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LIMINAIRE
La ville en chantier


Chantier rue Eugène Varlin, Paris 10

 

 

 

 

 

 

 

 



Vous êtes ici : brusquement. Une nouvelle journée sous la grisaille parisienne. Entre les quatre murs de la chambre, se languir des mois précédents où soleil et chaleur étaient quotidien.

Vous êtes ici : la vue est tout simplement renversante. La rue assez morne s’éveille d’une dynamique nouvelle : jusqu’alors immobile, elle grouille de monde tout à coup, tel un poumon qui se remplit d’air.

Vous êtes ici : sans nul signe avant-coureur, à toute allure dans la ruelle. Amusé et intrigué par sa démarche, je décide de le suivre et bien sûr je vois sans être vu. L’homme a la peau sombre, les cheveux très courts.

Vous êtes ici : ce sont généralement des paysages. Chaque fois, c’est la même chose, la première impression. Une rue vide, bordée par des murs qui s’effritent et par dessus lesquels dépassent des branches.

Vous êtes ici : pour voir nos têtes dépasser et se hurler des phrases emportées par le vent.

Chantier rue Eugène Varlin, Paris 10

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes ici : la ville, on y habite, mais on ne la connaît pas si bien, on n’y flâne pas en fait. On connaît les chemins qui mènent chez les autres, ceux que l’on parcoure souvent. On vit chez soi, chez eux, toujours à l’intérieur.

Vous êtes ici : si les rues y paraissent plus grises qu’ailleurs, c’est que le ciel prend souvent la couleur de la pluie. Mais si l’on veut marcher, on fuit la ville ; on part le dimanche respirer la mer, on remplit ses poumons d’air salé.

Vous êtes ici : à l’heure où le soleil caresse les dernières façades.

Vous êtes ici : sous la douce lumière du soleil majestueuse et impressionnante à la fois.

Vous êtes ici : la voie est aujourd’hui dégagée, la rue déserte… rien à signaler, juste quelques passants.

Chantier rue Eugène Varlin, Paris 10

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes ici : ciel lumineux, sol de pierres blanches et containers de couleurs éclatantes.

Vous êtes ici : on peut sentir des odeurs sucrées, entendre la cafetière qui fonctionne, le bruit des pages du journal qui se tournent, les enfants rirent.

Vous êtes ici : en regardant cette image, les mots deviennent inutiles. Tout y est. On sait qui elle est.

Vous êtes ici : chaque fois, c’est la même chose, cette première impression.

Vous êtes ici : la circulation est plutôt dense, « L’avenir est électrique ! » annonce un camion vert.

Vous êtes ici : la chaleur fait trembler la ligne d’horizon, il est impossible d’obtenir une vision claire des limites de cet espace urbain.

Chantier rue Eugène Varlin, Paris 10

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes ici : presque partout, le béton a poussé sur le néant pour former une ceinture autour du centre, comme si l’on voulait l’empêcher de s’enfuir.

Vous êtes ici : rien n’est organisé mais tout est harmonieux.

Vous êtes ici : j’aime voir les autres jouir d’un lieu dont je me sens propriétaire, du moins plus qu’eux, et la possibilité que j’ai de pouvoir les guider, les informer, leur faire découvrir cet endroit.

Vous êtes ici : choisissez, on trouve de tout, pour tous les goûts, en cherchant un peu dans ce dédale de ruelles aux enseignes tapageuses.

Vous êtes ici : un mélange de satisfaction, de joie, de fierté et de soulagement.

Vous êtes ici : ces moments de la vie ou rien ne semble pouvoir vous arrêter.

Vous êtes ici, Street art près de Beaubourg à Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire
  • Vous êtes ici 20 novembre 2011 19:03, par Thaelm


    Même pour celui qui est
    - comme je le suis dans mon hameau de 9 personnes à 840m des eaux les plus basses -
    à mille lieux de là
    impossible de ne pas progressivement voir partir
    au fil de la lecture
    de petit morceaux de soi vers cet ici.
    impossible de ne pas se retrouver à son tour ceinturé
    par ces anneaux de macadam où les véhicules donnent l’illusion d’aller quelque part
    alors même qu’ils ne sont que sur un gigantesque parc à voitures
    indispensable pour stocker toutes celles qui n’ont pas (encore) de place à l’intérieur.
    impossible de ne pas entrer dans ce blues syncopé qui se mue parfois en mélopée lancinante.
    ...
    pire !
    de cet ici
    parvenu au-delà du lieu où la mélodie expire
    difficile d’en sortir.

Vous êtes ici
Publié le 20 novembre 2011
- Dans la rubrique DÉRIVES
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