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LIMINAIRE
Récit numérique collaboratif : à l’ère du web, le texte s’émancipe de sa forme


Le projet consiste en une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique via Twitter.

Séance n°2 :

Atelier n°1

Une image, un texte. Une image et son texte en écho. Décrire ce que l’on a vécu et ce que l’on voit sur l’image. Un ensemble de textimages, de photobiographies.

Claire Legendre, Jérôme Bonnetto, Photobiographies, Hors Commerce, 2007.

Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Mathieu Grasse

Neige

Photo neigeuse - photo heureuse ai-je envie de dire. La neige, la neige, nous en entendons parler énormément ces derniers temps. Certains la redoute, d’autres, l’adorent… c’est mon cas. Je l’aime tellement que plus jeune dès les premiers flocons (parfois en novembre dans ma région) j’accoure dehors pour en profiter. Bien évidemment ce temps est révolu ; premièrement Paris et neige ne semble pas faire bon ménage mais aussi et surtout parce qu’en grandissant jouer dans la neige ne semble plus adapté. Retournons quelques années en arrière et imaginer moi jouer dans l’abondante neige. Saisissez cet instant , un instant où un enfant de 6 ans profite de ce moment unique et vous obtiendrez cette photo. C’est l’une de mes photos favorites puisqu’elle marque mon insouciance de l’époque. Elle est d’une simplicité déconcertant puisqu’on m’y voit équipée comme pour dévaler les pistes de ski fier de mon bonhomme de neige. Un bonhomme de neige de compétition ( écharpe – gazon pour les cheveux – carotte pour le nez – pierres pour les yeux ).

Noël famille

Quoi de plus classique qu’une photo de famille. Il est de tradition dans ma famille de nous réunir dans le fraicheur hivernale autour d’une bonne table pour le réveillon de Noël. Il est de coutume d’immortaliser ce moment de joie et de partage. Depuis des années aucun Noël n’échappe à cette règle qui semble indestructible. N’étant pas spécialement photogénique, j’appréhende ce moment. Peut-être car chaque année ce cliché m’offre un cadeau personnel : les yeux fermés, la bouche ouverte, et bien d’autres postures bien plus gênantes. Cette année j’ai décidé de me concentrer pour ne pas paraître une nouvelle fois ridicule et subir les moqueries lors des 11 prochains mois et 30 jours. J’ai lutté, mais obtenu gain de cause. Quelle joie d’avoir une pose normale… pour une fois.

La classique photo de famille (elle qui est au dessus de nos cheminées) avec un large sourire de la part de tous ceux qui y apparaissent.

Joie

J’ai tendance à estimer que les plus belles photos sont celles qui sont le plus naturelles. Pour se faire les photos instantané sont certainement les plus efficaces. Un décor paradisiaque, un bronzage de rêve ( rien à voir avec actuellement ) , des amis , quelques verres au compteur... Quand tout à coup un personnage local muni d’un appareil de haut vol (un appareil photo jetable en réalité) vous prend en photo. Votre première réaction est évidemment de vous demander mais pourquoi fait-il cela ? Il nous donna rendez- vous le lendemain pour récupérer la photo, dont nous ignorions encore à a cet instant le contenu. Celui ci vous vendra ce cliché ( que nous tenions absolument récupérer sans trop savoir pourquoi ) une fortune … mais la photo est magnifique. Magnifique nécessairement en raison du décor puisqu’a vrai dire sur cette photo ne submerge que les visages de mes amis et de moi même. Le reste… le paysage Cubain comme on l’imagine (celui des cartes postales disons le nous) : sable plan, cocotiers, soleil… et l’eau bien calme. La petite touche de cette photo et ce qui en fait son charme : un de mes amis affalé sur un transat cigare à la bouche.


Quentin Corzani

C’était au mois d’août, à Marseille au début d’une fraiche matinée, à une centaine de mètres de la côte, je voyais la ville doucement s’animer, ou plus justement je dirais que je l’imaginais s’animer. Il faut la voir entouré de valons, sur le fond d’un ciel bleu pâle, et la lumière du soleil gagnant progressivement du terrain, recouvrant la ville tout entière resplendissante de couleur et laissant le reste dans l’ombre, bordé par la mer d’un bleu profond, qui semblerait presque l’assaillir. Cette masse, presque lisse, entrecoupée des grands paquebots, des voiliers, ou petits bateaux de pèches. Grands paquebots dans lequel je me trouvais, et d’ailleurs, tout excité à l’idée de retourner une fois de plus en Corse, là ou le coup de foudre de mes parents pour cette île me porte depuis tout petit. De multiples sensations me traversaient : je voyais déjà le maquis, la chaleur qui nous caresse, la mer, et ses êtres vivants, les odeurs marines ainsi que celle renvoyé par la densité végétale qui nous entourent partout où nous allons. Le silence étouffé entre 12h00 et 16h00. Enfin la soirée fraiche, ou parfois un oiseau lâche un cri dans la montagne auquel répond un autre oiseau par un même cri plus loin dans la vallée. C’était ce départ de me voir éloigné des côtes, ces sensations que je ressasse et qui devenait si rituel pour moi que j’ai symbolisé en prenant cette photo, sur l’immense paquebot, dont la stupéfaction de sa hauteur est toujours aussi vive. Je me souviens bien que les rafales de vents me frigorifier, et me faisait craindre de lâcher mon appareil du haut du pont, adossé à la rambarde d’où j’avais conscience des dizaines de mètres qui me séparaient des grands fonds. Je me rappelle aussi avoir conscience des mes frères qui m’entouraient, je sentais leur présence. Enfin, J’ai l’image d’une masse blanche que je voyais du coin de l’œil, que j’imaginais derrière moi et qui n’était d’autre que le bateau m’emmenant enfin vers l’île.

C’était au mois de septembre, chez une amie, enfin plus exactement avec une dizaine d’amis peut-être plus, nous étions sur le trottoir en fasse de chez cette même amie. Il faisait encore chaud, l’été se prolongeait. Mes amis étaient assis, je venais juste de me lever pour prendre la photo avec mon portable parce qu’il me semblait bien qu’elle représenterait quelque chose. C’était dans la rue, à minuit peut-être, où l’éclairage public brisait l’obscurité et donne une aura jaune dans la photo. Nous étions tous très heureux, tout le monde souris, nous rigolons, ils bougent sur le trottoir me rendant la tâche difficile de prendre une photo où l’on puisse accorder une ressemblance avec les protagonistes. Cette photo se déroule au cours de la première de nos soirées lycéenne, dont va découler de nombreuses autres et toutes leurs expériences. Pour le moment notre folie consiste seulement à s’amuser dehors, à minuit où la prise de conscience de notre propre liberté c’est ressenti toute cette soirée. Je me rappelle encore très bien de notre état de légère ébriété ce qui doit d’ailleurs rendre une ambiance joyeux sur la photo.


Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam Chour

« C’est un trou de verdure, où chante une rivière


Accrochant follement aux herbes des haillons


D’argent, ou le soleil de la montagne fière


Luit, c’est un petit val qui mousse de rayons ».

À l’évocation de ces fameux vers de Rimbaud, une image - prise furtivement, presque au hasard au détour d’une route - riche de sens et de souvenirs, resurgit dans mon esprit. Souvenirs de ces nombreuses journées passées, sous la chaleur estivale, au milieu des collines et des vallées, au sud de mon Liban d’origine. L’image, la photo qui s’impose à moi est en soi extrêmement simple, et ne se distingue à première vue par aucune originalité. Un palmier, sur le bord de route, dominant majestueusement une profonde vallée s’étendant derrière lui. Un panneau de signalisation, que manifestement personne n’a jamais respecté, trône misérablement à ses côtés. Au premier plan, une route, goudronnée et sale. Contraste entre nature et artifice, entre beauté et laideur, elle représente à mes yeux tout ce que ce petit pays, dans son éternelle complexité, a de caractéristiques.

Le plus bel avantage de la photographie repose évidemment dans cette formidable possibilité qu’elle nous offre, celle d’immortaliser à jamais des moments, des lieux, des visages. Elle nous permet de défier le temps, et vaincre les affres de la mémoire et de l’oubli. Je crois que j’ai toujours beaucoup trop négligé cet aspect. Ce qui fait que les rares photos que je n’ai jamais prises ont d’autant plus de sens et d’importance à mes yeux. Une autre photo, se référant à une toute autre ambiance, me vient également à mes yeux. C’était l’année dernière, dernier jour de cours, dernier jour au lycée, dernier jour avec des amis avec lesquelles j’aurais passé tant de jours. Il fallait marquer le coup, essayé de résumer en une photo, les personnalités de chacun. C’est un superbe cliché qui émergea de tout un groupe, tout ces visages, ces mines plus ou moins heureuses, plus ou moins surprise, ces regards plus ou moins naturels, ces postures plus ou moins drôle.


Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Constance Fauquenot

Il faisait froid, un froid qui vous glace en un instant, et le vent ne faisait qu’empirer les choses. Malgré le froid, elles se tenaient là, heureuses et souriantes, emmitouflées dans plusieurs couches de vêtements, le visage enfoui dans une écharpe et dans une capuche. Deux sœurs pour qui le froid le froid ne gâchait pas la joie des retrouvailles. En dépit du temps qu’il faisait, elles rayonnaient. Peut-être était-ce dû aux capuches rouges, toutes deux bordées de fourrure, ou aux cheveux blonds vénitiens qui dépassaient, ou encore aux joues bien rosies par la température ; en somme, aux couleurs vives qui contrastaient avec l’air environnant. Quoi qu’il en soit, leur bonne humeur est encore visible à travers les larges sourires qu’elles arborent sur cette photo.


Hadrian Lafond

Je marchais avec un ami sur une plage de l’île des pins. Ce lieu paradisiaque se situe en Nouvelle-Calédonie où j’ai eu la chance de vivre trois ans. Peu après le lever du soleil, la mer est encore calme et de nombreux animaux grouillent sur la plage. A un moment donné, nous croisâmes un crabe très courageux qui n’hésitait pas à nous faire front en sortant ses pinces. Pour immortaliser cet acte de bravoure, j’ai voulu le prendre en photo. J’ai choisi de vous présenter cette photo car mes préférées sont celles où il y a un gros plan sur un animal, une fleur, ou un objet.

En ce qui concerne la deuxième photo, c’était au mois d’août de l’année passée. Je suis parti une semaine à Barcelone avec trois amis. Durant notre découverte de la ville, nous avons visité le grand marché couvert de la ville que tous les guides touristiques nous conseillaient de ne pas manquer. Nous n’avons donc pas enfreint la règle. En y entrant, je fus surpris par la vie humaine intense telle une fourmilière humaine. Mais le détail qui m’a le plus impressionné fut la beauté des étals des marchands. La grande diversité de fruit qui y était exposée créait un dégradé de couleur tel un arc-en-ciel. Je ne pus m’empêcher de sortir mon appareil photo pour en garder un souvenir intacte.

Pour la dernière, c’était au début de l’année 2011. J’ai vécu deux mois en Australie, plus précisément à Sydney. Pour profiter au maximum de l’été australien et de ces belles plages, on faisait du volley presque chaque après-midi. Malheureusement, l’état de notre ballon se dégradait de manière inquiétante au point qu’il se déchira. Le plastique interne finit par s’extraire en partie de sa coque. Face à la forme comique prise par le ballon à la suite de sa déchirure, je ne pouvais pas résister à la tentation de le prendre en photo. En effet, ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un ballon avec une telle forme !


Andréas Dieryck

Je tiendrai, en préambule de ces récits, à préciser le dégoût que j’éprouve en général pour les photos : un instant T, d’une objectivité glaciale, ne reflétant ni l’atmosphère ni les sentiments qui s’écoulent à travers le cadre. Et pour ce, je vais m’efforcer de rendre mes photos aussi vivantes qu’elles le sont.

La première photo est celle d’un gosse de 3 ans, avec ses parents, son frère, sa soeur. Comme tout enfant à cet âge encore bien reculé, celui-ci, habillé d’un gris anthracite assorti aux nuages qui recouvrent le ciel, use sans pitié de liquide lacrymale, afin justement d’attiser la pitié de ses aînés. Ceux-ci, justement, sourient, et n’en ont que faire de cette tête à claque impitoyable. Souriant à l’objectif Kodak, ils sourient à la ville et à la grande tour qui s’est élevé il y a un siècle derrière eux. Sauf Madame. Oui, Madame a l’air de parler. Elle semble même prononcer un “o“ ; et tentant de retrouver se phrase, je dirai à tout hasard qu’elle disait : « c’est beau le Trocadero ». Mais ceci est pure spéculation, parce que l’enfant que j’étais pleurait. Parce qu’il était trop petit, trop petit pour voir la grande tour de fer, trop petit à cause du muret. Mais ce que ne raconte pas cette photo, c’est l’émerveillement et la stupeur qui habitait les yeux de l’enfant, une minute après.

Felvia Khadijah

Par ce froid polaire, je me remémore cette photo prise par un inconnu peu avant mon départ pour la France. Bien que le soleil des Antilles me manque, la chaleur de ce souvenir suffit à elle seul à me réchauffer. Par une belle journée du mois de juillet, comme à son habitude, mon père nous proposa de l’accompagner à son travail. Marin de profession, il a pour rôle de transporter des passagers sur les îlets de la baie du François. Accompagner de ma sœur et de ma meilleur amie nous partîmes avec lui pour une journée qui s’annonçait pleine de surprise : baptême du rhum à la baignoire de Joséphine, mets délicieux à déguster. Une fois, sur le bateau, la séance photo pu commencer. Rivalisant d’inventivité dans les poses que l’on pouvait prendre, la plus belle de toutes reste la photo suivante. On pouvait y apercevoir en arrière-plan le contour de la côte de mon île natale. Le ciel d’un bleu azur et sans nuages se reflétait dans la mer turquoise sur laquelle on voguait. Les sourires qui illuminaient nos visages n’avaient rien à envier au soleil qui nous éblouissait. Cheveux au vent nous savourions notre traversé de la baie. Cette photo se trouve aujourd’hui dans ma chambre et chaque fois que je me sens triste je la regarde pour me remonter le moral. En effet, si ce n’était cette photo, cette dernière journée avec ma meilleure amie n’aurait continué à exister que dans mes rêves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La seconde photo dont je voudrai vous parler est une photo de deux hommes. Deux hommes debout. Et aussi peu Narcisse que je puis être, je dirai que l’un des deux personnages de cette fascinante photo est moi-même. Et aussi grandiose que cela puisse paraître, le second est Alfred Dreyfus, capitaine juif dont tout le monde connaît l’histoire. Si mon dégoût pour l’instant T est profond dans le domaine de la photographie, je ferai exception pour cette photo. Deux hommes debout. Dans une cour. Accessoirement, celle du musée de l’art juif. L’un faisant 4 mètres de haut, figé dans une statut aussi étrange que belle, telle que sorti des fonds marins. L’autre mesurant 1 mètre 70, désinvolte. Le regard : le petit vient jeter un regard au grand, qui ne lui répond pas. Personne autour, un désert de pavé aligné, fuyant vers leur ligne d’horizon. Les murs , blancs, façon Paris. Tout est fait dans ce cadre pour que nos regards s’évanouissent sur ces deux personnages, à une quinzaine de mètre. Dans ce paysage, ils ont comme l’audace de se lever. L’un a l’allure militaire, l’autre s’adonne momentanément à une nonchalance remarqué.


Côme Dartiguenave

J’ai l’habitude de passer mes vacances à l’île d’Yeu quelque soit la saison. Ainsi, il m’est arrivé plusieurs fois de me retrouver coincé sur cette île en plein hiver, sans amis, sans activités, sans rien ne pouvoir faire.

Lorsque le vent vient du Nord, il balaye la côte avec une force inouïe. Arrogant, il impose à tous ceux qu’il croise de se courber sur son passage. Les arbousiers, qui ornent la dune, le sable qui s’en va à son arrivée, les herbes, jusqu’aux immenses pains saluent docilement sa majesté. Sur les mâts des catamarans entreposés sur la plage, les haubans claquent comme une sorte d’applaudissement, le tonnerre gronde, rien ni personne ne semble pouvoir résister à cette puissance impériale. Les deux prétentieux qui assistent au spectacle ne sont pas en reste, peinant à avancer dans le sens contraire à celui imposé, le ciel presque noir les menace, comme un avertissement. Quelques algues prennent leur envol. Dans ce tableau, deux éléments seulement perturbaient l’hégémonie, la domination qu’exerçait le vent sur tout ce qu’il croisait. La mer se rebellait, sa couleur, si pure d’origine, était verdâtre, imprégnée d’algues, de sable, de bouts de bois… sa rage était visible, l’écume qu’elle recrachait sur la côte en était la démonstration. Le claquement des vagues sur les rochers sombres était comme un rugissement, que le vent faisait résonner sur la côte, faisant fuir les deux mouettes qui s’étaient invitées au spectacle.

Un homme, plus courageux ou plus inconscient que n’importe qui d’autre provoquait les deux éléments. Sa voile jaune se voyait de loin, sa planche sous ses pieds fendait les eaux. Cette arrogance, me semblait-il, déchaina davantage ceux qui manifestaient déjà une colère que rien ne semblait pouvoir calmer. Vent et mer, qui étaient en guerre il y a quelques instants s’étaient alliés pour vaincre cette personne qui leur faisait ombrage, le seul qui leur résistait dans tout le paysage. Les vagues grossissaient, le vent forcit. Le planchiste, indomptable allait désormais si vite que lorsque je pris la photo, il était entre ciel et mer, hors d’atteinte.

J’étais fasciné par ce tableau apocalyptique. Tout était d’une extraordinaire violence. J’étais en admiration face à cette beauté naturelle, à cette puissance indomptable. Pour nous, qui nous sommes accoutumés à tout contrôler, un tel spectacle est un rappel à l’humilité car nous pouvons bien peu de choses face à la fureur des éléments.


Sophia Kissa

Je pense à cette photo prise il y a quelques jours de cela, entre deux cours, dans un moment d’ennui totale teinté d’une paresse irrémédiable. Nous avions mieux à faire Sarah et moi. Mais nous voilà assises à la cafétéria du 56 rue des saints-pères avec une seule question en tête : qu’allons-nous faire pour combler ces deux longues heures ? Nous regardions les personnes autour de nous travailler, tentions de les imiter, mais en vain. Après avoir fais le tour de Facebook au moins 8 fois et vérifier notre entg une dizaine de fois nous nous sommes décidé à immortaliser ce moment. Rien de très artistique, ma webcam fera l’affaire. Et nous voilà lancé à la découverte des fonctionnalités de cette webcam et des différents effets qu’elle propose. Les éclats de rire fusent face à ces photos toutes plus ridicules les unes que les autres. Une retient particulièrement mon attention. Nous avions sélectionné un effet qui ne nous mettait vraiment pas à notre avantage. Sur cette photo nous rions à gorge déployée. Les élèves studieux qui nous entourent en ont visiblement assez de nous, mais peu importe nous n’arrivions pas à contenir ce fou rire. En la regardant ce matin pour effectuer cet exercice je ne peux m’empêcher de sourire. Cette photo me rappelle, au delà de ce fou rire, un joli moment d’amitié et de complicité.

Une autre photo me vient à l’esprit. Nous sommes au mois de juillet 2010 , je suis aux États-Unis chez une amie. Nous avions passé quelques jours dans un endroit appelé « Lake Tahoe ».


Christina Venard

La photographie. C’est un art qui me plaît beaucoup mais que je ne pratique pas vraiment. La photographie. Ca me rappelle une photo que j’ai prise il y a de cela près de deux ans. C’est un de mes clichés dont je suis la plus fière. Je vais vous le décrire.

Tout se passe à Barcelone. Il était 22 heures. Moi et ma soeur étions près de la Maison de Gaudi située sur le Passeig de Gracia. Nous cherchions un endroit où passer la soirée. La fatigue commençait peu à peu à nous gagner mais vous voulions profiter de cette première soirée de vacances dans la capitale catalane. Je me remémore encore l’ambiance estivale qui régnait dans cette ville qui ne dort jamais. Bien que le soleil n’était plus de la partie, la chaleur envahissait les rues. Nous marchions au rythme de la nuit animées par la curiosité et émerveillées par cette ville que nous n’allions pas tarder à adorer. Barcelone c’est un savant mélange entre farniente et dynamisme. Une ville dans notre état d’esprit. Il y avait une foule immense dans les rues, une foule insouciante pleinement absorbée par le climat festif. Et puis ma soeur et moi.

Au coin de la rue dans laquelle nous nous promenions, il y avait une fontaine. On aurait dit qu’elle avait atterri ici comme par magie, comme un mirage dans le désert. L’eau de cette fontaine, la fontaine Wallace pour les connaisseurs de la ville, contrastait avec l’obscurité de la nuit. Elle étincelait et apportait une vague de fraîcheur dans cette atmosphère quelque peu étouffante. Ma soeur se dirigea vers cette fontaine enthousiasmée à l’idée de rompre avec la pesanteur des degrés en profitant de ces quelques gouttes étincelantes et rafraîchissantes. Je la rejoins à peine quelques secondes plus tard comme inconsciemment attirée par cette source qui apparaissait sous nos yeux par enchantement. Mon récit peut paraître dans ces moments là quelque peu naïf voire redondant mais je retransmets ici de manière la plus fidèle possible les sentiments ressentis durant cette soirée du mois d’août. Pour en revenir aux faits, je dirais que cette fontaine eut sur nous comme un effet de rajeunissement radical. En effet, je suppose que pour tout le monde, du moins je l’imagine, que la vision d’une fontaine s’apparente à un certain retour en enfance. On se jette sur l’eau et on a tous de manière générale, vous me direz que je généralise encore une fois, deux réflexes consécutifs dans cette situation. On étudie d’abord la température de l’eau en y mettant nos mains puis dans un second temps on se lance dans une sorte de jeu dont tous les individus, du moins ma soeur et moi, raffolent qui consiste à asperger la personne présente à vos côtés du liquide translucide de cette fontaine. C’est ainsi qui nous nous retrouvâmes ma soeur et moi dans cette situation au milieu d’une foule qui commençait elle aussi à découvrir les bienfaits de cette fontaine.

Bien évidement, j’avais à ce moment là mon appareil photo à portée de main comme tout touriste qui se respecte et je pris une photo de cet instant magique. Niveau technique, elle n’était pas spécialement exceptionnelle mais elle saisit de manière globale la situation. On y voit ma soeur et moi autour de cette fontaine lancées dans une sorte de bataille aquatique, faisant virevolter dans les airs les gouttes de cette source. Cette image restera pour ma part une des meilleurs représentations de notre virée nocturne dans l’ambiance catalane.


Geoffroy Lewandowksi

Elle se tenait là devant moi, son portable à la main, ignorant les passants alentour. Autour d’elle, la vie semblait s’être arrêtée un court instant. Profitant de l’occasion, je saisissais ce moment à l’aide de mon appareil photo jetable afin de le garder pour moi.

Ses lunettes trop grandes tombaient sur son ez retroussé soulignant ses magnifiques yeux verts. Sa bouche rose finissait ce visage si fin et son sourire en coin m’indiquait qu’elle savait que je lui volait ce moment d’intimité. Elle accepta cependant de garder la pose pour ne pas gâcher ma photo. Ce fut notre moment et la photo est toujours là.

Toilettes de Sciences Po Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier n°2

Contempler ce que l’on voit depuis sa fenêtre et décrire le plus précisément possible le spectacle que l’on y observe. Ce qui se passe dehors même s’il ne se passe rien. Se retourner ensuite et décrire son intérieur. Ce que l’on voit chez soi, ou ce que l’on pense. Ce à quoi l’on rêve, ce qui nous tient à cœur. Composer son texte en passant d’un univers à l’autre à plusieurs reprises.

Lambert Schlechter, Smoky, collection « Lettres du Cabardès », Le Temps qu’il fait, 2003.


Mathieu Grasse

Les fenêtres sont en réalité une ouverture, une ouverture vers l’extérieur et ce qui nous entoure. Une fenêtre est aussi une frontière entre deux mondes – deux réalités. La fenêtre est aussi un moyen de nous enfermer – une sécurité peut être. Elle marque un contraste important entre intérieur et extérieur. Nous nous sentons rassuré derrière le double vitrage d’une maison de campagne en bord de mer lorsqu’elle se déchaine et pourrait tout emporter sur son passage. Dans cette chambre- ma chambre- si petite – intime et ordonnée. Nous aimons passer notre temps sur le rebord de fenêtre, les yeux à l’horizon à ne rien faire. Nous avons passé tellement de temps, la fenêtre ouverte , pour profiter de la brise océanique. Nous avons tellement observé les rides de le grande bleu, les navires ou les voiliers (c’est plus romantique) au large. Mais lorsque le temps de gâte nous sommes dans l’obligation de rester du coté intérieur de la fenêtre et de profiter de notre confort intérieur et ne pas prendre de risque inconsidérés. Ce que nous aimons par dessus tout c’est profiter de des merveilles de ce lieu, profiter du soleil sur la plage – ou des légères vagues pour boire une petite tasse s’il on peut dire ainsi, tout cela sous un œil bienveillant. Nous nous sentons en sécurité à quelques mètres de notre maison. Au fond nous aimons être des deux cotés de la fenêtre.


Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Quentin Corzani

Quand on rentre dans ma chambre, on peut voir la fenêtre au fond à gauche, bordée d’un cadre blanc. On peut y observer une sorte de prairie où l’herbe est entretenue, sans que cela en fasse une pelouse et qui m’est toujours apparue comme une sorte d’avant-gout où la végétation est encadrée contre la forêt se trouvant juste derrière. Cette forêt qui s’auto-entretient et laisse paraître une végétation luxuriante, désordonnée où l’on voit bien que l’homme n’y a pas laissé la trace de sa main.

Ce désordre végétatif n’est d’ailleurs pas sans me rappeler ma chambre, où s’alternent les périodes d’ordres maladifs, où sur un coup de tête il me prend de ranger, courtes périodes, et de micmac de tout ce qui m’est utile au quotidien étalé par terre, sur le parquet ou sur mon bureau se trouvant à l’opposé de ma fenêtre et qui lorsque je m’y installe me permet de jouir d’un assez agréable point de vue. Mais ce que l’on peut voir de cette fenêtre c’est le grand espace laissé entre mon lit, parallèle à mon bureau ; ce dernier, et mon armoire à droite cachant mes étagères. Au côté de l’armoire, contre le mur, j’y ai installé un petit objet superstitieux sensé éloigné les mauvais esprits, de tradition russe dont Elsa Triolet disposé également chez elle. C’est moins le côté superstitieux auquel je n’accorde guère de considération qu’au symbole de l’écrivaine que représente pour moi cet objet proche de la fenêtre.

De la fenêtre je peux y voir mon jardin, où la plupart du temps mon chien, choisi par mes soins auquel j’attache une grande importance, s’y trouve en vadrouille pour quelques obscures raisons. Ce jardin de mon enfance, celui où les moments joyeux, familiaux me viennent à l’esprit quand je passe la tête au-dehors, les nombreuses soirées d’été à parler et à profiter de la fraicheur. Le bonheur de l’hiver et de son bataillon neigeux, les heures passées à modeler, transformer et créer grâce au manteau neigeux, qui la nuit reflète la lumière de ma chambre tout illuminée, un carré de lumière, parfois mon ombre apparaissant lorsque j’observais la nuit silencieuse, impressionnante presque étouffante. Dans ma chambre, qui de l’extérieur, à travers cette fenêtre, l’on peut apercevoir un mur tapissé de photos signées Doisneau, Ronis, Anderson… On peut également y voir des tableaux comme Le Triomphe de la Mort de Bruegel, ou encore des dessins de Picasso de la corrida. À leur côté faisant un contraste particulier se trouve des posters du Péril Jeune, de l’Auberge Espagnole du groupe de rock Pink Floyd…

Enfin autre contraste, par rapport à la nature décrite plus haut, je peux entre-apercevoir à travers le feuillage lorsque la nuit est tombée, les points lumineux fébriles, éloignés, de la prison de Fleury-Mérogis à plusieurs centaines de mètres derrière la forêt. On peut imaginer les murs de bétons, froid, en rupture avec le manteau vert. Que de souvenir autour de cette forêt ou de la prison qui était sujet de toute une mystification pour moi et mes amis lors de notre enfance. D’ailleurs le jeu consistait à toucher le mur de cette prison, pour poussait les gardes mobiles à venir et nous courrions dans la forêt de toute nos forces. Cette fenêtre me semble ne pas être qu’une ouverture sur l’extérieur mais aussi sur mon intérieur autant au sens figuré que propre.


Couloirs de Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Adam Chour

Adossé sur le rebord de ma fenêtre, regardant sans même m’en apercevoir tout cet horizon qui se profil au dehors, je pense. Je pense à cette feuille, ce devoir, qui, posé sur un large bureau derrière moi, attend sagement que je sorte de ma torpeur et de ma paresse. Et dans cette image typique qui se dégage d’une petite maison dans une petite rue d’une petite ville dans la banlieue parisienne, je cherche l’inspiration. Cette rangée de voiture, se succédant l’une après l’autre, de toutes les formes et de toutes les couleurs, alignée devant ce trottoir exigu pourrait-elle m’aider ? Par cette fenêtre, mon esprit tente de s’échapper de cette chambre, de ce lit douillet et tentant (trop tentant), de cette pile de livre soigneusement rangé sur les étagères de la bibliothèque, de cette télé, de cet ordinateur, plus subversifs qu’instructifs… Dans cet univers, je ne dispose plus que de cette fente, cette ouverture sur le monde ; je ne dispose plus que de ce ciel, de ces arbres, de ces oiseaux, pour me rappeler que l’espace est beaucoup plus vaste que cette fade et terne chambre dans laquelle je vis.


Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Constance Fauquenot

Deux coques de bateaux étaient séparées par l’eau gelée du Saint-Laurent. Il s’agissait de gros bateaux, dont les coques sombres étaient décolorées par endroit, laissant alors place à un dégradé de tons rouge-orangés illuminant ces masses sombres. Elles se tenaient droites, de part et d’autre de l’épaisse coche de glace lisse et quasiment opaque. Le fleuve n’était pas complètement gelé et, le long des coques, on remarquait une bordure d’eau qui avait dû résister au froid. Sa couleur, un bleu-vert assez sombre, était comme un intermédiaire entre la couleur de la glace et celle des coques.


Andréas Dieryck

Contour de bois, double vitrage ; je vous présente ma fenêtre, dans la maison familiale. Elle est la frontière, le matin, entre fraîcheur et chaleur. Entre mouvement, celui du chêne qui se trouve à proximité de la grande maison, et indolence, la mienne. Ce que l’on peut y voir le matin est d’une simplicité fascinante : tracteurs, voitures, toute sorte d’engin motorisé conduit par des hommes courageux - je veux dire par là qu’ils ont eu le courage de se réveiller - qui s’activent pour aller et venir, à la messe, au super-marché, au travail, peu importe. Mais revenons à l’intérieur, et après avoir vu la grandeur du monde extérieur, observons la décadence de la chambre intérieur. Entre les bouteilles cachés sous le lit, les feuilles gribouillés de mots - des cadavres exquis pour tout vous dire, et un cendrier toujours vide car toujours vidé par obsession, il est vrai que ma tendance au désordre est assez grande. Mais n’envisagez pas là que ma chambre n’est jamais en ordre : le drapeau adolescent du Royaume-Uni y est accroché avec une symétrie parfaite, les bouteilles sous le lit sont classés et rangés par taille, et la moindre poussière y est dégagé en moins d’une semaine. Non, ce qu’il y a de décadent et de désordonné, c’est moi, pas ma chambre. Mais songeons, pour le peu de temps qu’il nous reste, à l’extérieur. Nous avons vu le mouvement, la grandeur des hommes s’activant à produire ou prier, et bien ne vous fiez pas à ce portrait. Il passe seulement deux voitures par quart d’heure sur cette petite route à une vingtaine de mètre, pas de quoi me réveiller. Ce qu’il y a de beau, dehors, c’est la végétation, arrêté, figé, en dehors du temps. Rien n’est capable de faire bouger le cerisier, le marronnier, les arbustes, l’herbe. Rien sauf le vent. Je me sens tout à coup impuissant face à celui-ci. Peu importe, retournons à l’intérieur, nous coucher.


Salle 303, Sciences Po Paris, 56 rue des Saint-Pères

 

 

 

 

 

 

 

 

Côme Dartiguenave

C’est une veille fenêtre en bois. La peinture blanche qui la recouvrait autrefois a presque totalement disparu. Sa taille, raisonnable, laisse entrer la lumière à n’importe quelle heure de la journée, mais le principal aller retour qui s’effectue entre ma chambre et l’extérieur est le froid. Cette vieille fenêtre pour esthétique qu’elle est n’est pas tout aussi efficace.

La rue Séguier est la jonction entre la rue Saint-André-des-Arts et la seine. Au 7e étage, se trouve ma chambre avec la dite fenêtre. Ainsi à travers ses larges carreaux, il m’est possible de voir au loin, le clocher de Notre Dame. Sur la droite, les bureaux d’actes sud, s’offrent à moi, des gens y travaillent de temps en temps. Je ne sais pas s’il est possible de voir l’intérieur de ma chambre de l’extérieur, du moins je ne l’espère pas. Puisque l’exercice m’y oblige je vais vous la décrire mais ne portez aucun jugement sur ma personne après cette brève description. Ma chambre ressemble à un espèce de placard premièrement parce que ses 8 m2 ne me laissent pas beaucoup de place mais également parce que rien n’y est rangé. Si quelqu’un pouvait voir à travers la fenêtre, il apercevrait, un bureau bleu, en désordre, un lit avec une horrible couette jaune, une commode pour le rangement, une chaise de bureau et quelques posters bizarres pour cacher des murs blancs jaunis par le temps. Ce qui le frapperait certainement est le manque d’harmonie, voire de propreté qui y règne. En effet, la moquette verte qui recouvre le sol est caché par tous mes vêtement empilés, froissés, par mes livres, des feuilles de cours, des bouteilles en plastiques ; en somme tout ce qui est un jour ou l’autre entré dans cette chambre se retrouve par terre à tel point qu’il est impossible de marcher. Revenons en au spectacle plus agréable qui s’offre à moi. En face, il y a un hôtel particulier. Tout est en contradiction totale avec mon taudis. Là-bas, tout y est ordonné, les balcons sont ornés de jolies plantes vertes, le parquet y est propre et lustré.


Sophia Kissa

Il est 6h30 du matin. Le réveil est rude, j’aurai aimé resté quelques heures de plus enroulée dans la couverture. A peine sortie du lit je me dirige vers ma fenêtre pour ouvrir mes volets. Le contraste est saisissant. Dehors il fait encore nuit. Ce que je vois est froid et manque cruellement de vie. Tout le monde dort encore. Un frisson me parcoure lorsque je me rend compte que je vais devoir affronter ces rues animées par un vent glacial. J’aimerai resté dans cette chambre qui dégage une réelle chaleur à tout point de vue. Je me sens bien dans cet endroit. Chaque objet, chaque m² me rappelle un souvenir. Les souvenirs de ces 10 années passées dans cette pièce. Une chaleur humaine se dégage de cet endroit. Je me revois discuter pendant des heures avec mes amies ou mes sœurs assises sur ce lit juste derrière moi. Je me revois, enfant, debout devant cette fenêtre, éclairée par les rayon du soleil de cette belle journée d’été , m’amusant à renverser de l’eau sur ma sœur qui se prélasse tranquillement au soleil. Le contraste est saisissant entre ces deux univers complètement opposés. L’un m’inspire peu et l’autre, au contraire, m’inspire énormément. Je ne me reconnais pas dans ce que je vois à travers cette fenêtre tandis que cette chambre me correspond totalement. Pourtant à l’intérieure comme à l’extérieur il n’y a pas un bruit, tout est calme et silencieux. Ce silence est, d’un côté de la fenêtre, apaisant et sécurisant mais, de l’autre côté, effrayant.


Christina Venard

Ma chambre parisienne donne sur une magnifique petite cour pavée. A vrai dire, je n’ai jamais vraiment accordé une réelle attention à la vue que je peux apercevoir depuis cette fenêtre. Maintenant que j’y pense, il y a plein de détails qui font tout le charme de cette vue. Tout d’abord, le soleil qui illumine cette pièce le matin ou plus récemment les flocons de neige qui s’accumulent sur le rebord de cette fenêtre apportant une vague de fraîcheur et de luminosité. En face, on aperçoit de temps à autre quelques voisins. Les chambres du bâtiment d’en face s’allument et s’éteignent suivant le rythme de vie de chacun. On assiste alors à un spectacle de lumière quasi féérique quand le jour laisse place à la nuit.

Néanmoins, l’intérieur est un peu moins féérique que l’extérieur. Je ne vais pas vous faire une description d’agence immobilière. L’ensemble reste cependant vivable à condition d’être assez organisé et ordonné dans la mesure où dans le cas présent le moindre espace libre relève du miracle. Enfin j’exagère un peu. Assise à mon bureau durant les moments où il m’arrive de d’essayer de travailler voire de m’y mettre réellement, je peux observer le ciel parfois bleu ou parfois gris. On peut repérer les avions parmi les nuages laissant derrière eux une long voile blanc. Ma chambre se situe sous le toit et par conséquent ma fenêtre est une fenêtre de toit. Cette explication est d’une logique imparable j’en conviens. Une fenêtre située sous un toit est une fenêtre de toit. Ce que je veux par là c’est que la fenêtre carrée de ma chambre est inclinée de telle manière qu’on peut admirer le ciel de manière aisée comme à travers un hublot.

Quand il pleut, les gouttes d’eau tintent sur la vitre épaisse dans un rythme saccadé mais doux à l’oreille. Cette fenêtre s’offre à moi comme une échappatoire face à la masse de travail qui m’attend, comme une ouverture vers un espace sans limite qui contraste avec une pièce dans laquelle où l’on peut parfois vite tourner en rond. Je dirais que cette fenêtre s’inscrit en adéquation avec la pièce. Peut être que si ma chambre était un petit peu plus vaste, je ne saurais profiter de la vue qui m’est présentée par cette fenêtre et de sa valeur ajoutée d’ouverture vers un monde plus grand ou du moins pour une vue sur les toits de Paris. C’est nettement moins vendeur du point de vue immobilier mais ça a tout son charme.

Le charme. La vue n’est peut être pas transcendante ou bien sensationnelle mais elle apporte une sorte de bien être, une envie d’ailleurs. Elle fait partie de notre quotidien sans qu’on s’en rende réellement compte. Mais elle est là à la fois discrète et imposante. A vrai dire, je n’aurais jamais penser devoir décrire une chose qui puisse paraître aussi banale et avoir autant de choses à dire sur le sujet. Maintenant c’est chose faite.


Geoffroy Lewandowksi

Rien ne se passe par la fenêtre, le soleil vient de se lever et je le regarde faute de mieux. Je m’ennuie, ma chambre est vide et je ne veux plus dormir. Aucun passant ne traverse ma rue sauf ce chat qui erre seul parmi les voitures garées sur le coté. Au loin, une statue me regarde, je crois qu’elle a froid. Je la fixe mais elle bouge pas, inébranlable sur son socle de pierre. Je commence à parler tout seul, j’interprète cela comme un signe : il est temps pour moi de faire quelque chose, alors je regarde autre part. Je remarque que ma fenêtre est vieille et qu’elle n’a pas du être changée depuis trop longtemps, elle aussi doit s’ennuyer d’ailleurs. Devant moi un SDF émerge de l’arrêt de bus, sa bouteille de gnole à moitié vide, blottie dans ses bras il l’embrasse et se réveille en la finissant d’une traite. Lui non plus n’a rien n’à faire alors il me regarde mais ses yeux se ferment et il se rendort paisible sur son banc. Du coup, je me mets à compter les bourgeons qui commencent à éclore sur l’arbre devant moi. Mais comme cela ne m’intéresse pas je, ferme les volets et je me recouche.

Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #2
Publié le 6 février 2012
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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