Proposition d’écriture :
Tenir un journal sous la forme de paragraphes de 10 lignes, des dizains, dans lequel « on écrit les choses que l’on fait, qu’on voit, des pensées (parfois des pensées secrètes) » tous les jours ou presque, pendant une saison, dans un moment entre parenthèses, un temps où « être là, mais un tout petit peu ailleurs, en même temps, entendre ce que les gens disent, mais ne pas tout à fait le comprendre. »
Mon journal pour Nina , Éric Houser, Éditions de l’Attente, 2007.
Présentation du texte :
Éric Houser écrit avec Mon journal pour Nina ce qu’il appelle un journal de poésie, en plus d’un journal d’été, à Saint-Jean-de-Luz, où il passe des vacances en famille, à l’occasion desquelles il décide d’écrire ce texte pour sa petite fille Nina, à l’occasion de ses 9 ans. Il lui parle des vacances, des mathématiques, des liens familiaux, de la météo, de livres et de lecture, de peinture, de souvenirs de voyage, en Espagne, en Angleterre, en Suède, en Allemagne, il y réfléchit à voix haute, se pose des questions sur la vie, sur la poésie, sur le voyage, sur le temps : « Pourquoi toujours s’activer ? » Et se permet, in fine, de lui donner le plus beau des conseils pour la vie : « occupe-toi de toi-même. »
Extrait :
« Saint-Jean-de-Luz (2)
te raconter tous les ours
la plage et la piscine
te dessiner
la courbe des températures
de l’eau
c’est monotone
d’un autre côté les vacances
c’est aussi ça :
monotone
peut-être d’ailleurs
que c’est intéressant
(« intéressant » est un mot
que j’aime particulièrement)
quand on trouve
au cœur des vacances
leur point de monotonie
c’est ma théorie
je te la propose :
pourquoi toujours s’activer ?
s’agiter comme des molécules,
faire quelque chose ?
est-ce qu’on ne pense à rien
quand on ne pense à rien
et est-ce qu’on ne fait rien de spécial ?
moi je crois que parfois
c’est plutôt intéressant
de percevoir seulement (à peine)
que le temps passe
d’être un peu indifférent
à ce qui se passe
et même, finalement,
au temps qui passe
est-ce que tu comprends
ce que je veux dire ?
je n’en suis pas sûr
mais ce n’est pas grave
car je ne suis pas sûr
de le comprendre moi-même
à présent j’ai une humeur de sieste
c’est-à-dire que je serais près
de m’endormir
malgré les deux tasses de café
que j’ai bues après déjeuner
Samuel fait des maths
Vincent lit une histoire à Soune
j’écris de nouveaux petits pâtés
(c’est le moment d’en parler
de ces petits pâtés
ces paragraphes que je t’écris
ou que j’écris à toi
et peut-être un peu aussi
à moi à travers toi,
tu avais raison)
ces paragraphes
ont toujours 10 lignes,
as-tu remarqué ?
en poésie cela s’appelle
des dizains »
Mon journal pour Nina , Éric Houser, Éditions de l’Attente, 2007, pp.52-57.
Auteur :
Éric Houser est né à Lyon en 1956. Il a écrit des petits « livres en micro-édition », des « textes en revue » (Action Poétique, If, Boxon, Littérature en Marche) et des « notes de lecture » pour Action Poétique (Ivry) et Cahier Critique de Poésie (Marseille). À l’automne 2003, a participé à la septième Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne.
Publications : Sortes scories - Éditions de l’Attente, collection Week-end, avril 2000. En lisant écrit e.f.d.b. - Éditions de l’Attente, collection Vade-mecum, avril 2002. Chapelle & Discrétion (sonate de chambre) - Éditions Patin & Couffin, mai 2002. Un composte - Éditions de l’Attente, septembre 2002. Performatif bob (quinze quatrains) - Éditions de l’Attente, collection Vade-mecum, février 2003. patch ! (edutec) - anthologie Autres territoires, Biennale en Val-de-Marne, avril 2003. Impressions de Mormoiron (avec Claudine Capdeville, Jacques Jouet & Pierre Laurent) - Éditions Plurielle, septembre 2003. somatic limit - Little Single – Éric Suchère, décembre 2003.
Liens :
Présentation d’Éric Houser et textes de l’auteur sur Sitaudis
Éric Houser de passage à la librairie Litote en tête
Bibliographie et biographie d’Éric Houser sur le site du cipM