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Séance 166

Proposition d’écriture :

« Chaque heure est un poème, chaque poème une heure. Un voyage de l’infime, éclats, fils, feux, fraîcheur, moiteur des corps… Vivacité, violence, naissance et mort, un passage de l’insaisissable… La voix de ce qui se tait mais insiste… Le compte de ce qui ne s’ajoute pas mais recommence. »

Vingt-quatre heures l’été, Jacques Ancet, éditions Lettres Vives, 2000.

Présentation du texte :

« Il y a dans tout poème une bouche obscure, muette qui compte. Et ce qu’elle compte c’est l’irréversible qui revient. Elle dit ce qui est là et n’y est pas, ce qui s’éloigne, ce qui s’approche. Elle est la bouche du présent. » « Tout ce qu’on a pensé d’intelligent, écrit Goethe, on l’a déjà pensé ; ce qui nous reste à faire c’est de le penser de nouveau. » L’été est une saison lente. Ce texte de Jacques Ancet porte sur la sensibilité aux heures, le sentiment éphémère, les sensations des corps.

Extrait :

« Dix-neuf heures

On ne cherche plus, on est là, on écoute le vent, son bruit de mer dans les feuilles ou dans l’enfance. Le corps va rentrer dans la douceur de ce qui trouve un nom. Entre le jour, son envers il y a comme une fissure, aux vitres comme des flammes qui ne brûlent plus. Les mains reviennent vers les objets, les visages vers leur image. Le souffle de l’éphémère à sept heures tisse les ombres, les détisse. Un peu de cendre se mêle au bleu, au présent un peu d’oubli. Le soir ressemble à de l’eau : on l’attend, on ne le voit pas.

Vingt heures

Que l’on compte huit ou vingt on comprend que la lumière est en sursis. Maintenant dedans et dehors échangent leurs privilèges. On habite également dans les feuilles, et dans les murs. D’un espace à l’autre courent les fils d’un impalpable réseau. Les portes n’arrêtent plus l’allée-et-venue des corps. La lancette des grillons larde la lueur des chambres où pérorent les speakers. Il faut revenir au ciel qui est ce qu’on a de mieux en matière de spectacle : le rose traverse le bleu l’ombre le clair, le clair l’ombre. C’est l’heure de l’intermède. »

Auteur :

Jacques Ancet est né à Lyon en 1942. Lecteur de français à l’Université de Séville puis longtemps professeur d’espagnol en classes préparatoires aux grandes écoles, il a animé dans les années 70 ateliers d’écriture et spectacles d’initiation à la poésie contemporaine par le texte et la chanson, puis organisé, dans les années 80, des lectures-rencontres au Centre Culturel d’Annecy. Il vit et travaille près d’Annecy . Prix Nelly Sachs 1992 et Prix Rhône Alpes du Livre 1994.

Outre un cycle de poèmes romanesques : L’Incessant (Flammarion, 1979), La Mémoire des visages, (Flammarion, 1983), Le Silence des chiens (Ubacs, 1990) et La Tendresse (Mont Analogue, 1997), il a publié une quinzaine de livres de poèmes dont, dernièrement, Le bruit du monde (Paroles d’Aube, 1993), La chambre vide (Lettres Vives, 1995), A Schubert et autres élégies (Paroles d’Aube, 1997), et L’Imperceptible (Lettres Vives, 1998). Il est également essayiste : Luis Cernuda, (Seghers, 1972), Entrada en materia, (Cátedra, Madrid, 1985) Un homme assis et qui regarde (Jean-Pierre Huguet Editeur, 1998) et traducteur : Antonio Gamoneda, Pierres gravées, (Lettres Vives, 1996), Jean de la Croix, Nuit obscure, Cantique spirituel, (Poésie/Gallimard, 1997), José Angel Valente, Trois Leçons de Ténèbres, suivi de Mandorle et de L’Eclat (Poésie/Gallimard, 1998 ), Ramón Gómez de la Serna, Le livre muet (André Dimanche, 1998).

Liens :

Le site personnel de Jacques Ancet

Ancien blog de Jacques Ancet Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet Un article sur Jacques Ancet dans L’Humanité

Présentation de Jacques Ancet sur Poezibao Jacques Ancet sur le site de Jean-Michel Maulpoix Entretien avec Jacques Ancet sur le site de la revue Prétexte


LIMINAIRE le 24/06/2019 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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