Proposition d’écriture :
Ce que je vois, les souvenirs que cela éveille en moi, ce à quoi cela me fait penser, et comment ces pensées transforment à leur tour mon regard. Ce que je vis. Ce que je vois. Ce que je pense. Journal du quotidien repris entre les lignes d’un temps qui le dépasse. Le transforme. A l’affût de ces transformations :
« toutes ces choses composent un ensemble
hétéroclite multicolore polyphonique
devant cet amas les saisons se couchent
sans connaître leurs motivations. »
comme ça, Jean-Jacques Viton, P.O.L., 2003.
Présentation du texte :
« Jean-Jacques Viton s’éprouve ainsi dans une écriture de l’émotion légèrement décalée, écrit Henry Deluy dans le journal L’Humanité, d’un dérisoire le dos au mur, qui se méfie de ses saveurs, avec, d’un même mouvement, le goût du quotidien, une constante dans l’attention portée aux gestes, aux circonstances, aux histoires, une générosité de longue date, comme enfouie dans une tristesse dure à soi et douce aux autres. »
Extrait :
« une autre fois en fermant des volets
en façade sur une avenue éclairée par plaques
je regarde des barres de passages piétons
repeintes nettes propres réparties comme des livres
déposés entre des bouffées d’arbres
on devine parmi les allongées cette lionne
gueule brisée par la ruade d’un buffle
tête enfouie dans la viande
mâchoires incapables
dans une envie essentielle sans forme
de l’autre côté
c’est une morne nuit
l’extérieur coutumier consolide ce qui traîne
contre un mur dessin du lézard vertical
violon Chagall hors d’atteinte des cheveux
sur un escalier de jardin cette rose qui persiste
identique une écharpe aile de rose transparente
l’air envahit l’ensemble en claquant sur les bords
défaisant chaque touffe de nature morte »
comme ça, Jean-Jacques Viton, P.O.L., 2003, pp-33-34..
Auteur :
Jean-Jacques Viton est né en 1933 et vit à Marseille. Il a fondé avec Liliane Giraudon la revue Banana Split et codirige la revue If. Traducteur, il a publié une vingtaine de livres parmi lesquels, pour les plus récents : Les Poètes (Vestiaire) (Fourbis, 1996), Le Voyage d’été (P.O.L., 1999), Poème pour la main gauche (La main courante, 1999), Patchinko (P.O.L., 2003), comme ça (2003), Kanaka (2006), Je voulais m’en aller mais je n’ai pas bougé (2008), selected sueurs (2010).
Liens :
Article paru dans le numéro 20 de la revue ’’Le Matricule des Anges’’ de juillet-août 1997
Fiche de l’auteur sur le site des éditions P.O.L.