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Dictionnaire insolite de Florence, par Lucien d’Azay


« Il existe 34 plaques de marbre à Florence où sont gravés des extraits de chants (canti) de la Divine Comédie de Dante (neuf citations de l’Enfer, cinq du Purgatoire et vingt du Paradis), chaque tercet faisant référence soit à l’endroit où la plaque a été fixée, soit à un événement qui s’y déroula, soit à un personnage ou à une famille dont la demeure s’élevait sur l’emplacement. Au n°1 de la via Tornubuoni*, sur la façade de la tour des Gianfigliazzi, figurent les vers suivants (Enfer, XVII, 58-60) :

E com’io riguardando tra lor vegno, / In una borsa gialla vidi azzurro / Che d’un leone avea faccia a contengo.

« Et comme j’arrivais en regardant parmi eux, / Je vis, sur une besace jaune, du bleu / Qui avait la face et le port d’un lion » (allusion aux armoiries des Gianfigliazzi : lion d’azur sur champ d’or).

Mais le mot canto signifie également « coin » : c’est ainsi qu’on désigne, sur d’autres plaques, certains carrefours réputés, dont le surnom s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui. L’angle que forme le Corso avec la via de’ Cerch s’appelle par exemple canto di Croce Rossa en raison de deux plaques arborant des croix rouges, entre lesquelles se trouve un tabernacle en saillie, avec un buste du Rédempteur derrière une grille. Au XIVe siècle, l’édifice était le siège de la plus ancienne pharmacie* de Florence, la Spezieria della Croce Rossa (sans rapport avec l’organisation fondée en 1863 par Henri Dunant). »



« La conjuration des Pazzi est à l’origie des mesures draconiennes que prirent les Médicis pour éviter les attentats et les émeutes populaires : garde prétorienne, services secrets, police répressive. Mais la plus spectaculaire est la construction que Cosme Ier commande en 1565 à Giorgio Vasari : le fameux Corridor qui relie le Palais Vieux au palais Pitti, d’après un passage qui unissait le palais de Priam à celui d’Hector dans l’antique Troie. Il permettait au futur grand-duc de Toscane de se rendre de l’un à l’utre sans s’aventurer dans la rue. Il fallut seulement cinq mois à Vasari pour réaliser cette galerie couverte d’un kilomètre de long qui part de la « chambre verte » d’Éléonore de Tolède, l’épouse de Cosme Ier, longe l’aile gauche des Offices et se change en passage aérien au-dessus du Ponte-Vecchio. Rive gauche, après avoir contourné la maison-tour des Mannelli, elle coupe la via de’ Bardi, passe au-dessus du portique de l’église Santa Felicità (les Médicis, à jamais traumatisés par l’assassinat de Julien dans la cathédrale, assistaient ainsi à la messe sans se mêler à la foule) avant de déboucher dans le palais Pitti. on a comparé cette « version aérienne du souterrain » au trajet recouvert d’un chat de gouttière. À l’image du règne claustral et secret de Cosme Ier, souverain circonspect, entouré d’espions. »

« À Florence, come à Paris (Choderlos de Laclos en suggéra l’idée), on a adopté le principe de numérotage dans le sens du cours du fleuve pour les rues parallèles, alors que le fleuve est le point de départ pour les rues perpendiculaires. Mais le numérotage florentin a une singularité. À l’origine, chaque immeuble était numéroté suivant un itinéraire aussi complexe que celui de la numérotation par sextiers à Venise. Certains de ces anciens numéros, gravé dans le marbre, sont encore visibles, comme le 1702 piazza Pitti. Le Palais Vieux portait le numéro 1, et le dernier (8025) se trouvait Mozza, près de la plazza Santa Croce. Ce système unitaire, peu pratique, fut réformé en 1865 au profit du numérotage actuel, rue par rue, place par place. Si ce n’est qu’est venue s’y superposer une numérotation « professionnelle. » Les numéros bleus indiquent les domiciles privés, et les numéros rouges les édifices publics et autres établissements. Les deux séries ne correspondent presque jamais. »

Dictionnaire insolite de Florence, Lucien d’Azay, éditions Cosmopole, 2015.


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