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Au lieu de se souvenir (Semaine 31 à 36)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions


Après avoir épuisé nos ruses, nous sommes gagnés par la fatigue. Je songe à mes multiples escales à Paris et à ce que j’aime toujours dans cette ville sans pareille, à sa vie, à son charme et ses beautés. Nous sommes malmenés, notre silhouette s’affaisse, nous tirons la langue, nos membres raidissent. Le pardon est un échange. Si on jette un regard rapide sur ces foules, on ne verra que des déplacements, dans un sens ou dans un autre. C’est toujours une alternance frénésie et doute, enthousiasme et à quoi bon. La plénitude sereine des possibles.

Quand on se tait, il est moins facile de mentir. Du coup, le silence est plus suspect que le mensonge. Quand quelqu’un commence à parler c’est toujours quelque chose d’étrange, dès lors qu’on y prête attention, c’est une fabrication de nuage ou de brume, une composition flottante. Je n’ai pensé à rien, sur le moment. Je n’ai presque rien dit. Un grand bonheur est presque comme un grand malheur. On y découvre des perspectives infinies et des horizons sans bornes. Un temps où le monde s’inverse.

Il faut le temps pour le grain de sable. On ne comprend pas ce qui nous arrive. Sur la plage, des histoires anonymes s’échouent. Des objets dont on ne connaîtrait que les angles. Ils rendent notre vie supportable. Et en plus, ils ont la propriété singulière de nous survivre. Je sais quelle place leur assigner, c’est une chose qui est à côté de moi. C’est une forme d’écriture à partir des mots qui sont déjà là. Il faut l’éternité pour la plage. Le regard vague. Tout est un apprentissage.

Être de corps quelque part et ailleurs par la pensée. Des traces omniprésentes d’un ailleurs sous formes de paysages ou de motifs qui affleurent à la surface de notre quotidien. Toutes les formes d’interprétation – je dirais : de lecture. Mélange d’agacement, de surface et puis d’intérêt profond, de croissante tendresse aussi au fur et à mesure qu’on apprend à le mieux connaître. On est là comme hors du monde. Nous sommes sur notre fin.


LIMINAIRE le 23/11/2020 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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