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LIMINAIRE
Séance 193



Proposition d’écriture :

Faire remonter des souvenirs lointains, souvenirs amoureux, souvenirs des lieux de l’enfance et des parents, des voyages aussi, pour constituer le matériau de l’écriture, en bifurquant du réel au ressenti du réel, du détail à l’émotion du détail, de la ressouvenance au désabusement ironique de la ressouvenance. Dans des textes où se succèdent divers mètres, de l’heptasyllabe à l’alexandrin, et des formes strophiques anciennes, dont la ballade.

Immense existence, William Cliff, Gallimard, 2007.

Présentation du texte :

« Immense existence qui vient de paraître, écrit Xavier Houssin dans Le Monde, offre un étonnant prisme de regards en arrière. Amours, amants de rencontre, bourlingages hors du temps, géographie lointaine et villes portuaires. Ce sont juste des poèmes auxquels je tenais, explique-t-il, rassemblés presque instinctivement. »

« J’écris très lentement et j’essaie d’être le plus exact possible, écrit William Cliff. Plus vous êtes exact plus vous dîtes des choses hors de ce qui est dit puisque nous sommes tous différents ».

> Extrait :

« Le sommeil du père


mon père se plaignait souvent de courbatures

il poussait des jurons en se frottant le dos

ou soudain écrasé par excès de fatigue

il tombait en sommeil comme un sac n’importe où

les jambes écartées menton sur la poitrine

il dormait effondré sous le poids du travail

et parfois même à table poussant son assiette

et le front sur ses mains il tombait endormi

alors très doucement nous ôtions sa serviette sous son front et ses mains nous ôtions le couvert nous débarrassions la table furtivement sur la pointe des pieds nous désertions la salle

afin qu’il prenne comme il faut tout son repos

nous le laissions le front appuyé sur la table

où il dormait vaincu comme une bête morte

mais plus tard nous entendions crier dans la salle

il hurlait parce que le sommeil le quittait

son corps courbaturé partout lui faisait mal

ses doigts restaient en marques rouges sur sa peau

il sortait fâché du sommeil : c’était si bon

d’être parti ainsi loin de tous ses soucis !

et jurant maugréant il allait chez Marie

à la cuisine boire un coup de café noir

puis il sortait il démarrait on entendait

les pneus sur le gravier la peur était finie

nous reprenions nos jeux nos guerres fratricides »

Immense existence, William Cliff, Gallimard, 2007, pp. 99-100.

Présentation de l’auteur :

William Cliff (pseudonyme de Albert Imberechts) est né le 27 décembre 1940 à Gembloux, en Belgique, quatrième enfant d’une famille de neuf. Etudes de Philosophie et Lettres à Louvain. Mémoire de licence sur le poète catalan Gabriel Ferrater (influence déterminante). Raymond Queneau accueille ses premiers poèmes et l’encourage. Professeur de français, Cliff voyage beaucoup. En Catalogne, bien sûr, et en Espagne. Dans toute l’Europe occidentale. En Inde, en Égypte, en Turquie. En Amérique, du Nord et du Sud.

Liens :

Présentation du livre de William Cliff sur Poezibao

Présentation de William Cliff sur l’encyclopédie Wikipédia

Dossier sur William Cliff dans le magazine Le Matricule des anges

Extrait sonore

William Cliff : Immense existence
Publié le 13 juillet 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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