Proposition d’écriture :
À partir d’un texte préexistant, dans lequel on a sélectionné un ensemble de mots, de phrases, de façon imprévue, en cherchant autre chose, voire rien de particulier, dans une approche issue d’une démarche heuristique qu’on appelle sérendipité, faire affleurer des histoires en filigrane, morceaux d’un roman, récits à demi-mot, microfictions, nouvelles en devenir. Une succession d’instantanés qui scintillent, en vrac. Composer le travail d’une réparation unifiante, inventer des liaisons nouvelles, entre ces mots choisis dans ce corpus dont on s’est imposé le rythme de prises et l’ampleur du tamis. Les tableaux fissurés se refont ailleurs. Et les scènes enfuies le sont dans le mouvement qui les tisse.
Dans l’évidence et le vif de l’éclat ou de l’épars, Le spectre des armatures est le travail d’une réparation unifiante, de liaisons nouvelles. Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution. Des fragments mobiles, une armature apparaît. Toute une série de signes, d’allusions disparates. Des histoires affleurent, filigranées, morceaux d’un roman, récits à demi-mot, microfictions, nouvelles en devenir. Une succession d’instantanés scintillent, en vrac. Les tableaux fissurés se refont ailleurs. Et les scènes enfuies le sont dans le mouvement qui les tisse.
Extrait :
« Pour bouleverser à ce point. Une autre fois, je crus les entendre, je ne pus distinguer d’abord ce que c’était, sans rien voir, d’une pièce voisine. Après avoir si souvent cherché à me les imaginer. Une traduction. Elle lui avait sans doute demandé de nier.
Tirer de lui ce langage inconnu qui semble désigner et commenter toutes les phrases. Un malade qu’on opère sans l’avoir endormi. Si nous ne savons pas de quoi il s’agit. Ce que j’avais moi-même ressenti de fort différent, que nous n’éprouvons pas. Je sentais bien, à ses nouvelles manières, froides et évasives, ne pouvant plus lui inspirer d’amitié. Une façon de ne pas faire attention. La même manière nerveuse et aussi dans la voix des intonations pointues et affectées. Afin d’accomplir l’évolution, une affection autrefois si grande.
Donner une autre signification. Parfois pourtant, chez ce dernier, les paroles revenaient m’inquiéter à l’aide de traits impersonnels. Depuis qu’ils étaient devenus susceptibles de lui donner des désirs, il en avait donné une autre lui-même, invisible pour moi. Une certaine hauteur et attitude physique.
Je me rappelais cette année-là, en parlant, désespéré jusqu’à craindre qu’il se tuât. L’individu exprimant ses particularités, qu’il ne me rendait plus, quand il adressait la parole à certains hommes. Et nullement des goûts spéciaux, aucunement ces goûts. Elle avait voulu le quitter. »
Le spectre des armatures, Pierre Ménard, Le Quartanier, 2007.
Présentation de l’auteur :
Philippe Diaz est né en 1969, il vit à Paris. Il est bibliothécaire. Pierre Ménard est le pseudonyme qu’il a choisi en tant qu’écrivain. Il anime régulièrement des ateliers d’écriture et de création multimédia. Présent au travers d’interventions en revues, ainsi que sur supports sonores, en radio, notamment dans l’émission Les passagers de la nuit de France Culture et sur Internet où il développe, parallèlement à son activité littéraire, une production sonore à travers ses audioblogs (Page 48 : lectures versatiles, et Radio Marelle : poésie sur écoute), et ses créations sonores. Il participe au comité d’orientation et publication de Publie.net où il anime la revue de création d’ici là. Ses ouvrages : Le spectre des armatures, Le Quartanier, 2008. En avant marge. En un jour (avec Esther Salmona) en 2008 et deux temps trois mouvements, en 2010 sur Publie.net. Quand tu t’endors (album illustré par Mini labo), Actes Sud Junior (ouvrage traduit en italien).
Liens :
Présentation de Pierre Ménard sur le site de son éditeur Le Quartanier
Marelle : zone d’activités poétiques
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