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LIMINAIRE
Nous l’aimions tant que ça, Glenda ?
Tu revois ce moine des ordres mendiants, qui ne voulait ni mourir ni vivre. La paix était sur son visage, débordant et excluant, insondablement, tous les attributs, toutes les voies... Tu pressentais comme une rivière que descendraient des barques de grenat et de noir, des feux entre les rocs, saveur de pain, toucher de doigt, licorne, narval, (...)
GNOSES
Ébauche qui ne tend qu’à ce qu’elle renvoie, les pas dans la nuit, l’avance énigmatique du chat, le vent qui bat aux vitres comme si, entre pardon et éveil, tu nous avais une dernière fois revus... Légiférer contre les oukases du monde, de l’Un fustigeant ses voilements et ses remords, enfin voué à l’éblouissement qui le comble, s’en allant vers le (...)
VOYAGES II (1970)
HALD (Jutland) Tu es cette heure d’exil, ouverte à l’enfance des gestes. Au silence des galets, à leur avidité, lisse, aveugle. Au trop plein d’herbes minutieuses. Qui te dira pourquoi est-elle revenue, la chance que tu ne guettais plus, trace mouvante du partage ? Tu te tais, tu te cognes, de partout tailladé, avec un sourire de vieille (...)
VOYAGES
SAN GIMINIANO, Toscana (1972) Du temps où nous dispersions la lumière neutre, t’en souviens-tu, sur l’une ou l’autre de ces crêtes grises, l’aveu de la chose à venir, déni, grain levé, grappe, rafale, strie... Il t’a fallu dénaître, depuis, renvoyer la verte indifférence, réconcilier l’intelligence de la brume et la première imprécision des hymnes... Tes (...)
THERE ARE MORE THINGS... (1974)
Pas plus de traces que de preuves : seule, l’indue gratuité des passages. Ô les gestes de craie, le périple des souffles sur le dernier promontoire – ces enfants aplatis, déguisés, dedans l’assèchement qui n’accueille pas. (Non pas un quelconque but, mais le BOUT : car il ne se peut pas qu’un homme se soit autant plongé dans la dévastation sans (...)
FREVO RECIFENSE
Arracher tout horizon comme toute assise, sans jamais les punir tels qu’à l’heure du Retour ils t’effacent. Contre les préjugés du global, les mépris qu’ils engendrent, les déracinements qu’ils gèrent, sachons ne jamais oublier que, oui, il y a, il y aura toujours des territoires, des appartenances, des paysages, des langues, des espaces pétris de (...)
LIMES (fragments)
Qu’on te rende le vacarme multiplié de l’affût, l’archer et ses amulettes, là où rien n’avilit, mais accompagne, saisie de l’araignée dans sa transparence... Tu pouvais désormais t’éloigner sans dévoyer ou trahir des rites, te souvenir sans soumission de tout, la fraîcheur sombre, le pli déclos lovéen ces temps enfin à part, une distance creuse, (...)
ZEN
J’ai su que je ne savais rien de rien sur rien le jour où j’ai rencontré ces quelques lignes lentes et fermes, m’éclairant avec douceur et ironie du fond des âges : « Avant d’étudier le Zen, je croyais que les fleuves étaient des fleuves et les montagnes des montagnes. Tandis que j’étudiais le Zen, j’ai su que les fleuves n’étaient pas des fleuves (...)
Écrire
Ce monde est éclaté (ou absent) ; ce langage lui ressemble, qui l’épouse en creux. Et si nous le jouons, son impassible ténacité nous joue, elle aussi : « reflet » d’une tension, certes, mais reflet qui se refuse, immuable au centre de la dislocation, qui se perd en s’assumant pour PRODUIRE et non pas pour REFAIRE. Langage qui nous parle jusqu’aux (...)
FILIATION
D’être qui tu es, le délire en bout de piste ne suffit plus. Ni le temps, cette vieille fille. Ni cette banquise à détisser. Pas même un beau lâcher de faucons. Depuis que la dialectique a loupé la dernière marche, un sommeil narquois , en attente de vide...Ou alors débris d’un paysage, cuir des nuits rutilant dans la coulisse, à l’orée aplanie des (...)
TÉMOINS
Nazim HIKMET : Teindre les miroirs, enjamber la tonsure de l’hiver, à l’approche de cette brusque giclée de lumières. Pari sur l’avènement de la bataille d’aujourd’hui, pas sur l’issue de celles à venir. Ton pli, ton joug, ta chance.... Octavio PAZ : La fenaison vénale te requiert. Qu’importe si la nuit aztèque exhibe ses pluriels, si le temps joue à (...)
De la critique...
Il nous semble qu’avant même de poser et de se poser les questions que immanquablement surgiront, il conviendrait de définir avec plus de précision la notion même de « critique littéraire ». Nous lisions récemment sur le [site de Fabula|http://www.fabula.org/] un article sur le livre que Dominique Viart a consacré à l’œuvre de François Bon ; après (...)
L’APPEL
A Lacan ses lacunes (MissTic, la belle graffiteuse) C’est là, sur l’autre scène, que se dénoue ce jeu à la fois opaque et cohérent, celui dont le secret, naguère signe vide, se remplit et se reconnaît : lente reconquête sans noyau ni contour, où les deux se rejoignent dans le sillage de cette main d’ombre jusqu’au nœud de son inaltérable effacement. Ni (...)
RIMBAUD, LE FILS
À Pierre Michon, à ce qu’il fut, à ce qu’il est, où qu’il soit Frêle noyau, livrant ses choix aux vents, aux carrefours, aux brins d’herbe, pierres gisantes où ne demeure que ce qui devient deux, s’innocente, s’incurve, s’abaisse à ses propres poussières... Ici le lieu n’est plus enclos ni territoire, don d’emblée saisi, lest de chance, dépouille des (...)
SÃO LUIS DO MARANHÃO, BRASIL
Toison, moelle des feux, frayeur du lieu qu’ils peuvent enfin trouer et teinter pour en détisser la rumeur, faces se mirant en creux comme pour y remonter l’Autre, fils des vents, derviche du côté des lumières, qui s’écarte, se laisse porter, glisse où la houle l’entraîne - lui qui n’a connu ni le baiser qui parjure, ni la main qui berce et délie... Assis (...)
Parages...
« On n’aime pas parce que, mais malgré ; non pour les qualités mais malgré les défauts. » William Faulkner « Celui qui est incapable de faire un mauvais tableau ne mérite pas d’en réussir un bon. » Max Ernst « Un temps long avait passé, aussi peu racontable que l’oubli. Vous le savez : N’existe que ce qu’on dit. Ni vous ni moi ni personne n’existons sans (...)
Désigner
Nommer. Ce qui en vient appartient déjà à l’oubli, au bris, au ressac, aux fêlures... Tout nom, tien ou d’autrui, est chose inguérissable ; c’est d’un biais plus dru que toute lame qu’il te faut l’évider en ce jour de traversée vers la « pure contradiction », cette « joie de n’être le sommeil de personne » dont Rilke nous voulait les silencieux témoins... (...)
André Rougier
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