j’habite. S’il va jusque-là, je rentrerai, car je commence à me lasser de ne pas savoir pourquoi il est pressé et je n’arrive pas à me fixer sur une hypothèse suffisamment réaliste : il ne peut pas avoir un rendez-vous d’affaire, il n’a pas l’air d’être invité quelque part, il est juste pressé.

Arrivé à hauteur de ma rue, il tourne à gauche et dans un moment de lucidité, je décide qu’il est temps d’arrêter de suivre un inconnu. Je vais à droite et rentre chez moi.


Loan Santiago

Une trainée de tissu, des cheveux qui volent au vent. Les marches défilent, sombres, sales. Puis l’éblouissement, d’un coup. Rude remontée à la surface, les sens désorientés, c’est la crinière éclatante devant moi qui me guide. Petits pas rapides, accélération. Le feu piéton est passé au rouge, je n’ai pas su être aussi prompt.

Les hauts immeubles haussmanniens encadrent le boulevard. A quelques encablures déjà, elle se presse. Trottoirs, boutiques, couleurs. Route, voitures, mauvaises odeurs. C’est un défilé étrange, l’oxymore d’une rue parisienne. Je l’observe à bonne distance, elle semble perdue dans ses pensées. Elle regarde à peine les gens, les terrasses de café bondées, les gamins qui slaloment entre les jambes des grands. Son magnétisme m’attire. Je poursuis. Ce boulevard n’en finit pas. Je suis sur le point de me lasser. Je me prends à jouer l’espion, je marche discrètement, je longe les murs de pierre, m’arrête un instant, l’air de rien, face à une vitrine exhibant des produits du terroir. Quelques regards en coin, mon petit manège s’il n’a pas attiré l’attention de ma cible, loin devant moi, m’attire, je le sens bien, l’antipathie de quelques passants. Qu’importe !

Je reprends ma course.

Je ne la vois plus !

Elle a tourné à quelques rues. Je me convainc d’accélérer le pas, le souffle cours j’atteint le coin. Une impasse s’ouvre à moi. Des immeubles encore, avec des jardinets cette fois. Beaucoup de couleurs, de la verdure, des volets vernis. Une longue allée pavée. Un immeuble plus récent tout au bout. Vide. Où est passée sa chevelure ? Où sont passés sa démarche et le flottement azur de sa robe ? Les battements de mon cœur s’accélèrent, je me précipite, près à enjamber murets et fossés sur ses traces. Non. C’est mon imagination. Elle est entrée au numéro 7, a gravi les trois étages pour venir glisser une clef dans la serrure de la porte rouge de droite, a essuyé ses chaussures sur le paillasson avant de s’engouffrer à l’intérieur, gracieusement. Dans quelques minutes j’y entrerais aussi, l’embrasserais…


Geoffroy Lewandowski

Au détour d’un croisement, je l’ai vu. Elle avançait seule sur le Boulevard Saint-Germain, les bras chargés de sac de luxe. Elle n’avait pas changé, ses cheveux longs châtains se balançant toujours sur ses épaules.

Je me décidais de la suivre à bonne distance afin qu’elle ne me reconnaisse pas. D’un pas rapide, elle tourna vers le Boulevard Raspail et s’en alla vers Montparnasse. Cette filature se transforma pour moi en un grand jeu. Me cachant derrière une voiture, j’évitais son regard lorsqu’elle se retournait, rentrant dans une boutique, je m’assurais qu’elle ne se doute pas que je la suive. elle paraissait pressée, en retard, elle regarda plusieurs fois sa montre.

Je commençais à me lasser lorsque soudain elle prit une petite rue à gauche que je ne connaissais pas. Du coup, je préférais attendre pour être sûr de ne pas me découvrir. M’engageant enfin, je la revis au loin qui poursuivait son chemin toujours à la même allure. Me rapprochant d’elle, je ne vis pas qu’elle se retourna tout d’un coup. Pétrifié, mes membres ne répondirent plus. J’étais démasqué, il me fallait inventé tout de suite une excuse... Mais heureusement, elle ne reconnut pas et reprit sa marche comme si de rien n’était. Je décidais de faire plus attention et de laisser alors plus d’espace entre elle et moi.

À un nouveau croisement, la traque prit fin et ma mère monta dans une belle voiture qui s’en allait vers la place Concorde. Encore une fois, je manquais l’occasion de la revoir.


Paris Gare de Lyon

 

 

 

 

 

 

 

 

Mathieu Grasse


Vendredi 7h59 , boulevard saint germain. En sortant du métro, la tête dans le coton et le brouillard, je la croise, je croise son regard, ses yeux azur m’inspire. Son regarde m’interpelle, mais qui est-elle ? Je ne sais pas ou plutôt je ne sais plus. Ma fatigue avancée empêche toute réflexion. Comment est-ce possible de ne pas se souvenir d’elle ?Une chose est sure son visage ne m’est pas inconnu, il n’est pas familier pour autant. Je décide, sur un coup de folie, de la suivre. Quelle idée me diriez-vous ? Suivre en plein Paris une jolie fille peut porter à confusion. Le risque qu’elle se méprenne sur mes intentions est réel. Mais qu’importe elle comprendre (peut être). Après tout je ne ressemble pas a tout ces hommes ayant sombré dans la folie du détraquement sexuel.

Elle marche vite, très vite, presque trop vite pour moi. Elle semble pressée. La vitesse est-elle qu’il m’est quasiment impossible de me rendre compte que le clocher de l’église de Saint Germain des près retentit par huit fois. Elle traverse la rue, le feu est rouge, je m’élance et manque de me faire renversé par une voiture italienne rouge sur les pavés du 7e. Son conducteur est remonté, qu’importe, son bras d’honneur me va droit au coeur. Certains se sont exclamés, ont cru voir le pire sous leur yeux, mais elle rien, aucune réaction.

Café de flore, deux magots, merci pour le café serveur. Ma chemise change de couleur. Auriez-vous deux-trois … Pardonne moi mon ami je n’ai pas le temps pour t’écouter, certainement un sans-logis vu son apparence. L’allure se veut plus rapide, elle est certainement en retard. Son pas est rapide et déterminé. Je tente de suivre la cadence. Les boutiques de luxe ne me laisse pas le temps d’admirer leurs vitrines, à vrai dire je me concentre pour ne pas la perdre de ma ligne de mire. Je manque à plusieurs reprise le choc frontal avec les passants, sans m’en excuser. Cela en devient délicat. Je tente d’être discret, ce n’est pas ma qualité première, je me cache alors derrière mon écharpe avant de me rendre compte que cela attire plus l’attention que la discrétion. Elle ne se retourne pas, jamais. Enfin une pause, un répit. Le feu est une nouvelle fois rouge mais cette fois le balai des bus et camions ne lui laisse pas l’opportunité de risquer sa vie. Je fait alors mine de m’intéresser à la presse du jour, Le Figaro : Copé lamine Hollande, Libération : Hollande lamine Copé. Palpitant.Tandis qu’elle ne s’intéresse qu’a son téléphone. Retour sur mon objectif, ma cible, le feu est désormais vert. Elle traverse une première rue, puis une seconde, nous voilà Rue des saint pères. Elle ne prête pas attention au lieu, un lieu qu’elle doit certainement connaître sous dans moindres détails.Un taxi noir s’arrête, elle pénètre à l’intérieur. Grand désespoir et fin de l’histoire, je ne sais à l’heure actuelle qui elle est.


Côme Dartiguenave

J’errai près du Jardin du Luxembourg. La lumière était douce, le ciel clair et la chaleur tiède. Cette quiétude m’amena à m’asseoir sur le banc public, a côté d’un vieil homme qui lisait nonchalamment son journal. Pendant, je ne sais combien de temps je m’adonnai à son activité favorite, l’observation. Il faisait partie de ces gens qui voient tout sans jamais se faire voir. J’écoutais tranquillement ma musique perdu dans mes pensées quand l’air changea tout d’un coup. L’odeur du parfum me saisit tout entier. Il était sensationnel, indescriptible, un mélange original d’odeurs capables de vous réveiller, de vous surprendre de vous charmer. Cet air nouveau et fruité me tira de ma léthargie. Je me levai presque instinctivement à la manière d’un automate et commença à le suivre.

Je ne compris pas tout suite qui était à l’origine de cette sensation si étrange. Je marchais, suivant l’odeur envoutante que la personne laissait derrière ses pas. Soudain je la vis. Sa chevelure brune ondulée n’était que mouvement. Ses cheveux, rebelles ne semblaient pas s’inscrire dans un sens prévu, dans un ordre agencé. Chacun d’eux exprimait sa singularité par une position inédite, mais tous se mêlaient pour former un ensemble harmonieux. Elle me faisait penser à une lionne. Elle dégageait une sorte de noble sauvagerie. Elle était vêtue d’une veste en cuir noir cintrée, d’un mini short en jean déchiré qui mettait en valeur ses longues jambes encore surélevées par des talons de 5cm. Elle tourna à l’angle et commença à descendre le boulevard saint Michel.

Je ne sais combien de temps je la suivis ainsi, 20 minutes peut être 30. Arrivée à la Place Saint Michel, elle tourna à gauche et longea les quais. Je m’efforçais de conserver une distance raisonnable ayant dès lors pris conscience du caractère déplacé de mon observation. Comme si elle avait compris, elle s’engouffra dans une petite ruelle sombre, la rue Séguier. J’hésitai quelques instants voyant dans cette ruelle un menace pour ma couverture tant les passants y son rares. Mon envie était irrépressible. Alors que j’étais sur ses pas, elle pris son téléphone et appela quelqu’un. Tension. S’était elle rendu compte de ma présence appelait elle quelqu’un pour lui venir en aide, était-ce son copain, son père ou sa meilleure amie ?

J’avançais toujours et personne ne venait m’embêter. Elle remonta la rue Saint André des arts et se retourna brusquement. Je baissai les yeux pour ne pas croiser son regard, il me semblait qu’elle me dévisageait. Finalement, elle reçut un texto et s’installa dans le café de Buci. Je compris à quel point j’étais bizarre, ma course étant interrompue brutalement. Las, un peu perdu, je décidai cependant de m’installer de dans le bar d’en face. Elle sortit son paquet de Marlboro et alluma une cigarette. Je pouvais enfin découvrir son visage. Sa peau bronzée mettait en valeur ses yeux bleus mer. Ses lèvres fines étaient sensuelles. Elle ne semblait pas maquillée, soulignant encore cette nature féline. Soudain, elle sourit, se leva et s’avança. Elle embrassa longuement le garçon que je méprisais déjà tant je me sentais ridicule d’avoir suivie sa copine. Je décidai de partir, passant devant eux, le garçon qui s’était retourné m’appela : Côme, Côme. Je me retournai : j’avais suivi la copine de mon frère. Faisant mine de n’avoir rien entendu, je partis en courant sous son regard perplexe.


Khadijah Felvia

Cette journée s’annonçait épique. Point le temps de flâner, il fallait se dépêcher. L’enjeu était important, il devait prêter serment. Impossible d’y échapper, une promesse est une promesse, je devais l’accompagner. Dans ce train étrangement vide, un parfum m’enivre. Dans le wagon, un apollon, mon cœur ne fait qu’un bond. Ce n’était pas la première fois que je le voyais et que je l’observais. Toutefois je sentais que c’était aujourd’hui ou jamais. Il sort à Saint-Michel, emprunte les escaliers. Sa direction est opposée à la mienne mais qu’à cela ne tienne je vivrai avec lui cette journée. A la terrasse d’un café il s’installe, de façon mécanique ouvre le journal. Après une heure de lecture, il s’en va à vive allure. Direction la Seine, les vitrines s’enchainent. Si la cadence est imposée, le regard est libre et je peux admirer toutes ces œuvres d’art. Sur le Pont des Arts, il s’arrête. Je n’ai qu’une idée en tête : graver ce jour, son nom et le mien. Trop timide pour lui parler je reprends cette course effrénée. Dans les jardins du Louvre, il faut que mon cœur s’ouvre. Dans ce petit coin de verdure, finit la filature. Prenant mon courage à deux mains je lui déclare ma flamme, il sourit et me dit : as-tu déjeuné, il est midi ?


Adam Chour

Je marchais. Ou plutôt j’avançais un pied puis j’avançais l’autre. Machinalement. Perdu dans mes pensées, rien ne venait me troubler dans ma cogitation. Ni les bruits de la rue qui s’agitent, ni les figures idiotes des personnages idiots des affiches publicitaires tout aussi idiotes. Rien. Rien, sauf elle. Il y a des personnes comme ça qui paraissent ordinaire, insignifiante, voire presque banal au commun des mortels. Et pourtant, vous, vous seul semblez percevoir une aura flamboyante qui les entourent et qui vous aveuglent de son éclat.

Je croisai son regard. Je la dévorai des yeux, elle me jeta un coup d’œil insignifiant. Remarqua-t-elle seulement mon existence ? J’en doute. Je la suivi du regard, incapable que j’étais d’en détacher les yeux une seule seconde. Pas à pas, elle s’éloignait. Et je restais ainsi à l’observer, pétrifié telle une statut de marbre. Lorsqu’elle parut atteindre un point tel que ma vue fatiguée ne pouvais plus la distinguer, mes jambes, mes pieds, machinalement, suivirent son mouvement. Irrésistiblement entrainer, comme un papillon par la lumière, mu par une force quasi magnétique, je suivais ses pas. Doucement, inconsciemment, fermement.

Elle se dandinait au milieu des passants, tel un paon au milieu des poules. Oserais-je vous la décrire ? Non, figer ses traits dans une description hasardeuse plongerait sa grâce dans une frêle fresque statique et fade ; or elle était dynamisme, elle était vitalité, elle était vie. Oserais-je alors vous dire qu’elle était belle ? Non, la beauté est relative tandis que son charme est absolu. Mon geste, ce geste de pervers vicieux et frustré ne m’apparaissait absolument pas comme tel sur le moment. Sur le moment, plus rien ne m’importait. Le monde semblait plongé dans une irréalité sourde. A vrai dire, je ne distinguais plus grand-chose de ce qui m’entourait. Ni des visages que je croisais, ni des regards, ni des expressions. Ni des magasins bondés, des affiches innombrables, des paysages pollués, des voitures pressées, des immeubles crasseux, des caniveaux… Rien. Tout ne représentait que gêne, qu’obstacle : je désirais détruire tout ce qui s’interposait entre elle et moi.

Et puis tout à coup, un gong résonna dans mon esprit. Misère, mais qu’est ce qui m’arrivait ? Que faisais-je ? Toute la puérilité, la futilité, la sottise de mon geste me sauta au visage. Douche froide. Réveil brutale. Et par après un dernier coup d’œil à celle qui m’avait ensorcelé de la sorte, je tournai le pas, honteux et confus, à la première intersection.


Porte-fenêtre à Melun

 

 

 

 

 

 

 

 

Hadrian Lafond

Je sors de mon immeuble et je me retrouve sur le trottoir d’un grand boulevard parisien aux alentours de 23h. Seule la pleine lune et les lampadaires nous permettent de distinguer notre environnement. Cette atmosphère effrayante me fit frissonner alors même que j’étais seul dans l’avenue. Quelque secondes plus tard, j’entendis des pas qui se rapprochaient. Il s’agissait d’un homme vêtu d’un manteau noir, d’un chapeau et de lunette de soleil alors même qu’il faisait nuit. Je m’imaginais qu’il pouvait s’agir d’un sosie d’Arsène Lupin, le célèbre gentleman cambrioleur. Je remarquais qu’il tenait une pince dans son bras droit. Pourquoi tenir cet outil à la main en plein Paris avec une telle tenue ? Ma pensée se fixa sur cet homme tant il me paraissait étrange. Etait-il le malfaiteur le plus recherché de France ? Voilà quelque chose d’intriguant !

J’eus l’idée de le suivre. J’accélérais le pas pour tenir la cadence mais sans s’approcher trop prêt de cet inconnu pour ne pas éveiller de soupçon. Je faisais semblant de m’intéresser aux vitrines qui bordaient la rue. Seul le café Flore m’intrigua réellement. Je n’avais pas l’habitude de voir ses tables vides. Ceci me donna une impression de fin du monde tant la terrasse de ce café est habituellement vivace. Après quelques minutes, il s’arrêta au coin d’une rue, je me stoppa net. Je fus pris d’une frailleur indescriptible, j’eu envie de fuir mais je restais malgré tout sur place. Il se retourna ! Qu’allait-t-il se passer ?

Il se rapprocha de moi. Apeuré, je recula de deux pas puis il me dit : « Que cherchez-vous ? ». Après avoir repris mes esprits, je lui répondis que je rentrai chez moi. Il partit sans un dire un mot, à travers son visage je vis bien qu’il ne fut pas convaincu de ma réponse. Je me demanda : « Mais pourquoi l’ai-je suivi ? ».


Sophia Kissa

Il est 9h13, je sors de la bouche de métro en me faufilant entre les usagers. Je suis en retard, je dois faire vite. Je ne prête attention à personne, je fonce. Mais un homme réussit à m’interpeller. Je l’aperçois seulement de dos. Il marche d’un pas rapide et déterminé et ne se retourne pas. Il porte une veste noir et un jean délavé. Cette silhouette me perturbe, j’en oubli même mon retard et le lieu vers lequel je me dirigeai. Je le suis en espérant qu’il se retourne. Je ne le perd pas du regard, de sorte que j’aperçois seulement quelques arbres, un rangée de grands immeubles parisiens et quelques passants. Certains râlent parce que je ne regarde pas où je marche. Cet homme ne cesse de m’intriguer. Une multitude de questions s’imposent à moi. Plus le temps passe et plus mon champ de vision se rétrécit pour se focaliser sur cet homme. Tout ce qui m’entoure devient obsolète J’aperçois tout de même un parc, au loin. Un flot de souvenirs s’impose à moi. Je me revois enfant, jouant dans ce parc, avec mes amis. L’un d’entre eux est d’ailleurs parti subitement de la ville. Je sors de mes rêveries pour me concentrer uniquement sur cet homme. Lorsque mon regard se pose devant moi, une femme a prit sa place. Il s’est détourné de mon chemin, sans que je ne m’en rende compte, me laissant seule avec mes interrogations.


Quentin Corzani

Il est 12h00 je suis sur le quai de la ligne 4, en août une belle journée, avec mon groupe d’intégration nous venons d’aller manger dans un petit parc. Le métro arrive, nous entrons et nous nous installons sur les strapontins. Un homme est assis en face de moi. Il lit le canard enchainé, je ne lui prête pas de grande attention pour écouté la conversation qui animait mes camarades. Nous passons quelques stations. L’homme en question abaisse son journal et range ses lunettes. Un de mes camarades le regarde avec insistance. Je suis son regard et j’ai l’impression de bien connaître ce visage, oui je le connais, ou plutôt je le reconnais, c’est le célèbre et polémique présentateur de télé Eric Zemmour. Nous le regardons, il nous adresse un sourire et regarde le paysage par la fenêtre. La conversation reprend son cours. Le métro s’arrête à Odéon. Le présentateur descend, je m’excuse auprès de mes camarades en leur expliquant que j’aimerais passer à Sciences Po, ils me font judicieusement remarquer que nous venons de passer Saint-Germain-des-prés. Je prétexte un oubli. En réalité ej ne sais pour quelles raisons mais une force irrésistible me pousse à suivre ce curieux personnage tant décrié.

Je descends sur le quai, je prends garde à mettre une certaine distance entre nous, j’évite de me faire remarquer et me fond dans le flot des Parisiens. Nous montons les escaliers, malgré les le va et vient de personnes autrement plus occupées j’arrive à le suivre du regard. Autour tout est flou, je braque ma vision sur cet unique point qu’est le présentateur. Nous ne sommes guère loin du Boulevard Saint Germain. Nous pouvons voir sur une place une foule d’élève avec des tee-shirts blancs avec des écritures aux feutres. Mon attention se détourne de ma cible cette attroupement m’intrigue. Je comprends par la suite que ce sont des premières années de prépa scientifique qui répondent aux bizutages de leurs ainés.

Je panique, je ne me suis que trop attardé à regarder la scène, j’espère qu’il ne m’a pas vu regarder béatement. Qu’il ne m’a pas reconnu. Peut-être l’ai-je perdu. Je regarde autour de moi. Je vois sa petite forme autour au loin. Je marche vite pour le rattraper tout en restant à distance. Je commence à avoir vraiment chaud. Nous sommes à hauteur de la station Saint-Germain. Je voix la tour Montparnasse. J’imagine la chaleur dans les bureaux de cette tour. Nous poursuivons notre marche non loin de Sciences po. Les boutiques qui défilent, Cartier, Dior, Ralph Lauren, Jean Charles de Castelbajac, etc. Mais aussi les cafés de l’autre côté, café de Flore, les Deux Magots, le Bonaparte. Dans ce grand boulevard haussmannien. Blanc. Froid je dirais même car à la blancheur s’alterne la transparence des vitrines. Même les hommes paraissent froid, ils sont blanc ou noir, serveurs ou hommes d’affaires. On se sent tout petit au milieu de tous ces adultes responsables. Mince, perdu dans ma rêverie j’en oublie l’objet de ma digression initiale. Il se dirige vers les ambassades plus loin sur le boulevard. Je le suis jusqu’à ce que la force des choses m’arrête. Le voila entré dans l’ambassade américaine…

2 commentaires
  • Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #7 24 mars 2012 09:23, par Amira

    Je me suis amusée à suivre la contrainte. http://tasvouluvoirlamer.midiblogs.com

    • Ecrir au quotidien 24 mars 2012 11:03, par Pierre Ménard


      Sabine, merci pour cette participation à distance, c’est toujours un grand plaisir de voir ces ateliers d’écriture proposés en ligne, tels qu’ils le furent au tout début de mon activité d’ateliers (avant d’être compilé dans un recueil diffusé sur Publie.net) être investis ainsi et voir naître par leur intermédiaire des textes nouveaux. L’atelier c’est une activité d’échange et de partage, on a par fois du mal à imaginer qu’elle soit possible sur Internet, avec la distance justement, mais je crois le contraire. Les deux sont liés. L’un prolonge l’autre. Et c’est très bien. Et merci encore.

      Voir en ligne : Liminaire

Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #7
Publié le 22 mars 2012
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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