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LIMINAIRE
Séance 142



Proposition d’écriture :

Le texte évoque sa propre élaboration, engendré par la démarche même de son écriture, et cette dernière se réalise à mesure qu’elle se reporte, qu’elle s’essaye elle-même en hypothèses, produit à intervalles réguliers des interrupteurs syntaxiques remettant les compteurs narratifs à zéro, sans l’effet d’un procédé appliqué mécaniquement, mais en mettant en jeu, dans une dynamique de la coupure, de l’élagation, une tension qui fissure les mots, les fait entrer en fusion.

Couper les tiges, Virginie Lalucq, Comp’act, 2001.



Présentation du texte :

Couper les tiges est le premier et singulier recueil de Virginie Lalucq, jeune femme-poète se livrant sèchement (mais avec jubilation) à un travail de dégraissage de l’écriture poétique, ou plutôt, comme le titre l’indique, à une activité d’élagation de l’écriture par l’écriture, consistant à résister, à s’opposer ironiquement à l’accomplissement "naturel" du poème, à aller à l’encontre de son propre mouvement métaphorique, sans qu’il soit pourtant question de castrer qui que ce fut, et surtout pas les mots. Dans ces pages, l’infinitif est présent au même titre que les fleurs... Ce que préfère cette surprenante jeune poète-fleuriste, dans son métier ? Oui, couper les tiges. Clouer leur bec aux mots.

Extrait :

« 18

Quand il a demandé : « comment tu t’habilles l’été ? », elle n’a pas osé lui répondre : « nue ; toute nue ; avec ma nudité. et quelquefois, avec un maillot de bain, en guise de cache-sein. »

Alors elle a dit : « avec des couleurs. »

« rouge et vert tilleul. »

Quelle rose-trémière,

cette fille !

19

Il aurait pu rétorquer :

ce geste, j’aime, quand tu dégraffes ta phrase ainsi...

C’est ce qu’il fit.

ô mon loup ! mon lou panar !

20

Si elle avait pas fait fleuriste,

elle aurait fait roseraie roseraie sauvage

ou bien danseuse

gogodanceuse dans un champs () coquelicots

21

Mais elle tenait trop à voir, à quoi elle ressemblait, sa phrase, lorsqu’elle la dégraffait, toute seule, devant son miroir

22

Elle aurait dit :

Haut les mains ! Peau d’lapin !

La maîtresse en maillot d’bain !

Et il aurait levé les bras.

23

Il aurait dit tu es belle, tu es belle comme un aérogare un horo

dateur à explosions ô ma girargue,

tout d’organdi vêtue !

24

Alors j’ai pris - alouette, gentille, alouette ! - mes ailes à mon cou et j’ai déguerpi !

Couper les tiges, Virginie Lalucq, Comp’act, 2001, pp-35-36.

Présentation de l’auteur :

Née en 1975, Virginie Lalucq vit à Paris. Elle a publié Couper les tiges (Comp’act, 2001) et Fortino Samano (avec Jean-Luc Nancy, Galilée, 2005) et a participé à l’anthologie Autres territoires dirigée par Henri Deluy chez Farrago. Elle vient de réaliser un livre d’artiste avec Hubert Renard (Une ressource requise était non, à paraître). Elle a publié dans les revues Action poétique, Action restreinte, L’Animal, Les Cahiers de Benjy, Hypercourt, Issue, FPC, Java, Nioques, La Polygraphe, Po&sie, La revue des ressources, remue.net, Sitaudis, Vertebra (Chili) entre autres et participe régulièrement aux Lettres françaises (supplément culturel de l’Humanité). Nombreuses lectures publiques individuelles et collectives.

Liens :

Un texte de Virginie Lalucq sur remue.net

Un article de Ronald Klapka sur le livre Fortino Sámano

Site de l’éditeur du livre de Virgine Lalucq

Songdogs_______ l’usine à viande, texte de Virginie Lalucq paru dans les Cahiers de Benjy

Perfovérif, texte de Virginie Lalucq paru dans les Cahiers de Benjy

Virginie Lalucq : Couper les tiges
Publié le 21 juillet 2006
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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