Proposition d’écriture :
Donner corps à l’effort de définition dans une suite de variations sur des notions classées par ordre alphabétique. Procéder par raccourcis, enchaînements de relatives, renversements de perspective, éclatement presque soudain d’une formule presque magique.
Glossaire, Marc Cholodenko, P.O.L., 2007.
Présentation du texte :
Suite de variations sur des notions classées par ordre alphabétique. Vade-mecum métaphysique fait de fulgurances et de détours. Les circonvolutions ne manquent pas. Syntaxe étrange mais rigoureuse, procédant par raccourcis, enchaînements de relatives, renversements de perspective, éclatement presque soudain d’une formule presque magique. Une langue aux prises avec l’impossible vérité d’un mot.
« Comment comprend-on ? écrit Marc Cholodenko, je ne sais pas. Car ce que je comprends, je le comprends trop peut-être - de manière trop compacte et abrégée, et, surtout, circonstancielle et éphémère - pour le faire comprendre, pour que on le comprenne et même, même pour le faire comprendre à ce moi-même qui a partie liée au on. Je m’entends, pourrait-on dire, mais comment, et jusqu’où - cela je ne saurais le comprendre. Ainsi, tout au long de ce recueil de définitions, la solitude essentielle et extrême que constitue et suscite notre confrontation aux notions les plus communes et les mieux partagées, cette solitude, habituellement ignorée ou niée, est reconnue, honorée, développée. »
Extrait :
« Le monde ne reconnaît pas l’amour et l’amour ne connaît
pas le monde. Ces royaumes, les seuls, et pourtant séparés,
consubstantiels et séparés. Ainsi l’amour doit être mendié
au monde et le monde contenu dans l’amour. L’amour est
infime dans l’infini du monde qui n’est pas – qu’un mot
qu’a l’amour pour se mendier et glorifier l’aumône qu’il est.
L’un à l’autre ils ne sont pas, que l’un vers l’autre, que la
mendicité vers l’aumône, la constance d’une relation, la
double direction d’un trajet à sens unique. Si bien que le
monde donné ne peut se trouver que dans l’amour mendiant
et l’amour mendié dans l’infinie, irréelle capacité du
monde à être glorifié. L’amour, quand il se mendie au
monde, s’y voit puiser, impérieux, à satiété, y étendre tout
l’empire de l’intime, à dimension de son ardeur, créé pour
sa satiété. Une déchirure immense qu’il y ferait comme un
poing dans une cloison de papier ouvrant à l’air, l’horizon,
et, par-delà encore, ce qu’il appelle le monde. Le passereau
qui glane un grain fait plus, maître qu’il est, jusque dans son
besoin, et sa fin, de son monde. Certes ce monde-là n’en est
pas un mais celui de l’homme, s’il a un nom, ce terme qu’il
lui assigne, est encore moins, un brin, pas plus long que son
souffle, la durée d’une évocation, le nom qu’il donne à son
souffle réfléchi, insignifiant surplus d’une inexistante totalité
: jamais plus qu’il ne peut conserver une durée jusqu’à
ce qu’elle soit brisée : voilà le monde, qui est l’amour, que
le monde lui donne. »
Glossaire, Marc Cholodenko, P.O.L., 2007, pp. 9-10.
Présentation de l’auteur :
Né le 11 février 1950 à Paris. Poète, romancier, scénariste, traducteur. Il a écrit de nombreux ouvrages. Prix Médicis pour "Les états du désert", Marc Cholodenko est aussi connu pour ses traductions. Il est le scénariste attitré de Philippe Garrel. "Glossaire", vient de paraître chez P.O.L.
Liens :
Présentation de Marc Cholodenko sur le site de son éditeur P.O.L.