Proposition d’écriture :
Les histoires ne sont pas faites pour vivre au village, mais pour circuler en nous. Pour cela il faut un voyageur, qui sache faire résonner la très vieille chanson du feu et de l’eau. Oralité, oralité, le monde n’est que paroles souvent enfouies et une voix gueule au milieu de cet enfouissement pour nous les redonner. « Va de par le monde, vois beaucoup de choses, reviens et raconte-nous tout » dit une injonction des Indiens Crees. Suivre cette injonction en décrivant ce qu’un oiseau peut voir, en plein vol dans le ciel, du paysage. La poésie est acte sacré, purification, rite, célébration. Parler par délégation de verbe. La peur alors nous quitte. Le voyage peut enfin vraiment commencer.
La définition de l’aigle, photographies du paysage, encres de Balbino Giner, Serge Pey, Éditions Jacques Brémond, 1987
Présentation du texte :
Serge Pey écrit tous ces textes sur des bâtons : « Mêlant l’écriture poétique à la performance, au happening et aux arts visuels, Serge Pey a inventé une nouvelle façon du poème. Dans la transgression de toutes les frontières de l’art (plasticien, musicien de la voix, écrivain, philosophe direct, performeur, poète sonore), ce réalisateur de poésie physique a porté les relations entre l’écriture et l’oralité à des sommets jamais atteints. Héritier d’Artaud, il est un de nos rares contemporains à incarner publiquement les relations complexes unissant dans la diction les phénomènes de possession et de dépossession. »
Ce « tisserand des mots » : poète démiurge, poète acteur, poète « marcheur » et engagé, « champteur » – car tout poète est un créateur de champ – ou encore, « poète aux bâtons ». Serge Pey aime cette dernière appellation. En effet, le bâton est au centre de sa poétique et symbolise la poésie-action : « Entre l’auditoire et lui, il y a le bâton ; il figure le concept de poésie-action, comme un trait d’union qui sépare. »
Extrait :
« XIII
Et entrer dans le monde
qui commence
Le matin se déploie
sous l’aile du rapace
un fleuve vole
A terre d’ailes
Nos mains
XIV
Ou bien le rapace
lance un cri
Sa clairière
des muettes
Le silence des ronces
mange les linges abandonnés
Des lettres éparpillées devancent
les fleurs dans l’hiver
XV
Ainsi
l’Immense
a un oiseau
qui met le ciel
en cercle
XVI
Le ciel
cri du rapace
XVII
Le ciel
descend jusqu’au cri
du rapace
XVIII
Le cri du rapace
jonction des ciels
XIX
L’œil du rapace
le ciel est sur nous »
La définition de l’aigle, photographies du paysage, encres de Balbino Giner, Serge Pey, Éditions Jacques Brémond, 1987
Auteur :
Serge Pey est un écrivain et poète français né à Toulouse le 6 juillet 1950. Il a crée une revue nommée ’’Émeute’’ en 1975, suivie de ’’Tribu’’ en 1981. Avec Los Afiladores : les aiguiseurs de couteaux, il met en œuvre la poésie d’action-Flamenco. Il enseigne actuellement la poésie contemporaine au Centre d’initiatives artistiques de l’Université de Toulouse-Le Mirail. Créateur de situations, il rédige ses textes sur des bâtons avec lesquels il réalise ses scansions, ses performances et les rituels de ses poèmes d’action.
En France, ses performances ont été présentées sur tout le territoire (Marseille, Toulouse, Auxerre, L’Échelle, Reims, Chaumont, Avignon, Brest…) et diverses fois au Centre Pompidou, au Marché de la poésie, à l’Odéon, à la Mutualité… Acteur du groupe international de la poésie directe, il se produit fréquemment à l’étranger, souvent entouré de ses amis, artistes et musiciens. Il s’est ainsi rendu au Mexique, au Maroc, en Espagne, au Chili, en Argentine…
Liens :
Les mots de la terre fertile, un texte sur Serge Peu sur le site d’Esprits Nomades
Présentation de Serge Pey sur le site Poezibao
Enregistrements de performances en mp3 libres sur erratum.org