Proposition d’écriture :
Écrire sur un pays en tentant de saisir ce qui peut l’être, en essayant de capter une autre vision de l’homme, en contournant l’écueil d’un regard trop occidental sans cependant le nier. Le passé sert le présent reflète ce parcours, ce détour sur quelques aspects extrême-orientaux, à travers des textes en vers ou en prose qui, avec ou sans exotisme, tentent de donner sens à un imaginaire avec ses signes et ses sonorités.
Gu Wei Jin Yong (Le passé sert le présent), Jean-Marc Baillieu, Le Bleu du ciel, 2004.
Présentation du texte :
« J’écris, j’impose un ordre (des choses) à qui me lira. »
Jean-Marc Baillieu se définit comme un chercheur en écriture, attentif à l’ensemble du processus de création tout en restant curieux du monde en ses composantes politique, économique et sociale.
« L’érudition de Jean-Marc Baillieu n’a rien à voir avec une élection, écrit Éric Houser, ni avec le pouvoir d’un professeur ou d’un sachant. C’est une arme (politique) contre la culture (dominante). »
« Déjà Wang Chong au début de notre ère remarquait (Lunheng, 38.5) que si l’homme aime regarder les portraits peints de personnages illustres du passé, il vaut peut-être mieux les approcher à travers leurs paroles et leurs actes con signés dans des textes qui en disent plus que la seule représentation picturale. »
Extraits :
« Message
Nuage
Nage
OU
contemplant le mot cuivre
en buvant du vin
avec un ami (qui m’interroge)
OU
lavé et parfumé
buvant seul sous la lune
en pensant à une beauté
rencontrée en chemin
(air ancien)
OU
seul à jouir de l’épanouissement
d’un fleuve au bord des fleurs
OU
partant à l’aube en forêt
d’automne ayant quitté tôt le village
comme à l’heure d’une séparation
OU
ombre
n’aie pas peur
OU
écouter les vagues
au soleil de l’étang
j’aime cette heure
lorsque la main se souvient
OU
au rivage épars
des objets restes
du vacarme d’un ouragan
OU
plus proche l’un de l’autre
calmement en ce lieu
l’eau coule
soleil se couche
OU
ni herbe ni brume
bref est le jour
qui a taché la natte ?
OU
voyage en montagne
à l’horizon
le mot
OU
embarcadère sous les étoiles
OU
printemps captif
d’une nuit sans lune
OU
bonne pluie de printemps
rivière près d’un village
épelant le mot cuivre
OU
écrit nocturne d’un voyageur
officier-recruteur
parfois
OU
talus de magnolias
cascades de chants d’oiseaux
digue aux cormorans
OU
(son) parfum
dissimulé
titillant
ma narine
OU
chez un vieil ami
OU
pêchant la nuit
avec un compagnon
OU
neige sur la rivière
passe courbant l’échine
un vieux pécheur.
Gu Wei Jin Yong (Le passé sert le présent), Jean-Marc Baillieu, Le Bleu du ciel, 2004, p. 21.
Présentation de l’auteur :
Jean-Marc Baillieu est né en 1955. Il vit à Dieppe (Seine-Maritime). Poète, essayiste, critique, il publie régulièrement en revue. Il a notamment publié : Poudre de riz sonore et Gu Wei Jin Yong aux éditions Le Bleu du ciel en 2001 et 2004. L’éparpillement des sites. (éd. Spectres Familiers, 2000). Ma résille (éd. CIPM/Spectres Familiers) et Arras (éd. Contre-Pied, 1999). D’autres recueils ont paru résultant parfois d’un travail en collaboration (plasticiens, musicien, danseuses).
Liens :
Fiche de présentation de Jean-Marc Baillieu sur le site du cipM
Bibliographie sur le site Poézibao de Florence Trocmé
Présentation de Jean-Marc Baillieu sur le site du Printemps des poètes