Proposition d’écriture :
Décrire un lieu anodin, une scène banale, les silences de ces lieux ou de ces moments qu’on a tendance à ne plus voir, à l’aide de notations très précises et en même temps distantes, de touches tour à tour enjouées ou mélancoliques, avec une attention pudique pour ce que l’on évoque.
Pris dans les choses (1985-2002), Gérard Noiret, Obsidiane, collection « Les solitudes », 2003.
Présentation du texte :
Gérard Noiret écrit tous les jours dans des carnets. Tous les deux ou trois ans, il relit ses carnets. Il rature. Il souligne, il extrait ce qui a surgi dans ses notes. La lecture de ses relectures est déterminante pour lui. Ce recueil « Pris dans les choses » revient sur plus de dix-sept ans d’une quête obstinée dans ces poèmes arrachés au quotidien. Les poèmes de « Pris dans les choses » ont tous été publiés en revue et confrontés à la scène avant d’être imprimés en livre.
Gérard Noiret regarde le monde, témoin attentif qui ne cherche pas à le transfigurer mais à en restituer l’essence, dans une confrontation entre le poids du quotidien et les aspirations de tout individu. « Développés soit à partir d’une sensation signifiante, écrit-il, soit en fonction de surgissements, stabilisés au bout d’une rumination et de reprises constantes, ces objets de langage manifestent une obstination transversale au projet de fresque. »
Extraits :
D’UNE CANTATE
On prend le ticket, les pneus crissent
La hauteur du plafond interroge
On se demande à quoi pouvait
Servir Bach
Avant
L’invention des parkings souterrains
Pris dans les choses (1985-2002), Gérard Noiret, Obsidiane, collection « Les solitudes », 2003, p.12.
FRANKENSTEIN
La soixantaine passée, on les croise
promenant leur gentil bâtard
un chien blanc et noir qu’ils appareillent
avec des roues de poussette.
A les voir soucieux, on imagine
le maître au secret de l’appentis,
perfectionnant des heures la prothèse,
répondant par monosyllabes,
insensible à l’ampoule qui exagère
l’ombre des plants de tomate.
Pris dans les choses (1985-2002), Gérard Noiret, Obsidiane, collection « Les solitudes », 2003, p.61.
Présentation de l’auteur :
Né en 1948, il vit et travaille en banlieue parisienne. Il a publié : Le Pain aux alouettes, Temps actuels, 1982 ; Chatila, Actes Sud, 1986 - Le Commun des mortels, Actes Sud, 1990 - Chroniques d’inquiétude, Actes Sud, 1994 - Toutes voix confondues, Maurice Nadeau, 1998 - Polyptique de la dame à la glycine, Actes Sud, 2000.
Liens :
Critique de Marc Blanchet parue dans « Le Matricule des anges »