Proposition d’écriture :
Ébaucher un récit de voyage, avec tous ses éléments constitutifs, mais dispersés dans un temps discontinu, avec les petits détails techniques des préparatifs, les sacs qu’il faut remplir, les affaires qu’on emporte, celles qu’on oublie, les cartes qu’on déplie une fois arrivé, la langue qu’on ne comprend pas, la surprise des premiers jours, les errances, les incertitudes et les menues joies qui vous saisissent. Toutes choses qui nous traversent, dont il faudrait saisir et comme arrêter l’identité fugitive, en notant avec fébrilité l’apparition sous la forme de « fragments » dérisoires, laissant toujours insatisfait.
Une écriture traversée par une vibration, un tremblement d’angoisse, qui se précipite le regard de vision en vision, enchaînant des détails fragmentaires et étranges, par delà les précipices d’une absence obsédante, et qui vous enivre tout au long d’une longue mélopée brutale mais mélodieuse. Comment ne pas aimer avec passion ?
Extrait :
« Fragment arraché au petit carnet
japonais une preuve : nuages bleus
traversés d’éclairs blancs, yesterday at
6.20, today maximum weather and
clouds on n’en saura rien.
Un homme sous l’arbre. Un homme
fume et boit une bière. Un homme
écrit. Son visage semble jeune. Sa
main bouge mais sa bouche
demeure invisible.
ainsi dans le ciel gris.
L’écran nacré de la moustiquaire.
Déchiré, décollé. S. dit : douce-
ment. Réfléchis. »
Chao Praya, Sereine Berlottier, Editions Apogée, 2007.
Présentation de l’auteur :
Sereine Berlottier est née en 1971. Elle vit et travaille à Paris. Elle a publié des textes dans plusieurs revues (Perpendiculaire, Bleue, Exit, Triages, Le Nouveau Recueil, remue.net.) et un roman, Nu précipité dans le vide, paru aux éditions Fayard en 2006.
À signaler, une importante séquence de textes Chao Praya, dans le numéro 79 de Le Nouveau Recueil, juin-Août 2006, présentée par Benoît Conort.
Liens :
Présentation du livre de Sereine Berlottier sur la revue Remue.net