
Sa lumière froide, un dernier éclat. Une fausse annonce. Souvent cela sera tout. C’est après que tout cela pose problème. Mais là il n’y a que les voix et les rires étouffés. Le gouffre de la gorge et la densité de l’air. La vibration des sons et le silence. Appuyé contre ce qui se dérobe, il n’est plus possible de tenir très longtemps. Mais une dérive immobile à l’intérieur de ses entassements. Là encore, écrire. Barrer la mention inutile. Tout se transforme, s’enchaîne, doit se tenir. Un exercice d’une mélancolie joyeuse. C’est revenir aux certitudes du début, aux temps de la maîtrise. C’est retomber dans la puissance et la décantation de l’aube. Du temps passe, immobile. Plus rien ne les relie au monde, les souvenirs d’une vie antérieure, les reflets d’un autre monde.

Je regrette de ne pas parvenir à mettre à profit les moments libres, pourtant nombreux, et contigus, de cette journée. Rien n’est que ce qui n’existe pas encore. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute, et il ne craint plus. N’écoutez plus le bruit de vos soucis, ne pensez plus à ce qui vous arrive, oubliez même votre nom. La nuit se fait. Vous entendez les voix sous les tilleuls. Vous n’entendrez plus que le bruit de la rivière. Les forces qui fondent la réalité de notre monde mouvant et changeant. Et c’est à présent l’immobile qui devient une fiction. Tout le monde n’en parlera plus. Qui parle à qui de quoi ? Et le trouble vous prend comme en ces réminiscences que la vie parfois vous offre de votre propre passé.

La souffrance des souvenirs que ne contient plus aucune mémoire. Au cœur, la trace de leur passage immobile à des moments puis soudain comme emporté presque pressant. Ce n’est pas la fiction qui est moribonde, c’est la réalité. Morbide immonde. Non la chose mais l’effet qu’elle produit. Répétitions qui fonctionnent comme un refrain, une litanie. J’ai envie de retrouver la réalité rugueuse, Cette forme de vitesse là où s’entrecoupent les événements. Écrire se place entre voler et recevoir. Dans l’infinie lenteur, en pratique dans son écriture. Pas en idées, mais en choses. Écrire, c’est maintenant disperser les ombres, d’un signe en équilibre, pas de portes dérobées, de la mémoire, dans un vertige immobile. Dans le silence, rien d’autre que le silence dans ses formes nues.
Les images sont extraites de deux site que je vous invite à suivre sur Tumblr : From me to you et If we don’t, Remember me.
Dans le cadre de sa résidence à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil, Anne Savelli m’invite à présenter Les lignes de désir, mon projet de fiction en cours d’écriture.
Les lignes de désir sont des passages coupant à travers parcs et espaces verts, visibles sous forme de pistes de terre mal dégrossies ou chemins marqués dans le paysage à mesure d’un piétinement journalier.
Lecture multimédia du texte, par Pierre Ménard et Anne Savelli, suivie d’une rencontre, jeudi 19 mai 2011 à 18h00, à la Bibliothèque Robert-Desnos à Montreuil.
