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Photographies sans photographes ?

Ce que j’aime avec cette image c’est qu’elle pose la question de l’auteur de la photographie.

Ce que j’aime avec cette image c’est qu’elle pose la question de l’auteur de la photographie. Jon Rafman l’a inventé il me semble, premier je crois bien à l’avoir capturée, en hommage à la célèbre photographie de Doisneau, du baiser de l’Hôtel de ville.

La différence entre les différentes captures d’écran : l’angle de prise de vue ? le cadrage ? Est-ce l’antériorité qui signale la valeur de l’œuvre ? Ou tout simplement l’œuvre elle-même (l’ensemble de la série dans laquelle elle s’inscrit qui valide l’originalité) ?

D’autres artistes ont également travaillé sur ce cliché, comme Michael Wolf, par exemple, dans la série Paris Street View ou Nils Warolin ou Nicolas Baudouin notamment), elle est facile à trouver sur Google Street View, il suffit de reconnaître la place Saint-Michel à Paris pour s’y rendre.

« J’ai commencé à m’intéresser à Google Street View (GSV) en 2009, écrit Nils Warolin. L’intérêt du système photographique de Google est de délivrer une image sans « point de vue » totalement mécanisée et aléatoire, que l’on pourrait dire « neutre » (au sens employé par Barthes d’un « apparent » renoncement au sens) et cela sur une échelle géographique impressionnante. De la Street Photography sans photographe en quelque sorte. Se trouve ainsi disponible une masse de photographies qu’il est possible de s’approprier pour les isoler, les modifier, les assembler, les retravailler en les détournant de leur destination initiale (la fonction web de guide photographique). »

Nils Warolin s’est plongé dans Google Street View, à la recherche de quelques « instants décisifs saisis par ces nouveaux Cartier-Bresson mécanisés. »

Quelques exemples sur le territoire parisien :

Couple de vieux sur un banc du bois de Boulogne, Arrêt d’autobus, Cabine téléphonique, Le Baiser place Saint-Michel (qui détourne à distance et de manière totalement aléatoire Le baiser de l’Hôtel de Ville de Doisneau), Mobylette boulevard Saint-Michel.

« Bien que l’image soit obtenue par un appareil photo automatique, estime l’artiste, le spectateur ne peut s’empêcher d’interpréter l’image, et d’y chercher du sens. » Or Street View enregistre tout sans accorder de signification à rien, observant le monde d’un regard détaché et indifférent. « Nous sommes bombardés d’impressions fragmentées, noyés sous les données, mais souvent nous voyons trop de choses sans rien en retenir », constate l’artiste qui questionne la prétention impérialiste de Google à ordonnancer l’information pour nous, fixant le cadre de nos connaissances et perceptions.

Nicolas Baudouin a participé au numéro 6 de la revue d’ici là sur Publie.net. Il y a quelques jours il a diffusé sur Facebook une version du baiser de la Place Saint-Michel m’informe que la photographie a disparu Google Street View ayant produit de nouvelles photographies à cet endroit de Paris.

Je vais vérifier sur Internet, je suis heureux qu’elle y soit toujours et en même temps la remarque de Nicolas Baudouin sur sa disparition me laisse rêveur sur le travail de mémoire à effectuer avant que la Google Car efface toutes nos captures de ses photographies involontaires...

Série photo Bons baisers de Google Street View :


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