Proposition d’écriture :
Composer une suite poétique rigoureusement organisée (11 parties composées chacune de x poèmes de x2 vers de x mots allant de 1 jusqu’à 11 (1 poème de 1 vers de 1 mot, puis 2 poèmes de 4 vers de 2 mots, puis 3 poèmes de 9 vers de 3 mots, puis 4 poèmes de 16 vers de 4 mots, puis 5 poèmes de 25 vers de 5 mots, etc.) pour évoquer, prosaïquement et avec un humour décapant, le quotidien d’une banlieue.
Plouk town, Ian Monk, Editions Cambourakis, 2007.
Présentation du texte :
Suite poétique rigoureusement organisée, Plouk Town contient bien d’autres contraintes formelles, qui contribuent à donner au texte son rythme, son souffle. Mais Plouk Town n’est en aucun cas réductible à une suite d’exercices de style. Il s’agit au contraire de réaffirmer la possibilité pour la poésie de parler de tout et d’assumer une dimension narrative, tout en se tenant à une stricte construction formelle.
Hervé Le Tellier :
« Un poème comme Plouk Town tu peux pas l’écrire tu vois si tu crois que dans la Vraie Poésie avec des majuscules il n’y a pas de "salope" et de "ton cul" et de "sécu" même si dans la vraie vie sans majuscules il y en a de ces trucs mais en fait si tu te trompes il y en a dans la vraie poésie sans majuscules et même des "je t’aime" et des "marlboro » et des "merde" et tu ferais bien de te lancer dans Plouk Town comme on se jette dans le vide, parce que Plouk Town tu vois et bien Plouk Town c’est la preuve par Monk. »
Harry Mathews :
« C’est une œuvre irrésistible : un vocabulaire qui ramasse tout, une plénitude formelle qui nous secoue sans arrêt, une vision de la douce France frémissante d’une rage qui si terrible qu’elle soit, est finalement la rage de vivre. »
Extrait :
« il est sept heures le mardi sept
octobre deux mille trois parking de champion
au soir les caddies s’étirent longuement
sur le bitume atteignent presque les bagnoles
de l’autre côté du passage central
à gauche une mère de famille charge
le coffre de sa voiture avec du
lait des petits suisses des bananes sa
fille la regarde faire en tenant le
caddie en embrassant tendrement une poupée à
droite un clochard pisse longuement contre le
mur de l’ancienne pharmacie maintenant en
ruines là juste derrière les bennes de
recyclage de verre donc de bouteilles en
grande partie la vapeur se lève se
mélange avec les nuages au dessus du
collège Boris Vian rénové qui ressemble à
un Titanic post soixante huit échoué là
parmi ces banquises de bitume ponctuées de
crottes d’ours polaires il ferme sa
braguette et il va rejoindre là les
copains qui gueulent eh ben toi tu
viens ou quoi il y va puis
s’ouvre une canette juste devant lui
une femme marche vite vers le supermarché
de pas décidé visage rouge une poussette
devant elle qui contient un petit caniche
grisâtre elle se ralentit un peu passe
devant le vendeur de Macadam Express qui
lui dit bonjour elle hoche la tête
les pigeons arrivent en quantité industrielle devant
les bennes où on a déposé une
quantité industrielle de bouts de baguettes moisissant
dans les flaques d’eau de pétrole
de bière de vin d’urine ils
becquètent les bouts de pain s’envolent
à droite à gauche secoués et lancés
par leurs becs puis tout le monde
se casse devant la bagnole qui arrive
vite très vite en prenant le parking
comme raccourci tout le monde sauf un
qui se fait choper vlan pas le
temps de se cacher pour mourir lui
et tout son temps pour être petit
à petit écrasé aplati dans le bitume
ses copains sont perchés sur le mur
de l’ex pharmacie plus qu’une
barrière entre le terrain vague crottes
et les pères de famille qui se garent »
Plouk town, Ian Monk, Editions Cambourakis, 2007, pp. 33-34.
Présentation de l’auteur :
Ian Monk est né en 1960 près de Londres et vit depuis 1984 en France, à Lille, dans le quartier de Fives, où il écrit, traduit en anglais et anime des ateliers d’écriture. Il est membre de l’Oulipo depuis 1998.
Liens :
Présentation du livre de Ian Monk sur le site de son éditeur Cambourakis
Portrait de Ian Monk sur le site de l’Oulipo
Présentation de Ian Monk sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia