| Accueil
Atelier d’écriture en ligne : écriture et photographie #3

Approche :

Dans un trajet quotidien (en train par exemple) noter sur le vif, sur le motif, ce que l’on voit et les réflexions que ce voyage immobile fait surgir en nous, au rythme de son avancée.

D’abord les textes :

Paysage fer est la description des trajets que chaque jeudi, de septembre 1998 à avril 1999, l’écrivain François Bon et le photographe Jérôme Schlomoff effectuaient en train, entre Paris et Nancy. À chaque voyage, François Bon a capté la « matière fascinante et profuse », cette réalité en chaos, qui apparaît derrière la vitre du train, l’écriture donnant une forme à ces visions fugitives.

Tous les jours, le métro parisien — ainsi que dans toutes les grandes villes du monde — transporte par milliers, son flot de voyageurs. Parmi eux, sur la ligne 2, en partie aérienne, une femme note sur son carnet, quotidiennement, des bribes du paysage urbain qui défile continuellement derrière les vitres. Ce trajet rythmé par des séries de fenêtres d’habitations ou de bureaux lui permet de saisir une part d’humanité : une femme sur son balcon entre la lessive et une parabole, un homme qui boit son café au soleil… Tout est une question de regard.

Une écriture qui dialogue sans cesse, on l’aura deviné, avec une autre tentative d’épuisement célèbre autant qu’avec Paysage Fer, pour ce que le visible sans cesse y reste à construire, à conquérir, à arracher à la torpeur, à l’habitude, à l’emportement.

« Noter chaque matin ce qu’on voit en choisissant une fenêtre, écrit l’auteur. Noter ce que la ville fait surgir, fenêtres aux cadres qui se succèdent, se chevauchent ou s’emboîtent, paysage où il faut à toute force aller chercher ce qui bat, ce qui pause, ce qui donne de l’air pour supporter ce que la contrainte rétrécit en nous, ce qu’elle épuise… »

Le livre de Jane Sautière Stations (entre les lignes) fonctionne comme un diptyque dont les deux parties distinctes ont des ramifications souterraines. Dans la première partie du livre, l’auteur situe les transports au centre de son développement en suivant le cours de sa vie, nous faisant voyager de lieu en lieu, de gare en gare, de la ville où elle est née, à celle où elle vécut avec son mari, un parcours où, à l’époque, elle exerçait le métier d’éducatrice pénitentiaire.

« La crainte d’être enfermée, physiquement enfermée, me restera finalement toujours comme le risque majeur de mon existence, une métaphore de la terreur du destin qui est la clôture majeure. et cela s’éprouve dans les transports avec une radicalité qui ne devrait pas m’étonner car il s’agit bien de cela, une métaphore, un transfert du sens, un processus de commutation de l’informulable initial. un transport, oui ».

Le livre de Jane Sautière Stations (entre les lignes) fonctionne comme un diptyque dont les deux parties distinctes ont des ramifications souterraines. Dans la première partie du livre, l’auteur situe les transports au centre de son développement en suivant le cours de sa vie, nous faisant voyager de lieu en lieu, de gare en gare, de la ville où elle est née, à celle où elle vécut avec son mari, un parcours où, à l’époque, elle exerçait le métier d’éducatrice pénitentiaire. Dans la seconde partie, elle nous raconte ce qui a retenu son attention. Elle expose les variations d’une relation ambivalente avec ce lieu commun.

« La crainte d’être enfermée, physiquement enfermée, me restera finalement toujours comme le risque majeur de mon existence, une métaphore de la terreur du destin qui est la clôture majeure. et cela s’éprouve dans les transports avec une radicalité qui ne devrait pas m’étonner car il s’agit bien de cela, une métaphore, un transfert du sens, un processus de commutation de l’informulable initial. un transport, oui ».

JPEG - 90.9 ko
Photographie de Philippe De Jonckheere

Extraits :

« La géographie en fait on s’en moque, c’est la répétition qui compte, les images qu’on ne saurait pas, à cette étape-là, remettre dans l’ordre, à peine si chaque fois qu’on les revoit on en arrive maintenant à se dire : cela déjà on l’a vu, cela déjà on le sait, et l’entassement de choses, plastiques et fer, énigmes blanches sous bâche ou bâtiments sans explication affichée dans les travées vides qui les séparent, dans l’arrière étroit de ce pavillon contre voie, comme ailleurs cette pure sculpture de deux voitures identiques accolées par l’arrière, sans moteurs ni portes, au coin bas du champ ou la hiératique maison blanche dans la rue d’en haut, à Toul, habitée quand même. »

Paysage fer , François Bon, Verdier, 2000.

« Peu de temps avant la fin de mes trajets, je me suis rendue compte qu’existaient, à droite et à gauche du wagon, un côté riche, un côté pauvre. Côté riche : l’hôpital, le cirque, le canal. Côté pauvre : Tati, mes fenêtres squattées, les panneaux A vendre sur des façades décrépies, vérolées, les petits bazars de la Goutte d’or. Il y avait beaucoup plus à voir côté pauvre, le côté riche, trop lisse, glissait le long d’immeubles aux rideaux sages. On dira que c’est un jugement de surface. C’en est un. Les voies ferrées des deux gares, elles aussi, diffèrent selon le côté où l’on se place. A gauche : voies vides, passe rarement un train de banlieue cocardier, bleu blanc rouge, moche comme les anciens T.G.V. A droite : voici les trains qui partent en province, à l’étranger. Nouveaux T.G.V. Atlantique, Eurostar, Thalys. Et quelquefois une sorte de Micheline fumeuse, comme dans un tableau de Monet. »

L’écriture d’Anne Savelli dialogue sans cesse avec Paysage Fer, pour ce que le visible sans cesse y reste à construire, à conquérir, à arracher à la torpeur, à l’habitude, à l’emportement. « Noter chaque matin ce qu’on voit en choisissant une fenêtre, écrit l’auteur. Noter ce que la ville fait surgir, fenêtres aux cadres qui se succèdent, se chevauchent ou s’emboîtent, paysage où il faut à toute force aller chercher ce qui bat, ce qui pause, ce qui donne de l’air pour supporter ce que la contrainte rétrécit en nous, ce qu’elle épuise… »

Fenêtres, Open Space , Anne Savelli, Éditions Le Mot et le reste, 2007.

« Sur le quai du métro République, un homme massif, probablement SDF et ivre, s’effondre lourdement au sol. Au retour, une vieille femme crie à s’en arracher le gosier après un vieil homme assis sur un pliant avec, devant lui, deux trois misères à vendre. On passe, on passe. Ne pas croire que ça ne fait rien, cette indifférence atroce engorge, détruit, intoxique ».

Stations (entre les lignes) , de Jane Sautière, Verticales, 2015.

JPEG - 2.5 Mo
Bernard Plossu photographie en bus ou en train, à travers la fenêtre ; le moyen de transport est une machine de vision qui se déplace comme une caméra sur des rails dans un travelling.

Proposition d’écriture :

Décrire un trajet que l’on fait tous les jours (en train ou en voiture par exemple) et noter sur le vif, sur le motif, ce qu’on voit, saisir les changements significatifs, relevés autant que révélés, sur le chemin mais aussi au contact des usagers, au fil des années (un paysage défilant à travers une vitre, un début de conversation ou un geste esquissé, le sourire d’un enfant), et les réflexions que ce voyage immobile fait surgir en nous, au rythme de son avancée, une forme de journal du regard autant qu’une tentative d’inventaire de l’espace urbain, en procédant par répétitions, déclinaisons, diffractions de ce qui se donne à voir et à comprendre, dans la brièveté et le mouvement : « Variations de récit sur réel répété à l’identique, et pousser cela à bout, et rien d’autre même au récit que ces images pauvres, rue qui s’en va en tournant, encore ces maisons aux angles trop droits, encore un garage et des immeubles. » Une lecture mobile du monde, entre les lignes.

Proposition travail photographique :

Réaliser une série de photographies sur le thème du paysage en mouvement. Il Il y a deux manières d’appréhender le mouvement en photographie, soit se battre contre lui (en essayant de figer l’action), soit l’accompagner. Il existe de nombreuses manières de donner une impression de mouvement dans vos photos :

La technique du filé (un bon moyen de véhiculer l’impression de vitesse et de mouvement dans vos photos), pour cela il faut choisir une vitesse d’obturation assez lente.

La pose longue (pose qu’on a l’habitude d’utiliser de nuit permet d’étonnants résultats dans la lumière de la journée), en l’associant avec une vitesse d’obturation lente, une ouverture plus petite (f/11 par exemple) et la sensibilité ISO minimum.

La technique de l’explozoom permet de donner du mouvement à l’image même si tous les sujets sont immobiles. Pour cela il suffit de zoomer ou dézoomer tout en déclenchant.

Pour vous aider dans votre approche créative, quelques œuvres sur ce thème.




LIMINAIRE le 19/07/2018 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
Flux RSS Liminaire - Pierre Ménard sur Publie.net - Administration - contact / @ / liminaire.fr - Facebook - Twitter - Instagram - Youtube