Proposition d’écriture :
« Chaque heure est un poème, chaque poème une heure. Un voyage de l’infime, éclats, fils, feux, fraîcheur, moiteur des corps… Vivacité, violence, naissance et mort, un passage de l’insaisissable… La voix de ce qui se tait mais insiste… Le compte de ce qui ne s’ajoute pas mais recommence. »
Vingt-quatre heures l’été, Jacques Ancet, éditions Lettres Vives, 2000.
Présentation du texte :
« Il y a dans tout poème une bouche obscure, muette qui compte. Et ce qu’elle compte c’est l’irréversible qui revient. Elle dit ce qui est là et n’y est pas, ce qui s’éloigne, ce qui s’approche. Elle est la bouche du présent. »
« Tout ce qu’on a pensé d’intelligent, écrit Goethe, on l’a déjà pensé ; ce qui nous reste à faire c’est de le penser de nouveau. »
L’été est une saison lente. Ce texte de Jacques Ancet porte sur la sensibilité aux heures, le sentiment éphémère, les sensations des corps.
Extrait :
« Dix-neuf heures
On ne cherche plus, on est
là, on écoute le vent,
son bruit de mer dans les feuilles
ou dans l’enfance. Le corps
va rentrer dans la douceur
de ce qui trouve un nom.
Entre le jour, son envers
il y a comme une fissure,
aux vitres comme des flammes
qui ne brûlent plus. Les mains
reviennent vers les objets,
les visages vers leur image.
Le souffle de l’éphémère
à sept heures tisse les
ombres, les détisse. Un peu
de cendre se mêle au bleu,
au présent un peu d’oubli.
Le soir ressemble à de l’eau :
on l’attend, on ne le voit pas.
Vingt heures
Que l’on compte huit ou vingt
on comprend que la lumière
est en sursis. Maintenant
dedans et dehors échangent
leurs privilèges. On habite
également dans les feuilles,
et dans les murs. D’un espace
à l’autre courent les fils
d’un impalpable réseau.
Les portes n’arrêtent plus
l’allée-et-venue des corps.
La lancette des grillons
larde la lueur des chambres
où pérorent les speakers.
Il faut revenir au ciel
qui est ce qu’on a de mieux
en matière de spectacle :
le rose traverse le bleu
l’ombre le clair, le clair l’ombre.
C’est l’heure de l’intermède. »
Auteur :
Jacques Ancet est né à Lyon en 1942. Lecteur de français à l’Université de Séville puis longtemps professeur d’espagnol en classes préparatoires aux grandes écoles, il a animé dans les années 70 ateliers d’écriture et spectacles d’initiation à la poésie contemporaine par le texte et la chanson, puis organisé, dans les années 80, des lectures-rencontres au Centre Culturel d’Annecy. Il vit et travaille près d’Annecy .
Prix Nelly Sachs 1992 et Prix Rhône Alpes du Livre 1994.
Outre un cycle de poèmes romanesques : L’Incessant (Flammarion, 1979), La Mémoire des visages, (Flammarion, 1983), Le Silence des chiens (Ubacs, 1990) et La Tendresse (Mont Analogue, 1997), il a publié une quinzaine de livres de poèmes dont, dernièrement, Le bruit du monde (Paroles d’Aube, 1993), La chambre vide (Lettres Vives, 1995), A Schubert et autres élégies (Paroles d’Aube, 1997), et L’Imperceptible (Lettres Vives, 1998). Il est également essayiste : Luis Cernuda, (Seghers, 1972), Entrada en materia, (Cátedra, Madrid, 1985) Un homme assis et qui regarde (Jean-Pierre Huguet Editeur, 1998) et traducteur : Antonio Gamoneda, Pierres gravées, (Lettres Vives, 1996), Jean de la Croix, Nuit obscure, Cantique spirituel, (Poésie/Gallimard, 1997), José Angel Valente, Trois Leçons de Ténèbres, suivi de Mandorle et de L’Eclat (Poésie/Gallimard, 1998 ), Ramón Gómez de la Serna, Le livre muet (André Dimanche, 1998).
Liens :
Le site personnel de Jacques Ancet
Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet
Un article sur Jacques Ancet dans L’Humanité
Présentation de Jacques Ancet sur Poezibao
Jacques Ancet sur le site de Jean-Michel Maulpoix
Entretien avec Jacques Ancet sur le site de la revue Prétexte