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LIMINAIRE
Séance 339


Proposition d’écriture :

Évoquer une partition secrète dont ne nous serait donné à lire et à entendre que des échos ou des fragments, quelque chose comme un choix de mesures magnifiant la résonance d’un contrepoint disparu. Émergeant du motif, du souvenir, de l’image et comme désenfouies affleurent des présences qui viennent traverser l’écran de la page. Prosodie visuelle avec entrée en matière souvent suspensive, jouer de la ponctuation, de sa disposition dans le haut de la page et de ses audaces formelles pour rendre plus expressive encore la scansion de l’effacement et de l’inexorable. Une langue trouée ou louvoyant entre écueils et esquives, suspens et attraits.

Qu’il faille, Isabelle Garron, Flammarion, Collection poésie, 2007.

Présentation du texte :

Fruit de cinq années de travail, Qu’il faille prolonge la fresque muette dont Face devant contre avait posé les fondations. Comme dans son premier recueil, Isabelle Garron confronte en effet son écriture à la narration cachée qu’elle efface et disperse d’un même geste, pour en recueillir les fragments : éclats de vers et strophes constellées, dans un effort où l’abstraction ne perd jamais sa dimension concrète. Construit en six sections qui sont autant de mouvements - puisque la poésie oscille ici entre la partition et l’exigence picturale - Qu’il faille exhume des souvenirs enfouis, déchirures intimes et illuminations liées à une mémoire moins temporelle, dans les décors de Naples, de Lisbonne ou du pays Dogon : les voix des femmes s’y mêlent aux gestes des hommes, attentives à la pesanteur des corps, des socs, aussi bien qu’aux nuées traversant et recréant le ciel.

« Construit en six sections qui sont autant de "mouvements" rythmés par cinq "prédelles", écrit Richar Blin dans l’article qu’il consacre au deuxième ouvrage d’Isabelle Garron dans la revue Le Matricule des anges, Qu’il faille fouille la mémoire et tente de fixer, " comme au fusain ", non pas le visible mais son halo. Des poèmes d’où irradie souvent une certaine forme de stupeur sur fond d’inconsolation et de perdu qui s’obstine à être. " plan . album ouvert .. aube du village/ .or t’inviter à l’oracle .. en cette heure// c’est presque .. recommencer .. dans/ la rumeur .. en travers du lit ". Des arrêts sur image, des vues de dos, beaucoup d’images comme si derrière l’acte de voir pointait la question de savoir si la vie n’est pas qu’un songe.

« Qu’il faille... Une plongée en apnée dans les vestiges et les vertiges de la beauté (de l’amour, de paysages, de la peinture, de la musique...). Une poésie lacunaire procédant par ellipses qui intensifient et font résonner la voix muette des signes. La rythmique nue d’une expérience intérieure au service d’une écriture dont le déhanché subtil rend plus pathétique encore les moments où ça boite vraiment. Une matière en mutation qui, après Face devant contre (Flammarion, 2002) vient confirmer l’originalité et le talent d’Isabelle Garron. »

Extrait :

« . là .. un monde clos

en dire le passage

trouvé lors du chantier un

. embrasser ta bouche

voir le monde autrement

après nous qui se taira

. autant dire le cycle des lois

] couleur mauve dans ce vase

au lieu des enfambées

et vase et dans ce mauve .coton piqué

. autant dire saison elisée

] fuites dans le sol poudre

de pollen et parfois

nos allergies à tout ..

[ .. et ce salpêtre ..

.. et quatre roues comment

c’était ? c’était d’abord

du temps pris sur les soleils ..

.. précisément les heures

de fermeture des musées

] .. aujourd’hui .encore / je te vois

.. clairement / tu lui demandes

« m’aimes-tu comme un fou ? »

.. ou bien quoi

]. allons . tends les pointes

cette lumière on la connaît

- elle se lève tôt .. »

Qu’il faille, Isabelle Garron, Flammarion, Collection poésie, 2007.

Auteur :

Isabelle Garron est née à Lille en 1968. Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la communication, elle vit et travaille à Paris. Dans le cadre de ses recherches autour de la part typographique, elle a travaillé à la réédition à l’identique de la Lucarne ovale de Pierre Reverdy, parue au Théâtre Typographique en 2001. Elle a participé à plusieurs anthologies et publié dans diverses revues, Petite, Rehauts, la Polygraphe, Action Restreinte, FPC. Elle est membre depuis 2004 du comité de rédaction d’Action Poétique et participe depuis 2005 au plateau de Peinture Fraîche sur France Culture. Son premier recueil Face devant contre a été publié en 2002 dans la Collection Poésie-Flammarion et paraîtra aux États-Unis l’an prochain dans une traduction de Sarah Riggs. Qu’il faille, paru chez Flammarion, en 2006 est son second ouvrage. Elle a publié plusieurs ouvrages avec des travaux plastiques de Philippe Hélénon et notamment un livre manuscrit à partir de Qu’il faille.

Liens :

Article de Richard Blin sur « Qu’il faille » paru dans Le Matricule des Anges

Extrait de « Face devant contre » sur le site de Double Change

Extrait de l’ouvrage d’Isabelle Garron, Qu’il faille sur le site de Terres de femmes

Proximité de l’image, un article de Mathias Lavin sur l’ouvrage d’Isabelle Garron, Qu’il faille sur le site de la revue Action Restreinte

Fiche de l’auteur sur le site du cipM

Isabelle Garron : Qu’il faille
Publié le 30 avril 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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