Planche-contact : Écriture photographique et mémoire du processus créatif.
Tous les jours je prends une photographie et je la diffuse sur le site Tumblr : Planche-contact, en y associant une phrase trouvée sur l’un des nombreux blogs et sites littéraires que je suis régulièrement sur Netvibes. À la fin de la semaine, je reprends l’ensemble des (...)
Planche-contact : Écriture photographique et mémoire du processus créatif.
Tous les jours je prends une photographie et je la diffuse sur le site Tumblr : Planche-contact, en y associant une phrase trouvée sur l’un des nombreux blogs et sites littéraires que je suis régulièrement sur Netvibes. À la fin de la semaine, je reprends l’ensemble des (...)
Planche-contact : Écriture photographique et mémoire du processus créatif.
Tous les jours je prends une photographie et je la diffuse sur le site Tumblr : Planche-contact, en y associant une phrase trouvée sur l’un des nombreux blogs et sites littéraires que je suis régulièrement sur Netvibes. À la fin de la semaine, je reprends l’ensemble des (...)
Au réveil, la nouvelle nous saisit. du mal à y croire. C’est abstrait, inattendu, tout d’abord. Ce détachement dans la voix du journaliste radio. Du mal à y croire. Il répète ce qu’on lui transmet comme information. Nous en saurons plus un peu plus tard, mais restez avec nous.
Les enfants à qui je montrais Google Street View, au moment où j’arrive (...)
Cela fait bien longtemps que je n’écris plus au quotidien dans ce qui est à l’origine de ce bloc-notes poétiques, son journal. Cette année, dans la dynamique de ma résidence d’écrivain j’ai essayé de me concentrer sur Liminaire et d’y regrouper mes podcasts Page 48 (encore un peu de travail à faire) et Radio Marelle (travail achevé), de diffuser deux (...)
Nous, les autres, moi. Et un soir la nuit tombe. Dans quelle ville sommes-nous ? L’expérience d’une distance. Sur quoi toute ma tristesse se dissipe débordant de rêves inachevés. Mais sa lumière est comme retenue par un mur. Avec un bruit sourd. La journée a passé. On attend si bien d’ailleurs que tout s’embrouille. On efface, à mesure, (...)
Dans une lumière éclatante, bouche souriante et molle. Mais je ne veux plus penser à tout cela. Le ciel en est témoin, haut et clair et brûlant ce matin-là. L’effet d’une évocation. Résister au déferlement monotone de la convoitise. Le bitume sous mes pieds. Mais, oh, ce n’est pas cela, pas cela du tout. Empêcher ma lèvre supérieure de tressauter. (...)
Je suis présent, je vous attends. Les lumières s’éteignent une à une. Dans le secret des paysages silencieux, marchant à bon pas sur les trottoirs avec volupté entre brumes et nuages. Laisser vaquer son regard et ses émotions. Juste là, au bord, sur le fil du présent. Garder mémoire d’un éblouissement. Faire advenir l’imprévisible. Les lieux et temps de (...)
J’attends que ma lumière s’allume. Le rideau se lève. On entend dans le lointain le bruit d’une rivière. Rien dans l’univers n’est stable : tout passe. Les seuls indices tangibles dont nous disposons pourraient se trouver dans le paysage, et en tout premier lieu dans les espèces végétales représentées. La nature est comme une source. Un espace à aménager (...)
Oublier de quelle façon on se regarde solitaire. Dans une sorte de familiarité usée, comme avec une ombre, comme avec ces choses de tous les jours que finalement je ne vois plus et que la vie a passées à la grisaille. Mon corps, c’est le lieu sans recours auquel je suis condamné. C’est le pays où les corps se transportent aussi vite que la lumière, le (...)
Qu’est-ce qu’on va montrer aux gens ? Au début, on comprend, puis on tourne en rond. Lire la partition comme si on ne l’avait jamais vue. Pas d’imitation de soi même. Sensible aux états changeants du paysage, sa lumière autant que ses lignes. Les éléments s’enchevêtrent ou se confondent comme en témoignent les traces fossiles, les strates sédimentaires, (...)
Ni départ, ni d’arrivée. La pudeur voudrait qu’on se taise. Parlant à travers - voire à tort - et vers d’autres. Comme sur un écran tendu à l’intérieur de soi. Il n’y a pas de trace de sentiers, ni de clairières. Essayons d’être plus précis. Le spectacle est banal, même si fort accablant. Incapacité à accepter le monde tel qu’il est, dans ses travers et même (...)
Un seul mot peut être ressenti comme une agression. Vous regardez autour de vous en tendant l’oreille. L’ombre, le reflet, l’écho. Quoi ? je l’ignore, ou je refuse de croire que je le sais. Chaque jour le chemin s’allonge. L’ennemi qu’il s’avance, qu’il s’annonce. Je continue d’inventer mon rêve et de l’effeuiller dans le vent. Occupé à bien faire. (...)
Il n’y a rien a priori. On prend tout ou on ne prend pas. Cet empêchement là se sera dénoué au fil du temps et autour de la question du sens. La couleur que décompose la nuit. Cela va déboiter en mots et cela emmènera quelque part. Il n’y a pas de limite. Du brouhaha plein le tambour. Et peu importe si tu ne réponds pas. Le hasard des hypothèses ne (...)
Le présent est une perpétuelle catastrophe. Une lettre tracée sur le bleu puis effacée, un trait. Un peu de lumière et déjà c’est un visage qui vous regarde. C’est là leur grandeur et leur limite. Leur fragilité. Les choses justes ne se peuvent jamais contrarier entre elles. Sans doute on se trompe d’horizon. J’aimerais maintenant faire un détour. À (...)
Au début c’est comme une distraction nouvelle. Une façon généreuse, et risquée, d’habiter le monde : comme chaque fois que le désir nous anime. Manière de vouloir à toute force composer des ensembles avec des éléments qui à première vue n’auraient rien à faire entre eux. Comme tout objet de désir, ils sont condamnés à le manquer. Exercice de la parole, écoute (...)
Je veux traverser ce présent, et je veux savoir dans quel état je vis, et ce que contiennent ces instants, quelles impressions sensorielles, et ce qu’ils referment. J’ai éprouvé pour la première fois comme un déchirement matériel, physique, la question, pas formulée, des origines, d’à on vient et à on va. Quelque chose se passe, tout peut arriver, (...)
Cette histoire a commencé sans début. Divagation hésitante. Saisir ce qu’il peut y avoir en nous d’irréductible et de singulier. Comme si voir épargnait, laissait s’esquisser un mouvement de résistance. Ralenti, coup de tête. Rien de plus. C’est moi qui suis en train de regarder au travers de la vitre. En revanche, toute une grammaire nouvelle se fait (...)
Impénétrable, indestructible. Tout est là, qu’on ne voit pas – qu’on ne veut pas voir et dont on ne veut rien savoir. Mais on ne va pas s’en tenir là. Dans cette lumière tournant dans la nuit de bitume. Vous voulez savoir ce que je guette ? Peut-être mon souvenir le plus brutalement souvenir. Ça met dans un drôle d’état. J’y entre pour en sortir presque (...)
Un monde dans lequel les images sont devenues le langage. On vit dans ce monde. C’est pour annoncer son départ. Un trou dans sa vie. La forme que ça prend. Il y a d’abord le sentiment vif de ne plus appartenir à une communauté. L’art n’efface pas la perte, il lui répond. La compassion et la crainte. Il est seul, celui qui parle. Regardez. Ouvrez les (...)
On y voit plus clair au lever du jour. La trajectoire de l’heure n’est pas entièrement perdue à l’intérieur des synapses brûlées de la mémoire. Un son est un son parce qu’il y en a d’autres. Je prends, je garde, je conserve et je garde. Il faut le sens de la mémoire, il faut transcender le temps. Un signe sans force pour des champs de forces. Un refrain (...)
On est moins perdu quand on ne sait pas où l’on est que lorsqu’on ne comprend pas où l’on va. Qui marche dans la direction opposée est perdu. Se laisser croire qu’il y a peut-être au-delà du cadre de cette fenêtre quelqu’un quelque part pas. Le jour répand son mystère, la poussière de son ombre, par-delà le couchant. L’écriture se rêve simple captation, (...)
Il faut discuter longtemps avant de ressentir un vertige quelconque. La fiction devient chaque jour plus hermétique. Je vois aussi un sablier pourfendu se remplir de raisons. Avec un charme désuet à moins de stopper définitivement cette affaire-là. Mais l’image revient sans cesse. Plus tard, lorsque j’offre mon cadeau, l’instant est intact. (...)
Et on peut continuer longtemps, en boucle, même plus de la musique. Se taire sans doute se taire, au moins baisser le ton, assourdir encore une longue note tenue à n’en plus finir donc. Ici et là des allures de mémoires ou bien de testaments. Il n’y a nul soleil et nul dévoilement, et nulle présence. Rester là, immobile derrière son miroir sans tain (...)
On se demande comment ça pourrait finir. Se faufilant plus bas, leur musique clôt un cadre d’espace nous maintenant au bord de ce qui tombe. Se perde la mémoire qu’elle se délave dans le temps, s’efface sans que se lèvent d’autres figures. En arrière des promenades, cris, jeux d’herbes de dents. On en reste là tête vide face au vent et ce bruit de rien (...)
Quand l’éclosion de la chute perce dans celui qui s’y trouve il n’est pas possible de s’y tenir plus longtemps. Entre ligne de défense et ligne de front. Il y a des phrases qui façonnent et celles qui racontent. Au même rythme, du même pas. Le vent dans l’autre sens. Toujours près à tourner encore un peu. Peu importe qu’on soit d’ici ou d’ailleurs. (...)
Ça a débuté comme ça. Par un matin tout blanc. Pour marcher dans le vide, il faut se construire un chemin. J’aime laisser faire les choses et j’ai toujours peur de peser. Comme tout passe, cela passera aussi. La vie, comme elle jaillit et nous éclabousse. Je crois, mais ma mémoire est défaillante. Sentiment cruel d’avoir perdu mon temps, de l’avoir (...)
La ville a changé, mais c’est toujours la ville. Ce journal aussi. Avec un mélange d’humour et de cruauté, une force expressive et une profondeur de vue, enfin un incomparable regard sur le détail des choses et des êtres, vus sans une once de sentimentalité mais avec un amour total. L’intimidation y est plus rare, le langage n’y connaît pas de fin. Ça (...)
Les vies se transforment en trajectoires. Des fois je me sens comme Buster Keaton déguisé en Kafka ou plutôt le contraire. On perçoit tout cela dans la nuit autour. La route est longue. Car personne ici ne sait garder un secret. C’est comme si j’avais été un autre. Mais de cet autre, je n’ai aucun souvenir. Je me heurte tous les jours au fantôme de (...)
Réveillé par l’eau s’enfuyant dans l’ombre, j’ai bien souvent reproché à la nuit l’absence d’un compagnon. Déjà vu dans mes rêves les branches des arbres s’agitent comme des vagues en collision. Les flocons suspendus dans le gris du ciel se détachent et glissent lentement sur le paysage. Pas exactement le même son, mais une variation, même registre, seules (...)
Vivre est une chose, découvrir le langage afin d’exprimer la vie en est une autre. Cette merveille étonnante entre toute, douleur parfois. C’est encore de la disparition dont il est question. On ne peut s’empêcher de souligner, encore, l’absurdité du mot. On n’est pas seul dans sa tête. Lambeaux de pensée, expressions, bouts de phrases embrouillés en (...)
Dans un sens, toute lutte génère ce contre quoi elle combat. Monter à l’assaut. Se dire, en trois paroles. Avec cette lassitude que l’on a et ce que l’on sent en soi de découragé, d’irréparable, d’inconsolé. Ces moments insaisissables de notre vécu quotidien où l’on est plus ou moins absent à soi-même. Des hypothèses sous forme de latences peuplées de phrase (...)
Le crépuscule d’hiver se referme avec lenteur où tout se tient coi. Une grande courbe à peine accentuée, mollement, comme il convient au fleuve paresseux, encombré de bancs de sable et d’îles verdoyantes. L’ajout des flèches qui produisent un sens giratoire inattendu, nous entrainant dans un vertige, marque une volonté évidente d’éviter tout repère (...)
On est plongé en permanence dans des couleurs des vagues et des paysages, c’est prodigieux d’ailleurs cette façon de décrire la couleur blanche, on est porté par l’air, le vent. La même lenteur que la chute des flocons. Ces mêmes sons étouffés, ce cocon enveloppant. Des notes comme des cristaux qui fondent lentement sur la peau, une sensation croissante (...)
Stupide sourire d’étoile. C’est l’échelle qui crée le phénomène. Et dans sa nuit profonde, elle produit bien quelques étincelles. Le regard, lorsqu’il se précise sur de tels détails, devient l’organe des émerveillements. Il y a des zones de confluence. Le rythme et la mélodie en sont le plus souvent absents, au plus esquissés. Et pourtant elles se déroulent (...)
Je monte presque tout ce que je tourne. Il y a peu de déchet car je réfléchis beaucoup en amont pour aller droit au but. Ce qu’on déchiffre suffit quand même à dire l’excès, dont il s’agit. Nous avons perdu tellement de choses... Toutes celles qui n’étaient pas’’ vraies’’ puisque nous nous lassions de les porter en nous. Je les regardais sans en croire mes (...)
Quand on se tait, il est moins facile de mentir. Du coup, le silence est plus suspect que le mensonge. Quand quelqu’un commence à parler c’est toujours quelque chose d’étrange, dès lors qu’on y prête attention, c’est une fabrication de nuage ou de brume, une composition flottante. Je n’ai pensé à rien, sur le moment. Je n’ai presque rien dit. Un grand (...)
Après avoir épuisé nos ruses, nous sommes gagnés par la fatigue. Je songe à mes multiples escales à Paris et à ce que j’aime toujours dans cette ville sans pareille, à sa vie, à son charme et ses beautés. Nous sommes malmenés, notre silhouette s’affaisse, nous tirons la langue, nos membres raidissent. Le pardon est un échange. C’est toujours une alternance (...)
Le silence enveloppe une grande partie des sons de telle façon qu’ils évoluent dans l’espace sans s’entraver les uns les autres, et qu’ils s’interpénètrent. Il n’y a pas de solution définitive à ce paradoxe, c’est pour cela que l’art existe. Rester en éveil dans le temps, attentif à ce qui disparaît, et désireux d’en fixer les traits à travers la fuite même (...)
C’est de là que je viens. J’aurai, d’ici là, le sens du funèbre, comme on apprend l’art de la fête, et le sens de l’humour. Autre chose à dire, mais pas pour le moment. Sens de l’humour ci-inclus, dans le sens du renversement – ça va de pair, c’est selon. Quelquefois nous serions temporairement hors service. Refusant soudainement de nous lever. Le doux (...)
Ce principe de liste qui, bien que juxtaposant des affirmations hétérogènes dans un ordre apparemment aléatoire, parvient à dresser un portrait et s’interroge sur la difficulté à se dire, à s’énoncer, à s’articuler avec les autres, avec le monde. Apprendre à revenir à la ligne, mais quoi pour nous y contraindre ? Et, dans un jour par-dessous le jour, volent (...)
Il faut sortir pour cela avoir une raison de sortir, de commencer une journée. Pour écrire c’est la même chose. Un livre devient un autre lieu à chaque fois que nous le lisons. Pouvoir se délecter en pensée de chaque seconde qui nous en sépare. Le silence est une forme de courtoisie. Séparé de toi, arraché à toi par des cours d’eau, par des villes, par (...)
Maintenant je vais moi-même maintenant à ma propre rencontre. J’écoute et demande à qui ? Pour ne pas dire toujours – à élaguer, rogner, supprimer, plutôt qu’à ajouter. Viser au plus juste. Ma volonté me fait trembler, elle est à la fois dans tout mon corps et rageuse. Le monde reste comme un décor, dont le vide étonnamment vivant et plein perturbe la (...)
Ça me paraît tellement important. Si on peut décrire les causes de ce détachement. Si seulement le poétique et le politique ne pouvait ne faire qu’un. J’ai l’impression de porter des bottes de sept lieues. J’essaie de me souvenir de mon rêve. Avec amour. Enfin il fut capable de lui dire qu’il l’aimait. Je crois que ça donnera un roman. Ton visage est (...)
Ignorer où on va mais choisir d’y aller. L’incertitude est un espoir quelquefois. Des lignes d’impulsion qui composent une course sans fin. C’est ce qui manque que j’aimerais donner le plus et le donner manquant. Ce n’est pas seulement invraisemblable, c’est inacceptable. La question qui s’impose alors est celle de savoir comment inscrire cet (...)
Deux forces règnent sur l’univers : lumière et pesanteur. Qui sait, personne ne sait l’extrême pauvreté de mes visions. Ce n’est pas grave, on perd du temps là. Conscience qu’une personne a d’elle-même. Il y a encore des failles dans l’enchaînement logique des preuves. Toute l’histoire de cet écheveau complexe, impossible de démêler toute l’histoire de nos (...)
Il y a certes des exceptions, mais elles sont rares. L’infini de cet instant. Ici et là-bas se confondent, je suis dans l’oubli de la mémoire, dans ses brumes mouvantes. Alors que faire ? Mais rien n’y fait, c’est une course immobile où je ne rattrape que du passé. Sans doute rien du tout, sinon écouter son sentiment et ne pas marcher au pas. Nous (...)
Il faut sortir pour cela avoir une raison de sortir, de commencer une journée, sinon la vie passe devant soi, pris par des visions. Pouvoir se délecter en pensée de chaque seconde qui nous en sépare. Des visages, des rues, des villes apparaissent dans le crépuscule où se mélangent toutes les couleurs. Je crois même qu’on ne se rend pas compte de la (...)
On peut se demander ce qu’il fait là. Dans le désordre. Voilà plutôt ce qui réellement se passe. La rue fait des glissades devant moi, et qu’importe pour l’instant où elle va. Et justement on en est toujours là. Je crois que c’est impossible de s’en tenir à ce qui est prévu, on est toujours rattrapé, dépassé, par le flux. Des voix autres, pas vraiment (...)
Il faut continuer. Je peux continuer. Je peux tirer quelques phrases heureuses, quelques trouvailles, les recueillir. Nous sommes vêtus de débris, nourris de débris, assis sur des débris. Tout se tient à tel point que c’en est inextricable. Sûr, mais les scories nous tiennent aux parois, les œuvres sont les scories du lisse qui nous hissent. Nous ne (...)
Je me réveille dans une lumière étrange, un désert sans limites. De vagues souvenirs me reviennent à l’esprit sans que je sois certain qu’il s’agisse bien des miens. Des éclairs colorés traversent le noir. Je marche avec ces images en tête. Vers où ? Je l’ignore. Je ne fais que suivre les lignes. Au loin, des rayons de soleil gris perturbent l’horizon. (...)
Le soleil se pressent déjà derrière la brume. Si je ne m’étais pas réveillé si tôt, je n’aurais jamais pensé à tout ça. J’entends vos pas dans la rue. L’omniprésence du corps, le lieu par où tout passe, tout s’exprime. Sans cesse il est des hommes éveillés dans la ville. À toute heure du jour des hommes qui s’éveillent, et d’autres qui s’endorment. J’énumère ce (...)
Tout regarder sans discontinuer. Devenir ignorant de soi-même, tendre à cela tout le temps. Prisonnier d’un soudain engourdissement du réel, d’un appesantissement du monde. Je pourrais seulement tourner autour, l’aborder sous différents angles, la contourner et revenir à l’assaut, mais je buterais toujours dessus. D’ici je vois maintenant le profil de (...)
Perdu dans le nombre au milieu de la gare où tout semble tourner, perdu dans le nombre où tous les passants s’égarent en début de journée. Mon visage s’obscurcit, de l’obscur du radieux. De quoi avons-nous hérité ? Nous voulions savoir si nous étions bons à quelque chose ici-bas. Éléments lumineux, merveille de l’évidence, merveille du caché. Une bulle de (...)
Il n’y a pas de miracle. L’amour certes, entre désirs, plaisir, et distance invincible, peut mener encore au dépassement de soi. Dérision, cependant, de tout ça. Bientôt, l’éclairage évolue. Le mal et le malheur l’emportent. Tout faire, désormais, pour échapper à la confusion des sentiments. Le temps avoue son poids et son pouvoir de destruction, qui ne (...)
Ce qui m’intéresse et que je cherche, c’est toujours le moment où une situation change, se renverse, l’instant où quelque chose bascule et provoque un nouvel état des choses et des êtres. Fuir, se cacher, enterrer un témoignage, aller ailleurs, trouver la tangente. Inquiéter son temps par le fait d’avoir soi-même un rapport inquiet à son histoire comme (...)
Ces poussières collent au pas. Les traces de l’anéantissement sont effacées, par conséquent le souvenir des anéantis est anéanti aussi, le temps de l’anéantissement est effacé, donc le souvenir des anéantisseurs aussi, donc aussi la résistance aux anéantisseurs de demain. Nous imprimerons le rythme éclaté de nos trajectoires inverses. L’époque et (...)
On n’est pas le même partout. Je m’imagine parfois comme un grand explorateur, ayant fait la découverte d’un pays extraordinaire dont il ne pourra jamais revenir apporter la nouvelle au monde. Parcours sur les sentiers inversés. La question pour eux était de le faire vraiment ou de faire semblant. Essayer toujours de garder présent à l’esprit le (...)
Il ne me voit pas. Il ne m’entend pas. Il pourrait, s’il faisait attention, sentir mon souffle sur sa nuque mais, même à ce moment précis, ça ne changerait plus rien. Autrui est une limite. Seul l’usage de la contrainte libère. Car la matière, le matériau sur lequel on travaille est toujours, forcément, contraignant en un sens. Il faut prendre son (...)
Il pleut sans faire froid. Un point de vue inoubliable sur la ville pour une raison que je ne comprenais pas. Qui saura y regarder de plus près y verra sans doute bien plus encore. On s’y perd et c’est miracle à chaque fois en effet d’en ressortir vivant. Ce qui en revanche est très nouveau pour qui veut regarder ici. Des ombres glisser dans la (...)
Parfois, un coup de vent me soulève lourdement, et alors je me mets à battre contre le mur. Je ne pense pas à l’aube impossible. Je me retiens de respirer. J’attends. Lancer nos plus beaux assauts vers le ciel et poursuivre jusqu’au renversement des grammaires et au départ en exil. Rien qu’à la main, j’arrive sans trop de peine à redresser l’essentiel. (...)
Un moment a-t-il une histoire ? La réponse est non, je viens d’ailleurs. Quand j’ai une idée dans la tête, elle déforme ce que je regarde. Comme une ombre portée. Le chien qui aboie dans le fond… Un chien ça peut pas être ici un chien. Alors je le mets sur un cercle extérieur. Une vie dans le présent, dans l’instant. Quelqu’un de masqué. Un chien aboie, (...)
À travers les voyages à travers les songes, les points et les blancs les prémonitions et les nostalgies. Disons, pour faire bref, que les découvertes apparaissent comme évolutives et que les recherches sont loin d’avoir épuisé toutes les possibilités de surprises. Dans l’ombre puis dans la clarté, refus et fureurs, douceurs et regards. L’important sera (...)
Tu m’as dit cette fois... Personne ne peut ni ne doit chercher une logique dans l’enchaînement des événements. On ne peut inventer aucune exaltation, ni celle de la couleur, ni celle des mots. Tout le temps perd ne se rattrape plus. Suggérer à la fois le brouhaha des choses et les cris émis par une gorge humaine, donc confondre le sujet et l’objet, (...)
On imagine sans peine que ce sol bombardé de couleurs chatoyantes, que nous aurions toutes les peine du monde à traverser sans en changer l’agencement, est bien un terrain miné. Personne n’a remarqué mon absence, ni cette déflagration proche. J’écoute, j’entends du silence et c’est en dessous l’image versée de la nuit. À un moment, ce n’est plus soi, ce (...)
Toujours loin, je repars. Rien ? C’est toujours cet instant qui s’arrache à lui-même, et toi avec. Je me cache maintenant sous les sangles, les doigts me couvrent, les jours qui passent, je rate toujours la même marche. On entend une musique sous le silence. Le décor est toujours à peu près le même, mais c’est la dernière scène, une des dernières (...)
Décor de nappe sans tige apparente. On écoute les bruits. Comme sans les reconnaître. Dans le voisinage du rouge. À surveiller de près, à punir parfois. L’imprudence n’est pas une ligne droite. On pourrait disparaître. Mais rien n’arrive. Parfois si pâle, secouée par de vagues malaises, imposture ordinaire. Un autre jour le sang était récent, il coulait (...)
Je me frotte les yeux. Rien ne change. Se méfier des urgences sonores, de l’emballement des rythmes. Ce qui s’y dit s’impose sans éclat. Rien n’est brodé. C’est sauvage, violent. Il semble en effet qu’il n’y ait point d’autre issue. De temps à autre, le luxe d’un détail exprime une profusion de sens à la manière picturale. On est traversé par une parole (...)
Quand rien ne va plus, les mots s’effondrent eux-aussi. Ce qui me déplace ainsi en moi-même, c’est qu’en l’absence de tout repère familier, un paysage, une végétation, un ciel, une lumière, je ne peux en reconnaître aucun. L’isolement du dissonant est grand. Je suis déplacé vers l’exactitude dans le déplacement lui-même. Il faut prendre les gens pour ce (...)
Ma mémoire s’enfuit tellement de jour en jour que je ne suis plus maître de rien : ni du passé que j’oublie, ni à peine du présent, où je suis presque toujours tellement occupé d’une chose, que je perds de vue, ou crains de perdre, ce que je devrais faire. Ca ne prévient pas, ça arrive, ça vient de loin. Nous nous souvenons d’une chose et pour nous (...)
Vouloir se souvenir d’infimes choses, c’est ne pas vouloir mourir. Sa lumière estompe les formes. Je ne connais rien de plus sérieux. Mais pourquoi avoir entrepris ce travail ? Peut-être, d’abord, afin de mettre de l’ordre là où il n’existe que le désordre du devenir qui emporte, qui efface tout. Le temps qui passe, qui fait du visible avec de (...)
Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone. Habiter l’instant. Être là, très là. Quand l’espace manque, il faut faire preuve d’imagination. Mais un peu plus tard ça pourrait changer. Comme quoi il y a à faire au cœur de ce qu’on nous dit désastre. Et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain (...)
J’ai souvent un regard ironique ou amusé sur les choses. Et puis là, non, ce n’est plus le cas. Ça doit être pour ça la question. Mes interrogations sont à mi-chemin entre la pensée et la question, elles sont mentales et ne sont pas prononcées. Je ne veux pas ralentir et hacher la phrase. Et de fait, je travaille beaucoup le rythme de la phrase et des (...)
Le chemin, frontière abolie et sens avec. Retour au motif. Qu’est-ce qui manque ? Un lien ? Mais c’est sans lien ce qu’on jette au rebut. Il y a donc une forme de sélection qui s’est opérée. Tout n’est pas signe. Pour n’assurer que ça, le mouvement. C’est évidemment le mouvement qui est intéressant, l’émotion qui initie le geste, la vision derrière la vue. (...)
Une image nous tient captifs. Mais très vite sa forme dépasse son objet, comme par ironie. J’ai pensé : une lointaine nuit nous aborde. C’est notre propension à continuer tout droit quand le véhicule tourne, douce comme un souvenir d’enfance. Il n’est pas besoin ici de volonté, puisqu’on ne veut que ce qu’on peut aussi ne pas vouloir. Alors comme le (...)
Nous ne sommes plus dans la perspective. Le sol ou l’air fourmille de virgules noires régulières qui se cristallisent ou s’aimantent pour former paquets. Loin des leurres ascendants et des symbioses usées. Faisant face au corps blanchi, un monceau de vêtements est empilé pêle-mêle contre un mur. En partie enfouie dans cet amas de tissus colorés empilé (...)
Sans oubli, le passé est perpétuellement rabattu sur le présent. Je ne reconnais pas le son de ma voix. Et plus le train avance, plus j’ai la curieuse impression de revenir en arrière. Ondulant comme des algues des rangs de flammes avancent. Un silence sans rime s’accumule dans l’espace. En cette vie il est une autre vie. Ma certitude est mon acte (...)
Quel bonheur, quel repos pour un esprit fatigué de chercher la vérité en lui-même, de se dire qu’elle est située hors de soi. Le corps est un chasseur différent et la proie un prétexte. Tu racontes, là. Tu racontes.... Le résultat est le même : ça saigne. Un voyage qui ne finit jamais. Cette lumière se retrouve, inversée, funeste, sous la forme de (...)
Dans un monde d’images où le ’’Comment ?’’ a évincé le ’’Pourquoi ?’’, sommes-nous face ou à l’orée d’une catastrophe ? Ici c’est une parole entière, encore. L’écriture, sa mise en échos et possible chaos. Échapper au feu des projecteurs pour mieux émettre ses lueurs de pensées, de poésies, de désirs, de récits à transmettre coûte que coûte. Entretenir une (...)
Il y a un travail à faire, que je ne fais pas. Tout est afflué de partout et participe en fusion à la totalité du tintamarre et du tournis de saveurs et d’images kaléidoscopiques, tout s’y fond du présent et de tous les passés, tout se mélange et rejaillit, se tisse et se métisse dans un flux de pareil au même, dans le silence retombé de la nuit (...)
Cela tient du plus grand mystère. Poursuivre ainsi longtemps encore son chemin avec la même obstination, et faire claquer ses talons dans la nuit de l’inconnu sans qu’on puisse seulement imaginer ce que l’on va y croiser. Le parcours, entre temps, est impressionnant. Un coupe-feu qui empêche l’embrasement, sans doute raison de dire qu’ils (...)
L’obscurité s’accroit dans la salle. Un dernier coup d’œil pour s’assurer de mon choix. On peut hésiter entre rire et pleurer. Dans le silence certes nous l’entendons, mais dans les paroles nous la cherchons. Je ne me risquerai pas à le déranger pour en savoir plus. D’abord des pensées, des idées éparses, impossibles à lier entre elles. La seule fois (...)
On ne peut pas partir, on traîne tant de choses qu’on croit voir derrière soi. Il faut aller chercher ce dont on a besoin pour faire, chercher auprès de ceux qui savent. Associations de fragments où par le biais de menus multiples il est possible d’emprunter des parcours différents. Entre marge et présence. Il existe des résonances communes, des (...)
On ne sait trop d’où ça vient ni où ça va, comment ça s’est fait et pourquoi. Et comme on mélange tout, c’est assez vrai. Pas forcément une mauvaise idée. En fin d’une saison chargée ça se discute. Reste à voir comment... Le geste, enfin. Pas le mouvement, il n’y en a pas. Aucune tentation de cet ordre, au contraire. Tourner autour, l’aborder sous différents (...)
C’est la forme qu’on aime seulement, et la forme vient seulement à l’existence quand la chose naît. La forme d’une ville comme un livre ouvert. Point de départ et d’arrivée, ans l’épaisseur que leur donne la présence active, visible et lisible du passé. Lenteurs qui sont un chemin. Tourner la page. Ce que nous avons là — et littéralement sur le pas de ma (...)
Le volume de ma voix commence à baisser, pour finir dans un murmure. Éblouissant calcul : le frémissement des lèvres vous n’avez pu le prendre. Toute cette excessive animation me fait bien rire, cherchant la vie, cette imperceptible pulsation. Mais heureusement, les duels ne sont plus de saison. Maintenant, je le sais, la sensibilité n’est pas un (...)
Le corps aujourd’hui cesse d’être un réseau d’habitudes. La beauté se construit dans la rencontre des différences, et non dans l’affirmation d’un modèle unique. Une nuit m’appelle mais ne bouge pas. Pas de leçon à donner, il faut bien se débrouiller seul. Tu marches au bord de la rivière. C’est le matin. Aux lèvres le refrain d’une vieille comptine mais en (...)
Les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent et les lieux communs ont tôt fait de s’inverser et d’imploser, comme pris dans un incontrôlable mouvement. Il y a de l’homéopathie dans ce travail. Soigner le mal par le mal, à petites doses, sans trop d’espoir mais beaucoup de foi. Non pas à voir avec nos désirs, mais à nos volontés. Quoi dire en (...)
Un sentier qui monte, en serpentant, jusqu’à l’horizon. Je l’ai regardé. Il a vu que je le regardais. Cette constance dans l’inachèvement des choses entreprises s’accentue avec le temps. je devrais gagner un peu de terrain, avoir le temps de penser des stratégies, des méthodes, des embuscades. D’ailleurs ça m’échappe encore, dans l’ensemble ; je sens (...)
Ainsi tout est fragile. Perdu dans le brouillard. Solitude mais pas isolement. La broussaille brouille le lien. Comment ne pas se laisser envahir par la lassitude et le découragement ? Comment rester dans le concret et le présent ? Ou en tout cas quelque chose d’hier mais pas d’aujourd’hui. Demain j’aurais peut être déjà tout oublié de ces instants. (...)
Chaque jour laisse sa trace. Rues étroites et profondes. Rues à reprendre sans cesse, où reprendre souffle, palpiter d’émotions anciennes, de toute cette épaisseur de temps ainsi ’’éprouvée’’. Les heures trop vives de nos vies. Ruelle sombre où s’accumule l’ombre. Vieux mur croulant de lierre, effondré doucement sous l’afflux de lumière, feuilles lentement (...)
Le ciel reste à jamais imprévisible. La ville disparait entièrement sous une brume pluvieuse. Le bruit nombreux de la ville, l’agression invisible de leur parole quand ils s’enfuient moqueurs ou simplement indifférents. Il faut dire sur tous les tons les multiples variations de cette vague de silence, ses infinis accents. La plus libre, la plus (...)
En l’absence de tout repère familier, je suis déplacé vers l’exactitude dans le déplacement lui-même. Il existe des choses plissées il faut vivre avec il faut. Retranchement d’une langue qui se soustrait à certaines paroles et absorbe l’horreur sans la supprimer. Cela qui commence à la trace et qui va à l’effacement. Un vide peuplé d’ombres enchevêtrées à (...)
Essayer de battre la nuit à son propre jeu, la prendre à rebours. Des gestes interrompus, des gestes colorés. Difficile de se dire que ce geste est désormais impossible, captif du passé. Cette splendeur m’apparait de plus en plus lumineuse, aérée, et en même temps de moins en moins compréhensible. L’attention au monde, à son évidence, sa lumière, sa (...)
Mon corps allant à l’air, mon esprit à son seul mouvement, par le blanc de la parole sans mots. Les mains savent à quoi s’occuper. J’ai fermé les yeux j’ai fermé les miens j’ai mis des chansons et j’attends. Le font contre la vitre, épuiser les nuages, retrouver la veine de cet inconnu qui va tissant dans les intermittences du jour. D’où mon idée de lui (...)
Je regarde mais ne pense plus. Je vis dans une sorte d’embrumement, dans l’impression qu’il me faut sans cesse lutter avec ma mémoire, et cette brume de la mémoire.L’habitude s’installe peu à peu, sans surprise chacun se satisfaisant de soi. La dialectique est partout. Et la marche est un trou noir à métaphores. L’incohérence d’une trajectoire peut (...)
La structure contradictoire du cristal en chacun, ce qu’on veut, ce qui tourne avec un ciel trop bleu. Ici tout sera dit, pour le plaisir du son, du choc, de l’entremêlement. Au pas de charge ou en dansant, en apnée ou en tanguant. Au jour le jour fait d’emboîtements, de sensations, de réels hasardeux, de faits et gestes, de souvenirs et de lectures. (...)
À travers les rues, pas en avant de soi, pas en avant, libérant ce temps de la tyrannie des miroirs. Infinies variations du semblable. Monde concentré dans son seul regard qui s’ouvre, se noue, au gré de la main. Sa possibilité de changement, de mutation. Au fond de sa besace, les miettes de l’été. Le mot prend toute sa vérité face à. Allez, c’est bien (...)
Venir contre soi, tout sauf possible, la nuit sans pouvoir passer, pour séparer. Il faut faire comprendre les choses malgré tout, sans l’image. Miroitements des événements qui peuvent recéler, selon le regard qu’on leur porte, et le goût que l’on a de la vérité, autant de menaces que de liberté. Dans les matières, les galeries du sens qui vient, une (...)
La chance, on peut presque dire le miracle, c’est que la langue d’arrivée permette d’articuler les significations requises dans une phrase elle aussi réussie. Cette affection retient le temps présent, le fait durer dans un espace sans bord. Rien ne l’y oblige. Le maximum d’ordre dans un maximum de désordre. Entre l’inutilité de faire et celle de ne (...)
Le jeu et le rire est le seul projet valable pour l’homme. Les raisons comme visage et corps : empêchés, sans accès. Le lieu n’est pas la question. C’est chez eux l’aventure et chez nous la stabilité. Même si le retour peut ne plus être assuré. Sur mon passage, j’efface le sillage, la moindre trace d’écume dans l’eau. Ligne de basse électrique obsédante (...)
C’est un joli prétexte qui en vaut bien un autre. Je n’en ferais pas plus là-bas qu’ici, même si nous sommes peu nombreux à nous en contenter et prétexte ou pas. Tout n’est pas perdu, mais à force de faire le jeu de ce qui nous détruit, la reconquête des territoires perdus devient de plus en plus difficile. Mais moi, je suis défiguré à force d’être (...)
C’est très difficile de choisir. C’est ce que je faisais, bizarrement, cette nuit. Nettoyer les ombres pour leur donner un joli fini bien mat. Je ne vais pas les décrire encore une fois même si c’est tentant. Dans une sorte d’exploration ou de fouissement à la fois tâtonnant et sûr de lui-même dans les strates pétrifiées des conventions et habitudes (...)
Relancer les mots usés, l’évidence, leur redonner pulpe, chair, mouvement. D’ailleurs, on ne demande rien, mais on sent que chez elle c’est différent, qu’elle obéit simplement à d’autres rythmes, parlant ou se taisant sous l’impulsion de forces qu’on ne peut deviner ou d’une logique qui échappe, sans timidité, sans hésitation, mais aussi sans solution de (...)
Couleurs, formes, images, collages, accidents s’inscrivent dans une dynamique du décloisonnement. Sans solution de continuité, comme un film où le montage fait alterner deux séquences que tout sépare. Combien de portes ? Je n’ai plus les clés. Avec le temps, le talent est devenu une industrie. C’est tout dire. Le monde s’est ouvert à mes oreilles, (...)
Nous sommes en voyage, dans un temps sans chronologie où défilent paysage, portraits traversés comme un mirage où la précision, la rigueur de la sensation, toujours cernée au plus juste, nous emporte ébloui par la lumière. En suspension près du sol, un cercle rouge feu s’imprime sur la vitre en reflet avec la végétation. Certaines juxtapositions (...)
Je ferme les yeux et je vois un vol d’oiseaux. Ce n’est pas tout à fait une promenade. La vision dure une seconde, peut-être moins. Se laisser porter par la magie de l’évocation, par le flamboiement de la parole, le glissement d’une vision à l’autre. Les mouvements circulaires et lents des astres. L’impression de traverser le vide. Je voudrais savoir (...)
L’horizon hasardeux du sensible. C’est peut-être ça, notre désert, me disais-je. Une course de vitesse, un emmêlant d’événements, une captation de l’atomisation du temps. Les mots ne sont pas des signes inoffensifs. Ne pas admettre le temps ou s’effaceront toutes mes traces, ou, plus exactement, où ces traces ne seront plus en rien référées à moi. Un (...)
Je suis où cessent les mots. Et du coup, le temps s’ouvre. Sans possessif, sans contrainte, sans préceptes aucun. Ne plus rien savoir de la couleur des choses, du goût du parfum. Tourné vers une pensée en mouvement, une certaine, probable qui doute. Toujours temps de noter plus tard leur partition. Se plaire au souvenir de la fatigue du jour, de sa (...)
Il y a un début à tout, c’est ce qui est beau. Cette émouvante beauté nous regarde. La forme des lettres et jamais leur signification. Toutes les vies sont fausses. Croire qu’il y a une réponse qui précède leur question là où il n’y a que scène invisible, questionnement dénué de fin. Croire qu’il y une direction ou une promesse à leurs jours. Ce sont les (...)
Basculer, d’un jour à sa pâle réplique, sans comprendre pourquoi. Basculer du jour à son reflet de l’autre côté de la nuit. Les règles nous enseignent par leur arbitraire que les pensées qui nous viennent de nos besoins, de nos sentiments, de nos expériences, ne sont qu’une petite partie des pensées dont nous sommes capables. La même ponctuation. Il y a (...)
S’assurer à chaque instant qu’on ne risque pas d’éclater. Dans l’anonymat triomphal à l’unique est le propre de tout le monde. À ses côtés, sans dire un mot, toujours présent. Attends-moi là une minute. On doit pouvoir écrire avec une paire de ciseaux et un tube de colle, et sans crayon même, j’ai pensé, juste avec ce qui a déjà été écrit par les autres. Ce (...)
On touche à tous les rivages d’un coup. Un rayon lumineux traverse les ténèbres. Et nous y sommes, dans cette tension. On n’a plus le temps des entractes. On pense avec les pieds comme on va. Le temps de considérer l’éclat de tous, la trame fait varier l’intérêt qui est le fait qu’une fiction c’est l’adversaire très coriace qui a dit qu’il ne faut pas (...)
Devant mes yeux à la faveur du soleil du matin. Je cherche à me convaincre que je me trouve à ma place. Entre ces murs, sous le plafond. Quels ajustements et mises au point accepter sans remettre certains choix en question, les mettre en danger. Sur le vif, d’un jour et d’un jour seulement. Ces strates s’entremêlent, agissent les unes sur les (...)
Devant mes yeux à la faveur du soleil du matin. Je cherche à me convaincre que je me trouve à ma place. Entre ces murs, sous le plafond. Quels ajustements et mises au point accepter sans remettre certains choix en question, les mettre en danger. Sur le vif, d’un jour et d’un jour seulement. Ces strates s’entremêlent, agissent les unes sur les (...)
Une porte claque, le voyage. Voilà qui rend rayonnant, lumineux et doux, ce début de semaine. Ce qu’on entend maintenant comme un refrain bien connu, qu’on laisse couler, parce qu’après tout, tout le monde s’en fout, n’est-ce pas ? Tout se passe dans la tête avant de se passer sous les yeux. C’est une idée qui se manifeste n’est-ce pas ? Les mots dans (...)
Souvent, les secrets sont décevants pour les autres. C’est une impression confuse, un bavardage. Mais pourquoi faut-il toujours que les choses me soient montrées du doigt pour que je les perçoive ? J’entends cette voix fatiguée qui s’exprime avec ferveur. Je cherche d’abord ce qui dans ma mémoire se distinguerait de l’ensemble. Je ne comprends rien à (...)
On y est déjà, forcément gêné ne serait-ce que par l’angle des murs. Mais c’est un signe de sagesse que de ne pas faire de choses désespérées. Après l’attente du retour, l’angoisse et les questionnements. C’est pas la question. Ah mais pas du tout : du rapport, il y en a toujours ! Nulle façon de penser ou d’agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être (...)
La vérité est un mensonge qui contient une allusion à un autre mensonge. Je dois mettre de l’ordre dans mes pensées. Avec une régularité chaotique je fixe les règles. Il n’y a qu’une seule histoire : aller jusqu’à. L’air chante pendant des heures. Si, regarde, là : il y a un défaut. si quelqu’un veut me trouver ce sera dans un champ, toujours le même, celui (...)
Si je veux découvrir une ville, rien ne vaut la voie ferrée. Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît car tu ne pourras plus t’égarer. Tout est passage. Surtout ne pas peser, ne pas s’ancrer. C’est accentuer, insister, creuser, délimiter tel ou tel contour, proposer aspérités ou arêtes. Pour tenter de cerner cette réalité ondoyante et (...)
Ce monde-ci, en lui-même, n’est qu’un pénible et incommode lieu de résidence. Dans la clameur étouffante, les heurs asphyxiants d’un présent en morceaux. Nos pas entretiennent la route, les herbes et leur vert de liberté. L’absence d’horizon, c’est l’enfer. Notre saison toujours. N’est-ce pas cela que nous cherchons ? J’ai connu l’hésitation autour de moi. (...)
L’habitude maladive de s’attacher au connu s’est suffisamment répandue par ici. Là où la logique est affirmative et triomphante, il faut travailler ses échecs, nourrir ses obstacles et se fixer d’autres objectifs que la transparence du langage. Le moindre échec, il faut en prendre soin. Sans lui, aucune confrontation n’existerait en nous ; avec lui, (...)
Rien n’est simple et les choses échappent souvent. Elles sont toujours au centre de mes affections et de mes attentions, elles ont grandi sans que je les perde de vue. Nous conservons un écart entre nous, c’est sans doute ça qui les intéresse maintenant. Je devrais les interroger, on verrait quelles sont les réponses aujourd’hui. Ces choses-là, on (...)
Bouche fermée, il n’entre pas de mouche. Il s’en est trouvé qui sont revenus, et on a tout compris. La même perte par défaut, si l’on ose dire, qui est de tous les temps et de tous les lieux. Le type de présence que dans le temps, on pourrait dire au cœur du temps que fonde la lecture. Quelque chose résonne de l’autre monde, quelque chose se transmet (...)
Indéniablement, il y a de l’emportement là-dedans et même de la furie. Et des ruptures qui constituent autant de relances et d’oscillations. On préfère drôle à absurde. Mêlant toutes sortes d’éléments afin d’en tirer un accord si possible inouï : déchets sonores, produits des conditions de résonance sans cesse changeantes, non sans y ajuster quelques (...)
Le vent semble nous porter. Je n’ai pas encore changé d’avis, pas encore bifurqué. Comme une épave à la lisière d’un autre monde, une fois fugitivement aperçu jamais oublié, à la vue d’un visage qui est la vraie cause de mon errance. Monter en flèche, vers la surface, pour échapper à la pesanteur. Il y a des voyageurs que la vue d’un beau visage amène à (...)
Rien n’y fait, toujours le même émoi. Il faut penser les bas par les hauts. Dans le froissement de ses mille voiles. Elle entend quelque chose que je n’entends pas. Ce qu’on lui met sur le dos, il le porte. Tout le poids du monde ici. J’aurais voulu dire ce silence, je ne sais pourquoi, peut-être pour le faire durer ? Pourtant, c’est dans l’écriture (...)
Il se passe tout de même quelque chose en ce moment qui devrait retenir notre attention. L’approche se fait, la main accroche. S’il sursaute, je saurai ce que j’ai à faire. Il me faut des preuves plus solides. On a souvent l’impression qu’il est dangereux de regarder, et on a tendance à détourner les yeux, voire à les fermer. Tout réside dans les (...)
Un espace entre là où je passe la main et où je la retire. Comment vivre sans, en inconnu devant soi. Ça pour l’apparence. L’écho mêlé de la voix lointaine et les réminiscences sonores. Volonté de couper court à tout déploiement, de soustraire sans cesse ce qui peut se présenter devant les yeux ou à la mémoire. Je sens toujours à mes côtés la présence (...)
La mémoire et le monde sont une même réalité. La mémoire est aussi extérieure que le monde m’est intérieur. Reconnu prouvé, sans merci mesuré. Nous chutons dans le temps, nous basculons dans un univers où une chose telle que le temps existe. Une forme, c’est saisissable, palpable et nous préserve. Je n’arrive pas à m’y faire. Je sais qu’il y a des choses (...)
Le vent doux conjugué aux déplacements imperceptibles et implacables de l’ombre et de la lumière franche, donne un faux rythme en harmonie parfaite avec ce que l’on traverse. Chacun de nos pas nous éloigne de notre mémoire. Est-ce une bonne chose de les aligner jour après jour, si possible en un nombre suffisant fixé d’avance ? Le bruit du monde qui (...)
Il s’agit toujours plus ou moins alors d’avancer les mains à sa rencontre et de s’en saisir. Faire ce qu’il faut pour. Comme si un souvenir enfoui au fond de nous avait soudain été libéré‚ comme si nous reconnaissions une chose dont nous avions toujours ignoré la présence. Il n’y a pas le sentiment partagé que comme un nouveau départ s’annonce. On vit (...)
La soirée a été douce, trop douce peut-être. On sentait approcher, dans la nuit, la chaleur. Déambulation sur le chemin le long duquel je découvre le monde d’un autre regard, je vais à une rencontre inattendue. Pas de trace qui peuvent confirmer nos dires. La vie se détache de l’enfance. À peine pense-t-on saisir quelque chose d’une lumière projetée sur (...)
Qu’a-t-on fait tous ces temps ? Nous pouvons néanmoins nous demander ce qu’est en réalité ce réel, si ce n’est l’idée que nous nous en faisons. Pour la dernière fois, s’égarer entre la fraîcheur et la blancheur d’une taie d’oreiller, linges devenus des chiffons ramassés comme de vieux journaux : l’empire de la poussière ! Le vide est sa force. Le soleil (...)
Il défie le vide. Il n’a nulle part à aller. Ils ne savent rien sur toi et pourtant tu n’auras pas le temps de tout dire. Ensuite le temps s’est arrêté, j’ai décollé vers le futur avec comme bribe du passé, ces mots recrachés, ces instants et ce portrait. C’était devenu aussi définitif. Il lui fallait organiser point par point chaque option, c’était comme (...)
Je suis fatigué sans avoir sommeil comme énergie de lassitude. Cet acharnement à trouver un jour favorable, un angle d’observation final, n’est-ce pas, après tout, une sale manie ? Il y a malgré tout, obliquement, ironiquement, une allégeance. Je sors souvent le samedi. Ce n’est pas une envie, c’est comme un appel, le chant des rues qui m’attire comme (...)
Le mur s’écroule. Le ciel et ses silences impatients. Attendre, toujours attendre. Aux heures des défaites, la parole se décline en slogan. La répétition de tout ou partie de la proposition, avec légère modification à chaque fois est en même temps une façon de recommencer et de construire la parole. Il est question d’étirement, de délai, de différemment, (...)
La réalité partout nous guette, à chaque coin de rue, dans chaque regard, il suffit d’un rien pour devenir réel. Ça c’est rigolo de ne pas connaître la cible, rester à attendre sans trop savoir quoi, sans doute il n’y a pas de cible. Dès que je cherche à l’atteindre je plonge dans l’irréalité, qui m’apparaît comme un pli de la réalité. J’ai le sentiment de (...)
J’ai réfléchi. Du moins j’ai essayé, car ma tête est vide, pleine d’interrogations vagues et vertigineuses. J’ai jeté un œil par la fenêtre qui, du fauteuil, semble très grande. Figure toujours en transformation, en rupture, toujours en devenir. L’obstiné, qui est là tous les jours, que ça morde ou pas. Celui qui connaît un bon coin, et qui s’étonne quand sa (...)
Une façon de parler pas forcément celle des extraits de naissance. Moi bien sûr je n’invente rien, je me contente d’écouter les bavardages lointains des absents. J’ai mis longtemps, elle trouve. Tenter de faire passer le mauvais goût dans la bouche il y a tout plein d’amertume en ce moment et ce n’est qu’un début croyez-moi. La composition, dans cette (...)
Je me suis toujours dit que dans la rue on croisait des gens perdus depuis longtemps. Apprendre à jouer ensemble. L’obsession du double de soi qui serait le véritable soi et qui menace à tout bout de champ de s’installer à sa place, privant ainsi le romancier du confort psychologique lié au sentiment de l’identité personnelle, même si se sentiment est (...)
Avant d’aller plus loin, il convient d’examiner la notion générale d’identité. Doubler pour sentir qu’on y est mais dans quel sens. Une suite de stases existentielles, une intermittence continuée. Dans les interstices, les marges, les places laissées libres. On obtient donc une tension entre le discontinu des fragments, et le mouvement, la force qui (...)
En marche ! hop hop ! au trot ! Sans preuve définitive, nous ne pouvons pas aller plus loin que le doute, pourtant, mais gardons Cette hypothèse à l’esprit. J’affirme que les choses ne se sont pas déroulées ainsi. C’est étrange, c’est comme ça. Je sais que je dois, au fur et à mesure des audiences, éviter de m’habituer. La vie, elle, se trace en mots (...)
Il faut que je le maintienne au jour, au bord de son précipice. Il y a une ligne une seule, deux personnes appellent en même temps et c’est terminé, ligne occupée. Paradoxe en ce que la réponse est double. Rien à dire hormis ceci : ce qui précède est aussi exact qu’incomplet, ne suffit pas à tout expliquer. En moi gronde une ville, grouille la foule (...)
Variations qui permettent de rendre sensible l’épaisseur du temps. C’est le monde réel, notre immuable mystère. Combien sont trompeuses les apparences surtout quand elles se superposent. superpositions sur suppositions, réflexions sur réflexions. Au fil du temps, j’ai pris conscience du danger qu’il y a à jouer un rôle sans savoir ce que veulent (...)
L’intérêt sur les expériences croisées, l’invitation à leur vécu et à leurs matières sensibles. Des moments d’ancrages succèdent à des moments de pertes de repères. Cependant, si l’on y réfléchit, aussi anodin semble-t-il, ce geste n’est pas sans conséquence : quelque chose en résulte, une image. Nos repères sont bouleversés dans un espace à l’envers. Quelqu’un (...)
Avec toi c’est toujours la même histoire. Tu n’as pas le temps en main ? On s’étonne, on ne devrait sans doute pas. Ce mal-être associe des mouvements d’humeur irrépressibles à un état de fatigue permanent. Cette sérénité retrouvée artificiellement nous rend hélas moins performant pour tout ce qui réclame un tant soit peu de concentration et d’effort. (...)
Admettre l’irrationalité, ce serait introduire un grain de sable qui ferait bientôt grincer Cette machinerie admirable. Cela suffit pour l’instant. Rassembler n’est pas figer. Les premiers sont aussi mélangés, mais leur mélange est déterminé par leur composition (compositio), et c’est aussi ce qui les caractérise. Les rejoindre pour qui pour quoi mais (...)
La succession des jours dépourvue de sens, vaste continuum clair, dense et lumineux. Le sens, mis à mal mais pas nié. Journées tissées tout entières dans le même fil, raccordées sans traces les unes aux autres, vingt-quatre heures par vingt-quatre heures, et les heures nocturnes ne sont que valeurs plus sombres. Très légèrement décalées ou au (...)
Parfois, nous inventions un jeu. Je me concentre sur ces objets et je regarde avec angoisse les mains habiles des invités qui, eux, ne les regardent même pas. Personne n’est capable de se souvenir d’un seul jour de sa vie. Je veux dire s’en souvenir intégralement, depuis l’instant à ; il a ouvert l’œil jusqu’à celui à il l’a fermé, de rapporter avec (...)
Dans le rétroviseur, je l’ai regardé s’avancer. La seule présence tombée comme un bloc massif, une sorte de suspens à tout se pétrifie. Cette technique que l’on a pour repérer instantanément le signe particulier. Il y a de la lumière mais il n’y a personne. Tu es ailleurs. Tu es sûrement dans un lieu magnifique. Les jours se succèdent comme des images (...)
Je rêve d’un autre monde. L’horizon vague d’un ennui prochain, auquel rien ne le presse de revenir. Voilà un ton ! voilà ce qu’on appelle filer un son ! Son dispositif, son dessin, ne travaillent pas seulement à présenter les pièces, mais en constituent le reflet, et propagent l’écho de leur part de mystère, d’incertitude et de suspension. S’adapter n’est (...)
Ce moment à les trajets, les gestes, les détails vécus, captés instantanément tels qu’ils apparaissent, acquièrent la dimension singulière d’un défilement marqué autant par les ralentissements que les accélérations, les pauses que les relances. Finalement, je m’en réjouis. C’est un espace intemporel qui ne se mesure qu’avec les instruments de la quatrième (...)
C’est sa voix que j’entends nuit et jour, qui surgit à n’importe quel moment, sous n’importe quel prétexte, pour commenter, paraphraser, déformer la situation que je suis en train de vivre. Figés engourdis englués finalement inanimés dans par exemple des simplicités comme rancunes ou habitudes. Nous sommes ce qui cherche autre chose. Ou en finir, mais en (...)
On finit par perdre cette admiration, chaque jour comme si j’avais laissé bien trop de moi pour même penser vouloir y retourner. Je voulais lui rappeler d’où l’on venait. Je ne pouvais lui exprimer autrement qu’avec cette pudeur. Ce qui n’est pas visible n’est pas invisible. Ce n’est pas un hasard, on a tout essayé. Le souffle renfle l’invisible. Je (...)
Dans le silence de l’attente, l’impression de reprendre ce jeu de hasard, l’espoir d’un temps désirable. Oui, là seulement est le vrai, tu es en moi depuis tout ce temps. Étrangement, il y a quelque chose de l’ordre du palimpseste. Ce serait l’archive d’un livre qui n’existe pas. Dans la conscience sans éclat de parcourir une sorte de décor vide, de (...)
Peut-on aller au-delà de l’image pour raconter et dire autre chose que le corps lui-même ? A cause de cela, la discussion pouvait durer très longtemps. Regardant défiler la nuit dehors. Une sensation l’indicible certitude que quelque chose aurait pu advenir sans doute mais rien. Et puis surtout, il y avait la lumière. La lenteur a ses bienfaits. La (...)
Ensemble fait douter l’éclairage. On n’a plus rien que dire c’est pas beaucoup. Une configuration stricte remue des rythmes. Ce qui se reverse se reverse et c’est autre autre chose. La moindre perception quelle histoire. Ce qui vise le cercle ne se brise pas. C’est la vie comme on dit quand on va mourir. Dans l’effroyable urgence pourtant de (...)
Et cette démangeaison est celle de la curiosité. Tout est ouvert, tout est clair ; il n’y a pas de secrets, ici, maintenant, dans ce paysage de néant. La curiosité la conduit, au-delà de toute restriction, à désirer toucher, voir de ses yeux, expérimenter tout ce qui lui est inconnu ou caché. De longues minutes passent, sans que rien ne bouge. Les rues (...)
Le langage est rendu à son épaisseur sensible. Changement de régime de signes. Le tête devient rébus ou message chiffré. Il déambule dans ses alentours. Il était en moi depuis longtemps mais n’est apparu il y a quelques nuits. Est ce que ces rêves ont un sens ? Non. Non je pense que c’est plus comme un fantôme qui nous a suivi tous les deux. Je vois de (...)
On ne voit plus, on devine, on imagine, c’est toujours mieux. Vous m’avez mis la puce à l’oreille... et ça commence à démanger : je note donc. Je suis là, je marche mais je ne bouge pas. Difficile de pousser plus loin le constat de contradiction. On entend derrière sa porte le fracas du vide. En tout cas on comprend très vite qu’il ne devrait pas être (...)
Il y a un début, il y a une fin, tout le reste circule par de menus échos pleins d’habitude. Soudain, tout se passe comme si vous vous entendiez avec une force de lumière. Penser sème des indices. Faudra bien quelque chose après jusqu’à. Dans le frémissement d’une inconnue. J’ai principalement peur des gens qui n’ont pas peur. Tu ne te souviens pas, (...)
Il n’y aura plus de centre à atteindre mais un nombre infini de centres qui se déplacent. Comme sait le faire le rêve, si apte à faire paraître le disparu. On voit surgir avec exactitude d’énigmatiques événements, l’énorme beauté insupportable et vaine qui fut toute la largeur du ciel, l’harmonie involontaire d’un reflet bleu. Pas de music-hall ni de (...)
Absence d’agressivité, manque d’habitude. Cela se voit dans mes yeux. Face à face. Sans affront. Une mise à distance. Cette photo de famille, elle a été prise quand ? A chaque instant, la musique nous arrache à un dialogue plein d’intérêt. Selon un ordre que l’on improvise toujours, dans la quête d’une harmonie que l’on ne croit même pas créer, mais (...)
Enfin le temps nous manque : nous ne lui sommes qu’une cible d’impénétrable transparence. J’ai sans doute ridiculisé la réalité par habitude, et puis c’est plus facile de raconter des histoires. C’est l’heure de l’oubli, l’heure à, toute justification désormais inutile, se dévoile enfin notre fraternité. La compréhension arrive trop tard. Un coup est si vite (...)
Ça ne peut plus durer comme ça. On entend une voix qui raconte et va se perdre. Le puzzle est dit sans bords. L’exercice est cruel mais profitable. Vous vous arrêtez là. Vous souriez. L’important pour garder ce dynamisme intact, est de continuer à nous surprendre nous-mêmes. Dévaster les barrages. Égarés dans le soir d’une attente interminable. La (...)
On avait un ciel tout gris, beaucoup de vent, et alentour on aurait dit ailleurs mais çà, je ne sais pas exactement. Il va s’en passer des choses peut-être bien. Les gens s’organisent comme ils peuvent. Des trous se bouchent, ça n’a bientôt plus de nom. Comment faire sans comment expliquer ? On a des joies rien que pour soi et, sans raison de se les (...)
Dans la journée, soleil très bleu, léger ciel froid. Dans ces brusques métamorphoses de la lumière électrique, s’épandant tantôt en ondes d’un rose fané, tantôt en une nappe bleuâtre, aux tons crépusculaires et étranges. Une beauté sans pareille. Regarde, elle vibre à peine Comme algue sombre. Elle suit les fibres des moindres ondes. Mais qui peut répondre de (...)
Je ne pense pas qu’il faille chercher sa pensée, plus que forcer son talent. Dire droit en laissant le corps tomber dedans. Il faut que nous ayons le courage le tourner le dos à nos habitudes et de nous engager dans une façon de vivre non conventionnelle. C’est en vain que tu plonges ton visage en toi-même. Le je ne sais quoi qui nous fait courir, (...)
La neige éclate doucement les raisins, elle touche le sol avec la robe. Elle est vautrée dans l’intact. Quelqu’un a ouvert le coffre sur lequel glisse et des papiers de nombres. La neige est sourde. Quand on a senti, dans toute sa fureur, le désir d’exister jaillir de ce cœur battant et se répandre tantôt avec le fracas du torrent, et tantôt un (...)
Le catalogue des choses possibles donne le vertige. Je pense à la chaleur que tisse la parole autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous. Mon souvenir le plus fort est celui de Cette ivresse qui s’est emparée de moi. Celle de pouvoir parler. Personne ne voyait mon visage. Je pouvais tout dire. Des mots, des idées, des noms inconnus, à moitié (...)
Parfois, dans une rue, vous entendez un bruit lointain. Ce que tu ne racontes pas à ta femme ni à ton ami, raconte-le à un étranger. Ce vide, voilà ma réponse. C’est la chance des rencontres. Ses figures ne se détachent pas si bien sur un fond lumineux et animé. C’est que le mouvement, qu’on croirait appartenir à la rue, est arrêté. Mais où est-il donc (...)
Elle appelle plusieurs fois de suite à la maison. Je sais qu’elle va passer ce soir. Avant qu’elle arrive je dispose ma caméra dans un endroit bien placée, cadrant à la fois toute la salle à manger et tellement en évidence qu’on ne la voit pas. Enfin j’espère. Elle passe. Elle n’enlève même pas son manteau, ne défait pas son épaisse écharpe. Peu importe. (...)
C’est toujours pareil. Le moment venu on renonce. On recule. C’est tellement plus simple. On se fait tout un film. Je ne vais pas y aller. C’est mieux que je n’y aille pas. en fait ce n’est pas si important. Il ou elle le fera aussi bien lui-même. Je rentrerais plus tôt chez moi comme ça. J’éviterais ce qui me gêne. Reculer pour mieux... Et finalement (...)
Elle entre dans l’appartement en silence, s’approche lentement de la salle de bain, la porte est entrebâillée, travelling avant, une épaisse vapeur d’eau brouille la vision qu’on a sur le seuil de la porte de l’homme endormi dans son bain. Elle s’approche plus encore. L’homme fait semblant de dormir. Elle pointe son arme sur sa tempe. Il l’attrape à la (...)
Son comportement est inadmissible. Je vous le dis moi. Non mais c’est vrai. Tout à coup, pouf, on ne sait pas pourquoi, elle se ferme. On ne l’entend plus. Rideau. Quand on lui pose des questions il faut la forcer à répondre. A peine un murmure. L’impression d’avoir dit un mot de trop. Je ne dis rien. Son aveu sur le pas de la porte comme une (...)